La bioraffinerie de Total et son huile de palme interrogent

La production de la nouvelle bioraffinerie de Total devrait débuter d’ici cet été. Elle sera en mesure de traiter 650.000 tonnes d’intrants pour produire 500.000 tonnes par an de biodiesel de type HVO (hydrotraitement des huiles végétales). Il s’agit d’une alternative aux carburants traditionnels d’origine fossile. La bioraffinerie « s’approvisionnera à hauteur de 60 à 70 % d’huiles végétales brutes d’origines aussi diverses que le colza, le tournesol, le soja, la palme, le maïs ou de nouvelles plantes du type carinata », fait savoir Total dans un communiqué. Le reste des intrants sera constitué de graisses animales, d’huiles alimentaires usagées et d’huiles issues de déchets et de l’industrie papetière. Cette part a vocation à « augmenter au fil des années en fonction de la disponibilité de ces ressources alternatives », précise le pétrolier.

Jusqu’à 300.000 tonnes d’huile de palme importées par an

L’autorisation accordée par le préfet de la région PACA permet à Total de traiter un maximum de 450.000 tonnes d’huile végétale brute chaque année, soit 69 % de la capacité de l’usine. Total garantit de limiter l’approvisionnement en huile de palme brute à un volume inférieur à 50 % des volumes de matières premières qui seront traitées sur le site, soit au plus 300 000 tonnes par an. « A titre de comparaison, environ 136.000 tonnes d’huile de palme alimentaire sont consommées chaque année en France », note l’association Greenpeace. Cette importation massive d’huile de palme interroge donc.

Selon le rapport Durabilité de l’huile de palme et des autres huiles végétales publié en décembre 2016 par le Ministère de l’écologie, 650.000 tonnes d’huile de palme sont importées en France pour faire de l’huile de palme, représentant 23% de la totalité du biodiesel importé ou produit. Ces nouvelles importations augmenteront donc la production de biodiesel à base d’huile de palme de près de 50 %. Total deviendra ainsi le premier importateur français d’huile de palme.

Des certifications qui ne garantissent pas l’absence de déforestation

Total s’engage à promouvoir un label de certification durable de haute qualité auprès de l’Union Européenne et à ce que l’approvisionnement soit issu de producteurs certifiés RSPO. « Malheureusement, aucune certification ne garantit aujourd’hui l’absence d’impacts directs ou indirects sur les forêts, estime Greenpeace. La RSPO souffre de lourdes carences dans la définition de ses critères de durabilité, de manquements répétés dans sa mise en oeuvre ou encore de faiblesse chronique sur le plan de la transparence ». Ainsi, qui dit certification RSPO ne veut pas forcément dire « absence de déforestation ».

Selon le Ministère de la transition écologique et solidaire, la modernisation de l’usine de la Mède conduira à une baisse des émissions de CO2 de 75%. Les émissions de dioxyde de soufre baisseront quant à elles de 93% et celles de poussières de 98%. Enfin, les composés organiques volatiles (COV) baisseront de 45% par rapport au fonctionnement de la raffinerie historique. De son côté, Greenpeace estime que ce biodiesel serait responsable de « trois fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que les carburants fossiles » du fait de la déforestation qu’entraîne la culture du palmier à huile. Même son de cloche chez les Amis de la Terre. « Il y a d’autant plus de risques que Total refuse de rendre public son plan d’approvisionnement, notamment sa liste de fournisseurs », estime Sylvain Angerand, Coordinateur des campagnes de l’association.

Vers davantage d’économie circulaire ?

Pour justifier ce projet, le ministère met en avant les aspects liés à l’économie circulaire. « Le projet de la Mède doit donner la priorité au recyclage des huiles usagées, et dans ce cadre l’Etat a fixé, à Total, comme objectif d’utiliser au moins 25 % de matières premières issues du recyclage des huiles (huiles alimentaires usagées, graisses animales, distillats d’acide gras) avant d’autoriser la mise en service de la bioraffinerie », précise-t-il. La bioraffinerie participerait ainsi à « à la structuration de ces filières encore trop peu utilisées en France et en Europe » pour « se substituer progressivement à d’autres sources d’approvisionnement ».

Une consultation publique d’un mois débutera bientôt sur la stratégie française de lutte contre la déforestation importée. Greenpeace invite les citoyens à y prendre part pour « en finir avec ce double discours toxique pour la lutte contre la déforestation et la protection du climat ».

En janvier 2018, le Parlement européen a voté pour l’interdiction de l’huile de palme dans les carburants d’ici 2021. « Un vote qui se heurte jusqu’à présent au refus des Etats membres, et en particulier de la France », estiment les Amis de la Terre. La pérennité même du site de la Mède serait en jeu si l’Europe décidait d’interdire prochainement l’utilisation d’huile de palme. L’association exhorte donc Total à présenter un plan alternatif prenant en compte cette interdiction potentielle.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Engie : une batterie pour l’autoconsommation électrique

Engie dévoile une batterie résidentielle pour les particuliers à des fins de stockage et de consommation d’énergie d’origine solaire. Cette solution, complémentaire de l’offre My Power lancée l’an dernier (production d’électricité via des panneaux photovoltaïques ), promeut l’autoconsommation plutôt que la revente d’électricité sur le réseau. L’industriel estime que le moment est propice grâce à la convergence de trois facteurs. «C’est tout d’abord une tendance dans la société», observe Léo Bénichou, responsable de l’offre, qui étaye son argumentaire par un sondage réalisé par Toluna pour le compte d’Engie : 69% des Français seraient motivés par l’installation de panneaux solaires dans l’objectif de stocker l’énergie produite et de la consommer quand ils le souhaitent.

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Le prix constitue le deuxième moteur. «Les deux courbes commencent à se croiser : celle du prix du kilowatt-heure (kWh) acheté sur le réseau et celle du coût du kWh produit par une installation de panneaux solaires» poursuit Léo Bénichou. La première croit doucement mais régulièrement, la seconde décroît de manière spectaculaire, le prix des modules photovoltaïques (PV) baissant d’année en année. Troisième incitation : l’évolution règlementaire. «L’arrêté de mai 2017 instaure un cadre rassurant» confie Léo Bénichou. La prime à l’investissement, étalée sur cinq ans et variable selon la puissance de l’installation, peut atteindre 400 €/kWc (kilowatt-crête) pour une puissance inférieure à 3 kWc.

Un procédé annoncé plus sûr et plus durable

La batterie en question est l’oeuvre de l’entreprise allemande Sonnen. Elle ne recycle pas de batterie de seconde vie employée initialement dans l’automobile, comme le fait xStorage Home d’Eaton. Elle ne se base pas non plus sur la technologie Li-Ion, la plus répandue, mais sur la technologie Lithium-Fer-Phosphate. «La densité énergétique de notre batterie est moindre mais elle est plus sûre, offrant une meilleure stabilité thermique, précise Jean-Baptiste Cornefert, directeur marketing de Sonnen. Sa durabilité est supérieure car elle tolère 10000 cycles de charge, soit environ 20 ans de fonctionnement.» La sonnenBatterie, dont la capacité s’échelonne de 2,5 kWh à 15 kWh, a aussi l’avantage d’être modulaire et évolutive, via l’ajout ultérieur de blocs supplémentaires de 2,5 kWh si nécessaire. La garantie est de 10 ans.

Cette batterie, qui peut se raccorder à une installation PV existante, comporte un onduleur bidirectionnel et un gestionnaire qui optimise l’autoconsommation. L’algorithme auto-apprenant tient compte des habitudes des occupants du foyer et des données météorologiques. L’application mobile permet quant à elle d’avoir accès à plusieurs statistiques, dont le niveau d’autonomie et l’historique. Engie ne fournit pas de prix indicatif, si ce n’est un plan de financement sur 10 ans, à partir de 109 €/mois, et évoque un retour sur investissement au bout de 10 à 15 ans. Le groupe a calculé un taux théorique d’autonomie de 96%, en prenant comme référence une maison située à Nice et disposant d’une installation PV de 5 kWc et d’une batterie de 10 kWh.

Plusieurs industriels se sont positionnés sur ce marché naissant depuis environ deux ans : EDF, avec des batteries LG, Eaton (évoqué plus haut), Tesla ou encore Solarwatt avec la batterie MyReserve. Il reste à savoir si la France est un pays aussi hospitalier que l’Allemagne par exemple, où le PV et le stockage sur batterie sont nettement plus développés. Il est vrai que le prix du kWh acheté sur le réseau y est presque le double de celui pratiqué en France, ce qui pousse davantage les particuliers à investir dans l’autoconsommation.

Par Frédéric Monflier

Les enjeux de l’OPA chinoise sur Energias de Portugal

Une OPA ni hostile, ni amicale

Difficile de caractériser formellement l’OPA lancée par la China Three Gorges sur Energias de Portugal. Elle n’est pas vraiment amicale puisque le conseil d’administration n’a pas été intégré dans la manœuvre, contrairement à celui de Direct Energie lors de l’OPA de Total le mois dernier par exemple. Pire, il a estimé mardi après avoir examiné l’offre, de 9 milliards d’euros tout de même, qu’elle n’était pas suffisante et qu’elle ne valorisait pas suffisamment le groupe portugais qui dispose d’un portefeuille de près de 10 millions de clients, plus de 20 000 kilomètres de lignes électrique et un parc de production électrique installé de quelque 26,7 GW, soit l’équivalent d’une trentaine de réacteurs nucléaires…

Elle ne peut pas non plus être considérée comme totalement hostile car avec 23,27%, la compagnie propriétaire des fameux barrages des Trois Gorges est le premier actionnaire d’EDP depuis que le groupe a été privatisé en 2011 suite à la crise financière qui a si durement touchée le Portugal, contraint de vendre tout ou partie de ses fleurons nationaux. La China Three Gorges aurait ainsi investi beaucoup dans la compagnie qui lui appartient déjà pour près d’un quart du capital.

Enjeu géopolitique

Mais voilà, l’énergie est un secteur stratégique et la prise de contrôle d’un acteur de référence sur la scène européenne (surtout ibérique) par une compagnie détenue par l’Etat chinois serait une première et pose problème. D’aucuns voient dans l’opération une tentative à peine déguisée de Pékin de prendre le contrôle d’infrastructures stratégiques pour mieux peser sur les décisions européennes. « Au-delà des infrastructures de transport dont la conquête vise à maîtriser les flux commerciaux, qu’il s’agisse du contrôle du port grec du Pirée ou des investissements colossaux dans l’est et le sud de l’Europe pour construire ses « nouvelles routes de la Soie », cette acquisition d’EDP s’inscrit dans une stratégie chinoise évidente de leadership dans les industries liées aux nouvelles technologies de l’énergie », met en garde la CFE-CGC Energies, l’un des syndicats du secteur français de l’énergie.

D’autres estiment au contraire que l’argent venu d’Asie est le bienvenu pour renflouer des entreprises européennes mises en difficultés par le désengagement de leur Etat et la concurrence accrue sur le marché mondialisé de l’énergie. En réalité, les rumeurs sur l’acquisition d’EDP allaient déjà bon train et il n’est guère surprenant de voir la compagnie faire l’objet d’une OPA. Les noms de l’espagnol Gas Natural Fenosa ou du Français Engie revenaient régulièrement dans les discussions, le premier ayant confirmé son intérêt, le second l’ayant nié. Reste à savoir si le groupe chinois va réussir à atteindre les 50% du capital pour prendre le contrôle d’EDP ou s’il va devoir réévaluer à la hausse son offre pour convaincre des actionnaires encore hésitants. Autre option possible, l’apparition d’une contre-offre issue d’un grand acteur européen pour contrer les velléités chinoises. Affaire à suivre.

Romain Chicheportiche

Les GAFAM : rois d’internet et… des énergies renouvelables

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe. Selon les chiffres du Business Renewable Center, publié mi-avril, les contrats d’énergie renouvelable pourraient dépasser les 2,78 gigawatts d’électricité cette année.

Parmi ces acteurs ayant signé des contrats, il y a les géants de l’IT ! Selon une étude menée par Bloomberg New Energy Finance, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) ont été les principaux acheteurs et utilisateurs mondiaux d’énergies renouvelables l’an passé.

infographie bloomberg

Par exemple, Google (à travers sa filiale Google Energy créée il y a plusieurs années) a acheté suffisamment d’électricité issue de ce type d’énergies pour compenser l’énergie consommée par ses bureaux et ses datacenters.

De son côté, Apple a indiqué en mars que l’intégralité de ses installations fonctionnaient désormais grâce à de l’électricité issue d’énergies renouvelables.  La marque californienne a notamment deux centres de données 100 % renouvelables en Irlande et au Danemark. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle a accès à de l’électricité renouvelable produite localement : ils s’approvisionnent dans un autre pays à l’intérieur des mêmes « frontières naturelles du marché  » que le pays d’exploitation.

Deux gros contrats pour Microsoft

Il y a deux ans, l’éditeur de Windows avait annoncé que non seulement ses datacenters étaient 100 % neutres en carbone, mais qu’il souhaitait augmenter la quantité d’électricité renouvelable alimentant ses datacenters. Son objectif est de franchir le cap des 50 % d’ici la fin de cette année. Résultat, au cours des deux derniers mois, Microsoft a signé deux importants contrats. Le premier, pour 100 % de la production de 60 MW du plus grand projet solaire de Singapour. Le second pour 500 MW auprès d’un réseau solaire géant en Virginie. C’est le plus gros achat de ce type d’énergie jamais effectué par une entreprise aux États-Unis.

Au total, Microsoft dispose actuellement de 1,2 GW d’électricité renouvelable garantie par des contrats d’achat d’électricité à long terme, ainsi que d’un panneau solaire de 480 kilowatts sur le toit de son campus dans la Silicon Valley.

Datacenters gloutons

Pourquoi cette frénésie de contrats ? Pour ces géants, c’est un argumentaire marketing supplémentaire visant à redorer leur blason. Car la consommation d’électricité des datacenters ne cesse d’augmenter. Elle atteignait 2 % de la consommation mondiale en 2012. Elle pourrait grimper à 13 % en 2030. Leur décision est également motivée par la baisse des coûts des énergies renouvelables. Ils veulent aussi se prémunir contre la hausse des prix de l’électricité.

Mais pas seulement. Les actions des GAFAM incitent aussi des investisseurs à s’intéresser de plus en plus à ce secteur. L’éditeur d’Office s’est aussi associé à Facebook et à un fonds d’investissement pour créer le Microgrid Investment Accelerator (MIA). Cette structure est destinée à mobiliser 50 millions de dollars d’ici 2020 pour la recherche et le développement de nouvelles technologies dans le secteur des microgrids (micro-réseaux d’approvisionnement en énergie renouvelable).

Histoire d’être prises au sérieux, les GAFAM sont d’ailleurs membres de RE100. Créé par le Climate Group en partenariat avec CDP (anciennement Carbon Disclosure Project), ce consortium regroupe des grands comptes qui s’engagent à s’alimenter exclusivement à partir d’énergies renouvelables. De quoi séduire d’autres géants dont les besoins en énergie sont moindres comme Walmart, IKEA ou encore Adobe.

Philippe Richard

Les limites de la reconnaissance faciale

C’est le rêve de toutes les autorités et services de sécurité : repérer, en quelques minutes, un individu recherché en analysant des vidéos ou des photos. C’est l’un des objectifs de la reconnaissance faciale. En Chine par exemple, des paires de lunettes (vendues 500 €) dotées de cette technologie sont portées par les agents de sûreté ferroviaire de Zhengzhou, au centre du pays. Connectées à une tablette, elles permettent de consulter une base de données répertoriant près de 10.000 personnes suspectées de délits et de crimes.

Mais est-elle aussi efficace que le prétendent les entreprises qui vendent ces solutions ? En avril, tous les médias se sont fait l’écho de l’arrestation en Chine d’une personne qui se trouvait au milieu d’une foule de 50.000 personnes venues assister à un concert. Des caméras avaient repéré cet individu recherché pour « crime économique ». Toujours en Chine, les paires de lunettes auraient permis d’arrêter quelques fraudeurs.

Mais au-delà de ces quelques cas, le résultat est très loin d’être positif. C’est ce que montre une étude menée en Angleterre. Il y a un an, lors de la finale de la Ligue des Champions au Pays de Galles, la police a mis en place un système capable de comparer le visage des supporters à une base de données d’images de plus de 500 000 personnes. Un an plus tard, le quotidien britannique The Guardian révèle que cet outil, baptisé « Locate », avait trouvé 2470 potentiels suspects. En réalité, 2297 d’entre elles se sont révélées être des erreurs. Soit un taux de réussite de seulement 7 %.

Discrimination

La police de South Wales a précisé que sur les 15 évènements durant lesquels « Locate » avait été testé, seules 234 personnes avaient été identifiées correctement. Pour les autorités, ces nombreuses erreurs sont dues à une forte proportion d’images de mauvaise qualité et au fait que c’était la première fois que le système était utilisé.

D’autres études ont également constaté des erreurs élevées dans le repérage de personnes de couleur. En février dernier, une étude menée par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) avait constaté que les trois logiciels testés (ceux de Microsoft, d’IBM et de l’entreprise chinoise Megvii) identifiaient correctement des hommes blancs parmi 1270 personnes provenant de trois pays africains (Afrique du Sud, Sénégal et Rwanda) et européens (Finlande, Islande, Suède).

Par contre, ces programmes ont plus de difficultés à reconnaître des femmes (presque 80 % de réussite pour le programme chinois qui avait obtenu le meilleur taux) et encore plus celles de couleur. Le taux d’erreur a atteint jusqu’à 35 %. Ce résultat s’explique notamment par le choix des données qui vont venir alimenter l’algorithme lors de son apprentissage. « On ne peut pas avoir des intelligences artificielles qui ne sont pas inclusives. Or, ceux qui créent les technologies sont ceux qui mettent en place les standards », avait explique Joy Buolamwivi, la scientifique du MIT dans une interview accordée au New York Times.

Par Philippe Richard

L’agrégateur d’énergies renouvelables : 
un métier en plein boom

Bascule vers le marché

Les énergies renouvelables ont réalisé une progression spectaculaire dans le mix électrique mondiale (+ 167 GW dans le monde pour la seule année 2017 selon l’Irena) grâce notamment à de généreuses subventions publiques. Ces dernières se sont caractérisées par des aides directes ou encore des tarifs de rachat de l’électricité produite, un système très en vogue notamment en Europe, qui a produit une rente et une visibilité confortable aux développeurs de parcs éoliens, photovoltaïques, etc. En France par exemple, un parc éolien construit dans les années 2000 bénéficie encore aujourd’hui de ces tarifs d’achat grâce au contrat de 20 ans souscrit avec EDF, l’opérateur national obligé de racheter à prix fixe l’électricité générée par ledit parc. Un système qui a permis de rassurer les investisseurs de l’époque et de créer un effet d’entraînement et d’échelle, avec à la clé une réduction des coûts qui rend aujourd’hui ces énergies rentables, notamment le solaire photovoltaïque.

Comme convenu, ces contrats de 20 ans s’éteindront progressivement dans les années à venir (c’est déjà le cas pour ceux signés à la fin des années 90) et il n’est pas question pour l’Etat de continuer à subventionner des infrastructures largement amorties et qui ont rapportés une rente (certains diront excessive) à leurs propriétaires. Pour autant, elles continueront de fonctionner et seront donc désormais rémunérer dans le cadre d’un mécanisme de marché. Une évolution prévue mais qui n’enchante pas forcément tous les exploitants d’énergies renouvelables qui pour certains appréhendent le passage sur le marché dont les prix sont assez bas et surtout fluctuants. C’est là qu’interviennent les agrégateurs.

L’intermédiaire trader

L’agrégateur est l’intermédiaire entre le producteur d’électricité et le marché. A la fois technicien et trader, il rachète selon des conditions définies à l’avance la production d’une installation renouvelable et la revend soit directement à des clients, soit à la bourse de l’électricité. Pour l’exploitant, cet intermédiaire lui donne une visibilité sur les revenus qu’il va tirer de sa production d’électricité avec des contrats plus ou moins indexés sur les fluctuations du marché en fonction du niveau de risque qu’il accepte de prendre. L’agrégateur cherche quant à lui à se constituer un stock d’installations le plus large possible et surtout les plus complémentaires. En effet, les centrales éoliennes, solaires ou hydroélectriques ne fonctionnent pas de manière optimale au même moment de la journée mais leur mutualisation permet de créer une sorte de centrale virtuelle. L’agrégateur dispose ainsi d’une vue d’ensemble sur les centrales qu’il administre grâce à des capteurs et interfaces de communication complexes type Scada. Il peut en quelques minutes décider de stopper/relancer la production d’une centrale grâce à des système de contrôle à distance afin de tirer le meilleur profit en temps réel des fluctuations des cours de l’électricité.

Des compétences pluridisciplinaires

Pour maximiser l’utilisation des centrales et les revenus générés, les spécialistes de l’agrégation s’appuient sur des ingénieurs aux compétences très diverses. Il y a bien sûr les spécialistes des technologies de communication pour faire remonter les informations issues des centrales, les experts de la big data pour traiter le volume considérable desdites informations, en passant par les opérateurs de marchés financiers. Sans oublier les scientifiques météorologiques qui élaborent des prévisions ultrafines pour anticiper les vents pour les parcs éoliens, l’ensoleillement pour les centrales solaires d’un jour sur l’autre, afin de limiter autant que faire se peut les écarts entre la production anticipée et réelle. Autant de compétences jusqu’ici dispatchées et désormais réunies au sein de mêmes structures telles que Statkraft, Agregia la filiale d’EDF, Vattenfall, Solvay Energy Services, la filiale du groupe chimique, Engie ou encore Uniper, entre autres.

Romain Chicheportiche

Quel bilan pour Nicolas Hulot un an après ?

Lorsque Nicolas Hulot est arrivé au gouvernement le 17 mai 2017, plusieurs défis l’attendaient. Il avait notamment pour mission d’assurer l’application de la loi de transition énergétique pour la croissance verte  et de l’Accord de Paris.

Des avancées dans plusieurs domaines

À travers son Plan Climat, Nicolas Hulot prévoit que la France atteigne la neutralité carbone en 2050. Il projette également la fin des hydrocabures made in France pour 2040, malgré de nombreuses dérogations.

Avec sa secrétaire d’Etat Brune Poirson, il vient de lancer la feuille route pour l’économie circulaire. Celle-ci comprend notamment l’objectif de tendre vers le recyclage de 100% des plastiques en 2025. Malgré quelques mesures intéressantes, on reste toutefois loin de la promesse de basculer complètement vers une diminution sensible de la consommation des ressources. Par ailleurs, l’ancien animateur vient de lancer le plan quinquennal de rénovation énergétique des bâtiments. Il vise à rénover 500.000 logements par an.

La majorité des décisions prises engagent la France sur le long-terme, mais les associations regrettent le peu d’engagements du gouvernement sur le court-terme. Seul l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été jugé comme une réelle victoire. En revanche, l’intervention policière et le maintien de la ZAD pèsent sur cette réussite.

La transition énergétique en question

Le plus grand revers du ministre est certainement le report à 2030 ou 2035 de la diminution de la part du nucléaire dans le production d’électricité à 50%. Cet objectif était initialement prévu pour 2025 et inscrit depuis 2015 dans la loi de transition énergétique. Pour y parvenir, il faudrait fermer entre 17 et 25 réacteurs nucléaires. « Impossible », juge Nicolas Hulot, sauf à relancer les énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre. Il préfère prioriser la fermeture des quelques centrales utilisant du charbon d’ici 2022.

Du côté des dossiers en cours, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) subit les critiques des ONG. La première version présentée en juillet prochain devrait annoncer le calendrier de fermeture des réacteurs nucléaires.

Concernant le développement des énergies renouvelables, des groupes de travail ont été lancés par filières. Les procédures ont été simplifiées et le volume des appels d’offres photovoltaïque a été augmenté de 1 gigawatt. Toutefois, cette politique a été ternie par la volonté du gouvernement de renégocier les projets éolien offshore attribués par appels d’offres.

La mobilité en question

Nicolas Hulot aura réussi à programmer le rapprochement de la fiscalité du diesel à la pompe et de l’essence d’ici 2022. Le ministre a par ailleurs annoncé la fin de la vente de voitures à essence et diesel dès 2040. Il reste à en définir les premières étapes et les différentes technologies qui les remplaceront. Dès 2018, la  prime à la conversion prévue lors de la mise à la casse d’un véhicule diesel a été étendue et une campagne d’information nationale a été lancée le 12 mai pour encourager les français à se débarrasser de leurs vieux véhicules polluants et les remplacer par des voitures plus récentes.

Pour le reste des transports, Nicolas Hulot délègue les décisions à Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports. Entre septembre et décembre 2017, elle a mené les Assises de la mobilité. Pour le moment, les conclusions sont accaparées par la réforme de la SNCF, mais elles donneront prochainement naissance à la loi d’orientation sur les mobilités. Cette dernière promet d’atteindre des mobilités plus propres, plus connectées, plus solidaires, plus intermodales, plus sûres et plus soutenables.

Des réformes qui ne vont pas assez loin ?

Au bout du compte, Nicolas Hulot n’aura pas réussi à convaincre ses collègues européens : le glyphosate a été réautorisé en novembre 2017 pour cinq ans en Europe. La France a toutefois annoncé la sortie du glyphosate en trois ans, malgré l’opposition du monde agricole.

Les états généraux de l’alimentation ont déçu les ONG. Son plan loup 2018-2023 présenté en février n’aura pas non plus réussi à apaiser les tensions entre éleveurs et défenseurs de l’environnement. Fin avril, le gouvernement a dévoilé son Plan d’actions sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides. Ce plan de réduction des pesticides contient plusieurs évaluations, notamment de l’Anses et de l’Inserm, mais peu de décisions de court-terme.

Les Assises de l’eau ont été lancées fin avril. Jusqu’en juillet, la première séquence vise à relancer l’investissement  dans les réseaux d’eau et d’assainissement, notamment pour réduire les fuites. D’août à novembre, la deuxième séquence traitera des aspects qualitatifs et quantitatifs des ressources en eau, afin d’aider les territoires à être plus résilients au changement climatique. Le ministre devrait également prochainement présenter un plan pour mettre fin à la déforestation importée en France. Cela empêchera par exemple d’incorporer du biocarburant à base d’huile de palme ou d’importer du soja «non-durable » issu de la déforestation pour nourrir le bétail français.

L’action de Nicolas Hulot a été perturbée par un article d’Ebdo publié le 9 février révélant qu’il avait fait l’objet en 2008 d’une plainte pour viol classée sans suite pour cause de prescription. Depuis ce scandale, le ministre est beaucoup moins présent face caméras. Il brille par son absence lors des multiples déplacements du président à l’étranger. Pas de Nicolas Hulot lors de la rencontre d’Emmanuel Macron avec Donald Trump, ni avec le premier ministre indien ou encore avec le premier ministre australien. Pour mener à bien les futures réformes, il devra revenir rapidement sur le devant de la scène.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Recycler 100% des plastiques? Des annonces en demi-teinte!

Seulement 22 % des plastiques, toutes utilisations confondues, ont été recyclés en fin de vie en France en 2016. Si le taux de collecte des bouteilles est en moyenne de 55 %, il reste bien inférieur à celui des pays nordiques (plus de 90 %). Face à ce constat, le gouvernement a décidé d’agir et lance sa feuille de route Economie Circulaire. En vue de recycler 100 % des plastiques, il compte notamment améliorer la collecte, jouer sur la fiscalité et augmenter le taux d’utilisation des matières recyclées.

Pour permettre aux consommateurs de mieux identifier les produits recyclables lors de leurs achats, le pictogramme Triman sera obligatoire sur tous les produits recyclables dès 2021. Il sera accompagné d’une information sur la nature du geste de tri à effectuer. Le « point vert » et autres pictogrammes qui entraînent de la confusion seront interdits.

Améliorer la collecte des plastiques

Dans un premier temps, le gouvernement entend améliorer la collecte des plastiques. La priorité sera mise sur les zones où les taux de collecte sont les plus bas, notamment les zones urbaines les plus denses. Par ailleurs, depuis juillet 2016, les entreprises produisant plus de 1.100 litres de déchets par semaine – soit une vingtaine de sacs poubelles standards de 50 litres – doivent trier, entre autres, leurs plastiques. Cependant, cette loi est loin d’être respectée. La feuille de route vise donc à augmenter le recyclage dans le secteur des cafés, hôtels et restaurants. Toutefois, encore aucun véritable contrôle et aucune sanction ne sont annoncés pour les entreprises ne respectant pas leurs obligations.

La modernisation des centres de tri d’ici 2022 sera l’occasion de simplifier et harmoniser les règles de tri des déchets sur l’ensemble du territoire. Cette modernisation devrait permettre d’atteindre un taux de recyclage « au mieux [de] 70 % à l’échelle nationale« . D’autres efforts doivent donc être mis en place. La mesure phare est la multiplication de nouveaux types de consignes pour le tri hors-domicile, à l’instar des machines automatisées de Lemon Tri et Canibal, ou des kiosques Réco. Le gouvernement veut également développer la « consigne solidaire » dans les collectivités. « Chaque nouvelle bouteille et canette collectée contribuerait au financement d’une grande cause environnementale, de santé ou de solidarité« , explique la Feuille de route. Ces opérations seront financées grâce à un soutien spécifique à la tonne collectée reversé par les éco-organismes agréés de la filière des emballages. Des expérimentations de consigne seront également lancées dans les territoires ultramarins volontaires. Par ailleurs, trois nouvelles filières de responsabilité élargie des producteurs (REP) seront créées pour développer le recyclage des jouets, des équipements de sport et des articles de bricolage et de jardin.

Pour une nouvelle fiscalité des déchets

Le taux de TVA sera réduit à 5,5 % pour les activités contribuant à l’économie circulaire, comme la prévention, la collecte sélective et la valorisation des déchets. De même, la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) va être repensée pour que le recyclage soit favorisé par rapport à la mise en décharge. Les déchets plastiques qui ne peuvent pas être recyclés, comme ceux contenant des substances polluantes organiques persistantes ou les déchets médicaux, seront exonérés de TGAP s’ils sont incinérés avec valorisation énergétique.

En outre, les frais de gestion de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) seront réduits de 8 à 3 % en cas d’introduction d’une part de tarification incitative. Cette dernière vise à faire payer les usagers en fonction de la quantité de déchets qu’ils produisent. Cela diminuera d’autant le coût de gestion des déchets et facilitera les investissements de modernisation des centres de tri.

Augmenter le recours aux plastiques recyclés

D’ici l’été prochain, le gouvernement attend des engagements volontaires de la part des industriels de la filière plastique. Ces engagements se feront résine par résine, en particulier pour le polystyrène (PE), le polyéthylène (PE), le polypropylène (PP) et le polychhlorure de vinyle (PVC). Les secteurs concernés sont l’emballage, le bâtiment, l’automobile et les équipements électriques et électroniques.

La Fédération de la plasturgie et des composites travaille ainsi sur le déploiement d’objectifs volontaires d’introduction de matières recyclées par filière. Elle juge qu’elle pourra atteindre un taux moyen d’incorporation de 40% de recyclé. Avec des aides de l’Etat, il serait possible d’arriver à un taux de recyclage nettement plus élevé. Les annonces pourraient néanmoins être insuffisantes pour atteindre l’objectif recherché.

Des mesures qui manquent à l’appel

Pour augmenter le recyclage des plastiques, il faudra développer de nouvelles filières pour les plastiques de moindre valeur, notamment le polystyrène et les films en polyéthylène. Suite à l’interdiction des importations chinoises de plastiques en mélange, il faudra également développer de nouvelles usines de surtri et de lavage en France et en Europe. Aucune annonce n’est faite dans ce sens.

Un point important reste à préciser. Les éco-organismes devront élaborer un plan quinquennal sectoriel pour développer l’éco-conception des plastiques. Par ailleurs, des sanctions sont prévues pour les éco-organismes qui n’atteignent pas leurs objectifs environnementaux. Toutefois, rien ne garantit que ces deux mesures suffiront à faire en sorte que seuls des plastiques 100 % recyclables soient mis sur le marché dans quelques années. En plus, aucun soutien particulier n’est prévu pour démocratiser la réutilisation des plastiques ou pour développer les bioplastiques.

La France a interdit le recours aux microbilles de plastique dans les cosmétiques rincés à usage d’exfoliation ou de nettoyage. Elle poussera cette interdiction au niveau européen. La France compte aussi pousser l’interdiction des plastiques fragmentables et des contenants en polystyrène expansé pour la consommation nomade. Par ailleurs, afin de limiter la dispersion des granulés de plastique, le gouvernement imposera d’ici 2022 l’installation de filtres de récupération des particules de plastiques sur les sites où celles-ci sont produites ou utilisées en France. En revanche, aucune mesure ne vise à interdire ou diminuer le recours aux plastiques à usage unique, comme cela est envisagé dans de nombreux pays.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Tatouages : vraiment indélébiles ?

Pendant de nombreuses années, on pensait que les tatouages teintaient les cellules du derme de la peau, les fibroblastes. Cependant, des chercheurs ont suggéré plus récemment que les macrophages de la peau (des cellules immunitaires spécialisées résidant dans le derme) « engloutissaient » le pigment du tatouage, comme ils le feraient normalement avec un pathogène envahisseur ou un morceau de cellule mourante. Dans les deux cas, on présumait que la cellule porteuse de pigment vivait éternellement, permettant ainsi au tatouage d’être plus ou moins permanent.

Cette hypothèse est remise en question par une équipe de recherche associant des chercheurs de l’Inserm et du CNRS, dirigée par Sandrine Henri et Bernard Malissen du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy, qui a développé avec l’aide du Centre d’Immunophénomique de Marseille une souris génétiquement modifiée capable de tuer les macrophages résidant dans son derme. Au cours des semaines, les chercheurs ont observé que les cellules ainsi détruites avaient été remplacées par de nouveaux macrophages dérivés de cellules précurseurs présentes dans le sang et en provenance de la moelle osseuse et connues sous le nom de monocytes.

Ils ont ainsi découvert que les macrophages du derme étaient le seul type de cellules à absorber le pigment lors du tatouage de la queue des souris. Malgré la mort programmée de ces macrophages, l’apparence du tatouage ne changeait pas. L’équipe a donc conclu que les macrophages morts libéraient le pigment dans la zone les environnant où, au cours des semaines suivantes, ce pigment était réabsorbé par de nouveaux macrophages.

tatouages1

Ce cycle de capture, libération et recapture du pigment se produit continuellement dans une peau tatouée, même lorsque les macrophages ne sont pas tués en une seule fois. Les chercheurs ont ainsi transféré un morceau de peau tatouée d’une souris à une autre et découvert que, six semaines plus tard, la plupart des macrophages porteurs de pigment provenaient de l’animal destinataire plutôt que de l’animal donneur.

« Nous pensons que, lorsque des macrophages porteurs de pigment de tatouage meurent au cours de la vie adulte, d’autres macrophages environnants recapturent les pigments libérés et assurent d’une manière dynamique l’apparence stable et la persistance à long terme des tatouages », explique Sandrine Henri, chercheuse Inserm et co-responsable du projet de recherche.

tatouages2

Les tatouages peuvent être effacés par des impulsions laser qui provoquent la mort des cellules cutanées et la libération et fragmentation de leurs pigments. Ces derniers peuvent ensuite être transportés loin de la peau via les vaisseaux lymphatiques qui drainent la peau. « Le détatouage via cette technique laser peut probablement être amélioré par l’élimination temporaire des macrophages présents dans la zone du tatouage», déclarent les chercheurs. « Ainsi, les particules fragmentées de pigment générées au moyen des impulsions laser ne seront pas immédiatement recapturées : cet état augmente la probabilité de les voir évacuées par les vaisseaux lymphatiques. »

Source : cnrs

Failles dans les puces : la performance au détriment de la sécurité informatique

En matière de sécurité informatique, il y a deux règles incontournables. Plus on développe un appareil (ou un programme) complexe, plus il est difficile de repérer des vulnérabilités. Plus vous développez un appareil performant ou économe, plus vous risquez de délaisser sa sécurité. Dans le premier cas, cette règle s’appliquera certainement aux ordinateurs quantiques. Dans le second cas, cela concerne déjà les objets connectés et autres capteurs : pour simplifier cette problématique, on peut dire que le design fait l’impasse sur le chiffrement des flux pour ne pas utiliser trop la batterie.

Or, les failles Meltdown et Spectre (huit autres, dont 4 critiques, ont été découvertes début mai) confirment que la sécurité informatique doit être globale pour être efficace ! Impactant différentes microarchitectures d’Intel et d’autres fondeurs comme AMD, ces vulnérabilités ont été découvertes en janvier dernier par une équipe de recherche internationale. Soutenu par un financement de l’UE pour le projet SOPHIA (Securing Software against Physical Attacks), l’Institut de traitement de l’information et des communications de l’Université de Graz (Autriche) a joué un rôle central.

Milieu des années 90

La cause fondamentale de Meltdown est le matériel. Indépendante du système d’exploitation, elle rompt toutes les hypothèses de sécurité reposant notamment sur l’isolation de la mémoire. Sur les systèmes concernés, Meltdown permet à une personne malveillante de lire la mémoire des processus et des machines virtuelles sans aucune permission ou privilège. Bref, elle peut accéder à des données personnelles ou sensibles. Quant à la faille Spectre, elle permet de voler les données de la mémoire d’autres applications exécutées sur une machine en contournant l’isolation qui les sépare. Précisons toutefois que ce pirate doit avoir un accès physique au PC pour profiter de ces deux vulnérabilités.

Cette opération est rendue possible par une caractéristique de performance appelée « exécution dans le désordre ». Afin d’accélérer un processus, « les processeurs modernes exécutent les opérations dans le désordre, c’est-à-dire qu’ils anticipent et programment les opérations ultérieures pour ralentir les unités d’exécution du processeur », expliquent l’équipe de Graz et d’autres chercheurs dans un communiqué publié sur le site web de la bibliothèque de l’université Cornell.

Le plus inquiétant que ces failles ont été découvertes récemment, mais qu’elles existent depuis le milieu des années 1990 ! Elles vont peut être obliger le monde informatique à revoir sa copie avec ce commentaire classique : « Peut mieux faire ! ».

Complexité et sécurité

« La façon traditionnelle de concevoir les processeurs met l’accent sur la performance et uniquement sur la performance », rappelle Stefan Mangard qui a dirigé l’équipe de Graz.

« Plus quelque chose est complexe, plus il est difficile à sécuriser. Or, un CPU moderne est conçu pour la performance, pas pour la sécurité. Vous avez besoin d’une approche différente, qui consiste à concevoir le matériel en pensant à la sécurité et non à l’optimiser pour autre chose », rappelle Ben Levine, directeur de la gestion des produits chez Rambus, une entreprise américaine spécialisée dans la sécurité des semi-conducteurs.

Et le pire est à venir lorsque de nombreuses failles de sécurité seront découvertes et exploitées dans tous les objets connectés destinés à des usages professionnels ou de santé… « Mon évaluation de la sécurité dans l’IoT ? Zéro », a déclaré Richard Soley, directeur exécutif de l’Internet Industry Consortium.

Par Philippe Richard

Un nouveau plan de rénovation énergétique des bâtiments

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, et Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires ont présenté leur nouveau plan de rénovation énergétique des bâtiments.  Il est issu de plus de trois mois de concertation, de novembre 2017 à janvier 2018, avec tous les acteurs concernés, et de plus de 550 contributions recueillies en ligne. 

Le gouvernement rappelle que le secteur du bâtiment représente 45 % de la consommation d’énergie finale et 27 % des émissions de gaz à effet de serre nationales. Par ailleurs, 7 millions de logements sont mal isolés, 14 % des Français disent avoir froid chez eux en hiver et 3,8 millions de ménages ont des difficultés à payer leur facture énergétique. D’où l’urgence qu’il y a à lancer des rénovations ambitieuses.

Accélérer encore et toujours la rénovation

Le gouvernement entend donc mettre les bouchées doubles pour accélérer la rénovation énergétique de tous les bâtiments, notamment pour les ménages modestes. Son plan comprend une feuille de route en 4 axes, 12 actions et 32 mesures. Objectif prioritaire : rénover 500.000 logements par an, dont 100.000 passoires thermiques (étiquetées de E à G) dans le parc social et 150.000 appartenant à des ménages propriétaires modestes. En somme, la moitié des rénovations annuelles devrait venir en soutien  aux ménages les plus modestes. Enfin, 15 % d’économies d’énergie devront être réalisées d’ici 5 ans pour le parc immobilier de l’État, par rapport à son niveau de 2010.

Au total, le plan représente environ 14 milliards d’euros de soutien sur le quinquennat. Dans le détail, 1,2 milliard d’euros seront consacrés à l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah)  pour rénover 375.000 logements de ménages aux revenus modestes. En plus, 3 milliards d’euros de prêts bonifiés seront accordés aux bailleurs sociaux pour la rénovation de 500.000 logements. Encore à destination des ménages, 5 milliards d’euros seront alloués aux certificats d’économie d’énergie (CEE) sur trois ans, avec une part réservée aux foyers aux revenus les plus modestes. Ensuite, 4,8 milliards seront consacrés aux bâtiments publics : cités administratives, écoles, hôpitaux, etc. Et 200 millions d’euros sur trois ans, pour l’innovation, la formation et la solidarité grâce aux programmes (CCE).

Remplacer le crédit d’impôt par une prime forfaitaire

La mesure phare de ce plan est le remplacement du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) par une prime d’un montant forfaitaire par type d’équipement dès 2019. Alors que les ménages bénéficiaient du crédit d’impôt l’année fiscale suivant leurs travaux, la prime sera désormais immédiate, sur présentation des justificatifs. Par ailleurs, l’éco-prêt à taux zéro, qui permet de payer le reste à charge, va être revu et mis en cohérence avec la prime. Les démarches seront simplifiées et les conditions pour en bénéficier plus claires.

Un fonds de garantie pour les ménages aux revenus modestes

Malgré de nombreuses aides, les dispositifs existants ne financent pas la totalité des coûts de rénovation. Dans ces conditions, les moins bien lotis ont du mal à entreprendre ces travaux, ne pouvant accéder aux prêts bancaires. Pour y remédier, un fonds de garantie pour la rénovation énergétique sera créé. Financé par EDF grâce au dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE), il sera doté de 57 millions d’euros sur trois ans. Il assurera ainsi des prêts garantis, pendant 3 ans, à 35.000 ménages modestes. Ce fonds permettra également de garantir les prêts collectifs de plus de 6.500 copropriétés par an pour leurs travaux de rénovation.

Une étiquette énergie des logements plus fiable

Les critiques sont récurrentes concernant le diagnostic de performance énergétique (DPE). Il n’existe pas de méthode normalisée et les résultats varient énormément en fonction des diagnostiqueurs. Un contrôle renforcé sera mis en place dès le printemps 2018 et le DPE sera techniquement fiabilisé. Si l’étiquette énergétique s’avère incorrecte, il sera simple de la contester d’ici mi-2019.

Mieux former les professionnels et contrôler les travaux

Le label RGE (reconnu garant de l’environnement) permet d’identifier les professionnels compétents pour réaliser des travaux de rénovation énergétique. Seuls les travaux menés par des professionnels RGE sont actuellement éligibles au crédit d’impôt. Le label sera encore amélioré, 65.000 professionnels seront mieux formés et le contrôle de la qualité des travaux effectués par les professionnels RGE sera renforcé. L’éco-conditionnalité des aides s’appliquera à la prime qui va se substituer au CITE, comme à l’éco-PTZ.

Les prix des travaux seront également rendus plus transparents grâce à la création d’un Observatoire de la rénovation énergétique. La filière immobilière, notamment les syndics de copropriétés, sera formée pour mieux maîtriser les enjeux énergétiques.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Bilan 2017 positif pour les biotechs françaises

Des parcours boursiers exceptionnels

Selon France Biotech, 7 sociétés biotechnologiques ont fait leur introduction en bourse (IPO (Initial Public Offering)) en 2017 et ont permis de lever au total 287 millions d’euros. Ces sociétés (Inventiva, Lysogene, Valbiotis, Biom’up, Theranexus, Erytech et Advicenne) développent des innovations qui ouvrent la voie à une nouvelle classe de médicaments afin de traiter des pathologies graves.

A noter que la société Erytech, une société biopharmaceutique qui développe des thérapies innovantes en encapsulant des médicaments dans les globules rouges a réalisé l’IPO la plus importante grâce à sa cotation au Nasdaq pour un montant de 120 millions euros.

D’après France Biotech, 341 millions d’euros ont été levés par les biotechs/medtechs françaises suite à des financements post-IPO et 30 sociétés ont été financées avec en moyenne 11, 4 millions d’euros de financement. Le secteur des biotechnologies représente presque 50% (49,12%) des financements post-IPO. Le plus grand cycle de financement s’élève à un montant de 70,5 millions d’euros et est réalisé par Erytech Pharma.

En outre, au sein du classement des biotechs/medtechs françaises aux capitalisations boursières les plus importantes, ce sont trois biotechnologies françaises qui se hissent dans le trio de tête : DBV Technologies (1050 million euros) ; Cellectis (885 million euros) et Genfit (730 million euros).

Les Biotechs bénéficient des 2/3 des financements

En 2017, les biotechs/medtechs françaises ont levé 315 millions d’euros grâce à des investissements réalisés par des fonds de « private equity ». Au total, 35 sociétés ont été financées avec en moyenne 9 millions d’euros de financement selon France Biotech.

Le segment le plus important est, ici aussi, représenté par les biotechnologies avec 65% des financements. Vivet Therapeutics, société biotechnologique, arrive à la première place avec un financement de 37,5 millions d’euros conclu pour développer son programme de thérapies géniques pour les maladies métaboliques rares et héréditaires.

Bien que ces chiffres prouvent que la France possède de vrais atouts en biotechnologies, ils ne peuvent faire oublier que le pays est bloqué par un certain nombre de contraintes qui l’empêche de peser davantage au niveau mondial. En effet, non seulement la France se retrouve en dernière place dans les essais cliniques du fait des lourdes contraintes administratives imposées, mais elle est également freinée par des contraintes financières puisque peu de fonds d’investissement sont disponibles (seuls trois grands fonds d’investissement peuvent lever plus de 100 000 millions d’euros en France).

Par Aliye Karasu

La chimie affiche une croissance record en 2017

Toute l’industrie de la chimie en hausse

La filière de la chimie a réalisé une année exceptionnelle en atteignant une croissance proche de 5%. Un chiffre remarquable selon Pascal Juéry, le président de l’Union des industries chimiques (UIC) qui précise que ces résultats ne s’étaient pas observés « depuis plus de quinze ans ».

L’ensemble du secteur de la chimie française enregistre des résultats à la hausse avec, fait rare, une progression plus forte que celle observée en Allemagne (+2,6% en 2017). Toutefois, deux secteurs profitent davantage de ce contexte favorable : la chimie organique (+7,5%) ainsi que les savons, parfums et produits d’entretien (+8,2%) qui ont réalisé les croissances les plus fortes.

La chimie, premier exportateur industriel devant l’aéronautique

Le secteur est le premier exportateur industriel avec des ventes à l’export qui s’élèvent à 58, 7 milliards d’euros en 2017 soit une augmentation des exportations de 8,5% par rapport à 2016. Un niveau atteint notamment grâce à la bonne conjoncture intérieure et internationale observée au dernier trimestre 2017 qui a été marqué par une augmentation de 1,2% des échanges extérieurs de produits chimiques par rapport au trimestre précédent (après -4,2 %).

Grâce à ses exportations, le secteur de la chimie prend une place grandissante dans la balance commerciale du pays en affichant un solde positif des échanges cumulé de 8,6 milliards d’euros en 2017 (contre 7,5 milliards d’euros en 2016). Le secteur représente ainsi le deuxième solde industriel en France. En outre, alors que les prix des produits chimiques sont en recul ces dernières années, une progression significative de 3 % est enregistrée en 2017 sur les prix de ventes.

Les prévisions pour 2018

Malgré la crise qui fait souffrir le reste du secteur secondaire et tandis que le déficit commercial de la France est toujours en déclin en 2017, la chimie est à rebours de l’ensemble de l’industrie manufacturière en affichant depuis 2000 une croissance moyenne à +0,8 % par an. Selon l’UIC, l’année 2018 est portée par un environnement économique jugé favorable et se présente donc sous de bons auspices avec des prévisions de croissance « autour de 3% ». Cependant, la filière ne réitèrera probablement pas l’exploit de cette année. En effet, la position de la France et de l’Europe se maintient difficilement car la filière est confrontée à la concurrence des pays d’Asie et du Moyen-Orient qui bénéficient de débouchés importants ou de coûts de l’énergie plus compétitifs.

Par Aliye Karasu

Minalogic Business Meetings le 6 juin à Lyon

Les Minalogic Business Meetings vous proposent des rendez-vous d’affaires afin de renforcer la diffusion de vos projets d’innovation (jusqu’à 14 RDV de 30 mn).

3 raisons de s’inscrire à Minalogic Business Meetings :

  • Une occasion unique de rencontrer de nombreux  donneurs d’ordres français et internationaux en UNE seule journée.
  • Un moment privilégié pour proposer vos solutions innovantes et convaincre des grands comptes.
  • Une vraie opportunité pour développer son business et optimiser son networking.

JUSQU’A 90 DONNEURS D’ORDRES SONT ATTENDUS

(TIC, Santé, Energie & Bâtiment, Usine du futur, Mobilité, Sécurité & Défense, Sport & Montagne)

part

Cette journée de rendez-vous d’affaires internationaux vous permettra :

  • De découvrir de nouveaux projets & innovations technologiques
  • De rencontrer en rendez-vous préprogrammés des offreurs de technologies et donneurs d’ordres issus de pays européens.
  • Assister à des conférences sur les thématiques des technologies du numérique innovantes.

Plus d’information : +33 1 81 89 08 81

Minalogic, pôle de compétitivité mondial des technologies du numérique, s’est imposé comme un acteur incontournable de l’innovation en région Auvergne-Rhône-Alpes. L’événement Minalogic Business Meetings, vous permettra de renforcer l’internationalisation des projets et d’accueillir des offreurs de technologies et des donneurs d’ordres issus de pays cibles comme la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni….

Ingénieuses’18 : Et les nommées sont…

Réparti en plusieurs catégories, ce concours récompense des actions ayant pour finalité l’égalité entre les femmes et les hommes.

Cette 8e édition a été de nouveau l’occasion pour la CDEFI de recevoir un grand nombre de candidatures :

  • 88 candidatures d’élèves-ingénieures,
  • 94 candidatures de femmes ingénieures
  • 35 projets déposés par les écoles d’ingénieur-e-s.

L’Agence universitaire de la Francophonie, partenaire du prix de l’élève-ingénieure Maghreb, a reçu quant à elle 44 candidatures pour la troisième édition du prix.

Les candidatures ont été étudiées avec attention par un jury dont Techniques de l’Ingénieur a été fier de faire partie, aux côtés de l’Agence universitaire de la Francophonie, du Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), Campus-Channel, la Commission des titres d’ingénieur, Elles Bougent, Femmes Ingénieurs, Ingénieurs et scientifiques de France (IESF), Social Builder et Talents du numérique.

Réuni le 16 avril dernier, le jury a délibéré et désigné le nom des nommé-e-s dans chaque catégorie (ci-dessous par ordre alphabétique) :

  • Prix de l’école la plus mobilisée :
    • l’ENAC, avec le projet « Politique de diversité de l’ENAC » ;
    • l’ENSEA, avec le projet « Vivre au quotidien l’égalité femmes/hommes au sein d’une école d’ingénieur » ;
    • l’ESTP Paris, avec le projet « Trophée ESTP au féminin ».
  • Prix du projet le plus original :
    • l’ENSCMu, avec le projet « Chimie en maternelle » ;
    • L’ENSCMu avec le projet « Chimie en primaire »  ;
    • l’EPITA, avec le projet « Girls Can Code »  ;
    • l’IMT Lille Douai, avec le projet « Girls’Day à la SNCF ».
  • Prix pour l’enseignement de l’égalité femmes-hommes :
    • l’ESIX Normandie, avec le projet « Adopte un mentor » ;
    • l’INSA Lyon, avec le projet « Genre… Et si on parlait sciences inclusives » ;
    • les Mines Saint-Etienne, avec le projet « Association Womines ».
  • Prix de l’élève-ingénieure France :
    • Diala CISSOKO, élève-ingénieure de l’EPF ;
    • Lou GRIMAL, élève-ingénieure de l’université de technologie de Troyes ;
    • Anne-Laure GRUHIER, élève-ingénieure des Arts et Métiers ParisTech.
  • Prix de la femme ingénieure :
    • Anne-Fleur ANDRLE, diplômée de l’université de technologie de Compiègne ;
    • Amandine DESSALLES, diplômée de l’ENSTA Bretagne ;
    • Charlotte GRAIRE, diplômée de l’EPF.

 

La cérémonie de remise des prix, événement ouvert au public, durant laquelle les noms des lauréat-e-s (les deux élèves-ingénieures, la femme ingénieur, et les trois écoles d’ingénieur-e-s) seront dévoilé-e-s, se tiendra à Paris, à la Fédération nationale des travaux publics, le vendredi 25 mai 2018 de 13 h 30 à 18 h 30. Les inscriptions sont ouvertes sur le site : http://www.cdefi.fr/fr/evenements/ceremonie-de-remise-des-prix-ingenieuses

Chantal Jouanno prend les rênes du débat public

La CNDP gère actuellement 27 concertations et deux débats publics. Dans cette dernière catégorie, on trouve le débat public de la Montagne d’Or en Guyane et le débat public lié à la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE). Le débat public de la Route des Géraniums à la Réunion s’est quant à lui achevé le 3 mai dernier. En septembre prochain, le débat public sur le plan national triennal de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) sera lancé.

Pourquoi avoir pensé la CNDP ? « Son rôle fondamental est d’être un tiers garant, explique Chantal Jouanno. Surtout elle ne donne aucun avis sur le fond du projet et n’est pas partie prenante, donc elle ne peut pas être suspecte d’orienter la décision dans un sens ou dans un autre ». L’organisme veille à ce que l’information communiquée soit compréhensible par les citoyens et la plus objective possible. Elle fait appel à des expertises complémentaires lorsque cela est nécessaire.

Prendre en considération l’ensemble des avis

« On veille à aller chercher toutes les paroles et ne pas traiter que les paroles dominantes, car une seule personne peut exprimer une opinion majoritaire mais silencieuse », prévient Chantal Jouanno. En plus des grandes réunions publiques et des plateformes Internet dédiées, la CNDP organise des débats mobiles dans les trains, les gares, les universités, les marchés et des conférences citoyennes. Pour le débat public sur la PPE, elle va par exemple organiser un G 400. Sur l’ensemble de la France, 400 personnes représentatives de la population française seront formées et réunies pour donner leur avis sur le projet.

Le débat public sour l’égide de la CNDP a des exigences en matière  d’indépendance, d’objectivité et de pluralité des avis. Il se démarque en cela des débats organisés lors du Grenelle de l’environnement ou du débat national sur la transition énergétique. « Dans le débat public, on fait plutôt une cartographie des opinions que de la co-construction, précise Chantal Jouanno. On peut identifier ainsi les intérêts en présence pour les personnes, les gagnants et les perdants et les mesures de compensations nécessaires ». Mais la représentativité est difficile à atteindre. « En Guyane, on entend que les opposants, regrette Chantal Jouanno. Les défenseurs ne s’expriment pas dans le débat public ».

Par ailleurs, sur le nucléaire et beaucoup d’autres sujets, les experts sont forcément des parties prenantes. « On ne trouvera pas sur un sujet comme les déchets nucléaires, des experts qui n’ont pas travaillé sur le nucléaire à un moment ou à un autre », prévient l’ancienne présidente de l’ADEME. Pour garantir l’indépendance de l’expertise, la CNDP veille donc à assurer la pluralité des avis d’experts recueillis et énonce leurs conflits d’intérêts.

Une analyse critique des débats en cours

Il y a déjà eu un débat public dédié à Cigéo. Désormais, des concertations sont prévues en fin d’année sur les aménagements nécessaires au projet. Elles porteront notamment sur le raccordement au réseau électrique haute tension et peut-être sur la prolongation de la ligne ferroviaire pour amener les colis de déchets. « Il y a une grande confusion dans l’ensemble des procédures, que cela soit la chaîne depuis le débat public jusqu’à l’enquête publique et sur ce qui est mis dans la concertation, analyse Chantal Jouanno. On se discrédite soi-même lorsqu’après avoir fait un débat public sur Cigéo, on demande des concertations sur ses sous-produits ».

Selon l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’Écologie, le débat de la Mine d’Or arriverait trop tard. L’aménageur a déjà défini ses installations de manière très précise. « Est-ce que l’exploitation de l’or en Guyane doit reposer sur de grosses installations ou une exploitation sous forme plus artisanale, voire locale ? », voici un débat qui aurait pu être « extrêmement intéressant », pour Chantal Jouanno.

Respecter le débat public?

Les premières conclusions du débat public sur la PPE seront connues le 29 juin. .  Le gouvernement devrait publier sa première version en juillet. Aura-t-il le temps de prendre en compte les conclusions ? « C’est au gouvernement de respecter les règles qu’il a lui-même fixées, estime Chantal Jouano. Soit le gouvernement accorde du crédit au principe même du débat public et attend la fin du débat public pour faire ses premières orientations de la PPE, soit il n’attend pas et en termes de confiance vis-à-vis de l’ensemble des participants au débat public, ce n’est pas très respectueux ».

Le débat public n’est pas là pour faire de la pédagogie, mais pour demander aux gens de donner leur opinion en opportunités sur telle ou telle grande orientation. Le maître d’ouvrage doit argumenter ses choix, notamment les raisons qui le pousse à retenir ou non telle opinion exprimée. Sur les 87 débats passés, six ont donné lieu à l’abandon définitif du projet, la majorité entraîné des aménagements ou une réorientation. « Il n’y a jamais eu de bilan et d’évaluation de l’ensemble des activités de la CNDP depuis sa création, regrette Chantal Jouanno. On est en train de collecter les données pour faire une cartographie des opinions qui sont versées au débat public et savoir ce qui est repris ».

Donner toute sa valeur au débat public

Le budget du débat public de la PPE s’élève à 500.000 euros. « Le budget est clairement sous-dimensionné par rapport à l’ampleur du débat », dénonce Chantal Jouanno. Pour la route des géraniums, le budget est supérieur, à 600.000 euros. En comparaison, la grande consultation interne d’EDF « Parlons Energies » auprès de 12.000 salariés aura pour sa part coûté 3 millions d’euros.

La CNDP est automatiquement saisie et organise un débat public pour les grands projets soumis à évaluation environnementale. Elle joue le même rôle pour les plans et programmes, soumis à évaluation environnementale, à caractère nationaux. Enfin, elle s’occupe des plans et programmes régionaux. « Je ne suis pas sûre que les collectivités en aient conscience, ce qui est dommage », regrette Chantal Jouanno. En effet, les collectivités sont assez avancées dans l’élaboration de ces différents plans. Elles ont mis en place des méthodes de participation auprès des parties prenantes. En revanche, elles n’ont pas nécessairement organisé cette concertation large du public à une échelle régionale. Dans ces conditions, « le droit d’initiative citoyen reste ouvert, ce qui est potentiellement source de contentieux », conclut Chantal Jouanno.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les conséquences du rachat de Direct Energie par Total

Total s’épaissit

Avec cette transaction, Total fait d’une pierre deux coups. Il augmente massivement sa taille sur le marché français – il passe d’un portefeuille de sites clients de 1,5 million (Lampiris et Total Spring) auxquels s’ajoutent les 2,6 millions de Direct Energie – et absorbe le principal concurrent indépendant (pas détenu par l’Etat) devenant de fait le troisième fournisseur alternatif sur le marché français.

En termes de capacités de production, Total réalise une bonne affaire en récupérant  un parc électrique de 1,35 GW, dont 800 MW de centrale à gaz et 550 MW d’électricité renouvelable (EnR). Il s’ajoute à la capacité installée de 900 MW du groupe dirigé par Patrick Pouyanné. Mais c’est surtout le portefeuille de projets de Direct Energie comprenant une centrale à gaz en construction de 400 MW et un pipeline de 2 GW d’EnR qui a dû attirer Total. Le duo gaz-EnR correspond en tout point à l’orientation formalisée en 2016 par la Major française de s’orienter vers les énergies décarbonées tout en maintenant le cœur de métier : l’Oil&Gas avec une préférence marquée pour le gaz, la moins polluante des énergies fossiles.

Total est déjà bien présent dans le secteur des EnR par des acquisitions ciblées. Il a ainsi renonmé Total Eren, une compagnie très actives lors des appels d’offres internationaux  (650 MW installés ou en construction et 1,5 GW en développement). L’intérêt de la Major pour le photovoltaïque s’est concrétisé dès 2011 avec le rachat de Sunpower aux Etats-Unis. Elle anticipe une électrification accrue des usages et a décidé d’investir le marché de l’électricité, de l’amont (la production) à l’aval (la fourniture) à l’image de la chaîne de valeur pour les hydrocarbures. Total se fixe l’objectif de disposer d’un parc d’au moins 10 GW d’ici 5 ans.

Concurrence accrue

La montée en force de Total, qui n’est arrivé sur le marché des particuliers qu’en octobre dernier, secoue le secteur à commencer par EDF qui commence à voir poindre les ennuis. L’opérateur historique garde une position largement dominante (25 millions de clients), devant l’autre opérateur historique devenu Engie (entre 3-4 millions de clients) et Total. Mais ce dernier dispose d’une force marketing qui pourrait accélérer l’érosion du portefeuille d’EDF. Le groupe dirigé par Jean-Bernard Levy a perdu en 2017 près d’1 million d’abonnés.

Total est ambitieux et dit viser 6 millions de clients en France et plus de 1 million en Belgique à horizon 2022. Les petits acteurs (Ekwateur, Eni, Enercoop, etc) espèrent tirer profit d’une meilleure communication sur un marché encore peu connu des citoyens pour accroître leurs parts de marché. Mais à court terme, le rachat de Direct Energie signifie surtout que les deux opérateurs historiques vont devoir affronter un troisième grand groupe, tous trois issus des sociétés françaises historiques de l’énergie, toutes fondées au XXème siècle, du pétrole (SFP), du gaz (GDF) et de l’électricité (EDF).

Quelles conséquences  au quotidien ?

L’électricité est une commodité et c’est l’une des raisons pour lesquelles il a été si difficile de libéraliser ce secteur. L’électricité étant la même, le seul facteur de différenciation était le prix, ce qui rendait les monopoles très dur à concurrencer sur ce domaine sur lequel ils bénéficiaient de nombreuses économies d’échelle. Mais depuis, l’électricité a une couleur (verte) si vous choisissez une offre d’électricité issue des EnR (mais généralement plus chère). C’est un facteur de différenciation même s’il s’estompe à mesure que ces offrent se multiplient sur le marché français.

Interrogée sur l’opération de Total, la patronne d’Engie, Isabelle Kocher, s’est voulue sereine estimant que la concurrence ne lui faisait pas peur. Elle présentait la dernière offre de son groupe sur l’autoconsommation dans la droite ligne de la stratégie d’Engie : devenir un groupe de services, non plus de commodités. Intégrant le fait que des citoyens veulent s’approprier l’énergie, Engie propose une offre consistant en l’installation de panneaux solaires, finançables à crédit, couplés à une ou des batteries.

Engie n’est pas le seul à proposer des services pour fidéliser ses clients . Même EDF s’y est mis avec sa filiale Sowee qui propose une application permettant de contrôler à distance de nombreux objets connectés dans la maison (lumière, hifi, machines à laver, etc) ainsi que le chauffage. De nombreuses start-up se sont mises sur ce créneau de la domotique et des services énergétiques. Ces services annexes liés à l’usage d’objets électriques sont devenus le nouveau marché des électriciens qui peuvent désormais s’appuyer sur une base de données beaucoup plus précise grâce aux compteurs communicants Linky, dont l’installation fait désormais débat. Ce sont les courbes de charge qu’ils génèrent qui permettent de créer les profils de consommation nécessaires à tous ces acteurs pour créer des services innovants en matière énergétique. Il y a fort à parier qu’ils deviendront les principaux arguments de vente des fournisseurs d’électricités et de gaz à l’avenir. Sans oublier le prix évidemment.

Romain Chicheportiche

Creative manufacturing

Il s’agit d’une maquette numérique, permettant de visualiser dans un environnement de réalité virtuelle immersif 3D, des lignes de fabrication de composants aéronautiques intégrant des machines de production en fonctionnement et reproduisant dans leur intégralité les processus industriels de fabrication.

Ce démonstrateur est le résultat d’un travail de collaboration entre des fabricants de machines et d’équipements, et des acteurs du numérique. Il permet de sensibiliser par l’exemple, et d’accompagner les entreprises, plus particulièrement les PME, à faire le saut technologique vers les outils numériques, indispensables pour moderniser et adapter leur outil industriel aux demandes de l’Industrie du Futur.

Ce projet, « CREATIVE MANUFACTURING » initié par un collectif d’industriels autour du Symop, s’inscrit dans le cadre des Projets Pilotes de l’Alliance Industrie du Futur (A.I.F.)

Un consortium a été constitué autour des entreprises suivantes :

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Le Symop, membre fondateur de l’A.I.F. a été chargé de coordonner la réalisation de cette initiative.

Ce « démonstrateur » servira de vitrine, lors de prochains salons en France et à l’International et/ou de support à l’occasion d’un évènement spécifique à organiser.

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Description de la maquette

Cette maquette a été réalisée à partir des géométries 3D des équipements et machines, fournis par les partenaires.

Le principe de fonctionnement de cette maquette réside dans une simulation complète d’un processus de fabrication d’un composant aéronautique. Le scénario permet ainsi de visualiser une pièce de structure d’un avion (tronçon central) puis d’être transporté dans la ligne de fabrication.

Toutes les étapes de visites virtuelles se déroulent dans un environnement de réalité virtuelle immersif à partir de la plateforme 3DEXPERIENCE de Dassault Systèmes à l’aide d’un casque HTC Vive.

La navigation est réalisée à l’aide d’un pointeur laser, à partir d’un panneau descriptif du processus, qui permet de se situer dans la ligne.

Dans l’usine de production, on visualisera les machines de production et les équipements, en fonctionnement, reproduisant dans leur intégralité les processus industriels de fabrication. On réalise ainsi un « jumeau numérique » des lignes de production. Ces simulations se différencient d’une simple représentation graphique par le fait qu’elles intègrent des données numériques provenant de sources très diverses en illustrant l’ergonomie, le fonctionnement, le comportement mécanique des machines.

La continuité numérique, le moyen de disposer de l’ensemble des informations numériques pendant toute la durée du cycle de vie

Mieux collaborer tout au long de la chaîne industrielle implique, en premier lieu, de réduire les discontinuités numériques. Elles se situent particulièrement entre l’engineering (la définition du produit) et la production. On assiste souvent à une cassure dans la transmission des informations relatives aux produits et aux processus due à des logiciels et des formats de données différents. Cela induit des ressaisies d’informations sources de nombreuses incohérences et incompréhensions entre les métiers. Si, en production, il faut ajuster certains paramètres d’usinage directement sur la machine, l’information ne remonte pas automatiquement vers les programmeurs FAO : les experts métiers qui, à partir de la CAO, élaborent la stratégie d’usinage d’une pièce (choix des outils, définition de leurs trajectoires…) et le programme de la machine-outil. La connaissance issue de la fabrication n’est donc pas forcément capitalisée pour être réutilisée lors de projets ultérieurs et faciliter l’obtention d’une pièce bonne du premier coup.

C’est tout l’enjeu de la continuité numérique, qui désigne la capacité de gérer, d’analyser et de capitaliser sur l’ensemble des données numériques d’un produit ou d’un système tout au long de son cycle de vie. Tout le défi aussi, car il s’agit d’intégrer des données provenant de sources très diverses, et donc de formats fortement hétérogènes : fichiers de CAO en 3D, de FAO, plans, documentation technique, fichiers …

On pourra associer des applications de REALITE AUGMENTEE, mariage du réel et du virtuel, pour l’amélioration de l’efficacité des opérations de maintenance et d’exploitation.

En savoir plus : symop.com/un-pavillon-france-au-ccmt

Les bus à batterie chinois à la conquête de la France

La Chine comptait 1700 Bus électriques à batterie en 2013 et 350.000 fin 2017.  La part de marché est passé de 0,6% à 22%. Certaines villes chinoises, comme Shenzhen ont à présent une flotte de bus intégralement électrifiée, bus fabriqués par le géant Byd. Les batteries des voitures électriques représentent un réservoir de 30,6 GWh à l’échelle mondiale. Les bus chinois, à eux seuls, 12,5 GWh. Le marché chinois représente 99% du marché mondial des bus à batterie. Mais cela pourrait évoluer très vite dans les autres pays selon Colin McKerracher, expert en transports avancés de l’agence BNEF.

Alors qu’un bus à batterie du californien Proterra est parvenu à parcourir 1800 kilomètres à faible vitesse, les bus électriques français n’ont pas une autonomie suffisante pour offrir un service satisfaisant. Ce sont donc des bus à batterie chinois qui ont été choisis par la société Flixbus pour relier Amiens à Paris (150 kilomètres), premier projet d’une série de nombreux autres. En effet de nombreuses villes sont situées à moins de 200 kilomètres de Paris, Lyon et Marseille. Les actionnaires principaux de la société Flixbus sont les fondateurs: le constructeur allemand Daimler ainsi que les fonds d’investissement américains General Atlantic et Silver Lake.

Le fabricant de ces bus est Yutong, un industriel chinois associé à une firme alsacienne, Dietrich Carebus Group (DCG), en partenariat avec B.E. green, filiale du transporteur Autocars Dominique. Yutong est présent dans plus de 140 pays. En 2017 DCG a vendu des bus Yutong d’une autonomie de 250 kilomètres à la société Savac spécialiste du transport scolaire pour la ville de Paris.

Jean-Gabriel Marie

Le secteur du stockage batterie en plein boom

1,4 GW/2,3 GWh installés en 2017

Les vendeurs de batteries ont connu une année record en 2017. Ils ont installé l’équivalent de 1,4 GW de batteries en capacité représentant 2,3 GWh en énergie. Le marché a été porté notamment par l’Australie qui remporte la palme en termes de capacité (246 MW) et les Etats-Unis en termes d’énergie (431 MWh). Ces deux pays sont particulièrement propices à l’implantation de stockages par batteries, en raison d’une réglementation favorable et des prix de l’électricité élevés. En troisième position se trouve l’Allemagne puis la Chine. Selon le dernier rapport publié par GTM Research, l’Empire du Milieu devrait rapidement rattraper son retard et devenir le premier marché mondial d’ici 5 ans.

Mais en attendant, c’est l’Australie qui fait beaucoup parler d’elle. Elle a été le théâtre d’une compétition entre deux poids lourds du secteur : Elon Musk, pdg de Tesla, Solarcity et SpaceX, et Sanjeev Gupta, autre milliardaire, pdg de Simec Zen Energy. Ce dernier a annoncé en mars dernier la construction d’une batterie de 120 MW/140 MWh quelques mois seulement que le premier ait finalisé la construction de ce qui devait être la plus puissante batterie du monde (100 MW/129 MWh). Une course à la puissance qui s’est faite sous l’œil bienveillant des autorités australiennes qui subventionnent en partie ces installations pour éviter que ne se reproduise le black-out de 2016 qui avait privé d’électricité de très nombreux Australiens. Dans les deux cas, le stockage est couplé à des énergies renouvelables (EnR). En l’espèce, Elon Musk a choisi le parc éolien de Hornsdale (307 MW) exploité par le développeur français Neoen.

Couple renouvelables/batteries

Selon un autre rapport publié par Bloomberg New Energy Finance (BNEF), le marché mondial du stockage par batterie devrait être multiplié par 64 entre 2016 et 2030, pour atteindre une puissance installée totale de 125 GW et une production de 305 GWh. Une croissance exponentielle qui n’est pas étrangère à la montée en puissance rapide des énergies renouvelables. Ces dernières, notamment le solaire photovoltaïque, ont dépassé toutes les prévisions des experts et pourraient rendre très difficile le contrôle de fréquence des réseaux électriques. C’est pourquoi les gestionnaires de réseaux multiplient les initiatives sur les batteries à l’instar de RTE en France qui développe le projet Ringo, visant à implanter des batteries faisant office de « lignes virtuelles ». Au niveau des gouvernements, de plus en plus d’appels d’offres EnR comportent dans leurs cahiers des charges un volet stockage pour réduire à la source le risque lié à l’intermittence. C’est notamment le cas lorsque ceux-ci concernent des zones non-interconnectées (ZNI) tels que les îles, dont les réseaux sont particulièrement vulnérables.

Gigafactories

Autre facteur de la montée en puissance du secteur des batteries : la baisse des coûts. Comme toujours, les économies d’échelle liées à la hausse des volumes ont fait baisser les coûts marginaux ouvrant de nouveaux marchés qui à leur tour ont élevé les volumes, etc. Cet effet d’entraînement a conduit à la création de Gigafactories telle que celle de Tesla aux Etats-Unis, ou encore, voire surtout celles de LG Chem et Samsung en Corée du sud. L’Europe, malgré des discours ambitieux, reste largement à la traîne. Le cercle vertueux des économies d’échelle laisse présager encore une baisse des coûts estimée entre 10 % et 36 % dans les cinq prochaines années.

Ces réductions des prix des batteries permettront d’alimenter une autre dynamique en cours : l’électrification des usages qui consiste à substituer l’électricité à d’anciennes sources d’énergie telle que pétrole. Le véhicule électrique en est l’une des meilleurs illustrations.

Par Romain Chicheportiche

La French Fab accélère son déploiement

Avec un coq bleu pour étendard, le label French Fab associe industriels et start-ups dans un réseau facilement identifiable pour faire rayonner l’industrie française dans le monde. Grâce au soutien de plusieurs acteurs, notamment la Banque publique d’investissement (Bpifrance) et les régions, les entreprises sont accompagnées pour former l’industrie du futur « à la française » et conquérir les marchés mondiaux.

La French Fab nourrit notamment l’ambition d’accompagner les petites et moyennes entreprises (PME) pour les transformer en entreprises de taille intermédiaire (ETI). Soit des sociétés qui emploient entre 250 et 5.000 salariés et réalisent un chiffre d’affaires allant jusqu’à 1,5 milliard d’euros. Bruno Le Maire a annoncé vouloir doubler le nombre d’entreprises accompagnées par la BPI. D’ici 2022, la banque devra accompagner 4.000 entreprises dans ses accélérateurs, avec un programme de 18 à 24 mois, par promotion. À terme, l’objectif est bien de rattraper le retard français à la matière : le pays ne compte que 5600 ETI, là où l’Allemagne en recense près du double.

Des accélérateurs avec Bpifrance

« Les accélérateurs de Bpifrance proposent des programmes intégrés sur 2 ans permettant d’accompagner les entreprises en profondeur dans leurs projets de croissance et de transformation à travers de la formation, du conseil et de la mise en réseau, explicite Fanny Letier, directrice exécutive chez Bpifrance au magazine Entreprendre. Nous sommes là pour transformer des PME en ETI et des ETI en champions mondiaux. »

Ces accélérateurs permettent de transformer les entreprises grâce aux nouvelles technologies : impression 3D, intelligence artificielle, robotique, digital, big data, etc. Les entreprises accompagnées innovent, entrent dans l’industrie du futur et attirent les jeunes vers les métiers de l’industrie. Surtout, elles développent considérablement leur chiffre d’affaires, partent à l’exportation, modifient leurs modèles d’affaires et se tournent vers la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Les régions s’allient à la French Fab

Les accélérateurs se multiplient. Bpifrance développe des accélérateurs nationaux par filières industrielles. Un premier accélérateur « Ambition PME-ETI » dédié aux entreprises de l’aéronautique a été créé avec le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (Gifas). La première promotion de 60 entreprises a été lancée en septembre 2017 pour 18 mois. Un autre accélérateur dédié aux entreprises de la chimie vient d’être lancé début avril avec l’Union des industries chimiques (UIC). L’Accélérateur Chimie accueillera dès le deuxième semestre 2018 30 PME et ETI du secteur disposant d’un fort potentiel de croissance. D’autres accélérateurs sont prochainement attendus dans les grands secteurs industriels, comme l’automobile, la construction, l’agroalimentaire, le ferroviaire, la construction navale ou encore la santé.

À côté de ces accélérateurs nationaux, plusieurs régions ont lancé leurs propres accélérateurs, en collaboration avec Bpifrance. C’est le cas des régions Pays de la Loire et de la Nouvelle Aquitaine qui ont lancé leur accélérateur en 2017. Par exemple, la première promotion du programme d’accélération de 24 mois en Nouvelle Aquitaine compte 8 PME et 14 ETI depuis octobre 2017. Le programme devrait monter en puissance pour concerner à terme 70 entreprises par promotion.

La dynamique s’amplifie en 2018

La French Fab Auvergne-Rhône-Alpes annoncée en mars 2018 sera doté d’un plan de 120 millions d’euros. Dans la foulée, la Région Bretagne a lancé la Breizh Fab, un « plan industriel breton 2020 » doté de 4 millions d’euros. Celui-ci est destiné à agir comme un accélérateur régional. En particulier, le programme d’accompagnement « Industrie du futur » qui aide à la modernisation de l’outil productif accueillera une nouvelle promotion de 50 entreprises. D’autres régions sont en cours de discussions avec Bpifrance pour lancer leurs accélérateurs.

Bpifrance a récemment présenté les résultats de la deuxième promotion de son accélérateur PME (2016-2018). Après 24 mois d’accompagnement, les résultats sont plutôt très encourageants pour les 58 PME qui ont été tentées par l’expérience. En effet, leur chiffre d’affaires moyen a augmenté de 25 %, leurs exportations de 22 % et leurs effectifs de 34 %. La troisième promotion (2017-2019) est d’ores et déjà en cours d’accélération, et la quatrième promotion (2018-2020) a été annoncée. 56 PME ont été sélectionnées, dont plus de la moitié dans le secteur industriel. Ces résultats sont de bon augure pour les futurs résultats des accélérateurs de la French Fab.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’IA, au coeur de la réindustrialisation française

Emmanuel Macron veut faire de la France une nation à la pointe de l’intelligence artificielle (IA), en Europe et dans le monde. La France dispose de nombreux atouts pour ne pas rater cette disruption technologique. « Nous avons des atouts pour réussir », assure le Président de la République, notamment grâce à l’excellence de la formation, des ingénieurs et des chercheurs. Par ailleurs, des centres de recherche de grandes entreprises sont déjà installés sur le territoire.

Pour éviter la fuite des cerveaux et accélérer la croissance l’écosystème, un programme national pour l’IA sera mis en place. « Nous mettrons en place un réseau emblématique de quatre ou cinq instituts dédiés, ancrés dans des pôles universitaires et maillant le territoire français », prévient Emmanuel Macron. Ils seront en interaction permanente et développeront des chaires d’excellence pour attirer les meilleurs talents.

Améliorer la formation et attirer les talents mondiaux

Un effort particulier sera porté à la formation des techniciens, ingénieurs et docteurs. « Nous doublerons le nombre d’étudiants formés à l’intelligence artificielle depuis la licence jusqu’au doctorat, en passant par les formations professionnelles courtes et prévoirons les financements nécessaires à ce doublement », assure Emmanuel Macron.

À cette fin, le Président annonce la mise en place d’une série d’appels à projet mondiaux, à l’instar de ce qui a été fait pour le « Make our planet great again ». Par ailleurs, il entend favoriser les allers-retours des chercheurs entre le public et le privé. Grâce à la loi Pacte, un chercheur public pourra désormais consacrer jusqu’à la moitié de son temps à une entité privée, contre 20% actuellement.

Développer l’expérimentation

Emmanuel Macron a entendu le message : il faut donner plus de place à l’expérimentation en France. D’ici l’été, la Loi Pacte permettra de lancer un appel à expérimentations dans chaque secteur de l’IA.

Par exemple, Emmanuel Macron souhaite retrouver le leadership européen en matière de véhicules autonomes, devant l’Allemagne. Très bientôt, la stratégie française pour le véhicule autonome sera dévoilée. Dès début 2019, le cadre législatif autorisera les expérimentations de niveau 4. Le niveau 4 « Eyes off, Hands off » ou « Mind Off » (sans intervention humaine) est la conduite autonome sans surveillance conducteur.  D’ici 2022, un cadre permettant la circulation des véhicules autonomes sera mis en place. En bout de chaîne, cela suppose de poser au plus vite le cadre d’homologation des véhicules autonomes.

Ouvrir les données publiques et privées

La France est un pays fortement centralisé et lui confère un avantage certain pour l’IA, grâce à des bases de données centralisées massives. Le Président compte ouvrir les bases de données publiques à des fins de recherche dans les prochains mois. Il ouvrira aussi les données obtenues grâce à des financements de fonds publics et les données issues de projets de recherche financés par l’Etat.

Emmanuel Macron annonce également vouloir faciliter la création de plateformes de partage de données entre acteurs publics et privés, avec une logique sectorielle. « Du secteur bancaire pour les données de transaction, à l’agriculture pour l’efficacité des pesticides, en passant par les données de tests de véhicules autonomes, c’est à une mobilisation générale autour de la donnée que j’appelle », prévient-il. Il désigne notamment quatre secteurs prioritaires dans lesquels l’Etat pourrait « jouer un rôle de structuration » : santé, mobilité, environnement et sécurité. Cela passera en outre par la promotion des logiciels libres partout où ils peuvent se développer.

Le chef de l’Etat lancera par ailleurs une réflexion au sein de l’UE pour avoir accès aux données privées. « Cette politique est inconcevable sans un cadre européen protégeant les données personnelles et permettant la pleine valorisation de ces données dans l’espace européen », précise-t-il. Car l’opinion publique devient sensible à l’utilisation de ses données personnelles. Et il ne faudra pas confondre l’usage des données agrégées et l’intrusion dans les données personnelles. Le nouveau règlement européen répond à ces questions mais doit aller plus loin pour assurer la maîtrise des données, dans un cadre transparent.

Définir un cadre réglementaire et financier français et européen

L’intelligence artificielle sera le premier champ d’application du fonds pour l’innovation et l’industrie de 10 milliards d’euros mis en place en début d’année. Sur le quinquennat, « ce sera un effort dédié d’un milliard et demi d’euros entraînant directement plus de 500 millions d’euros d’investissements privés supplémentaires qui sera mis en oeuvre pour accompagner l’émergence de ce grand pôle mondial de l’intelligence artificielle », annonce Emmanuel Macron. Près de 800 millions d’euros supplémentaires seront investis d’ici 2024 dans la nanoélectronique, ingrédient essentiel au développement de l’IA.

Emmanuel Macron entend définir un cadre financier européen dédié à l’IA. En plus de ses politiques historiques (PAC, fonds structurels), l’Union Européenne doit porter une ambition nouvelle en matière d’innovation, estime le Président Français.

Définir les enjeux éthiques et politiques de l’IA

Il reste enfin à construire les codes éthiques de l’IA. Des engagements de non discrimination sociale, ethnique, sexuelle doivent être pris. Ils devront également respecter les libertés individuelles, l’intimité et la vie privé. Dans cette perspective, « l’Etat rendra par défaut public le code de tous les algorithmes qu’il serait amené à utiliser, au premier rang desquels celui de Parcoursup », prévient le Président.

Une réflexion européenne et nationale sera lancée sur le contrôle et la certification des algorithmes, pour résister à la « privatisation opaque de l’IA ou à son usage potentiellement despotique ». Des discussions seront aussi mises en place au niveau international, notamment avec le Canada. Emmanuel Macron envisage même d’aller jusqu’à la création d' »un GIEC de l’intelligence artificielle » pour créer « une expertise mondiale indépendante qui puisse mesurer, organiser et nourrir le débat démocratique pour que l’IA ne devienne pas une instance de contrôle, mais de liberté ».

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La formation professionnelle veut se réinventer

Muriel Pénicaud en est convaincue : 50 % des emplois seront transformés dans les dix prochaines années. Par ailleurs, entre 10 et 20 % de nouveaux emplois vont faire leur apparition. La formation professionnelle doit donc complètement être repensée. C’est l’objectif des 12 mesures annoncées par le gouvernement, notamment à destination des salariés les moins qualifiés, des Français au chômage ou travaillant à temps partiel.

L’accès à la formation professionnelle demeure très inégal en France. En effet, seulement 34 % des ouvriers ont accès à la formation professionnelle chaque année, contre 66 % des cadres. Les inégalités sont également particulièrement marquées en fonction de la taille des entreprises. Seulement 35 % des salariés dans les TPE ont accès à la formation, contre 62 % dans les entreprises de plus de 250 salariés. La réforme prévoit donc un système de solidarité des grandes entreprises vers les TPE et les PME pour faciliter l’accès de leurs salariés à la formation.

Accélérer la transformation des métiers et des mutations technologiques

La formation professionnelle doit être repensée pour incorporer les nouveaux métiers et les nouvelles technologies. Réalité augmentée, robotique ou cobotique, big data et numérique… des directeurs aux opérateurs et aux techniciens, tous les métiers sont concernés. Le manque de formation se fait déjà sentir. Selon l’Insee, 32% des entreprises citent le manque de main d’oeuvre compétente disponible parmi les barrières à l’embauche. Ce frein est particulièrement marqué dans le bâtiment (50%) et dans l’industrie (38%).

Dans ce contexte, l’innovation pédagogique sera favorisée pour encourager les formations innovantes – Moocs, e-learning, tutoriels vidéos, tablettes interactives, réalité virtuelle ou augmentée – et développer la formation en situation de travail. « L’action de formation se dilue aujourd’hui dans un faisceau de pratiques formatives bien plus larges qu’auparavant : la formation à distance, le digital learning, le coaching, le mentoring, par exemple, s’adaptent bien aux nouvelles organisations de travail », précise Claire Pascal, Directeur Général de Comundi et membre du Conseil d’Administration de la Fédération de la Formation Professionnelle.

Des évolutions concrètes

Afin de rendre les formations plus accessibles, tous les salariés verront désormais leur Compte Personnel de Formation (CPF) crédité de 500 euros par an et plafonné à 5000 € pour choisir eux-même leurs formations. Les salariés non qualifiés dont l’emploi pourrait être menacé à l’avenir verront leurs droits majorés à 800 euros par an, plafonné à 8000€. Les entreprises auront un taux de cotisation formation de 1 %, prélevé par l’Urssaf, dédié aux dispositifs obligatoires dont le CPF.

Les salariés à temps partiel seront également mieux lotis, puisqu’ils bénéficieront des mêmes droits que les salariés à temps plein. Cette mesure bénéficiera principalement aux femmes, souligne le gouvernement, puisqu’elles représentent 80 % des salariés à temps partiel. Un Plan d’investissement dans les compétences sera consacré aux demandeurs d’emploi et aux jeunes. Doté de 15 milliards d’euros, il vise à former un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et un million de jeunes éloignés de l’emploi supplémentaires d’ici 5 ans. L’accent sera particuièrement mis sur l’évolution des métiers et les grandes transformations, notamment numériques et écologiques.

Pour informer tout un chacun plus facilement sur le droit à la formation, une application mobile CPF sera développée. Chaque salarié ou demandeur d’emploi pourra y consulter ses droits acquis, ainsi que les formations disponibles et les avis laissés par les personnes déjà formées. Il pourra directement s’inscrire à la session de son choix.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Un an plus tard, que sont devenus les gagnants du MICM Start-Up Challenge ?

Quel est l’intérêt pour Carbon Waters de participer à ce type de challenge ?

Il y a un an, la société était encore en cours de création et, sortant d’un laboratoire CNRS, nous n’étions pas encore visible pour les entreprises. Il était donc essentiel d’être présent sur des salons pour rencontrer des industriels et présenter nos solutions. Ainsi, notre objectif en participant au challenge start-up de M2i (MICM à l’époque) était de mesurer l’intérêt que peuvent porter des industriels et des experts du domaine des matériaux sur cette innovation, mais aussi de mieux comprendre leur besoin pour concevoir nos futures gammes de produits. Cela a aussi été l’occasion de rencontrer de potentiels partenaires et les acteurs régionaux dans le domaine de la chimie et des matériaux.

 

Vous avez remporté ce Start-up challenge en 2017. Où en est votre société aujourd’hui ?

La société a été créée en décembre 2017 et nous avons débuté la commercialisation de nos nanomatériaux. Nous avons surtout engagé des discussions approfondies et lancé plusieurs études pour le compte de grands groupes industriels dans les domaines de l’énergie, du spatial, de la défense ou encore de l’automobile. Ces études visent à démontrer l’intérêt à la fois technique et économique vis-à-vis d’enjeux dans les domaines thermiques, électriques ou de protection des matériaux. Cette phase de développement et d’industrialisation de nos nanomatériaux nécessite d’accroître la taille de nos outils de production et nos équipements d’analyse. Ces investissements conséquents ne pourraient se faire sans un plan de financement de près d’un million d’euros que nous sommes en train de boucler grâce au soutien la Région Nouvelle Aquitaine, la BPI, de l’incubateur TechnoWest et d’un fonds d’investissement régional.

 

En tant que gagnant, vous bénéficiez d’un an d’accès à l’offre « Matériaux fonctionnels » de Techniques de l’Ingénieur. Comment l’utilisez-vous ?   

Nos études et développement de produits portent sur 3 domaines d’applications : le thermique, l’électrique et la protection de matériaux. Bien que nous soyons experts dans la production de nanomatériaux et leurs propriétés physico-chimiques, il est essentiel d’avoir des outils de veille nous permettant de définir des cahiers des charges pertinents et des plans d’études cohérents à nos clients. Pour cela, nous consultons régulièrement l’offre « Matériaux fonctionnels » de Techniques de l’Ingénieur.

 

Alban Chesneau sera présent lors du prochain événement M2i les 30 et 31 mai à Paris et animera la conférence « Graphène : comment exploiter ce matériau exceptionnel dans l’industrie ? »

Téléchargez le programme des conférences ici.

Plus de renseignements sur l’événement M2i ici.

 

Le graphène va-t-il (enfin) révolutionner la supraconductivité ?

On attend toujours beaucoup du graphène. Et il nous le donne ! Les propriétés de supraconductivité (induite ou directe) du graphène sont étudiées depuis que l’on connaît ce matériau. Jusqu’alors on avait réussi à donner au graphène des propriétés supraconductrices en le plaçant en contact avec d’autres matériaux supraconducteurs ou en le dopant avec des atomes de lithium par exemple, mais c’est la première fois que le graphène se montre supraconducteur par lui-même. Mais dans des conditions bien particulières. En effet, les recherches des physiciens du MIT, parues dans deux articles de Nature de mars 2018 – ici et – montrent comment le graphène peut se comporter comme un isolant total, bloquant le flux d’électrons ou comme un supraconducteur, où le courant électrique circule sans résistance quand deux feuillets sont placés dans une configuration bien précise.

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L’angle magique

Pour obtenir cet étrange effet, les physiciens ont créé un super-réseau de deux feuillets de graphène empilés l’un sur l’autre mais pas exactement en correspondance : les deux feuillets sont en effet en rotation de 1,1° l’un par rapport à l’autre. Un angle magique pour lequel les interactions entre les électrons des deux feuillets sont particulières et très fortes alors qu’à d’autres angles les feuillets de graphène superposés interagissent très peu électroniquement l’un avec l’autre. Lorsque les deux feuillets sont positionnés dans cet angle magique, les feuillets se comportent comme un isolant. Mais lorsque on applique une tension au super-réseau de graphène, à partir d’un certain seuil, les électrons cassent cet état d’isolant et le matériau devient supraconducteur !

Outre des applications que l’on pourrait aisément envisager comme la fabrication d’un transistor de graphène que l’on pourrait faire passer de l’état isolant à supraconducteur à façon, cette découverte excite surtout les esprits des physiciens à travers le monde en raison des implications possibles en matière de supraconductivité non-conventionnelle.

Une lumière sur les cuprates ?

Les physiciens du MIT clament qu’ils ont trouvé une porte d’entrée et d’étude simplifiée vers les supraconducteurs non-conventionnels et les isolants de Mott (ces matériaux qui présentent la particularité d’avoir une structure de bandes électroniques pouvant donner lieu à des phénomènes de conduction électrique mais qui deviennent isolants du fait d’une forte interaction répulsive entre leurs électrons). Les supraconducteurs non-conventionnels, aussi appelés cuprates, révèlent leurs propriétés supraconductrices à de hautes températures (entendez par là aux alentours de 100°K au lieu de quelques degrés au-dessus du zéro absolu de 0°K soit -256°C). Étudies depuis plus de 30 ans les cuprates n’ont pas encore dévoilés tous les secrets de leur fonctionnement. Une clé éventuelle pour réaliser la supraconductivité à température ambiante.

Avec cette découverte, la communauté scientifique est à présent partagée. Comme l’illustre un article des news de Nature il y a ceux qui pensent que le graphène, bien que dans les recherches exposées ici sa supraconductivité se manifeste à 1,7°K, se comporte comme un cuprate et pourrait donc devenir une plateforme de recherche et de compréhension des phénomènes électroniques qui ont lieu dans ces matériaux. Cette découverte serait alors pour eux comme « une lumière qui viendrait de s’allumer » selon l’expression de Robert Laughlin, prix Nobel de physique 1998. D’autres sont plus sceptiques. Ainsi, Kamran Behnia, directeur de recherche au CNRS à l’École supérieure de physique-chimie de Paris (ESPCI), pense plutôt que si le graphène vient de prouver qu’il est un supraconducteur, et certainement un supraconducteur inhabituel, il n’est pas pour autant forcément un isolant de Mott. Ce qui est sûr pour tous, c’est que les recherches sur le sujet vont être relancées et abondantes dans les prochaines mois.

Sophie Hoguin

3750s

illustrations de l’empilement (voir pièces jointes)

  • image fixe crédit Les auteurs
  • ou image gif animée (MIT/Les auteurs)

Revue du web #113 : les 5 vidéos scientifiques les plus étonnantes du mois

Un exosquelette pour piloter un drone avec son corps

Des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ont créé FlyJacket, un exosquelette muni de capteurs qui permet de manoeuvrer un drone. La promesse : jouir d’une vraie sensation de vol.

 

Station pour taxis volants : Volocopter livre un aperçu

Voici à quoi pourraient ressembler les futures stations de taxis…

 

Sécurité routière : une route qui chante au moindre écart

Testé depuis quelques semaines aux Pays-Bas, ce procédé inventé par un ingénieur japonais ne fait pas l’unanimité.

 

La Terre filmée en HD

Une entreprise britannique (Earth-i) vient de dévoiler les premières vidéos de la Terre filmée par son nouveau satellite installé à 505 kilomètres d’altitude.

 

Un robot capable de monter les meubles IKEA à votre place

Deux bras robotisés bardés de caméras 3D et de capteurs de pression, voici votre nouvel ami.

I. B

 

Les robots envahissent les entrepôts

L’automatisation dans les entrepôts existe depuis quelques années. Des véhicules à guidage automatique sont utilisés pour automatiser efficacement les tâches de transport horizontal répétitives et répétitives dans le processus de manutention.

Mais le principe des « étagères mobiles » (appelé aussi « goods to man ») répond parfaitement aux exigences des sites de e-commerce et de la distribution. Elle permet de bénéficier d’une organisation optimale et elle évite aux personnels de nombreux kilomètres à pied (en moyenne une quinzaine de kilomètres par jour…). 

Cette solution repose sur une armée de petits robots capables d’apporter automatiquement des étagères de produits aux opérateurs qui n’ont plus qu’à prélever les articles de la commande pour la constituer. Ce sont donc les « étagères » de pièces détachées ou de produits qui arrivent jusqu’à l’opérateur et plus l’inverse.

Après avoir acheté en 2012 Kiva Systems, constructeur de petits robots dédiés à la logistique d’expédition, Amazon en a déployé 50.000 unités dans ses centres logistiques outre-Atlantique. C’est l’une des raisons du succès de ce poids lourd américain qui vante ses délais très courts de livraison.

Des allées plus petites

Poussé par les plus grands du e-commerce comme Amazon et Alibaba, ce concept d’« étagères mobiles » tend à se généraliser dans les entrepôts, y compris dans l’hexagone où plusieurs distributeurs dans l’alimentaire, le textile ou les pièces détachées pour l’industrie aéronautique ont engagé d’importants travaux dans cette optique. (LIEN : http://dai.ly/x595o50. Un magasin entièrement automatisé où sont stockées des milliers de pièces pour Airbus).

Créée en 2013, une start-up française, Scallog, s’est spécialisée dans le « goods to man ». Le robot de l’entreprise parisienne n’est pas révolutionnaire. Équipé de capteurs simples et peu coûteux, il suit des bandes posées au sol. C’est l’intelligence du robot qui est plus complexe. L’unité centrale doit être capable d’orchestrer la flotte d’engins en leur affectant des missions tout en s’interfaçant parfaitement avec le logiciel de gestion d’entrepôt de l’entreprise. 

Les bénéfices sont doubles selon Scallog. Premièrement, une productivité multipliée par 4 (selon les secteurs d’activité) et une diminution de la surface de stockage de 20 à 30 %. Il n’est en effet plus nécessaire d’envoyer des personnes dans les allées, ce qui élimine le besoin d’allées larges capables d’accueillir des palettes encombrantes. Au sol, la surface des entrepôts est donc réduite; par contre, leur hauteur est plus importante, car les risques sont moindres qu’avec des êtres humains.

Le mauvais rayon

Les petits robots qui amènent des étagères ne sont pas les seules solutions déployées pour améliorer la productivité des entrepôts. Right Hand Robotics, une start-up américaine issue de recherches menées à Harvard, a conçu un bras robotique spécialisé dans les tâches de collecte (le fameux « pick and place ») si pénible pour des opérateurs. Équipé de caméras et doté d’une intelligence artificielle (plus précisément du machine learning), il est capable d’attraper les bonnes pièces.

Enfin, des robots peuvent être utilisés dans les hypermarchés. Ceux développés par l’entreprise californienne Fetch Robotics et la start-up Trax Image Recognition sont capables détecter en temps réel une rupture linéaire ou un mauvais placement de produit en rayon.

Philippe Richard