La rénovation du plus haut gratte-ciel de la capitale est remise en question en raison de dissensions internes entre copropriétaires. L’occasion de faire un retour sur les innovations technologiques imaginées pour ce projet architectural de grande envergure.
Une décennie s’est écoulée. Le grand projet de rénovation de la tour Montparnasse, initié en 2015, doit donner naissance à une tour vitrée, des terrasses arborées, un hôtel et une serre agricole au sommet. Néanmoins, ce dessein va-t-il se concrétiser ? Alors que le dimanche 26 juillet, des baies vitrées de la tour se sont décrochées et sont tombées au sol, démontrant l’état de vétusté du bâtiment de 209 mètres inauguré en 1973, des désaccords perturbent l’avancée du projet de rénovation.
Le coût initial estimé à 300 millions en 2017 a bondi et avoisine aujourd’hui 800 millions d’euros, ce qui a provoqué la frilosité du plus important copropriétaire de la Tour. En effet, La Financière Patrimoniale d’Investissement (LFPI), qui détient environ 30 % de l’immeuble, a voté contre le lancement des travaux de rénovation lors de l’assemblée générale du 21 juillet, alors qu’en mars dernier l’édifice avait été entièrement vidé et fermé au public.
Un avenir incertain
Face à ce blocage, le maire de Paris est intervenu le 27 juillet en réunissant les copropriétaires pour tenter de résoudre le conflit centré autour du contrat d’exploitation du toit-terrasse d’une part et opposant les propriétaires des étages voués à l’hôtellerie d’autre part. L’assemblée générale a validé le démarrage des travaux de désamiantage, inaugurant ainsi la première phase du vaste projet de rénovation qui commencera en septembre. Néanmoins, les dissensions internes perdurent et font peser une épée de Damoclès sur le projet. En effet, le permis de construire prenant fin le 26 novembre prochain, il faudra repartir de zéro en cas de dépassement de cette date butoir.
La première tour éolienne au monde
Même si les conflits internes entre copropriétaires laissent penser qu’un nouveau projet, moins onéreux, pourrait voir le jour, le projet initial présenté par la Nouvelle AOM (collectif regroupant trois agences d’architecture et lauréat du concours international d’architecture pour la rénovation de la tour) comporte de nombreuses innovations technologiques.
Installé dans les bureaux du 44e étage de la tour, le laboratoire de recherche et de conception architecturale d’AOM a permis à l’équipe d’ingénierie d’imaginer in situ le chantier titanesque à venir.
La façade de la tour concentre l’essentiel de la marge de manœuvre pour la rénovation.
Les vitres en verre sombre seront remplacées par une structure transparente et l’épaisseur de la façade permettra une ventilation naturelle des locaux grâce à la forme aérodynamique de la tour. Cette propriété fera de la tour Montparnasse la première tour éolienne au monde capable de capter la force des vents dominants en altitude pour faire circuler l’air frais à l’intérieur des locaux. Pour davantage d’efficacité, l’équipe en charge du projet a opté pour une façade en « damiers » afin de créer un différentiel de pressions entre l’extérieur et l’intérieur de la tour.
Une ventilation naturelle qui diminuera par dix la consommation énergétique de la tour, rendant l’usage de la climatisation mécanique inutile 70 % du temps. Une performance pour un gratte-ciel de cette taille ; cette autonomie renvoie au concept de super-passivité qui cherche à optimiser l’énergie fournie par le vent pour éviter le recours à un système actif.
En outre, le projet mettra en place une économie circulaire en favorisant le recyclage des matériaux. Ce sera le cas du verre de la façade existante qui sera réemployé à l’intérieur de la nouvelle tour et des produits de déconstruction qui seront réemployés sur le site comme matériaux de construction.
Le projet intègre les critères du plan local d’urbanisme (PLU) de la Mairie avec la végétalisation des dix premiers étages de bureaux qui seront dotés de jardins d’hiver permettant de réduire l’effet du vent au pied de la tour.
« La plus belle vue de Paris est à son sommet, le seul endroit d’où on ne la voit pas », raillaient les détracteurs de l’édifice à son inauguration. Pourtant, la Tour Montparnasse pourrait devenir un modèle de performance énergétique et l’emblème d’un renouveau architectural.






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