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Covid-19 : l’industrie énergétique sortira changée de la crise, selon l’AIE

Posté le par Joël Spaes dans Énergie

« Le plus grand choc pour le système énergétique mondial depuis sept décennies ». C’est en ces termes que l'AIE (Agence internationale de l’énergie) a présenté les projections de sa Global Energy Review pour 2020, ce jeudi 30 avril. Ce rapport prospectif signale que la baisse de la demande en énergie devrait atteindre les 6% cette année, et « devrait éclipser l'impact de la crise financière de 2008 » tout en entraînant « une baisse annuelle record des émissions de carbone de près de 8%. »

« Dans le contexte actuel de crises sanitaires et économiques sans précédent, la chute de la demande de presque tous les principaux combustibles est stupéfiante, en particulier pour le charbon, le pétrole et le gaz. Seules les énergies renouvelables résistent à la chute de la consommation d’électricité, jusque-là inconnue », indique Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. En effet, la chute de la demande en pétrole est particulièrement remarquable, sur fond de bataille entre l’Arabie Saoudite, la Russie et les États-Unis. La crise du Covid-19 a stoppé la mobilité (véhicules routiers et avions), qui compte pour 60 % de la demande mondiale en produits pétroliers. Dans certaines régions du monde, le transport routier a ainsi reculé de 50% à fin mars, signale l’Agence. Le retrait de la consommation de pétrole devrait ainsi s’afficher sur l’année à quelque 9 %, selon les hypothèses de l’AIE (notamment un retour à l’activité dans les mois à venir), un niveau de demande équivalent à celui de 2012.

Pour le charbon également, la Chine et l’Inde – deux pays fortement consommateurs (les deux-tiers de la demande mondiale environ) – ont en effet enregistré une chute de l’activité importante. Ainsi pour le charbon, le recul serait de 8% environ. Un recul largement dû, insiste l’Agence de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), à la chute de la demande en électricité.

Pour le gaz, qui avait déjà enregistré une baisse de la consommation au début du premier trimestre de 2020 à cause d’un hiver doux dans la majorité de l’hémisphère Nord, le retrait atteindrait les 5 % sur l’année, précise l’AIE. Une fois encore, une large part du retrait dû à la crise pandémique provient d’une moindre utilisation pour l’électricité. De même, la production nucléaire serait en retrait sur l’année, d’un peu plus de 2 %.

« Cette crise a mis en évidence la grande dépendance des sociétés modernes à l’égard d’un approvisionnement électrique fiable pour soutenir les systèmes de santé, les entreprises et les équipements de base de la vie quotidienne », rappelle Fatih Birol. « Mais personne ne doit considérer tout cela comme allant de soi – des investissements plus importants et des politiques plus intelligentes sont nécessaires pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en électricité », insiste-t-il.

Les mesures de confinement prises dans plus de la moitié du monde ont en effet significativement réduit la demande en électricité. Ainsi, la hausse de la consommation résidentielle due à l’occupation des foyers 24h sur 24 est loin d’avoir compensé les chutes de demande dans les activités commerciales (magasins fermés) et industrielles (usines non essentielles à l’arrêt), sans oublier les activités de service comme les bureaux, l’hôtellerie, l’éducation et le tourisme.

En moyenne, l’AIE estime (grâce à la prise en compte d’une trentaine de pays, représentant un tiers de la demande mondiale en courant), selon les mesures plus ou moins « dures » de confinement adoptées, que la chute de la consommation d’électricité a été de 20 %, pour chaque mois de confinement total. Traduit sur l’année, cela donne un recul de 1,5 % pour chaque mois d’arrêt de l’activité. Ainsi, pour l’année complète 2020, l’AIE juge que le retrait de la consommation devrait atteindre les 5 %, soit un niveau similaire à celui de la « Grande récession », et huit fois plus fort qu’en 2009, après les conséquences de la crise financière de 2008.

Conséquence, le mix énergétique a sensiblement été modifié. Les technologies renouvelables ont progressé de 3 % (en capacité) sur le premier trimestre, portant la part des ENR à 28 % de la production d’électricité sur le premier trimestre 2020, soit un bond de 26 % par rapport au premier trimestre 2019. L’AIE constate des disparités en fonction des régions et des mix desdites régions. Ainsi, aux États-Unis, la production à partir de charbon a chuté d’un tiers sur le trimestre, face à la montée des ENR (+20 % sur le trimestre), mais aussi du gaz peu cher. En Europe, le recul de la demande a entraîné la montée des ENR, qui ont expulsé charbon et gaz du mix électrique.

L’AIE souligne que deux axes de reprise de l’activité peuvent avoir des effets plus ou moins important sur le mix sur l’année. Ainsi, une reprise rapide stimulerait la demande d’électricité, augmentant ainsi la demande pour toutes les sources d’électricité. « La production d’électricité au charbon et au gaz diminuerait encore, mais de moitié seulement, bien que les sources d’énergie bas carbone dépassent toujours la production d’électricité au charbon ». Les renouvelables connaîtraient ainsi une croissance supplémentaire, car davantage de projets seraient réalisés, notamment des projets photovoltaïques solaires qui peuvent être construits rapidement. L’énergie nucléaire rebondirait et atteindrait presque la production de 2019 dans le courant de 2020, juge l’AIE.

En revanche, une reprise plus lente « exercerait une pression à la baisse supplémentaire sur le charbon, le gaz et le nucléaire, ce qui entraînerait un passage plus important aux sources d’énergie renouvelables dans le mix électrique global, à condition que leur production soit totalement absorbée par le système ».

Selon les hypothèses de l’AIE, les technologies bas carbone devraient ainsi représenter la plus grande source de production d’électricité en 2020, avec environ 40 % du mix de production électrique.

Les émissions de CO2 forcément impactées

« En raison de ces tendances – principalement la baisse de la consommation de charbon et de pétrole – les émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie devraient diminuer de près de 8% en 2020, pour atteindre leur niveau le plus bas depuis 2010. Il s’agirait de la plus forte diminution des émissions jamais enregistrée – près de six fois plus importante que la précédente baisse record de 400 millions de tonnes en 2009, qui résultait de la crise financière mondiale », indique la Global Energy Review de l’AIE.

« Résultant de décès prématurés et de traumatismes économiques dans le monde entier, la baisse historique des émissions mondiales n’a absolument rien de réjouissant », insiste cependant Fatih Birol. Et d’ajouter que « si l’on se fie aux conséquences de la crise financière de 2008, nous devrions bientôt assister à une forte reprise des émissions à mesure que les conditions économiques s’amélioreront ».

Le directeur de l’agence internationale de l’énergie conclut : « Mais les gouvernements peuvent tirer les leçons de cette expérience en plaçant les technologies énergétiques propres – énergies renouvelables, efficacité énergétique, batteries, hydrogène et captage du carbone – au cœur de leurs plans de relance économique. Investir dans ces domaines peut créer des emplois, rendre les économies plus compétitives et orienter le monde vers un avenir énergétique plus résistant et plus propre ».

Pour aller plus loin

Posté le par Joël Spaes

Les derniers commentaires

  • Difficile de comprendre l’AIE : d’un côté, face au risque de changement climatique, elle affirme que le nucléaire est incontournable, donc qu’il faut le développer.
    De l’autre (notamment dans cet article de Spaes), elle souhaite que les énergies renouvelables et les technologies associées (hydrogène etc.) doivent être prioritaires (comprenez : recevoir des aides financières sur fond publics !) pour assurer la relance économique post-covid19.
    Le changement climatique ne serait-il donc plus un souci pour l’AIE – qui n’est pas le GIEC, c’est d’accord…. ?


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