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Interview

La Roche-Posay fait le pari des tubes cosmétiques intégrant du carton

Posté le par Matthieu Combe dans Matériaux, Biotech & chimie

La Roche-Posay annonce le lancement de la toute première génération de tubes cosmétiques intégrant du carton dans la gamme Anthelios de lait solaire. Il s’agit d’une première étape dans la stratégie de la marque pour remplacer le plastique d’origine fossile. Interview.

Sébastien Paty

La Roche-Posay compte parmi les plus grandes marques du groupe L’Oréal. Elle commercialise depuis mai un nouveau lait solaire de 200 mL. Sa particularité ? Il s’agit du premier tube cosmétique intégrant du carton, résultat d’un partenariat entre L’Oréal et son fournisseur Albéa, leader mondial des packagings destinés aux produits de beauté. Entretien avec Sébastien Paty, directeur du développement produits pour La Roche-Posay. À l’interface des équipes marketing et des laboratoires de formulation, il gère l’industrialisation des nouveaux produits.

Techniques de l’ingénieur : Ce nouveau tube est qualifié de première mondiale. Quelle est sa particularité ?

Sébastien Paty : Toute l’innovation consiste à remplacer le plastique par du carton dans le corps du tube. Il s’agit d’un tube laminé dont le corps du tube est composé de deux tiers de carton certifié FSC et d’une fine couche de plastique en polyéthylène pour assurer la conservation de la formule. Cela ressemble à du Tetra Pak, mais sans aluminium. Albéa fabrique ces emballages vides en Europe, nous les remplissons et les soudons dans nos usines en France.

Cela fait 45 % de plastique en moins dans l’ensemble du tube. Il s’agit de la première génération de cet emballage. La tête du tube et la capsule sont en polypropylène. Nous travaillons pour réduire le poids de la capsule en plastique, car il n’existe pas encore d’alternative au plastique pour tout ce qui est bouchage.

La France est un excellent marché pour évaluer l’accueil des consommateurs. Nous lançons ce tube en exclusivité mondiale pour La Roche Posay. D’autres marques du groupe L’Oréal l’adopteront prochainement. Le tube carton a vocation à prendre de plus en plus de place dans notre catalogue. Nous avons un plan de lancement et d’extension de cet emballage à l’international, puis une extension de la gamme.

Vous parlez d’une première génération… ?

Les tubes cosmétiques actuels ne sont pas recyclables, car ils contiennent des mélanges de plastiques. Cette première génération de tube intégrant du carton est un premier pas vers la recyclabilité, mais nous devons dépasser la barre des 50 % de carton sur l’ensemble de l’emballage pour le faire entrer dans la filière de recyclage existante pour les emballages Tetra Pak. Malgré tout, l’analyse du cycle de vie place ce tube parmi les meilleurs du marché sur cette catégorie. À l’horizon 2022, la deuxième génération nous permettra de dépasser la barre des 50 % et les recycleurs pourront alors délaminer l’emballage et séparer le carton du plastique.

Comment ce nouvel emballage s’inscrit-il dans votre stratégie pour diminuer l’usage du plastique ?

La marque La Roche-Posay a une feuille de route ambitieuse sur le désengagement progressif du plastique fossile. Nous nous engageons à utiliser 70 % de plastique recyclé en 2025 pour remplacer les trois grands types de plastique vierge que nous utilisons : le PET, le polyéthylène et le polypropylène. Remplacer du plastique vierge par du recyclé demande un important travail pour sourcer le plastique recyclé de grade alimentaire et l’industrialiser chez nos fournisseurs. Cela nous permettra d’économiser 10 000 tonnes de plastique vierge d’ici 2025.

Un autre axe de travail repose sur le remplacement du plastique par des matériaux alternatifs. Le tube carton est un très bon exemple de ce que l’on peut faire. Nous travaillons sur de nouveaux objectifs pour 2025 et 2030, afin de réduire notre intensité plastique, c’est-à-dire utiliser moins de plastique par unité produite.

Le troisième axe est l’allègement pur et simple de nos matériaux. Nous avons diminué le poids global de nos flacons de 10% ces dernières années. C’est un travail assez complexe car nous devons nous assurer, tout le long de la chaîne de valeur, que ces allègements ne mettent pas en péril la qualité de nos produits.

Travaillez-vous sur la réutilisation et de nouveaux systèmes de distribution ?

Ce sont des choses que l’on étudie. À Davos, le groupe L’Oréal s’est engagé à ce que 100 % de nos emballages soient recyclables, réutilisables ou compostables d’ici 2025. Mais nous priorisons les axes sur le recyclage et la réutilisation plutôt que le compostage.

Nous nous intéressons aux systèmes de collecte comme Loop et ceux proposés par TerraCycle. Mais ils n’ont pas encore démontré leurs bénéfices environnementaux sur l’ensemble de leur cycle de vie. Nous attendons d’avoir la preuve que l’ACV est favorable. Nous nous intéressons aussi beaucoup au vrac et avons plusieurs études en cours. La grande majorité de nos formules contient de l’eau, un milieu propice au développement microbien. C’est donc plus compliqué à faire que du vrac sec. Quand nous avons un produit scellé, nous sommes sûrs de sa sécurité sanitaire. Mais lorsque l’on est sur du remplissage, il faut trouver le bon modèle économique, mettre en œuvre la bonne logistique et développer un système pour s’assurer que les flacons apportés par les consommateurs soient propres.

Quels sont pour vous les freins au remplacement du plastique dans les emballages cosmétiques ?

Nous sommes engagés sur la réduction et, à terme, l’éradication de la matière fossile. Dans le monde des cosmétiques, l’utilisation du plastique est inévitable. Avant tout, c’est une matière qui permet de protéger les formules cosmétiques. C’est une matière qui a énormément de qualités, mais deux défauts : elle est d’origine fossile et n’est pas recyclée à 100 %. Il faut donc s’engager sur la réduction de notre consommation, le remplacement de la part fossile par du recyclé et aller vers plus de recyclabilité pour s’assurer que les emballages sont remis dans la boucle en fin de vie.

Sortir du plastique c’est bien, mais il faut regarder toutes les analyses de cycle de vie pour trouver les meilleures alternatives. Le groupe L’Oréal fait partie des premiers soutiens de la fondation Ellen MacArhur. Nous travaillons aussi avec l’éco-organisme Citéo et la fédération des entreprises de beauté (FEBEA) sur la recyclabilité des produits. Le travail est long car tous les nouveaux packagings sont passés au crible de cahiers des charges qualité très stricts. Toute innovation doit répondre à ces standards, conserver l’ergonomie et la qualité.

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Posté le par Matthieu Combe


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