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Trois scénarios pour une agriculture européenne sans pesticides en 2050

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Trois scénarios pour une agriculture européenne sans pesticides en 2050

Posté le par Nicolas LOUIS dans Chimie et Biotech

Plus d'une centaine d'experts européens se sont regroupés et ont participé à une étude prospective dans laquelle ils ont exploré la faisabilité d'une interdiction de l'usage des pesticides en agriculture dans toute l'Europe à l'horizon 2050. Trois scénarios différents sont exposés pour parvenir à cet objectif.

Face à l’impact négatif des pesticides sur l’environnement et la santé humaine, l’Europe s’est fixé l’objectif de réduire de moitié leur utilisation d’ici à 2030. Pour encore aller plus loin dans cette démarche, plus d’une centaine d’experts européens ont réalisé une étude prospective afin de les bannir complètement de l’agriculture en Europe à l’horizon 2050, en détaillant les modalités pour y parvenir. Ils sont partis du constat que les politiques publiques européennes menées jusqu’ici ont eu des effets limités et ont donc changé de paradigme, en imaginant une démarche disruptive visant à construire des systèmes de culture innovants. Ils ont aussi déployé une vision systémique, en transformant simultanément les différentes composantes des systèmes alimentaires. Au final, trois scénarios de passage à une agriculture sans pesticides ont été explorés.

Le scénario 1 part de l’hypothèse qu’en 2050 des normes internationales du marché garantiront des produits alimentaires provenant d’une agriculture sans pesticides. Des standards et des certifications seront contractualisés avec les agriculteurs pour leur proposer des prix bonifiés de façon à compenser les risques liés à la transition. Ces derniers seront poussés à produire sans pesticides, et auront recours au numérique, à l’automatisation et à la robotisation, pour notamment surveiller les bioagresseurs (ravageurs, agents pathogènes et adventices). Ils utiliseront également des variétés résistantes et tolérantes aux bioagresseurs, et auront accès à des intrants tels que des produits de biocontrôle, pour par exemple procéder à l’inoculation de microorganismes. La stratégie de protection des cultures consistera principalement à renforcer l’immunité de chaque plante cultivée en anticipant l’arrivée des bioagresseurs et en mesurant l’état physiologique des plantes.

Dans le scénario 2, l’objectif d’atteindre des régimes sains et une production sans pesticides au milieu du 21e siècle va mobiliser tous les acteurs du système alimentaire. Une politique européenne holistique va être mise en place dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation, de la nutrition et de la santé, de la biodiversité, des sols et de l’eau. Les consommateurs européens, bien informés des bienfaits d’une alimentation saine, sont encouragés à adopter des régimes plus diversifiés et plus équilibrés. Ils seront aidés par des subventions sur les aliments sains et des taxes seront appliquées sur les aliments contribuant à des régimes néfastes pour la santé. Les agriculteurs vont utiliser de nouveaux outils pour surveiller la santé des microbiomes (l’ensemble des micro-organismes) des sols et de l’holobionte (l’hôte et tous ses microbes) des plantes. Ils mettront en place des pratiques culturales spécifiques comme le recours à des amendements organiques provenant de l’élevage, la diversification et la rotation des cultures, le travail du sol, les cultures de couverture, et l’ensemble de ces techniques permettront de renforcer les interactions positives entre la plante et le microbiome.

Une refonte du système agricole basée sur des paysages diversifiés

Le scénario 3 part du principe que la transition va s’opérer à la faveur d’une demande en une alimentation locale, saine et sans pesticides d’une part, et d’une prise de conscience de la nécessité de préserver la biodiversité et de la santé de l’environnement d’autre part. Dans les territoires de toute l’Europe, une refonte des systèmes de production agricole va être réalisée et reposera sur la complexité des paysages, des microbiomes du sol et la diversification des cultures. Des politiques seront menées par les autorités territoriales pour réaménager les paysages, protéger les sols, l’eau et la biodiversité, et relocaliser les chaînes de valeur alimentaires grâce à l’aménagement du territoire. Les systèmes de culture et la protection des cultures s’appuieront sur des mécanismes biologiques de régulation au niveau des paysages et des sols, avec peu d’intrants exogènes. Des stratégies de diversification des cultures seront entre autres adoptées, avec la sélection de variétés adaptées à la diversification (mélange d’espèces et de variétés), par le développement d’habitats semi-naturels (20 % des terres dédiées aux habitats naturels et semi-naturels), et par le développement partiel de systèmes agricoles mixtes réintégrant la production animale dans les exploitations.

Les auteurs de cette prospective ont aussi évalué l’impact de cette transition sur la production agricole européenne, en termes de calories. Résultat, celle-ci varie de –5 % à +12 % selon les scénarios, en sachant qu’un équilibre sera à trouver entre la réduction de la consommation de produits animaux et le maintien des prairies. Sur le plan des gaz à effet de serre, les trois scénarios permettent de réduire les émissions, plus précisément de 8 % dans le scénario 1, 20 % pour le scénario 2, et jusqu’à 37 % pour le dernier scénario.

Pour aller plus loin

Posté le par Nicolas LOUIS


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