HQE : la performance des bâtiments tertiaires s’améliore !

Certivéa a analysé les opérations certifiées NF HQE (Haute Qualité Environnementale) réalisées en 2016 en France. Cette certification permet de distinguer des bâtiments tertiaires non résidentiels, en neuf ou en rénovation, dont les performances environnementales et énergétiques correspondent aux meilleures pratiques actuelles.

Bilan: le nombre total de certifications a atteint 416 au niveau national en 2016. Une hausse de 8% par rapport à 2015. En tête, l’Ile-de-France détient 56 % d’entre elles. Les maîtres d’ouvrages publics ne sont pas encore exemplaires : les maîtres d’ouvrages privés ont reçu quatre fois plus de certificats qu’eux. Les trois quarts des certificats récompensent des bâtiments neufs. Sont notamment concernés les bureaux, bâtiments d’enseignement et les plateformes logistiques.

Quelles sont les exigences du label NF HQE?

Les exigences portent sur la qualité environnementale du bâtiment, autour de 4 thèmes : l’énergie, l’environnement, le confort et la santé. Chaque thématique est notée de 0 à 4 étoiles. Au final, 4 niveaux globaux de certification sont prévus : bon, très bon, excellent et exceptionnel.

Certivéa note que les performances globales sont en hausse. Si 24% sont jugées exceptionnelles, 45% sont excellentes. 30% sont « très bonnes » et seulement 1% « bonnes ». Dans le détail, les bâtiments certifiés sont majoritairement 3 étoiles sur l’énergie (92%) et l’environnement (60%). Ils sont surtout 2 étoiles sur la santé (42%) et une étoile sur le confort (35%). Au total, les 4 étoiles sont obtenues par 3% des bâtiments sur l’énergie, 18% sur l’environnement, 2% sur la santé et 4% sur le confort.

Première préoccupation : l’énergie !

L’énergie demeure la première préoccupation du secteur de l’immobilier vert. « L’énergie est la préoccupation historique des bâtiments verts depuis le premier choc pétrolier, stimulée par les règlementations thermiques successives. Les évolutions récentes poussent à associer Bâtiment à Energie positive et bas Carbonne dans une analyse du cycle de vie complet du bâtiment : construction, exploitation et fin de vie », rappelle Patrick Nossent, Président de Certivéa.

Toutefois, les acteurs se préoccupent de plus en plus du faible impact environnemental de leurs chantiers et d’une relation harmonieuse de leur bâtiment avec son environnement. Ils planifient la maintenance, pour une gestion efficace du bâtiment, et la pérennité des performances environnementales dans le temps.

Le confort et la santé, préoccupations montantes

Le confort des bâtiments pour une bonne qualité de vie des occupants n’est encadré par aucune réglementation. Mais les acteurs s’alignent sur cette attente. « En 2016, les progressions les plus fortes concernent le confort olfactif et hygrothermique [excès d’humidité] », note Certivéa. Pour ce faire, ils travaillent notamment sur l’amélioration du contrôle des systèmes de ventilation.

La santé n’est pas en reste, notamment concernant la pollution de l’air intérieur. « On constate un intérêt de plus en plus fort sur les notions de conditions sanitaires dans les locaux de travail, sous l’impulsion globale de la société civile mais aussi plus particulièrement des instances représentatives du personnel dans les entreprises », observe Patrick Nossent.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Réforme du CICE : quels impacts ?

Le CICE permettait à une entreprise de déduire de son impôt sur les bénéfices des sociétés (IS) une somme égale à 7 % des salaires bruts jusqu’à 2,5 fois le Smic .Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé sa transformation en baisse de charges  pour le 1er janvier 2019. La baisse serait de 6%, allant jusqu’à 10% au niveau du salaire minimum et serait dégressive jusqu’à 1,6 Smic. Bonne nouvelle : pour les économistes de l’OFCE, cette mesure permettrait de créer 16.000 emplois d’ici 2020 et 40.000 en 5 ans. Seront principalement concernées les embauches de salariés peu qualifiés.

Mais « l’effet total sur la croissance de l’activité économique serait nul », estime l’OFCE. Cette transformation  pourrait même creuser le déficit publique de la France, « de l’ordre de 1 point de PIB de déficit additionnel » l’année de la transformation. Si celle-ci se fait en 2019, il faudra en effet supporter à la fois la baisse de cotisations pour 2019 et le remboursement du CICE pour 2018. L’une des priorités du Gouvernement étant de parvenir à sortir de la procédure de déficit excessif  au sein de l’Union européenne, les déficits publics doivent passer sous la barre des 3% du PIB. Ce qu’il faudra atteindre en 2017 et 2018 pour espérer ne pas trop creuser le déficit en 2019 avec cette réforme.

Une question de retour d’impôt sur les sociétés

Avec des cotisations sociales plus faibles, les entreprises verront mécaniquement leur résultat augmenter. Et avec lui, l’impôt sur les sociétés qu’elles doivent payer. Si l’IS supplémentaire entraîné par la mesure est neutralisé par une baisse équivalente du taux d’IS, le gain pour l’entreprise s’élèverait à près  de 600 euros par an pour un salarié payé au Smic, calcule l’OFCE. Le coût du travail diminuerait donc bien pour les salariés rémunérés entre 1 et 1,4 Smic. Néanmoins pour un salarié payé 2,5 Smic, la hausse du coût du travail s’élèverait autour de 400 euros par an pour l’entreprise.

« En revanche, si la mesure n’est pas accompagnée par une baisse du taux de l’IS, la mesure se traduirait par une hausse des prélèvements sur les entreprises », observe l’OFCE. L’effet serait alors légèrement négatif sur le PIB. L’organisme évalue dans ce cas les créations d’emplois à  seulement 35.000 en 5 ans.

Qui serait avantagé ?

Les branches qui ont une plus forte concentration de salaires compris entre 1 et 1,4 Smic verraient ainsi le coût du travail allégé. Les branches bénéficiaires de la mesure seraient l’agriculture, l’hébergement-restauration, la construction, les activités de services administratifs et de soutien et la branche commerce-réparation. Les autres branches, dont l’industrie, verraient leur coût du travail augmenter.

Le CICE a été instauré par la loi du 29 décembre 2012.  Selon France Stratégie, il représente 22,7 milliards d’euros de créance effective prévue au titre des salaires versés en 2017, soit environ 1 point de PIB.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Biologie moléculaire : à la recherche des ARN circulaires ?

Leurs travaux contribueront à mieux définir le rôle jusqu’ici mal connu des ARN circulaires. Une équipe du Laboratoire d’optique et biosciences vient de publier ses résultats dans la revue RNA biology. « La majorité des molécules d’ARN sont présentes sous forme de brins linéaires. Mais, dans les années 1990, un nouveau type de molécule d’ARN a été découvert : l’ARN circulaire qui doit son nom à sa forme originale en cercle, c’est-à-dire une structure fermée dépourvue d’extrémités libres contrairement à l’ARN linéaire», indique Hubert Becker, enseignant-chercheur au pôle biologie du Laboratoire d’optique et biosciences ainsi qu’à l’UPMC Sorbonne Universités. Depuis la découverte récente et en abondance de ces molécules dans l’organisme humain, la production et le rôle de ces ARN restent toutefois aujourd’hui énigmatiques. « Pourtant, ces molécules possèdent bien une fonction puisque les ARN circulaires ont été conservés au cours de l’évolution dans les trois domaines du vivant que sont les bactéries, les archées et les eucaryotes », précise Hubert Becker.

Pour comprendre leur rôle, l’équipe du Laboratoire d’optique et biosciences s’est fixé pour objectif d’identifier l’ensemble des ARN circulaires au sein d’une cellule. Pour cela, les chercheurs ont basé leur étude sur une archée appelée Pyrococcus abyssi, un organisme hyperthermophile isolé aux abords des cheminées hydrothermales des fonds 2/3 marins. Ils ont ainsi effectué le séquençage à haut débit de tous les ARN circulaires de l’archée grâce à un équipement spécifique nommé Personal Genome Machine (PGM) acquis récemment par l’École polytechnique. « L’appareil a fourni 400 000 séquences que nous avons ensuite comparées avec le génome de l’archée, précise Hubert Becker. Puis, grâce à une collaboration avec des chercheurs du Laboratoire d’informatique de l’École polytechnique (commun avec le CNRS) et à un logiciel développé par leurs soins, nous avons été capables de trier les molécules et de ne conserver que les formes circulaires ».

Résultat : les scientifiques ont identifié 133 ARN circulaires, ce qui correspond à 2 % du génome de la cellule. A partir de ces données, les chercheurs ont réussi à distinguer l’enzyme impliquée dans l’ensemble des ARN circulaires de l’archée, et donc responsable de cette forme circulaire. Depuis la publication de ces travaux, l’équipe entend poursuivre ses recherches pour comprendre les détails du mécanisme de formation de l’ARN circulaire, le lien entre sa forme et sa fonction, ou encore pour saisir le rôle d’ARN circulaires jusque-là inconnus, identifiés grâce au séquençage.

Des avancées pour la recherche fondamentale

Dès à présent, ces travaux promettent des applications en biotechnologie et en recherche fondamentale. « L’enzyme que nous avons identifiée pourrait être utilisée en tant que nouvel outil de génie génétique lors de la préparation et de la fonctionnalisation de variants de molécules ARN et ADN, et ainsi compléter le panel d’outils disponibles pour la préparation d’échantillons pour la recherche en biologie moléculaire », explique Hubert Becker. Par ailleurs, « Cette enzyme pourrait être utilisée dans la préparation de nano-objets ARN, qui, une fois circularisés, présenteraient une plus grande stabilité dans le temps », ajoute le chercheur.

L’équipe du Laboratoire d’optique et biosciences a déjà d’autres projets. Après avoir pris pour modèle une archée, Hubert Becker et le directeur de recherche au CNRS Hannu Myllykallio envisagent d’étendre leurs investigations à d’autres organismes tels que les bactéries, et même, dans un second temps, à des cellules eucaryotes. « A long terme, cela permettrait d’aboutir à une sorte d’inventaire des ARN circulaires présents dans tous les organismes, y compris chez l’humain, s’enthousiasme le chercheur. Par répercussion, cet état des lieux sur la diversité et la fonction des ARN circulaires pourrait être intéressant pour de futures recherches chez l’homme, d’autant plus que l’ARN circulaire a été identifié comme circulant dans le système sanguin, avec des applications potentielles comme biomarqueur pour le diagnostic de certains cancers ».

Référence : HF. Becker, A. Heliou, K. Djaout, R. Lestini, M. Regnier, H. Myllykallio, HighThroughput Sequencing Reveals Circular Substrates for an Archaeal RNA ligase, RNA Biology, 2017, 1-11.

Source : cnrs

Des dinosaures parents-poules

Les stratégies de reproduction des dinosaures, et notamment le mode d’incubation de leurs œufs, soulèvent encore de nombreuses questions scientifiques. Jusqu’alors, les interprétations se basaient sur des indices indirects tels que la morphologie de coquilles d’œufs fossilisés ou l’organisation des nids. Des chercheurs lyonnais, en collaboration avec une équipe chinoise, ont mis au point une méthode basée sur l’analyse géochimique d’œufs fossilisés et ont déterminé pour la première fois que la température d’incubation des œufs d’oviraptorosaures était comprise entre 35 et 40°C.

Les oviraptorosaures étaient des dinosaures bipèdes couverts de plumes et munis d’un bec leur donnant l’apparence de certains oiseaux. Appartenant au groupe des théropodes, ils pesaient quelques dizaines de kilos et pouvaient atteindre deux mètres de long. Afin de déterminer la température à laquelle ces dinosaures incubaient leurs œufs, les chercheurs ont analysé sept œufs fossilisés provenant du sud de la Chine. Ces derniers, vieux de 70 millions d’années, contenaient encore des embryons. Leurs coquilles ainsi que leurs os ont été analysés afin d’obtenir leur composition isotopique en oxygène. En effet, lors de la formation du squelette, l’oxygène des fluides de l’œuf va être transmis aux os avec une abondance isotopique qui dépend de la température de l’œuf. En prenant en compte ces mesures, les chercheurs ont pu modéliser, avec l’aide d’un collègue physiologiste, les différentes étapes de développement intégrant les compositions isotopiques de l’oxygène. Ils ont ainsi pu retrouver la température à laquelle l’œuf s’était formé : entre 35 et 40°C. À titre de comparaison, la température d’incubation d’un œuf de crocodile, animal enterrant ses œufs, est d’environ 30°C, alors que celle d’un œuf de poule est de 37,5°C. Selon les chercheurs, la température d’incubation déterminée pour les œufs d’oviraptorosaures est donc cohérente avec le mode de couvaison supposé de ces dinosaures.

© Romain Amiot Ponte d'oviraptorosaure du Crétacé supérieur du Jiangxi (Chine). Échelle 1cm.
© Romain Amiot
Ponte d’oviraptorosaure du Crétacé supérieur du Jiangxi (Chine). Échelle 1cm.
© Romain Amiot Œuf d'oviraptorosaure préparé montrant le squelette de l'embryon préservé. Échelle 1cm.
© Romain Amiot
Œuf d’oviraptorosaure préparé montrant le squelette de l’embryon préservé. Échelle 1cm.

Ce résultat confirme la découverte, dans les années 90, d’oviraptorosaures fossilisés étendus sur leur ponte qui suggérait qu’ils couvaient leurs œufs. Ce travail ouvre également de nouvelles perspectives en paléontologie : la méthode proposée permettra de connaître quelles étaient les stratégies d’incubation adoptées par les autres dinosaures. Certains, pesant plusieurs dizaines de tonnes, ne pouvaient vraisemblablement pas s’allonger sur leurs œufs pour les couver, mais utilisaient peut-être des sources de chaleur externes en recouvrant par exemple leur ponte d’un monticule de végétaux procurant de la chaleur par décomposition. La température d’incubation qui sera estimée reflétera la stratégie employée, sous réserve d’avoir accès à ces fossiles aussi rares que précieux.

Au sein d’une collaboration franco-chinoise, ces travaux impliquent le Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (CNRS/ENS de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1), le Laboratoire de biologie et de biométrie évolutive (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/VetAgroSup) ainsi que le Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels anthropisés (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/ENTPE).

Références :
δ18O-derived incubation temperatures of oviraptorosaur eggs, Romain Amiot, Xu Wang, Shuo Wang, Christophe Lecuyer, Jean-Michel Mazin, Jinyou Mo, Jean-Pierre Flandrois, François Fourel, Xiaolin Wang, Zhijun Zhang, Zhonghe Zhou, Palaeontology, 28 juin 2017. Consulter le site web

Source : cnrs

Londres donne un coup de pouce à l’innovation 
des véhicules électriques

Qu’est-ce que le vehicle-to-grid ?

Le vehicle-to-grid (V2G) est un concept qui fait de la voiture électrique non plus un simple point de consommation d’électricité, mais un outil de flexibilité au service du réseau. La multiplication probable des véhicules électriques (VE) pose un problème technique : comment le réseau va-t-il absorber toute cette demande supplémentaire en volumes, mais aussi en puissance. Pour éviter que le branchement massif de centaines de milliers de VE sur une période courte (typiquement vers 19h, heure de rentrée des bureaux), les acteurs du secteur énergétique planchent sur des modèles d’intégration positive. Les bornes de recharges intelligentes, c’est-à-dire capable de communiquer des informations et de recevoir des instructions de charge et décharge, permettraient aux VE de jouer un rôle central, comme autant de points diffus de stockage d’énergie, pour créer une chaîne robuste et flexible.

3 types de projets éligibles

L’enveloppe de 20 millions de livres sterling concerne trois types de projets de V2G : les études de faisabilité, la recherche industrielle bénéficiant aux équipements de charge bidirectionnelle et évidemment les démonstrateurs en environnement réel. L’ouverture du concours est prévue dans les prochaines semaines, les lauréats étant désignés en décembre prochain.

Le gouvernement britannique a fait de l’innovation l’un des piliers de sa stratégie économique. Albion annonce doubler le soutien financier qu’il accordera à l’innovation et estime avoir déjà investi quelque 600 M£ pour accélérer la transition énergétique.

En France, un consortium composé notamment de Direct Energie et PSA travaillent également sur ces questions à travers le projet GridMotion, dont Techniques de l’Ingénieur s’était fait l’écho.

Romain Chicheportiche

Episode #1: La Maternité

Huit minutes depuis les dernières contractions, huit minutes et quinze secondes entre les deux précédentes. Et ainsi de suite depuis trente minutes. D’après l’application Sherlock (Family Édition) de ma minitab, le travail a commencé et l’accouchement est pour bientôt : il est grand temps que j’aille à la maternité.

Malgré l’excitation (et un brin d’appréhension), mon cerveau reptilien a pris les choses en main, soutenu par les hormones émises par le diffuseur que je porte à l’épaule, relié à une aiguille qui s’insère sous mon aisselle droite. Je pianote donc fébrilement sur ma minitab pour commander un taxi : le système me répond en m’invitant à patienter quelques instants – j’en profite pour indiquer l’adresse de la maternité. Je saisis les deux livres papier que j’avais mis de côté pour l’occasion : un roman policier islandais du début du siècle, avec une élégante couverture noir mat, à l’exception du titre, en lettres bleues brillantes, et un ouvrage de sociologie assez austère. Je lance également le recycleur, afin que les eaux usagées de mon bain et du lave-vaisselle soient propres à mon retour, d’autant plus que je n’aurai sans doute pas la tête à ça puisqu’un un petit être sera là et que je n’aurai plus le loisir de tout faire à la dernière minute.

Ces rapides préparatifs accomplis, je mets mes écouteurs et me dirige vers la porte d’entrée qui s’ouvre automatiquement. Ma minitab, qui a détecté les écouteurs maintenant en place, commence à diffuser une musique adaptée à mon humeur du moment. Sa première sélection, Poème Symphonique pour 100 métronomes de Ligeti me conduit à m’interroger sur la pertinence de sa configuration. Ma valise, appariée à ma minitab, a compris que le signal du départ est donné et se met en route docilement, me suivant à 50 cm, calant sa vitesse sur mon pas déjà fatigué. À peine en bas, j’aperçois le taxi qui s’arrête à ma hauteur. La porte s’ouvre, là encore automatiquement, et je m’installe maladroitement. Malgré la petite taille du véhicule, l’intérieur est spacieux et ma valise autonome se hisse sans problème dans l’habitacle – je note ironiquement qu’elle est plus agile que moi. Elle semble lire dans mes pensées et émet un petit bip narquois. L’écran du taxi indique déjà mon nom, ‘’CAMILLE PAVILLE’’, en grosses lettres vertes, ainsi que la destination que j’ai entrée auparavant : je vérifie systématiquement, même si, depuis que les taxis sans chauffeur ont été rendus obligatoires il y a bientôt 15 ans, je n’ai jamais vu d’erreur de destination. Mais on ne sait jamais, ça ne serait vraiment pas le bon moment…

Je profite du trajet pour reprendre les exercices : je souffle lentement, comme j’ai pu l’apprendre lors des cours de préparation. L’application Sherlock m’aide par ailleurs à cadencer mes inspirations : je dois reconnaître que le programme est agaçant mais efficace. Pendant ce temps, le taxi a terminé l’import de mes préférences et met en place les réglages associés : le plafond s’illumine, diffusant en temps réel une réplique du ciel de Séville. Le début de soirée dans la capitale Andalouse offre une lumière très agréable, plus intense et plus chaude que celle de Paris – le contraste est par ailleurs accentué par le fait que le taxi décide d’emprunter une petite ruelle, sans doute afin d’éviter un embouteillage… La climatisation, qui se met également en route, est la bienvenue en ce mois d’avril où il fait déjà près de vingt-neuf degrés Celsius en journée.

Après un trajet d’une trentaine de minutes, j’arrive devant l’entrée de la maternité. L’édifice est neuf, mais il a l’air plus sinistre que lors de mes visites précédentes, la luminosité ou le stress sans doute… Je descends gauchement du véhicule, toujours suivi de ma valise, et pénètre dans le bâtiment. Je me retrouve en terrain connu : la lumière, très blanche, et le mobilier, neuf et fonctionnel, paradoxalement, me rassurent. Une fois à l’accueil, je présente mon bracelet ID au lecteur de la réception. Après un coup d’œil rapide sur mon appareil de suivi de grossesse, l’infirmière, une jeune femme dotée d’un chignon disproportionné, m’invite à patienter dans la salle d’attente.

– Un partenaire se joindra ?

Bien que la science ait depuis un certain temps permis de se passer de partenaire, je ressens tout de même l’espace d’un instant le besoin de me justifier, avant de me reprendre et de me contenter d’un non laconique. Une sage-femme me prend en charge, me conduit en salle d’accouchement et me demande de patienter un moment.

Je m’installe et note que les contractions se sont arrêtées, temporairement sans doute. Je profite de ce moment de répit pour jeter un œil au livre de sociologie que j’ai emmené, Impact de la disparition du salariat dans l’industrie papetière française (2032-2046). Caressant la couverture du bout des doigts, je songe que j’ai pris cet ouvrage pour une raison assez narcissique au final, puisqu’il cite en effet en bonne place plusieurs de mes travaux, à commencer par mon premier livre, dérivé de ma thèse : Le salariat, une idée morte avant d’être vieille (je n’aimais pas le titre mais l’éditeur trouvait que mon titre de thèse original, Bifurcations du statut de travailleur : la socio-histoire de l’industrie française à travers une étude de rapports sociaux spatialisés dans l’Allier, n’était pas très vendeur).

À peine ai-je débuté la lecture de la préface que les contractions reviennent, annonçant que le bébé semble pressé de sortir. J’appelle la sage-femme qui ne tarde pas à venir et me pose un appareil de contrôle sur le ventre, une sorte de gros mollusque caoutchouteux. Ce dernier affiche une série de courbes, se fend d’un bip sibyllin et affiche 3 lumières vertes, ce qui me semble plutôt bon signe. La sage-femme, une dame d’âge mûr, trapue, mais aux traits doux, est visiblement du même avis :

– On va pouvoir commencer ! indique-t-elle un sourire vaguement rassurant aux lèvres.

J’avoue ne pas ressentir la même sérénité. Le mollusque caoutchouteux doit s’en rendre compte : la jolie courbe verte représentant mon pouls vient de grimper sérieusement et vire au rose.

Je suis en nage, la courbe rose a carrément viré au rouge durant l’accouchement, mais le bébé est maintenant là. La sage-femme le dépose sur mon ventre semi-artificiel :
– Alors Monsieur, heureux ?

Marc Pégeot

Le bioGNV constitue une part infime du GNV (Gaz Naturel Véhicule)

« Dans sa version bioGNV, le gaz naturel véhicule produit 80% de CO2 en moins que le diesel » affirme le service communication de GRDF Nord-Ouest dans un tweet du 15 juin 2017. « Total vient d’annoncer le déploiement de 110 bornes de recharges au gaz naturel en périphérie des grandes villes » souligne le journaliste Jean-François George (Les Echos, 22 juin 2017), « Un grand bond en avant pour la protection de l’air avec les véhicules propres au GNV avec des aides de 6000 à 9000 € en île de France ! » a renchéri Farrugia Christian, directeur GRDF Clients IDF dans un tweet du 8 juillet 2017.

Contacté par Techniques-ingénieur.fr l’ingénieur François Dedieu, chargé de mission Gaz Naturel Véhicule au sein de GRDF, a expliqué qu’en 2016 le bioGNV a pesé 6% dans le GNV total et a rappelé que l’objectif de l’ADEME est de 10% à horizon 2030. Autrement dit, le bioGNV restera marginal.

Les véhicules au GNV fossile permettent de réduire de 16% (bien moins que les 80% mis en avant par GRDF) les émissions de CO2 comparativement aux véhicules diesel, selon François Dedieu. Néanmoins les estimations concernant les fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre, varient d’une étude à l’autre et peuvent plomber le bilan. Selon Bill Hare de Climate Analytics, un institut spécialisé, « les émissions fugitives lors de l’extraction et du transport de gaz montrent que ce n’est pas une énergie aussi ‘propre’ que prévu », rapporte le média Novethic dans un article intitulé « Utiliser le gaz comme énergie de transition est incompatible avec un scénario  2°C ».

Sur le plan de la qualité de l’air le bilan des véhicules électriques à batterie (zéro émission) est meilleur que celui des véhicules au gaz d’origine fossile ou biologique. Ces derniers, via les émissions de NOx, contribuent à la pollution à l’ozone.

Le bioGNV est au GNV fossile ce que les biocarburants étaient aux carburants fossiles : un outil de communication verte particulièrement apprécié par l’industrie Oil & Gas. Il y a une décennie les écolos étaient enthousiastes à propos des biocarburants.  Aujourd’hui, rebelotte avec l’agro-gaz, le miroir aux alouettes fonctionne. Et au final c’est l’argent du contribuable qui remplit les poches des pétroliers. Avec la bénédiction de certains élus.

La guerre en Syrie et Irak est en bonne partie liée au projet de gazoduc entre l’Europe et l’énorme gisement gazier de north dome (Qatar) / South Pars (Iran) dans le Golfe Persique. La guerre en Ukraine a également une origine gazière. Il n’est donc pas certain que le gaz mérite vraiment d’être lourdement primé.

Le dogme selon lequel les véhicules à batterie ne pourraient réaliser que de courtes distances et donc être limités à un usage intra-urbain est aujourd’hui devenu désuet. Mais ces véhicules sont mal perçus par une partie des écologistes anti-nucléaires en France. D’où une dangereuse cécité face à la stratégie gazocratique. Ces véhicules sont en outre bien entendu redoutés par l’industrie Oil & Gas car ils ne consomment pas une seule goutte de carburant qu’elle produit.

« Et l’appel en puissance sur le réseau, par exemple dans les zones à dimensionner pour une variation de 1 à 10 de la population selon les saisons ? » interroge Yves Marignac du réseau négaWatt. Les trajets supérieurs à 300 kilomètres représentent une part infirme des trajets quotidiens. Et les automobilistes français ne partent pas tous le même jour en vacances durant ‘été. Pour Marion Perrin, directrice de recherches au sein du CEA et spécialiste en stockage et systèmes électriques, ajouter des batteries stationnaires là où c’est nécessaire sur le réseau électrique suffira pour répondre à la demande des stations de charge rapide des véhicules.

Les conséquences environnementales des mines de lithium ? Aucune technologie n’a aucun impact. Il convient de savoir hiérarchiser les enjeux. Le lithium, ce n’est pas du pétrole : il est 100% recyclable. Dans le cadre d’une analyse multicritères la gazo-mobilité a un impact bien plus lourd que la batterie-mobilité. Et ceci même si la somme du bioGNV et de l’électro-GNV solaro-éolien (obtenu en acceptant de lourdes pertes) parvenait dans le futur à peser 50% du GNV total.

Le bioGNV est l’arbre qui cache la forêt des dangereux carburants fossiles.

Olivier Daniélo

Quand une pollution radioélectrique nous protège

Un article paru sur Space Science Review revient sur l’influence de l’homme sur l’espace qui entoure la Terre. Parmi ces influences, les transmissions radio à très basse fréquence, VLF (pour very low frequency). Ces ondes dont la bande de radiofréquences est comprise entre 3 et 30 kHz (équivalent à une longueur d’onde entre 100 et 10 km) sont utilisées principalement pour les communications longues distances des sous-marins proches de la surface. Mais elles se diffusent aussi hors de l’atmosphère et peuvent interagir avec les particules de hautes énergies présentes dans l’espace. Leur présence crée une bulle autour de la Terre qui est observable depuis l’espace et qui contribue à protéger la Terre des radiations (voir vidéo de la Nasa). Les sondes Van Allen de la Nasa qui étudient depuis 2012 les particules, ions et électrons dans le proche espace qui entoure la Terre ont ainsi pu repérer cette bulle et elles ont permis de relever que la limite de cette bulle correspond à peu près à la limite de la ceinture intérieure des ceintures de radiations de Van Allen (deux zones de forme toroïdale de la magnétosphère qui présente une densité de particules énergétiques très forte). Pour Dan Baker, directeur du Laboratory for Atmospheric and Space Physics à Boulder (Université du Colorado), il est possible que la frontière de la ceinture intérieure serait plus proche de la Terre sans cette bulle VLF. Cette hypothèse s’appuie sur le fait qu’entre 1960 et maintenant cette limite s’est éloignée de la surface de la planète, en parallèle du développement des communications VLF.

Des projets sont déjà à l’étude pour tester si des ondes VLF pourraient supprimer des excès de radiation comme ceux qui se produisent lors des éruptions solaires et ainsi mieux protéger les satellites, engins spatiaux et astronautes dans le futur.

Des ceintures de radiations artificielles

Mais en matière de météorologie de l’espace*, on sait maintenant que l’homme n’est pas qu’un simple observateur. Grâce à des données provenant de documents déclassifiés sur les essais nucléaires spatiaux américains et russes des années 1958 à 1962, les auteurs de l’article ont pu largement revenir sur les effets de ces explosions sur la météo de l’espace.

Ainsi, sur les nombreuses bombes expérimentales déclenchées entre 25 et 400 km au-dessus de nos têtes, les scientifiques ont pu observer que la boule de plasma expulsée pouvait créer des perturbations géomagnétiques qui affectent la bordure du bouclier magnétique terrestre, induisant notamment un champ électrique à sa surface. Certaines de ces explosions ont même engendré des ceintures de radiations artificielles piégeant des particules chargées pendant des semaines voire, dans le cas de Starfish Prime, le lancement du 9 juillet 1962, pendant des années. A noter, que Starfish était une bombe de 1,4 mégatonne qui a détruit et endommagé plusieurs satellites et créé une panne de courant à Hawaï. Certaines explosions ont pu être détectées sur Terre en provoquant des aurores boréales artificielles de quelques secondes dans des régions inhabituelles commes les îles polynésiennes ou en déclenchant des tempêtes géomagnétiques s’étalant de la Suède à l’Arizona (voir vidéo de la Nasa).

Et les auteurs de conclure que ce genre de tests seraient aujourd’hui impensables, pas seulement parce que les technologies disponibles pour la recherche sont bien plus sophistiquées mais aussi parce qu’ils pourraient détruire ou endommager fortement de nombreuses infrastructures modernes.

*La météorologie de l’espace est une nouvelle discipline qui se développe surtout depuis les années 1990 avec la création du Space Environment Center à Boulder aux Etats-Unis et qui commence tout juste à se structurer au niveau international à l’image de la météorologie terrestre. Elle consiste à caractériser et prévoir le milieu spatial d’un point de vue de son état physique et phénoménologique. Outre l’aspect scientifique, elle a pour but de créer des prévisions permettant de réduire les risques pour les satellites, les lanceurs, les avions de ligne, les astronautes ou les réseaux électriques qui sont particulièrement sensibles aux tempêtes spatiales.

Par Sophie Hoguin

Innovation : phosphorescence réversible d’un capteur moléculaire

Des chimistes de l’institut des sciences et technologies de l’université d’Okinawa (OIST) ont publié un article dans Advanced Materials détaillant le fonctionnement d’un complexe moléculaire phosphorescent qui, incorporé dans un matériau soumis à un stress mécanique, change d’intensité lumineuse tout en étant capable ensuite de revenir à son état initial. En soi, de telles molécules permettant la création de matériaux chimio-mécano répondants sont déjà connues mais elles sont pour l’instant utilisées uniquement dans des applications à usage unique. Car dans les molécules utilisées jusqu’ici la photoluminescence est activée quand une force de compression, de torsion, d’étirement conduit à la cassure d’une liaison chimique ou à la séparation irréversible de deux molécules à la base de la structure du matériau. Le processus étant alors complètement ou difficilement réversible.

G. Filonenko and J. Khusnutdinova / OIST Incorporation d’un complexe chimio-mécano répondant (mechanophore) dans un polymère de polyuréthane En haut : le mechanophore est inséré dans des unités courtes et resserrées du polyuréthane En bas: quand une force mécanique, ici un étirement symbolisé par F, est appliqué sur le polymère et qu’on l’expose à une source d’excitation lumineuse (ici une lumière UV), le mechanophore augmente l’intensité de la lumière émise (ici montré comme une force).

Plus tu tires, plus ça brille !

Georgy Filonenko et Julia Khusnutdinova ont donc incorporé un complexe cuivré possédant des propriétés phosphorescentes dynamiques dans la chaîne principale de plusieurs polyuréthanes. Ils ont ensuite imposé des forces d’étirement à ces polyuréthanes en les éclairant d’une lumière ultraviolette. La réaction, qui se déclenche une une centaine de millisecondes, a fait apparaître jusqu’à un doublement de l’intensité lumineuse émise lors d’un étirement de l’ordre de 5-35MPa. Et quand l’étirement s’arrête, le polymère et le complexe phosphorescent reviennent à leur état initial, tout autant que l’intensité de la phosphorescence. L’expérience peut être renouvelée plusieurs fois.

Comment ça marche ?

La différence, comparée aux autres systèmes de ce type sensibles à des déformations, c’est que la force mécanique appliquée ne casse pas de liaisons chimiques et n’altère pas la structure phosphorescente. En réalité, au niveau moléculaire, quand l’étirement se produit, les forces dynamiques qui empêchaient ou limitaient la phosphorescence disparaissent et le rayonnement lumineux n’est plus bloqué par la structure moléculaire du matériau accueillant le complexe phosphorescent. Les chercheurs soulignent que ce capteur dynamique peut s’avérer utile pour cartographier la répartition du stress ou suivre des phénomènes dynamiques dans des polyuréthanes en utilisant des techniques d’imagerie optique simples.

Par Sophie Hoguin

Bio ou pas bio cette pomme ? Inspecto vous propose de le vérifier vous-même !

D’abord révélé en 2016 par l’incubateur israélo-américain MassChallenge, la jeune start-up israélienne Inspecto vient de recevoir de la Commission Economique pour l’Europe des Nations Unies (CEE-NU) l’un des trois prix Idea4Change qui récompense chaque année les entrepreneurs ayant mis au point des solutions innovantes participant à l’établissement d’une économie durable. Les deux co-fondateurs d’Inspecto, Avner Avidan et Yair Moneta, ont en effet mis au point un système portatif permettant d’évaluer la présence de pesticides résiduels sur les denrées alimentaires tels que les fruits et les légumes.

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Prototype Inspecto

Facile d’utilisation, Inspecto se veut accessible à tous. Le but : permettre aux agriculteurs, agences gouvernementales, industriels de l’agroalimentaire, grande distribution mais aussi consommateurs de vérifier le taux de pesticides, ou de leurs résidus, sur un produit alimentaire, notamment les fruits et légumes, en scannant simplement la surface du produit. Le scan est alors analysé et le résultat peut être affiché sur l’application smartphone que propose la start-up.

Le concept a séduit le jury d’Idea4Change car cela permettra de faciliter la traçabilité des pesticides mais aussi des produits bio dont l’origine est parfois incertaine. Enfin, cela donnera une « arme » aux consommateurs pour mettre la pression sur les différents acteurs du monde alimentaire afin de réduire leur utilisation de pesticides mais aussi en éliminer toute trace de leur produit.

La petite révolution annoncée par Inspecto vient surtout de la concurrence actuelle : jusqu’à récemment, ce genre d’analyse était confiné à des laboratoires équipés de machines coûteuses et complexes et dont l’analyse prenait plusieurs heures voire plusieurs jours. La facilité et la rapidité d’utilisation d’Inspecto, auxquelles s’ajoute la possibilité de l’utiliser sur le terrain, devraient rapidement convaincre industriels comme consommateurs. Reste la fiabilité de l’analyse. Il est probable que les méthodes traditionnelles restent plus complètes et Inspecto deviendrait donc un outil de « pré-analyse » permettant de trier les produits avant d’être envoyés à une analyse plus poussée en laboratoire. Néanmoins, Inspecto annonce pouvoir estimer en quelques secondes la concentration de produits chimiques résiduels à l’échelle du ppm (parti par million, c’est à dire de l’ordre du mg/kg). Cela est possible en utilisant une technologie basée sur les dernières avancées en spectroscopie (spectroscopie Raman exaltée par effet de surface) permettant d’identifier et de quantifier une molécule via son « empreinte » sur le spectre optique issu du scan du produit. En clair, lorsque l’on scanne un matériau avec une lumière donnée, celle-ci va être absorbée à sa surface et va renvoyer une partie de ce rayonnement vers l’extérieur : on parle de diffusion, phénomène qui dépend directement de la composition chimique de sa surface. La lumière ainsi diffusée par l’objet est captée par un détecteur et se présente sous forme de spectre optique (on parle de spectre Raman dans notre cas, voir Figure 2) avec pour ordonnée l’intensité du rayonnement (lié à la concentration d’une molécule) et pour abscisse la longueur d’onde du rayonnement (liée à la nature de la molécule).

En comparant le spectre à une base de données, il est possible de déterminer quelles sont les molécules dont l’empreinte est présente dans le spectre d’émission du produit scanné, puis de déterminer leur concentration au ppm près.

L’opération dépend bien sûr de l’établissement d’une banque de données et c’est pourquoi Inspecto se concentre sur un marché plus réduit dans un premier temps : analyser quelques pesticides choisis à la surface d’un produit spécifique, comme une pomme. En effet, selon que l’on analyse une pomme, un raisin ou un poireau, le résultat n’est pas le même. Il faut donc avoir analysé un de ces produits seuls et sans pesticide pour pouvoir s’en servir comme référence. Néanmoins, une fois lancée, la jeune start-up pense pouvoir établir une base de données suffisante pour qu’Inspecto puisse être utilisé directement par les consommateurs d’ici une dizaine d’année.

Si la start-up israélienne séduit, elle n’est pas la première sur ce marché. Citons par exemple Scan Eat côté français, mais aussi Scio, également côté israélien ou Tellspec, côté canadien. La compétition sur les scanneurs de poche s’annonce donc déjà rude. Néanmoins, Inspecto se distingue par sa spécificité et sa sensitivité : c’est le seul scanner portatif capable d’analyser des pesticides au ppm près.

Sources :

Pour en savoir plus :

Rédacteur : Arthur Robin, doctorant à l’Université de Tel Aviv

Source : Ministère des Affaires étrangères et du Développement international d’Israël

EPR d’Hinkley Point: déjà des surcoûts et des retards!

Pour EDF, il s’agissait de réaliser une « revue des coûts et du calendrier » de l’EPR d’Hinkley Point, suite à la décision finale d’investissement prise par son conseil d’administration en septembre 2016. Les dépenses dérapent de 1,5 milliard de livres sterling (Md£), soit 1,8 milliard d’euros (Md€), en hausse de 8%. La facture prévisionnelle s’élève désormais à 19,8 milliards de livres sterling (22,4 Md€). Cette augmentation ne devrait cependant que légèrement impacter la rentabilité du projet pour EDF qui l’estime à environ 8,5% dans ces conditions, contre environ 9% initialement.

Des travaux qui prennent du retard

Ces rallonges sont notamment dues à « une meilleure appréhension du design », suite aux adaptations demandées par les Britanniques et à la révision « du volume et du séquencement des travaux sur site », qui ont débuté en mars dernier. Mais aussi à « la mise en place progressive des contrats fournisseurs ».

EDF fait savoir que cela n’impacte pas ses prévisions de résultats sur les deux prochaines années. Le Comité Central d’Entreprise d’EDF redoute quant à lui « une nouvelle stratégie de gains financiers de court terme pour payer la facture de ce surcoût qui entame une bonne part de la recapitalisation, à peine réalisée, de l’Entreprise ».

Le premier béton de la première tranche nucléaire est prévu pour mi-2019. Ce calendrier est confirmé « dès lors que le design définitif, dont le calendrier est tendu, aura bien été arrêté fin 2018 ». Mais EDF annonce déjà un « risque de report de la livraison ». Alors que la mise en service est prévue pour 2025, le premier réacteur pourrait être retardé de 15 mois et le second de 9 mois, prévient l’électricien. Cela induirait encore un rallonge de 0,7 Md£ et un taux de rentabilité abaissé à 8,2%.

Bruno Le Maire demande un plan d’actions

Face à un nouveau revers pour la technologie EPR française, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances demande « un plan d’action rigoureux » au PDG d’EDF « avant fin juillet ». Avec pour objectif de conforter le calendrier initial et « réduire autant que possible l’impact financier de cette réévaluation ». Le conseil d’administration devra analyser « les causes précises de cette réévaluation » et « les facteurs de risques », puis assurer « un suivi détaillé du projet », « à un rythme régulier ».

L’équivalent britannique de notre Cour des comptes, le National Audit Office (NAO), a estimé vendredi que le prix fixe garanti à EDF pendant 35 ans pour l’achat de l’électricité produite à Hinkley Point pourrait engendrer un surcoût de 30 Md£ (34 Md€) sur la facture des consommateurs. Les risques de retard actuels ne remettent toutefois pas en cause le contrat passé avec le gouvernement britannique. La rémunération prévue est de 92,5 £ (105 euros) par mégawattheure.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

EDF EN confirme son intérêt pour l’éolien offshore

Fondée en 2014, la société OWS assure l’exploitation et la maintenance du parc éolien en mer de BARD Offshore 1, situé à 95 km des côtes allemandes, en mer du Nord. Ce parc est constitué de 80 éoliennes de 5 MW. L’acquisition d’OWS s’accompagne du renouvellement du contrat de maintenance, pour une durée de 10 ans, avec son propriétaire Ocean Breeze Energy. OWS dispose par ailleurs d’un centre de supervision et de commande pour l’éolien en mer localisé à Emden, ville pionnière de l’éolien en mer en Allemagne, située à proximité directe des nombreux parcs éoliens de mer du Nord.

EDF à double-face

EDF Energies Nouvelles est désormais un groupe incontournable dans les énergies renouvelables. Il opère dans 11 pays, sur près de 14 GW d’installations renouvelables, pour son compte propre et le compte de tiers. EDF EN explique vouloir poursuivre son développement en prenant position sur de nouveaux marchés prometteurs et dans de nouveaux pays tels que l’Afrique du Sud, le Brésil, le Chili, la Chine ou l’Inde.

La réussite de sa filiale Enr contraste avec les difficultés de sa maison-mère : EDF SA. Augmentation de capital, financement du grand carénage (estimé à 100 Mds € par la Cour des comptes), ou encore absorption de la division réacteurs d’Areva, les défis ne manquent pas pour EDF qui continue à faire du nucléaire la pierre angulaire de sa stratégie à long terme. Dernière mauvaise nouvelle en date, l’annonce par EDF lui même du premier surcoût du projet anglais Hinkley Point C estimé désormais à 19,6 milliards de livres sterling (24,2 Mds €) en augmentation de 1,5 milliard £ (1,9 Mds €) par rapport aux évaluations précédentes. EDF explique que ces surcoûts résultent « essentiellement d’une meilleure appréhension du design, adapté aux demandes des régulateurs, du volume et du séquencement des travaux sur site et de la mise en place progressive des contrats fournisseurs ».

Par Romain Chicheportiche

Trump rejoue l’Age d’or du pétrole

Le pic pétrolier à l’envers

Donald Trump théorise sa politique par la révolution des hydrocarbures de schiste qui ont « montré que la théorie du pic pétrolier, qui imposait des mesures draconiennes et une modification de notre mode de vie, était une fake news. Notre pays est béni d’une abondance extraordinaire d’énergie. Nous avons près de 100 ans de gaz naturel et plus de 250 ans de charbon propre et beau », s’est enflammé le milliardaire au Department of Energy (DoE). Donald Trump a annoncé l’ouverture de la quasi-totalité (94%) des zones fédérales en mer à l’exploitation d’hydrocarbures. Le Président semble miser sur une augmentation de la production pour maintenir des prix bas de l’énergie, favorisant ainsi les industries énergivores, tout en augmentant les exportations. Sans oublier l’argument de l’indépendance énergétique, toujours présent dans la rhétorique trumpienne.

Annonces chocs

Donald Trump a profité de l’occasion pour annoncer quelques mesures chocs, mais attendues, telles que la suppression de toutes les barrières administratives et environnementales imposées aux mines de charbon. Un accord d’exportation de houille serait actuellement en négociation avec l’Ukraine selon le Président. De contrat, il en serait également question avec la Corée du sud à qui le président américain souhaiterait vendre son gaz naturel cette fois-ci. Pour cela, les États-Unis qui avaient déjà commencé à dévier de leur stratégie historique (pas d’exportation de pétrole et gaz brut) accélère la dynamique en autorisant le terminal de liquéfaction de Lake Charles LNG en Louisiane à exporter davantage. Enfin, Donald Trump a annoncé la construction d’un grand pipeline vers le Mexique, qui « passerait juste sous le mur », s’est amusé le Président de la première puissance mondiale. Reste à savoir si le Mexique, également producteur de pétrole, appréciera la boutade, et le projet…

Pari historique

Contraste saisissant que les discours à quelques jours d’intervalle des présidents français et américain. Alors qu’Emmanuel Macron annonce qu’aucun permis d’exploration d’hydrocarbures ne sera attribué en France, Donald Trump ouvre grand le domaine fédéral et confirme sa sortie de l’Accord de Paris. Il compte de fait devenir un producteur majeur d’énergies fossiles dont les autres veulent s’émanciper. Un mot enfin sur le nucléaire, en réalité le premier point aborder par Trump, et qui va faire l’objet d’une revue complète « pour trouver de nouvelles manières de revitaliser cette ressource énergétique cruciale et propre », a promis le Président. En effet, les centrales nucléaires américaines n’ont jamais été dans une situation aussi critiques. Plusieurs ont dû fermer leurs portes faute de rentabilité en raison de la concurrence impitoyable du… gaz de schiste ! Les centrales à gaz étant devenues bien plus compétitives que l’atome. Bref un véritable casse-tête en perspective.

Par Romain Chicheportiche

Nicolas Hulot dévoile son plan climat

Jusqu’à présent, l’objectif était de réduire les émissions de gaz à effet de serre françaises de 75% en 2050 par rapport à 1990. La grande nouveauté est désormais de viser la neutralité carbone à cet horizon. Pour rendre cela possible, plusieurs pistes sont lancées. Nicolas Hulot entend ainsi « faire de la France le n°1 de l’économie verte » pour réconcilier économie et écologie et « faire de Paris la capitale de la finance verte ».

Ce plan vise notamment à rendre « irréversible » l’Accord de Paris. Et accompagner les citoyens dans la transition. Ainsi, la prime à la conversion prévue lors de la mise à la casse d’un véhicule diesel sera étendue. « Le gouvernement proposera à chaque Français une prime pour remplacer leur voiture diesel d’avant 1997 ou essence d’avant 2001 par un véhicule neuf ou d’occasion », a dévoilé Nicolas Hulot. Reste à en révéler le montant. Par ailleurs, 4 milliards d’euros du plan d’investissement seront réservés à la lutte contre la précarité énergétique.

Énergies fossiles, contre renouvelables

Exit les énergies fossiles. Nicolas Hulot a annoncé la fin de la vente de voitures à essence et diesel dès 2040. Par ailleurs, il n’y aura plus de production d’électricité à partir de charbon dès 2022. Et une loi sera adoptée pour mettre fin aux permis d’exploitation de pétrole et de gaz.

Du côté des énergies renouvelables, rien de bien neuf. L’objectif est toujours de 32% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie primaire en 2030. Simplement, Nicolas Hulot a annoncé vouloir continuer à simplifier le cadre et accélérer leur développement. Et la programmation des différents appels d’offres sur la durée du quinquennat sera publiée au plus tard d’ici un an. Dans le cadre de la mise à jour de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE).

L’agriculture au service de l’adaptation au changement climatique

Nicolas Hulot entend mobiliser le potentiel des écosystèmes et de l’agriculture pour lutter contre le changement climatique. Il espère ainsi transformer le modèle agricole. « C’est l’esprit des états généraux de l’alimentation », rappelle-t-il.

Dans ce cadre, il compte mettre « définitivement fin à la déforestation importée en France ». Qu’elle provienne notamment des principaux bassins à protéger, soit en Amazonie, Asie du Sud-est ou Bassin du Congo. Cela empêchera par exemple d’incorporer du biocarburant à base d’huile de palme ou d’importer du soja issu de la déforestation pour nourrir le bétail français.

Enfin, le plan Climat renforcera la mobilisation internationale autour de la lutte contre le changement climatique. Il soutiendra notamment les acteurs non gouvernementaux qui agissent pour le climat, à savoir les différentes coalitions telles que le R20 ou le C40.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

El Hierro : Un phare de l’énergie pour les îles

Isolé sur l’océan Atlantique, au large de la Mauritanie, El Hierro appartient à l’archipel espagnol des Canaries. Battu par les vents, l’îlot volcanique n’abritait selon le dernier recensement que 11 000 personnes, alimentées depuis des années en électricité par une centrale thermique fonctionnant au diesel et opérée par l’électricien historique Endesa. C’est cela que les autorités ont décidé de changer.

Solution éolien/hydro

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crédits : Romain Chicheportiche

La Société Gorona del Viento a été créée en 2007, détenue à 77% par des acteurs locaux (Cabildo, région, ITC) et 23% par Endesa, pour créer un parc éolien et un barrage hydroélectrique. Le parc éolien comprend 5 aérogénérateurs de 2,3 MW, soit 11,5 MW au total. Il est couplé à une centrale hydroélectrique (6 MW) qui tire profit du dénivelé rapide de l’île volcanique. En effet, deux bassins de rétention d’eau ont été creusés (380 000 m3 et 150 000 m3) pour alimenter la centrale hydro. Le réservoir amont est rempli grâce à des pompes qui remontent l’eau de l’aval. C’est un système de Station de transfert d’énergie par pompage (STEP), bien connu en France.

L’innovation de Gorona del Viento réside dans le couplage des systèmes éoliens et hydroélectriques. « Les deux installations s’équilibrent mutuellement. Nous surveillons en permanence la production du parc éolien, par définition variable, et adaptons l’activité de pompage en fonction », explique José, ingénieur en salle de contrôle. Et pour cause, totalement isolée dans l’Atlantique, l‘île ne bénéficie d’aucune interconnexion électrique pour compenser une baisse de la production électrique locale. El Hierro ne peut compter que sur elle-même. « Le réseau a été depuis le début notre principale préoccupation », se remémore Juan Pedro Sanchez, ingénieur en chef des études. Celui qui est également vice-président du Cabildo (autorité publique de l’île) poursuit : « Notre objectif est d’élever autant que possible la part de l’éolien dans notre mix électrique tout en assurant la stabilité du réseau, notre priorité ».

Optimisation du système

Mise en service en 2014 pour test, puis en opération commerciale il y a seulement 2 ans, la contribution de Gorona del Viento a atteint 42% en 2016 et vise les 70% cette année. L’île n’est donc pas 100% renouvelable comme il a pu être lu ici ou là, mais y avance à grand pas. En juin 2017, pour la première fois depuis sa mise en fonctionnement, la centrale de Gorona del Viento a alimenté à elle seule en électricité toute l’île pendant 6 jours consécutifs. Une performance que les équipes d’ingénieurs souhaitent surpasser.Dans l’ordre de priorité, l’éolien arrive toujours le premier. C’est sa production et surtout sa variation qui sont scrutées en temps réel par les équipes de la salle de contrôle. La fréquence sur le réseau, mise à mal par les variations inhérentes à l’éolien, est équilibrée grâce aux pompes (6×500 kW et 2x 1 500 kW) de la STEP qui remontent l’eau du bassin aval vers l’amont. Là encore, plusieurs systèmes complémentaires sont à l’œuvre : les pompes peuvent être mises en marche/à l’arrêt en cas de hausse ou de baisse sensible de la production du parc éolien. En cas de variations plus fines (les plus fréquentes) chaque pompe est équipée d’un volant d’inertie, opérationnel en quelques secondes.

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crédit : Romain Chicheportiche

Depuis la mise en service de la centrale, Juan Pedro Sanchez cherche à optimiser l’apport de l’éolien. Sa production est aujourd’hui injectée à hauteur de 60% directement sur le réseau, le solde (40%) faisant fonctionner les pompes. « Notre but est de consommer directement le plus d’électricité éolienne possible ». Pour cela, les autorités locales ont développé une approche globale de l’équilibre offre/demande.

Vision globale

Si Gorona del Viento répond à la problématique de la production d’électricité sur l’île, la question de la demande a également été étudiée. Une partie sensible de la consommation électrique de l’île est dédiée à l’usine de dessalement qui alimente en eau potable la population. Une activité importante puisqu’elle représente à elle seule près de 45% de la consommation totale ! L’usine s’est mise au diapason du réseau électrique et grâce aux modèles de prévisions fournis par Red Electrica de Espana, le gestionnaire du réseau, son activité est coordonnée avec les épisodes les plus venteux et se concentre la nuit. Cela permet de réduire considérablement la pointe électrique et de flexibiliser un peu plus le réseau.

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crédit : Romain Chicheportiche

La vision d’El Hierro ne s’arrête pas pour autant là. Décidées à bannir pour de bon les hydrocarbures, les autorités locales veulent désormais remplacer tous les véhicules thermiques de l’île par une version électrique. Un appel d’offres a été lancé pour l’installation d’une centaine de bornes de recharges publiques d’ici la fin de l’année. Un premier véhicule électrique est déjà opérationnel sur l’île.

Interrogé sur l’objectif d’atteindre 100% d’énergies renouvelables, Juan Pedro Sanchez admet qu’il sera difficile à atteindre dans les conditions actuelles, car il y a des périodes de l’année, notamment avril-mai où les vents sont faibles, très faibles, et la centrale thermique indispensable. Le bassin amont n’offre en effet qu’une autonomie de 3 jours à la centrale hydroélectrique. « Une solution pourrait consister à creuser un second bassin de stockage en amont. Mais il ne s’agit là que d’un projet », indique le vice-président. Un investissement important pour une île qui affronte un autre défi d’envergure : la baisse de sa population. De 11 000 habitants, El Hierro serait passé aujourd’hui à 8 000 âmes. Une baisse liée à la faible activité économique et au manque de perspectives pour la jeunesse. Un paradoxe pour cette île qui attire des délégations du monde entier, sans pour autant parvenir à retenir les siens…

Romain Chicheportiche

La France cède à Bruxelles sur les perturbateurs endocriniens

Les critères de définition des perturbateurs endocriniens proposés par la Commission européenne ont finalement été acceptés par les États membres, dont la France. « Nous progressons dans la voie de l’établissement du premier système réglementaire au monde qui comporte des critères juridiquement contraignants pour définir ce qu’est un perturbateur endocrinien », s’est félicité Vytenis Andriukaitis, commissaire pour la santé et la sécurité alimentaire. Le texte peut désormais être adressé au Parlement européen et au Conseil pour la suite du processus législatif.

Les critères s’appliqueront à l’issue d’une période de transition de six mois. Mais ils seront immédiatement appliqués « aux substances pour lesquelles une évaluation ou une réévaluation est en cours ou pour lesquelles des informations confirmatives quant à leurs propriétés endocriniennes ont été demandées », fait savoir la Commission.

Les mêmes critères devraient être adoptés pour les biocides, car « les propriétés qui font d’une substance un perturbateur endocrinien ne sont pas fonction de l’utilisation qui est faite de cette substance », précise la Commission.  Ensuite, les critères ainsi définis serviront de base aux législations d’autres secteurs, par exemple, les jouets, les produits cosmétiques et les emballages alimentaires. Par ailleurs, près de 50 millions d’euros seront alloués à une dizaine de projets en 2018 dans le prochain programme de travail Horizon 2020.

Des dérogations finalement maintenues

Les critères sont basés sur la définition de l’OMS. Ils prennent en compte « toutes les données scientifiques pertinentes, y compris les études menées sur les animaux et les études in vitro ou in silico », fait savoir la Commission. Mais ils ne visent que les « perturbateurs endocriniens avérés » et « présumés ». Rien sur les perturbateurs endocriniens « suspectés ». En l’état, selon les scientifiques et les associations, le niveau de preuve demandé pour identifier une substance comme perturbateur endocrinien reste trop élevé pour être efficace.

Le texte maintient aussi des dérogations pour des invertébrés, les arthropodes. Ces dérogations étaient pourtant une ligne rouge pour les associations environnementales. Nicolas Hulot avait également estimé que le texte proposé par la Commission européenne était insuffisant et « loin d’être parfait » le 23 juin dernier sur RMC. Il s’était notamment prononcé contre ces dérogations.Il a finalement reculé devant la pression de l’Allemagne. La France a ainsi voté cette résolution, abandonnant sa position de fermeté. La Suède et le Danemark  l’ont maintenu et ont voté contre, rejoints par la République Tchèque.

Les associations dénoncent des critères insuffisants

L’appel de trois sociétés scientifiques internationales d’endocrinologie demandant aux Etats membres de rejeter ces critères n’aura pas suffi. Pas plus que les 458.000 signataires d’une pétition dans toute l’Europe. L’association Générations Futures, très engagée sur ce dossier, appelle désormais le Parlement européen à rejeter ces critères. La coalition EDC Free Europe, représentant 70 organisations de la société civile européenne, l’appelle à faire de même.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Une nouvelle technique expérimentale pour des matériaux plus résistants aux déformations extrêmes

La compréhension du phénomène de fracture d’un matériau soumis à un taux de déformation intense est un problème crucial pour nombre de travaux de recherche. En dépit de son intérêt, son étude repose sur une description fine multi-échelle, entre l’échelle atomique et les processus macroscopiques qui sont seulement réalisables par des simulations atomiques. L’étude de ce type de phénomène, au niveau atomique et avec des résolutions temporelles très petites (de l’ordre de la picoseconde, 10-12 s) était jusqu’à présent hors de portée des techniques expérimentales.

Bruno Albertazzi, chercheur au Laboratoire d’utilisation des lasers intenses (LULI), s’est intéressé à développer une nouvelle plateforme expérimentale permettant de mesurer à l’échelle atomique une propriété fondamentale d’un matériau : sa pression de spallation (ou de fracture), en se concentrant plus particulièrement sur le cas du tantale. Ses travaux viennent de faire l’objet d’une publication dans Science Advances le 3 juin.

Afin de déterminer la pression de spallation à taux de déformation extrême d’un matériau, le chercheur du LULI et ses collègues ont menés une expérience sur SACLA au Japon permettant de coupler un laser optique de puissance avec un laser X (Xray free électron laser, XFEL). Le premier génère une onde de choc dans l’échantillon (qui simule la collision de débris, particules, etc… avec un matériau par exemple), et le second, un faisceau de rayon X, permet de sonder la matière au niveau atomique et d’en déterminer le niveau de fracture.

Les chercheurs se sont intéressés plus particulièrement à la pression de spallation (de fracture) du tantale, utilisé notamment dans la production de superalliages employés par exemple dans l’aéronautique pour la construction des aubes de turbines des réacteurs d’avion ou dans l’industrie nucléaire pour la construction de centrales de type ITER. Cette expérience a montré qu’il était possible de comparer directement les résultats expérimentaux avec des simulations atomiques de large échelle et de contraindre ainsi le potentiel interatomique du tantale.

Des applications industrielles innovantes

Connaître la pression négative à partir de laquelle un matériau se fracture à taux de déformation donné revêt un intérêt particulier dans de nombreux domaines, et notamment pour l’aérospatial. A titre d’exemple, les débris spatiaux, dont la vélocité moyenne est de l’ordre de 10 km/s, peuvent gravement endommager les satellites et les navettes. Si la pression de fracture des matériaux utilisés dans la construction de ces différents éléments aérospatiaux est connue, il devient alors possible de tester et de développer des matériaux innovants plus résistants.

Par Bruno Albertazzi
Diplômé de l’Université de Metz-Nancy et de l’Université de Lund (Suède), Bruno Albertazzi est docteur en physique de l’École polytechnique et de l’INRS-Energies, Matériaux et Télécommunications (Institut national de la recherche scientifique du Canada).

Source : cnrs

Manager les risques professionnels de façon collaborative avec RiskEV

RiskEV, logiciel d’évaluation et de gestion des risques professionnels, est conçu pour que chacun puisse y renseigner ou y trouver les informations dont il a besoin. Grâce à une gestion des accès fine et entièrement paramétrable, et à des versions spécifiques (lecteur, accès aux FDS…), RiskEV permet :

  • Au responsable HSE de gérer toutes les évaluations des risques, en passant par la pénibilité et le risque chimique, de réaliser le Document Unique et assurer la traçabilité des expositions,
  • Au directeur de site, au responsable industriel d’accéder aux données de son site et au suivi des actions en cours,
  • Aux ressources humaines d’accéder au décompte des points de pénibilité par salarié et par facteur de risque, de suivre l’exposition des salariés aux risques professionnels,
  • A tout salarié dans l’entreprise d’accéder aux fiches de données de sécurité et aux fiches de sécurité simplifiées qui le concernent.

La confidentialité des données reste bien sûr protégée grâce à la mise en place de droits d’accès différenciés selon les profils.

Important : le logiciel RiskEV n’est plus commercialisé
par Techniques de l’Ingénieur.

EPR de Flamanville : la cuve serait conforme !

« L’ASN considère que les caractéristiques mécaniques du fond et du couvercle de la cuve sont suffisantes au regard des sollicitations auxquelles ces pièces sont soumises, y compris en cas d’accident », fait finalement savoir l’ASN sur ce dossier rendu public en avril 2015. Soit neuf ans après la fabrication des pièces incriminées.

Areva, constructeur de la cuve, et EDF, exploitant de la centrale, peuvent être soulagés suite à cette première étape. La cuve serait donc suffisamment résistante malgré ses défauts de fabrication. Pour arriver à cette position, le gendarme du nucléaire s’est appuyé sur l’analyse des dossiers transmis par Areva et EDF, le rapport technique rédigé par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), et  l’avis de son groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaire (GP-ESPN). Ce dernier groupe avait réuni lundi et mardi ses 31 experts.

Un fond à surveiller, un couvercle à changer d’ici 2024

L’ASN relève néanmoins « une diminution des marges vis-à-vis du risque de rupture brutale ». Elle somme donc EDF d’appliquer « des contrôles périodiques » sur le fond de la cuve « afin de s’assurer de l’absence d’apparition ultérieure de défauts ».

Mais ces contrôles seraient plus compliqués sur le couvercle, en raison des centaines de trous et conduits qui l’équipent. Dans ces conditions, l’ASN n’impose pas de contrôles complémentaires à EDF sur le couvercle. En revanche, elle somme EDF de le changer d’ici fin 2024. Pourquoi un tel délai ? Est-ce pour des raisons de sûreté ? Non. Il s’agit tout simplement de laisser le temps à l’énergéticien de commander un nouveau couvercle, puisque l’ASN estime que « la fabrication d’un nouveau couvercle  prendrait de l’ordre de sept ans ». Une décision qui va donc dans l’intérêt économique d’EDF qui pourra exploiter son réacteur de 1650 mégawatts en attendant.

Et maintenant ?

Le projet d’avis de l’ASN sera mis à la consultation du public dans les prochains jours jusqu’en septembre 2017. L’agence fait savoir qu’elle consultera aussi le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Son avis final sera rendu à l’issue de ces consultations en octobre 2017. Le débat sur la conformité de l’acier de la cuve n’est pas donc pas terminé.

Si son avis final est favorable, il restera à la cuve une ultime étape à franchir. Son circuit primaire principal devra en effet subir une épreuve hydraulique d’ensemble. Si tout est en ordre, EDF pourra démarrer son réacteur, comme prévu, fin 2018 pour une mise en service commerciale en 2019. Mais surtout, EDF pourra finaliser le rachat du groupe Areva NP, l’activité réacteurs du géant du nucléaire. La Commission européenne avait conditionné cette opération au feu vert de l’ASN sur la conformité de la cuve.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

90% de solaire + éolien est possible avec seulement 10 heures de stockage batterie (étude australienne)

L’étude montre que le stockage batterie n’est nécessaire que quand le niveau d’EnR variables dépasse 40-50% explique le média spécialisé RenewEconomy, et qu’il est possible d’atteindre 90% de solaire + éolien quand on fait appel au stockage batterie.

En France le service presse de RTE parvient à des conclusions similaires : « des solutions ont été identifiées pour intégrer jusqu’à 40% d’énergie renouvelable à un coût raisonnable, sans nécessairement avoir besoin de stockage. RTE étudie avec ses partenaires européens des solutions pour aller au-delà de ce seuil. » C’est ce que rapporte le journaliste spécialisé Vincent Boulanger dans un article intitulé « Variabilité: le réseau sait gérer » et publié dans le numéro d’avril-mai 2017 du Journal des Energies Renouvelables.

Selon Boris Shucht, PDG de l’opérateur allemand 50 Hertz (équivalent de RTE) « il y a quelques mythes qui courent dans le monde de l’énergie. On peut prendre l’exemple de la considération voulant que l’intégration des énergies renouvelables exige tout de suite plus de flexibilité du système. C’est à dire du stockage, des capacités d’effacement ou davantage de centrales en back-up. C’est un mythe, nous avons plus de flexibilité dans le système que nécessaire ».

0,75 pour 1

Au niveau de l’architecture énergétique il faut pour chaque GW solaro-éolien une batterie (ou une STEP, qui est une « batterie gravitaire ») d’une puissance de 0,75 GW et d’un volume de 2,6 GWh. Ce qui correspond à 10 heures avec une puissance moyenne de 0,26 GW, soit le quart de la puissance solaro-éolienne installée.

Sur l’île de Kauai (Hawaï) 28 MW de solaire PV sont accompagnés d’une batterie Tesla de 20 MW / 100 MWh. Le prix du solaire + batterie est alors de seulement 11 US cents / kWh (environ 10 c€/kWh). Le rapport puissance solaire / puissance batterie est de 0,71 pour 1, ce qui est très proche du dimensionnement de l’étude australienne (0,75 pour 1). Les 100 MWh correspondent à environ 20 heures de stockage à la puissance moyenne. Plus on augmente le volume d’heures et plus le taux de pénétration EnR augmente. Il est probable que plus de 95% de l’électricité de cette île tropicale sera d’origine solaire à l’échelle annuelle. Les moins de 5% restants seront comblés par du back-up thermique classique.

Sur l’île de Tau 6 MW de solaire PV accompagnés de 6 MWh de batteries ont été installés par l’entreprise SolarCity (Tesla) pour rendre l’île autonome.  Ce territoire des Samoas américaines est à présent appelé « l’île de Tesla ».

Sur l’île portugaise de Graciosa l’architecture énergétique proposée par Younicos est de 4 MW / 3,5 MWh de batterie Lithium pour un total de 5,5 MW de solaro-éolien. Le ratio puissance est ainsi de 0,72 pour 1. La durée de stockage est en revanche assez limitée, d’environ 4 heures à la puissance moyenne, ce qui permet nénamoins d’envisager d’atteindre un taux d’EnR moyen annuel de 75% selon Younicos. Les 25% restants sont assurés par un back-up thermique classique qui coûte 10 fois moins cher qu’une solution à base d’hydrogène selon Toshiba Corp.

Le faux débat sur « l’inertie réelle »

Ce qui est possible sur l’île portugaise de Graciosa est-il possible en France si l’on considère le pays du « roi soleil » comme une île isolée ?   Contacté par Techniques-ingénieur.fr, Philip Hiersemenzel, le porte-parole Europe de l’entreprise berlinoise Younicos est catégorique: « c’est bien entendu possible en France mais aussi en Grande-Bretagne, qui est réellement une île ». L’expert a confirmé ce qu’il a expliqué via le média RenewEconomy : « Nous avons eu écho de la discussion sur l’« inertie réelle » et cela résonne de façon étrange pour nous. Il n’y a, bien entendu, absolument pas besoin d’« inertie réelle » plutôt que d’ « inertie synthétique » pour que le réseau électrique soit stable. En réalité si vous partez du postulat que de plus en plus d’électricité pourrait et va être délivrée à partir d’énergies renouvelables bon marché, propres mais intermittentes, alors l’« inertie synthétique » offre de nombreux avantages manifestes ».

Plus de 80% de solaire PV au sol en France grâce au stockage saisonnier hydrogène, ce projet est-il pertinent ? Pour Philippe Hiersemenzel « nous n’avons pas besoin de stockage saisonnier maintenant. Il faut d’abord atteindre 40%, puis 60% de renouvelables avec du solaire, de l’éolien et des batteries, et après on verra. »

«Nous pouvons atteindre plus de 70-80% de solaire et d’éolien avec le stockage par les STEP (Stations de Transfert d’Energie par Pompage) et/ou les batteries » souligne François Lempérière, président de l’association Hydrocoop et qui a été primé par l’Académie des Sciences, contacté par Techniques-ingénieur.fr.

François Lempérière a proposé plusieurs solutions de STEP innovantes, y compris des STEP marines, tout en soulignant que le potentiel continental en Europe reste très élevé. « Il n’y a pas de lobby des STEP en France » soupire l’ingénieur.

L’ingénieur Samuel Portebos, analyste senior de Clean Horizons Consulting, cabinet spécialisé en stockage, ne tarit pas d’éloges à propos du stockage batterie : « les batteries offrent au réseau des services comparables aux systèmes traditionnels sur le plan de la gestion de la tension et de la fréquence » a-t-il déclaré à Techniques-ingénieur.fr. « En réalité il s’agit même d’un service de qualité supérieure : le temps de réponse passe de quelques secondes à quelques millisecondes. »

François Lempérière souligne de son côté que « les STEP ont non seulement une haute efficacité mais en plus une durée de vie qui peut dépasser le siècle. Les pompes et les turbines peuvent durer 50 ans ».

En Australie cette solution de stockage est considérée avec un grand intérêt. Et ceci même si Elon Musk a proposé d’y construire une centrale de stockage batterie de 100 MW en moins de trois mois.

Par Olivier Daniélo

SKF et Atos : ensemble pour relever le défi de l’industrie du futur

Quelle est votre lecture des mutations que connaît actuellement l’industrie ?

Frédéric Ponson : Depuis maintenant près d’un siècle, des progrès extraordinaires ont permis d’améliorer considérablement la productivité, la qualité et la sécurité. Mais ces avancées ont toujours été progressives. Au fond, nos processus de fabrication ont assez peu évolué ces dernières décennies. Pourtant, aujourd’hui, avec l’irruption de nouvelles technologies comme la fabrication additive, l’Internet des objets ou l’intelligence artificielle, tout est brutalement remis en question : métiers, produits, usines, chaînes de valeur, modèles économiques… C’est une véritable révolution !

Steve Péguet : Auparavant, l’informatique consistait à modéliser la réalité pour mieux la gérer. Mais aujourd’hui, grâce aux capteurs et aux objets connectés, les données viennent de l’environnement lui-même. La réalité s’impose aux systèmes d’information et non plus l’inverse. Ce renversement de paradigme est source d’opportunités en termes d’excellence opérationnelle et de nouveaux services mais aussi de menaces, notamment autour de la propriété intellectuelle. Pour les industriels, l’enjeu est de parvenir à basculer de l’ancien monde vers le nouveau. On parle beaucoup de convergence IT/OT, et elle comporte un volet important de cybersécurité.

L’open innovation, c’est le partage des idées, des risques et des résultats.
Steve Péguet, Directeur de l’Innovation, Atos France

Dans ce contexte, quel est le sens de la collaboration entre SKF et Atos ?

F.P. : On le voit, pour un industriel, l’IT n’est plus considéré comme un outil support mais comme un facteur clé de différenciation et de compétitivité. Nous devons donc envisager les nouvelles technologies sur le même plan que les autres composantes de notre cœur de métier. C’est un changement culturel majeur. Avant d’être technique, le défi est avant tout  humain. Il faut surmonter les barrières de la crainte et de l’indécision et pour cela, nous partageons la conviction que l’open innovation a un rôle déterminant à jouer. En effet, par son expertise, Atos se pose en tiers de confiance entre la technologie et SKF. De cette façon, l’organisation peut accepter, digérer et assimiler plus vite la nouveauté et réellement s’approprier la transformation digitale.

S.P : Selon nous, l’open innovation, c’est le partage des idées, des risques et des résultats. Aussi, il ne s’agit pas tant d’aider les industriels à concevoir et à mettre en œuvre des solutions innovantes, que de nous positionner en véritable partenaire, impliqué et prêt à envisager tous les modes de collaboration. C’est de cette manière que l’on innove vraiment, que l’on crée de la valeur et que, nous concernant, nous pouvons rester à l’avant-garde des technologies et des usages.

Cette collaboration se traduit notamment par l’organisation du challenge « Industrie du futur » destiné aux startups. Pouvez-vous détailler cette opération ?

S.P. : Au monde réel, se superpose désormais un monde numérique qui couvre toute la chaîne de valeur, de la conception à la maintenance. Entre ces deux dimensions, il se créé des passerelles matérielles ou logicielles souvent développées par des startups ou des PME high tech. L’objectif de ce challenge est d’identifier les acteurs émergents les plus prometteurs et de les aider à finaliser leur offre technologique en les confrontant aux exigences du réel.

F.P. : Des sujets comme les matériaux, les procédés de fabrication, l’usine connectée ou encore le machine learning pourront être abordés. En juillet, douze candidats seront sélectionnés et accompagnés jusqu’à la grande finale qui aura lieu le 8 novembre à la SKF Solution Factory située à St-Cyr-sur-Loire. Qu’un leader de l’industrie et un leader de l’IT s’associent pour solliciter l’implication des startups est assez unique. Les participants vont bénéficier d’une double expertise, industrielle et technologique et d’un environnement d’expérimentation grandeur nature. Pour eux, ce sera un formidable accélérateur.

L’industrie 4.0 ne sera pas un empilement de technologies mais un tissu humain, ouvert et régénéré.
Frédéric Ponson, Directeur de l’Ingénierie, SKF France

Quelles retombées en escomptez-vous ?

S.P. : Aux États-Unis, peu de startups se consacrent au secteur de l’industrie. La Silicon Valley n’a pas d’usines. C’est une opportunité formidable pour l’Europe et la France en particulier, qui est à la fois le pays des startups et en pleine reconquête industrielle. Nous espérons qu’en unissant nos forces, nous parviendrons à montrer la voie à suivre. C’est d’ailleurs pourquoi Techniques de l’Ingénieur s’est associé à ce challenge afin de diffuser et de faire connaître largement ces innovations auprès des industriels. Pour Atos, l’objectif est de construire des mines d’or autour de pépites en devenir. Nous avons tout intérêt à aider nos futurs fleurons technologiques à devenir les leaders mondiaux de demain.

F.P. : Notre succès se mesurera surtout à la qualité des relations qui s’établiront entre chacun. Un écosystème, ce sont d’abord des hommes et des femmes qui s’estiment, se font confiance et ont envie de travailler ensemble. L’industrie 4.0 ne sera pas un empilement de technologies mais un tissu humain, ouvert et régénéré.

 

Retrouvez tous les détails du challenge Industrie du Futur sur : agorize.com/industrie-du-futur

Chimie du végétal : pourquoi cette filière prometteuse ne se développe-t-elle pas plus vite ?

Pour l’association pour la chimie du végétale (ACDV), la France possède trois atouts essentiels pour créer une filière forte, stable qui embauche et crée de la valeur :

  • la disponibilité des matières premières, la France étant la première place agricole de l’Europe
  • un tissu industriel riche, la France se plaçant à la deuxième place des industries chimiques en Europe
  • des filières agro-industrielles (première transformation) déjà bien structurées

S’ajoute à cela le fait que cette filière offre de nouveaux débouchés à l’agriculture et que le développement durable devient une référence forte en matière de modèle économique. La chimie du végétal s’inscrit donc totalement dans les objectifs de développement d’une chimie verte souhaitée par les industriels du secteur et de manière plus globale dans des objectifs stratégiques d’utilisation renforcée de la biomasse.

Une R&D de pointe, une forte valeur ajoutée

La filière se construit autour d’une très forte R&D, l’innovation étant l’un des principaux moteurs pour devenir compétitif face aux produits d’origine fossile. Cela passe, d’une part, par la recherche de produits présentant de nouvelles fonctionnalités. C’est par exemple le cas de l’isosorbide, une molécule d’origine végétale qui n’existe pas en version fossile mais qui peut se substituer à des composés issus des polycarbonates tout en améliorant les propriétés optiques, la résistance aux UV ou aux hautes températures. Mais l’innovation peut aussi concerner tous les moyens de devenir plus compétitif, à l’instar du développement de nouveaux procédés de fabrication. Pour l’ACDV, cette nécessité d’innover confère à la filière un atout économique non négligeable : « une très forte valeur ajoutée, de l’ordre de 400 000 euros de chiffre d’affaires par emploi, l’un des ratios les plus élevés de la bioéconomie », précise ainsi l’association.

L’agro-industrie française prête à l’emploi

Les industries de premières transformations, qui assurent le lien entre la chimie et les agriculteurs/sylviculteurs qui produisent la biomasse, sont bien établies en France. Elles convertissent les ressources végétales en matières premières de base comme l’amidon, les sucres, les huiles, les fibres etc. Et la nouvelle chimie du végétal et les matériaux biosourcés représentent pour ces industries de transformation un débouché non négligeable de l’ordre de 15% en moyenne mais pouvant atteindre 35% pour les produits amylacés par exemple. Depuis 2005, note l’Ademe, le tonnage à destination des matériaux et produits biosourcés (hors secteurs traditionnels comme la papeterie par exemple) n’a cessé d’augmenter et vient même compenser la baisse de demande des secteurs traditionnels. La France produit donc l’essentiel des matières premières nécessaires à la filière de la chimie du végétal, à l’exception des huiles, dont une bonne partie provient de plantes tropicales (notamment ricin, palme, coprah).

Faible impact environnemental ?

De manière général, l’Ademe note que l’impact environnemental des produits biosourcés est moindre, mais l’agence met en garde contre une approche simpliste : les produits de la chimie du végétal doivent être évalués comme les autres, avec une analyse complète du cycle de vie.

En ce qui concerne d’éventuels conflits d’usage, l’impact aujourd’hui est plutôt faible : selon l’ACDV le secteur emploi 30Mt de matières premières végétales récoltées sur 6 millions d’hectares soit 0,4% des terres arables. A court-moyen terme, même si les tonnages doublaient la demande ne serait pas suffisamment forte pour être préoccupante. Et dans tous les cas très loin des questions que posent la filière biomasse-énergie, notamment celle des biocarburants.

Quels obstacles se dressent encore ?

La France compte de grandes entreprises qui misent résolument sur le développement de la chimie du végétal et ont entamé une véritable politique pour biosourcer leurs matières premières. Néanmoins, le taux de pénétration sur les marchés restent faible : en 2012 seuls 3,3% des produits simples comme les résines, les solvants ou les tensioactifs consommés en France sont biosourcés et 1,6% des produits formulés (colles, composites, détergents) explique l’Ademe. Même si les scénarios de prospective annonce que ce taux devraient doubler ou tripler d’ici 2030, cela reste encore modeste. Le potentiel de progression est très variable selon les secteurs. Par exemple, sur le secteur des cosmétiques, le taux de pénétration est déjà de 100%, c’est-à-dire que tous les produits cosmétiques intègrent désormais des composés issus du végétal. Pour autant le potentiel de progression est encore important car en moyenne, dans un produit cosmétique, on trouve 40% d’ingrédients issus de la biomasse. Ce taux présente encore une marge d’augmentation notable, d’autant que la demande de la part des consommateurs est extrêmement forte. Pour améliorer la situation, les professionnels de la filière sont catégoriques : il faut soutenir l’industrialisation de l’innovation, équilibrer la fiscalité avec les concurrents fossiles en prenant en compte leur très grande externalisation et continuer de favoriser l’achat de produits biosourcés.

De la chimie du végétal à la bioéconomie

Depuis quelques années, le gouvernement français a pris la pleine mesure du potentiel de la filière de la chimie du végétal et lui réserve une place de choix à la fois dans des dispositifs d’aide à l’innovation et de soutien économique et dans les grandes stratégies de développement ou les lois encadrant l’avènement d’une économie plus durables. Ainsi, on retrouve des leviers de soutien dans le cadre des plans de la nouvelle France industrielle ou encore des contraintes réglementaires encourageant l’emploi de la biomasse dans la loi de transition énergétique. Depuis janvier 2017, la forte volonté politique de créer des filières complètes autour de la biomasse qu’elle soit d’origine terrestre, marine ou issue de déchets s’est traduite par la publication de la stratégie nationale bioéconomie dans laquelle la chimie du végétale a toute sa place. La fragilité de la filière tient aujourd’hui, comme dans de nombreux secteurs en France, à des facilités pour les entreprises de se développer après la phase d’amorçage ou de recherche, pour passer au stade industriel et commercial.

Par Sophie Hoguin

Emploi : des compétences transversales difficiles à trouver

La chimie a enregistré une forte baisse de ses emplois directs entre 2000 et 2010 (-54000). Depuis, l’emploi stagne ou augmente légèrement. Dans ce contexte, l’avènement d’une chimie du végétal fait naître de nombreux espoirs de relance des embauches dans le secteur avec, en parallèle, l’apparition de nouveaux métiers, ou plus exactement de nouvelles compétences.

Près de 15% des emplois directs

Dans une étude d’Alcimed pour l’Ademe datant de mai 2012, la chimie du végétal* représente quelques 23000 emplois directs et 63000 indirects. Soit près de 15% des effectifs globaux du secteur de la chimie et une participation de 10% aux emplois directs. L’évolution prospective prévue par cette étude était très favorable puisque à l’horizon 2020, les auteurs estimaient probable une augmentation de 50% des emplois directs (36000) pour le scénario médian. Reste que ces chiffres recouvrent des réalités, des postes et des carrières très hétérogènes car la chimie du végétal touche des secteurs et des marchés très divers : agro-industriels, chimistes, industries des biotechnologies travaillant pour la chimie de spécialité, la cosmétique, les matériaux ou encore l’énergie. Dans ce cadre, il est toujours délicat de construire et de trouver des statistiques vraiment fiables pour l’emploi ou l’économie et très difficile de prédire avec certitude les évolutions.

Trente-deux métiers stratégiques

Une étude réalisée par l’Apec en 2014 pour le compte du pôle de compétitivité Industries et Agro-ressources (IAR) et l’UIC Picardie Champagne-Ardenne, identifie 32 métiers stratégiques qui représentent donc un rôle clé pour la valeur ajoutée d’une entreprise à l’horizon 3-5 ans. Elle souligne particulièrement le besoin en compétences élevées de cette filière en construction.

Le secteur de la chimie présente déjà la particularité d’avoir un taux d’encadrement supérieur à la moyenne nationale du secteur privé (30% au lieu de 18%), mais la chimie du végétal accentue encore cette demande expliquent les auteurs de cette étude. Les qualifications de haut niveau étant attendues tant pour la R&D que pour le management d’installations industrielles. Quant aux professions non-cadres, on n’attend aussi qu’elles montent en compétences.

Mettre en place la transversalité

Plus que de nouveaux métiers ou de réelles nouvelles compétences, l’enjeu stratégique de la filière en matière d’emploi est celui de l’interdisciplinarité et de la transversalité. Car la chimie du végétale est une filière qui part de l’agricole jusqu’à des produits finis très divers. Il faut donc construire la production via un dialogue de toutes ces parties qui n’ont pas forcément l’habitude de communiquer et qui ont des parcours de formations souvent très distincts. La construction de la filière et de ses compétences repose sur une acculturation des uns et des autres. Un processus qui risque de prendre du temps.

Des compétences systémiques très attendues

L’ancrage de la chimie du végétal dans un souci de développement durable et son inscription dans une filière très complète (de l’agriculture à la gestion de la fin de vie) nécessite de faire appel à de nombreuses compétences de gestion et d’optimisation des systèmes tels que l’analyse du cycle de vie à la fois en amont (gestion des ressources primaires et secondaires – coproduits), pendant la production (optimisation des procédés, de la maintenance etc) et en aval (évaluation des impacts, prévision de la fin de vie, recyclage).

Manager l’innovation, anticiper les marchés

Autant les industriels semblent confiants dans la capacité du marché de l’emploi à leur fournir des ingénieurs et cadres compétents pour la R&D autant ils sont plus prudents sur les postes de management : en effet, la chimie en général et la chimie du végétal en particulier nécessite de faire appel à des managers ayant un socle de connaissances scientifiques solide tout en étant capables de piloter des projet, diriger des équipes et suivre l’ingénierie de l’innovation (financement, partenariat public-privé, brevets, licences) ainsi qu’en anticipant le marché (gestion des achats sur les filières parfois très volatilse du végétal, garantie des débouchés). Là encore, une nécessaire formation pluridisciplinaire à la fois scientifique et managériale est nécessaire et pas forcément très disponible.

Par Sophie Hoguin

La chimie du végétal s’implante dans tous les secteurs

Le développement de nouveaux produits issus de la chimie du végétal se fait sous deux impulsions en parallèle. L’une vient de grands groupes industriels, chimistes ou non, l’autre de start-ups qui cherchent des technologies de rupture et assurent tout un pan de l’innovation.

Quelle que soit la voie empruntée, l’enjeu reste de trouver un marché preneur en se montrant compétitif et innovant.

Agro-industriels : piliers et moteurs de la filière

En amont de la filière de la chimie du végétal, on trouve de grands groupes agro-industriels comme Avril – ex-Sofiprotéol pour les oléagineux, Tereos pour le sucre ou  Roquette pour les produits amylacés… Ils assurent la transformation de la matière première et sont l’un des moteurs de cette chimie de la biomasse car ils investissent massivement dans la recherche tant en interne que via des pôle d’innovation, des fonds de soutien aux start-ups ou des partenariats divers. A titre d’exemple, le groupe familial Roquette, spécialiste des produits amylacés dérivés du maïs, du blé ou de la pomme de terre pour les secteurs de la nutrition, la pharmaceutique, la chimie de base ou le papier-carton, s’intéresse désormais aussi au secteur des plastiques, des revêtements ou des peintures biosourcées et ses matières premières se sont élargies au pois pour l’exploitation des protéines.  Aujourd’hui, le groupe représente près de 25 à 30 brevets déposés par an, un réseau de recherche mondial auquel participent plus de 300 chercheurs, plus de 10% du chiffre d’affaires (de l’ordre de 3 Md €) sont réinvestis dans la recherche et le développement industriel. Et la R&D porte tant sur le développement d’intermédiaires biosourcés comme l’isosorbide qui présente des propriétés innovantes permettant de créer de nouveaux matériaux moins nocifs ou la recherche de nouvelles voies de production de composés de la chimie classique à l’instar de l’acide succinique BiosucciniumTM, certifié Ecocert, qui peut entrer dans la composition tant de polyuréthanes que d’émulsifiants.

Chimistes : la biomasse, une ressource comme une autre

Parmi les grands chimistes, plusieurs ont déjà pris le virage de la chimie du végétal en cherchant activement à utiliser des matières premières biosourcées pour leurs productions et leurs innovations. Un développement qui s’est souvent fait par une croissance externe à l’instar de Solvay dont la politique en matière de développement durable et de chimie du végétal a réellement bondi avec l’acquisition en 2011 de Rhodia (spécialiste par exemple de l’extraction de glycérol à partir de l’huile de colza ou de palme). Pour Arkema, la chimie du végétale est à la fois une histoire de croissance externe et à la fois un fait historique. En effet, le français fêtait ainsi début juin 2017, les 70 ans du Rilsan® PA 11, un polyamide produit à partir d’huile de ricin. Produit phare, il a depuis été décliné et amélioré pour produire des polyamides résistants aux hautes températures ou un polyamide transparent flexible pour les montures de lunettes, l’électronique ou le médical. L’activité de recherche du groupe de chimie a aussi donné le Fiabalin, un composite thermoplastique à base de polymère et fibre de lin et le chimiste travaille par exemple à trouver de nouvelles ressources dans le cadre du projet européen Cosmos sur la cameline et le crambe, deux plantes oléagineuses méconnues.

Cosmétiques : le très grand marché du biosourcé

Indéniablement, les cosmétiques sont l’un des grands secteurs de la chimie du végétal. Inutile de parler d’Yves Rocher dont c’est la marque de fabrique, tous les fabricants aujourd’hui intègrent des ingrédients végétaux. L’Oréal, par exemple, annonce que 80% de ses matières premières sont biosourcées. Cependant, dans la cosmétique, la chimie du végétal ne concerne pas seulement l’approvisionnement mais aussi les procédés de fabrication avec des biotechnologies blanches telles que l’extraction sans solvants par catalyse enzymatique ou la bioconversion (transformation de composés chimiques par des systèmes biologiques comme des micro-organismes). L’axe développement durable – santé sans produits chimiques étant devenu un argument de vente central pour le secteur.

Automobile : 40% des composites biosourcés

Le secteur automobile est devenu friand de plastiques et de composites biosourcés qui viennent remplacer métaux et plastiques traditionnels. Pour cette industrie, cela permet d’atteindre plusieurs objectifs : amélioration de l’empreinte carbone et allègement de la structure (et ainsi diminution de la consommation de carburant). D’autant que la recherche de matériaux biosourcés s’est accompagnée de l’amélioration de nombreuses propriétés : meilleures qualités d’absorption des bruits et des vibrations, meilleure résistance à la rupture, aspect et texture plus esthétique ou confortable. C’est ainsi que 40% du marché des composites biosourcés est aujourd’hui dédié au secteur automobile principalement par l’utilisation de fibres naturelles (lin, chanvre, cellulose) à la place des fibres de verre. Les pneus sont aussi devenus le siège d’une intense recherche pour s’affranchir de la pétrochimie et sont en train de donner naissance à une filière française sous l’impulsion de Michelin et son projet Bio Butterfly initié en 2013. Il s’agit d’utiliser des déchets forestiers et agricoles pour produire du biobutadiène. La technologie est maintenant validée et une usine préindustrielle expérimentale a été annoncée en 2016 à Bassens (Gironde). Le planning du projet prévoit le lancement d’une unité de production de 150 000 tonnes/an vers 2022 en tablant sur le fait que le prix du pétrole remontera pour permettre d’être compétitif.

Détergents, peintures : des huiles très actives

Pour les détergents et les peintures, la chimie du végétal apporte des ingrédients présentant plusieurs avantages qui ont séduit ces deux secteurs : une plus grande biodégradabilité, beaucoup moins de composés toxiques (COV notamment) qui confèrent aux produits qui les utilisent une meilleure adéquation avec la réglementation (Reach par exemple) ou avec les attentes des utilisateurs. Pour les détergents, la chimie du végétal a trouvé un bon débouché sur le segment des tensioactifs dont 40 à 50% sont maintenant biosourcés, principalement par l’emploi d’huile végétale (palme, soja, coco). Les huiles végétales sont aussi une source première pour la fabrication d’ingrédients de peintures moins nocives pour l’environnement et la santé.

Sophie Hoguin

La biomasse d’origine marine peut tout faire

Les algues contiennent à la fois de la cellulose, des colloïdes, des pigments, des protéines, des minéraux, et d’autres molécules actives variées selon les espèces. Un potentiel énorme pour la chimie du végétal autour duquel émergent nombres de projets et d’applications.

La France : une place de choix pour l’algue

Au niveau géographique et climatique, la France, et notamment la Bretagne, occupe une place de choix pour la culture et l’exploitation des algues. Outre la recherche de solutions pour les marées vertes, le développement d’une économie autour des algues est une opportunité pour assurer l’avenir économique de la région : implantations de structures de recherches et d’innovation autour des biotechnologies, complément / alternative d’activité pour l’aquaculture, la pêche et utilisation des infrastructures déjà existantes : entrepôts de stockage réfrigérés, chaîne logistique, possibilité d’industries autour de la santé/cosmétique naturel, de l’agro-alimentaire et de l’énergie. Et en toute logique, la Bretagne abrite donc depuis 1982, un centre technique unique au monde, le CEVA, centre d’études et de valorisation des algues, qui soutient les industries et l’innovation depuis l’étude des algues dans leur milieu jusqu’à la construction de pilotes industriels.

Un renouveau pour des secteurs traditionnels

La filière algues s’intègre parfaitement aux filières traditionnelles de la Bretagne et l’un des exemples types est celui du projet Ulvans. Lancé en 2012, ce projet a la particularité de s’attaquer à l’ensemble de la filière de la récolte à la transformation. Il réunit quatre entreprises autour d’Olmix group. Il a notamment abouti à la construction de la première bioraffinerie d’algues au monde en septembre 2013 qui traite plusieurs tonnes d’algues vertes (les ulves), brunes ou rouges quelques heures après leur récolte. L’innovation a d’ailleurs aussi touché les modes de récolte pour lesquelles Agrival a dû développer des machines spécifiques (voir cette vidéo de Ouest France). Broyées, pressées, centrifugées, les algues subissent aussi des traitements enzymatiques pour en séparer et extraire les molécules d’intérêt. Sucres et protéines servent à l’alimentation animale et les différents principes actifs sont utilisés pour la santé animale (ce qui permet de diminuer l’appel aux antibiotiques) la santé des plantes (alternative partielle à l’emploi de produits phytosanitaires) ou des applications telles que gélifiants, émulsifiants, épaississants ou autres molécules santé et fonctionnelles pour l’alimentation humaine.

Pour Olmix, c’était le prolongement naturel après la mise au point de son Amadéite®, un nanomatériau naturel breveté à base d’argile intercalée et d’algues qui trouve des utilisations pour des matériaux à destination de l’automobile, de la plasturgie ou du bâtiment (ciment) grâce à des propriétés mécaniques, de tenue au feu, de stabilité thermique et de perméabilité aux gaz ou aux hydrocarbure améliorées.

Peintures et plastiques 100% naturels

Les algues sont à l’origine de plusieurs matériaux 100% naturels, nés eux-aussi en Bretagne. Les peintures Algo par exemple, qui après avoir reçu le grand prix entreprises et environnement français fin 2014 ont reçu l’équivalent européen en novembre 2016. La peinture Algo est biosourcée jusqu’à 98%, elle émet moins d’1g/L de COV et les algues lui apportent des propriétés physiques particulières telles que l’anti-coulure ou l’opacité, augmentant le rendement (12 m²/litre). Les algues peuvent aussi être introduites dans l’industrie des plastiques comme le fait depuis 2015 l’entreprise Algopack, qui a mis au point des plastiques tout ou partie composés d’algues.

Un débouché pour les macro-algues échouées que souhaite développer le projet Alguex, qui a démarré en avril dernier pour une durée de 2 ans. Il vise à valider des démonstrateurs pré-industriels pour la production de résine biosourcée à 45% minimum et compostable pour des emballages flexibles et des résines non biodégradables pour plastiques rigides type container à déchets. Le projet prévoit l’utilisation non seulement de macro-algues échouées mais l’utilisation de micro-algues cultivées.

Les algues dopent aussi l’électrochimie

On les attendaient moins à ce niveau, mais les algues inspirent aussi des innovations en électrochimie par exemple. Par biomimétisme tout d’abord. Des chercheurs de Singapour se sont inspirés de la manière dont les diatomées bâtissent une structure tridimensionnelle poreuse hierarchisée (des sphères de silice microporeuses, elles-mêmes espacées par des pores plus grands (2-50 nm) qui permettent d’augmenter la surface d’échange). Calquant leur process sur les diatomées, ils ont créé des anodes composées de sphères de carbone dopées à l’azote qui présentent des performances décuplées. De leur côté une équipe internationale (Chine- Australie-USA) a montré que l’utilisation d’alginates issues d’algues brunes pour provoquer la chélation d’ions cobalt permettait de créer des nanofibres de carbone que l’on peut doper à l’azote. Les anodes fabriquées à partir de ce matériau présentent une capacité presque deux fois plus importante que des anodes en graphite classiques. Un an avant, en 2014, des chinois avaient présenté des anodes plus performantes fabriquées avec un liant basé sur un hydrogel d’alginate.

Sophie Hoguin

La France attendue sur les perturbateurs endocriniens à Bruxelles !

La polémique enflait suite aux révélations du journal Le Monde. Selon ces informations, la France serait le point d’accepter la proposition de critères élaborée par la Commission européenne. Mais Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire a rapidement réagi. « La santé doit primer sur toutes les autres considérations », a-t-il répondu le 23 juin sur RMC/BFTMV.

Dans ce cadre, il a qualifié le texte en discussion au niveau européen d’« insuffisant ». « La France va rester ferme, car mon rôle est de protéger les Français sur ces empoisonnements que nous distillons depuis des années et des années », a-t-il prévenu. En l’état, il juge les dérogations prévues comme étant « inacceptables ». Et il a entamé des négociations avec l’Allemagne jusqu’au vote prévu le 4 juillet à Bruxelles. La définition de ces critères est d’autant plus importante qu’elle servira ensuite à éliminer les perturbateurs endocriniens présents dans les emballages, les médicaments, les cosmétiques, les meubles…

Des dérogations qui inquiètent

Une nouvelle disposition est apparue dans le texte en décembre 2016. Celle-ci prévoit une dérogation pour les pesticides dont le mode d’action est basé sur la perturbation endocrinienne des organismes jugés nuisibles. Et ce, même s’ils ont des effets sur des invertébrés non ciblés. « C’est complètement inacceptable, puisque cela veut dire que l’on remet l’efficacité en premier et que l’innocuité sur l’environnement, on s’en fiche complètement », s’indigne François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Cette dérogation aurait été introduite pour répondre aux demandes des entreprises allemandes de la chimie.

La Commission a retenu trois critères pour classer une substance de perturbateur endocrinien. Il faut que celle-ci fasse apparaitre des effets indésirables, un mode d’action endocrinien et une corrélation entre les deux. Le débat se cristallise autour du poids de la preuve. À partir de quand, estime-t-on que les preuves scientifiques sont suffisantes ? Les premières propositions excluaient les perturbateurs endocriniens suspectés pour ne retenir que les avérés. Il y a eu des avancées sur ce point. Mais les associations estiment que le niveau de preuve exigé par les critères est encore trop élevé.

Seuls la France, le Danemark et la Suède s’y opposent, constituant une minorité de blocage. Avec un nouveau vote prévu le 4 juillet, les associations et les scientifiques montent au créneau pour appeler la France à voter contre. Car« si la France tombe, il n’y a plus de minorité de blocage », prévient François Veillerette.

ONG et scientifiques s’en mêlent !

Trois sociétés savantes d’endocrinologie ont adressé une lettre le 15 juin dernier aux ministres des Etats membres. Ils les appellent tout simplement à rejeter le projet de la Commission européenne. Selon eux, « les critères manquent de cohérence et ne seront pas efficaces ».

Par la suite, la coalition EDC Free Europe, représentant 70 organisations de la société civile européenne ont adressé une lettre ouverte à Nicolas Hulot. Ils lui demandent de « rejeter cette proposition, pour faire honneur aux engagements présidentiels d’Emmanuel Macron et à l’approche ambitieuse adoptée jusqu’à présente par la France ».

Selon Santé publique France, plusieurs études font état d’une apparition plus précoce des signes de la puberté en France et dans les pays développés, en lien avec ces produits. Et une étude récente évalue les impacts des produits chimiques sur les systèmes de santé européens à au moins 157 milliards d’euros par an, sans prendre en compte les cancers.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Le machine learning, appliqué à l’imagerie médicale

L’apprentissage automatique (ou machine learning) est d’après Arthur Samuel – pionnier américain du jeu sur ordinateur, de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique – une science qui permet de donner « à un ordinateur la capacité d’apprendre sans avoir été programmé pour effectuer une tâche ». Un exemple récent, qui a coupé le souffle à la communauté scientifique, est la partie de go entre le Sud-Coréen Lee Sedol et la machine AlphaGo. Cette intelligence artificielle a été conçue sur la base du machine learning dans le but de jouer spécifiquement à ce jeu. En effet, le go présente un nombre de possibilités de jeu bien supérieur aux échecs et il est évident que les dévelopeurs d’un tel programme ne peuvent pas ajouter chacun des mouvements possibles à la machine. Il faut donc que l’ordinateur ‘apprenne’ en jouant contre lui-même pendant plusieurs mois durant !

Mais cette fois-ci, le machine learning a été mis à profit d’une cause moins ludique : l’imagerie médicale. Tout a commencé dans le kibboutz de Shefayim entre Tel Aviv et Haifa. Ce kibboutz est connu comme étant extrêmement robuste financièrement, n’ayant eu besoin d’une aide financière lors de la crise de 1980. Dans cet environnement extrêmement technologique, la startup Zebra Medical Vision propose une application différente du machine learning : apprendre à un ordinateur à détecter une maladie en observant des images provenant d’imageries médicales conventionnelles. Et l’enjeu est de taille car l’entreprise estime que plus d’un milliard de personnes sont bénéficiaires des services d’imageries tels que l’IRM, les scanners X ou les scanners TEP. Cependant, pour le moment, toutes ces images produites ont besoin d’un spécialiste pour les analyser- et parfois simplement pour une vérification de routine ou pour des problèmes évidents comme un os cassé – ce qui entraîne naturellement une augmentation des frais médicaux.

Pour ‘apprendre’ à l’ordinateur à analyser ces images, des milliers d’images de patient-e-s déjà analysées par des spécialistes ont été chargées sur le programme. L’ordinateur utilisant un algorithme appelé Emphysema a donc appris à avoir le même résultat que le ou la radiologue. Finalement, cela revient un peu au même apprentissage que celui effectué par le ou la spécialiste durant sa formation où il ou elle apprend à reconnaître des ensembles de points qui semblent suspects dans une image. L’entreprise a fait le choix de s’intéresser en priorité aux os, au foie, aux poumons et au cerveau, combinant les trois techniques médicales évoquées ci-dessus.

Dans un entretien avec le Monde, Alain Livartowski, oncologue et directeur des données à l’Institut Curie à Paris affirme : « Cela peut être comparable à ce qu’ont apporté les IRM en neurologie. Les ordinateurs ne fatiguent pas, n’ont pas d’a priori, voient des choses qui échappent à l’homme ». Ils sont aussi plus rapides. « Les IA sont en outre moins sensibles que les humains au paiement à l’acte et n’ont pas d’ego qui peut fausser leur jugement », ajoute le docteur Laurent Alexandre, président de la société de séquençage DNAVision.

Alors que certains se disent probablement « Voilà la fin du travail du ou de la radiologue », rien n’est moins certain ! Des personnes travaillent encore à améliorer des techniques médicales pour obtenir de nouvelles formes « d’empreintes digitales » spécifiques à certaines maladies afin d’améliorer le diagnostic. Si ce logiciel fait ses preuves, il sera utilisé vraisemblablement comme un premier avis pour des cas peu complexes, mais aura l’avantage de pouvoir s’adapter au fur et à mesure que la recherche avance.

Rédacteur : Samuel Cousin, post-doctorant à l’Institut Weizmann

Source : Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, Ambassade d’Israël  – Article d’origine

Salon de l’aéronautique du Bourget : 5 drones made in France

Le Patroller de Sagem / Safran

Cocorico. Ce drone français peut voler jusqu’à 24h sans s’arrêter, embarquer 250 kg de matériel et se montrer d’une discrétion absolue grâce à une innovation qui atténue sa signature infrarouge.

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Mais surtout, son système évolutif multi-senseurs lui permet de s’adapter à chaque nouvelle mission qui lui est confiée. Cette grande modularité est incontestablement l’un de ses principaux atouts !

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Consulter le site internet de Safran

 

Le drone Spy’Ranger de Thalès et Aviation Design

Voici le nouveau drone de reconnaissance de l’armée française ! Thalès a remporté ce marché face à Airbus qui proposait le drone Skyghost de sa filiale Survey Copter et l’Israélien Elbit.
Résultat :  une commande de 210 drones (100 millions d’euros).

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Transportable en sac-à-dos, il pèse moins de 15 kg et possède une autonomie de 2h30. Déployable en 12 minutes, l’engin transmet des vidéos en temps réel jusqu’à 30 km de la station.

Spy’Ranger équipera les forces françaises à partir de 2019.

Consulter le site internet de Thalès

 

Le drone gonflable de la start up Diodon

Les drones SP20 et MP40 de cette jeune entreprise française ont tout pour plaire : légers, résistants, peu encombrants et tout terrain, leur armature gonflable leur permet d’absorber les chocs et de se poser sur l’eau.

Une seule minute suffit à les déployer. Ils embarquent bien sûr plusieurs types de capteurs et une caméra vidéo HD. En revanche, leur autonomie limitée (environ 20 minutes) contraint à un pilotage efficace.

Consulter le site internet de Diodon

 

Le drone-hélicoptère de Helipse

Le modèle 220-E est particulièrement utile en agriculture ou en topographie. Volontairement simple d’utilisation, il se veut être une alternative intéressante aux multirotors qui dominent le marché.

Capable de couvrir plusieurs dizaines d’hectares en moins d’une heure, L’Helipse a notamment été employé par la société Agribird qui avait besoin  de lâcher des insectes au dessus de plantations afin de combattre des nuisibles.

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Consulter le site internet de Helipse

 

Le drone Drop’n drone d’Airborne concept

Fondée en 2014 à Toulouse par un ancien pilote de l’armée de l’air et un ancien ingénieur des essais en vol chez Airbus, cette jeune société a imaginé un vrai petit bijou : le premier drone largué par avion ou hélicoptère !

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Cette caractéristique a un avantage immédiat : Drop’n Drone ne consomme pas d’énergie pour le décollage. Côté moteur, il est alimenté par une petite pile à hydrogène couplée à une batterie lithium-polymère. Résultat : son autonomie dépasse les 6 heures, une jolie prouesse si on le compare aux autres drones de sa catégorie.

L’ Armée s’y intéresserait pour de l’observation, Airbus y verrait un intérêt pour étudier un crash aérien et Orange, pour inspecter ses infrastructures.

Consulter le site internet d’Airborne Concept

 

Par Iris. T.

Emploi : regain de confiance des cadres dans leur avenir professionnel

Perspectives de mobilité professionnelle des cadres à 3 ans

Interrogés début 2017, 64 % des cadres envisagent au moins une mobilité professionnelle au cours des trois prochaines années. Parmi eux, 42 % ont l’intention de changer de poste dans leur entreprise, 39 % songent à une évolution externe, et 10 % envisagent de créer leur entreprise. A noter que les cadres âgés de moins de 30 ans se déclarent plus enclins à bouger : 60 % en externe (+6 points en un an) et la moitié d’entre eux en interne.

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Bilan de la mobilité professionnelle en 2016

Dans un marché de l’emploi cadre très porteur en 2016 (+12% des recrutements de cadres), 28 % des cadres ont connu un changement professionnel, en progression de 3 points par rapport à 2015. Ainsi, 7 % d’entre eux ont effectué une mobilité externe, 9 % ont changé de poste au sein de leur entreprise et 12 % ont connu un autre changement (de service, de département, d’établissement ou bien de contenu de poste).

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Cadres non mobiles en 2016

72 % des cadres n’ont connu aucun changement professionnel en 2016, en baisse de 3 points par rapport à 2015. Pour autant, certains ont entrepris des démarches pour donner une nouvelle impulsion à leur parcours professionnel : 49 % d’entre eux ont été en recherche active et 23 % en veille. Seuls 28 % n’ont effectué aucune démarche spécifique.

Lire l’étude complète de l’Apec : Panorama des mobilités professionnelles / Edition 2017

Source : Apec