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Le coup d'après

Les actualités à suivre : Terres rares, data centers, PPE3…

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

La rédaction vous propose un rapide tour d'horizon sur les informations qui feront l'actualité industrielle dans les jours et les semaines à venir.

Les 100 TWh introuvables de la PPE3 : pourquoi l’industrie énergo-intensive ne peut pas attendre 2038

Publiée le 12 février 2026 avec deux ans de retard, la PPE3 fixe l’objectif de porter la production d’électricité décarbonée de 458 TWh en 2023 à une fourchette de 650 à 693 TWh en 2035 – soit près de 200 TWh supplémentaires à produire en une décennie, dans un pays dont la consommation électrique stagne à 451 TWh depuis 2023 faute d’électrification suffisante des usages. Le Haut Conseil pour le Climat a immédiatement identifié le point de fragilité central : un « flou » sur 100 TWh d’électricité en 2035, s’interrogeant sur la faisabilité technique de produire autant d’énergie décarbonée avec le mix prévu en cas de retard sur les EPR2 ou de ralentissement du déploiement des renouvelables. Le problème est arithmétique : le premier EPR2 ne sera mis en service qu’à partir de 2038, et la décision finale d’investissement d’EDF n’est attendue que d’ici fin 2026. Autant dire que sur la période 2026-2035, le surcroît de production décarbonée doit venir quasi exclusivement des renouvelables, dont les objectifs photovoltaïques ont pourtant fondu de 20 GW en un an et demi, et de la remontée en puissance du parc nucléaire existant visée à 380 TWh en 2030. Pour les industriels énergo-intensifs – chimie, sidérurgie, cimenterie, aluminium –, ce flou a des conséquences immédiates sur leurs décisions d’investissement en décarbonation : sans contrat de fourniture d’électricité bas carbone à long terme et à prix stable, aucun projet d’électrification de procédés ne peut être financé, et la consommation des grands comptes industriels est déjà inférieure de 13 % à son niveau de 2019 sous l’effet de la désindustrialisation. La clause de revoyure prévue pour 2027 sera le premier test de vérité de la PPE3 : si l’électrification des usages ne s’accélère pas d’ici là – voitures électriques, pompes à chaleur, procédés industriels –, c’est toute la trajectoire qui devra être recalibrée, avec des conséquences directes sur les appels d’offres renouvelables, les contrats de long terme demandés par les industriels, et la crédibilité du programme EPR2 lui-même, dont la Commission européenne vient d’ouvrir le 30 avril 2026 une enquête approfondie sur les modalités de financement public.

Terres rares : le plan de Lacq ouvre une fenêtre – que Pékin peut refermer dès l’automne 2026

Le 5 mai 2026, les ministres Roland Lescure et Sébastien Martin ont dévoilé à Lacq le plan national de résilience « terres rares et aimants permanents », mobilisant 180 millions d’euros publics pour amorcer 600 millions d’investissements industriels sur trois sites – Lacq, La Rochelle et Grenoble – dans un secteur où 87 % de la séparation et 91 % de la métallisation mondiales sont aujourd’hui réalisées en Chine. L’ambition est précise : couvrir à l’horizon 2030 plus de 100 % des besoins français et 25 % des besoins européens en terres rares légères, et fournir à terme la moitié de la demande européenne en aimants NdFeB, ces aimants néodyme-fer-bore qui équipent moteurs électriques, éoliennes offshore, radars militaires et guidage de missiles. Pour les ingénieurs et acheteurs industriels, le signal est clair : les aides France 2030 accordées aux industriels de l’automobile seront désormais conditionnées à la remise de plans de diversification des approvisionnements, et les futurs appels d’offres éoliens offshore imposeront que moins de 50 % des aimants proviennent du pays dominant. Mais c’est ici que la réalité industrielle rattrape l’ambition politique : la suspension des restrictions chinoises à l’export, conclue le 30 octobre 2025, expire à l’automne 2026 : Or, Carester ne produira son premier kilo commercial qu’en janvier 2027, laissant plusieurs mois de découvert stratégique durant lesquels la France n’aura aucune capacité de séparation domestique opérationnelle si Pékin choisit de ne pas reconduire cette suspension. La chaîne d’approvisionnement automobile, éolienne et de défense basculerait alors du jour au lendemain, et c’est l’horloge de Pékin, pas celle de Bercy, qui rythme désormais l’agenda industriel français. Pour l’industrie, l’automne 2026 sera le premier test grandeur nature de la résilience que ce plan est censé construire, bien avant que les premiers kilogrammes de terres rares françaises ne sortent de Lacq.

Data centers souverains : la France devient le chantier IA de l’Europe, et cela change les équations industrielles

Gartner a nommé « géopatriation » le mouvement par lequel les entreprises rapatrient leurs charges de travail critiques vers des infrastructures régionales pour des raisons de souveraineté, de conformité réglementaire et d’exposition géopolitique. Ce mouvement est désormais quantifié : selon l’institut, 20 % des charges de travail d’infrastructure cloud pourraient migrer des hyperscalers mondiaux vers des fournisseurs locaux dès l’année prochaine, et 62 % des organisations européennes recherchent déjà des solutions d’IA souveraine en réponse aux incertitudes géopolitiques actuelles. La France s’est positionnée comme le pivot de cette transformation : 109 milliards d’euros d’investissements privés en data centers IA ont été annoncés depuis le Sommet de Paris de février 2025, portés par MGX, Brookfield, Bpifrance et Iliad-Orange-Thales, avec un atout décisif que peu de pays européens peuvent offrir : un mix électrique à 95 % bas carbone porté par le nucléaire, qui fait de la France le fournisseur énergétique naturel des infrastructures IA du continent. Pour les industriels et leurs DSI, la question n’est plus théorique : le Cloud Act américain permet aux autorités des États-Unis d’accéder aux données hébergées par des entreprises américaines, même physiquement situées en Europe, ce qui rend non seulement les données de production, mais aussi les modèles d’IA industriels – maintenances prédictives, contrôle qualité, jumeaux numériques – potentiellement exposés. Le Conseil de l’UE a approuvé en février 2026 un amendement élargissant le mandat d’EuroHPC pour déployer au moins 15 « AI Factories » souveraines en Europe avec 20 milliards d’euros de budget, traçant ainsi une feuille de route concrète : pour les équipementiers, les donneurs d’ordre et les opérateurs de sites industriels, arbitrer dès aujourd’hui entre hyperscaler mondial et cloud souverain, c’est décider de l’architecture de leurs systèmes d’IA industriels pour les dix prochaines années.

Après le silicium, le gallium : comment un semi-conducteur redessine la hiérarchie industrielle de défense

Il est invisible dans les systèmes d’armes, mais décisif pour leur performance : le nitrure de gallium (GaN) associé à un substrat carbure de silicium (SiC) offre une tenue en tension de 5 à 10 fois supérieure aux semi-conducteurs traditionnels, une meilleure dissipation thermique et la capacité de fonctionner jusqu’à 100 GHz, ce qui en fait le matériau de choix pour les amplificateurs de puissance des radars AESA, les systèmes de guerre électronique et les antennes actives des prochaines générations de systèmes d’armes. Le radar RBE2-AESA GaN du Rafale illustre l’enjeu concret : en passant de l’arséniure de gallium au GaN, Thales double la puissance émise à dimensions égales, gagnant 20 à 30 % de portée effective et une immunité accrue aux brouillages – un gain décisif dans un contexte de conflit à haute intensité où, selon le RUSI, 60 à 80 % des drones ukrainiens n’atteignent pas leur cible à cause de la guerre électronique adverse. La France a investi tôt et de manière continue dans cette filière : le programme NIGAMIL de la DGA, confié à United Monolithic Semiconductors, a abouti à la qualification de la technologie GH15, première technologie européenne GaN sur SiC pour applications militaires millimétriques, tandis que le projet GREAT, financé par l’AID à hauteur de 1,6 million d’euros et coordonné par l’IEMN de l’université de Lille avec le CNRS, vise la prochaine génération de composants GaN capables d’amplifier en bande W jusqu’à 94 GHz. Mais la souveraineté technologique sur le composant se heurte à une vulnérabilité structurelle en amont : la Chine contrôle 98 % de la production mondiale de gallium brut, matière première indispensable aux puces GaN, plaçant l’ensemble de la filière occidentale dans une dépendance que les restrictions chinoises à l’export de 2023 ont rendue tangible, et que les industriels cherchent à contourner par des stocks stratégiques et des co-investissements dans des capacités de raffinage alternatives. Un défi industriel qui, pour les équipementiers de défense et les fournisseurs de rang 1 de la BITD française, s’ajoute à la pression de production qui s’intensifie avec la montée en cadence des commandes de radars Ground Fire pour les armées françaises et européennes, dont huit exemplaires seront livrés à partir de 2026.

Ce que l’ultimatum de Trump change dès maintenant pour l’industrie européenne

Le 7 mai 2026, Donald Trump a posé un ultimatum sur Truth Social : l’Union européenne a jusqu’au 4 juillet pour ratifier l’accord de Turnberry, signé avec Ursula von der Leyen le 27 juillet 2025 en Écosse, sous peine de voir les droits de douane américains « bondir immédiatement à des niveaux beaucoup plus élevés ». L’accord en question plafonne à 15 % les droits sur la quasi-totalité des exportations industrielles européennes vers les États-Unis depuis le 1er août 2025, en échange de l’élimination par l’UE de ses droits sur les produits industriels américains, d’achats d’énergie américaine pour 700 milliards d’euros et de puces IA pour 40 milliards. Mais l’acier et l’aluminium restent taxés à 50 %, exclus du périmètre de l’accord, ce qui pèse directement sur les filières métallurgiques et les équipementiers industriels à forte teneur en métal. Le Parlement européen a adopté sa position en mars 2026, mais les États membres n’ont toujours pas trouvé consensus en trilogue le 6 mai, le principal point d’achoppement portant sur les garanties en cas de violation unilatérale américaine. Pour les industriels et exportateurs européens, cette instabilité prolongée signifie une visibilité réduite et un risque tarifaire qui pèse sur les décisions d’investissement : la prochaine session de trilogue est fixée au 19 mai, et si aucun accord n’est trouvé avant le 4 juillet, certains équipements industriels à forte intensité métallique pourraient passer dès le 31 juillet 2026 à des droits additionnels de 25 %, transformant une menace politique en réalité tarifaire qui obligerait les exportateurs à revoir d’urgence leurs stratégies de prix et de localisation de production.


Pour aller plus loin

https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/entreprises-et-marches/

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