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Nucléaire : quel plan pour démanteler Fessenheim ?

Posté le par Stéphane SIGNORET dans Énergie

Début mai, un décret a autorisé la poursuite du démantèlement complet de la centrale nucléaire de Fessenheim par EDF. Les travaux, déjà engagés, vont devoir progressivement s’attaquer aux parties radioactives des bâtiments réacteurs et combustibles. Le plan de déconstruction est (pour l’instant) prévu jusqu’en 2048.

Confrontée au chantier de construction de six nouveaux EPR2, EDF doit simultanément opérer le démantèlement des deux réacteurs à eau pressurisée de la centrale de Fessenheim. Arrêtée en 2020 juste avant son 43e anniversaire, cette paire de 2×900 MWe avait été la première du plan Messmer à être mise en service, en 1977.

EDF estime que le défi industriel du chantier de Fessenheim est à sa portée, et peut désormais se lancer dans son démantèlement complet, à la suite de l’autorisation qui lui a été donnée par un décret du 1er mai 2026, après un avis favorable de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).

Premier chantier de cette ampleur en France, il devrait mobiliser en moyenne 300 personnes par an jusqu’en 2048 selon EDF. Dans ses comptes consolidés 2025, EDF précise que le devis du chantier « à terminaison » est de 700 M€ par réacteur alsacien. Selon le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), c’est déjà plus que les 400 M€ estimés initialement en 2020 et que les 560 M€ indiqués en 2023 par EDF.

Le pré-démantèlement se termine

Depuis cinq ans, EDF a œuvré à la phase de pré-démantèlement de Fessenheim. Plusieurs actions ont été réalisées, comme l’évacuation de tout le combustible nucléaire à la Hague. La piscine d’entreposage des assemblages de combustibles usés du réacteur n°1 a été vidée ; celle du 2e réacteur contient encore des déchets radioactifs d’exploitation dont les transferts sont en cours.

Les salles des machines contenant les turbines et alternateurs ont été vidées et aménagées pour servir de zone d’entreposage et de transit des déchets qui seront produits lors du démantèlement des bâtiments nucléaires. Tous les équipements nécessaires aux futures opérations, comme les ponts de levage, ont été rénovés.

Environ 180 composants retirés de Fessenheim vont servir de pièces de rechange pour les autres centrales, notamment cinq turbines basse pression envoyées à Blayais, Dampierre, Gravelines, Tricastin et dans un entrepôt national. Le rotor de l’alternateur, un bébé de 13 mètres de long et 179 tonnes, est aussi disponible en cas de besoin dans une autre centrale.

Plusieurs étapes dans la partie nucléaire

Sous le contrôle de l’ASNR qui doit encore se prononcer sur certaines règles d’exploitation adaptées au démantèlement, comme l’entreposage des déchets sur site, EDF va lancer le début des manœuvres dans les îlots nucléaires (réacteurs et bâtiment combustible) avec le soutien de partenaires industriels locaux et de sa filiale Cycle Engineering qui a réalisé un jumeau numérique de ces zones. On peut résumer son plan en quatre grandes étapes.

Tout d’abord, dès cette année, les alvéoles de maintien des combustibles dans la piscine du 1er bâtiment vont être retirées et les trois générateurs de vapeur du réacteur n°1 commenceront d’être déposés pour une fin prévue avant avril 2027. La même opération pour les générateurs de vapeur du réacteur n°2 aura lieu avec six mois de décalage. Lorsque le démantèlement électromécanique du bâtiment combustible n°1 sera achevé, normalement en 2031, alors les mêmes travaux seront effectués dans le 2e bâtiment.

Ensuite, EDF va procéder à l’assainissement des locaux nucléaires, c’est-à-dire au retrait des couches de contamination en fonction des valeurs radiologiques mesurées localement. Concrètement, il s’agit surtout d’enlever plusieurs centimètres de béton des murs et des sols, pour une masse totale estimée à 3 950 tonnes de béton, soit 21 % de la masse totale de déchets radioactifs produits par le démantèlement de Fessenheim.

Puis il faudra s’occuper du circuit primaire et des cuves des réacteurs. Ces dernières, pesant 300 tonnes chacune (10 m de haut et 4,5 m de diamètre), devront être sorties de leur cocon puis découpées sur place. Prévue entre 2030 et 2038, cette étape est délicate vu la radioactivité résiduelle des cuves. Elle devrait être l’occasion d’analyser les structures internes de cuve pour étudier le niveau de vieillissement des aciers. Un sujet primordial pour envisager sérieusement le maintien en activité des autres centrales jusqu’à leurs 50 ans, voire 60 ans ou plus comme le souhaite la filière nucléaire.

L’objectif final, après démolition de tous les bâtiments, est la réhabilitation du site pour un nouvel usage industriel. Un « retour à l’herbe » tout relatif, d’autant qu’EDF prévoit déjà un Technocentre sur place qui servirait à recycler les métaux très faiblement radioactifs. Un projet qui a déjà fait débat

Une expérience encore à forger

Jamais un tel chantier de déconstruction d’un site nucléaire n’avait été lancé. Les autres expériences d’EDF concernent la centrale expérimentale de Brennilis en Bretagne (70 MWe, démarrée en 1967) qui reposait sur une autre technologie de réacteur à eau lourde. Son démantèlement, démarré en 1997 et émaillé d’incidents et d’arrêts, dure encore pour une réhabilitation du site attendue en 2040.

Le réacteur de Chooz A, placé dans une caverne des Ardennes, est un réacteur à eau pressurisée comme Fessenheim, mais de plus petite puissance (305 MWe). Démarré en 1967 et arrêté en 1991, son démantèlement complet n’a été autorisé qu’en 2007. En mars 2025, la cuve de ce réacteur a été extraite de son puits de béton, laissant entrevoir un déclassement de l’installation en 2035 pour un transfert du site au CNRS. Le coût, lui, a dérapé de 312 M€ estimés en 2003 à 600 M€ en 2023, selon le GSIEN.

Le démantèlement des deux réacteurs de Fessenheim sera suivi de près, spécialement au regard de la sûreté radiologique, et pour vérifier la tenue des délais et des coûts. Ce sera surtout l’occasion de forger un retour d’expérience précieux qui servira plus tard au démantèlement des 56 autres réacteurs du parc français.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/energie/

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