La formation : un véritable enjeu pour l’industrie du futur

Portrait de Claire Pascal, Directeur Général de Comundi

Vous dirigez Comundi, acteur majeur de la formation continue en France et opérateur des formations Techniques de l’Ingénieur. Comment vous préparez-vous à accompagner les entreprises dans cette conduite du changement ?

Nous constatons effectivement la nécessité de faire de la formation un processus continu qui accompagne et oriente les carrières. Dans le même temps, la rapide évolution des technologies et des besoins amène à procéder à des adaptations rapides des compétences.

Les réponses passent surtout par de profondes transformations des entreprises de formation : il faut adapter les modalités pédagogiques aux besoins des salariés, pour leur permettre de suivre les évolutions techniques et technologiques.

L’action de formation se dilue aujourd’hui dans un faisceau de pratiques formatives bien plus larges qu’auparavant : la formation à distance, le digital learning, le coaching, le mentoring, par exemple, s’adaptent bien aux nouvelles organisations de travail.

C’est donc bien l’expertise qui est demandée, telle qu’elle existe dans les formations Techniques de l’Ingénieur, conjuguée à la souplesse d’intervention pour mieux s’adapter à la disponibilité des salariés. C’est ce que nous développons cette année avec le déploiement d’une offre en classe virtuelle.

De façon plus large, nous assistons actuellement à un véritable « big bang » de la formation. Mais à qui vont profiter les principales mesures annoncées par la ministre du travail, Muriel Pénicaud, sur la réforme de la formation professionnelle ?

Les mesures annoncées par la Ministre du Travail semblent profiter particulièrement aux demandeurs d’emploi et aux actifs, sur un plan individuel. La mise en place d’un Compte Personnel de Formation en euro, et non plus en heure, leur donne un véritable pouvoir d’achat en matière de formation. La vraie question est de pouvoir y accéder réellement.

A ce jour, l’éligibilité des formations au CPF et la fluidité du système d’alimentation de l’offre de formation sont des éléments clés du dispositif sur lequel nous n’avons encore que peu de visibilité.

Les entreprises ne sont pas concernées par cette réforme, sauf si elles donnent du temps aux salariés pour utiliser leur CPF pendant le temps de travail. Ce n’est pas non plus clarifié.
Elles auront donc un « impôt » formation, prélevé par l’Urssaf, dédié aux dispositifs obligatoires dont le CPF. Elles devront financer par elles-mêmes leur plan de formation devenu plan de développement des compétences.
Seules les PME pourraient se voir doter de financements mutualisés venant des grandes entreprises mais avec un système de répartition via la nouvelle instance « France Compétences » non précisé à ce jour.

Quelles réponses concrètes Comundi apporte à l’obsolescence des compétences ?

Nous considérons l’obsolescence des compétences comme un facteur qui s’accélère. Il ne s’agit plus de former à un métier mais de former à changer de métier.

C’est pourquoi les formations dites transversales ou « soft skills » prennent une importance majeure. Elles consolident le socle qui va permettre à chaque salarié d’ancrer de manière continue, tout au long de sa carrière, les nouvelles compétences techniques et technologiques.

Notre offre est particulièrement adaptée pour accompagner ce mouvement. Une partie de celle-ci est dédiée aux formations aux compétences transversales, avec depuis 30 ans une expertise reconnue. En parallèle, avec les formations Techniques de l’Ingénieur, nous proposons une gamme technique et pointue pour s’adapter aux rapides mutations technologiques.

Notre pédagogie évolue aussi en intégrant du digital learning dans l’esprit d’une formation augmentée, permettant gain de temps et souplesse tout en gardant les effets bénéfiques du présentiel.

Par ailleurs, nous nous efforçons d’apporter des informations et des réflexions à nos clients sur les évolutions liées aux métiers ou aux compétences à travers une nouvelle rubrique sur notre site le Mag des Compétences.

Cliquez ici pour télécharger notre catalogue « L’excellence à la française » 

Trois techniques pour augmenter la capacité des disques durs

Depuis l’apparition des premières disquettes dans les années 70 (capables de stocker 80 000 caractères…), les fabricants ont fait d’énormes progrès. Ils ont ajouté des plateaux et des têtes. Mais cela a augmenté l’épaisseur du disque dur. Un modèle de Western Digital de deux téraoctets est un peu plus épais qu’un disque dur de 500 gigaoctets de la même période.

Étape suivante : des plateaux plus minces avec la production de disques durs hermétiques remplis d’hélium. Moins épais, mais plus de capacité : ils peuvent enregistrer 14 To environ. Autre technique employée : l’enregistrement perpendiculaire, au détriment de l’enregistrement longitudinal. Les bits sont disposés verticalement et côte-à-côte sur un plateau tournant. Cet enregistrement perpendiculaire a permis de diminuer la surface des bits individuels tout en empêchant les bits d’affecter accidentellement leurs voisins.

Densité surfacique

Aujourd’hui, de nouvelles pistes sont envisagées. Fin 2017, Western Digital a fait la démonstration du « premier disque dur au monde » exploitant la technologie MAMR. Un acronyme pour Microwave-Assisted Magnetic Recording ou enregistrement magnétique assisté par micro-ondes. Western Digital encapsule un oscillateur à côté de la tête d’écriture. Le procédé de fabrication est proche de celui d’un semi-conducteur.

Avec le MAMR, Western Digital devrait, à terme, permettre de stocker 4 térabits par pouce carré, soit un peu plus de 79 Go par cm². À titre de comparaison, le disque dur He12 de HGST (12 To, PMR) a une densité surfacique de 0,84 térabit par pouce carré (environ 16 Go par cm²), soit près de cinq fois moins tout de même.

Son concurrent direct ne reste pas les bras croisés. D’ici la fin de 2018 ou le début de 2019, Seagate pourrait proposer des supports reposant sur la technologie d’entraînement d’enregistrement magnétique assisté par la chaleur (HAMR).

Elle utilise un petit laser – de la taille d’un grain de sel – pour chauffer la partie du disque sur laquelle on écrit. Cette technique permet de polariser de manière stable un grain magnétique sur surface du plateau. La marque estime que ses premiers disques HAMR afficheront 20 To de capacité par disque dès 2019. Leur densité surfacique serait de 2 térabits par pouce carré (soit près de 40 Go par cm²). Vers 2030, la capacité de stockage pourrait atteindre les 50 To.

20 To sur un verre de 0,381 mm !

L’étape suivante est l’enregistrement magnétique à point chauffé (HDMR) qui combine la technologie HAMR avec des supports à motifs binaires. Seagate s’attend à ce que cette technologie permette à terme de livrer un disque dur de 100 To.

Mais la prochaine évolution majeure devrait être les disques durs en verre. Comparés aux disques durs en aluminium, les substrats en verre sont plus minces et plus légers. Actuellement, Hoya (une entreprise japonaise créée en 1941 et spécialisée dans la fabrication de plateaux à base de verre pour les disques durs 2,5 pouces), mais aussi des experts de l’Université de Southampton au Royaume-Uni, ont commencé à fabriquer des prototypes de disques durs en verre. Ceux d’Hoya affichent une capacité de 20 To et une épaisseur de 0,381 mm. Un autre avantage de cette technologie est sa compatibilité avec l’enregistrement magnétique assisté par la chaleur (HAMR) de Seagate.

Un gain énorme comparé aux plateaux traditionnels. Un disque de 12 To est composé de huit plateaux. Hoya croit qu’en diminuant l’épaisseur des plateaux grâce à sa technologie de verre, il pourrait contenir jusqu’à 12 plateaux à l’intérieur d’un disque dur de 3,5 pouces. Le japonais estime qu’un seul disque pourrait stocker jusqu’à 18 To.

Mais il faut se méfier de toutes ces annonces. Il sera intéressant dans quelques années de revoir ce qui avait été prévu. Selon Advanced Storage Technology Consortium (ASTC), la technologie HAMR permettra d’obtenir des disques durs de 100 To d’ici 2025,

Philippe Richard

Revue de presse anglophone #15

Des scientifiques créent accidentellement une enzyme mutante qui mange des bouteilles

plasticLes scientifiques ont créé une enzyme mutante qui détruit les bouteilles de boissons en plastique – par accident. La percée pourrait aider à résoudre la crise mondiale de la pollution plastique en permettant pour la première fois le recyclage complet des bouteilles. Lire l’article

Un robot monte seul un meuble IKEA

19xp-robot-jumboUne équipe de l’Université technologique de Nanyang a programmé un robot pour créer et exécuter un plan visant à assembler la plus grande partie de la chaise Stefan en pin massif d’Ikea à 25 $ , faisant appel à un mélange de compétences humaines pour le faire. Lire l’article

Cambridge Analytica a tenté de lancer sa propre monnaie virtuelle

merlin_118574051_4f0802f6-dc42-4050-8d4f-63aa87c0bba4-master768La société de données politiques Cambridge Analytica a discrètement cherché à développer sa propre monnaie virtuelle ces derniers mois grâce à une offre initiale de pièces de monnaie, une nouvelle méthode de collecte de fonds examinée de plus en plus par les régulateurs financiers du monde entier. Lire l’article

Les embouteillages dans les 4 plus grandes villes indiennes coûtent 22 milliards de dollars par an

traffic

En moyenne, les voyageurs de Delhi, Mumbai, Bangalore et Kolkata passent 1,5 heure de plus par jour que leurs homologues des autres villes asiatiques pendant les heures de pointe, selon un rapport publié le 18 avril par le Boston Consulting Group (BCG) et commandé par Uber. Lire l’article

La Silicon Valley a très mal pris l’audition de Mark Zuckerberg devant le congrès américain

zuck

Pour les acteurs de la Silicon Valley, la critique du Congrès contre le directeur général de Facebook, Mark Zuckerberg, était comme un référendum sur l’industrie elle-même et sur la stratégie de croissance à tout prix du réseau social, que des centaines de start-ups ont cherché à imiter ces dix dernières années. Lire l’article

Un nouvel outil pour suivre le bilan carbone de la végétation : première application au continent africain

En lien avec les équipes scientifiques du CEA, du Cnes et du CNRS, l’Inra a coordonné le développement du jeu de données issu d’observations satellitaires micro-ondes qui est à la base de l’approche. L’étude démontre que sur le continent africain et durant la période 2010-2016, le bilan net de carbone est négatif (baisse des quantités de carbone retenu par la végétation), et que la majorité des pertes de carbone s’est produite dans les savanes arborées des régions semi-arides. Ces résultats sont publiés le 9 avril 2018 dans la revue Nature Ecology and Evolution.

Le continent africain fait face à une des périodes les plus sèches sur les trente dernières années et à une déforestation continue. Cette pression combinée du climat et des activités humaines a un impact sur les stocks de carbone de la végétation et met en avant le besoin d’outils de suivi de la dynamique de ces stocks. Quel est le rôle des différents types de végétation (formations arbustives, savanes arborées, forêt tropicale) ? Quelle est leur sensibilité aux épisodes de sécheresse ?

Un outil nouveau et unique produit par les équipes françaises

Les chercheurs de l’Inra et leurs collègues ont produit un nouveau jeu de données de l’indice de végétation, appelé L-VOD (L-band vegetation optical depth), issu des observations spatiales du satellite SMOS entre 2010 et 2016. Ces données ont permis de quantifier les changements dans les stocks de carbone sur l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne sur la période.

L’indice L-VOD issu d’observations micro-ondes basse fréquence, permet de sonder l’ensemble de la strate végétale alors que les mesures effectuées jusqu’à présent (dont les indices VOD issus d’observations hautes fréquences) étaient seulement capables d’explorer le sommet de la canopée en particulier lorsque la strate de végétation forestière est relativement dense.

Dans cette étude, l’indice L-VOD apporte une dimension temporelle à des cartes globales mais statiques de la biomasse de la végétation. Le nouvel outil permet un suivi inédit de la dynamique des stocks de carbone de la végétation.

Cette nouvelle méthode permet de suivre la dynamique saisonnière des pertes et gains de carbone mais aussi de la mettre en relation avec l’impact du climat. Ce type d’outils est indispensable aux initiatives internationales pour lutter contre le changement climatique. L’indice L-VOD est particulièrement pertinent pour étudier les formations végétales relativement denses où le signal des autres capteurs de télédétection sature. C’est aussi un outil de choix pour suivre les régions semi-arides où très peu d’inventaires au sol sont disponibles.

Les premiers résultats appliqués au suivi sur le continent africain

L’étude montre que globalement sur le continent africain et sur la période 2010-2016, le bilan net de carbone est négatif (−0.10 PgC yr−1)3 et que la majorité des pertes de carbone s’est produite dans les savanes arborées des régions semi-arides. Dans ces régions, les pertes brutes annuelles représentent approximativement 5% du total des stocks de carbone disponible. Les changements nets dans les régions semi-arides apparaissent clairement associés à des tendances de dessèchement.

Les analyses démontrent une forte variabilité interannuelle dans les stocks avec des gains lors des années très humides (2011 et 2013) et des pertes au cours de 2015, une année très sèche marquée par un évènement El Niño sévère.

Cette étude remet en question l’idée que les savanes arborées africaines pourraient servir de puits de carbone sur le long terme. En effet, les auteurs montrent que les récentes années sèches sur la période 2010-2016 ont conduit à considérer ces régions comme une source de carbone, en particulier en Afrique du Sud, signifiant que sur le court terme le climat contrôle les variations des stocks de carbone à grande échelle. Sur le long terme, la question du maintien du rôle des savanes africaines comme puits de carbone reste donc ouverte.

cap-carte-1

Source : cnrs

Ludylab, un «living lab» à la campagne

«Fun and learn», ce qui peut se traduire par «apprendre et s’amuser» : c’est la devise du Ludylab, un laboratoire inauguré le 20 mars dernier et affecté à la pratique ludique des drones, de la réalité virtuelle ou encore de l’impression 3D. Son organisation suit les principes du «living lab», un lieu d’échange d’idées et de savoirs, où sont invités à se rencontrer les chercheurs, les entrepreneurs et les citoyens-usagers, appelés à contribuer activement aux projets. Les «living labs» se comptent par dizaine désormais en France. Mais le Ludylab a quelque chose de singulier : il est implanté à Chambretaud, petite commune vendéenne de quelque 1500 habitants, loin des grands centres urbains qui accueillent d’ordinaire de telles structures.

_NK28024

Le pari de Jean-Michel Mousset, co-fondateur du Ludylab (avec plusieurs membres de sa famille notamment), est audacieux : établir une plateforme consacrée à l’innovation en milieu rural. Terre d’agriculture et d’industries agro-alimentaires, où «les usines sont à la campagne» selon le Conseil départemental, la Vendée n’est pas la plus engagée dans la «révolution» numérique. L’ancien dirigeant du groupe de transports Mousset s’est donc montré ambitieux afin que le site soit attractif et encourage la naissance d’un écosystème alentour. Construit sur une ancienne friche industrielle, Ludylab s’étend sur une superficie de 4500 m2 et représente un investissement privé d’un million d’euros. Une campagne de financement participatif a en outre été ouverte sur la plateforme Vendée Up.

La plus grande volière d’intérieur de France

L’espace consacré au pilotage de drones occupe à lui seul 900m2 et mesure 9 mètres de haut. En France, c’est la plus grande volière d’intérieur dédiée à cette activité, selon les responsables du Ludylab. Les visiteurs ont à disposition neuf modèles de drones, des casques de vision à la première personne et un dispositif innovant de contrôle obéissant aux mouvements de la main. Ils ont la possibilité de s’initier au pilotage et à la prise de vue, voire de participer à des ateliers de programmation et de fabrication, en accord avec la tradition du «fab lab». Du reste, le Makerspace constitue le deuxième gros morceau du Ludylab. Il héberge pour le moment deux imprimantes 3D et se voue au prototypage et à l’expérimentation. Un partenariat local avec le fab lab de l’établissement scolaire de Saint Gabriel a été mis sur pied. Par ailleurs, quinze postes de travail sont regroupés au sein d’un bâtiment annexe et une dizaine de couchages sont également prévus. L’esprit «start-up» est revendiqué partout.

_NK18518

Le troisième pôle promeut la réalité virtuelle et se sépare en deux parties, intégralement équipées de casques HTC Vive. D’un côté, l’«escape game» incite deux à quatre joueurs à s’entraider pour résoudre des énigmes lors d’un périple spatio-temporel long d’une bonne heure. De l’autre, plusieurs postes privilégient le réflexion et l’action, solo ou multijoueurs, en s’appuyant sur des jeux typés arcade, provenant d’éditeurs tiers. Le Ludylab ne compte pas s’arrêter là. «Nous souhaitons développer des projets de réalité virtuelle/réalité augmentée et concevoir des formations et des ateliers d’accompagnement, tant sur les nouvelles technologies que sur le développement personnel» confie Pascale Mousset, co-fondatrice.

Aucun objectif de résultat n’a été fixé. «Nous n’avons pas de modèle économique prédéfini, poursuit Pascale Mousset, nous voulons expérimenter en mode start-up». Le chiffre d’affaire du Ludylab sera constitué par l’addition des recettes des entrées, des prestations pour les entreprises (séminaires, etc), du sponsoring, du mécénat, voire d’aides publiques. Le réseau tissé par Jean-Michel Mousset au cours de sa carrière professionnelle sera probablement d’un grand soutien pour drainer une clientèle d’entreprise. Quant au grand public, les initiateurs du Lubylab tablent sur la proximité du Puy-du-Fou et espèrent que les visiteurs de ce parc de loisirs, d’inspiration médiévale, seront aussi tentés par des expériences ludiques plus contemporaines.

A partir de 25 € par heure et par personne

Frédéric Monflier

Youtube s’infiltre sur le site des impôts

Au 17 avril, plus de 1,7 million de Français ont décidé de faire leur déclaration d’impôts sur le revenu en ligne. Lorsqu’ils se connectent au site des impôts pour leur déclaration 2018, une vidéo se lance automatiquement. Et grâce à elle, Google va pouvoir récupérer des informations précieuses sur les contibuables français. En quelques jours, la vidéo a déjà été visionnée plus de 4,7 millions de fois, témoignant d’un visionnage multiple de la part des internautes.

Le site NextImpact a réagi en dénonçant un dispositif qui interroge, « tant sur sa moralité que sur sa légalité ». L’internaute était en effet obligé de visionner cette vidéo au moins 60 secondes avant de pouvoir accéder au site. Par ailleurs, « la vidéo étant affichée par défaut, les informations de navigation de l’utilisateur sont envoyées au service américain, ce dernier déposant des cookies sur la machine de l’utilisateur, qui n’aura pas donné son consentement », s’indigne NextImpact.

Google au courant de vos données fiscales ?

La vidéo diffuse des traqueurs qui récupèrent des données des internautes à des fins publicitaires. Google pourrait ainsi se procurer quelques informations précieuses pour suivre les internautes et enrichir leur profil publicitaire. Par ailleurs, Google récupère leur adresse IP et peut retracer leur navigation avant leur déclaration de revenus. Et si, en plus, vous êtes un utilisateur de Gmail, l’entreprise américaine peut lier cette historique avec votre agenda, vos mails ou encore votre localisation. Goole pourrait ainsi facilement être au fait d’éléments importants sur votre situation fiscale, déclarée ou pas.

Face à ce tollé, la DGFIP a réagi dans un communiqué. « il n’y a aucun risque de confidentialité sur les données fiscales des usagers dans l’utilisation qui est faite de ces plate-formes sociales », assure Bercy. Pourquoi ne pas avoir choisi une autre plateforme? « De nombreux sites gouvernementaux utilisent des plate-formes externes de type Facebook, Youtube et Twitter, car ce sont des plate-formes populaires, largement utilisées par un grand nombre d’internautes, qui permettent de diffuser largement une information », répond l’administration. « Il n’y a aucun risque de confidentialité sur les données fiscales des usagers dans l’utilisation qui est faite de ces plate-formes sociales », veut-elle rassurer. Toutefois, la DGFIP a changé son fusil d’épaule : il est désormais possible de fermer la vidéo au bout de 5 secondes pour accéder au site. Elle serait par ailleurs en train de réfléchir à une solution d’hébergement de repli, fait savoir Le Point.

Par Matthieu Combe

Des capteurs de lumière moins chers, moins toxiques et recyclables pour la production d’hydrogène

La réalisation d’une photosynthèse artificielle en solution reste cependant limitée par l’utilisation, pour capturer la lumière, de composés à base de métaux coûteux et toxiques. Des chercheurs du CNRS, du CEA et de l’Université Grenoble Alpes proposent une alternative efficace avec des nanocristaux semi-conducteurs (ou « quantum dots »), à base de cuivre, d’indium et de soufre, des métaux moins onéreux et moins toxiques. Ces travaux sont publiés dans Energy & Environmental Science le 10 avril 2018.
Dans les systèmes de photosynthèse artificielle, les chromophores, ou « photosensibilisateurs », absorbent l’énergie lumineuse et transfèrent les électrons au catalyseur, qui active la réaction chimique. Alors que de nombreux progrès ont été réalisés ces dernières années dans le développement de catalyseurs sans métaux nobles, les photosensibilisateurs reposent encore, pour la plupart, sur des composés moléculaires à base de métaux rares et coûteux, comme le ruthénium ou l’iridium, ou sur des matériaux semi-conducteurs inorganiques contenant du cadmium, un métal toxique.

Pour la première fois, des chercheurs du Département de chimie moléculaire (CNRS/Université Grenoble Alpes) et du SyMMES (CNRS/CEA/Université Grenoble Alpes)1 ont démontré, en combinant leurs expertises en ingénierie des matériaux semi-conducteurs et en photocatalyse, qu’il est possible de produire très efficacement du dihydrogène en associant des nanocristaux semi-conducteurs (ou « quantum dots ») inorganiques constitués d’un cœur de sulfure de cuivre et d’indium, protégé d’une coquille de zinc et de soufre, à un catalyseur moléculaire à base de cobalt. Ce dispositif « hybride » combine les excellentes propriétés d’absorption de la lumière visible et la stabilité des semi-conducteurs inorganiques à l’efficacité des catalyseurs moléculaires. En présence d’un excès de vitamine C, qui fournit les électrons au système, il montre une activité catalytique remarquable dans l’eau, la meilleure obtenue à ce jour avec des « quantum dots » sans cadmium. Les performances de ce système sont bien supérieures à celles obtenues avec un photosensibilisateur à base de ruthénium, grâce à la très grande stabilité de ses matériaux inorganiques, qui peuvent être recyclés plusieurs fois sans perte notable d’activité.

Ces résultats mettent en évidence le grand potentiel de tels systèmes hybrides pour la production d’hydrogène issue de l’énergie solaire.

hydrogene-capture

Source : cnrs

Une expédition sur les traces du réchauffement climatique #5

« 26eme jour d’expédition Sur les Traces de l’Or Blanc.

Après avoir traversé Jameson Land, nous avons atteint la Terre de Liverpool qui s’y trouve à l’Est. Nous y avons posé un camp pendant 4 jours qui nous ont permis d’explorer les alentours et d’y faire un peu d’alpinisme. Nous avons décidé de remettre un peu de challenge dans notre aventure en décidant de rentrer à pied à Ittoqqorttormitt (la ville de 450 habitants tout au Sud de la Terre de Liverpool) en passant par l’est.

image1

Nous voici donc de retour sur la banquise avec nos amis les Icebergs mais côté Océan Arctique. Nous avons posé un camp près d’une cabane de pêcheurs/chasseurs dont voici la photo (ci-dessus). C’est un signe que nous nous rapprochons enfin d’une civilisation après avoir croisé les traces d’une faune et une flore qui pour l’instant se cache.

Lors de ces 4 semaines, nous avons pu apercevoir sur la neige les  empreintes de nombreux mammifères : renards, lapins, loups, ours blanc (surnommé Le seigneur de l’Arctique) bœufs musqués; mais nous n’avons entraperçu que ces derniers, au pelage noir.

Côté mer, nous avons deviné au loin des tâches noires qui d’un coup disparaissent de la banquise; des phoques qui profitaient d’un bain de soleil.

La flore aussi s’adapte à cet environnement hostile : pas d’arbres ne poussent, que des arbustes bas de 5cm qui résistent au vent et hibernent sous la neige. C’est sûr, l’Homme n’est pas ici dans son environnement non plus et seules quelques cabanes lui permettent de s’éloigner de la ville. Faune, flore et civilisation attendent toutes la même chose : l’été et le dégel. On se demande quelles sont les impacts du réchauffement climatique sur cet équilibre.

Nous tenterons d’y répondre la semaine prochaine en direct d’Ittoqqorttormitt pour la dernière étape de l’expédition. »

 

Produire de l’électricité à partir des fluctuations de température ambiantes

Avec ce nouveau procédé, pas besoin d’avoir des sources simultanées à des températures différentes, ni d’avoir des différences importantes, la fluctuation entre températures diurnes et nocturnes peut suffire. Bien sûr, la production n’est pas extraordinaire, mais néanmoins suffisante pour alimenter des capteurs qui doivent fonctionner en continu et sur de longues années par exemple. Et ce sans autre source d’énergie. Du coup, ce dispositif constitue une source d’électricité faible mais indépendante, ubiquitaire et qui s’affranchit de nombreuses contraintes environnementales (ensoleillement, vent etc). On pourrait envisager de le placer sous un panneau solaire, où il récupérerait une partie de la chaleur perdue, ou même l’enterrer sous terre, dès lors qu’il y existe des changements de températures.

Un record d’effusivité thermique

Lors des tests, ce résonateur thermique s’est montré trois fois plus performant que ses équivalents pyroélectriques disponibles sur le marché. Pour aboutir à un système le plus optimisé possible, les chercheurs ont travaillé sur la mise au point d’un matériau qui allie à la fois une bonne conductivité thermique (capacité d’un matériau à conduire la chaleur) et une bonne capacité thermique (capacité à accumuler la chaleur) : deux propriétés qui généralement ne vont pas ensemble. L’article paru dans Nature Communications explique notamment comment ils ont mis au point un matériau composite dont la structure de base une mousse métallique de cuivre et de nickel recouverte d’une couche de graphène. La mousse est ensuite emplie d’octadecane dont la particularité est de changer de phase (de solide à liquide) dans une gamme de température particulièrement pertinente. C’est l’octadécane qui stocke la chaleur et les métaux recouverts de graphène qui permettent une conduction rapide aboutissant à la conversion de la chaleur en électricité. « La combinaison des trois composants fait du dispositif le matériel avec la plus haute effusivité thermique connue aujourd’hui », affirme Mickael Strano, le professeur qui a supervisé ces recherches. Au final, le dispositif capture la chaleur d’un côté, celle-ci irradie doucement vers l’autre côté. Le système est toujours en déséquilibre d’un point de vue thermique et tente de se rééquilibrer. Cette perpétuelle différence entre les deux côtés est stockée dans des composants thermoélectriques classiques.

Pour donner une idée des résultats obtenus, l’appareil a pu produire un courant de 350mV et une puissance de 1,3mW grâce à une différence de 10°C entre le jour et la nuit.

Des applications très diverses

Les travaux pour mettre au point ce procédé ont bénéficié d’une bourse de l’Université de science et technologie du roi Abdullah d’Arabie Saoudite (KAUST), en vue notamment de mettre au point des capteurs de surveillance des conditions d’exploitation du gaz et du pétrole énergétiquement autonomes. Mais en réalité, ce résonateur thermique peut s’adapter à n’importe quel système qui présente une variation de température comme l’alternance marche/arrêt du système de chauffage/réfrigération d’un frigo ou de nombreux process industriels. Il pourrait même s’adapter à des besoins locaux sur d’autres lunes et planètes en fournissant de l’énergie sur le long terme pour des landers ou des rovers. En outre, il permet de s’inscrire dans un mouvement plus large visant à diversifier les sources d’énergie des process et à les rendre indépendantes les unes des autres pour faire face aux défaillances de l’un des systèmes. « Dans ce cadre notre solution, est un système supplémentaire qui même s’il est insuffisant pour alimenter un process industriel peut simplement permettre l’envoi d’un message d’urgence », explique l’un des auteurs.

Sophie Hoguin

Une peau artificielle dote les mains de capacités magnétiques

Aujourd’hui, la réalité virtuelle ou augmentée s’appuie principalement sur des technologies de détection optique des parties mobiles du corps pour l’interaction avec des objets virtuels. Cependant, elle nécessite souvent des dispositifs encombrants et sa résolution n’est pas suffisante pour des mouvements fins comme ceux des doigts par rapport à la paume d’une main par exemple. Pour aller au-delà, des chercheurs de laboratoires allemands et autrichiens, dans le cadre du programme européen SMART, se sont attachés à trouver une solution qui s’appuie sur la sensibilité magnétique et qui colle littéralement à la peau. Le concept et sa mise en œuvre pourraient révolutionner l’emploi de la réalité augmentée pour de nombreuses applications allant du suivi de mouvement en robotique à la médecine régénérative ou aux jeux vidéos.

application peau magnétique
@ Crédit Cañón Bermúdez et al / Sci. Adv. 2018

Une peau électronique ultrafine

Les capteurs sont intégrés entre deux feuillets d’une peau électronique ultrafine. Cette peau est constituée de deux films ultraminces (1,7 µm chacun) de polyimide. Extensible, souple et imprimable, ce film peut s’appliquer sur n’importe quelle partie de la main sans gêne importante pour le porteur. Il peut aussi être intégré à des matériaux souples comme les textiles et il supporte une température maximale de 344°C. Si les chercheurs ont assez rapidement réussi à réaliser un capteur magnétosensible qui s’intégrait à leur film et qui permettait de détecter les objets environnants, ils ont eu plus de mal à passer l’obstacle du positionnement spatial. Mais, ils y sont finalement parvenus et ont démontré la faisabilité grâce à deux expériences décrites dans un article paru dans Science Advances de fin janvier 2018 où leur dispositif permet d’interagir avec des objets virtuels qui ne sont pas dans la ligne visuelle directe du manipulateur.

Variateur de lumière et clavier virtuel

Dans la première expérience, un aimant permanent est fixé au bout du doigt d’une personne. Sur son autre main, un serre-poignet élastique contient le dispositif des chercheurs muni d’un capteur 2D. Quand le bout du doigt s’approche du serre-poignet le capteur peut déterminer l’angle d’approche, cet angle est converti en un caractère prédéfini (un chiffre par exemple). Les différentes positions du doigt procurent donc différents caractères et peuvent être transformer en un clavier activable à distance.

La deuxième expérience a démontré la possibilité de régler l’intensité d’une ampoule virtuelle via une manipulation sans contact. La peau électronique a été placée dans la paume de la main. Un aimant permanent fait office de bouton virtuel. Quand la main fait un mouvement, comme pour faire tourner un variateur dans un sens ou dans l’autre, le capteur transforme le changement dans les champs magnétiques en information pour augmenter ou diminuer l’intensité lumineuse de l’ampoule virtuelle.

Sophie Hoguin

La Chine affiche ses ambitions spatiales

La Chine vient d’annoncer, le lundi 2 avril, que la station spatiale Tiangong 1 était finalement entrée dans l’atmosphère terrestre pour s’y désintégrer à 80 %. Les autres débris se sont perdus au fond de l’océan Pacifique sud. Une page se tourne et une autre est en marche puisque Tiangong 2 est déjà en orbite et Tiangong 3 se prépare activement. Mais le programme spatial chinois est bien loin de s’arrêter là.

Lanceur lourd et satellites internationaux

Dans la nouvelle génération des lanceurs chinois, la Longue Marche 5 est très attendue. Munie de moteurs semi-cryogéniques (kérosène / oxygène liquide), cette fusée inaugure une nouvelle classe de lanceurs pour le pays. Le programme de développement de ce lanceur lourd, dont le deuxième tir a échoué à l’été 2017, retardant plusieurs autres programmes spatiaux, a bien repris. Une première mission de lancement est prévue en novembre 2018. Il s’agira de placer en orbite une plate-forme expérimentale pour des satellites de communication de nouvelle génération. Cette plate-forme (DFH-5) doit fournir des débits de 300Gbps contre 20Gbps pour DFH-4 actuellement. Elle servira en outre à tester un moteur ionique de conception chinoise et un système de communication par laser. Par ailleurs, a annoncé  un porte-parole du Bureau de l’ingénierie spatiale habitée de Chine le premier tir de la version 5B, c’est-à-dire sans le second étage est aussi prévu en 2019. Cette version est dédiée à la mise en orbite basse de charges utiles lourdes (jusqu’à 25t).

Côté lancements commerciaux, la Chine souhaite pouvoir lancer des fusées depuis la mer : fin février une annonce officielle expliquait ainsi que sur les cinq missions prévues pour les fusées Longue Marche-11 en 2018, quatre se feraient depuis la terre et une depuis la mer. Les fusées Longue Marche-11 fonctionnent au propergol solide et sont dédiées aux lancements de satellites commerciaux. En installant une aire de départ en mer, au niveau de l’équateur, cela devrait permettre d’améliorer encore leur compétitivité (moins de carburant nécessaire) et d’offrir des fenêtres de tirs plus larges. Mais il faut encore réussir à passer les contraintes techniques que cela impliquent.

Tant pour le spatial que pour le reste de son économie, la Chine poursuit son ouverture vers des partenaires internationaux, notamment des pays arabes. Ainsi, la fusée Longue Marche 2C doit lancer en juin 2018 deux satellites de télédétection pour le Pakistan. Il s’agira du premier lancement commercial international pour cette fusée, près de 18 ans après avoir placé en orbite les satellites Iridium de Motorola en 1999. Fin décembre 2017, la Chine avait assuré le lancement du premier satellite algérien de télécommunication, Alcomsat-1. En septembre 2018, le premier satellite développé conjointement par la Chine et la France doit être mis en orbite. Il s’agit d’un satellite d’observation des vents à la surface de la mer et des vagues. Les données seront partagées par les scientifiques des deux pays.

La Chine veut décrocher la Lune

Cela fait maintenant 25 ans que la Chine a lancé son programme spatial habité. Grâce à sa nouvelle Longue Marche 5B, le pays compte commencer la construction de sa nouvelle station spatiale (Tiangong 3) dès 2020 avec la mise en place du module de base et des modules expérimentaux (20 tonnes chacun) pour une mise en service prévue en 2022. Un troisième groupe d’astronautes doit être sélectionné au premier semestre 2018 : il sera composé de pilotes et d’ingénieurs de maintenance. L’entraînement des taïkonautes est désormais axé sur les spécificités liées aux longs séjours en orbite et aux activités extra-véhiculaires régulières telles que l’apprentissage de l’utilisation de bras mécaniques. Des tests de survie dans le désert et un examen sous-marin de procédure d’évacuation de la capsule sont prévus prochainement.

La Chine escompte bien coopérer avec les Nations Unies et l’agence spatiale européenne pour des applications de la station spatiale et pour le développement de modules. Sa coopération s’étendra àc d’autres pays pour ses missions lunaires. Plusieurs missions vers la Lune sont en effet programmée : Chang’e-4 qui doit poser un module sur la face cachée de la Lune au cours du deuxième semestre 2018. Et en 2019, la mission Chang’e-5, déjà plusieurs fois retardée, doit prélever des échantillons lunaires avant de les ramener sur Terre.

Recherche et observations : la Chine voit loin

En matière de recherche sur les trous noirs, les étoiles à neutrons et les étoiles à quarks, alors même que la Chine a lancé en juin 2017 son télescope spatial d’observation des rayons X (Hard X-Ray Modulation Telescope – HXMT) et que sa mise en service officielle a été annoncée début février, elle prépare déjà son successeur : le satellite de chronométrage à rayons X et de polarimétrie renforcé (enhanced X-ray Timing and Polarimetry – eXTP). Il doit permettre, selon le responsable de l’eXTP, Zhang Shuangnan, d’amener la Chine à un niveau de premier plan dans l’astronomie mondiale des rayons X entre 2025 et 2035. Le HXMT est le premier télescope spatial d’observation des rayons X de la Chine. Il est capable d’observer les rayons X durs dont l’énergie est comprise entre 1 et 250 keV.

Côté terrestre, la Chine déjà doté du FAST (pour Five-hundred-meter Aperture Spherical Radio Telescope) le radiotélescope à réflecteur unique le plus sensible du monde veut encore l’améliorer. En effet, dès fin avril 2018, il devrait être doté d’un récepteur radio plus sophistiqué et les scientifiques chinois envisagent l’installation de deux à dix radiotélescopes plus petits, de diamètres 30m, autour de lui pour que sa résolution soit 100 fois plus élevée qu’aujourd’hui. Les missions du FAST comprennent actuellement l’observation des pulsars, l’exploration des molécules interstellaires et la surveillance des signaux de communication interstellaire.

Sophie Hoguin

Minage des cryptomonnaies : un business pour les cybercriminels

L’année n’est pas encore terminée que des records sont déjà battus. Selon Crypto Aware, un site dédié à la sécurité des cryptomonnaies, l’équivalent de plus de 1,7 milliard de dollars de cryptomonnaies a été dérobé entre juin 2011 et mars dernier. Et la tendance s’est accélérée : près de 40 % de ces sommes ont été perdues au cours des trois derniers mois. De là à jeter l’opprobre sur ces monnaies, il n’y a qu’un pas vite franchi par certains.

Pour les cybercriminels et escrocs, c’est devenu un nouveau filon. Et comme pour le piratage informatique, il n’est pas nécessaire d’être un cador en lignes de code pour mettre la main sur des Bitcoin et autres cryptomonnaies. C’est toujours la victime qui est vulnérable car pas assez (in)formée sur les risques et les solutions à mettre en place pour les atténuer.

Un processeur utilisé à 100 % d’un seul coup !

Différentes techniques sont employées. La première consiste à miner des cryptomonnaies à l’insu des internautes. Le minage est le processus d’ajout d’enregistrements de transactions d’une cryptomonnaie au compte rendu public des transactions passées. Un ordinateur effectue donc des calculs pour augmenter le nombre de coins (parfois appelés « des tokens ») de la monnaie. (augmenter la masse monétaire).

D’où la tentation de s’appuyer sur un réseau d’ordinateurs infectés pour effectuer ces fameux calculs. Pour les victimes, leur PC devient d’un seul coup aussi rapide qu’une 2 CV. Le taux d’utilisation du processeur peut grimper en flèche, entre 50 % et 100 % !

Cette arnaque n’est pas récente, mais elle se multiplie car certains en profitent pour remplacer la publicité en ligne par le minage. C’est le cas du site de « torrents » The Pirate Bay qui a reconnu avoir utilisé les ordinateurs de ses visiteurs afin de miner des cryptomonnaies, sans leur demander la permission…

Il y a deux mois, des pirates ont infecté des sites pour y placer un script de minage appelé Coinhive dans le logiciel de synthèse vocale Browsealoud (un plug-in populaire qui aide les personnes aveugles et malvoyantes à accéder au Web). Les quelque 5000 sites internet qui utilisent Browsealoud – dont certaines agences gouvernementales américaines et britanniques – ont donc servi de relai pour miner la cryptomonnaie Monero, lancée en 2014 et centrée sur la vie privée. Mais selon des chercheurs en sécurité informatique, ce serait plus de 30 000 sites infectés ou ayant accepté d’intégrer dans leurs pages web ce script (là aussi pour remplacer la pub online).

Cheval de Troie

D’autres escrocs se sont appuyés sur l’application Facebook Messenger. Ils ont réussi à infecter des ordinateurs avec leur virus baptisé Digmine pour miner du Monero. Heureusement, ce code malveillant se répand principalement en Asie.

Une autre technique est employée : modifier d’adresse de destination dans un portefeuille. Cette technique a été utilisée par le développeur du cheval de Troie (ou trojan) CryptoShuffler. Dès qu’il détecte l’adresse d’un portefeuille de devises chiffrées dans le presse-papiers (ces adresses sont faciles à repérer par la longueur de lignes et les caractères spécifiques), il la remplace par une autre. Résultat, les fonds ne sont pas récupérés par le bon destinataire. Fin octobre dernier, l’éditeur de sécurité Kaspersky estimait que les auteurs de ce trojan aurait récupéré l’équivalent de 140 000 dollars.

Pour les particuliers, mais aussi les entreprises qui possèdent de la cryptomonnaie, il est indispensable de renforcer la sécurité de leur poste de travail : antivirus et pare-feu mis à jour, protection des mots de passe et conservation des cryptomonnaies dans un « cold wallet », ou un wallet hardware comme le Ledger Nano S. Réputé inattaquable par la société française Ledger, ce portefeuille hardware a bénéficié récemment d’une mise à jour suite aux révélations d’un jeune Britannique de 15 ans qui avait découvert des failles de sécurité dans la conception…

Il convient aussi d’être vigilant quant aux applications pour smartphone et extensions pour navigateurs qui peuvent être malveillantes. Google a récemment fait le nettoyage dans les extensions de minage présentes sur Chrome Store. D’ici juin, elles ne seront plus référencées, car de nombreuses personnes se sont plaintes de vol de données confidentielles et d’opérations de minage exécutées à leur insu.

Philippe Richard

Une expédition sur les traces du réchauffement climatique #4

« Dix-neuvième jour d’expédition Sur les Traces l’Or Blanc. Après 4 jours de traversée du fjord Hall Brending et 5 jours de traversée de Jameson Land, nous sommes aux portes de la Terre de Liverpool.

Durant les 4 jours sur Hall Brending, nous avons évolué sur une banquise au milieu des icebergs. Au début de l’automne, la mer a gelé formant une couche de glace légèrement salée, emprisonnant ainsi les immenses blocs de glace qui se détachent tout au long de l’année au Groenland pour venir fondre dans la mer. Ces cathédrales d’eau douce restent bloquées tout l’hiver avant d’être libérées l’été.

Côté expédition, le froid reste mordant ; il fait désespérément beau mais désespérément glacial. Heureusement, les journées se sont rallongées à grande vitesse. On avait prévu entre 8 et 11 jours de traversée de Jameson Land mais les conditions de neige et météo étaient optimales ce qui nous a permis de facilement trouver notre itinéraire.

semaine 3

On vous joint une photo d’un iceberg majestueux pris dans la banquise que nous avons traversée. La qualité de la photo vous permettra peut être de nous voir dessus en haut à gauche.

A la semaine prochaine, on pourra vous raconter notre exploration de Liverpool Land. »

L’Europe veut prendre les débris spatiaux dans ses filets

Avec la validation de leur concept en grandeur nature à l’air libre et en apesanteur lors d’un vol parabolique, les trois PME européennes qui composent le projet ADR1EN ont été sélectionnées par l’agence spatiale européenne (ESA) pour participer à e-Deorbit, la première mission européenne de retrait d’un satellite mort prévue en 2023.

Une alliance Italie-Pologne

ADR1EN (First European System for Active Debris Removal with Nets) est porté par trois PME : STAM, une PME italienne spécialisée dans les systèmes mécatroniques qui coordonne le projet, prépare le plan d’affaires et qui est chargée de mettre au point un éjecteur de filet grand format ; SKA Polska, une PME polonaise qui a développé le simulateur de filet et le filet de collecte et OptiNav, une autre PME polonaise qui a réalisé l’installation de test et procédé aux tests de chute libre grandeur nature au sol. Les financements proviennent en partie de « Instrument PME »* de l’Union européenne. Ils ont permis de faire face aux risques financiers liés au passage des dernières obstacles techniques notamment. ADR1EN a en outre reçu le soutien de Thales Alenia Space avec la mise à disposition d’une chambre à vide thermique et d’installations de test de contamination.

Le choix du filet

STAM,  déjà fournisseur de l’ESA depuis 1999, avait une expérience en matière de filet spatial. En effet, l’italien avait développé à petite échelle un système de capture de débris visant à protéger les infrastructures spatiales des débris en orbite. Leur système a donc servi de base au projet ADR1EN dont l’échelle est beaucoup plus conséquente. En effet, il s’agit de pouvoir récupérer un satellite mort en orbite en l’emprisonnant dans un filet afin de pouvoir le remorquer via un vaisseau spatial muni d’un câble fixé au filet. Les débris seront ensuite soient brûlés lors d’une entrée contrôlée dans l’atmosphère ou désorbités vers une zone sans danger. A ce jour, de nombreuses alternatives technologiques sont à l’étude pour capturer les débris spatiaux : bras robotisés, harpons, lasers, mais les filets font pour l’instant bonne figure grâce à un poids limité et un déploiement à distance ne nécessitant pas une extrême précision dans la phase de capture. Le projet a désormais validé la démonstration à l’échelle en chute libre et par simulation pour les conditions opérationnelles. Reste à prouver que cela fonctionnera en conditions réelles.

Un marché mondial à la clé

Mais les acteurs du projet ne compte pas s’arrêter à la mission e-Deorbit. Ils visent un véritable marché à venir et ont donc commencé à développer un plan d’affaires et de commercialisation. Soutenu sur ce plan par Franco Malerba, le premier astronaute italien, une vidéo illustre notamment les ambitions qu’ils espèrent concrétiser lors de l’expo universelle à Dubai en 2020.

Rappelons que depuis l’avènement de l’industrie spatiale environ 7 200 satellites ont été lancés et que seuls 1400 sont encore opérationnels. Les autres sont à l’abandon et tombent en morceaux. On estime ainsi que 750 000 éléments d’une taille supérieure à 1 cm sont aujourd’hui en orbite autour de la Terre et présentent un danger réel pour les coûteux équipements satellitaires et stations spatiales. D’autres débouchés sont en plus envisagés précise Umberto Battista, ingénieur chez STAM qui explique ainsi que « la technologie de filets pourrait aussi voir se développer des applications sur Terre pour la neutralisation de drones offensifs par exemple ».

Sophie Hoguin

*Instrument PME (IPME) est un dispositif financier européen intégré au programme Horizon 2020 qui vise à soutenir sur le marché mondial les PME porteuses de projets très innovants.

Les scénarii de l’AIE incompatibles avec l’Accord de Paris ?

À travers ses scénarii énergétiques, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) oriente les décisions énergétiques de 30 pays. Un nouveau rapport a passé au crible ces scénarii et ses conclusions sont accablantes. Si le scénario de référence de l’AIE (« New Policies Scenario ») est mis en œuvre, il entraînerait la consommation de l’intégralité du « budget carbone » restant pour limiter le réchauffement à 1,5°C dès 2022. Dès 2034, le budget pour le limiter à 2°C serait dépassé. En cause, des investissements dans le pétrole et le gaz beaucoup trop élevés : entre 11,2 et 13,8 billions de dollars sur la période 2018-2040, incompatibles avec l’Accord de Paris. Plus des trois quarts des investissements recommandés dans ce scénario sont incompatibles avec l’accord de Paris.

En plus de son scénario principal, l’AIE fournit un « scénario de développement durable » (2DS) plus ambitieux. Le profil des émissions donne 50 % de chances de limiter le réchauffement climatique à 2 °C en 2100. Si les voies d’émission  sont plus ambitieuses, le rapport constate que ce scénario ne correspond pas non plus aux objectifs de l’Accord de Paris. Celui-ci épuiserait le budget carbone pour limiter le réchauffement à 1,5°C dès 2023, et celui pour atteindre les 2°C dès 2040.

graph1
Dépenses d’investissement cumulatives dans l’extraction de pétrole et de gaz, 2018-2040, selon les scénarios de l’AIE par rapport aux objectifs de Paris. Sources: IEA, Rystad Energy, Oil Change International analysis, IPCC, Global Carbon Project

 

« L’AIE promeut une vision de l’avenir où le monde reste dépendant des combustibles fossiles, dénonce Greg Muttitt, directeur de recherche chez Oil Change International. Les 30 pays membres de l’AIE ont tous signé l’Accord de Paris, donc l’AIE devrait les aider à atteindre leurs objectifs en matière de climat et non les freiner ». Les auteurs appellent donc l’AIE à définir un nouveau scénario central qui réponde à ces objectifs dans son prochain rapport World Energy Outlook.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Hydrogène nucléaire : la France a trouvé l’astuce

C’est une réalité physique : la chaîne hydrogène est inefficiente. L’électrolyse fait perdre 30% de l’énergie électrique et la compression 15%. Si l’hydrogène obtenu est ensuite utilisé dans une pile à combustible, 55% de ce qui reste est perdu.  Le bilan d’un cycle complet est alors de 20 à 30% selon l’ADEME.

C’est une réalité sociale : les salariés des centrales nucléaires d’EDF ne veulent pas perdre leurs emplois.  De même que les salariés du secteur gazier. C’est enfin une réalité politique : la Loi française impose de réduire la part du nucléaire de 75% à 50%. Et il suffit d’augmenter la production électrique globale (au lieu de diminuer la production nucléaire) pour que la part du nucléaire baisse. C’est mathématique.

Selon un rapport récent d’EDF et d’entreprises notamment issues de l’industrie Oil&Gas « en 2050, l’hydrogène pourrait représenter 20 % de la demande d’énergie en France, alimenter 18 % du parc de véhicules et ainsi contribuer à réduire les émissions de CO2 de 55 millions de tonnes ». Dans cette perspective les co-auteurs du rapport souhaitent que la France investisse la bagatelle de 800 millions d’euros par an d’ici 2028. « En 2030, l’hydrogène destiné aux transports, aux bâtiments et à l’industrie serait produit à 90% à partir de sources sans carbone, que ce soit par électrolyse centralisée ou distribuée ou par vaporéformage du biométhane ou du gaz naturel allié au captage du carbone ».

Autrement dit l’hydrogène sera produit par électrolyse avec l’électricité des centrales nucléaires (« électrolyse centralisée ») et, dans une moindre mesure, hydroélectriques. ORANO (ex-AREVA) commercialise des électrolyseurs. Les employés des centrales nucléaires EDF peuvent ainsi être rassurés. Et l’hydrogène sera aussi produit par reformage du gaz fossile à 900°C. Les gaziers peuvent aussi être rassurés. Tout le monde est content.

Pendant ce temps-là, en partenariat avec le CEA, un « bateau à hydrogène », très présent dans les médias, suggèrera aux Françaises et aux Français que l’hydrogène est d’origine solaire et éolienne. En France la part de l’éolien et du solaire est très modeste comparativement à celle de ses voisins européens.

La France fait fausse route solaire.

Jean-Gabriel Marie

L’hydrogène dans le mix énergétique français en 2050 ?

L’industrie française est prête à réaliser les investissements nécessaires pour développer l’hydrogène décarboné sur le territoire. Tous les grands acteurs de la filière sont au rendez-vous pour cette étude prospective. On retrouve notamment EDF, Engie, Total, Air liquide, Alstom, Michelin, SNCF, Hyundai, Toyota, le CEA et l’Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à Combustible (AFHYPAC). Objectif : contribuer à établir la feuille de route française de l’hydrogène demandée par le Ministre de la Transition écologique et solidaire.

L’hydrogène, allié de la transition énergétique française

Selon leurs calculs, « en 2050, l’hydrogène pourrait représenter 20 % de la demande d’énergie en France, alimenter 18 % du parc de véhicules et ainsi contribuer à réduire les émissions de CO2 de 55 millions de tonnes ». Cette réduction comblerait près d’un tiers de l’écart qui existe entre les émissions correspondant au scénario technologique de référence de l’UE (qui n’intègre que les politiques actuelles) et le niveau requis par les engagements pris par la France dans le cadre de l’Accord de Paris et son Plan Climat.

L’hydrogène pourrait par ailleurs représenter près de 12 % de la demande de chauffage et d’électricité des ménages et environ 10 % de la demande de chaleur et d’électricité de l’industrie. Combiné à des émissions de CO2 préalablement captées, il permettrait enfin de produire plus de 2 millions de tonnes de méthanol, d’oléfines et autres produits pour l’industrie chimique. En 2050, cette industrie représenterait un chiffre d’affaires de 40 milliards d’euros et plus de 150.000 emplois.

Un fort potentiel, mais un cadre à définir

Pour parvenir à développer l’hydrogène d’ici 2030, la France doit investir dès aujourd’hui. Dans le but de mettre en oeuvre cette vision, les auteurs proposent un investissement de 800 millions d’euros par an d’ici 2028. Il permettrait de développer les équipements, l’infrastructure, la mise à l’échelle des moyens de production et la R&D. En 2030, cela permettrait des opportunités à l’exportation d’environ 6,5 milliards d’euros en 2030 et 15 milliards en 2050. Pour mener à bien ces investissements, les industriels demandent un « cadre réglementaire stable, équitable et incitatif ». En contrepartie, ils se disent prêts à porter les investissements à 1,5 milliards d’euros en 2028, contre seulement un tiers de ce montant avec le cadre actuel.

Les industriels demandent par ailleurs le lancement de projets de grande échelle pour réduire les coûts des principales technologies. En effet, ils avancent qu’il serait possible de réduire les coûts à hauteur de 60 % « que ce soit pour la production/transport/distribution de l’hydrogène, les infrastructures ou encore les piles à combustible, sous réserve d’augmenter significativement les volumes de production ». Ils demandent enfin des incitations aux investissements privés de long terme pour y parvenir.

L’industrie française a le potentiel nécessaire pour devenir l’un des plus grands fournisseurs mondiaux de technologies de l’hydrogène. La France compte notamment dans sa filière automobile de solides fournisseurs de matériaux et de composants pour les systèmes de pile à combustible. Elle est particulièrement bien positionnée dans le domaine du développement et de la fabrication d’équipements pour la production, la distribution, le stockage et l’acheminement de l’hydrogène.

Coup de projecteur sur les transports et le chauffage

Dans le secteur des transports, il serait possible de passer de 20 stations actuellement à environ 400 stations à hydrogène d’ici 2028.  Grâce à un déploiement progressif et simultanée, elles alimenteraient près de 10.000 véhicules électriques à pile à combustible en 2023 et 200.000 en 2028. Le déploiement accéléré par rapport aux voitures particulières se ferait dans les transports publics et les flottes captives. « Sur les segments des flottes captives tels que celui des taxis ou des véhicules utilitaires, une voiture sur 50 vendues en 2023 et une sur 10 en 2028, pourrait être un FCEV [véhicule électriques à pile à combustible] », note le rapport. Les autobus, les trains et le transport maritime constitueront aussi des segments phares à développer. Des trains, des ferries et autres navires à hydrogène sont d’ores et déjà en cours de développement.

De l’hydrogène décarboné ?

Sous le terme d’hydrogène décarboné, les professionnels avancent plusieurs technologies. La plus ambitieuse est l’électrolyse de l’eau à partir d’électricité d’origine renouvelable ou décarbonée, incluant le nucléaire. Il peut également s’agir de vaporéformage de biométhane ou de gaz naturel associé à une technologie de captage et séquestration du CO2.

Selon la vision de ces industriels, la production de l’hydrogène doit être rapidement décarbonée. « En 2030, l’hydrogène destiné aux transports, aux bâtiments et à l’industrie serait produit à 90  à partir de sources sans carbone, que ce soit par électrolyse centralisée ou distribuée ou par vaporéformage du biométhane ou du gaz naturel allié au captage du carbone », projettent-ils.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Une expédition sur les traces du réchauffement climatique #3

« Douzième jour d’expédition Sur les Traces de L’or Blanc, le moral des troupes est au top. On commence enfin à s’adapter à notre nouvel environnement : on supporte mieux le froid et on mange beaucoup.

Nos 4000 kcal journaliers individuels nous aident à faire tourner notre machine. Nous avons passé 4 jours en Terre de Milne sous un flot de neige incessant qui complique pas mal notre progression. Les pulkas s’enfoncent dans la neige fraîche et  freinent notre avancée. Le beau temps est revenu aujourd’hui avec le froid et un nouvel objectif pour nous : rejoindre Jameson Land.

jameson-land
Carte de Jameson Land

La banquise a l’air solide : les températures sont de saison et maintiennent donc une bonne stabilité du manteau neigeux et de la banquise qu’il protège.

En revanche, les précipitations sont abondantes : environ 30cm sont tombés ces 4 derniers jours, ce qui correspondrait plutôt à une quantité mensuelle pour une saison normale.

Ce n’est pas pour nous déplaire : les faces les plus raides des sommets qui nous entourent sont plaqués de neige.

On vous laisse avec une photo de notre camp ce matin.
A la semaine prochaine. »

semaine 2

Pour en savoir plus sur cette expédition :

Les épisodes précédents:

Ce radiateur produit de la chaleur et des revenus

Les ordinateurs sont un gisement de chaleur fatale dont l’exploitation est en vogue dans les grandes fermes de serveurs (datacenters). A l’échelle d’un logement, ils forment aussi une source de chauffage pertinente, voire une source de revenus. C’est le principe du radiateur QC-1 de l’entreprise Qarnot, dévoilé début mars : équipé de deux processeurs graphiques RX580 de marque AMD, le QC-1 produit une puissance calorifique totale de 650 watts, cette chaleur étant dégagée par le minage de crypto-monnaies. Le revenu mensuel engendré par cette opération atteindrait une centaine d’euros, selon le communiqué officiel de Qarnot.

Cette jeune entreprise sise à Montrouge (Hauts-de-Seine) n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2013 et dans le cadre de projets de réhabilitation, elle commercialise auprès des bailleurs le radiateur QH-1 (autrefois Q-Rad), embarquant un ordinateur dont la puissance de calcul est allouée à la demande. «Nous vendons les radiateurs au bailleur et nous remboursons la consommation électrique, explique Miroslav Sviezeny, directeur général et cofondateur de Qarnot. En contrepartie, nous vendons de la puissance de calcul via notre plateforme cloud à des salles de marchés, à des spécialistes de l’animation 3D… Plus de 500 unités du Q-Rad sont aujourd’hui déployées dans des bureaux et des logements collectifs, principalement en région parisienne. Ce nombre sera doublé d’ici à septembre, avec la livraison d’un immeuble mixte à Bordeaux.»

Amorti au bout de deux à trois ans

Le modèle économique QC-1 diffère, donc. «Bien qu’une offre existe pour les professionnels, ce modèle s’adresse en priorité aux particuliers, précise Miroslav Sviezeny. Il est vendu 2900 € via notre site Internet, d’autres distributeurs pouvant s’ajouter par la suite. Techniquement, il est découplé de notre plateforme cloud et opère de manière indépendante. Les prérequis sont une prise électrique standard et un accès réseau filaire à Internet. Une liaison ADSL est suffisante, alors que le QH-1 réclame une liaison fibrée. Trois crypto-monnaies sont préconfigurées – Zcash, Monero et Ether – et le minage est automatique. Si une crypto-monnaie plus rentable fait son apparition, une mise à jour pourra la prendre en compte. Sinon, notre Github permet de paramétrer la monnaie de son choix.»

La puissance est réglable via le thermostat intégré ou l’application mobile : le radiateur, silencieux en l’absence de ventilateur et de disque dur, peut être éteint l’été et fonctionner à plein régime l’hiver, les deux résistances de 200 watts complétant les 450 watts fournis par les deux processeurs graphiques. De quoi chauffer une pièce de 20 m2 selon Qarnot, la qualité de l’isolation étant à considérer. Cette même application mobile indique la tendance des cours des crypto-monnaies et en déduit le niveau de revenus.

«L’amortissement varie entre deux et trois ans au cours actuel» estime Miroslav Sviezeny, qui admet que ces cours sont volatils. En témoigne la monnaie Ether, qui a perdu 30% de sa valeur depuis la présentation officielle du QC-1. Deux autres facteurs interviennent dans le calcul : le coût du kilowatt-heure, plutôt bas et stable en France pour les particuliers, et l’efficacité du minage, elle-même dépendante de la puissance de traitement. Or, l’obsolescence des circuits graphiques est rapide. Qarnot réfléchit à mettre en place à l’avenir une procédure de reprise du QC-1, quand apparaîtront des versions plus performantes. Quoi qu’il en soit, le rendement demeurerait suffisant pour contrebalancer la consommation électrique du radiateur.

Frédéric Monflier

Energy Observer : Le Solar Impulse des mers

Un laboratoire flottant

L’Energy Observer a beau être un bijou de technologie ultra-moderne, ce catamaran a déjà une belle histoire comme le raconte à Techniques de l’Ingénieur son fondateur Victorien Erussard : « C’est un bateau emblématique qui a remporté le record du tour du monde à la voile en 1994 lorsqu’il était piloté par Sir Peter Blake. Depuis, il était plus ou moins en sommeil, et nous avons décidé de le racheter pour lui donner une seconde vie ». Le navire n’a plus grand chose à voir avec sa première version. Il a été refait de fond en comble pour l’alléger et le transformer afin d’en faire un laboratoire d’énergies renouvelables sur eaux. « C’est une sorte de Solar Impulse des mers », s’amuse son capitaine, en référence à l’avion propulsé uniquement par des panneaux photovoltaïques.

energy-observer-big
©Romain Chicheportiche

Energy Observer fonctionne en effet avec deux moteurs électriques (un à babord, l’autre à tribord) alimentés par 120 m² de panneaux solaires issues de trois technologies (conformable, bifaciale et avec un revêtement antidérapant) cumulant 21 kWc. Le vent ne pousse pas de voile, mais fait tourner deux éoliennes à axe vertical muni d’un système antivibratoire d’1 kW chacune. Enfin, les deux moteurs produisent également de l’électricité par hydrogénération de 2x2kW. Deux systèmes de stockage viennent compléter l’ensemble pour pallier à l’intermittence : des batteries de puissance lithium-ion de 400 V/106 kWh et 8 réservoirs à hydrogène cumulant 62 kg en charge pleine. Le tout est piloté par un système de monitoring en temps réel qui gère et optimise les flux énergétiques.

Le problème, c’est la vitesse

Le concept a déjà été éprouvé et il a montré qu’il fonctionnait lors des 4 000 miles nautiques déjà parcourus au large de la France en 2017. « Nous avons à cette occasion pu tester les systèmes en conditions réelles et avons depuis éliminé les défaillances techniques qui apparaissent toujours lorsque l’on passe des phases de tests en laboratoire à la réalité. Aujourd’hui nous sommes prêts », indique Victorien Erussard, qui a reçu le concours notamment de l’Institut national énergie solaire (INES) et du CEA-Liten. « Nous avons d’ores et déjà atteint notre objectif de l’autonomie énergétique, mais nos vitesses restent relativement faibles, de l’ordre de 4 à 5 nœuds. Pour démontrer que notre concept peut être répliqué à une échelle commerciale, il nous faut atteindre le double, ce qui représente un enjeu considérable ». En effet, le besoin d’énergie grimpe de manière exponentielle à mesure que la vitesse augmente : NRJ nécessaire = vitesse au carré.

IMG_4123
©Romain Chicheportiche

Sensibiliser et apprendre

Lors de son voyage en Méditerranée, puis autour du monde, l’Energy Observer va faire plus d’une centaine d’escales dans 50 pays pour sensibiliser la population mondiale aux problématiques de changement climatique et d’énergies renouvelables. Des tentes seront montées à chaque point d’arrêt pour présenter le projet et les réseaux sociaux seront massivement mis à contribution pour faire partager le quotidien de l’équipage d’une petite quinzaine de personne. Parmi eux, Jérôme Delafosse, chef d’expédition, réalisera des documentaires sur le navire, mais aussi sur les projets innovants en matière de transition énergétique rencontrés à travers le monde. Car l’Energy Observer compte bien continuer à promouvoir un nouveau modèle énergétique : « En, mer nous avons autant besoin de soleil que de vent, des batteries que de l’hydrogène. Il en va de même sur terre. Les énergies alternatives et les moyens de stockage sont complémentaires et nous devons apprendre à les faire fonctionner ensemble : il n’y a pas une seule solution contre le réchauffement climatique, mais une multitude de possibilités », conclue Victorien Erussard.

Romain Chicheportiche

« L’hydrogène dans la transition énergétique » : une note technique de l’ADEME

L’ADEME mentionne dans son document l’expérimentation de l’hybridation batterie + hydrogène au niveau d’un magasin Biocoop d’Avignon ainsi que sur un site isolé sur l’île de La Réunion : « Le village de La Nouvelle, au cœur du Cirque de Mafate à La Réunion, expérimente depuis l’été 2017 un système de stockage hybride batterie / chaîne hydrogène, dans le cadre d’un projet porté par EDF SEI et le Sidélec (Syndicat d’électrification de La Réunion) et soutenu par la Direction Régionale ADEME. L’installation comprend une production PV (7,8 kWc), des batteries lithium (15,6 kWh), un électrolyseur et une pile (3 kW) et un stockage d’hydrogène (3 kg). L’ensemble permet à trois bâtiments (le dispensaire, l’école et le bâtiment de l’ONF) d’être 100% autonome en énergie. Si l’expérimentation est concluante, elle sera étendue à l’ensemble du village qui pourra alors se passer du fioul qui alimente ses groupes électrogènes. »

La batterie assure le stockage quotidien. Le système hydrogène n’intervient de son côté que pendant les longues périodes de pénurie solaro-éolienne. Ce « prolongateur d’autonomie » a donc un rôle marginal. Utiliser des générateurs thermiques classiques à leur place est bien meilleur marché. Et probablement acceptable sur le plan écologique étant donné qu’il s’agit d’usages très ponctuels.

Selon l’agence Bloomberg « pour être une solution, les coûts du stockage hydrogène devront baisser drastiquement. Un système à base d’hydrogène coûte environ 10 fois plus cher qu’un back-up à base de générateurs diesel ayant une puissance équivalente, selon une présentation de Toshiba Corp durant la World Smart Energy Week à Tokyo en mars 2017 ».

L’ADEME envisage par ailleurs de recourir à l’hydrogène pour les véhicules lourds professionnels. Ceci en phase avec la déclaration d’Emmanuel Macron du 22 mars 2018:  « Ils’agit de s’engager dans une révolution des transports en généralisant les véhicules électriques et à hydrogène et en convertissant les flottes de poids lourds au gaz. C’est une stratégie nationale que nous avons engagée. Elle doit aussi s’accélérer sur le plan Européen ». Là encore il est permis de douter. C’est précisément pour les véhicules lourds (et donc fortement consommateurs en énergie) et pour les longs kilométrages quotidiens que les véhicules électriques à batteries sont les plus pertinents économiquement. Recourir à des camions électriques à batterie sera bien plus économique que tout autre mode de transport des marchandises :   par exemple $0.85 par mile avec une flotte de camions Tesla contre $1.51 avec un train (un mile = 1,6 kilomètre). La banque Morgan Stanley estime que les camions Tesla auront un coût de fonctionnement 70% moins élevé que les camions Diesel. « Ce n’est pas seulement un suicide économique pour les camions diesel, c’est une suicide économique pour le transport ferroviaire » a estimé Elon Musk. L’analyste Adam Jonas a déclaré : « Nous pensons que les révélations de Tesla sur leur camion semi-remorque autonome et électrique de classe 8 pourraient constituer le plus grand déclencheur de l’industrie des camions et séparer définitivement les leaders en matière de technologie de ceux qui sont à la traîne ».

Selon l’ADEME, « De récentes simulations technicoéconomiques réalisées par Artelys pour l’ADEME indiquent qu’à l’horizon 2035, le système électrique (français ndlr), comprenant 64% de renouvelables, peut fournir 30 TWh/an d’hydrogène pour un coût inférieur à 5 €/kg, qui est compétitif pour des usages dans la mobilité et l’industrie. Dans ces simulations, le coût moyen de l’électricité consommée par les électrolyseurs s’établit à 42 €/MWh ».

Mais « le rendement énergétique de la chaîne hydrogène et les risques accidentels associés à son utilisation sont des questions qui font régulièrement débat. Ces débats sont légitimes, ils pointent les contraintes attachées à cette technologie, qui doivent être prises en compte dans sa mise en œuvre concrète.

L’hydrogène n’étant qu’un vecteur énergétique, il suppose une succession de transformations, entre source primaire d’énergie et énergie finale utilisée. Le rendement de l’électrolyse – permettant via un courant électrique de décomposer la molécule d’eau en hydrogène et oxygène – est actuellement de l’ordre de 70%. La compression de ce gaz est également consommatrice d’énergie, et la recombinaison de la molécule d’eau dans la pile, pour fournir de l’électricité à nouveau, se fait avec un rendement de l’ordre de 45%. Le rendement global de la chaîne, de l’électricité primaire à l’électricité utile restituée, se situe ainsi dans une fourchette de 20 à 30% selon les applications, la pression de stockage considérée, les schémas logistiques…

Pour cette raison, et dans le but d’une efficacité globale des systèmes énergétiques, le stockage électrochimique à batterie est à privilégier lorsque cela est possible. Le rendement de ce type de stockage est en effet meilleur, supérieur à 80%. Par exemple, dans le domaine de la mobilité, le véhicule électrique à batterie seule est à préférer pour les profils d’usage qui peuvent être couverts par ce type de véhicule, selon l’autonomie énergétique souhaitée, la disponibilité du véhicule requise… Le recours à l’hydrogène est à considérer lorsque cette solution n’est plus opérante ».

Jean-Gabriel Marie

Energy Observer : un bateau à batterie lithium

Observons Energy Observer (ex trophée Jules Verne): le système à hydrogène n’est activé que quand les batteries (106 kWh, soit l’équivalent du réservoir d’une Tesla S haut de gamme) n’ont plus assez d’énergie en réserve pour compléter l’alimentation électro-solaire directe. Les voiliers sont équipés de moteurs thermiques de secours (bon marché), mais on ne les appelle pas pour autant « bateaux à moteur ». C’est le système énergétique principal qui confère le nom de « voilier » (bateau à voile).De même l’Energy Observer est donc plutôt un bateau électro-solaire à batterie lithium-ion (système principal) à prolongateur hydrogène (système secondaire). 

L’avion Solar Impulse est parvenu à faire le tour du monde (en plusieurs étapes dont la traversée de l’Atlantique en 5 jours) en recourant uniquement à des batteries, et pas du tout à l’hydrogène. Or dans les airs une panne énergétique est plus préoccupante qu’en mer.  Selon  Forsee Power, « le système batteries » d’Energy Observer est « constitué des modules Flex EP7 et des systèmes de gestion BMS (Battery Management System) et Master-BMS ». Commercialisé depuis 2012, « la technologie Forsee Power garantit un haut niveau de sécurité, de fiabilité et de durée de vie, et dispose d’une expérience dans les applications marines. » Une photo des batteries de l’Energy Observer est disponible sur cette page.

L’intérêt pédagogique d’Energy Observer est en réalité de montrer que l’hydrogène jouera un rôle très marginal dans la révolution énergétique globale, à l’inverse de la batterie qui sera au centre de cette révolution. En fait, grâce aux prévisions de météo marine, Energy Observer fonctionnerait très bien même si on lui enlevait son (coûteux et encombrant) système de secours à hydrogène qui comprend des dessalinisateurs, des compresseurs énergivores à deux étages 30 et 350 bars, et des réservoirs en plus d’un électrolyseur et d’une pile à combustible. La multiplication des pièces augmente les risques de pannes. « La simplicité est la mère de la beauté ». A fortiori en milieu maritime. Sur le plan énergétique chaque kWh photovoltaïque qui entre dans le système à hydrogène est hautement dégradé. Il reste moins de 0,25 kWh utilisable en bout de chaîne. L’électrolyse, à elle seule, consomme environ 30% de l’énergie. La compression de l’H2 à 350 bars, environ 15%. Le passage dans la pile à combustible engloutit environ 50% de ce qui reste. Le dessalement est également énergivore. Sans parler des fuites: H2 est une molécule minuscule. Energy Observer a coûté 5,5 millions d’euros pour sa conversion, et va coûter 4 millions d’euros par an. La moitié de ce budget est bouclée.

Au final Energy Observer est un bateau très lent. « Le bateau n’a aucun souci d’autonomie lorsqu’il navigue à 3 ou 4 nœuds (entre 5,5 et 7,4 km/h ndlr), il est pour l’instant handicapé dès lors qu’il veut aller vite », explique l’Usine Nouvelle. « Et là c’est tout un équilibre à trouver, par exemple, sur l’usage des éoliennes, verticales, qui produisent de l’électricité mais peuvent freiner le bateau. De même pour l’utilisation des hélices en mode inversé comme hydroliennes pour produire de l’électricité lorsque le bateau est tracté par le kite. »  Un marcheur moyen fait du 5 km/h, un marcheur athlétique, 7 km/h. Le capitaine va-t-il finir par remettre ses voiles d’origine à cet ancien voilier ? Des voiles photovoltaïques ? Le Vestas Sailrocket 2, piloté par l’australien Paul Larsen, détient depuis le 18 novembre 2012 le record du monde vitesse à la voile sur un mile nautique : 59,37 noeuds (109,94 km/h). L’Energy Observer, sans son mât et chargé de son nouveau système de propulsion, a du plomb dans les ailes.

Mais l’industrie Oil&Gas semble vouloir utiliser ce bateau en tant que vecteur médiatique de l’ « Hydrogen Economy », concept émis pour la première fois par Georg W. Bush lors de son discours sur l’état de l’union en 2003. Engie, ex-GDF-Suez (GDF = Gaz de France) est devenu fin mars 2018 le principal partenaire d’Energy Observer, aux côtés d’Air Liquide dont le service communication a diffusé le message suivant le 25 mars 2018: « Energy Observer, navire futuriste équipé de moteurs alimentés par des panneaux solaires, des éoliennes, mais surtout un électrolyseur qui transforme l’eau de mer ». Toyota, promoteur de la voiture à hydrogène, a aussi rejoint le navire communicationnel. « Energy Observer prouve que l’on peut complètement fonctionner aux EnR, et démontre que l’hydrogène est bien le chaînon manquant pour aller vers un monde sans émissions de CO2 » a renchérit depuis Marseille Michèle Azalbert, directrice de la Business Unit « Hydrogène renouvelable » au sein d’Engie.Le capitaine d’Energy Observer adopte l’angle communicationnel de l’ouverture à la diversité et de la tolérance technologique en plaçant sur le même plan batterie et hydrogène: « En mer, à bord d’Energy Observer, nous avons autant besoin du soleil que du vent, des batteries et de l’hydrogène. Il en est de même sur terre. Les énergies et les moyens de stockage sont complémentaires et nous devons apprendre à les faire fonctionner ensemble : il n’y a pas une seule solution contre le réchauffement climatique, mais une multitude de possibilités. ». Or c’est le trio solaire + éolien + batterie qui constitue le cœur du système énergétique de demain. L’hydrogène est un outil périphérique de secours, une bouée de sauvetage durant les rares périodes à la fois sans vent et sans soleil pendant plusieurs jours d’affilés. C’est la batterie (très efficiente) le pilier du système, tant dans l’avion Solar Impulse que dans son cousin des mers, Energy Observer. De même que c’est la STEP (Station de Transfert d’Energie par Pompage qui est une batterie hydraulique) qui est l’axis mundi du système électro-éolien de l’île canarienne d’El Hierro. Pas sa bouée thermique. L’île de Tesla (Ta’u, Samoa américaines) a remplacé la STEP par des batteries lithium (stockage électro-chimique). Et ce sont bien les batteries les cerveaux énergétiques de ce système électrique insulaire, pas les générateurs diesel de secours.

D’un point de vue biomimétique la batterie c’est comme un muscle, le foie ou le sang qui stockent le glucose, tandis que le système à hydrogène c’est comme les cellules adipeuses du ventre ou des cuisses qui stockent la graisse. Le système énergétique principal repose sur le glucose, celui qui repose sur la graisse est secondaire et n’est utilisé qu’en situation de pénurie alimentaire. Les sportifs de haut niveau disposent généralement de très peu de réserves lipidiques.

« Après avoir fait l’apologie des biocarburants ces dernières années, l’Union pétrolière semble en train de prendre fait et cause pour l’hydrogène » a remarqué la Tribune de Genève à l’occasion du salon automobile de Genève 2018. « Il est logique pour l’industrie des combustibles fossiles de faire pression pour la voiture à hydrogène, car pour eux, l’hydrogène est essentiellement une extension de leurs produits » avait dès 2015 analysé l’AVEQ, l’Association des Véhicules Électriques du Québec. « En d’autres termes, « l’économie de l’hydrogène » c’est « l’économie des combustibles fossiles » avec une teinte verte. La voiture pile à combustible est une technologie de substitution. En cas de succès, l’hydrogène viendrait tout simplement remplacer l’infrastructure de distribution des combustibles fossiles avec une infrastructure miroir, pour l’hydrogène. »  Selon le président de l’AVEQ (6 mars 2018) « le choix de l’hydrogène ne va que retarder les nombreux projets électriques, ce qui sera dommageable et même néfaste pour l’électrification des transports. » Comme le dit le dicton, « l’hydrogène, c’est du pétrole en smoking ». L’élément « le plus abondant de l’univers » est l’arbre qui cache la forêt du gaz fossile. Il optimise sa valeur corporate.

L’hydrogène: un parangon du gaz fossile

Il n’y a pas qu’en mer que les batteries marginalisent les solutions gazières. Sur Terre les ventes de voitures électriques à hydrogène ne parviennent pas du tout à décoller, contrairement à celles des voitures électriques à batterie qui sont 2,5 fois plus efficaces sur le plan énergétique. Les déboires de Tesla, qui ne parvient pas à produire en masse sa Model 3, ne changeront rien à cette tendance de fond drivée par l’Asie. « Quand les bisons ont adopté une direction, rien ne pourrait ni enrayer ni modifier leur marche. C’est un torrent de chair vivante qu’aucune digue ne saurait contenir » remarquait Jules Verne. En Allemagne, le groupe Linde a été contraint de stopper son projet de voitures à hydrogène partagées car elles ne sont pas compétitives face aux voitures à batteries partagées. Et aux USA le gaz fossile (méthane qui assure aujourd’hui 95% de la production mondiale d’hydrogène), malgré le boom du gaz de schiste, est en déclin. Les solutions solaire + éolien + batterie sont meilleures marché et menacent le business Oil&Gas souligne l’agence Bloomberg New Energy Finance (BNEF).

Face à l’effondrement du coût du solaire et/ou éolien + stockage batterie le marché des centrales à gaz s’effondre comme une peau de chagrin. General Electric (GE) et Siemens ont à présent du mal à vendre leurs turbines à gaz, et cela impacte leur valeur boursière. Ces deux géants américain et allemand suppriment des milliers d’emplois à l’échelle mondiale.  Comme l’a rapporté le Financial Times, le directeur exécutif de Siemens, Joe Kaeser, a posé une question provocante aux journalistes le 9 novembre 2017. Savent-ils combien de turbines a gaz ont été commandées en Allemagne durant les trois dernières années ? « Je vais vous le dire », a-t-il déclaré. « Un total de deux ! ».

« La fin du gaz naturel est proche » estime Danny Kennedy, Directeur exécutif du Fond Californien de l’Energie Propre (CalCEF). C’est paradoxal en contexte de boom du gaz de schiste, mais « rien ne saurait étonner un américain » estimait Jules Verne. « Au milieu de la folie de 2017 un changement important est davantage passé inaperçu que probablement tout autre aux sommets de l’économie : le gaz naturel a disparu du plan pour l’avenir » a ajouté Kennedy. « C’est majeur. Le gaz naturel n’est plus un concurrent ou un prétendant mais juste un vestige du passé, susceptible de tomber aussi lourdement et aussi vite que le vieux roi charbon, et peut-être plus vite ».

La DG d’Engie, Isabelle Kocher, a une autre vision (septembre 2017) : « Le gaz naturel est une source d’énergie indispensable pour arriver au scénario du tout renouvelable. » Il est, selon la dirigeante, la « clé de voûte de la révolution énergétique ». Mais si « le gaz naturel a tué le charbon, maintenant les renouvelables et batteries prennent le dessus »  a constaté The Guardian le 29 janvier 2018.  « Pour éviter un dangereux changement climatique, nous ne pouvons pas compter sur le gaz naturel remplaçant le charbon » a ajouté le média britannique.

« Une nouvelle ère de batteries sème le trouble pour le gaz en Amérique »  a renchérit l’agence Bloomberg à New-York. Le média indien The Economic Times a enfoncé le clou: « Les batteries tueront les fossiles. C’est juste une question de temps ». Et le San Francisco Gate a titré le 31 mars 2018: « Batteries incluses: même l’énorme projet saoudien de ferme solaire les utilisera ». Une ferme solaire PV + stockage batterie de 7,2 GW devrait voir le jour dès 2019. Le japonais SoftBank a fixé un objectif global saoudien de 200 GW à horizon 2030. Un élément clé de ce projet sera la construction de la plus grande batterie du monde en deux ou trois ans, et qui délivra de l’électricité solaire aux consommateurs durant les soirées a déclaré Masayoshi Son, fondateur de SoftBank. Parallèlement le groupe français EDF a annoncé le lancement d’un « plan stockage électrique » de 10 GW à horizon 2030 portant sur des batteries et des STEP. Selon l’analyste Chris Thompson, il y a 10 raisons expliquant pourquoi les batteries sont plus intéressantes que les turbines à gaz (peakers).

Ce que la chenille appelle la fin du monde, le sage l’appelle le papillon

Selon le San Francisco Gate les « batteries incluses (du projet saoudien) constituent un signal majeur qui marque un point de bascule de l’industrie ». Dans ce contexte, même avec un gros budget de communication médiatique et un joli bateau  pour renforcer le hype, l’Hydrogen Economy (qui s’incrit dans une logique de substitution) pourrait avoir du mal à s’imposer face à l’Electron Economy, concept du physicien suisse Ulf Bossel qui s’inscrit dans une logique de métamorphose. L’Electric Economy (formule du PDG de Tesla, Elon Musk) est dans tout les cas bien plus efficiente sur le plan énergétique.

Thierry Lepercq, VP innovation d’Engie, le 25 avril 2017 lors d’un débat sur l’avenir de l’électricité en présidence du directeur innovation d’EDF (à 15’27 dans la vidéo): « Un débat technologique (…) Assurer au centième de seconde la stabilité du réseau (…) Il y a un sujet absolument central chez Engie, qui est l’hydrogène-énergie. La production d’hydrogène à grande échelle dans une logique minière, j’insiste sur le mot minière, avec du solaire et de l’éolien très abondants dans certaines régions du monde, au prix du gaz naturel liquéfié. Il s’agit de remplacer le pétrole et le gaz à un horizon relativement rapide. Mais tout cela n’a de sens que si c’est intégré dans un système et ce système-là ne peut être qu’électrique. C’est l’électricité qui fait système, c’est l’électricité qui connecte tous les usages, c’est l’électricité où les plateformes logicielles doivent fonctionner, c’est aussi l’électricité sur un plan industriel où on a en France une occasion absolument unique de créer une industrie qui soit comme cela a été pour le nucléaire ou l’hydroélectrique il y a encore plus longtemps, un leader mondial. »

Jean-Gabriel Marie

La French Fab soutient l’évolution vers le digital

Qu’est-ce que le digital chez Techniques de l’Ingénieur ?

Techniques de l’Ingénieur est un producteur de contenu et un fournisseur de services. Il y a une multitude de façons de mettre à disposition ce savoir et d’accompagner les utilisateurs.

Notre objectif est de faciliter la tâche au plus grand nombre et pour cela, il faut aller vite car les usages changent, les façons d’acquérir de l’information et des connaissances aussi.

Il y a quelques années, le digital chez Techniques de l’Ingénieur se limitait à livrer toute l’information sous forme numérique, disponible en ligne. Grâce aux outils du numérique qui permettent de proposer de nouvelles façons d’accéder et de consommer les contenus, nous sommes aujourd’hui passés dans une toute autre dimension.
Que ce soit dans les produits que Techniques de l’Ingénieur propose à ses clients ou dans les outils et process utilisés en interne, l’adaptation est permanente, indispensable et exaltante.

Techniques de I’Ingénieur existe depuis 70 ans !  Comment l’entreprise a-t-elle réussi à s’adapter aux transitions numériques ?

Les contenus des Techniques de l’Ingénieur sont rédigés par des experts. Tous les intervenants de la chaîne de production sont des spécialistes. C’est une véritable culture d’entreprise.

Une grande partie des ressources traite, depuis nos débuts en 1946, des Systèmes d’informations. Techniques de l’Ingénieur est ainsi nécessairement toujours en veille sur l’ensemble de ces sujets et notre premier champ d’application est naturellement notre écosystème propre : notre entreprise, nos contenus, nos outils et nos projets.

Notre objectif est de répondre au mieux aux besoins de nos abonnés et de rester centrés sur l’évolution de leurs usages.
Techniques de l’Ingénieur fait partie des précurseurs de la numérisation de l’information scientifique et technique en ligne, avec une numérisation complète et précoce (l’ensemble des contenus était disponible sur internet dès le début de la bulle internet : 1996-1997).

Les contenus ont été rapidement enrichis, complétés et balisés pour une compréhension facilitée par les outils numériques (moteurs de recherche, indexation, classification) et de fait, par les utilisateurs.
En effet, comment trouver le document ou l’information dont on a besoin au milieu de plus de 15 000 références ? C’est là que toutes les technologies interviennent pour nous aider, vous aider.
Techniques de l’Ingénieur s’est non seulement adapté à l’évolution des technologies digitales, mais a également toujours tenté d’être en avance et à l’écoute des signaux précurseurs d’évolution.

Techniques de l’Ingénieur est 100% numérique ! Quelle valeur ajoutée pour vos utilisateurs ?

Alors qu’hier un travail fastidieux de feuilletage d’index était nécessaire pour trouver un document, aujourd’hui, l’accès à la connaissance se fait en quelques secondes, en moins de 3 clics, n’importe où et à n’importe quel moment.

Nous avons notamment mis en place un thésaurus pour taguer l’ensemble des contenus. Il permet une navigation par concept (représenté dans la cartographie interactive) dans l’ensemble du corpus.
Outre les dispositifs qui permettent à tout système de reconnaître et d’identifier l’information la plus pertinente, nous avons également mis à disposition toute une panoplie d’outils en ligne qui facilitent l’usage. Ce sont des outils simples (zoom, site responsive mobile) plus élaborés (gestion des annotations, des références, navigation par concept, filtres intelligents de recherche) ou extrêmement structurants.

Un exemple parmi d’autres : nous sommes actuellement dans une démarche de R&D pour intégrer un niveau supplémentaire de pertinence, et rendre plus intuitif le fonctionnement de notre technologie de recherche en y intégrant de l’intelligence artificielle, ou a minima, une brique de machine learning.
L’objectif final étant toujours le même : répondre au besoin de l’utilisateur. Nous nous basons pour cela sur les chiffres afin de bien comprendre les besoins. A l’ère du Big data, il y a de quoi faire ! L’utilisation et l’optimisation de tous les outils de suivi et d’analyse sont également fondamentaux pour assurer un niveau de satisfaction maximal.

Chez Techniques de l’Ingénieur, outre le fait de produire des contenus d’expertise, et de tenir au courant notre audience de l’actualité de l’industrie, notre urgence est de garantir aux utilisateurs l’accès à ces informations en un minimum de temps et dans tout contexte.

La digitalisation s’applique donc à tous les domaines et assure une optimisation de temps et d’argent. Néanmoins, si trouver des modèles, par exemple de Machine Learning, plus performants que l’existant (mix de vision, expériences et… modèles) est relativement facile, l’insertion de ces modèles dans les bons mécanismes de décision pour l’amélioration de performances est moins aisée. Une démarche générale et des méthodes spécifiques visant à inscrire les projets Big Data dans des objectifs d’amélioration de performances s’avèrent pertinentes.

Cliquez ici pour consulter l’article

Santé-sécurité au travail : les points-clés à connaître sur l’ISO 45001

Après quatre longues années d’élaboration, plus de 60 pays ont réussi à trouver un accord sur le contenu de cette norme tant attendue. L’ISO 45001:2018  « Systèmes de management de la santé et de la sécurité au travail – Exigences et lignes directrices pour leur utilisation » vise à faciliter la mise en œuvre des moyens que l’entreprise veut se donner pour améliorer la santé et la sécurité au travail (SST). Elle s’appuie bien sûr sur ce les référentiels déjà existants comme la norme britannique OHSAS 180001 ou les principes directeurs de l’Organisation internationale du travail (ILO-OSH), mais elle espère apporter une approche beaucoup plus complète et globale pour une plus grande efficacité.

La santé-sécurité passe au niveau supérieur

Destinée aux niveaux décisionnels supérieurs des organismes, cette nouvelle norme devrait ainsi permettre à la santé-sécurité d’être réellement prise en compte par les directions : une étape essentielle pour initier de réelles démarches de prévention et non plus s’attaquer seulement à la résolution de problèmes. La norme est d’ailleurs très claire sur la notion de redevabilité des directions vis-à-vis des travailleurs et se positionne comme très engageante pour ceux qui voudront la mettre en œuvre dans leur entreprise.

En outre, l’ISO 45001 couvre tous les aspects modernes de la SST : prenant en compte les risques pour l’état physique, mental et cognitif des travailleurs et couvrant non pas seulement les risques inhérents à l’activité de l’entreprise mais les risques dans l’entreprise placée dans son contexte économique, social en intégrant dans le périmètre d’analyse des données sur toute la chaîne de valeur : clients, fournisseurs et sous-traitants. Ce qui implique par exemple qu’un service achat évalue l’impact possible en matière de SST du choix de tel produit par rapport à un autre.

Une opportunité pour tous

Cette norme apporte aussi une nouvelle approche de la SST : la SST n’est pas seulement une gestion des risques opérationnels mais aussi des opportunités à saisir. Et ces opportunités liées aux évolutions de l’activité, de l’organisation ou du contexte réglementaire ou technologique peuvent être repérées et gérées comme les risques. La SST devient ainsi une activité positive. Et elle doit être partagée par l’ensemble des acteurs de l’entreprise. C’est pourquoi la norme prévoit des exigences en matière de consultation et de participation des travailleurs et de leurs représentants dans la conduite de la politique de santé-sécurité. Par exemple, elle intègre la nécessité de respecter le droit d’alerte et prévoit que « les salariés valident la pertinence des améliorations proposées ». En outre, le périmètre de la SST choisi est très large, il comprend par exemple des paramètres d’organisation du travail comme les horaires et les rythmes du travail qui sont générateurs de risques psycho-sociaux et parfois d’accidents.

Une approche cohérente QSE

Le comité d’élaboration de la norme a choisi d’adopter une structure cadre, un texte de base et des termes et définitions identiques aux normes de système de management déjà existants  comme l’ISO 9001:2015 et l’ISO 140001:2015. Cela doit permettre une appropriation plus facile de la norme pour tous ceux qui sont déjà familiarisés avec ces deux autres et vise la mise en place de systèmes combinés, intégrés entre « qualité, sécurité et environnement ». Des bilans globaux aux trois systèmes pourront ainsi voir le jour et donner toute sa place à la SST dans les réunions de la direction.

Une démarche volontaire d’amélioration continue

On retrouve du coup dans l’ISO 45001 des concepts maintenant répandus comme les démarches d’amélioration continue (PDCA – Plan Do Check Act / planifier, réaliser, vérifier et améliorer en français) et une approche par processus et non par procédures. Tous les risques sont pris en compte y compris ceux inhérents au système, faisant de l’ISO 45001 une véritable norme holistique pour un organisme. La SST aura au même titre que les autres systèmes de managements des indicateurs de performances : par exemple, les pilotes de processus auront la mission de détecter et d’identifier les presqu’accidents en SST et de faire remonter ces informations au  niveau managérial pour en faire des indicateurs. Cette norme étant d’application volontaire, elle peut être utilisée pour organiser son management de la SST sans aller jusqu’à la certification. Mais nul doute que, dans les échanges commerciaux, elle deviendra pour certains secteurs aussi incontournables que l’ISO 9001. D’ailleurs, certaines entreprises ont même anticipé et c’est ainsi que dès le 20 mars 2018, Afnor Certification a déjà délivrée sa première certification ISO 45001 à l’entreprise française Axon’ Cable spécialisée dans les câbles et l’interconnectique pour les technologies avancées.

Transition depuis l’OHSAS 180001

L’OHSAS 18001 est une norme britannique relative à la santé et sécurité au travail compatible avec d’autres certifications internationales comme l’ISO 9001. Créée en 1999 dans l’attente de l’arrivée d’une véritable norme internationale portée par l’ISO, elle va être remplacée par l’ISO 45001 et va donc disparaître. Les organisations certifiées ont trois ans pour migrer vers la nouvelle norme. L’approche conceptuelle étant assez différente, le passage de l’une à l’autre exige de revoir de nombreuses formes du management de la SST. Cependant, une fois, ce nouveau management mis en place, les données collectées via l’OHSAS 18001 pourront être facilement implémentées dans l’ISO 450001. LE BSI qui gère l’OHSAS 18001 a mis en ligne des documents (en anglais) de correspondance entre les deux normes pour faciliter cette transition et de nombreux organismes proposent déjà des formations et des accompagnements.

Sophie Hoguin

Vous permettre de construire des pyramides : le nouveau projet d’Elon Musk

L’entreprise emblématique du milliardaire, Tesla, ne parvient pas à atteindre ses objectifs de production en masse de sa Model 3 (loin s’en faut) mais son patron tente manifestement de faire diversion avec des annonces abracadabrantesques.

Vente de lance-flammes à gaz, creusement de tunnels sous Los Angeles, lancement d’une Tesla Roadster dans l’espace (rêve d’immortalité ?), et à présent…commercialisation de gros blocs style Légo « taille réelle » afin que chacun puisse construire des pyramides, des sphinx ou des temples d’Horus. Le tout dans « un kit Egypte ancienne ». Elon Musk a précisé que « les blocs seront troués en leur milieu, comme les longerons d’une aile d’avion, et donc légers ». Ou comme l’action de Tesla en bourse ?

Bref, Elon se prend pour un Titan. Pour finir comme le Titanic ? Dans tous les cas on a de plus en plus de mal à trouver un intérêt écologique à ces nouveaux projets. Le cours de l’action Tesla s’est effondré de 15% en seulement 19 jours. Tesla pourrait faire faillite d’ici 3 à 6 mois selon un fond spéculatif rapporte Capital.fr.

Dans le poème « Spleen : J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans », Charles Baudelaire écrivait : « Mon triste cerveau, c’est une pyramide, un immense caveau ». Et d’ajouter : « L’ennui, fruit de la morne incuriosité, prend les proportions de l’immortalité. »

Restera à jouer aux Légos, pour ne pas s’ennuyer. Ou à conduire, seul à bord, la Tesla Roadster dans son voyage spatial. Avec la même musique répétée en boucle par l’auto-radio. « Space oddity » de David Bowie. « Prends tes cachets protéiniques et mets ton casque » et  « Dis à ma femme que je l’aime énormément, elle le sait » dit la chanson.

Puis entrer en collision avec la Terre ou Vénus dans environ 10 millions d’années. Consécration de l’éternel retour.

Jean-Gabriel Marie

Algocarburants : un bilan encore pire que celui des agrocarburants

C’était a priori une bonne idée : utiliser des microalgues pour produire un carburant, et ainsi ne pas gaspiller les terres fertiles à vocation alimentaire. Mais les données issues du retour d’expérience de la R&D sont catastrophiques. L’EROI est inférieur à 1 :1. Autrement dit le contenu énergétique des algocarburants est inférieur à l’énergie qui a été dépensée pour les obtenir.

Il faut beaucoup d’énergie pour cultiver les algues (a fortiori s’il s’agit de cultures en bioréacteurs fermés pour éviter les contaminations microbiologiques), et aussi pour casser les cellules algales et produire les solvants nécessaires à l’extraction de l’huile obtenue. A l’occasion d’une interview pour le média Atlantico.fr, le Jean-Philippe Steyer de l’INRA a estimé que « les moyens technologiques destinés à produire de “l’algocarburant” sont de manière générale plutôt énergivores. C’est pourquoi on peut se demander si le biocarburant peut réellement être considéré comme le domaine de prédilection de l’exploitation des algues ».

Encore plus grave, les quantités de Phosphore et d’eau nécessaires sont gargantuesques. Or les stocks mondiaux en Phosphore sont très limités et l’eau douce est la denrée la plus précieuse pour l’humanité. Il faut entre 32 litres (dans l’hypothèse d’un recyclage intégral de l’eau) et 3 650 litres d’eau par litre d’algocarburant. Contre 2 litres d’eau par litre d’essence. Le Peak Phosphorus est encore plus inquiétant que le peak Oil (pic pétrolier) car le phosphore est indispensable à la croissance des végétaux, y compris ceux à vocation alimentaire.

Dans l’article « Une douzaine de raisons expliquant pourquoi le monde ne tournera pas aux algocarburants », le site EnergySkeptic.com a rassemblé l’ensemble des problèmes que pose la filière. Trouver à la fois un grand site plat (pour installer les bassins), ensoleillé et qui dispose aussi d’une source de CO2 (par exemple une centrale thermique à charbon ou au gaz) et d’une source d’eau, ce n’est pas vraiment aisé.

Alors que le bilan des agrocarburants de première génération est médiocre, celui des algocarburants est catastrophique. Pourquoi donc ExxonMobil s’obstine-t-il dans cette voie ? Juste pour le fun de financer un programme de recherche fondamentale ? C’est probablement plutôt pour de simples raisons de communication en faveur des carburants liquides face à la vague de la voiture électrique à batterie. Les algocarburants confèrent une (fausse) teinte verte aux carburants pétroliers dans lesquels ils sont mélangés. Ce programme de recherche serait alors en réalité qu’une composante d’un programme de Public Relation (PR). Maintenir coûte que coûte l’illusion selon laquelle le moteur thermique aurait de l’avenir.

ExxonMobil et Synthetic Genomics Inc ont modifié génétiquement une souche d’algues pour doubler sa teneur en huiles sans inhiber sa croissance. L’OGM obtenu pourrait contaminer les milieux naturels. Mais les 10 000 barils annoncés pour 2025 (dans 7 ans), soit 1590 tonnes, constituent une goutte minuscule. Le parc automobile français, à lui seul, consomme 50 millions de tonnes de pétrole, soit plus de 30 000 fois plus.

Jean-Gabriel Marie

Revue du web #112 spéciale robotique : les vidéos les plus étonnantes du mois

Le robot le plus adroit et rapide, c’est… Dex-Net !

Des chercheurs américains ont mis au point une intelligence artificielle capable d’apprendre à saisir des objets puis de comprendre comment saisir de nouvelles formes inconnues.

Cet apprentissage rend Dex-Net très adroit. Robotique industrielle ou médicale, les applications potentielles sont multiples.

 

Un robot basketteur qui marque à tous les coups !

CUE, retenez-bien ce nom. Conçu par des ingénieurs de Toyota, c’est peut-être un futur grand champion de basket-ball.

 

ANYmal, le robot qui danse

Ce robot n’utilise aucun pas de danse préenregistré. Il se synchronise lui-même avec le rythme de la musique. Belle performance !

 

Le robot taxi autonome de Renault

L’EZ-GO est un taxi-robot qui se déplace seul grâce à des capteurs et des radars. Pour le réserver, nul besoin de le héler en pleine rue, il suffit d’un smartphone.

 

Bonus insolite : le robot de compagnie… pour chien

Par I. B

Impression 3D : une innovation de taille

Le succès de l’impression 3D, ou fabrication additive, s’explique en partie par trois raisons :

  • l’utilisation de matériaux de plus en plus performants comme le thermoplastique et maintenant la mousse syntactique, mais surtout le métal dont le marché devrait atteindre 12 milliards de dollars en 2028 contre 3 milliards en 2018 selon les estimations du cabinet IDTechex) ;
  • la rapidité de fabrication ;
  • la maîtrise de différentes techniques.

Résultat, entre 2015 et 2016, les ventes d’imprimantes 3D ont doublé et 455 772 unités auraient été livrées, contre 219 168 un an auparavant, selon une étude réalisée par le cabinet Gartner.

Mais l’impression 3D bute toujours sur la taille des pièces. Une équipe de l’IMT Lille Douai a trouvé une solution en développant LASCALA (Large SCALe plAstics & composites 3D printing) lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ZF5E9gUmaxM&feature=youtu.be. Avec son bras robotisé d’une portée de plus de 2 mètres et une charge maximale de 150 kg, il pourrait fabriquer des pièces pouvant atteindre jusqu’à 5 mètres de longueur, 2 mètres de large et 1 mètre de hauteur. Ces pièces pourraient être fabriquées avec n’importe quel type de matériau polymère et renforcées par des fibres coupées courtes ou continues.

LASCALA sur une chaîne de production automobile ?

Chercheur en matériaux à IMT Lille Douai et en charge de LASCALA, Jérémie Soulestin explique aussi qu’habituellement, « une imprimante 3D superpose des couches planes. Cela entraîne un effet d’escalier sur les bords des pièces. Avec le robot, nous pourrons développer des couches courbes, limitant cet effet ».

Hébergée sur la plateforme d’ingénierie plastique et composites de 7500 m2 du département Technologie et Mécanique des Polymères et Composites, elle permettra à l’IMT Lille Douai d’initier de nouveaux projets de R&D en collaboration avec l’industrie dans les secteurs du transport (automobile, aérospatial….), de l’énergie ou du médical. Mais pour l’instant LASCALA n’est pas encore pleinement « opérationnelle ». Ce devrait être le cas d’ici un an.

L’équipe française devra aussi affronter une concurrence de poids. Les fabricants d’imprimantes XXL sont peu nombreux, mais solides comme l’Américain Stratasys (principal fournisseur mondial de solutions technologiques additives appliquées) et l’Allemand BigRep (fondée à Berlin en 2014, cette start-up est l’un des précurseurs de l’impression 3D FDM très grand format soit 1m3). il y a aussi le Français Delta 3D, créée en 1976, cette entreprise est spécialisée dans le développement et la fourniture de solutions d’automation, de robotique industrielle et de fabrication additive.

Philippe Richard

Quels matériaux pour quelles applications ?

Pour faire une bonne impression 3D, plusieurs critères sont à considérer. S’il faut une bonne imprimante, un bon modèle numérique et un bon profil d’impression, il faut surtout savoir choisir son matériau. En effet, chaque matériau a ses propres forces et faiblesses. Simplify3D, le leader mondial des logiciels commerciaux d’impression 3D a publié un Guide des matériaux d’impression 3D pour faciliter le choix des filaments et optimiser leurs utilisations.

Après plus d’un an de recherche et développement en relation étroite avec plusieurs centaines de fabricants d’imprimantes 3D, ce guide explore une douzaine de filaments, les plus populaires utilisés aujourd’hui. Il comprend des fiches pour chaque matériau, et des conseils d’experts pour améliorer les résultats pour chacun d’entre eux. Un tableau comparatif permet en un coup de d’oeil de comparer les propriétés physiques et mécaniques (dureté, rigidité, densité, etc.) de chacun d’entre eux.

Choisir son filament d’impression 3D

Chaque machine a ses spécificités et n’accepte pas tous les filaments disponibles sur le marché. Chaque imprimante demande par exemple un diamètre de filament précis. Le matériau de la buse d’impression influe également sur le type de filament à privilégier. Enfin, la température maximum de l’extrudeur de l’imprimante est à considérer puisque chaque filament fond à une chaleur plus ou moins élevée.

Le choix du filament dépend en plus des impressions que l’on souhaite réaliser, que cela soit d’un point de vue mécanique, d’usage ou tout simplement esthétique. En effet, si vous souhaitez obtenir une pièce solide et résistante aux chocs, privilégiez plutôt des filaments de polycarbonate ou de l’ABS. En revanche, si vous voulez un objet flexible ou semi-rigide, il existe des matériaux à base de TPU ou TPE qui vous permettront d’obtenir des pièces que vous pouvez facilement déformer. Si votre filament est en contact alimentaire, choisissez du PETG. En fonction des matériaux utilisés, le rendu de l’objet sera enfin différent : mat, brillant, rugueux, translucide…

Quels sont les matériaux les plus utilisés ?

Les filaments utilisés en imprimante 3D sont pour la plupart des plastiques. Le PLA, fabriqué à base de maïs ou de canne à sucre, représente de loin le plastique le plus utilisé dans les filaments. On trouve ensuite plusieurs autres matériaux, à base de produits fossiles. On citera pêle-même : l’ABS, le nylon, le polypropylène, le polystyrène et le polyéthylène téréphtalate glycolisé (PETG).

Il y a aussi des matériaux techniques, renforcés avec du carbone, du bois, des métaux, pour améliorer les propriétés mécaniques et de résistance à la chaleur. Ces matériaux répondent, sur mesure, aux besoins spécifiques et techniques des industriels.

Avis d’expert : Pierre-Antoine Pluvivinage, Directeur du développement d’Armor 3D : Des matériaux de plus en plus techniques pour de nouvelles applications.

Pour les industriels, nous caractérisons nos matériaux sur les objets imprimés et non pas sur les filaments bruts. Les industriels ne s’intéressent pas forcément au filament mais plutôt aux applications qu’ils pourront donner à l’objet final. En effet, même pour un matériau identique, il va y avoir des qualités différentes en fonction des fournisseurs et donc des résultats différents.

Le PLA représente près de 80 % du plastique utilisé dans les filaments, devant l’ABS. De nouveaux matériaux qui répondent à de nouveaux usages sont en train d’arriver sur le marché. L’ABS est en recul, au profit de ces nouveaux matériaux. Mais le PLA a encore de belles années devant lui pour le prototypage.  Nous développons des matériaux techniques sous la gamme Armor 3D. Ces matériaux répondent, sur mesure, aux besoins d’usage des industriels. Nous développons désormais des filaments métaux et nous nous lançons sur les poudres polymères. En effet, la technologie à base de la filaments est la plus répandue, mais la poudre polymère monte en puissance. Nous avons d’autres matériaux, à base d’ABS ou de PETG chargés en carbone ou kevlar, pour répondre à des besoins spécifiques et techniques. Nous espérons que nous pourrons intégrer prochainement du recyclé dans les matériaux techniques pour être en phase avec le principe d’économie circulaire.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’impression 3D est-elle écologique ?

L’impression 3D permet de fabriquer un tas d’objets personnalisés, en accord avec les besoins réels des consommateurs. En fabriquant les objets sur-mesure et au plus près des consommateurs, l’impression 3D pourrait révolutionner l’industrie et la logistique.

Vers la fin des transports et des entrepôts ?

Pour imprimer un objet en 3D, il faut une imprimante, des filaments, un logiciel et un fichier numérique. C’est donc l’ensemble du cycle de production qui doit être réinventé. Plutôt que d’acheter un objet fabriqué dans une usine, il convient dans ce cas de se procurer un fichier numérique, de le télécharger et de l’imprimer. Si tout était imprimé en 3D, cela signifierait la fin des usines manufacturières, la fin des entrepôts et des transports de marchandises. À la place, il faudrait simplement plus d’infrastructures numériques, en plus des usines de fabrication d’imprimantes et de filaments. Par ailleurs, développer l’impression 3D est la promesse d’apporter des objets directement chez les utilisateurs, en particulier dans les zones dépourvues d’industries.

Moins de déchets en perspective ?

L’impression 3D repose sur le principe de la fabrication additive, en superposant couche par couche un matériau (plastique, métal, béton alvéolaire, etc.), pour fabriquer un objet. Elle s’oppose aux méthodes traditionnelles de fabrication soustractive par ponçage, découpage ou fraisage. Résultat : il n’y a pas de chutes ou de déchets de production, car le poids de l’objet est équivalent à la quantité de matière utilisée pour sa fabrication. En soi, l’impression 3D présente un doux rêve : mettre fin à l’obsolescence programmée. En effet, elle permet de réparer soi-même ses objets en imprimant les pièces détachées nécessaires.

Attention toutefois aux émissions. Pour être mis en forme, les filaments en plastique sont fondus. Certains d’entre eux émettent des composés organiques volatils (COV) toxiques. C’est notamment le cas de l’ABS pour lequel il est recommandé d’utiliser une imprimante 3D à enceinte fermée.

L’impression 3D se met aux déchets

Mis à part le PLA qui est biosourcé, la plupart des plastiques utilisés dans les filaments sont issus d’énergies fossiles. Pour plus d’éco-conception, des start-up se lancent sur le segment des filaments à base de plastiques recyclés. C’est le cas d’Armor 3D qui recycle des pots de yaourts et des toners d’imprimante. Les start-up américaines 3dbrooklyn et Refil se sont également spécialisées sur ce créneau de filaments recyclés, en différentes couleurs. Ils recyclent la matière des emballages alimentaires, des bouteilles d’eau, de la vaisselle en plastique et du plastique automobile.

Plusieurs start-up se sont également spécialisées dans le développement d’extrudeuses. Elles permettent de broyer les déchets avant de les fondre pour obtenir son propre filament d’impression 3D. Ces solutions simplifient là encore la gestion des déchets et permettent de développer une économie circulaire locale. Citons par exemple la start-up française Plast’if. Elle développe un broyeur de déchets plastique en PET, PP, et PS relié à une imprimante 3D qui les transforme  en nouveaux objets imprimés en 3D. C’est aussi le cas par exemple de ProtoCycler, FilaMaker et 3DEvo. Le développement de ces extrudeuses permettrait même de s’affranchir des usines de production de filaments.

Avis de Pierre-Antoine Pluvinage, directeur du développement d’Armor 3D : Quel est l’intérêt de l’impression 3D du point de vue écologique ?

« Le principe de l’impression 3D est de n’utiliser que la matière nécessaire à la fabrication d’un produit. Dans cette logique, on utilise moins de matières et on produit moins de déchets. En même temps, l’impression 3D est aujourd’hui surtout utilisée pour du prototypage, et le prototype est un déchet qu’il faut recycler. La technologie permet d’internaliser le prototypage plutôt que de le sous-traiter loin de son lieu de production. C’est un avantage, mais il faut faire attention à l’effet pervers d’avoir des imprimantes 3D un peu partout. Elles génèreront des déchets diffus plus difficilement récupérables. Une usine produit peut-être plus de déchets, mais ces derniers sont générés en un point. Au niveau de la consommation énergétique, il est cependant difficile de calculer les économies.

L’impression 3D ne remplacera pas tout de suite les usines traditionnelles pour faire de la production de masse. Elle n’est pas utilisée à cette fin, mais plutôt pour faire de la petite série, du sur-mesure, de l’outillage et des prototypes. Je pense que le prototypage va rester important dans les prochaines années. Toutefois, dans les dix à quinze ans à venir, la tendance va sûrement s’inverser pour aller de plus en plus vers la production de produits finis. »

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique