Laval Virtual mise sur l’ouverture

Les organisateurs du salon Laval Virtual, dont la 19eme édition vient de s’achever, attendaient plus de 17 000 visiteurs. Ils ont eu le nez creux, car 17700 personnes, soit 2200 de plus que l’an dernier, se sont rendues en Mayenne pour découvrir les dernières innovations en matière de réalité virtuelle et augmentée (RV/RA). «Surtout, la fréquentation des professionnels est en hausse notable, observe Laurent Chrétien, directeur de l’association Laval Virtual. Nous remplissons donc notre contrat auprès des exposants, qui veulent rencontrer un public de professionnels qualifiés. La proportion de visiteurs européens s’est accrue elle-aussi, ce qui est dû à l’émergence un peu partout en Europe de «clusters» consacrés à la RV/RA.»

Laval Virtual, qui promeut depuis presque 20 ans la réalité virtuelle et augmentée, profite par ricochet de la notoriété grandissante de ces technologies. Car celles-ci, baisse de prix aidant, s’extraient du cadre industriel et parfois confidentiel dans lequel elles s’exprimaient jusqu’alors. Le salon reflète de plus en plus cette diversification. «La RV/RA se répand partout dans le monde professionnel, explique Laurent Chrétien. Les applications se destinent à l’immobilier, à la santé, à la formation dans les entreprises, etc. C’est notre métier d’accompagner ces tendances.» Les utilisations les plus professionnelles et sérieuses côtoient les démonstrations les plus ludiques et spectaculaires. Un visiteur, équipé d’un casque de RA/RV, peut tout à la fois soigner son mal de mer, inspecter une installation dans une usine ou embarquer pour un tour de montagnes russes. Telle est la «réalité» de la RV/RA, qui s’adresse aujourd’hui à tous les publics.

Une première extension internationale en Chine

D’un point de vue technologique, peu de grosses innovations matérielles étaient présentées, ceci même si le casque de réalité augmentée HoloLens, conçu par Microsoft, était une attraction. «En effet, l’innovation est davantage logicielle, confirme Laurent Chrétien. Il s’agit de répondre à des besoins et aussi de créer de nouveaux usages. Ce sera d’ailleurs l’une des vocations du Laval Center, inauguré en octobre prochain, qui servira à accélérer les projets RA/RV et à assurer une veille technologique et sectorielle.» Le concept du salon, quant à lui, va s’exporter. «Laval Virtual Asia ouvrira ses portes en novembre 2017 à Qingdao, en Chine, précise Laurent Chrétien. C’est un première extension internationale, sur un marché prometteur où les investissements dans les technologies RV/RA sont très importants.» La délégation chinoise, mise en valeur sur le salon, n’a pourtant rien montré de transcendant. C’est une piste d’amélioration pour l’an prochain. En 2018 toujours, les organisateurs continueront sur leur lancée et inviteront une autre catégorie d’exposants. «Nous ferons la part belle aux artistes qui créent des œuvres expérimentales» prévoit Laurent Chrétien. Pour que tous les visages de la réalité virtuelle soient en représentation…

Frédéric Monflier

Revue de presse anglophone #7

facebook-250Aux Etats-Unis, vous pouvez désormais contacter les élus via Facebook

Source : The Washington Post

 

siri-250Alexa et Siri, les assistants personnels vus par le Wall Street Journal

Source : Wall Street Journal

 

ITER-250ITER, le rêve très cher d’une énergie infinie

Source : New York Times

 

detox-250La detox est-elle une arnaque ?

Source : Blog Nouvelle-Zélande

 

robots-250Les robots gagnent-ils la course à l’emploi aux Etats-Unis ?

Source : New York Times

 

 

Les géants du web investissent dans l’éthique de l’IA

Ce nouveau partenariat vise à promouvoir une pratique de l’IA responsable et sans danger. Il soutient une recherche ouverte, recommande les bonnes pratiques et publie des travaux en licence libre sur des sujets tels que l’éthique, la transparence, la vie privée, l’interopérabilité et la collaboration entre hommes et systèmes d’intelligence artificielle. Les signataires « chercheront à garantir que les technologies d’IA bénéficient au plus grand nombre »,lit-on sur son site Internet. Ils s’engagent à proscrire l’intelligence artificielle qui serait « contraire aux conventions internationales sur les droits de l’homme ».

Doté d’un budget de 27 millions de dollars, le conseil d’administration rassemble 6 représentants issus des 6 fondateurs mais aussi 6 administrateurs indépendants. Il s’agit d’universitaires, d’organismes non gouvernementaux ou spécialistes de l’éthique et des affaires publiques : OpenAI, Association pour l’Avancement de l’Intelligence Artificielle & ASU, Université de Californie à Berkeley, Union américaine des libertés civiles, Fondation MacArthur et Institut d’économie internationale de Peterson. Les fondateurs indiquent que ce partenariat n’a pas vocation à faire du lobbying auprès d’organismes gouvernementaux ou autres organes de décision.

Des Instituts de recherche et thinks tanks sur l’intelligence artificielle

Ce type de partenariat n’est pas nouveau, mais impressionne par le poids économique des six fondateurs. Fin 2015, Elon Musk, Président de Tesla et Space X (absents de ce nouveau partenariat) a cofondé OpenAI une organisation caritative de recherche  pour développer une intelligence artificielle « open source » bénéfique à l’humanité. Notons aussi l’existence de l’Institut sur le futur de l’humanité, l’Institut du futur de la vie, l’Institut de recherche sur l’intelligence des machines… Par ailleurs, l’Université de la Singularité a été fondée et financée par une liste impressionnante d’industriels, au rang desquels on trouve Google, Nokia,LinkedIn, la NASA…

Avis de l’expert Jean-Gabriel Ganascia, chercheur en intelligence artificielle à l’université Pierre-et-Marie-Curie

Il y a un paradoxe dans l’attitude des géants du web. D’un côté, ils emploient énormément de chercheurs dans leurs propres laboratoires pour développer l’intelligence artificielle pour des raisons qui sont liées à leurs travaux. Le web 2.0 exploite les données pour affiner les offres de produits, cibler les différents clients potentiels et détecter les insatisfactions pour y remédier. En même temps, ces entreprises nous préviennent que cela est dangereux. Ces grands acteurs annoncent qu’ils vont aider à surmonter les difficultés grâce à des comités d’éthique. C’est paradoxal et terrifiant puisque c’est eux-mêmes qui sont responsables de ces grandes évolutions.

La Singularité a du succès. Il y a des Instituts, des projets de recherche qui sont financés par ces grands acteurs. Par exemple, Raymond Kurzweil est employé par Google comme directeur scientifique depuis décembre 2012.

J’émets différentes hypothèses pour expliquer ce qui les conduit à annoncer ce risque d’apocalypse, de fin de l’humanité. Elles financent la Singularité pour expliquer qu’elles ne sont pas responsables, que la technologie avance d’elle-même. Ces acteurs nous annoncent quelque chose de négatif, car c’est une fable qui plait beaucoup. Je pense qu’ils ont une ambition politique qu’ils souhaitent masquer derrière cette histoire en détournant notre attention.  Selon moi, leur projet politique est de se substituer aux États en assumant ce qui relève de leurs prérogatives régaliennes. On peut les énumérer : la sécurité intérieure, la finance, la santé, l’école, la défense… En secret, les grands groupes veulent non seulement se défendre contre les attaques, mais aussi disposer d’armes offensives pour prendre des mesures de réprimandes contre certains acteurs, ce qui effraye les États.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’IA s’invite dans la chambre de vos enfants !

Aristotle est la nouvelle intelligence artificielle qui surveille vos enfants. Cette tour dotée d’une caméra et d’un micro s’allume de mille feux, diffuse de la musique, répond aux enfants et propose des jeux ou des questions pour les calmer. Évidemment, elle peut aussi raconter des histoires. Fini le babyphone grésillant, voici le babyphone vidéo! Aristotle retransmet sur le smartphone des parents ce qui se passe dans la chambre de leur enfant en direct. De quoi éduquer et prendre soin des enfants. Pour les parents, Aristotle va aussi permettre de commander facilement des produits pour leurs enfants. Sa commercialisation est prévue pour juin 2017, autour de 300 dollars.

Cette fois, Mattel assure que le dispositif est sécurisé. Rien à voir avec les derniers scandales. Rappelons celui de la Hello Barbie, la barbie connectée que l’entreprise proposait en 2015. Un chercheur américain avait alors souligné que des pirates pouvaient facilement voler des informations personnelles et transformer le microphone de la poupée en un dispositif de surveillance. Pas plus de lien avec les peluches CloudPets  commercialisés par la société américaine Spiral Toysqui. Ces peluches connectées permettent à un proche autorisé d’enregistrer un message aux enfants qui peut le réécouter à foison. Problème : elles avaient été à l’origine de la fuite d’informations personnelles de 821.000 détenteurs et de 2,2 millions d’enregistrements fin 2016. Victor Gevers, président de la GDI Foundation avait révélé un lien mal protégé vers la plate-forme de stockage en ligne utilisée par ces jouets pour stocker des informations. Et enfin, la poupée Cayla était qualifiée en Allemagne de « dispositif dissimulé d’espionnage » par l’agence de régulation des réseaux.

Cette fois, les images  de la caméra d’Aristotle transmises aux parents sont chiffrées. Le géant du jeu répond aux règles de la COPPA, une directive américaine concernant la protection de la vie privée des moins de 13 ans.

Avis de l’expert Jean-Gabriel Ganascia, chercheur en intelligence artificielle à l’université Pierre-et-Marie-Curie

Pour assurer la sécurité des données, je pense qu’il faudra développer ce que l’on appelle l’ « ethics by design » (éthique par conception). Il s’agit de principes de conceptions qui assurent que les données ne sont pas délocalisées. Il y aura une garantie ancrée dans l’objet. J’ai travaillé quelques années sur ce que l’on appelait la télévision intelligente. À partir de ce que les gens regardaient à la télévision, on faisait de la recommandation. Il s’agissait d’une architecture locale qui ne déportait pas les données vers un service central. On peut donc certifier aux utilisateurs que certaines données resteront sur l’appareil et ne seront pas diffusées pour être réutilisées par d’autres. Le devenir des données sera un argument de vente dans le futur.

Si des acteurs proposent cela sur le marché , il y aura un mouvement populaire qui ira vers ce genre de solutions. Le processus est long car il y une sensibilité relativement faible sur ces questions, mais je pense qu’elle va s’accroître. Par exemple, sur les moteurs de recherche, Google aspire toutes les requêtes pour faire de la publicité ciblée. Le moteur de recherche français Qwant s’engage à ne pas les aspirer. Lorsque cela deviendra un sujet important, cela leur conférera un avantage compétitif important.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les robots ont-ils des droits et des devoirs ?

Le monde est en train de se robotiser. Drones, véhicules autonomes, robots de soins, de divertissement ou industriels… fleurissent ces dernières années. L’intelligence artificielle sera bientôt répandue dans tous les foyers. Cela pose d’importants défis juridiques et éthiques. Il est donc urgent de créer une personnalité juridique ou au moins un statut légal pour les robots et l’intelligence artificielle. Les robots tueurs ou utilisés comme des armes sont exclus de son cadre.

La résolution, adoptée à une très large majorité par les eurodéputés en février 2017, demande à la Commission européenne « de proposer des règles sur la robotique et l’intelligence artificielle (IA), en vue d’exploiter pleinement leur potentiel économique et de garantir un niveau standard de sûreté et de sécurité ».

Quel cadre légal pour les robots ?

En votant le rapport Delvaux, les députés demandent la mise en place d’un cadre légal unique à l’échelle européenne en se penchant sur plusieurs pistes. Et il y a urgence. Plusieurs Etats membres réfléchissent à leur propre législation. Une standardisation au niveau communautaire permettrait d’avoir des règles communes. Il serait ainsi possible d’éviter le traditionnel écueil des normes multiples, comme c’est le cas, par exemple, pour les prises de recharge des véhicules électriques. Le rapport propose d’assurer l’interopérabilité entre les systèmes et de promouvoir les normes et plateformes ouvertes. Sans définition rapide de normes réglementaires par l’Union Européenne, elle devra subir les normes édictées par des pays tiers ou même directement par l’industrie robotique.

L’urgence est de définir sur qui repose la responsabilité civile en cas d’accident ou de dommage:  le fabricant, les fournisseurs, le propriétaire ou l’utilisateur? Le rapport propose d’exonérer la responsabilité de toute personne. Mais plutôt de mettre en place un fonds de compensation pour garantir le dédommagement des victimes en cas d’accidents causés notamment par des véhicules autonomes. Toutes les parties pourraient contribuer. Le rapport propose aussi la création d’un régime d’assurance obligatoire.

A plus long terme, Mady Delvaux propose de réfléchir à la création d’un statut juridique spécifique aux robots. Certains robots se verraient attribuer des devoirs, comme celui de « réparer tout dommage causé à un tiers ». Il pourrait s’agir d’une « personnalité électronique » limitée, en cas de dommage nécessitant une compensation. Celui-ci pourrait être similaire au cadre légal qui existe pour la responsabilité des entreprises. « Nous ne voulons pas de robots qui ressembleraient de plus en plus aux humains, comme c’est le cas au Japon par exemple », assure néanmoins Mady Delvaux dans un communiqué de presse du Parlement européen.

Des robots mais pas de revenu universel

La partie controversée du rapport sur la création d’un revenu universel n’a pas été retenue. Le travail demandait à la Commission d’analyser dans quels secteurs l’utilisation des robots détruit le plus d’emplois et de réfléchir à  assurer un revenu aux personnes qui perdent leur emploi à cause de la robotisation grâce à  l’instauration d’une « taxe robot ». En France, la question d’une telle taxe est centrale dans le programme du candidat socialiste Benoît Hamon pour les élections présidentielles.

Par ailleurs, le rapport s’intéresse  à la protection des données et de la vie privée. Que font les entreprises des données recueillies? Les députés proposent un code de conduite éthique volontaire sur la robotique pour les chercheurs et les concepteurs. L’objectif est de garantir qu’ils opèrent conformément aux normes juridiques et d’éthique et que la conception et l’utilisation des robots respectent la dignité humaine.

Le rapport Delvaux recommande la création d’une agence européenne chargée de la robotique et de l’intelligence artificielle. Elle serait notamment en charge de l’élaboration d’ un système général d’immatriculation des robots avancés. Elle définirait les critères de classification des robots dont l’inscription au registre devrait être obligatoire.

Comme pour les avions, le rapport préconise le développement d’une « boîte noire» pour chaque robot. Elle contiendrait « les données sur chaque opération réalisée par la machine, y compris les logiques ayant contribué à la prise de décisions ».

Avis de l’expert Jean-Gabriel Ganascia, chercheur en intelligence artificielle à l’université Pierre-et-Marie-Curie

L’Europe peut mettre en place des procédures plus légitimes que celles des géants du web. C’est pour cela que c’est une bonne idée que l’Europe et les citoyens y réfléchissent. Mais ce n’est pas sur les bases obscures de ce qui est écrit dans le rapport Delvaux qu’il faut le faire. Ce rapport est totalement déconnecté de la réalité technologique et il dénonce un certain nombre de choses fausses. Par exemple, les robots n’augmentent pas le chômage. Au contraire, plus il y a de robots, plus le chômage diminue. En effet, la robotique augmente la compétitivité des entreprises. Et, plus il y a de robots, plus les industries sont compétitives. Et plus elles sont compétitives, plus elles vont se développer et embaucher. L’idée de la taxe sur les robots relèvait aussi d’une mauvaise analyse, car il faut moderniser l’économie en utilisant des robots pour qu’elle soit plus compétitive. Si l’on fait payer une taxe, au contraire, les entreprises  en utiliseront moins.

Le rapport propose de donner une personnalité juridique aux robots. En cas d’accident, on va pouvoir indemniser la victime grâce à un fonds d’assurance. Mais cela ne remplit pas tout à fait la fonction, car il s’agit de droit civil, ce qui n’indemnisera pas les accidents relevant du pénal. Ce fonds serait alimenté par le fabricant ou l’utilisateur. Si c’est le fabricant, seules les grosses entreprises vont pouvoir continuer à payer ces assurances. Les nouveaux acteurs auront énormément de mal à se créer. L’industrie de la robotique se concentrera. Et puis, dans l’arsenal juridique, il y a un tas de moyens qui existent déjà pour régler les conflits qui apparaîtraient…

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’ère des assistants personnels s’ouvre !

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, a développé Jarvis, son propre assistant à domicile. Amazon propose Alexa, son assistant personnel intégré à son enceinte Echo. Google dispose aussi de Google Assistant intégré à sa plateforme Home. Et Apple intègre Siri dans ses iPhones. Le 21 mars 2017, Samsung a annoncé à son tour son propre assistant vocal Bixby pour son futur téléphone Galaxy S8.

Alexa, sur le devant de la scène

Depuis 2015 et jusqu’à peu, Alexa était réservée à son enceinte connectée Amazon Echo. Au CES de Las Vegas 2017, Alexa a fait fureur. Nombre d’objets connectés l’intègrent désormais. C’est le cas du Hub Robot de LG qui pilote la maison grâce à ses applications domotiques et répond à vos questions. Mais ce n’est pas tout, Alexa sera également intégré au Mate 9 d’Huawei et dans les futurs smartphones de Lenovo. Le constructeur propose aussi l’enceinte connectée Lenovo Smart Assistant, doté d’Alexa. Pour General Electrics c’est la lampe connectée C by GE. De leur côté, Ford et Volkswagen ont annoncé qu’ils intégreraient désormais Alexa dans leurs véhicules. Logitech va encore plus loin: grâce à son assistant vocal pour véhicule Logi Zero Touch intégrant Alexa, il permet de rendre tout véhicule connecté.

Plusieurs constructeurs ont aussi annoncé des objets connectés commandés par Alexa. LG a présenté un réfrigérateur qui affiche les recettes ou passe commande d’aliments via Alexa. Pour Whirlpool, c’est une machine à laver connectée répondant à la commande vocale d’Alexa. Le robot humanoïde Lynx de l’entreprise chinoise Ubtech Robotics est carrément l’incarnation d’Alexa. Il peut même vous apprendre à faire de l’exercice.

Alexa se développe rapidement !

En intégrant des constructeurs tiers, les capacités d’Alexa se sont multipliées. Désormais, Amazon assure que son nombre de compétences dépasse les 7.000, contre 1.000 en juin dernier. Alexa peut désormais répondre à autant de styles de requêtes, comme commander des produits, piloter des objets connectés, en plus de répondre à toutes vos questions ou utiliser son télépone portable sans le toucher. Alexa peut également communiquer avec des services extérieurs (Uber, Amazon Music, Spotify,…).

Le logiciel apprend au fur et à mesure, grâce à des technologies de « machine learning », et affine ses réponses en fonction des centres d’intérêt et des habitudes de ses utilisateurs. Alexa pourra même bientôt enregistrer les « empreintes vocales » de ses utilisateurs et réserver des commandes spécifiques à certains d’entre eux.

Google entre dans la course

Au Mobile World Congress de Barcelone fin février, Google a annoncé la présence de son Assistant dans plusieurs téléphones. Jusqu’à présent, son intelligence artificielle équipait également que les produits maison de Google : le boitier connecté pour la maison Google Home et les smartphones Pixel et Pixel XL. Devant le développement d’Alexa et pour rester dans la course, il devient accessible sur tous les smartphones équipés des dernières versions d’Android : Nougat 7.0 et Marshmallow 6.0. LG a par ailleurs annoncé que son nouveau smartphone phare, le G6, en sera aussi équipé. Tout comme Alexa, Google Assistant a aussi vocation à se déployer dans tous les objets et voitures connectés.

Alexa est commercialisée aux Etats-Unis, en Angleterre et en Allemagne, mais n’est pas encore disponible en France. Si Amazon a pris de l’avance sur ces concurrents, ces derniers ne sont pas en reste. Google Assistant comprend pour le moment deux langues : l’anglais et l’allemand. Il pourrait comprendre le français et débarquer en France à partir de septembre. La lutte est ouverte pour séduire le marché et imposer son intelligence artificielle dans tous les foyers. Car l’objectif est bien d’imposer son intelligence artificielle comme système d’exploitation de l’Internet des objets.

Avis de l’expert Jean-Gabriel Ganascia, chercheur en intelligence artificielle à l’université Pierre-et-Marie-Curie

Les assistants de dialogue se développent. Ces plateformes sont un cauchemar, car il s’agit d’espions à domicile. Ils sont en permanence branchés et on peut savoir tout ce que vous dites. Le risque est énorme.

Pourquoi les entreprises investissent dans ces technologies? Je pense que c’est parce qu’elles ont senti qu’il y avait un énorme marché économique. Avec l’assistant personnel, les enreprises se placent sur le segment terminal de la chaîne de valeur. C’est le même concept que les sites comme Booking qui gagnent beaucoup d’argent en faisant payer une redevance élevée aux hôteliers sur les chambres réservées.

Ce qui se transforme, c’est la nature de l’économie. Tout est lié à ces petits segments qui vont jouer un rôle important. La lutte est farouche, car si jamais un acteur réussit à imposer son assistant, il va détrôner Google en tant que moteur de recherche.

Ces acteurs vont se retrouver face à un dilemme. En cas d’accident, soit ils fournissent tout ce qu’ils ont enregistré à la police. Auquel cas, ils seront vus comme auxiliaires de l’autorité. Il risque donc d’y avoir un refus des utilisateurs. Soit au contraire, ils ne souhaitent pas le faire. Dans ce second cas, ils ne se soumettent pas aux règles de l’Etat qui perd sa souveraineté. C’est ce qui s’est passé avec Apple sur le téléphone d’un terroriste qui a refusé d’aider le FBI à décrypter ses messages. Cela confirme que les géants du web cherchent à se substituer aux Etats.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’IA ne détruira pas tout de suite l’humanité !

Techniques de l’Ingénieur : Votre livre cherche à réfuter la thèse de la singularité technologique. Pouvez-vous nous expliquer cette thèse et la vision de ceux qui la défendent ?

J-G.G. : Les personnes qui défendent cette thèse disent que les machines vont être tellement puissantes qu’à un moment donné, elles vont nous dépasser. Débutera alors une période critique au cours de laquelle le statut de l’humanité va basculer. Nous ne serons plus totalement maîtres de notre destin puisque les machines seront plus intelligentes que nous. Elles auront leur propre volonté. D’aucuns s’inquiètent, comme Elon Musk, Stephen Hawking ou Bill Gates. D’autres sont enthousiastes comme Raymond Kurzweil qui pense que les machines vont nous rendre immortels.

Il y a un caractère inéluctable et immédiat à la singularité technologique. Elle naît du prolongement de la loi de Moore : la progression exponentionnelle des capacités des machines fera inéluctablement que nous arriverons à ce basculement. Par ailleurs, puisque les machines apprennent de façon autonome tous les jours, elles nous dépasseraient forcément, selon cette théorie.

T.I. : Quels sont les arguments que vous avancez pour réfuter cette théorie?

J-G.G. : Les premiers arguments tiennent à ce que la loi de Moore prévoit une progression exponentielle de la capacité des machines. Les tenants de la singularité pensent que cette loi de Moore est universelle. Elle correspondrait à une loi générale d’évolution de la nature. En réalité, c’est une loi d’observation qui n’a absolument rien d’universel. En particulier, on sait qu’elle se fonde sur l’utilisation de technologies du silicium. Et pour des raisons physiques, ces technologies atteindront bientôt leurs limites.

Pour justifier l’universalité de la Singularité, Raymond Kurzweil retient plusieurs jalons arbitraires dans l’histoire de la planète. Entre deux jalons, il assure que les durées diminuent de façon exponentielle et la complexité augmente de façon exponentielle. Le problème est que si l’on change de jalons, on n’observe absolument plus du tout cette évolution. On sait que les exponentielles existent dans la nature dans tous les phénomènes de transition de phases et, bien sûr, cela s’arrête à un moment donné.

Il y a une deuxième famille d’arguments portant sur la capacité qu’ont les machines à apprendre de façon autonome. Les capacités qu’ont les machines à ingurgiter une très grande quantité de données et à construire des connaissances à partir de celles-ci sont impressionnantes. Par exemple, Google avec son système FaceNet utilise 200 millions d’images et a un taux de succès de reconnaissance visage de 99,63%. Les machines peuvent donc avoir des capacités supérieures aux nôtres. Mais est-ce que cela veut dire qu’elles sont plus capables que nous? Oui sur certaines tâches. Mais l’homme est capable d’inventer; il peut construire de nouveaux concepts, pas la machine. Il s’agit d’apprentissage non supervisé, sans professeur. Les technologies actuelles ne parviendront pas à une machine qui apprend de façon totalement autonome. Peut-être un jour. Cela ne veut donc pas dire que la singularité est impossible, mais les arguments sont très faibles.

T.I. : Le développement actuel des montres, lunettes et autres objets connectés en tous genres ne constitue-t-il pas les prémisses d’une hybridation homme/machine?

J-G.G. : Peut-être, mais des prémisses très éloignées (rires). Je crois que l’on en est encore très loin. Cela fait très longtemps que l’homme utilise la technologie pour remplacer des organes défaillants, des prothèses qui vont remplir un certain nombre de fonctions. Mais elles les remplissent de façon dégradées. L’idée que l’on va s’augmenter, est-ce que c’est nouveau? On peut dire que non, car les voitures nous permettent déjà d’aller plus vite, les lunettes de voir mieux et plus longtemps, etc. Je pense qu’il y a des modes d’appropriation à toutes les technologies. De là à dire que cela va nous transformer en cyborg, la route est longue.

T.I. : Vous faites des recherches dans le cadre du projet ANR EthicAA (Ethique et Agents Autonomes). Pouvez-vous nous présenter ces recherches?

Ces recherches sont consécutives au développement de machines autonomes qui pourraient avoir des comportements imprévisibles. C’est d’autant plus important qu’aujourd’hui, avec l’apprentissage profond, nous allons avoir des machines qui se reprogramment de façon dynamique en fonction de leur « parcours ». Elles peuvent contrevenir à un certain nombre d’évidences d’ordre moral. Notre idée est d’introduire à l’intérieur de la programmation des valeurs éthiques.

Il arrive également que l’on ait des conflits d’autorité entre l’homme et la machine. L’étude rétrospective des accidents montre que c’est souvent la machine qui a raison. On souhaiterait aborder le système de dialogue entre l’homme et les automates avec des techniques d’argumentation qui aident les hommes à mûrir leur réflexion en comprenant bien ce qui motive les propositions de l’agent artificiel.

Propos recueillis par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Et si l’avenir du graphène était ailleurs ?

Le graphène ne cesse d’inspirer. Et ce n’est pas le succès de la Graphene 2017 Conference qui va le contredire. Plus de 250 interventions, 1000 experts sont ainsi attendus à Barcelone du 28 au 31 mars pour partager les dernières technologies et les dernières applications qui intègrent le graphène. En parallèle des conférences scientifiques se tient d’ailleurs plusieurs événements pour soutenir le transfert de technologie et connecter le monde de la recherche et le monde industriel.

De la pâte à modeler qui capte la pression

Un chercheur du Trinity College de Dublin a eu l’ingénieuse idée d’ajouter quelques flocons de graphène à du Silly Putty, cette matière visqueuse utilisée inventée en 1949 et qui est surtout utilisée comme jouet aux propriétés physiques étranges : une boule rebondit 25% plus haut qu’une balle en caoutchouc, mais quand la pose, elle coule comme un liquide.

Résultat de ce curieux essai: la pâte devient un bon conducteur électrique sensible à la moindre déformation. Tellement sensible qu’elle peut faire office de capteur de pression plusieurs centaines de fois plus performants que les appareils usuels annoncent les chercheurs. Brevetée, cette invention a par exemple été testée avec succès pour mesurer le poul ou la pression artérielle et a été sensible au passage d’une araignée…

Quand le graphène améliore d’autres technologies

Le graphène pourrait relancer la thermoïonique annoncent des chercheurs de l’université de Stanford dans une étude parue dans Nano Energy. Le convertisseur thermoïonique mis au point dans les années 1950, notamment pour le spatial, transformait de l’énergie thermique en énergie électrique mais n’a jamais réussi à atteindre des performances suffisantes pour une application industrielle. Les chercheurs ont cette fois-ci remplacé les électrodes en tungstène par des électrodes en graphène séparées par un faible espace de vide. A 1000°C, le convertisseur devient 6,7 fois plus efficace. Reste à transformer cet essai qui a été fait sous vide d’air dans des conditions normales pour pouvoir relancer la thermoïonique.

Le projet Gryphon de l’Union européenne, coordonné par l’école polytechnique de Lausanne visait à tester l’utilisation du graphène pour améliorer les performances de la spectroscopie infrarouge, une technique de détection et d’analyse très répandue dans la recherche académique et dans l’industrie (chimie, micro-électronique, médecine…). Le biocapteur ainsi obtenu a permis d’élargir sensiblement le spectre du détecteur. Et cette première version affiche déjà des performances supérieures aux meilleurs standards actuels.

Et si le graphène était déjà dépassé !

Deux équipes de chercheurs ont publié des études dans lesquelles ils explorent les capacités de nouveaux matériaux 2D inspirés du graphène afin de s’affranchir des limites qu’ils lui ont trouvé.

C’est ainsi qu’Axel Enders, un physicien allemand de l’université de Bayreuth, en poste actuellement à l’université Nebraska-Lincoln (Etats-Unis), a développé avec des partenaires polonais et américains un semi-conducteur 2D. Ce matériau est composé de carbone, de bore et d’azote – il a été baptisé hexagonal bore-carbone-azote (h-BCN) – et a été présenté dans un article du journal ACS Nano. Les scientifiques annoncent que ce matériau est un point de départ vers de nouveaux composants électroniques plus petits, plus flexibles et plus économes en énergie que ceux d’aujourd’hui. Le h-BCN est stable pour des positions off / on de passage des électrons, un avantage en électronique par rapport au graphène qui laisse passer les électrons sans entrave à n’importe quel voltage.

De leur côté, l’équipe du chinois Wei-liu de la Southern University of Science et Technology publie dans Nature Chemistry une étude sur la fabrication d’un matériau organique de structure analogue au graphène. Objectif : trouver des alternatives au graphène pour pallier son manque de modularité. L’équipe chinoise a réussi à trouver une méthode de synthèse d’un tel matériau en partant de composés tétrabromés organisés sous forme d’un plan qu’ils ont cristallisés. Par chauffage, ils provoque le départ des atomes de brome qui sont remplacés par des liaisons carbone-carbone. Le résultat est un cristal, solide, composé de feuillets plans que les chercheurs ont séparés un à un. Les feuillets présentent une structure régulière. Ils sont épais d’environ 1 nm pour quelques micromètres de longueur. Testés comme anode pour des batteries sodium-ion, ils ont montré des performances supérieures au graphène. Cette synthèse ouvre la voie à de nombreuses autres et à tout un pan de recherche en chimie des matériaux.

Sophie Hoguin

L’Europe contaminée par l’iode 131 ? Les explications

Le premier signalement d’iode 131 s’est déroulé dans l’extrême nord de la Norvège. Puis, d’autres détections ont été relevées en Finlande, Pologne, République Tchèque, Allemagne, France et Espagne jusqu’à la fin du mois de janvier. Ces données proviennent d’un réseau d’échange européen informel, dénommé « Ring of Five », entre organismes en charge de la surveillance radiologique de l’atmosphère. Ils disposent d’une centaine de sites de mesure répartis sur l’ensemble du continent.

L’Europe contaminée ?

En France, les niveaux détectés sont situés entre 0,10 et 0,31 microbecquerels par mètre cube d’air (µBq/m3). Ces analyses ne portent cependant que sur la fraction particulaire qui se fixe sur les aérosols. Celle-ci est  captée par les filtres des appareils de mesure. La concentration dans la fraction gazeuse est « généralement 3 à 5 fois plus concentrée », explique l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Le niveau en iode 131 total (gaz et aérosol) n’a donc pas dépassé 1,5 µBq/m3 en France. La teneur la plus élevée a été décelée en Pologne, à 5,92 µBq/m3 dans la fraction particulaire.

« Ces niveaux sont sans aucune conséquence sanitaire », assure l’IRSN. La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad) précise que dans la Vallée du Rhône, les retombées de Fukushima étaient environ 10.000 fois supérieures à celles mesurées en janvier 2017 sur la France. En mars et avril 2011, la Criirad avait mesuré à Valence, des valeurs de plusieurs millibecquerels par m3. Et le niveau des retombées du nuage de Tchernobyl qui avait traversé la France en 1986 étaient des dizaines de millions de fois supérieurs.

Un pic de pollution à l’iode ?

La radioactivité de l’iode 131 baisse de moitié tous les 8 jours, ce qui suppose que le rejet est relativement récent. Alors, qui est responsable de ce la présence de ce radionucléide ? L’IRSN déclare que l’on n’en connait pas la source. Simplement, l’IRSN tient à préciser que « les conditions météorologiques défavorables liées notamment à des inversions de température ont vraisemblablement participé au niveau de concentration de ce radionucléide ».

En somme, alors que l’on observait les épisodes de pollution par les particules fines en début d’année en Europe, les poussières stagnantes dans les basses couches de l’atmosphère accumulaient l’iode 131. En Europe et dans ses pays voisins, de nombreuses installations sont autorisées à rejeter de l’iode 131 en faibles quantités dans l’atmosphère. Il s’agit notamment des installations liées à la production d’électricité d’origine nucléaire et des usines de production de radioéléments à usage radiopharmaceutique ou radiothérapeutique. Il n’y aurait donc pas eu de rejets supplémentaires. Simplement, la concentration aurait augmenté en absence de dilution atmosphérique.

Pas d’accident nucléaire ?

Néanmoins, la blogosphère n’a pas attendu pour relier ces taux à l’accident sur le réacteur de recherche atomique de Halden, en Norvège, en octobre dernier (voir par exemple ici). La Criirad souhaite rassurer. « Il n’y a pas à notre connaissance d’incident ou accident nucléaire actuellement en Norvège et les stations de mesure […] ne montrent pas actuellement de radioactivité anormale en Norvège ou sur les pays proches », affirme-t-elle dans un communiqué. L’accident d’octobre 2016 a bien rejeté 150 millions de becquerels pour l’iode 131, selon les autorités norvégiennes. Pour autant, « les stations de mesure de l’iode 131 sous forme particulaire situées à Osteras, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Halden et à Arland, à 500 kilomètres au nord, n’avaient pas mis en évidence d’impact mesurable », assure l’organisme indépendant.

Si la Criirad affirme que « rien ne permet de faire le lien » entre ces deux événements, elle préconise la réalisation d’analyses indépendantes au voisinage du réacteur de Halden afin d’évaluer les niveaux d’exposition des riverains. « L’hypothèse des mauvaises conditions météorologiques est la plus probable, estime la Criirad Toutefois, le faible nombre de points de mesure ne permet pas d’exclure l’existence de rejets anormalement élevés d’une ou plusieurs installations ».

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Monsanto connait la toxicité du glyphosate depuis 1999

Encore du rififi autour du glyphosate. Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a reconnu que le glyphosate pouvait causer de graves lésions oculaires et avoir des effets néfastes à long terme sur la vie aquatique. Officiellement, rien de plus. À aucun moment l’ECHA ne soupçonne le glyphosate d’être cancérigène ou mutagène. Néanmoins, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) proposait quand même récemment de renforcer le contrôle des résidus de glyphosate dans la nourriture.

Mais c’était sans compter sur la révélation des « Monsanto papers » par le journal Le Monde. L’histoire se passe aux États-Unis. Des personnes atteintes d’un lymphome non hodgkinien ont fini par avoir accès à des documents secrets. Ces malades atteints d’un cancer du sang accusent le Roundup d’en être la cause. La justice fédérale a choisi de déclassifier 250 pages de correspondance interne de la firme. Ces courriels de Monsanto révèlent que le caractère génotoxique du glyphosate est connu depuis 1999, tout comme son potentiel mutagène.

La vérité sur le glyphosate arrangée par le patron de Monsanto ?

À la fin des années 90, Bill Heydens demande à un expert d’écrire un rapport sur le glyphosate. Le professeur James Parry est contacté, mais son étude ne convainc pas. Le Roundup est vertement pointé du doigt par le scientifique. Conséquence : son étude est enterrée. Ce dernier avait conclu que « le glyphosate est un clastogène potentiel in vitro ». Autrement dit, la substance est potentiellement mutagène, donc capable d’influer négativement sur l’ADN et les chromosomes.

Comme l’atteste le Huffington Post, le patron de Monsanto a voulu dissimuler la vérité sur le glyphosate. Le but était de riposter efficacement au cas où une étude scientifique dénoncerait le glyphosate comme étant cancérigène. Heydens a demandé à des employés d’écrire des rapports à l’avantage du glyphosate. Endossant parfaitement l’habit du boni-menteur, Heydens a suggéré à des scientifiques de « juste signer de leurs noms » les rapports fallacieux.

Mais en 2015, les découvertes de Parry sur la génotoxicité du glyphosate sont rendues publiques. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) reconnaît le « stress oxydatif » du glyphosate. Monsanto s’enflamme, et accuse le rapport d’être de la « science pourrie ». Parry avait suggéré à la firme de faire des analyses complémentaires. Mais les courriels révélés ont montré que Monsanto a décidé de faire autrement : « nous n’allons simplement pas conduire les études qu’il suggère ». Forts de cette découverte, une trentaine d’eurodéputés ont écrit à Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, pour faire interdire le glyphosate dans l’Union européenne.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les pièges à molécules se diversifient et se multiplient

De l’Amoco Cadiz à Deepwater Horizon, les marées noires reviennent régulièrement polluer les côtes et les mers du monde entier. Des chercheurs chinois d’un côté et des chercheurs américains de l’autre ont développé des éponges à hydrocarbures en s’appuyant sur les composés chimiques super-oléophiles et super-hydrophobes. Les éponges à hydrocarbures actuellement sur le marché donnent des déchets solides qu’il faut traiter alors que le nouveau type d’éponges mises au point au laboratoire d’Argonne à Chicago par des Américains présente l’avantage de pouvoir relarguer les hydrocarbures sous une forme utilisable. L’Oleo-Sponge, comme elle a été baptisée, se présente plutôt comme une bande de tissu peut donc être utilisée plusieurs fois. Elle est composée d’un polymère auquel a été ajouté une couche d’oxydes métalliques qui retient les hydrocarbures. Les chercheurs expliquent s’être inspirés des méthodes de synthèse d’infiltration séquentielle (SIS) utilisées à l’échelle nanométrique pour créer leur éponge en polymère. Testée en laboratoire et dans un bassin d’eau de mer, l’éponge a démontré sa capacité à absorber les hydrocarbures à la surface et en profondeur avec un taux de 30 fois son poids d’origine pour le polyuréthane à 90 fois pour le polyimide (voir cette vidéo). Ces recherches ont fait l’objet d’un article dans le Journal of material chemistry A.

Dans ce même journal, un an plus tôt, une équipe chinoise de la Northwest Normal University de Gansu proposait une éponge à hydrocarbure basée sur un polyuréthane dont la surface était couverte d’attapulgite super-hydrophobe. Pour rendre leur éponge pleinement opérationnelle en condition maritime, les chercheurs proposait de la coupler à un système d’aspiration par vide d’air permettant ainsi de récolter 3200 fois le poids de l’éponge en 20s. L’étude note aussi que cette éponge peut permettre de séparer à plus de 99% les gouttes d’huile d’une émulsion huile-eau obtenue après la dispersion d’un tensioactif.

Capter les odeurs et les micro-polluants

Le système de l’”éponge” inspire d’autres secteurs et sous d’autres formes. Ainsi, un article de Science et Avenir de mars 2017 sur la biométrie olfactive en criminologie, se faisait l’écho d’un organogel microporeux mis au point par une équipe de chercheurs toulousains. A base d’huiles végétales et de gélifiants auxquels sont ajoutés des cristaux de sucre, le dispositif piège les odeurs résiduelles, celles que l’on laisse sans s’en apercevoir et ce de manière extrêmement concentré. Alexandra ter Halle, l’une des chercheuses, précise ainsi que “dans une pastille d’organogel de la taille d’une pièce de monnaie la surface de contact avoisine 200m2”. Mais il reste encore à analyser le contenu avec un spectromètre de masse et à le caractériser avec certitude.

Dans la catégorie piège à molécules, l’innovation se tourne aussi vers le “bio”. Biostart, jeune pousse, récemment primée au concours de l’innovation du Génopole, Genopole Young Biotech Award en décembre 2016, propose ainsi, un polymère à base de cyclodextrine pour piéger les micro-polluants des eaux usées, notamment les 40 visés par la directive européenne sur la protection de l’eau. La cyclodextrine est un polymère que l’on peut par exemple facilement fabriquer à partir de l’amidon de la pomme de terre et qui est couramment utilisé pour l’encapsulation dans l’industrie pharmaceutique. Le brevet déposé, le polymère doit maintenant être testé en conditions réelles dans une station d’épuration.

Sophie Hoguin

Cigéo : les associations montent au créneau

La Cour d’appel de Versailles estime que « l’examen attentif » de l’argumentation du réseau Sortir du nucléaire et de cinq associations locales « ne permet pas de caractériser contre l’Andra la moindre faute ». En somme, la Cour d’appel a cette fois estimé que les associations avaient « intérêt à agir » et que leur plainte était recevable, contrairement à la première décision du Tribunal de grande instance de Nanterre en mars 2015. Néanmoins, elle rejette leur requête sur le fond.

« L’Andra se félicite de cette décision », fait savoir l’agence dans un communiqué. Elle souligne que « les données et leur interprétation, transmises en toute transparence, n’ont jamais été contestées par les contre-expertises qui ont eu lieu ». Néanmoins, le réseau Sortir du nucléaire estime que l’Andra a cherché à minimiser ce potentiel géothermique. De son côté, la fédération d’association France Natura Environnement considère que « la Cour d’appel de Versailles a refusé de prendre acte de la faute commise par l’Andra ». Les associations envisagent de saisir la Cour de cassation.

Y a-t-il un potentiel géothermique important?

Selon le Guide de sûreté relatif au stockage définitif des déchets en formation géologique profonde établi par l’ASN en 2008, le site retenu pour le stockage des déchets radioactifs en profondeur ne doit pas présenter « d’intérêt particulier » du point de vue de la géothermie. L’Andra et les associations interprètent ce point différemment. Selon l’Andra, seul un potentiel « exceptionnel » pourrait remettre en cause le projet. Et l’agence est formelle: le potentiel géothermique y est seulement « équivalent à la moyenne européenne ».

Pour les opposants, une géothermique économiquement viable suffit à mettre fin au projet. Les associations se fondent sur l’avis de la société GEOWATT AG, qui conclut dans son rapport de 2013 que « les ressources géothermiques au Trias dans la région de Bure peuvent aujourd’hui être exploitées de manière économique avec l’emploi de techniques et de matériel appropriés ».

Le projet Cigéo fait l’objet d’une bataille juridique acharnée entre les associations anti-nucléaires et l’Andra. Plusieurs jugements sont en attente de libéré. Le tribunal administratif de Nancy a invalidé le 28 février la cession du bois Lejuc à l’Andra pour y installer les cheminées d’aération de Cigéo. La commune de Mandes, proche de Bure dispose de 4 mois pour revoter la cession. Par ailleurs, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc se prononcera le 5 avril sur la possible expulsion d’opposants qui occupent ce bois. Enfin, en mai, la cour d’appel de Nancy fera savoir si l’Andra doit remettre le lieu en état, suite à un défrichage jugé illégal par les opposants.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les réunions de demain seront-elles holographiques ?

Censées exhorter les échanges et in fine la productivité, les technologies interactives et de collaboration distante font l’objet d’installations tangibles dans de nombreuses entreprises et de réflexions approfondies pour les autres. Pour Mimesys, la réalité virtuelle a elle-aussi le potentiel pour s’imposer dans les salles de réunion de demain. L’outil développé par cette start-up belge est défini comme une plateforme de réunion holographique : les participants, où qu’ils soient, sont reproduits en 3D (pas sous forme d’avatar) et interagissent dans un espace virtuel.

mimesys

Le néologisme «holoportation», entendu ici et là, est assez représentatif du fonctionnement de ce dispositif. «On s’inscrit dans la continuité de la visioconférence, explique Rémi Rousseau, le co-fondateur. Mais en vérité, les télécommunications n’ont pas beaucoup évolué depuis 100 ans.» La réalité virtuelle a donc pour vocation de leur apporter une nouvelle dimension. Mimesys n’est pas la seule à s’intéresser à la question. Cette édition de Laval compte parmi ses exposants MiddleVR (Improov) et Manzalab (Teemew), dont les méthodes sont proches.

En ce qui concerne Mimesys, chaque participant est en pratique filmé – ou plutôt capturé – par une caméra 3D et porte un casque audio et un casque de RV/RA, grâce auquel il voit l’environnement de travail, réalisé en images de synthèse, et la «doublure virtuelle» de ses interlocuteurs. Manettes en main, tous ont la possibilité d’agir sur les plans, les photos et les documents, de les partager, de les agrandir, de les annoter à l’aide d’un stylo, de la même manière que sur un tableau blanc interactif. Les sensations et l’ergonomie générale sont impressionnantes.

Un outil attractif pour la génération Y

A Laval Virtual, pour les besoins de la démonstration, les équipes de Mimesys ont déployé un matériel somme toute assez standard, preuve que les investissements ne sont décidément plus aussi lourds qu’autrefois : une caméra Kinect, pour la capture, et un casque HTC Vive pour chaque participant, sachant que le casque HoloLens de Microsoft est aussi pris en charge.

Mais, comme il s’agit avant tout d’une plateforme cloud à la demande (« as a service »), le moteur de ce projet repose surtout sur un logiciel maison. «Nous avons créé un codec qui traite de manière dynamique les images 3D, précise Rémi Rousseau. Le dépôt de brevet est en cours. L’enjeu, pour la recherche et le développement, consiste à aligner les mondes réel et virtuel.»

Il existe aussi un enjeu pour les entreprises-clientes, au delà des aspects opérationnels. «Ces outils sont attractifs pour les «millenials » (NDLR : génération Y), de plus en plus sensibles à l’environnement technologique des entreprises.» Autrement dit, un moyen efficace pour recruter. A voir si l’outil de Mimesys, expérimenté dans des grandes entreprises, saura convaincre les jeunes et les moins jeunes.

Frédéric Monflier

Smart Helmet, casque de sécurité et de réalité augmentée

Présenté à plusieurs reprises depuis 2015, en particulier lors du CES de Las Vegas, le Smart Helmet de la société américaine Daqri s’expose au salon Laval Virtual. Ce casque de réalité augmentée a la particularité d’assurer une protection identique à celle d’un véritable casque de chantier. Cette conformité aux normes de sécurité lui permet d’être employé par les techniciens et les maîtres d’œuvre intervenant en usine ou sur les chantiers de construction. Même la visière a été renforcée.

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Le Smart Helmet se distingue de plus par son intégration. Le mini-PC (assorti d’un processeur Intel Core m7) qui supervise le fonctionnement du dispositif est logé à l’arrière du casque et les communications s’opèrent sans fil, via WiFi ou Bluetooth. Se pose alors la question de l’autonomie fournie par la batterie. «Celle-ci est de l’ordre de 4 à 5 heures » répond Fabrice Etienne, directeur du marketing international chez Daqri.

Une caméra thermique en complément

L’équipement est logiquement complété par une caméra, dont les images réelles servent de référence pour la réalité augmentée, et par un système stéréo d’émetteur/capteur infrarouge qui analysent les distances nécessaires aux images 3D. Une caméra thermique a cependant été ajoutée et les possibilités fonctionnelles de l’ensemble sont donc assez inédites. «Cette permet de distinguer les différences de température et de détecter des fuites potentiellement dangereuses pour le technicien, explique Fabrice Etienne. C’est aussi un moyen de réaliser une maintenance proactive si l’on observe une usure ou une anomalie

Ce casque de réalité augmentée tout-en-un, en version développeur, est commercialisé à 15000 dollars et disponible auprès de Daqri ou de ses partenaires. Il est déjà utilisé aux Etats-Unis dans le cadre de la construction d’un hôpital. En France, Vinci l’expérimente également. Daqri, se tournant d’habitude vers l’industrie, profite de Laval Virtual 2017 pour présenter d’autres orientations professionnelles et les nouveaux produits correspondant. Dont les Smart Glasses (5000 dollars, disponibles en juin), lunettes de réalité augmentée plus classiques qui pourraient trouver preneur dans le secteur médical par exemple ; et aussi le Smart Hub, projecteur holographique prévu pour intégrer de série les voitures.

Frédéric Monflier

Vers la création d’une île artificielle en mer du Nord ?

L’île de Dogger Bank

Cette idée a été lancée en 2016 par TenneT et Energinet, les gestionnaires de réseaux (GRT) hollandais, allemand et danois. Les deux compagnies avaient annoncé leur intention d’utiliser un banc de sable connu de mer du Nord, Dogger Bank, pour construire une île artificielle. Cette formation géologique particulière montre une profondeur d’eau limitée (entre 15 et 36 mètres), ce qui permettrait de faire surgir de l’eau une île d’environ 6,5 km2. Une surface qui permettrait d’y installer toutes les installations nécessaires à une base logistique en pleine mer sur laquelle vivrait un contingent d’ingénieurs spécialisés dans l’éolien offshore. La construction d’une, voire plusieurs îles artificielles, nécessite des techniques de remblayage et de digues bien maîtrisées par les ingénieurs. Des pays comme les Pays-Bas et le Japon se sont fait une spécialité de ces techniques qui permettent de gagner du terrain sur la mer. Les monarchies du Golfe se sont elles-aussi intéressées ces dernières années à ces îles, tout comme la Chine mais pour des raisons éminemment plus géopolitiques.

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Wind Hub

L’intérêt de cette île artificielle, dénommée North Sea Wind Hub, réside dans les importantes économies d’échelle qu’elle pourrait générer. En effet, la filière de l’éolien offshore se heurte encore à des coûts de construction et de maintenance élevés en raison des difficultés d’accès et des conditions météorologiques. Créer une base logistique en pleine mer devrait réduire un peu les coûts de construction et surtout de maintenance. « Construire une ou plusieurs îles artificielles au milieu de la mer du Nord ressemble à un projet de science-fiction, mais il pourrait être un moyen très efficace et abordable pour les pays de la mer du Nord de répondre à la demande future d’énergie renouvelable », déclare Torben Glar Nielsen, directeur technique d’Energinet.

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Selon les porteurs du projet, le potentiel de l’éolien offshore dans cette zone serait compris entre 70 et 100 GW, soit un important vivier d’énergie. L’électricité produite serait alors évacuée vers les pays limitrophes : le Royaume-Uni, la Norvège, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique grâce à de nouveaux câbles sous-marins qui viendraient s’ajouter aux existants, permettant d’augmenter les échanges sur les marchés électriques de ces pays.

Réalisable ?

Si le projet North Sea Wind Hub est très séduisant sur le papier, reste la question de sa réalisation. La technique n’est pas l’enjeu majeur de ce projet, même si des arbitrages techniques restent encore à faire pour répondre aux problématiques spécifiques liées à la réalisation d’un projet d’une telle envergure dans des conditions pour le moins difficiles. La question du coût reste l’enjeu majeur. Il a été estimé au bas mot à 1,2 milliards d’euros par le Copenhagen Post ce qui explique que les deux compagnies cherchent d’autres partenaires : « Cette coopération avec Energinet est une invitation aux GRT des pays de la mer du Nord ainsi qu’à d’autres entreprises d’infrastructures à rejoindre l’initiative. Le but ultime est de construire une solide coalition d’entreprises qui rendra la transition énergétique européenne possible et abordable », indique Mel Kroon, pdg de TenneT.

Le projet North Sea Wind Hub n’est pas sans rappeler un autre projet d’envergure lancé en 2009 : Desertec. Il s’agissait à l’époque d’utiliser le potentiel solaire d’Afrique du nord et du Moyen-Orient pour installer pas moins de 100 GW de panneaux photovoltaïques. L’électricité produite aurait été en grande partie renvoyée vers l’Europe à travers des câbles passant sous la Méditerranée. Mais les révolutions arabes sont passées par là et la détérioration rapide de la situation géopolitique dans cette région a mis à bas tout espoir de voir ce projet se réaliser à court ou moyen terme. Fort heureusement, la situation politique en mer du Nord est loin d’être aussi tumultueuse laissant présager une autre issue. Encore faut-il que TenneT et Energinet parviennent à fédérer autour d’eux les volontés, les moyens financiers et humains des autres GRT. C’est la condition sine qua non à la réalisation de cet ambitieux projet.

Romain Chicheportiche

Lanceurs légers : quand le premier étage de la fusée est un ballon stratosphérique

Le premier mars 2017, partis au large de la côte espagnole dans le golfe de Cadix, quelques membres de l’équipe de Zero 2 Infinity ont lâché un ballon stratosphérique stabilisé (sa trajectoire n’est pas aléatoire) transportant le prototype de la fusée Bloostar. Arrivé à 25 km d’altitude, l’équipe au sol, accueillie dans les locaux de l’Institut national de technologies aérospatiales espagnol, à El Arenosillo (province de Huelva), a déclenché la mise à feu des neuf moteurs de la fusée Bloostar qui a atteint en quelques secondes sa vitesse de pointe de 62m/s (voir la vidéo).

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L’objectif de ce premier vol d’essai était de valider les choix technologiques faits pour contrôler la séquence de vol de la fusée: fonctionnement du système télémétrique dans les conditions spatiales, contrôle de la mise à feu des moteurs, stabilisation de la fusée, déploiement du parachute et récupération du lanceur. Tous les paramètres testés ont été validés.

Une solution écologique et économique

Bloostar proposera à terme une solution pour lancer des petits satellites extrêmement compétitive. En effet, en s’affranchissant de la résistance de l’atmosphère lors du lancement, le besoin en carburant est minimum et la conception de la fusée grandement facilitée puisqu’elle doit juste opérer dans des conditions de vide ou proche du vide. En outre, d’un point de vue logistique, les lancements peuvent être réalisés n’importe où (pas besoin de base spéciale au sol) et avec une flexibilité maximum. Les Espagnols annonçant qu’il ne faudra que 15 jours pour préparer un vol.

Depuis la présentation officielle de son projet fin 2014, la société basée à Barcelone, a déjà réuni 250 millions d’euros en lettres d’intention pour de futurs lancements. Évidemment, le marché visé est celui de petits satellites puisque la charge utile embarquable tourne autour de 75kg.

En parallèle, Zero 2 Infinity travaille aussi sur son projet Bloon, pour envoyer à 36km d’altitude des touristes qui pourront observer la terre et le début de l’espace à bord d’une capsule portée par un ballon. Les premiers tests en vol du ballon et un premier prototype de la capsule grandeur nature ont été présentés en janvier dernier. A noter que sur ce segment, le principal concurrent déclaré est pour l’instant un américain, World View Entreprises, spécialiste du ballon stratosphérique, qui a inauguré ses toutes nouvelles installations sur l’aéroport de Tucson fin février.

Par Sophie Hoguin

Hayo, la réalité augmentée au service du Smart Home

La réalité augmentée se découvre une utilité hors des usines, dans les foyers… et même dans le Smart Home, pour être exact. Hayo, cylindre noir de 22 centimètres de haut, est en effet capable d’interpréter les mouvements de l’utilisateur à des endroits précis puis d’enclencher en conséquence une fonction programmée. A Laval, la démonstration implique un galet installé sur une table et un ventilateur : Hayo détecte quant on approche la main du galet et procède à l’allumage ou à l’extinction du ventilateur.

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Hayo est l’œuvre de la société éponyme, basée à Paris, pour la recherche et le développement, et aussi à New-York. La start-up vise en priorité le marché nord-américain de la domotique, beaucoup plus développé que le marché français. Outre une levée de fonds réalisée aux Etats-Unis, ce projet a bénéficié d’un financement participatif sur la plateforme Indiegogo. L’initiative a été payante, puisque Hayo a récolté plus de 90 000 dollars à ce jour, au-dessus de l’objectif initial des 80 000 dollars.

«Notre produit est composé d’une caméra couleur, d’un émetteur infrarouge et d’un capteur infrarouge, décrit Adrien Kaiser, ingénieur en vision par ordinateur. L’ensemble constitue un capteur 3D, qui mesure des positions dans l’espace à l’aide de faisceaux infrarouges, et fonctionne donc la nuit. De manière classique, la modification du motif de ce faisceau permet de déterminer la profondeur». Selon le site internet de la société, la portée est d’environ 6 mètres.

Compatible avec les objets les plus populaires

L’application mobile, qui sert à configurer le dispositif, reproduit l’image filmée par la caméra. L’utilisateur positionne ensuite des boutons virtuels dans cette image et assigne des actions à chacun d’eux. Deux options sont disponibles : un interrupteur on/off ou un curseur de défilement, afin de moduler le volume d’une enceinte ou l’intensité lumineuse d’une ampoule. Quant aux fonctions possibles, elles dépendent des autres objets connectés présents dans le foyer. L’équipe de Hayo a intégré les APIs (Application Program Interface) des produits parmi les plus populaires, dont les enceintes Sonos, les ampoules Hue et Lifx ou encore le service IFTTT (If this then that). La connexion au réseau local s’effectue via WiFi, le Bluetooth n’étant utilisé que pour l’initialisation.

Il est intéressant de noter que le capteur Hayo peut être déplacé sans incidence, du moment qu’il reste dans la même pièce et qu’il est tourné vers la même direction. «Nous avons développé un algorithme qui repositionne automatiquement les boutons virtuels qui ont été créés» explique Adrien Kaiser. S’ajoute bien sûr l’algorithme d’analyse d’image embarqué dans le capteur, et dont le traitement est assuré par un Raspberry Pi. «Mais nous prévoyons un processeur plus puissant pour gérer ces algorithmes » ajoute Adrien Kaiser. Le cloud est également mis à contribution. «Il n’enregistre aucune image, juste la configuration des boutons virtuels» précise Adrien Kaiser.

Les services sont appelés à évoluer. «Nous développons par exemple une option de franchissement de ligne, qui servira à déclencher une alarme» poursuit Adrien Kaiser. De quoi étoffer un produit qui pourrait séduire les technophiles à la recherche d’innovation. Hayo sera commercialisé cet été à un prix voisin de 300 dollars/euros.

Frédéric Monflier

Reach : accès aux données de 15000 substances

L’Agence européenne des produits chimiques (Echa) vient d’annoncer la publication sur son site internet de l’information sur les propriétés et leur impact sur la santé et l’environnement de quelque 15000 substances chimiques. Les données sont directement issues des fabricants ou importateurs des substances qui se sont enregistrés conformément au règlement européen Reach. A présent l’Agence est en train d’effectuer une sélection des données qui seront disponibles pour téléchargement dans la base IUCLID 6, l’interface d’enregistrement des dossiers de Reach.

Des dossiers toujours trop incomplets

Chaque année, l’Echa choisit un certain nombre de substances pour contrôler la conformité des dossiers d’enregistrement qui y sont liés. Pour établir son bilan d’activité d’évaluation 2016, l’Echa s’est concentrée sur les dossiers d’enregistrement présentant le plus gros potentiel de risques pour la santé ou l’environnement (production supérieure à 100t et un risque déjà suspecté). Il ressort que sur 184 vérifications, 168 dossiers présentaient des informations manquantes importantes. Soit un taux de 91%  de dossiers incomplets. Ce taux était de 85% en 2015.

Même si, l’échantillon testé n’est pas forcément représentatif de l’ensemble des dossiers soumis car le choix se porte souvent sur des dossiers qui présentent un risque de non-conformité fort, cet état de fait perdure depuis des années. En cas de non-conformité, l’Echa adresse une lettre de décision au déclarant. Cependant, on peut noter que dans la majorité des cas, le suivi de ces lettres montrent que les déclarants corrigent leur dossier (92%). Pour améliorer les mauvais résultats des tests de conformité, l’Echa a envoyé avant le test officiel, une lettre aux déclarants de 270 substances ayant un risque potentiel, soulignant les manquements dans leur dossier et leur signalant que cette substance allait faire l’objet d’une évaluation. Dans les 4 mois suivant la lettre, 40% des déclarants avaient corrigé leur dossier.

CoRAP : vingt-deux substances supplémentaires

Le Community Rolling Action Plan (CoRAP) établi par le comité des États membres et l’Echa est un liste de substances proposées par les différents États en vue d’une évaluation prioritaire de leur possible interdiction ou restrictions d’usage. Le CoRAP fixe les États responsables de leur évaluation et la date butoir pour celle-ci. Vingt-deux nouvelles substances viennent ainsi de rejoindre les 93 déjà listées dans le CoRAP actuel. L’Echa invite fortement les producteurs et utilisateurs concernés par les substances listées à coordonner leurs actions, à mettre à jour les données dont ils disposent et à contacter l’État membre en charge de l’évaluation pour avoir l’occasion d’émettre des commentaires avant la décision finale de l’Echa.

Sophie Hoguin

Et si les plantes servaient à stocker de l’énergie ?

Ce laboratoire avait déjà fait parlé de lui en 2015 en présentant une rose qui absorbait un polymère conducteur en solution et créait dans sa tige des fils conducteurs sous forme de gel dans le réseau de canaux du xylème. En ajoutant, deux électrodes cela formait un transistor. Un des chercheurs du groupe, Roger Grabielsson, a travaillé sur le polymère utilisé. Et cette fois, l’oligomère fourni à la plante polymérise sous la forme de fils conducteurs non seulement dans la tige mais aussi dans les feuilles et les pétales. Le réseau ainsi formé peut s’apparenter à la structure d’un supercondensateur.

Des centaines de charges sans perte

Les chercheurs ont donc mesuré cette capacité de stockage d’énergie entre deux canaux de xylèmes polymérisés qui font office d’électrodes, le tissu de la plante entre les canaux faisant office d’électrolyte séparateur. La rose a pu être chargée et déchargée des centaines de fois sans perte de performance. Et les auteurs insistent sur le fait que les performances sont plutôt bonnes, avec une conductivité jusqu’à 10S/cm et une capacité spécifique de l’ordre de 20F/g. Cette recherche a fait l’objet d’un article dans PNAS et laisse entrevoir de nombreuses applications pour des systèmes énergétiques autonomes, mais attention, les recherches n’en sont qu’au début. En parallèle, les chercheurs étudient aussi l’utilisation de matériel organique (extraction de cellules végétales ou de composés produits par les plantes) pour créer des piles à combustibles par exemple.

Sophie Hoguin

Après des mois, l’Arabie Saoudite reprend ses livraisons 
de pétrole à l’Egypte

Reprise du contrat

« Nous avons reçu vendredi et samedi les deux premières livraisons de pétrole après la reprise du contrat avec Aramco », a confirmé le 19 mars Hamdi Abdel Aziz à nos confrères de Jeune Afrique. « Nous recevrons deux livraisons supplémentaires les 26 et 27 mars », a-t-il ajouté. Les livraisons d’or noir étaient suspendues par la compagnie pétrolière saoudienne depuis octobre dernier. Or, cet accord est vital pour l’Egypte qui importe 40% de ses produits pétroliers en provenance d’Arabie Saoudite. Le contrat, signé en avril 2016, prévoit la livraison pour 5 ans de 700 000 tonnes de produits pétroliers par mois, pour une valeur de plus de 20 milliards de dollars. Pour faire face au risque de pénurie, le gouvernement avait organisé dès novembre des appels d’offres internationaux pour palier la défection saoudienne. L’Egypte n’avait guère besoin de ça, le pays vivant déjà une crise économique profonde en raison de nombreuses réformes structurelles imposées par le FMI. Pour y faire face, le gouvernement  s’est résolu à dévaluer de 47,7% sa monnaie et a annoncé le passage à un régime de change flottant pour tenter de juguler sa crise monétaire.

Enjeux géopolitiques

La suspension des livraisons de pétrole au régime du Caire n’est sans doute pas sans rapport avec les divergences géopolitiques entre l’Arabie Saoudite et l’Egypte, notamment sur le dossier syrien. Ryad voit le départ de Bachar-Al-Assad comme un prérequis indispensable vers la résolution du conflit, tandis que Le Caire a voté en faveur la résolution de la Russie, fervent protecteur du dirigeant syrien, à l’ONU en octobre 2016. Une provocation pour l’Arabie Saoudite qui a soutenu politiquement et financièrement le nouveau président égyptien Abdel Fattah al-Sissi lorsqu’il avait destitué de force l’islamiste Mohamed Morsi en 2013.

Le fait que les deux alliés traditionnels de la région n’aient pas la même analyse du conflit syrien ne présage en rien une résolution rapide de cette guerre civile qui entre maintenant de sa 7ème année… Pour y mettre fin, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé une nouvelle fois « tous ceux qui ont de l’influence sur les parties à s’efforcer de surmonter leurs divergences et travailler ensemble pour mettre fin au conflit ».

Romain Chicheportiche

Impression 3D: un procédé simple réussit à utiliser la cellulose

Deux obstacles majeurs bloquaient jusqu’à maintenant l’utilisation de la cellulose en impression 3D: à la chaleur elle ne fond pas mais se détruit et en solution elle est trop visqueuse pour être extrudée. Et quand on y arrive, le résultat nécessite des process de séchage compliqués pour préserver la forme de l’objet fabriqué. Pour dépasser ces obstacles, des chercheurs du MIT ont eu l’idée d’utiliser de l’acétate de cellulose dissout dans de l’acétone. Comme l’acétone est très volatil, il s’évapore dès qu’il est déposé et l’acétate de cellulose se solidifie en place.

Pour compléter leur process, les chercheurs ont mis au point un traitement optionnel par hydroxyde de sodium qui consolide l’objet fabriqué.

Un process facilement industriable

Pour faire la démonstration de leur process, les chercheurs ont ajouté une dimension supplémentaire à leur innovation et ajoutant une teinture antimicrobienne à la solution d’acétate de cellulose.

Résultat : une pince chirurgicale avec des fonctionnalités antimicrobiennes :

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Par ailleurs, le procédé n’est pas basé, comme c’est le cas la plupart du temps en impression 3D, sur le chauffage préalable du matériau. Le process se déroule à température ambiante et l’évaporation naturelle de l’acétone suffit. Elle pourrait d’ailleurs être accélérée en soufflant de l’air chaud par exemple, précise Sebastian Pattinson, principal auteur de l’étude parue dans Advanced Materials Technologies. L’acétate de cellulose, largement disponible pourrait ainsi devenir une alternative renouvelable et biodégradable à d’autres matériaux de l’impression 3D. A condition tout de même que le système de production prévoit la récupération de l’acétone, toxique par contact et par inhalation.

Sophie Hoguin

 

Protéger les céréales du réchauffement climatique !

L’année 2016 a été une année noire pour les récoltes céréalières françaises à cause d’une météo déplorable au printemps. Selon Agreste, le service des statistiques du ministère de l’Agriculture, la baisse de la production est estimée à -31,6% par rapport à 2015. De plus, un article paru dans la revue Nature Climate Change atteste qu’une augmentation des températures de 1°C ferait baisser le rendement mondial du blé entre 4,1% et 6,4%.

Des recherches scientifiques pour optimiser les rendements

Le blé est la céréale la plus menacée par la hausse des températures. Selon certains scientifiques, la tendance a commencé il y a presque trente ans. « La stagnation des rendements du blé observée depuis le début des années 90 est étroitement liée au dérèglement climatique » observe Katia Beauchêne d’ARVALIS – Institut du végétal. Une tendance à prendre au sérieux quand on sait que la FAO annonce que « la production céréalière [mondiale] annuelle devra s’accroître de près d’un milliard de tonnes » d’ici 2050 pour pouvoir nourrir 10 milliards d’individus.

L’un des enjeux est donc de définir quelles sont les céréales les plus résistantes. L’institut du végétal mène des études via sa plate-forme PhénoField. Grâce à l’étude du génotype et du phénotype des plantes, le but est de « sélectionner les variétés de maïs et de blé les mieux adaptées aux conditions climatiques ». Des études sur le système racinaire des plantes sont aussi menées. L’objectif est d’évaluer la résistance des racines aux intempéries violentes qui risquent de se multiplier à l’avenir.

La technologie au renfort de l’agriculteur

Mieux connaître la nature des sols permettrait aux agriculteurs de gérer plus aisément leurs cultures. C’est le but recherché des fermes connectées. À l’aide de capteurs, l’envoi d’informations à distance est un atout majeur pour les exploitants agricoles. Les stations météorologiques connectées sont aussi précieuses. Ainsi, en cas de disparité d’irrigation des sols, le cultivateur peut identifier les besoins en eau de sa terre et cibler l’arrosage. Les agronomes souhaitent également parvenir à une meilleure gestion des stocks d’eau.

Des drones sont utilisés pour lutter contre les ravageurs. Le développement de ces derniers est un danger indéniable pour les cultures de maïs par exemple. Pour endiguer le phénomène, les sociétés Bioline Agrosciences et Agribird ont mis au point un drone capable de répandre sur les champs de maïs des œufs de trichogrammes. Ces minuscules guêpes sont chargées de lutter contre la pyrale, qui peut ravager une plantation. La lutte contre les espèces nuisibles est d’autant plus importante qu’elles se propagent rapidement avec le réchauffement climatique.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’industrie énergétique face aux cyberattaques

Un secteur jusque-là peu concerné

Les infrastructures énergétiques sont des investissements très capitalistiques dont l’amortissement s’étale dans le temps. Le parc nucléaire français a ainsi été prévu techniquement et économiquement pour fonctionner 40 ans. C’est pourquoi de nombreuses installations sont anciennes et peu digitalisées à l’instar du parc français qui fonctionne encore beaucoup à l’analogique. Ce « retard technologique » a ironiquement permis à l’industrie énergétique d’être relativement épargnée par les cyberattaques jusqu’au début des années 2000. Le secteur de l’énergie est depuis l’un de ceux qui a massifié l’utilisation de capteurs qui relèvent et envoient en permanence des millions d’informations. Dans l’industrie pétrolière par exemple, une foule de données est traitée pour rendre compte de la pression, température, viscosité… afin de générer des gains d’efficacité tant dans la production que dans le transport par oléoducs ou gazoducs.

La libéralisation du marché de l’énergie, particulièrement en Europe avec la création d’une bourse commune de l’électricité, a également joué un rôle dans la digitalisation du secteur puisque tous les échanges sont assurés par les TIC. Enfin, les compteurs communicants en cours d’installation en France (Enedis en déploiera 35 millions d’ici 2021), qui représentent la première brique du futur réseau électrique intelligent, permettront au gestionnaire de réseau d’avoir un suivi bien plus précis et en temps réel de ses clients grâce à l’envoi des données de consommation. La protection de ces données sensibles, tant pour le consommateur que l’opérateur, fait l’objet d’une attention particulière d’Enedis. En effet, « lors de la conférence Black Hat Europe 2014, deux professionnels de la sécurité informatique ont démontré qu’il était possible de pirater certains compteurs espagnols dont les communications entrantes et sortantes étaient chiffrées », explique Gabrielle Desarnaud, chercheuse à l’Ifri et auteur du rapport « Cyberattaques et sécurité énergétiques ». 

Enjeu majeur

Le piratage des réseaux électriques par l’envoi de fausses données à l’opérateur représente un risque majeur car il pourrait causer des black-out électriques dont les conséquences sont imprédictibles. Il en va de même pour les exploitants de sites nucléaires considérés comme des opérateurs d’importance vitale (OIV), c’est-à-dire dont la défaillance aurait un impact décisif sur le mode de vie de la population. L’intérêt pour le risque nucléaire a été ravivé en 2010 après la découverte d’un virus extrêmement élaboré, Stuxnet, visant les installations d’enrichissement d’uranium de Natanz, en Iran. Il permettait de modifier la vitesse de rotation des centrifugeuses, ce qui empêchait de poursuivre l’enrichissement de la matière et endommageait les équipements. Pour ne pas être repéré, il envoyait en boucle à l’interface de contrôle les informations d’opérations normales. Près d’un millier de centrifugeuses auraient été détruites à cause de Stuxnet. Ce virus aurait été introduit, le conditionnel est ici de rigueur, par le biais d’une clé USB infectée. Le fait que le programme ne puisse s’activer que dans une certaine configuration (nombre et disposition exacts des centrifugeuses) laisse penser que l’opération a nécessité d’importants moyens. A l’époque, l’attaque a été attribuée au gouvernement israélien et/ou américain pour ralentir le programme nucléaire iranien, alors la pomme de discorde de la communauté internationale. Mais aucune preuve n’a été trouvée.

Les cyberattaques ne sont pas forcément le fait d’États ou de groupes à des fins géopolitiques. L’espionnage industriel ou l’extorsion de fonds sont également des motivations d’assaillants. En 2011, Areva a admis avoir été victime d’un piratage de grande ampleur qui a duré deux ans, mais qui n’aurait pas concerné de données sensibles. La même année, les virus Night Dragon et Duqu ont également espionné des entreprises du secteur, notamment pétrolier. Néanmoins, les hackers connaissent mal les systèmes de l’industrie de l’énergie et ont besoin de compétences précises dans l’informatique mais aussi dans l’automatique. Les logiciels de rançon « classiques », c’est-à-dire qui ne vise pas les installations critiques, sont tout aussi efficaces dans l’extorsion de fonds et nécessitent moins de travail.

Des réponses techniques et réglementaires

Pour faire face au risque de cyberattaque, le secteur énergétique privilégie « la défense en profondeur », qui consiste à superposer plusieurs strates de sécurité pour palier la défaillance de l’une ou plusieurs d’entre elles. L’organisation est primordiale pour assurer la sûreté des sites et en premier lieu séparer les réseaux de gestion et opérationnels. Le personnel doit quant à lui être formé pour éviter des erreurs humaines telles qu’introduire des objets connectés non-validés auparavant par l’entreprise. Le meilleur moyen de se prémunir d’une attaque extérieure est donc d’îloter son réseau. En janvier 2003, la centrale nucléaire de David-Besse en Ohio, Etats-Unis, a été infecté par un ver informatique : Slammer. Il s’agit d’un code très simple qui génère des adresses IP pour leur envoyer des répliques de soi-même. Heureusement, la centrale était déjà arrêtée. A noter que le virus n’était pas destiné spécialement à la centrale nucléaire, mais celle-ci a été infectée au travers d’une connexion non-sécurisée vers une entreprise tierce. Ce qui n’est pas le cas en France précise Gabrielle Desarnaud : « les seules informations sortant du réacteur d’une centrale nucléaire à destination d’un acteurs tiers concernent les données de tension et de puissance, échangées toutes les cinq secondes avec le réseau de transmission d’électricité, afin d’ajuster la production en fonction de la demande. Aucune autre communication extérieur n’est admise par le réseau de la centrale ».

Volet réglementation, la France a créé en 2009 l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) pour lutter contre le risque cyber. En 2016, la France est le premier pays à publier des arrêtés pour les opérateurs importance vitale du secteur énergétique comprenant une liste de mesure à mettre en place. Au niveau de l’Union européenne, la Commission indique avoir introduit la problématique cyber dans son paquet Energie annoncé en 2016.

Romain Chicheportiche

Photovoltaïque : vers l’atteinte des objectifs en 2018 ?

Sur l’année 2016, 576 mégawatts (MW) de photovoltaïque ont été raccordés, contre 895 MW en 2015. Soit une baisse de 36% des nouvelles installations raccordées. Le parc solaire photovoltaïque atteint ainsi 6,67 gigawatts (GW). L’objectif de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) est d’avoir un parc de 10,2 GW fin 2018. Il faudra donc installer 3,33 GW d’ici là. Pour atteindre ce niveau, la croissance annuelle devrait frôler les 1,8 GW, soit trois fois plus qu’en 2016. Mais ce niveau est proche du record de 2011 où près de 1,7 GW avaient été installés. Les dernières annonces de Ségolène Royal tendent à rattraper le retard.

3 GW de grandes installations au sol

Le 9 mars, Ségolène Royal a annoncé les 79 lauréats de la première période de l’appel d’offres pour les installations photovoltaïques au sol pour 0,5 GW. Soit les centrales photovoltaïques et les ombrières de parking. « Le prix moyen pour les grandes centrales photovoltaïques au sol est de 62,5 €/MWh, ce qui traduit la baisse rapide des prix du photovoltaïque, annonce le Ministère dans l’environnement dans un communiqué. Plus de 60% d’entre eux se sont engagés à l’investissement participatif et bénéficieront d’une prime majorée de 3 €/Mwh.» Ces installations devraient produire 0,7 TWh d’électricité par an pour un investissement total de 460 millions d’euros.

Cet appel d’offre s’inscrit dans un dispositif lancé en août 2016 visant l’installation de 3 GW de nouvelles centrales solaires au sol de grande puissance. Il reste 5 périodes de candidature de 0,5 GW chacune, réparties jusqu’en 2019,. La deuxième période est programmée pour mai 2017.

L’autoconsommation démarre !

Ségolène Royal a  aussi désigné les 62 lauréats de la deuxième période de l’appel d’offres pour les installations photovoltaïques en autoconsommation. Ils représentent une puissance installée de 20 MW et bénéficieront d’une prime à un prix pondéré de 19.35 €/MWh. Le taux d’autoconsommation des lauréats de l’appel d’offres s’élève en moyenne à 97,6 %. « Plus des deux tiers des modules photovoltaïques choisis sont fabriqués en France », précise le Ministère de l’environnement. La production espérée de ces installations s’élèvera à 25 GWH par an pour un investissement de 27 millions d’euros.

Pour pérenniser ce modèle d’autoconsommation, Ségolène Royal en a profité pour annoncer le lancement d’un appel d’offres pluriannuel pour les installations de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables en autoconsommation. Le volume total s’élève à 450 MW, réparti en neuf tranches de candidatures de 50 MW. La première période de candidature se terminera au mois de septembre 2017. Cet appel d’offres est notamment ouvert aux consommateurs des secteurs industriels, tertiaires et agricoles, en particulier aux centres commerciaux.

Enfin, la ministre publie un nouvel appel d’offres de 210 MW pour soutenir des installations solaires innovantes, notamment la route solaire et l’agrivoltaïsme. Ces dernières installations permettent de coupler une production photovoltaïque secondaire à une production agricole principale. Cet appel d’offres est réparti en trois tranches de 70 MW. La première période de candidature se clôturera également en septembre prochain.

Le Syndicat des énergies renouvelables a tenu à saluer ces annonces ministérielles « en droite ligne avec la programmation pluriannuelle de l’énergie ».

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Hackathons : tous gagnants ?

Pizzas, tenue geek, PC portables allumés en permanence, stress des pitchs… L’ambiance d’un hackathon (contraction de « hack » et « marathon ») ressemble à celle d’une colonie de vacances avec des matelas et des sacs de couchage à même le sol. A une différence près : les participants acceptent d’être enfermés durant tout un week-end ! Autre nuance avec les joyeuses colonies, ces événements s’appuient sur des méthodologies et une organisation très précises et efficaces.

Né aux États-Unis à la fin des années 1990, au sein de la communauté des développeurs adeptes des logiciels libres, un hackathon consiste à faire plancher des génies de l’informatique ou d’un autre domaine annexe (tout le monde peut y participer : étudiants, start-up, designers…) sur un projet d’application ou de service en ligne. Précurseur dans ce domaine, Facebook en a organisé plusieurs. À la clé, des innovations majeures pour le réseau social « comme le bouton «J’aime» ou la fonction de discussion instantanée » rappelle Le Monde.

De plus en plus d’entreprises françaises et de pépinières s’y sont mises : Axa, Pernod Ricard, la RATP, SNCF… Même la Mairie de Paris et des associations. Tous les secteurs s’y intéressent et pas seulement ceux liés à l’informatique. Les laboratoires pharmaceutiques, la grande distribution et le luxe planchent sur l’organisation de tels week-ends.

Près de 200 hackathons ont eu lieu en France en 2016, sur les 3450 organisés dans le monde. Pourquoi un tel engouement ? Pour les entreprises, cela permet de découvrir de nombreux projets testés en « live » tout un week-end et de n’en retenir qu’un ou deux le dimanche soir. Autre avantage : détecter des profils intéressants pour essayer ensuite de les embaucher.

Pour les équipes de développeurs, cela permet de se roder et d’apprendre à travailler ensemble sur un projet concret. C’est aussi un moyen de se faire remarquer et d’avoir des propositions d’emploi, de renforcer son réseau en rencontrant de nouveaux partenaires.

Chèque cadeau

Tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. En finançant ces événements, les entreprises espèrent un retour sur investissement immédiat. « Un hackathon ne devrait pas se faire au bénéfice d’une société, mais dans l’intérêt commun », explique au quotidien Le Monde Mael Inizan, chargé de projet au sein de Silicon Xperience et de Silicon Sentier, une association qui promeut l’innovation en Île-de-France.

Autre bémol : des projets pourraient être exploités par des entreprises au détriment des développeurs. D’autres évoquent le travail non rémunéré (des dizaines d’heures passées tout un week-end). Avec pour récompenses, des voyages, des chèques-cadeaux ou parfois 1 000 à 2500 euros pour chaque participant du projet retenu.

Mais pour la plupart des personnes rencontrées lors de ces éventements, le plus important est de pouvoir ajouter quelques lignes sur un CV et d’être à l’origine d’une nouvelle application qui a séduit les entreprises, mais aussi les utilisateurs…

Dormir, ils le feront quand ils seront plus vieux !

Philippe Richard

La politique spatiale de Trump

S’il est à peu près sûr maintenant que le budget de la Nasa devrait rester stable, beaucoup d’incertitudes planent encore sur la future politique spatiale américaine. Tous les acteurs sont en attente car nombres de programmes touchent à leur fin, notamment les programmes de sondes et de robots d’exploration (Mars curiosity, Cassini, New Horizons…)  et il faut trancher sur les objectifs et missions à venir. Depuis janvier, le gouvernement Trump a placé une équipe de transition à des postes clés de l’agence spatiale américaine en précisant que certains resteraient. Ce qui est clair aujourd’hui ce sont les trois grands principes qui vont sous-tendre cette politique: un renforcement de l’ouverture commerciale à l’espace, la mise en place de missions pour structurer une future exploitation des ressources spatiales et le retour de l’homme américain dans l’espace. Une politique, chapeautée par la renaissance d’un Conseil national de l’Espace qui étudierait chaque orientation et proposition.

Cap sur la Lune

La Lune devient clairement un enjeu colonial pour de nombreuses puissances telle que la Chine et les Etats-Unis, qui jusque là visaient Mars, pourraient bien remettre le cap sur notre satellite en l’envisageant à la fois comme base de départ pour l’exploration du système solaire et de Mars et comme base pour une exploitation minière. Sont visés l’hélium-3 et les terres rares intéressantes pour l’industrie sur Terre et  l’eau et l’hydrogène liquide pour alimenter des installations sur place. Pour y aller, pas de doute, l’alliance avec le secteur privé sera privilégiée. Space X, Blue Origin sont déjà sur le départ et ont déjà rencontrés plusieurs fois l’administration Trump. Ce choix mariant les deux ingrédients de l’impérialisme américain si cher au nouveau Président:  le rêve (l’homme -américain- sur la Lune) et le profit (tout peut être capitalisé).

Adieu l’observation de la Terre ?

La plus grosse inquiétude vient des agences et des départements liés à l’observation de la Terre pour lesquels la proposition de budget présentée par Donald Trump avance des coupes claires : le budget du département satellites de la NOAA (National oceanic and atmospheric administration) pourrait être diminué de 20% et celui du département des sciences de la Terre de la Nasa de 5%. Et il est probable que l’orbite basse terrestre, y compris la station spatiale internationale soit laissée au secteur privé. Des choix qui restent encore à concrétiser quand l’administration Trump sera opérationnelle et qu’une cohérence sera trouvée entre des exigences présidentielles contradictoires allant d’un besoin de contrôle excessif à la dérégulation totale. Ce qui pour le moment créé surtout de l’incertitude.

Sophie Hoguin

Prix du solaire en France : trois décennies d’avance sur ce que prévoyaient les experts

« L’appel d’offres pour des installations solaires au sol de grande (moyenne NDLR) puissance, comprise entre 500 kilowatts crête et 17 megawatts crête, a été lancé en 2016, pour un volume total de 3 000 MW répartis en 3 ans. La ministre (Ségolène Royal NDLR) désigne aujourd’hui les 79 lauréats de la première période de l’appel d’offres, pour un volume total de 500 MW. » a déclaré le Ministère dans un communiqué du 9 mars 2017.

La plus grande centrale solaire PV du monde est en Chine (Longyangxia, 850 MW). La seconde est en Inde (Kamuthi, 648 MW). La troisième en Californie (Topaz, 550 MW). En France réaliser de grandes centrales au sol de plus de 100 MW, ce qui permettrait de baisser les coûts par effet d’échelle, est presque impossible.

La plus grande centrale d’Europe a été construite à Cestas, près de Bordeaux, et a une puissance de 300 MW. « Cela sera sans doute la dernière » a confié un spécialiste du solaire. « Tout n’a pas été si simple pour les équipes de neoen dans un pays qui a l’art de cultiver les chausse-trappes pour les développeurs de centrales au sol » explique le groupe Oxygn sur son site web officiel, citant Xavier Barbaro, le PDG de Neoen : « Comme cette loi inepte des 500 mètres de distance entre chaque centrale de 12 MW pour un même maître d’ouvrage. Nous aurions aimé être propriétaire du site à 100% mais cette contrainte nous en empêche. Que de temps perdu et de dépenses ! Tout est fait pour nous freiner dans notre atteinte de taille critique et d’optimisation du bilan financier. Nous avons été dans l’obligation de trouver huit co-actionnaires pour parachever l’ouvrage. Neoen qui a acheté les 260 hectares de foncier détient 40% de la centrale. Nous gérons ainsi 25 centrales de 12 MW ce qui engendre nécessairement des surcoûts. »

Dans son étude de prospective intitulée « Vers un mix électrique 100% renouvelable en 2050 », l’ADEME estimait en 2015 que le coût du grand solaire au sol sera de 60 €/MWh (6 c€/kWh) en 2050 (Figure 7 page 16). Estimation réalisée « uniquement pour les 4 régions françaises les plus au sud » précisait l’ADEME.

Dès 2017, c’est à dire un tiers de siècle plus tôt que ce qu’avaient prévu les experts de l’état français, le prix moyen de l’électricité des centrales au sol de moyenne puissance est déjà de 62€/MWh. Ces experts estimaient par ailleurs (Figure 5 page 14) que le potentiel du solaire PV au sol en France est 6,5 fois inférieur à celui du solaire en toiture (62,5 TWh/an contre 403,1 TWh/an)

Une prime de 3 €/MWh (0,3 c€/kWh) est offerte par l’état pour les projets qui incluent un financement participatif écocitoyen.

Olivier Daniélo

Des assistants virtuels dans toutes les entreprises ?

Évoquée aux débuts des années 50, l’Intelligence Artificielle est en plein essor. Et cette tendance va s’accentuer. Selon le cabinet Gartner, elle sera embarquée dans 50 % des applications analytiques d’ici trois à cinq ans.

La puissance de calcul des serveurs capables de traiter des volumes de plus en plus importants de données permet de gérer plus facilement des problématiques complexes ou de seconder des métiers. Pour relever ce défi, l’IA s’appuiera entre autres sur les facultés d’auto-apprentissage pour rendre les chatbots performants.

Apparu pour la première fois en 1994, ce terme de chatbot est maintenant dans toutes les réunions des grandes entreprises qui ont entamé leur programme de transformation numérique. Les chatbots pourraient en particulier améliorer le service client. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, ces programmes décrypteraient ce que demandent leurs interlocuteurs. Ces interfaces autonomes, ou assistants virtuels, n’auront plus besoin d’être secondées en permanence par un collaborateur pour exécuter une tâche. Si la réponse ne se trouve pas dans les volumes de données gérées par l’entreprise, elles poseront une question une seule fois et pourront ensuite agir seules.

Allô docteur ? Non c’est un bot !

Pour l’instant, ils ne peuvent pas prétendre remplacer un « vrai » conseiller, car leurs analyses reposent principalement sur la détection de mots-clés. Par ailleurs, pour alimenter « la mémoire » des chatbots, il est indispensable d’intégrer l’historique de ses échanges avec les utilisateurs. Cela demande une infrastructure de suivi, de validation des interactions, de mesure de succès dans les interactions, et d’active learning pour mettre à jour automatiquement les algorithmes d’intelligence artificielle. Bref, un investissement élevé.

Mais à plus long terme, ces programmes informatiques pourraient bouleverser de nombreux secteurs d’activité. Ils seraient capables d’endosser différents rôles : vendeur, docteur, conseiller, styliste, juriste, guide touristique, critique culinaire… Des tests sont par exemple menés au Royaume-Uni. Le National Health Service s’est associé à une start-up pour tester un chatbot médical pour gérer les patients demandant de l’aide pour des petits bobos. En Allemagne, le groupe Lufthansa utilise un chatbot pour guider les voyageurs dans leur recherche du meilleur tarif. En France, différentes entreprises mènent des tests ou ont déployé des premières versions de leur bot: SNCF, Direct Énergie, ACCOR, le PMU…

Ces bots pourraient aussi nous aider à être plus efficaces dans notre travail. C’est le cas notamment dans le tri quotidien des dizaines d’emails que nous recevons chaque jour. La start-up américaine Astro, qui vient de boucler un tour de table de 8,3 millions de dollars, a développé une application de messagerie intelligente et un bot pour optimiser les flux. Ce dernier propose à l’utilisateur des conseils et des idées basés sur son activité. Il est également en mesure d’échanger avec lui pour évoquer des tâches mentionnées dans d’anciens courriers qui sont restés sans réponse.

En France, la division énergies renouvelables d’Engie utilise un chatbot pour simplifier la vie de ses techniciens. Ce « robot » facilite l’accès à l’information de ses parcs éoliens, solaires et hydrauliques. Il affiche des graphiques pour donner un meilleur aperçu de l’évolution de la production et des prévisions du système. Il est par ailleurs capable de suggestions basiques, par exemple en proposant une liste des équipements existants d’un parc si celui demandé n’existe pas.

Philippe Richard

Techniques de l’Ingénieur participe au NORTH AFRICA PETROLEUM EXHIBITION & CONFERENCE – NAPEC

Il s’agit du plus grand salon professionnel international du secteur en Afrique. Napec est consacré aux activités de l’upstream, du midstream et du downstream. Il rassemble tous les fournisseurs de produits, services et technologies qui gravitent autour de l’activité pétrolière et gazière.

Avec 400 délégués et une vingtaine d’experts venant de 30 pays différents, les conférences vont permettre de partager les meilleures pratiques et techniques disponibles pour augmenter la production des champs en exploitation.

Techniques de l’Ingénieur, outils de référence des plus gros acteurs du secteur, se doit d’être présent sur cet événement au cours duquel les dernières tendances de la technologie de forage et plus généralement de l’industrie pétrolière et gazière sont présentées.

C’est également l’occasion pour Techniques de l’Ingénieur d’aller à la rencontre de ses nombreux utilisateurs du continent africain dont le nombre ne cesse de croître, aussi bien dans l’industrie que dans les centres de recherche, écoles ou universités.

Stand D87 – Obtenir une invitation

La consommation collaborative analysée par l’Ademe

Covoiturer, louer sa voiture, son appartement et ses objets à des particuliers pour arrondir ses fins de mois… Ou encore assurer le réemploi de ses objets… Voici quelques solutions collaboratives bien implantées dans le quotidien des Français. Une nouvelle étude de l’Ademe publiée le 9 mars cherche à comprendre à quel point ces pratiques peuvent réduire les impacts environnementaux. Et ce n’est pas si évident. « Consommer de manière collaborative ne signifie pas automatiquement consommer responsable, assure l’Ademe. Le gain environnemental dépend fortement de la pratique conventionnelle à laquelle la pratique collaborative se substitue. »

Le covoiturage, un potentiel important

Lorsque l’on parle de covoiturage, on pense en priorité au covoiturage longue distance. L’Ademe estime dans ce cas le taux d’occupation d’un véhicule covoituré à 3,5 passagers. Mais le covoiturage se substitue pour 63% des covoitureurs au train, un mode de transport largement moins émetteur de gaz à effet de serre. 12% des covoitureurs confient même qu’ils n’auraient pas voyagé sans cette offre de covoiturage. « La réduction d’impact n’est que de 12% quand on prend en compte cette réalité de substitution », calcule l’Ademe.

Le covoiturage courte distance est largement plus profitable à l’environnement. En l’absence d’une telle solution, seulement 20% des clients auraient pris un mode de transport en commun. Dans 80% des cas, les covoitureurs auraient pris leur voiture seul. La pratique demeurant encore confidentielle et vu son fort potentiel, l’Ademe appelle à la développer pour augmenter le taux de remplissage moyen (2,56 personnes). Dans ce cas, l’impact environnemental diminuerait de moitié pour 2 passagers et de 75% pour 4 passagers.

Louer son matériel, mais à ses voisins!

Mieux vaut louer ou prêter du matériel, plutôt que d’acheter des objets neufs. Pour une perceuse utilisée 24 fois par an en étant louée à 3 particuliers, par exemple, l’Ademe estime des réductions d’impact d’environ 60% pour chaque utilisation par rapport à une utilisation simple individuelle. Mais « la logistique peut générer des impacts négatifs évalués jusqu’à +60% par rapport à la pratique conventionnelle », avertit l’Ademe. Ainsi, avant de louer des objets, il faut faire attention à leur localisation et  ne pas les récupérer en voiture.

Lorsque l’on réemploi ou donne un objet, c’est la durée de la seconde détention du bien qui influe le plus le bilan environnemental. Par exemple, pour un lave-linge ayant une première vie de 10 ans, l’impact est réduit de 10% avec une prolongation moyenne de 3,6 ans dans son nouveau foyer. Les chiffres sont d’autant plus intéressants que l’on prolonge la vie de produits dont les impacts sont concentrés sur la phase de production. C’est notamment le cas des équipements électroniques ayant une faible consommation électrique. Pour une tablette, en prolongeant la durée d’usage de 2 à 4 ans, le bilan environnemental est ainsi amélioré de 50%.

Gare à l’effet rebond!

Pour la location de logements de courte durée entre particuliers, les conclusions sont moins évidentes. A surface équivalente, les impacts environnementaux du logement proposé par un particulier par rapport à une chambre d’hôtel dépendent notamment du mix électrique du pays d’accueil. Mais dès lors que la surface louée chez les particulier est supérieure de 25%, les impacts environnementaux sont plus élevés. Il y a aussi des effets rebonds importants. Une location moins chère peut augmenter la durée de séjour et faire voyager plus loin. En revanche, vivre en colocation longue durée permet de partager ses consommation. En vivant à quatre plutôt que seul, la réduction d’impact est d’environ 40%.

Au final, « il ressort que les pratiques de mobilité et le réemploi sont les pratiques à plus fort potentiel de réduction des impacts environnementaux », conclut l’Ademe.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique