En mars dernier, le spécialiste de l’ingénierie, du contrôle et de la maintenance industrielle, DV Group, nous a ouvert les portes de son agence d’Ecques, dans le Pas-de-Calais. Une visite au cours de laquelle son responsable Claude Saligot nous a fait découvrir toute la diversité des activités qui y sont menées, tout en nous confiant, en filigrane, ses difficultés en matière de recrutement. Reportage.
Alors que nous parcourons, un peu à tâtons, les derniers hectomètres de notre trajet sur les routes du Pas-de-Calais, le bâtiment aux façades bleu intense finit enfin par nous sauter aux yeux. Voilà qui tombe à point, alors qu’il ne figure pas sur le GPS de notre smartphone… Et pour cause : son inauguration à Ecques ne date que de juin dernier.

C’est là, en effet, à une quinzaine de kilomètres au sud de Saint-Omer, au sein du parc d’activités des Escardalles, que DV Group a choisi de faire sortir de terre un tout nouvel écrin pour son atelier audomarois, à l’étroit dans l’hôtel d’entreprises tout proche qui l’accueillait depuis 2013. C’est l’une des chevilles ouvrières de ce projet, et actuel responsable de l’agence, Claude Saligot, qui nous accueille sur place.

Responsable maintenance servomoteurs chez DV Group depuis plus de vingt ans, cet ingénieur en électromécanique de formation a lui-même conçu, en concertation avec son équipe, ce bâtiment d’environ 1 200 m², pensé pour être le plus fonctionnel et le plus ergonomique possible, puis supervisé sa construction. Un travail d’autant plus important que cette opération à 2,3 millions d’euros, fruit de quatre ans de réflexion, visait à réunir en un même lieu trois activités distinctes : la réparation de servomoteurs électriques, que DV Group pratique depuis deux décennies maintenant[1] ; les essais de compatibilité électromagnétique (CEM) ; mais aussi la réparation de moteurs de bus électriques, une activité que DV Group a lancée il y a deux ans seulement depuis son site historique de Grigny, à une quarantaine de kilomètres de là, avant son transfert à Ecques en septembre 2025. Le petit atelier audomarois s’est ainsi mué en une véritable agence multi-activités, et emploie aujourd’hui une vingtaine de salariés.
Un centre névralgique européen
Après un détour par la salle de pause attenante au hall d’entrée, pour un petit café, nous traversons les bureaux de l’agence, où règne une certaine effervescence, en direction de la porte qui les sépare de l’atelier. Le seuil franchi, Claude Saligot nous emmène tout d’abord vers la zone de stockage aménagée à l’extrémité sud de l’atelier.
Soigneusement alignés sur des racks à palettes, éclairés par la lumière du jour qui traverse les larges baies vitrées du bâtiment, des dizaines de servomoteurs attendent de passer entre les mains de l’un des techniciens de maintenance de l’atelier ecquois. Des moteurs qui ont pour particularité d’être associés à un système électronique d’asservissement – généralement pilotés par un servovariateur – permettant un contrôle très précis de leur couple, vitesse et position.

Omniprésents dans les usines, ils sont envoyés à l’agence ecquoise par des industriels de toute l’Europe. « Une majeure partie de nos clients sont allemands, mais nous travaillons aussi pour des industriels du Benelux, de Suisse, d’Italie, d’Espagne, du Portugal, et d’Autriche », égrène Claude Saligot. Des clients œuvrant notamment dans le secteur de l’usinage, mais aussi de la plasturgie, de l’emballage, ou encore de l’automobile, pour n’en citer que quelques exemples.
En levant les yeux vers le plafond de l’atelier, on aperçoit soudain le pont roulant qui nous surplombe. « Cet équipement nous permet de traiter des moteurs pesant jusqu’à 3 tonnes[2], ce que nous faisons ponctuellement », éclaire le responsable d’agence. Pour le reste, les treuils électriques sur potence – d’une capacité de 250 kg – qui équipent chacun des postes de travail des techniciens suffisent. « 80 % des servomoteurs que nous traitons font, en effet, moins de trente kilos », note Claude Saligot. C’est d’ailleurs aussi ce qui rend possible leur acheminement vers le Pas-de-Calais depuis les quatre coins de l’Europe…
Aussi variés dans leur taille que dans leurs usages, ces moteurs asservis traités au sein de l’agence ecquoise sont majoritairement issus de la production de trois grands fabricants : Siemens, Fanuc, et Bosch Rexroth (ex-Indramat). « Ces trois marques représentent à elles seules plus de 75 % de notre activité », chiffre le responsable d’agence. Une activité qui peut se traduire par une large palette d’opérations, de la plus élémentaire à la plus complexe.
Un travail de plus en plus pointu
Outre les « simples » révisions, qui consistent généralement en un remplacement des principales pièces d’usures – joints, roulements… –, les techniciens de l’atelier ecquois de DV Group sont amenés à réaliser de véritables réparations. « Cela peut aller du remplacement d’un ventilateur défaillant, à la reprise de cotes hors tolérance, en passant par le rebobinage du moteur – qui reste toutefois rare, et représente ainsi moins de 5 % de notre activité », explique Claude Saligot. Beaucoup moins rares, en revanche, sont les pannes liées à l’électronique embarquée au sein de chaque servomoteur. « Cela représente au moins un quart des réparations effectuées par nos techniciens », estime le responsable, qui pointe notamment du doigt les défaillances de condensateurs.
À cela s’ajoute aussi le remplacement des connecteurs qui équipent les servomoteurs, autre point faible de ces machines. D’autant plus qu’aux traditionnels connecteurs circulaires à broches s’ajoutent aujourd’hui des connecteurs de type RJ45, certes renforcés pour un usage industriel, mais tout de même relativement vulnérables.
Cette évolution en matière de connectique illustre d’ailleurs la montée en puissance de l’usage de protocoles Ethernet industriels (Profinet, EtherCAT…), mais aussi, par conséquent, la complexification du diagnostic et de la maintenance. « Autrefois, un simple oscilloscope suffisait dans la plupart des cas… Aujourd’hui tout a changé : les codeurs s’apparentent désormais à de véritables périphériques informatiques, avec un niveau de technicité bien plus important qu’il y a vingt ans. Les contrôles de tous ces dispositifs passent donc maintenant nécessairement par un ordinateur, et d’autres équipements très spécifiques – et coûteux – qui ne sont plus du tout à la portée de tout le monde », constate Claude Saligot. « Notre métier était déjà au carrefour de l’électronique et de l’électromécanique. Aujourd’hui, il tend de plus en plus vers l’informatique industrielle également », ajoute-t-il. Ce qui ne va évidemment pas sans poser de problèmes en matière de recrutement.
Recruter, le grand défi
Déjà mise en avant par le PDG de DV Group, Pierre Vandenhove, dans l’interview qu’il nous avait accordée en mars dernier, l’importance du sujet est à nouveau soulignée, lors de notre visite à Ecques, par Claude Saligot : « Aujourd’hui, nous recrutons essentiellement des profils dotés d’un niveau licence, ou master. Les niveaux atteints après un bac ou même un BTS ne sont généralement plus suffisants. Nous cherchons en tout cas des candidats ayant suffisamment de connaissances pour comprendre ce qu’ils font ».
Des candidat(e)s qui se doivent donc d’allier compétences en électronique, en électromécanique et en informatique industrielle, mais aussi minutie et goût pour le travail manuel. Ceci, tout en étant capables de travailler dans l’urgence ; une condition fréquente au sein de l’agence, a fortiori lors des périodes d’arrêt des usines, l’été, et lors des fêtes de fin d’année…
Pour trouver ses perles rares, DV Group mise ainsi assez largement sur l’alternance. Une volonté qui lui a d’ailleurs valu d’être désigné lauréat des Pépites de l’Alternance en 2024. « Beaucoup des compétences que nous recherchons s’acquièrent sur le terrain », note Claude Saligot. « Nous faisons un très gros travail à l’échelle du groupe pour encadrer les jeunes, et leur transmettre l’envie de se dépasser, et de développer leur curiosité », poursuit-il.

Le responsable d’agence souligne aussi l’attention portée aux conditions de travail proposées aux salarié(e)s : outre la conception générale de ce bâtiment, les postes de travail ont aussi été pensés pour être les plus agréables et ergonomiques possibles. « Chaque technicien a son propre poste, avec son ordinateur, sa potence, et tous ses outils… », fait valoir le responsable d’agence, alors qu’il ouvre un à un les tiroirs de l’une des servantes d’atelier rutilante qui équipent chacun des postes. « C’est l’un des “tests” que je fais passer aux candidats : j’observe leur réaction lorsqu’ils découvrent ce qui pourrait être leur futur outil de travail… ! », glisse Claude Saligot dans un sourire entendu, avant de nous emmener vers les espaces de travail aménagés sous la mezzanine de 250 m2 trônant à l’autre extrémité de l’atelier. « Nous sommes ici dans la cabine de peinture… Ce que tout le monde remarque en y entrant, c’est qu’il n’y a aucune odeur, se félicite le responsable d’agence. Nous avons en effet mis en place des hottes aspirantes et un système de traitement de l’air, qui est ainsi renouvelé en permanence. » Des conditions, encore une fois, très loin de l’image de l’industrie « à la Zola »…

Idem dans la pièce attenante, où sont testés tous les moteurs après réparation. Nous y découvrons notamment le prototype d’un banc de test conçu et assemblé par l’un des derniers embauchés à l’agence ecquoise, et donc, parfaitement adapté aux besoins spécifiques du technicien et de ses collègues. « C’est un outil 100 % customisé, et donc 100 % fonctionnel. Il dispose notamment d’un variateur, connecté directement à cet ordinateur, sur lequel sont installés tous les logiciels nécessaires, décrit Claude Saligot. Cela nous permet de réaliser tous les tests nécessaires pour qualifier un moteur après réparation. » Un outil unique, que l’équipe de l’agence ecquoise envisage naturellement de dupliquer à l’avenir.
D’autant que, comme nous le mentionnions plus haut, la maintenance des servomoteurs n’est désormais plus la seule activité menée à Ecques.
Mobilité lourde électrique : un nouveau créneau investi par le groupe
Pour terminer la visite, Claude Saligot nous ramène vers la zone de stockage de l’atelier. Outre les servomoteurs, une partie des racks accueille aujourd’hui les moteurs de bus électriques et hybrides dont DV Group assure la maintenance depuis près de deux ans, pour le compte d’exploitants et de concessionnaires de plusieurs régions françaises, à commencer par l’Île-de-France.

« L’activité est en plein boom », nous confie celui qui en est aujourd’hui responsable, Patrice Fromentin, électromécanicien de formation et salarié chez DV Group depuis un quart de siècle. « Nous avons franchi le cap du million d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, et l’évolution est exponentielle », ajoute-t-il.
Là aussi, la technicité est grande, avec des moteurs électriques très spécifiques, dotés d’un système de lubrification et d’un circuit de refroidissement qui les ferait presque passer, aux yeux du profane, pour des moteurs à combustion interne…
Alors que la maintenance d’un servomoteur requiert, en moyenne, une dizaine d’heures de travail, ces moteurs de bus peuvent, quant à eux, nécessiter trente à quarante heures de main-d’œuvre. « Nous cherchons donc, là aussi, à recruter de façon intense, pour pouvoir répondre à la demande, tout en continuant à suivre l’évolution des technologies dans ce secteur, qui va bon train », souligne Patrice Fromentin.
Un véritable défi, donc, que DV Group entend bien relever, pour pouvoir continuer à proposer à ses clients une solution toujours plus globale. « C’est ce qui fait notre force : être en mesure de traiter aussi bien les moteurs, que les variateurs, ou que l’électronique de puissance, pour ne donner que quelques exemples », conclut Claude Saligot, avant de nous raccompagner jusqu’à la sortie de ce bâtiment flambant neuf. Une nouvelle agence fruit d’un travail d’équipe, à l’image, finalement, de toutes les activités qui y sont aujourd’hui menées.
DV Group : de l’acteur local au leader européen
Né il y a plus de soixante ans sous l’impulsion de Luc Devos, DV Group est progressivement passé du statut d’acteur local, à celui de référence régionale puis nationale, jusqu’à atteindre, à la fin des années 2010, une envergure européenne.
Fort d’environ 350 salariés, le groupe compte actuellement 25 implantations techniques et commerciales en Europe, et réalise 50 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
[1] Notamment pour répondre aux besoins de grands industriels locaux, tels que le verrier Arc international, alors en plein essor.
[2] Le groupe a traité quatre moteurs de 3,7 tonnes l’an dernier, pour le compte d’une cartonnerie autrichienne. L’opération-record a toutefois été menée sur un autre site, disposant, quant à lui, d’un pont d’une capacité de 5 tonnes.






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