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Un raid scientifique à la découverte du plateau Antarctique

Posté le par Matthieu Combe dans Environnement

L’Institut polaire a organisé un raid scientifique à travers le haut plateau du continent Antarctique. Objectif : mieux comprendre l’évolution de ce territoire face au risque climatique. L’équipe revient sur ce périple de 1350 km aller-retour à travers ce territoire hostile.

Pendant plus d’un mois, du 7 décembre au 17 janvier, des scientifiques du CNRS, de l’Université Grenoble Alpes, en collaboration avec le programme antarctique italien, ont réalisé un raid qui renoue avec les expéditions de très grande ampleur du siècle passé. Le point de départ ? Le station franco-italienne Concordia, en direction du pôle Sud. La mission visait à faire différentes mesures et à prélever des calottes de glace pour mieux comprendre l’évolution historique de l’Antarctique et mieux prévoir la hausse du niveau des mers.

Par des températures oscillant entre -25°C et -45°C, le convoi de 243 tonnes a parcouru près de 1 350 km en totale autonomie, à une vitesse moyenne de 10 km/h. À bord, cinq scientifiques, un mécanicien et un médecin. « Ce raid est une grande réussite », se félicite Joël Savarino, directeur de recherche CNRS à l’Institut des géosciences de l’environnement et responsable scientifique du raid.

Estimer les précipitations au cœur du continent blanc

Le projet scientifique souhaite vérifier à quel point l’accumulation de neige sur le plateau Antarctique permet de contrebalancer la fonte accrue de la calotte, notamment sur les côtes. Selon le rapport spécial du GIEC sur les océans et la cryosphère, l’Antarctique est en effet l’une des plus grandes incertitudes sur la montée des eaux sur le prochain siècle. « L’une des composantes de la montée du niveau des mers est la capacité qu’a le continent à accumuler de la neige : est-ce qu’il va le faire plus ou moins dans les années à venir ? C’est une question importante qui va jouer sur la vitesse de montée du niveau des mers », prévient Joël Savarino.

Le projet s’intéresse aussi au paléoclimat, ainsi qu’à la façon dont les informations climatiques et environnementales sont enregistrées dans la glace. Le raid s’est donc rendu dans les endroits les plus arides du continent. Les scientifiques y ont exploré les « surfaces vitrées » et ses mégadunes. La glace y est à nu et forme des ondulations de grande échelle, observables par satellite. Les scientifiques y ont extrait des carottes de glace pour mieux comprendre les archives du climat. La zone aride du plateau antarctique est considérée comme le meilleur analogue actuel des périodes glaciaires, avec des accumulations de neige extrêmement faibles : moins de 2 cm d’eau par an. « L’idée est de voir si dans les premiers mètres, la même histoire est enregistrée dans les zones de mégadunes que dans les calottes des autres zones de l’Antarctique », précise Joël Savarino

Au total, près de 900 mètres de carottes de glace ont été prélevées sur différents sites, soit 6 tonnes. « J’ai été particulièrement surpris par la dureté de la neige, explique Philippe Possenti, ingénieur d’étude CNRS à l’IGE et foreur du raid. Je n’avais jamais foré de la glace aussi difficile que dans les zones de mégadunes et de surfaces vitrées : la dureté de la glace y est presque tout de suite équivalente à celle que l’on observe généralement à partir d’une centaine de mètres. »

Sur place, le raid a aussi réalisé des profils radars pour sonder l’empilement des couches de neige dans les différentes zones traversées. Et ils ont déployé des instruments de mesures autonomes : six stations sismiques, cinq stations GPS pour étudier l’épaisseur de la glace, la sismicité et les microdéformations liées à la dynamique glaciaire. En plus, deux stations météo automatiques et deux stations neige permettront de mieux prévoir la météo dans l’hémisphère sud et de mieux suivre l’évolution de la neige. Des piquets ont été plantés dans la neige pour suivre l’accumulation de la neige dans le temps et l’espace. Les premiers résultats sont attendus pour l’année prochaine. Il faudra alors retourner sur place pour relever les données des stations sismiques, soit par avion si possible, soit par l’organisation d’un nouveau raid.

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Posté le par Matthieu Combe


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