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Décryptage

Hausse des prix de l’électricité : les marchés spot reflètent le prix du gaz

Posté le par Stéphane SIGNORET dans Énergie

Les prix de l’énergie sont à la hausse et en particulier ceux de l’électricité. Un tour par la bourse Epex Spot s’impose pour en comprendre le lien avec les prix du gaz.

Les consommateurs subissent depuis quelques semaines une hausse des prix de l’énergie, dans un mouvement inverse à celui de la crise du coronavirus qui avait fait fortement baisser les prix. Par exemple, le cours du pétrole WTI avait chuté à moins de 20 $/baril en avril 2020 : il est désormais remonté à plus de 80 $, recommençant ainsi à flirter avec son niveau élevé de 2010-2014, mais encore loin des 120 $ qui avaient précédé la crise financière de 2008.

Du côté du gaz fossile, même constat : les cours étaient tombés au plus bas en avril 2020 et ont connu une hausse fulgurante depuis septembre, retrouvant les niveaux très hauts de la période 2003-2008. Deux raisons majeures expliquent cette récente augmentation. Tout d’abord, la reprise de l’activité économique, spécialement en Asie forte consommatrice de la molécule de méthane, a été mal anticipée et a fait augmenter la demande mondiale. Ensuite, l’offre a été freinée à la fois par des réserves de stockage très faibles (à cause de la consommation de gaz l’hiver dernier) et par une moindre production de gaz naturel liquéfié, comme l’Agence internationale de l’énergie l’a pointé. Les cours des énergies fossiles, facilement stockables et transportables, sont par nature très volatils et ce phénomène de yo-yo va forcément continuer. D’ailleurs, une simple annonce de la Russie de remplir des sites de stockage de gaz le 10 novembre dernier a fait redescendre les cours immédiatement.

Pourquoi les prix de l’électricité sont à la hausse ?

Un autre vecteur énergétique subit actuellement une hausse des prix : l’électricité. Sur le marché spot en France, alors qu’elle oscillait entre 40 et 100 €/MWh depuis le début de l’année 2021, elle s’est installée au-dessus de 100 € début septembre et s’est établie autour de 200 € à partir d’octobre, avec parfois de fortes variations, entre 400 € et des prix négatifs ! Pourtant, cette « commodité » n’obéit pas aux mêmes règles que le gaz et le pétrole. Quelle est donc la raison de cette hausse ? Elle tient à la façon dont le marché de l’électricité est organisé.

Justement parce qu’elle est peu stockable, l’électricité fait l’objet d’un incessant travail des gestionnaires de réseaux pour assurer l’équilibre entre l’offre et la demande. Les producteurs sont responsables d’équilibre sur leur périmètre et doivent prévoir la quantité d’électrons qu’ils sont capables d’injecter sur le réseau. Si la prévision n’est pas tenue, le producteur devra payer une pénalité puisqu’il fait courir un risque à l’équilibrage du réseau. Pour rentabiliser leurs centrales, les producteurs vendent leur électricité à des fournisseurs qui la revendront aux consommateurs finaux. Ce marché de gros se fait via des contrats à terme sur des durées plus ou moins longues et également via un marché spot, à l’échelle européenne. Sur cette « bourse » de l’électricité, un premier marché dit « Day-ahead » permet de vendre des blocs horaires pour le jour suivant, et un autre dit « intraday » permet d’ajuster des offres jusqu’à 5 minutes avant la livraison.

Principe du « merit order » : Pour une même courbe de demande (ligne droite orange), si le prix de marché du gaz augmente, le palier de l’offre de production des centrales à gaz va se relever (coûts variables plus élevés) et le prix d’achat de l’électricité va donc être plus élevé. Crédit image : EpexSpot

« Aujourd’hui, les hausses des prix de l’électricité font la une, et le marché spot est autant concerné que le marché à terme. Étant un marché physique, le prix spot reflète réellement l’offre des vendeurs et la demande des acheteurs de l’électricité, explique Philippe Vassilopoulos, directeur du développement des produits d’EpexSpot, la bourse pour la France. C’est sur le marché Day-ahead qu’il y a le plus d’échanges spot, à hauteur de 100 TWh en France et 250 à 300 TWh en Allemagne, alors que ces deux pays consomment environ 500 TWh chacun par an. » La hausse des prix de l’électricité sur ce marché est liée aux centrales fonctionnant au gaz. En effet, pour satisfaire la demande, on fait d’abord appel aux solutions ayant les coûts variables les plus faibles, puis aux plus élevés. Dans l’ordre de mérite, il s’agit ainsi de l’éolien, du solaire, du nucléaire, du charbon, du gaz et du fioul. C’est le coût de la dernière centrale appelée qui fixe le prix auquel seront achetés tous les kilowattheures vendus, quelle que soit la technologie. Actuellement, les centrales gaz sont souvent les dernières à être appelées et comme leur coût variable augmente avec le prix du gaz, le prix de l’électricité sur le marché augmente lui aussi.

Le nucléaire n’y change rien

« Le parc nucléaire dominant dans la production française ne change rien à cet effet marginal des centrales gaz. De plus, les échanges avec nos voisins ont tendance à faire converger les prix entre pays, si les interconnexions électriques ne sont pas saturées », précise Philippe Vassilopoulos. Au final, tout le monde se retrouve impacté. Les fournisseurs n’ayant pas de moyens de production et s’approvisionnant uniquement sur le marché doivent répercuter la hausse sur leurs clients. Les producteurs historiques comme EDF sont moins sujets à cela mais ses tarifs réglementés de vente d’électricité sont en partie indexés sur le marché spot, ce qui induit une hausse aussi…  L’augmentation se répercute donc sur les factures des consommateurs finaux. Se pose alors la question politique de protéger momentanément ou durablement les citoyens de ces hausses. Gel des tarifs de vente, diminution des taxes, chèque pour contrer l’inflation : les solutions existent, mais c’est une autre histoire…

Par Stéphane Signoret

Pour aller plus loin

Posté le par Stéphane SIGNORET

Les derniers commentaires

  • Merci pour l’article très clair.
    Une petite erreur (espérons non volontaire ) s’est glissée.
    Le graphique qui illustre l’ordre d’appel des moyens de production n’est qu’en partie lié aux coûts. En effet les moyens éoliens et solaires sont à injecter dès qu’ils produisent dans le respect de la loi européenne (code de l’énergie il me semble). Et même s’ils sont plus chers que les autres moyens à disposition (hydraulique, nucléaire), ce qui est encore aujourd’hui le cas pour la majorité des moyens en place.

  • « les tarifs réglementés de vente d’électricité d’EDF sont en partie indexés sur le marché spot » : tout à fait exact. C’est un décret de 2015 pris par l’ex ministre Ségolène Royal qui a modifié le calcul du tarif du kWh d’EDF ; et s’il existe dans la formule une partie fixe (liée au coût stable du nucléaire), la ministre a ajouté une partie variable liée au marché spot, donc au gaz.
    La raison est intéressante à connaître : cette ministre aux pratiques très clientélistes (elle avait déjà essayé – en vain de faire baisser le tarif des autoroutes) a voulu faire baisser le prix du kWh d’EDF. En effet, avant 2015, le tarif reflétait le coût de production d’EDF, très stable en raison du nucléaire qui domine dans son mix de production. Mais en 2015, le prix du gaz s’est mis à baisser fortement en raison de l’explosion des gaz de schistes américains : ce qui a permis à la ministre de dire fièrement qu’elle avait permis au consommateur de voir sa facture EDF diminuer grâce à elle.
    Retour de bâton en 2021 : le prix du gaz a été multiplié par 5 à 10, et la formule de calcul du tarif conduit mécaniquement à une hausse de plus de 10 % du tarif EDF… que le gouvernement voudrait limiter à 4 %, si le Conseil d’Etat ne s’y oppose pas (c’est déjà arrivé).
    On mesure l’absurdité de la situation actuelle où l’électricité française augmente avec le prix du gaz, alors qu’elle n’est pas fabriqué, comme dans beaucoup de pays, avec du gaz ou du charbon ! Et surtout à quoi conduit le clientélisme d’une ministre hors sol.
    NB : elle a eu le pouvoir de « magouiller » la formule de calcul du tarif du kWh, car celle-ci est fixée par décret. Contrairement au tarif des autoroutes issu de tarifs de droit privé que même un ministre ne peut modifier.


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