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« Nous entrons dans une phase où nous utilisons la réalité virtuelle de manière opérationnelle »

Posté le par La rédaction dans Informatique et Numérique

[Interview ] François Guillaume - EADS

Responsable d’une équipe de recherche sur l’usage industriel de la réalité virtuelle, François Guillaume revient sur l’utilisation de la RV par EADS. Principal avantage de cette technologie, elle permet d’introduire l’humain dans le produit virtuel.

Responsable d’une équipe de recherche sur l’usage industriel de la réalité virtuelle (RV), François Guillaume revient sur l’utilisation de la RV par EADS. Principal avantage de cette technologie, elle permet d’introduire l’humain dans le produit virtuel.

Techniques de l’ingénieur : Chez EADS, comment utilisez-vous la réalité virtuelle ?
François Guillaume :  » Nous l’utilisons principalement pour la conception de produits. Nous déterminons des plate-formes qui répondent aux besoins des ingénieurs dans le cadre de leurs projets. Nous intervenons à toutes les phases, de l’avant projet à la conception de la chaîne de montage. Nous n’y avons pas recours pour la formation car le coût des systèmes est encore trop élevé.

Comment évolue votre utilisation de la réalité virtuelle ?
Nous sommes à un tournant. Nous entrons dans une phase où nous utilisons la réalité virtuelle de manière opérationnelle. Aujourd’hui, les ingénieurs sont demandeurs, la technologie répond bien à leurs besoins, elle est plus accessible financièrement et plus simple. Chez EADS, les temps de cycle sont longs. Par exemple, nous lançons un nouvel avion tous les 4 ou 5 ans. Or il y a 4 ou 5 ans, la RV était encore assez confidentielle. Cependant, tous les nouveaux produits ou les projets en cours expriment des besoins de RV. A ma connaissance, six ou sept produits majeurs, c’est-à-dire des programmes pour des avions ou des hélicoptères, se servent en ce moment de la réalité virtuelle.

De quel matériel disposez-vous ?
Nous possédons des grands écrans de 6 mètres de large et de 3 mètres de haut, avec un son stéréo, des systèmes de capture de mouvement et des casques de RV. En Allemagne, nous avons un Cave mais il sert surtout pour la communication et le marketing. Notre plate-forme s’appelle Rhea, elle est basée sur 3DVIA Virtools. Nos outils permettent de faire abstraction de la technologie, les ingénieurs qui travaillent avec ces outils ne sont pas des spécialistes.

Quels sont les avantages de la réalité virtuelle ?
Le principal avantage est de pouvoir injecter l’homme dans le produit virtuel. Tous nos produits sont conçus à l’aide de maquette numérique et de CAO. On perd donc le contact physique. Grâce à la RV, on peut construire un espace immersif pour se confronter au produit à l’échelle 1 et pour tester l’ergonomie de manière très simple avec des boucles très courtes. On peut rajouter des comportements, faire bouger des éléments. Deuxième avantage, on peut comparer différentes solutions. Auparavant, nous choisissions une ou deux solutions pour réaliser une maquette physique et cela prenait du temps. Aujourd’hui, nous pouvons tester quinze configurations en parallèle, assez loin dans le processus, sans coûts supplémentaires. Cela laisse plus de choix. On amortit très vite le coût du système. La maquette physique coûte cher, elle est partielle et longue à concevoir, donc rarement à jour.

Mise en contexte du produit pour étudier l’ergonomie visuelle d’un cockpit lors des phases d’atterrissage et de décollage, plate-forme Rhea, EADS – © EADS
Réalisez-vous toujours des maquettes physiques ?
Oui, les deux sont complémentaires. Nous avons aussi recours à la réalité augmentée. Nous réalisons une maquette physique partielle avec quelques éléments de base déjà validés, puis nous faisons évoluer le reste grâce à la réalité virtuelle.

Quels sont les inconvénients de la réalité virtuelle ?
Nous ne disposons pas de beaucoup de retours d’expérience. Il est donc parfois difficile de convaincre les directeurs de programme. Le ticket d’entrée est élevé et le retour sur investissement difficile à calculer faute de données. Une plate-forme revient à environ 200.000 euros, mais le coût le plus important, ce sont les hommes.

Quelles sont les limites ?
L’haptique sur le corps complet n’est pas possible pour l’instant. Par ailleurs, concernant le comportement des objets, nous avons besoin de modèles plus complexe, sur la flexibilité par exemple. L’éclairage constitue une autre limite. Par exemple, on ne peut pas étudier la visibilité d’un objet dans une soute avec un éclairage particulier. La réalité virtuelle est un outil qui permet des analyses sur ce qui est centré sur l’humain. Mais on ne peut pas tout valider en virtuel. Pour l’insertion d’une vis dans un trou, ce n’est pas forcément intéressant !Propos recueillis par Corentine Gasquet ParcoursFrançois Guillaume est ingénieur de recherche au sein de EADS innovation works. Il est en charge de l’équipe de recherche traitant de la thématique « Maquette numérique et réalité Virtuelle pour les processus industriels ». Ces principaux travaux de recherche actuels portent sur la mise en œuvre de mannequins virtuels pour les métiers de l’engineering et l’utilisation de l’haptique pour l’interaction avec de l’homme avec les environnements virtuels complexes. Il est co-fondateur et membre du conseil d’administration de l’Association française de la réalité virtuelle Sommaire du Cahier Réalité virtuelle> A la Une
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