Revue du web #91 : les vidéos les plus étonnantes de mai 2016

Quand une étoile se fait aspirer par un trou noir

La NASA a diffusé des images montrant les effets d’un trou noir sur une étoile. Pour créer cette vidéo, la NASA s’est basée sur un événement observé en novembre 2014. Attirée par la gravité régnant au centre du trou noir, l’étoile finira par y sombrer entièrement :

 

Au plus près d’une tornade

Un météorologue américain et son équipe ont filmé une tornade prenant forme, dans le Colorado :

 

Déformation d’une balle de golf au ralenti

Dans la longue et exhaustive histoire des vidéos au ralenti, voici la balle de golf lancée à pleine vitesse sur une plaque d’acier :

 

Un clavier wearable pour écrire en toute circonstance

Un nouveau clavier, qui s’enfile comme un gant, permet de taper -sans fil – et sur n’importe quel support avec une efficacité bluffante.

 

La prodigieuse expérience du bouillant de Franklin

La fameuse expérience de Franklin, qui permet de faire bouillir de l’eau en dessous de 100°C !

 

Des routes enfin silencieuses grâce à un revêtement innovant

Un revêtement à base de pneus usagés a été testé avec succès et pourrait peu à peu remplacer l’asphalte.

 

Vidéo scientifique: La réaction chimique parfaite pour les soirées mousse

Vous voulez trouver un moyen simple – et pas trop dangereux – d’impressionner vos amis pendant l’apéro ? En voici une :

 

Avec cette roue, un simple vélo devient électrique

Cette nouvelle roue gyroscopique autonome permet de transformer un simple vélo en vélo électrique, le tout en moins d’une minute !

 

Le record du monde de distance en hoverboard a été pulvérisé

Le Flyboard Air et son pilote ont parcouru plus de 2 kilomètres à près de 60 km/h.

Par Pierre Thouverez

Des mers d’hydrocarbures sur Titan

« Les lacs de Titan nous fascinent, car ils nous renseignent sur un monde où l’eau est remplacée par des hydrocarbures, les roches par de la glace d’eau, le tout dans une atmosphère dense riche en azote », se réjouit Francis Rocard, responsable de la thématique  »Exploration du Système solaire » au CNES (Centre national d’études spatiales). Les chercheurs ont découvert des lacs et au moins trois mers d’hydrocarbures : Kraken, Punga et Ligeia. Cette dernière, Ligeia Mare, est large d’environ 500 kilomètres et profonde de 200 mètres par endroit. Elle est essentiellement composée de méthane (CH4) et non d’éthane (C2H6) comme on le pensait avant l’arrivée de la sonde Cassini.

20 ans après…

Découvert en 1965 par Christian Huygens, Titan a longtemps caché ses secrets. Son épaisse atmosphère empêchait l’observation de sa surface. Jusqu’à ce que l’orbiteur Cassini quitte la Terre le 15 octobre 1997 avec à son bord la sonde Huygens, destinée à être larguée dans l’atmosphère de Titan. Issu d’une coopération franco-américaine, le couple Cassini-Huygens s’est mis en orbite en 2004. Quelques mois après, Cassini a libéré la sonde Huygens, laquelle a étudié pendant plusieurs heures l’atmosphère de Titan avant de se poser à sa surface. La descente et l’atterrissage de Huygens sur Titan ont fourni aux scientifiques de précieuses informations sur l’atmosphère et le sol de ce satellite. Depuis les découvertes se succèdent.

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Romain Chicheportiche

Signature électronique : le grand « sceau » en juillet

L’harmonisation européenne franchit une nouvelle étape en juillet prochain. Deux ans après son adoption par l’Union Européenne, le règlement eIDAS (identification électronique et services de confiance) rentrera en effet en vigueur le 1er juillet. Elle sera officiellement ainsi reconnue dans toute l’Europe. En France, elle est définie, de façon globale c’est-à-dire, quelle que soit sa façon (manuscrite ou électronique), par le Code civil. Son article 1316-4 précise qu’elle « manifeste le consentement des parties aux obligations qui découlent de cet acte (juridique) » (…) « Lorsqu’elle est électronique, elle consiste en l’usage d’un procédé fiable d’identification, garantissant son lien avec l’acte auquel elle s’attache ».

Sa version numérique renforce la preuve d’un document car elle permet de garantir l’identité du signataire, la non-répudiation par le signataire du document signé et l’intégrité du document signé, c’est-à-dire son absence de modification. Le règlement eIDAS représente une avancée primordiale dans la transition numérique des entreprises et des organismes.

En même temps que l’usage généralisé de la signature électronique et de l’horodatage électronique, « la commission européenne émettra une « Trusted List » regroupant les solutions de signature numérique jugées fiables à travers le continent. Ce catalogue fournira des éléments précieux aux entrepreneurs, qui ne pouvaient jusqu’ici se référer à aucun texte international quant à la légalité de leurs signatures. En pratique, nombre d’entreprises ignoraient comment authentifier leurs signatures », rappelle Pascal Colin, President & VP Sales, DocuSign France.

Philippe Richard

 

Premier test réussi pour Hyperloop !

Petit à petit, Hyperloop prend forme. Le 11 mai, le premier test a été réalisé par Hyperloop One. Concrètement, un traîneau en aluminium s’est déplacé sur des rails à l’air libre avant de percuter un banc de sable destiné à arrêter la machine. Il s’agissait de tester le système de propulsion électromagnétique de la capsule.

Si le test est un succès, il n’a pas permis de dévoiler pleinement les potentiels de vitesse, car la piste était assez courte. Ce premier pas était surtout une manière de montrer qu’Hyperloop était bien en construction. « Ce test était pour montrer à tout le monde que nous sommes réellement en train de construire cela. C’est réel », a justifié Shervin Pishevar, co-fondateur d’Hyperloop One.

Mais Hyperloop voit déjà beaucoup plus loin. L’entreprise est en train de construire une piste d’essai de 8 km où elle mènera des tests grandeur nature sur l’ensemble de ses technologies. Des tubes dans lequels les capsules se déplaceront sont déjà visibles sur le site de test. L’objectif d’Hyperloop est de faire voyager des passagers dans des capsules se déplaçant sur coussins d’air dans des tubes à basse pression. Les vitesses pourraient atteindre près de 1200 km/h.

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Hyperloop a été imaginé par Elon Musk en 2012. Préférant se consacrer à d’autres projets, il a proposé ses plans en open source. Deux start-up sont très engagées dans le projet : Hyperloop One et Hyperloop Transport Technologies. Hyperloop One espère transporter des marchandises dès 2019, et des passagers en 2021. L’entreprise a récemment levé 80 millions de dollars et annoncé des partenariats avec plusieurs sociétés dans le monde, dont la SNCF. De son côté, Hyperloop Transport Technologies a récemment révélé la technologie à « lévitation magnétique passive »  qu’elle envisageait d’utiliser. Son PDG, Dirk Ahlborn, a confié courant janvier à Newsweek que son entreprise espérait avoir le premier Hyperloop prêt à transporter des passagers à Quay Valley (Californie) en 2018.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les pétroliers font leur transition

Quelques semaines après l’annonce de son grand plan stratégique « OneTotal », c’est au tour d’Eni et de Shell d’annoncer des mesures pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Loin d’oublier leur corps de métier (les hydrocarbures), les compagnies pétrolières tentent de participer à leur manière à la transition énergétique.

Complémentarité

Le nouveau modèle de développement présenté par les Majors se base sur les synergies entre les activités historiques et les énergies renouvelables. Eni mise ainsi sur une offre gaz/photovoltaïque pour réduire drastiquement son empreinte carbone. Pour cela, elle a annoncé la construction d’ici 2019 de plusieurs centrales solaires cumulant 220 MWc en Italie, en Egypte et au Pakistan.

De son côté, Shell se lance dans l’éolien. Le groupe britannique a annoncé la création d’une nouvelle division « New Energies » qui réunira les activités existantes dans l’hydrogène, les biocarburants et l’électricité et s’y ajouteront une section éolienne. L’architecture précise de cette nouvelle division sera annoncée le 7 juin prochain.

Reste à savoir dans quelle mesure ces annonces relèvent davantage du marketing que de la stratégie. L’essentiel des investissements (colossaux) consentis par ces grands groupes restent encore largement dirigés vers les énergies fossiles et les dépenses liées aux Enr sont souvent réalisées sur des sites pétroliers ou gaziers. Pour autant, il ne faut pas sous-estimés la volonté de mutation de ces grandes entreprises, à l’instar de Total qui a récemment annoncé le rachat de Saft.

Romain Chicheportiche

L’Etat propose 100 millions pour Fessenheim

Le gouvernement se serait sans doute bien passé de cette fuite. Nos confrères du Monde ont pu consulter un courrier adressé le 4 mai au pdg d’EDF, Jean-Bernard Lévy, dans lequel la ministre évoque les compensations financières auxquelles pourrait prétendre l’électricien : « En l’état des éléments dont je dispose, le montant de l’indemnité devrait être de l’ordre de 80 à 100 millions d’euros », écrit-elle. Une somme jugée dérisoire par les haut-cadres de l’entreprise.

Bataille de chiffres

La question des indemnités a été soulevée très tôt suite à l’annonce par François Hollande de la fermeture de la centrale de Fessenheim lorsque l’EPR de Flamanville sera opérationnel, soit fin 2018 officiellement. Un rapport parlementaire de septembre 2014 rédigé par les députés Marc Goua (PS) et Hervé Mariton (LR) avait estimé cette indemnité à 4 milliards d’euros. Un chiffre saugrenu selon le gouvernement qui misait plutôt sur une enveloppe de 2 milliards d’euros maximum. EDF peut s’appuyer sur les investissements réalisés sur le site et le feu vert de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lors de la dernière visite décennale. De fait, arrêter prématurément les deux réacteurs de la centrale autoriserait l’électricien à demander réparation à l’Etat. Ségolène Royal estime quant à elle que cette fermeture ne serait pas si coûteuse pour EDF qui pâtit des cours bas de l’électricité sur les marchés de gros. A noter que cette négociation intéresse également l’Allemand EnBW et les Suisses Alpiq, Axpo et BKW, qui ont un droit de tirage et un tiers de la centrale.

Jeu de dupe

Il fait peu de doute que le montant de cette première proposition augure une négociation ardue entre les équipes d’EDF et du ministère de l’Energie, et du Budget. Car comme à chaque fois lorsqu’il est question du groupe public, le gouvernement porte la double casquette d’actionnaire majoritaire (85%) et d’Etat stratège. Une dualité qui n’apaise pas les craintes de voir l’électricien fortement nucléarisé (1er exploitant mondial) faire les frais de la politique française de transition énergétique. En effet, si la loi de TE était appliquée, la Cour des Comptes a estimé qu’EDF serait dans l’obligation de fermer entre 17 et 20 réacteurs. D’où l’importance du cas Fessenheim…

Romain Chicheportiche

Quand la pollution au plomb raconte l’histoire antique de Naples

Jusqu’à présent, historiens et archéologues s’interrogeaient sur l’impact de cette éruption volcanique sur l’aqueduc Aqua Augusta, qui alimentait en eau Naples et les cités voisines. De récentes analyses géochimiques ont permis d’établir un lien direct entre le plomb qui composait les canalisations d’eau de l’époque et celui piégé par les sédiments de l’ancien port napolitain. Elles prouvent, sans équivoque, que le réseau hydraulique a effectivement été détruit lors de l’éruption du Vésuve, en 79 après J.-C., et qu’il a fallu une quinzaine d’années pour le remplacer. Ces découvertes font l’objet d’une publication dans la revue PNAS le 16 mai 2016 par le laboratoire Archéorient – environnements et sociétés de l’Orient ancien (CNRS/Université Lumière Lyon 2)1 et le Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (CNRS/ENS de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1), en collaboration avec des experts internationaux2,3.

C’est à l’occasion de la construction d’une nouvelle ligne de métro que des fouilles archéologiques ont été menées dans le port antique de Naples, aujourd’hui enseveli. Les excavations ont permis d’étudier les couches de sédiments qui se sont déposés dans l’ancien port au cours des siècles, sur six mètres d’épaisseur. Les analyses géochimiques de ces dépôts sédimentaires montrent que l’eau du port a été contaminée durant les six premiers siècles de notre ère par du plomb provenant du système d’adduction d’eau de Naples et des cités voisines. Ce plomb, principal composant des canalisations, se dissolvait au contact de l’eau et se répandait dans les différentes fontaines et points d’apport des cités, pour finalement se déverser dans le port. L’étude de la composition isotopique de cet élément, c’est à dire la proportion des différents isotopes4 du plomb contenu dans les sédiments permet de retracer aujourd’hui des événements vieux de deux mille ans.

Les analyses ont principalement révélé deux compositions isotopiques du plomb bien distinctes, avant et après l’éruption du Vésuve en 79. Elles prouvent que le vaste système d’alimentation en eau de la baie de Naples a été détruit lors de l’éruption volcanique et que les réparations ont été effectuées avec un plomb extrait d’un ou plusieurs districts miniers différents. Ce changement brusque du signal du plomb, intervenu une quinzaine d’années après l’éruption volcanique, suggère que les Romains ont réparé l’aqueduc et les canalisations en un temps relativement court.

Cette étude permet également de reconstituer les différentes phases du développement urbain de Naples : du 1er au 5e siècle après J.-C., le plomb est de plus en plus présent dans les sédiments, laissant envisager une expansion du réseau hydraulique ou une intensification de ce réseau dans des secteurs déjà équipés. Dès le début du 5e siècle, par contre, les sédiments sont moins contaminés, révélant que le réseau d’adduction d’eau subit de nouvelles destructions liées aux invasions barbares (prise de l’aqueduc pour assécher la ville), aux nouvelles éruptions du Vésuve en 472 et 512, aux épidémies ou encore à l’effondrement économique et administratif de Naples.

Cette lecture des pollutions métalliques dans les sédiments portuaires anciens, qui permet de retracer l’histoire d’un territoire, pourra être transposée à d’autres civilisations, d’autres aires géographiques. Et à l’heure des débats sur l’Anthropocène, elle pourrait offrir de nouveaux éléments de réflexion sur la dynamique de l’empreinte de l’homme sur l’environnement.

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© Yale Center for British Art, Collection Paul Mellon. Vue depuis la baie de Naples de l’éruption du Vésuve de l’an 79, telle qu’imaginée par le peintre William Turner entre 1817 et 1820. D’après une équipe pluridisciplinaire composée de géoarchéologues, d’archéologues et de géochimistes, cette célèbre éruption du Vésuve a détruit le système de distribution d’eau de la baie de Naples. Celui-ci était composé principalement d’un aqueduc en maçonnerie (le plus long du monde romain), prolongé par un dense réseau de tuyaux de plomb. Il fut remplacé par un nouveau système après une quinzaine d’années de travaux.

 

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© Hugo Delile Le site des fouilles archéologiques du port antique de Naples se trouve en face de la place municipale et à quelques mètres sous le niveau marin actuel. A droite : un exemple de coupe stratigraphique échantillonnée dans le cadre de cette étude. Elle est constituée de vases portuaires dont les compositions isotopiques du plomb révèlent l’histoire romaine de la ville.

Notes :

  • 1 Ce laboratoire fait partie de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, une fédération de recherche sur les sociétés anciennes.
  • 2 L’équipe pluridisciplinaire et internationale implique en outre le département d’archéologie de l’université de Southampton, le département de sciences humaines de l’université de Glasgow et le département des sciences de la Terre, de l’environnement et des ressources de l’université de Naples Federico II.
  • 3 Ces travaux ont bénéficié du soutien logistique de la Soprintendenza Speciale per I Beni Archeologici di Napoli e Pompei et d’un soutien financier à travers le programme ANR Jeune Chercheur et le Conseil Européen de la Recherche (programme « Rome’s Mediterranean Ports » – 339123).
  • 4 Un élément chimique peut exister sous différentes formes appelées isotopes, qui diffèrent par la masse de leur noyau.

Références :
A lead isotope perspective on urban development in ancient Naples, Hugo Delile, Duncan Keenan-Jones, Janne Blichert-Toft, Jean-Philippe Goiran, Florent Arnaud-Godet, Paola Romano, Francis Albarède. PNAS, 16 mai 2016. DOI : 10.1073/pnas.1600893113
www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1600893113

Source : cnrs

Cigéo a le droit à une loi sur la réversibilité

La filière nucléaire l’attendait depuis longtemps, les opposants au projet la redoutaient tout autant. Mardi après-midi, le Sénat a adopté la proposition de loi déposée par les sénateurs meusiens Gérard Longuet (Les Républicains) et Christian NAMY (UDI-UC). Sur 344 votants, 333 sénateurs ont voté pour, 10 contre et 1 s’est abstenu. Seuls les 10 sénateurs du groupe écologiste ont souhaité rejeter ce texte.

Qu’est-ce que la réversibilité pour le Sénat ?

Cette proposition de loi définit la notion de réversibilité et inscrit le principe de la phase industrielle pilote, décidée suite au débat public de 2013. Elle modifie ainsi la loi de programme relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs du 28 juin 2006, et en adapte le calendrier.  Finalement, « la réversibilité est la capacité, pour les générations successives, soit de poursuivre la construction puis l’exploitation des tranches successives d’un stockage, soit de réévaluer les choix définis antérieurement et de faire évoluer les solutions de gestion », retient le projet de loi.

La phase industrielle pilote qui marquera le début de l’exploitation industrielle du site devra permettre de démontrer le caractère réversible et la sûreté du stockage grâce à « un programme d’essais in situ » et des « essais de récupération de colis de déchets ». Les citoyens seront également mis à contribution. L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) devra élaborer et mettre à jour « tous les cinq ans, en concertation avec l’ensemble des parties prenantes et le public » un plan directeur de l’exploitation.

La demande d’autorisation de Cigéo devrait finalement être instruite en 2018. Si elle est acceptée, une nouvelle loi devra être votée pour entériner l’autorisation. Celle-ci fixera la durée minimale pendant laquelle la réversibilité du stockage devra être assurée. « Cette durée ne peut être inférieure à cent ans », précise le projet de loi actuel.

La loi du 28 juin 2006, codifiée à l’article L.542-10-1 du code de l’environnement, prévoit que le Parlement vote une loi définissant les principes de réversibilité de Cigéo. Conformément à cet article, le vote de la loi aurait dû se faire après le dépôt de la demande de création et après que cette demande ait reçu l’avis favorable de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il semble néanmoins probable qu’elle soit finalement votée avant le dépôt de la demande de création. Pour être définitivement adoptée, la proposition de loi adoptée au Sénat doit désormais être votée à l’Assemblée nationale. Elle n’est cependant par encore inscrite à l’ordre du jour.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les implications de l’Accord de Paris pour l’océan

L’océan tempère le réchauffement global du climat au prix d’une altération profonde de son fonctionnement physique et chimique, de ses écosystèmes et des services qu’ils fournissent à l’humanité (pêche, aquaculture, tourisme littoral, protection côtière, etc.). Les niveaux d’impact sur l’océan d’ici la fin du siècle dépendront fortement de la trajectoire mondiale d’émissions de gaz à effet de serre que l’humanité suivra d’ici là (Figure 1). Pour rappel, lors de la COP21, les pays se sont engagés à limiter l’augmentation de température de la planète à « moins de 2 °C d’ici 2100, voire à 1,5 °C ».

Des experts de l’Oceans 2015 Initiative ont livré hier dans la revue Nature Climate Change les résultats de leur étude, analysant les implications d’un tel engagement du point de vue de l’océan. Cet article traduit l’Accord de Paris en termes de risques d’impact sur l’océan. Il souligne également que la « communauté océan » a un rôle important à jouer dans le processus d’augmentation des ambitions des pays en termes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre sur le long terme. Cela permettrait en retour aux scientifiques d’affiner les scénarios de risques d’impact futurs sur l’océan.

Alexandre Magnan, chercheur « Vulnérabilité et Adaptation » à l’Iddri, auteur principal de l’article, rappelle que « l’Accord de Paris et ses suites représentent une opportunité majeure pour passer de scénarios de risques d’impact « théoriques » à des scénarios « réalistes », c’est-à-dire reflétant mieux la réalité des décisions prises dans le cadre des négociations climatiques. Cela permettra à la science de nourrir les négociations au fil de l’eau, dans l’objectif notamment de maintenir le cap vers des modèles de développement compatibles avec l’ambition de limiter le réchauffement global à moins de 2 °C d’ici la fin du siècle ».

Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche CNRS au Laboratoire d’océanographie de Villefranche (UPMC/CNRS) co-responsable de l’étude, ajoute que « de telles conclusions mettent en avant l’importance de la récente décision du GIEC de produire, d’ici à 2020, deux rapports spéciaux, l’un sur un monde à + 1.5 °C, l’autre sur les océans et la cryosphère (là où l’eau est présente à l’état solide : banquises, neige, glaciers, sols gelés, etc.). Les négociations climatiques ont besoin d’une vision claire des bénéfices à espérer d’efforts d’atténuation très ambitieux, et c’est la responsabilité de la communauté scientifique d’apporter de telles preuves ».

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Figure 1. Risques d’impact sur l’océan, les organismes et services éco-systémiques marins et côtiers d’ici à 2100, comparés à la période préindustrielle, selon quatre scénarios : atténuation élevée (RCP2.6), atténuation faible (RCP8.5), et atténuation modérée selon deux estimations tirées des « contributions nationales » pour la COP21. RCP2.6 est beaucoup plus favorable à l’océan bien que plusieurs écosystèmes, biens et services restent très vulnérables. Les implications de l’Accord de Paris doublent, au minimum, le niveau de risque d’impact actuel.

Messages-clés

  • (1) D’un risque d’impact modéré à très élevé selon les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre L’océan tempère le réchauffement global du climat au prix d’une altération profonde de son fonctionnement physique et chimique, de ses écosystèmes et des services qu’ils fournissent à l’humanité. Le niveau d’impacts d’ici la fin du siècle dépendra fortement de la trajectoire mondiale d’émissions de gaz à effet de serre que l’humanité suivra d’ici là.
  • (2) En l’état, l’Accord de Paris amène au minimum à un doublement du niveau actuel de risque d’impact sur l’océan Même le scénario à faibles émissions de gaz à effet de serre, qui correspond globalement à l’objectif de + 2 °C en 2100, comporte des risques de dommages majeurs, notamment sur les coraux tropicaux et les bivalves des latitudes moyennes. Les chercheurs estiment qu’il multipliera par 1,4 le niveau de risque d’impact actuel. Des scénarios plus émetteurs de CO2 aggraveraient considérablement la situation, jusqu’à multiplier le risque d’impact actuel par 2,7 dans le cas de la poursuite de la trajectoire actuelle d’émissions. Quant aux scénarios tirés des « contributions nationales » des pays en amont de la COP21, ils multiplient le risque d’impact actuel par 2,2 à 2,5. Il est donc indispensable que les « contributions nationales » en termes d’émissions de gaz à effet de serre soient révisées à la hausse, ce que l’Accord de Paris prévoit au travers d’un cycle de révision tous les 5 ans à partir de 2020.
  • (3) La « communauté océan » a un rôle important à jouer dans le processus des négociations climatiques Jean-Pierre Gattuso précise : « il est extrêmement important que le processus politique de révision des engagements des pays soit alimenté de manière continue par des analyses scientifiques sur les futurs « à éviter » et « à espérer ». La communauté scientifique sur les océans doit poursuive les efforts qu’elle a engagés dans le cadre de la préparation de la COP21 ». Alexandre Magnan rappelle également qu’« au regard de l’étendue des changements attendus, aucun pays n’est à l’abri, ce qui fait de cette question un enjeu mondial, au-delà des classiques divisions Nord/Sud, et engage toutes les composantes de toutes les sociétés ».
  • (4) Développer des scénarios de risques d’impact « plus réalistes » Les estimations d’élévation de la température de la planète réalisées à partir des « contributions nationales » (entre + 2.7 °C et + 3.5 °C) sont imparfaites : dans le cadre de l’exercice COP21, les pays ne se sont en effet projetés qu’à l’horizon temporel 2030. Or, le niveau de concentration en gaz à effet de serre d’ici la fin du siècle dépendra fortement aussi de la période d’après 2030, qui sera en partie liée aux choix d’investissements et d’infrastructures des pays dans le cadre de leur stratégie d’atténuation à 2030. Dès lors, il est important qu’en parallèle de la révision des objectifs 2030, les pays s’engagent, au travers de l’Accord de Paris, à clarifier leurs objectifs à plus long terme et à réfléchir à la manière de les atteindre du point de vue de leurs politiques énergétiques, de transport, d’utilisation des ressources, etc. De telles informations permettront aux scientifiques de développer des estimations plus « réalistes » du réchauffement global et donc des risques d’impact sur l’océan.
  • (5) Un moment opportun Les conclusions de l’article mettent en avant l’importance de la récente décision du GIEC de produire, d’ici à 2020, deux rapports spéciaux, l’un sur un monde à + 1.5 °C, l’autre sur les océans. Les négociations climatiques ont besoin d’une vision claire des bénéfices à espérer d’efforts d’atténuation très ambitieux, et c’est de la responsabilité de la communauté scientifique que d’apporter de telles preuves.

Sources :

  • A.K., Colombier M., Billé R., Joos F., Hoegh-Guldberg O., Pörtner H.-O., Waisman H., Spencer T., Gattuso J.-P., 2016. Implications of the Paris Agreement for the ocean. Nature Climate Change. doi :10.1038/nclimate3038.
  • cnrs

La France sur le point de ratifier l’accord de Paris !

La France avait été le premier pays à signer l’accord de Paris au siège des Nations unies à New York, le 22 avril dernier.  Elle est également bien partie pour être le premier pays industrialisé à le ratifier. Le projet de loi, adopté par l’Assemblée nationale, contient un article unique qui stipule qu’« est autorisée la ratification de l’accord de Paris  ».

Signé par 177 Etats, l’accord de Paris vise à contenir l’augmentation de la température moyenne « bien en-deçà de 2°C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C ». Selon les règles fixées par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’accord de Paris n’entrera en vigueur que lorsqu’il sera ratifié par au moins 55 pays représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales.

A ce jour, l’accord n’est ratifié que par 16 pays, principalement de petits états insulaires. Ségolène Royal veut désormais convaincre l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne de ratifier au plus vite l’accord. Elle demande qu’ils fournissent, avant fin juin, « les dates de délibération de tous les conseils des ministres et les dates de ratification dans les Parlements ». De leur côté, la Chine et les Etats-Unis ont annoncé vouloir ratifier l’accord avant la fin de l’année : ils représentent à eux deux près de 38 % des émissions mondiales.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Un moniteur aux couleurs embellies par les Quantum Dots

Les Quantum Dots (QD), ou points quantiques en français, font leur apparition dans le secteur de l’affichage informatique. La société taïwanaise MMD a annoncé il y a quelques semaines la commercialisation du moniteur 27 pouces Full HD 276E6ADSS de marque Philips (MMD exploite cette marque depuis un accord conclu en 2009). Selon ce fabricant, il s’agit du premier moniteur informatique au monde à bénéficier de cette technologie. Son prix s’élève à 309 € TTC et il se destine au marché grand public. Quoi qu’il en soit, MMD met en exergue la reproduction des couleurs de qualité «professionnelle».

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En l’occurrence, ce moniteur est capable de restituer 100% de l’espace colorimétrique sRGB, ce qui est devenu classique, et surtout 99% de l’espace Adobe RGB, ce qui l’est moins. Ce dernier, plus étendu, est utilisé par les professionnels de l’image, en particulier quand ils réalisent des travaux destinés à l’impression. Les Quantum Dots créent en effet des couleurs 30% plus saturées que la moyenne, participant à l’enrichissement de la palette de couleurs visibles à l’écran. Leur effet ne se fait pas sentir sur les cristaux liquides de la dalle LCD mais la qualité du rétroéclairage de l’écran.

Des nettoyeurs de lumière

Théorisés dans les laboratoires à partir des années 80, les QD sont des solides semi-conducteurs de structure cristalline qui ne mesurent que quelques nanomètres (soit un milliardième de mètres). A une si petite échelle, ils se comportent comme un atome seul et leurs propriétés physiques et optiques sortent de l’ordinaire. Il en va ainsi de la fluorescence des QD : la lumière incidente est réémise à des longueurs d’onde caractéristiques qui ne dépendent que de la taille du QD.
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Spécialiste de cette technologie, la société américaine QD Vision décrit le phénomène en ces termes : «A mesure que la taille du QD se réduit, celui-ci émet des longueurs d’ondes plus énergétiques, ce qui détermine la couleur : rouge, verte ou bleue. Le bleu correspond à l’énergie la plus élevée, donc au QD le plus petit. Le rouge, c’est l’énergie la moins élevée, dont le QD le plus gros. Le vert se trouve quelque part au milieu.» Rappelons que toute couleur, y compris blanche, est une combinaison de ces trois couleurs primaires rouge, verte et bleue.

Ce principe est mis à profit pour «purifier» la lumière blanche diffusé sur l’arrière de la dalle LCD, en provenance du dispositif de rétroéclairage. Typiquement, cette lumière est émise par des LEDs, depuis que celles-ci ont remplacé au début des années 2010 les épais tubes à cathode froide. Mais elle n’est pas neutre car l’artifice utilisé – des LEDs bleues recouvertes de phosphore jaune – est responsable d’un spectre lumineux très disparate : un pic «bleu», centré à 450 nm, côtoie une «colline» jaune (donc un mélange de rouge et de vert) vers 550 nm, de deux tiers moins intense. Des méthodes alternatives sont plus performantes, les LEDs vertes et bleues recouvertes de phosphore rouge par exemple, mais sont plus chères.

Une meilleure efficacité énergétique

Ce moniteur de MMD/Philips renferme pour sa part des LEDs bleues sans phosphore. Les QD sont calibrés de sorte à laisser passer une partie de cette lumière bleue et à convertir l’autre partie en «pics» rouge et vert. Le spectre de la lumière blanche résultante est rééquilibré et les couleurs affichées à l’écran gagnent en saturation. Ce procédé améliore aussi l’efficacité énergétique du moniteur : selon QD Vision, pour obtenir un espace colorimétrique comparable, un moniteur sans QD consomme au moins 50% d’énergie supplémentaire.

Si ce moniteur est un précurseur sur le marché informatique, les QD se répandent dans les téléviseurs à écrans plats haut de gamme depuis deux ans environ. Plusieurs procédés industriels se font concurrence. Celui de QD Vision, nommé Color IQ, est le choix de MMD : une barrette de QD est intercalée entre la barrette de LEDs, situé sur un côté de l’écran, et la dalle LCD. Les sociétés Nanosys et Nanoco plaident quant à elles pour l’ajout d’un film de QD de surface identique à celle de la dalle. QD Vision prétend que sa solution est plus économique. Mais est-elle viable ? C’est la question qui se pose car Nanosys a engagé le mois dernier des poursuites judiciaires contre QD Vision, qu’elle accuse de violer ses brevets.

Frédéric Monflier

PHBOTTLE : du jus devient bouteille !

Le consortium international du projet PHBOTTLE, coordonné par le Centre de technologie AINIA (Espagne), a dévoilé fin avril le premier prototype d’emballage obtenu grâce aux eaux usées de l’industrie des jus de fruits. Concrètement, il s’agit d’une bouteille en PolyHydroxyButyrate (PHB), un polymère biodégradable obtenu ici par fermentation microbienne de la matière organique contenue dans ces eaux usées. Cette matière organique contient jusqu’à 70 % de sucres – glucose, fructose et maltose-, soit 20 g/L.
Par ailleurs, les chercheurs ont incorporé au PHB produit des microcapsules d’antioxydants par le procédé de micro-encapsulation. Ces microcapsules agissent en tant que matériau de paroi et permettent la libération lente d’antioxydants, ce qui retarde l’oxydation du jus et prolonge sa durée de conservation. Ces capsules renforcent aussi la résistance mécanique de l’emballage. « Dans PHBOTTLE, les capsules sont faites en cyclodextrines et l’antioxydant encapsulé est du limonène » précise Ana Valera, coordinatrice du projet au département des nouveaux produits du centre de technologie AINIA. Pour améliorer la rigidité de la bouteille, les chercheurs ont également ajouté des microfibres de cellulose produites à partir de cosses de riz.

Un produit biodégradable vers le « zéro déchet »

Le produit est biodégradable. Les tests ont montré que 60 % de la PHBOTTLE est dégradée au cours d’une période de 9 semaines, selon la norme de compostage et de biodégradabilité des emballages NF EN 13432. Cette bouteille peut également être décomposée dans les usines de compostage, pour produire du compost et du CO2.

Le potentiel de ce nouveau matériau est important : 155 milliards de litres d’eaux usées sont générés par l’industrie des jus de fruits. Et le projet a permis de convertir jusqu’à 30 % des sucres contenus dans l’effluent de l’industrie en PHB. Le prototype a été produit à partir des effluents de Citresa, un producteur de jus espagnol, membre du Groupe Suntory. Il a été utilisé pour empaqueter le jus produit par ce même industriel. A l’avenir, ce procédé pourrait procurer à Citresa une solution innovante, basée sur l’économie circulaire, pour réduire sa production de déchets et tendre vers le « zéro déchet » et le « zéro rejet liquide industriel ».

Une commercialisation prochaine ?

« PHBOTTLE est un prototype obtenu après 4 années de recherche et n’est pas encore disponible à l’échelle industrielle, ou sur le marché. Avant d’être industrialisé, il est nécessaire de résoudre certaines contraintes que nous avons trouvé au cours du développement du projet, comme l’optimisation et le passage à grande échelle de certains procédés, ou encore la réduction des coûts », prévient Ana Valera. Grâce à l’optimisation des procédés de production, les chercheurs estiment que les coûts de la PHBOTTLE et des bouteilles en plastique conventionnelles pourraient prochainement être comparables.
Les premières études suggèrent que la PHBOTTLE pourrait être recyclée comme les autres bouteilles en plastique avec l’infrastructure existante en Europe. Néanmoins, d’autres recherches sont nécessaires pour voir si la matière recyclée répond aux exigences européennes pour les matières plastiques recyclées.
Le PHB obtenu à partir de jus de fruits pourrait aussi être utilisé pour d’autres emballages, non alimentaires, et dans d’autres secteurs industriels tels que les cosmétiques, l’ophtalmologie, la pharmaceutique ou encore l’automobile.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Le solaire PV génère-t-il vraiment davantage d’emplois que le nouveau nucléaire EPR ?

« Le soleil n’envoie pas de facture ». Tel est le slogan du prospectiviste américain Jeremy Rifkin, formule propagée par les lobbyistes du solaire dans le monde entier. En toute logique il n’envoie donc pas de bulletins de salaire. Une vérité qui dérange ?

Selon une étude de PricewaterhouseCoopers Advisory pour Areva datant de mai 2011, la filière  nucléaire en France pèse 125 000 emplois directs et 285 000 emplois indirects (y compris les emplois induits par les revenus), soit un total correspondant à 2% de l’emploi total en France. Ceci pour un parc de 63 GW, soit 6,5 emplois par MW installé. Le capital de ce parc électro-nucléaire est déjà amorti, le coût de production actuel du kWh du nucléaire dit « historique » (environ 6 c€/kWh) et les emplois correspondants sont donc principalement liés au volet Opération et Maintenance (O&M).

Dans un rapport datant de 2008 et reposant sur des données encore plus anciennes, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) soulignait que « les énergies renouvelables créent davantage d’emplois par dollar investi, par unité de capacité installée et par unité d’électricité générée que les centrales électriques conventionnelles ».

C’était vrai avant 2008, autrement dit durant la pré-histoire des EnR.  Mais dans un rapport de 2013 (http://www.irena.org/rejobs.pdf, page 44) l’Agence Internationale des Energies Renouvelables (IRENA) fait écho d’une étude réalisée par Greenpeace International et l’EPIA (devenue depuis «SolarPower Europe») où la question de l’emploi est traitée avec un angle différent : « Les années récentes ont connu une grande progression de la productivité » écrivent les co-auteurs. « Les estimations initiales de 50 emplois par MW en 2006 ont été revues à la baisse à 43 emplois en 2007, 38 en 2008 et 30 en 2011. »

L’évolution du nombre d’emplois par unité de puissance installée est corrélée au coût de production (LCOE, Levelized Cost Of Electricity) du kWh, ce dernier constitue ainsi un intéressant proxy.  Le LCOE du PV s’étant massivement et spectaculairement effondré entre 2011 et aujourd’hui, on peut alors extrapoler une baisse tout aussi massive du nombre d’emplois par MW. Il est possible que le solaire PV génère aujourd’hui moins de 10 emplois par MW nouvellement installé. Une mise à jour régulière des données est nécessaire pour que le débat énergétique soit rigoureux.

«  Le prix de la techno PV baisse selon la loi de Moore, tandis que  la filière aval (conception, installation, finance) est emploi intensive » estime de son côté Richard Loyen, président d’ENERPLAN, le syndicat des professionnels du solaire. Confirmant ainsi une baisse massive des emplois au niveau de la partie amont de la chaîne de valeur.  Mais même en aval des progrès en matière de réduction de la charge salariale sont réalisés. Par exemple les robots Krinner (voir la vidéo) utilisés lors de la construction de la plus grande centrale solaire d’Europe en Gironde ont permis de réduire la main d’oeuvre, et ainsi d’améliorer la compétitivité. Il est fort probable que des progrès soient également réalisés au niveau de la conception (bureaux d’étude) et du montage financier.

D’après les experts la tendance à la baisse des coûts du PV (ainsi que du stockage batterie associé) va se poursuivre et même atteindre un niveau proche de zéro. La société du coût marginal zéro, selon la formule du prospectiviste américain Jeremy Rifkin, est une société très efficiente, à très haute productivité. « Le prix de l’électricité solaire sera « presque » nul dans une dizaine d’années » estime l’ingénieur André Joffre dans un entretien publié le 9 mai 2016 dans l’édition catalane du quotidien L’Indépendant.

Tony SebaPlusieurs analystes partagent cette vision d’un coût du solaire tendant vers zéro, comme par exemple le professeur de Stanford University Tony Seba (auteur du livre « Clean Disruption of energy and transportation »), l’informaticien et futurologue Ramez Naam auteur du livre The Infinite Resource: The Power of Ideas on a Finite Planet (How Cheap Can Solar Get? Very Cheap Indeed), le directeur de l’ingéniérie chez Google Ray Kurzweil (Solar Will Power the World in 16 Years), le fondateur de Green Power Academy Nadim Chaudhry (The Solar Tsunami: it’s starting in the sun belt and it will spread towards the poles) ou encore Tam Hunt, fondateur de Community Renewable Solutions LLC, auteur du livre « Solar: Why Our Energy Future Is So Bright » et à l’origine du concept de « Solar Singularity ».

L’idéal serait de parvenir à mettre au point des capteurs solaires à durée de vie quasi-infinie et à très faibles besoins en maintenance permettant ainsi d’atteindre le Saint Graal. Une électricité presque gratuite. Et donc presque zéro emploi. A noter dès à présent que le volet O&M du solaire PV ne générait il y a 6 ans qu’environ 0,2 emploi par MW aux USA selon une étude du National Renewable Energy Laboratory (NREL) publiée en 2010 et citée par l’IRENA. Soit beaucoup moins que le nucléaire français. Pas de combustible à extraire et à transformer, pas d’installations complexes à gérer et à surveiller, pas de déchets à traiter. Le solaire PV, une fois le capital amorti, consomme très peu d’heures de travail humain.

Adopter une approche holistique

La quasi-gratuité de l’écosystème reposant sur l’énergie de flux solaire sera bien entendu catastrophique pour l’emploi dans le secteur de l’énergie mais en revanche très positive pour le reste de l’économie. Elle permettra en effet de baisser les coûts de production de l’ensemble des industries (comme par exemple la sidérurgie et l’automobile), les rendant ainsi plus compétitives et donc potentiellement créatrices de nouveaux emplois. Mais aussi de réduire les dépenses des familles pour se chauffer, s’éclairer et se déplacer en véhicule électrique. La facture « carburant » sera alors proche de zéro. L’argent économisé pouvant alors être dépensé ailleurs et ainsi stimuler d’autres secteurs tels que l’industrie textile, la restauration ou le tourisme.

En outre une énergie devenue gratuite correspond à un EROI (taux de retour énergétique) devenu très élevé, ce qui est très positif sur le plan environnemental.  Il convient donc d’appréhender la problématique énergie / emploi de manière holistique, dans une perspective d’intérêt général, et non pas à travers le prisme restreint de l’intérêt particulier de telle ou telle industrie.

« Je n’aime pas les approches « pro-emploi » » a affirmé  début 2016 Michael Liebreich, Chairman de Bloomberg New Energy Finance (BNEF) dans le cadre d’un entretien avec Zachary Zahan, fondateur du site Cleantechnica. Les politiques dont la finalité est de créer de l’emploi dans le secteur de l’énergie, et bien elles créent de l’emploi, mais au final bien moins que les politiques construites dans une perspective d’efficience. On peut créer des emplois consistant à ce que les employés creusent un trou toute la journée dans la terre, puis le rebouchent le soir, puis recommencer le lendemain. Certains fonctionnaires considérés comme « planqués » tombent dans cette catégorie. On ne peut ni nier que cela crée effectivement de l’emploi, ni nier que c’est absurde et au final destructeur pour l’économie d’un pays si ce genre de politiques est généralisée.

 « Le manque de culture économique est très coûteux pour notre nation » explique le prix Nobel d’économie français Jean Tirole dans un entretien publié par le magazine Challenges le 7 décembre 2014. « Beaucoup de nos concitoyens (et les médias avec eux) se focalisent sur le drame (réel !) de victimes identifiables d’un licenciement collectif en oubliant celui d’un nombre bien supérieur de chômeurs, anonymes ceux-là, qui sont victimes de la non-création d’emplois, et donc du système. »

Un manque de culture économique, mais aussi le fruit d’une démagogie électoraliste de certains responsables politiques.  Il est en effet fréquent d’entendre en France des personnalités, comme par exemple Nicolas Sarkozy (Les Républicains) et Emmanuel Macron (Parti Socialiste), mettre en avant un coût selon eux très bas de l’électricité nucléaire, tout en indiquant que c’est une industrie très pourvoyeuse en emplois. Ce n’est pas cohérent. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

« J’ai fait un rêve »

La même approche, intellectuellement bancale, est utilisée par certains promoteurs du solaire. C’est par exemple le cas de Gregory Lamotte dans une courte tribune publiée sur le blog Tecsol le 7 mai 2016. D’un côté cet entrepreneur reproche à juste titre aux politiques de ne pas mettre à jour  leurs données sur le coût du solaire PV et rappelle que « les Anglais vont acheter par contrat pendant 35 ans l’énergie Nucléaire de EPR a 120 €/MWh alors que partout en Europe et dans le mode, l’énergie Eolienne et Solaire est achetée 70 €/MWh maximum. » Mais d’un autre côté  le patron de la start-up Comwatt dénonce le dogme selon lequel nucléaire serait bon pour l’emploi : « Autre exemple, quel est l’autre préoccupation centrale des Français ? L’emploi. Une idée aussi bien ancrée nous annonce que le nucléaire, c’est bon pour l’emploi. Une étude de l’OCDE nous indique que pour produire la même quantité d’énergie, le solaire nécessite 6 fois plus de main d’œuvre locale. »

Il n’est pas cohérent d’affirmer que le solaire coûte aujourd’hui presque deux fois moins cher que le nouveau nucléaire et en même temps que ce dernier génère 6 fois moins d’emplois que le premier. Facteur 12. Il y a un hic dans le potage.

« Nos politiques disposent souvent de données anciennes et comme les énergies renouvelables évoluent très vite, nous prenons souvent des décisions à contre sens » constate avec justesse Gregory Lamotte. «  J’ai fait un rêve, qu’il était possible de mettre à jour nos politiques comme on met à jour les applications des téléphones, afin de les aider à prendre les bonnes décisions. »  Alors prenons garde de charger une appli élaborée de façon tout aussi rigoureuse en matière de coût que d’emplois générés.

«  Pourquoi subventionner le nucléaire si c’est pour observer les coûts augmenter à chaque nouvelle génération ? » interroge ce spécialiste en optimisation de l’autoconsommation photovoltaïque. Si l’on veut vraiment créer artificiellement de l’emploi dans le secteur de l’énergie (en asphyxiant le reste de l’économie), subventionner le nucléaire est cohérent.  « Si l’on souhaite privilégier l’emploi des Français, les renouvelables s’imposent » ajoute l’entrepreneur. C’est vrai, car les filières EnR efficientes seront une source de prospérité à l’échelle de l’économie globale, et commencent dès à présent à l’être dans certaines régions du monde, du fait que ce sont des filières qui vont devenir de moins en moins consommatrices en heures de travail. Soit exactement le contraire du contenu de la leçon donnée par Gregory Lamotte.

Un paradoxe apparent à expliquer avec pédagogie

Illustration 4Le 13 janvier 2016 Pascal Tebibel, le directeur de la prospective et des relations institutionnelles du Groupe Colas, a envoyé à GreenPeace International un message mettant en avant la création d’emplois grâce au projet de route solaire Wattway développé par cette filiale du groupe Bouygues. Appelant ainsi implicitement cette grande ONG internationale à soutenir leur innovation au nom de l’emploi. La Ministre de l’écologie Ségolène Royal a également mis en avant le même argument pour promouvoir cette nouvelle filière, faisant totalement l’impasse sur une approche coûts-bénéfices.

Cette route solaire, étant extrêmement  coûteuse, créé en effet davantage d’emplois par unité de puissance installée que le solaire standard au sol. Elle n’en demeure pas moins intrinsèquement inefficiente et donc contre-productive sur les plans écologique, économique et donc social.

Il est essentiel de comprendre ce paradoxe apparent pour prendre les bonnes décisions que Gregory Lamotte appelle de ses vœux : moins d’emplois dans le secteur de l’énergie, et donc une énergie moins coûteuse, cela permet de générer de manière indirecte d’autres emplois ailleurs dans l’économie.

Brasser le bon vent

Voici enfin un second tabou qu’il convient aussi de briser : bien séparer le bon grain de l’ivraie en matière de filières EnR. Toutes les EnR ne sont pas à mettre dans le même panier, certaines filières constituent des aberrations tant sur le plan de l’EROI (et donc au niveau du bilan écologique)  que du coût, les deux étant d’ailleurs liés.

Si l’hydroélectricité, le grand solaire au sol et l’éolien terrestre dans les régions bien ventées sont des filières aujourd’hui vraiment très pertinentes, formant ensembles le trio symbiotique Wind Water Sun prôné par Mark Jacobson de Stanford University, ce n’est ni le cas de la route solaire prônée par Ségolène Royal,  ni de la « SmartFlower » d’EDF, ni du très coûteux hydrolien, ni enfin de l’arbre à vent NewWind  prôné par Arnaud Montebourg.

Illustration 3L’ancien ministre du « redressement productif », par ailleurs très pro-nucléaire,  se fait l’avocat de cette forme de micro-éolien particulièrement coûteuse, depuis la COP21 jusqu’à la conférence intitulée « Slow is powerfull » : rupture technologique et modèle économique disruptif dans l’éolien et l’hydrolien » qu’il donnera le 31 mai 2016 à l’occasion du «  Smart Energy Summit Paris » parrainé par ERDF et RTE (François Brottes).  Au programme de cette conférence dont le titre est manifestement inspiré du concept « Small is beautifull » (1973) de l’économiste Ernt Friedrich Shumacher et dont la formulation marketing vise semble-t-il à séduire les personnes appréciant les approches d’autonomie énergétique et de décentralisation : « Miser sur les écoulements lents comme source de puissance » et « Changer de paradygme (sic) avec des gisements d’énergie diffuse quasi illimités ».

Il ne suffit pas d’afficher des mots et des formules a priori sexy et modernes pour rendre une technologie économiquement et écologiquement pertinente. Comme le rêve Gregory Lamotte, chargeons la bonne appli. Les lois de la physique ne peuvent pas être changées par Arnaud Montebourg, et ceci en dépit de son talent d’orateur et de son charisme : la production électrique d’une éolienne varie à la puissance trois de la vitesse du vent et cette dernière est bien plus faible  au niveau du sol qu’à 100 mètres d’altitude. A fortiori en milieu urbain. En outre l’architecture du très romantique arbre à vent conduit à un ratio énergie produite / matière consommée (métal, câblages) médiocre comparativement aux micro-éoliennes standards, ces dernières étant pourtant déjà bien moins performantes que les grandes éoliennes.

La France, engoncée dans la filière atomique, a déjà perdu énormément de temps en matière de compétitivité EnR, n’aggravons pas ce retard avec de lourdes erreurs d’aiguillage et avec des pseudos-solutions et autres bling-blingueries servant à tenter de camoufler ce retard…Ou plutôt à tenter de freiner (« écoulement lent ») l’émergence des vraies solutions EnR qui font de l’ombre aux rentiers des vaches à lait nucléaires en place et qui veulent rester « source de puissance » le plus longtemps possible.

Le temps, c’est de l’argent.

Olivier Daniélo 

Hinkley Point : EDF dans l’impasse ?

C’est désormais officiel. Dans un communiqué, l’intersyndical d’EDF considère que de nombreux documents et réponses manquent « afin d’être en mesure de formuler un avis éclairé et motivé » sur le projet de construction des deux réacteurs EPR d’Hinkley Point. Les 20 élus du comité central d’entreprise (CCE) d’EDF ont donc voté à l’unanimité ce lundi le lancement d’une expertise externe. Celle-ci portera sur les conséquences économiques et financières du projet, ainsi que sur les aspects sociaux et organisationnels. Elle s’intéressera aussi aux aspects stratégiques, techniques et industriels, sans oublier le volet juridique du projet.

Les experts des deux cabinets mandatés rendront leur rapport courant juin. Le CCE devra alors dévoiler sa position finale au plus tard début juillet. Sachant que les syndicats d’EDF ont à plusieurs reprises demandé un report du projet de deux à trois ans, l’issue est incertaine. Mais la direction peut compter sur le soutien indéfectible du ministre de l’Economie Emmanuel Macron, fervent défenseur du projet. Il a d’ailleurs annoncé en avril dernier qu’EDF ferait part de sa décision finale d’investissement au plus tard en septembre, décision initialement attendue début mai. A savoir : pour le ministre, rien ne pourrait remettre en cause le bien-fondé de cet investissement.

Par ailleurs, le projet a récemment été remis en question par son ancien directeur financier, Thomas Piquemal, qui a démissionné le 1er mars. Il ne pouvait pas soutenir un projet qu’il juge « non faisable » et trop risqué pour les finances de l’entreprise dans les conditions actuelles, caractérisées par un effondrement des prix de marché de l’électricité.

Un projet trop cher pour EDF?

Avec une facture totale estimée à 23 milliards d’euros (contre 16 milliards prévus initialement), EDF devra apporter 66,5 % des investissements, le tiers restant étant supporté par deux électriciens chinois, CGN et CNNC. Le géant français devra donc trouver 15 milliards d’euros, soit peu ou prou, l’équivalent d’une année d’investissements pour EDF. Ce projet se ferait donc au détriment d’une transition énergétique vers des énergies renouvelables, déjà plus compétitives.

Cet investissement est-il réellement risqué ? « Qui parierait 60 %, 70 % de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne alors que cela fait dix ans qu’on essaie de la construire ? » alertait Thomas Piquemal le 2 mai devant les députés. Par ailleurs, l’électricien français affiche déjà une dette colossale. Et cela devrait empirer. Son résultat net est en chute libre, notamment à cause de ses dépréciations d’actifs, de la baisse des prix de marché de l’électricité et de l’augmentation des provisions à faire pour le projet Cigéo. Son résultat est passé de 3,7 milliards d’euros à 1,2 milliards entre 2014 et 2015. Or, il faudra financer les travaux de grand carénage et les futurs démantèlements, dont les coûts provisionnés ont sans doute été sous-évalués. « Quand on a 66 milliards d’euros de dettes, 100 milliards à financer dans les centrales françaises, 20 milliards à rajouter pour la Grande-Bretagne, on peut considérer qu’on est dans une très mauvaise situation », analysait Thierry Gadault, auteur du livre EDF : la bombe à retardement?,  à Europe1, en mars dernier.

Mais les doutes concernant l’investissement à faire ne s’arrêtent pas là. Les experts et les médias britanniques dénoncent un prix d’achat garanti trop élevé du mégawattheure (92,5 livres sur 35 ans, soit 126 euros). Même si ce tarif peut sembler alléchant pour EDF, rien ne garantit la rentabilité du projet sur le long-terme, car le contrat ne prévoit pas d’engagements sur les volumes achetés.

Malgré tout, fin avril, le géant de l’électricité a annoncé un projet d’augmentation de capital de 4 milliards d’euros pour 2017, dont 3 milliards apportés par l’Etat, son actionnaire principal (à hauteur de près de 85 %). Ce renflouement des caisses servira à renforcer ses fonds propres et garantir ses investissements. Mais rien n’est facile en matière de nucléaire ! Greenpeace et l’entreprise britannique d’énergie verte Ecotricity estiment que cette décision s’apparente à une aide d’Etat pour financer l’EPR et les deux entités ont demandé à Bruxelles d’ouvrir une enquête. EDF avance donc plus que jamais dans le flou dans un projet qui, avant même son lancement, pourrait mener à un échec cuisant, comparable à celui annoncé à Flamanville.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Truffle 100 : la bonne santé du secteur français du logiciel

Créé par la société de Private Equity Truffle Capital et le cabinet d’études CXP, le Truffle 100 fournit une vision précise de la vitalité d’un secteur, en l’occurrence celui des éditeurs logiciels. Malgré la crise, ce secteur a plusieurs voyants au vert avec des poids lourds comme Dassault systèmes, Sopra Steria et Murex qui représentent le trio de tête.

Le chiffre d’affaires global des 100 éditeurs du palmarès progresse de 9 % en 2015 pour atteindre 12,8 milliards d’euros.

Le bénéfice double à 1186 millions d’euros tandis que l’investissement R&D a augmenté de 15 % (1174 millions d’euros). Côté emploi, les effectifs ont évolué de 3,5 % (environ 107 000 personnes). Résultat, une création de 3540 emplois, dont 1000 en R&D.

Tout n’est pas pour autant parfait. La part des sociétés en décroissance s’est accrue, passant de 1 % en 2014 à 11 % en 2015.

Mais pour Bernard-Louis Roques, Directeur Général et co-fondateur de Truffle Capital, « 2015 est un bon millésime: 9 % de croissance du chiffre d’affaires, doublement des résultats, 15 % d’augmentation des investissements en R&D (recherche et développement), une belle dynamique de création d’emplois qualifiés, un effectif total de 107 000 personnes avec un très faible propension à la délocalisation… Les éditeurs de logiciels français sont exemplaires, tirent l’économie nationale vers le haut, démontrent que l’esprit entrepreneurial, la prise de risque et le pari sur l’innovation sont de vertueuses qualités porteuses de succès et de conquête ».

Cette croissance s’explique notamment par l’intérêt grandissant des entreprises pour le Cloud Computing. Parmi ses différentes déclinaisons, l’Iaas constitue le secteur le plus dynamique en France (+35,5 % pour 700 millions de dollars). Les segments SaaS (+20,9 % attendus) et Paas (+20,7 %) connaissent donc une évolution moins forte, mais ils restent toujours très demandés avec 1 milliard et 200 millions de revenus respectifs. Ces solutions leur permettent d’améliorer le service à la clientèle et de tirer parti des innovations en matière de production.

C’est d’ailleurs pour répondre à ces besoins que 74 % des éditeurs du Top 100 disposent désormais d’une offre SaaS (68 % en 2014). « Dans les domaines plus techniques (l’industrie, les véhicules, la santé, les villes intelligentes, etc.), c’est l’Internet des objets qui émerge (IoT, Internet of things) », précise Laurent Calot, Président du Groupe CXP.

Mais les éditeurs ne doivent pas oublier l’essentiel : « ils doivent s’adapter aux nouveaux usages de leurs clients ainsi qu’aux besoins métiers exprimés par leurs collaborateurs », rappelle Laurent Calot. Or toutes les entreprises sont loin d’avoir terminé (voire même entamé dans certains secteurs d’activité) leur transformation digitale. Les éditeurs doivent donc les accompagner en leur proposant des solutions adaptées et efficaces.

Philippe Richard

Stockage: Total rachète Saft

C’est par une offre publique d’achat volontaire déposée auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur les actions de Saft Groupe, que Total s’apprête à prendre le contrôle du spécialiste français des batteries. Le projet d’offre vise l’ensemble des actions du groupe au prix de 36,50 euros par action, coupon de 0,85 euro par action détaché, soit un prix d’acquisition total de 950 millions d’euros.

« L’acquisition de Saft permettra d’intégrer dans notre portefeuille d’activités des solutions de stockage d’électricité, compléments indispensables à l’essor des énergies renouvelables. Cette opération permettra également à Saft, ses dirigeants et ses employés de bénéficier du soutien du Groupe Total sur le plan scientifique, industriel, commercial et financier. Enfin, elle donnera à Saft les moyens nécessaires pour accélérer avec succès son développement », s’est réjoui Patrick Pouyanné, Président-directeur général de Total. De son côté, Ghislain Lescuyer, Président du Directoire de Saft Groupe, dit être « convaincu que Total apportera à Saft l’expertise et les ressources nécessaires à son développement futur, notamment sur les plans technologique et commercial. Cette opération sera bénéfique pour les clients et pour le personnel de Saft qui rejoint un groupe majeur de l’énergie. »

Logique Total

La Major pétrolière française a le mérite d’être cohérente dans ses choix. Intégrer un acteur de référence du stockage d’électricité (80 MW de batteries vendues entre 2012 et 2015 sur 14 sites de production, 4 100  salariés) est un jalon majeur dans la maîtrise des énergies renouvelables. Par ailleurs, le choix d’une consolidation purement « française » a le mérite de ne pas créer de vagues au niveau politique. Reste la question du prix. Total propose une prime de 38,3% par rapport au cours de clôture du vendredi 6 mai 2016 (26,40 €) et une prime de 41,9% sur la moyenne six mois ce qui peut paraître beaucoup en raison du caractère très concurrentiel de ce secteur avec la montée d’acteurs asiatiques notamment. La compagnie pétrolière bénéficie néanmoins d’un contexte de marché favorable : l’action Saft valait 35 € il y a seulement un an.

Romain Chicheportiche

Airbus Defence and Space, chef de file contre les débris spatiaux

Le projet TeSeR ambitionne de développer les technologies nécessaires pour prévenir la formation de nouveaux débris spatiaux liés aux satellites en orbite autour de la Terre. Aucune réglementation internationale n’oblige aujourd’hui les acteurs du spatial à prévoir la fin de vie de leurs satellites, mais la situation devenant critique, l’ensemble de la communauté essaye désormais de trouver des solutions. Le principal frein restant le surcoût engendré par une désorbitation ou une entrée dans l’atmosphère.

Une solution fiable et à bas coût

Débris spatiaux en orbite - Vue d'artiste
Débris spatiaux en orbite – Vue d’artiste

Le consortium dont Airbus Defence and Space vient de prendre la tête doit justement développer un prototype de module ultra-fiable et à bas coût pour que les satellites en fin de vie, ou les satellites devenus incontrôlables soient désorbités : par une mise en orbite plus haute que l’orbite géostationnaire ou par une descente vers la Terre en vue de sa destruction dans l’atmosphère.

Un développement sur fonds propres

Sur le projet TeSer, Airbus Defence and Space assure donc la gestion du projet, la coordination technique, en plus du développement de ces systèmes innovants de contrôle d’attitude des satellites. Le projet doit être mené sur les fonds propres d’ADS qui a cependant déjà obtenu une convention de subvention de l’Union européenne dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020 : 2,8 M€ jusqu’en 2018.

Seule la prévention peut être mise en place

A ce jour, les scientifiques cherchent des solutions pour nettoyer l’espace, mais aucune n’est encore opérationnelle. La prévention reste donc la seule option possible. Dans ce cadre, les principales agences spatiales ont créé, en 1993, une instance, l’IADC (Inter-agency Space Debris Coordination Committe) qui a publié fin  2002 les mesures à appliquer pour éviter la prolifération des débris. De son côté, l’ONU s’est inspiré de ces mesures pour encourager les pays à prendre des dispositions réglementaires dans ce sens. La France a intégrée ces recommandations dans sa loi relative aux opérations spatiales en juin 2008.

Une goutte d’eau dans le problème des déchets spatiaux

Mais si la prévention est inévitable, elle ne représente qu’une goutte d’eau dans le problème des déchets spatiaux. Sur son site internet dédié aux débris spatiaux, le CNES explique qu’en un peu plus de 50 ans d’activité spatiale, on a procédé à plus de 5500 lancements de satellites auxquels viennent s’ajouter d’autres objets comme les étage supérieurs des lanceurs, les moteurs d’appoints, les résidus de sondes etc. Nombre de ces objets sont restés sur leur orbite, se détériorant et se fragmentant sur place, augmentant encore le nombre d’objets susceptibles de provoquer des collisions et des destructions de satellites ou d’infrastructures spatiales encore actifs.

Les estimations récentes évaluent ainsi à 20 000 objets de plus de 10cm, 300 000 entre 1 et 10cm et plusieurs dizaines de millions d’objets entre 0,1 et 1cm orbitant autour de la Terre.

Sophie Hoguin

La France à l’assaut de l’hydrogène

En février 2015, dans le cadre de la Nouvelle France Industrielle, Ségolène Royal, ministre de l’environnement et de l’énergie avait demandé aux Conseils généraux de l’économie et de l’environnement d’étudier les conditions de développement d’une filière hydrogène énergie en France. Le rapport qui vient d’être publié établit 20 recommandations parmi lesquelles le lancement d’un appel à projet pour développer une économie à l’échelle d’un territoire. Objectif : montrer qu’en structurant la filière autour de l’hydrogène pour la mobilité et le stockage de l’énergie, l’utilisation de cette énergie alternative devient rentable.

Construire la filière sur tout un territoire

Les candidats qui doivent monter leur dossier d’ici le 30 septembre 2016 doivent proposer un projet qui intègre toute la chaîne de valeur : de la production à la valorisation en passant bien sûr par la distribution (voir le cahier des charges). Toutes les applications sont envisageables : transport, alimentation électrique, stockage de l’énergie, cogénération, injection dans le réseau de gaz ou tout autre application industrielle. Les candidats sélectionnés auront accès à l’ensemble des financeurs publics qui pourront être concernés via un guichet unique. Tous les types de territoires sont invités à participer : urbains, ruraux, insulaires etc.

Vingt recommandations pour la filière hydrogène

Actuellement, plusieurs initiatives dispersées sont développées en France sur le sujet de l’hydrogène notamment pour des projets de mobilité (flottes captives d’entreprises) ou pour le stockage de l’énergie. Cependant, pour cette filière puisse vraiment devenir visible, ce qui d’après les rédacteurs du rapport devrait être possible dès 2025-2030, il faut soutenir activement la structuration de la filière dès maintenant. Le rapport suggère l’établissement d’une feuille de route précise et la mise en place d’une gouvernance et de financements dédiés. Vingt recommandations sont édictées pour guider les actions à venir. Il s’agit par exemple de veiller au retour d’expérience des démonstrateurs déjà en place et à l’intégration dans les calculs économiques des bénéfices environnementaux, à soutenir les actions de recherche et à favoriser les solutions hydrogènes par le biais d’outils financiers attractifs (voir le rapport et les recommandations).

Sophie Hoguin

Sept leçons apprises en lançant ma start-up

Il y a à peine un an, nous avons quadruplé nos effectifs en à peine quatre semaines, passant de 4 à 8 salariés. Je suis passé du statut de simple étudiant diplômé en analyse financière à celui de PDG d’une – petite – entreprise en forte croissance, en à peine une année.
L’année dernière a été un véritable baptême du feu. Au final, l’essentiel réside dans l’efficacité du management. Il s’agit pour moi d’un avantage compétitif considérable. Quand on veut se frotter à des entreprises qui ont des moyens et des effectifs cent fois plus importants que les nôtres, c’est fondamental.

Voici selon moi les 7 clés pour s’en sortir quand on monte une strat-up :

1- Avoir un partenaire d’affaires ou conseiller qui pense autrement que VOUS

Deux têtes valent mieux qu’une. Mais cela n’est plus forcément vrai si les personnes concernées se ressemblent trop. Prenons un exemple. En cas de prise de décision, trouver un consensus est plus facile et rapide pour deux personnes similaires. Mais cela veut dire que si l’un se trompe, l’autre suivra dans la même voie. Il faut des personnes opposées dans le comportement mais complémentaires.

Quand mon co-fondateur et moi avons décidé de monter une start-up ensemble, nous avons réalisé rapidement que même si nous étions généralement d’accord sur la fin, presque jamais nous ne l’étions sur les moyens pour y arriver.

Avoir quelqu’un comme cela m’a beaucoup aidé dans ma démarche d’entrepreneur. Tellement souvent j’ai été persuadé d’avoir fait les bons choix et tellement souvent il a démontré point par point que mon idée n’était pas la bonne, ce qui s’est ensuite avéré vrai.

2- Dites à vos collaborateurs pourquoi on fait les choses et pas comment

En théorie microéconomique classique vous comptez travail et capital en tant que «facteurs de production». L’économie a tendance à oublier que les humains ne sont pas des «facteurs de production», mais des êtres vivant et respirant avec des besoins, des ambitions et des émotions.

Nous nous sommes rendu compte que le fait de dire aux gens quoi faire et comment le faire n’est pas la bonne solution. Ils finissent par se sentir robotisés et doutent de leur importance au sein du projet commun. En tant que manager, je me suis parfois senti comme un parent face à son enfant triste. J’ai beaucoup culpabilisé.

Nous avons alors pris la décision de faire tout notre possible pour passer du « comment » au « pourquoi ». Je m’explique. Nous avons parlé avec tous les salariés pour leur expliquer le pourquoi de leur tâche. En faisant cela, nous avons réussi à décupler la motivation de nos salariés autour d’un objectif commun où chacun valorise l’importance relative de sa tâche du mieux qu’il peut. Un effet positif de cette stratégie est aussi que l’on passe moins de temps à former des gens qui sont motivés et volontaires pour résoudre les problèmes par eux-mêmes. Ce qui fait gagner un temps précieux.

3- Mettre le focus sur une seule mission

La simplicité est une vertu puissante. Elle aide les gens à prioriser les choses et évite de perdre du temps à réfléchir à quelle tâche accomplir en premier… Après quelques mois d’existence, la société a vu son nombre augmenter petit à petit, et nous nous sommes rendu compte que les gens avaient du mal à travailler ensemble et à communiquer et même à user de leur temps de manière efficace.
Nous avons décidé, tous ensemble, de nous concentrer sur un objectif et un seul. Nous avons organisé un rétro planning avec des points réguliers où chacun exposait ses avancées. Cela a été très efficace, et a même poussé nos salariés à plus collaborer les uns avec les autres pour faire avancer le projet et ses chances de succès.

4- Automatisez les process au maximum

Personne n’aime les tâches répétitives et ennuyeuses. Non seulement cela est néfaste pour le moral des troupes, mais cela induit également chez les collaborateurs l’impression d’un développement professionnel et même personnel insatisfaisant. Pourquoi demander à des humains, qui ont des capacités naturelles de création, d’innovation et de collaboration, de travailler comme des machines ?

Nous avons demandé à nos collaborateurs de s’intéresser aux tâches répétitives qu’ils accomplissent pour évaluer les moyens à mettre en œuvre afin d’automatiser au maximum toutes ces tâches. Tout ceci afin que nos employés puissent mettre en œuvre leur créativité au maximum pour ajouter de la valeur aux projets en cours. Nous avons ainsi réussi à « faire plus avec moins », comme on dit.

5- Réduire au maximum les formalités internes

Tout le monde déteste les formalités dans la vie de tous les jours. Les papiers à remplir pour n’importe quelle demande, même sur internet ces désagréments sont de plus en plus nombreux. Alors pourquoi nous les imposer au travail ? Pourquoi par exemple venir en costume au travail si vous n’avez aucun rendez-vous ? Pourquoi terminer un mail par « bien à toi » alors que la personne destinataire de ce mail est assise à 5 mètres de vous ? Toutes ces petites pertes de temps ne se rattrapent pas elles s’additionnent. Nous avons réduit au maximum l’usage de notre messagerie interne au profit de software de gestion de documents et de partage en temps réels. Nous avons aussi supprimé tout dress code. Nous avons ainsi réduit nos coûts, et les gens sont plus heureux.

6- Donnez la possibilité aux gens d’avoir des données relatives à leurs performances

L’évaluation de la performance est souvent quelque chose de beaucoup trop subjectif. Beaucoup trop de projets prennent des mauvaises directions parce qu’à un moment donné quelqu’un a crié plus fort que tous les autres en disant que ça allait marcher ! Les gens ont besoin de sentir que le mal qu’ils se donnent au travail trouve un écho quelconque soit en termes de notoriété soit de reconnaissance professionnelle.

La compagnie internet que nous sommes a les moyens d’offrir cela à ses salariés. Il est facile de tout mesurer. Tout est partagé sur des dashboards collectifs, et toutes les décisions sont prises à travers l’analyse d’un faisceau de données accessible à tous. Ainsi, quand le responsable d’une idée voit son projet avancer et réussir, il a le sentiment d’avoir augmenté la valeur de l’entreprise pour lui mais aussi pour tous les autres. Et nous ressentons vraiment cette envie collective.

7- Ne soyez pas le goulot d’étranglement

Le sur-management peut être un vrai problème. Problème créé le plus souvent par des managers ayant une « contrôlite aigüe » et une incapacité à faire confiance à leurs équipes. Ajoutez à cela une peur bleue de tout changement, et l’impression de tout savoir mieux faire que les autres, et vous obtenez des décisions prises lentement, avec des informations incomplètes. Et en plus une marginalisation de l’action par rapport au reste des équipes.

La raison pour laquelle nous avons décidé d’employer uniquement des gens que nous trouvions brillants était simple. Nous avons compris qu’à un moment donné nous ne pourrions plus prendre toutes les décisions et qu’il faudrait déléguer.

Et nous avions donc besoin de recruter des gens qui prendraient de bonnes décisions et si possible de meilleures décisions que nous ! Ainsi, pour chaque objectif que nous avons dans l’entreprise, nous créons des équipes constituées par les personnes les plus impactées – en termes d’objectifs personnels – par le projet en question. Cela signifie que chez nous, quiconque peut se retrouver en situation de décision sur un projet à tout moment, sans que ce soit son statut dans l’entreprise qui en décide ainsi.

Par Tushar Agarwal

Source : http://www.managementtoday.co.uk/news/1362979/seven-management-lessons-i-learnt-building

L’anomalie de cuve de l’EPR due à des «falsifications» ?

Le 29 avril 2016, Areva reconnaissait dans un communiqué que l’audit qualité de l’usine de Creusot Forge (Saône-et-Loire), lancé fin 2015, avait permis de « mettre en évidence des anomalies […] dans le suivi des fabrications ». Problème : c’est dans cette usine qu’a été forgée la cuve de l’EPR de Flamanville. Areva fait savoir que des études sont lancées pour caractériser « l’impact éventuel sur la qualité des pièces » et que pour le moment aucune information ne met en cause « l’intégrité mécanique des pièces ». Le résultat de ces études sera rendu public « avant le 31 mai ».

Sans révéler la nature de ces anomalies, Areva assure que « l’audit mené indique que ces anomalies relèvent d’actions du passé » et que « l’organisation et les modes de fonctionnement actuellement en vigueur au Creusot ne permettent plus aujourd’hui ce type d’anomalies ».

Des falsifications possibles, selon les Echos

Ce mardi 3 mai, les Echos ont apporté de nouveaux éléments. Selon une source anonyme citée par le journal, il s’agirait de « falsifications sur des dossiers de fabrication ». Face à ces révélations, Philippe Knoche, le directeur général d’Areva a confié au quotidien économique « Je ne peux pas l’exclure ». « On a des procès-verbaux contradictoires. Soit il y a eu des essais complémentaires qui ne sont pas tracés, et il faut qu’on ait la conviction qu’ils existent. Sinon, il faudra en tirer les conséquences », a-t-il déclaré au quotidien. « Nous avons souhaité communiquer parce que c’est inacceptable mais nous sommes encore en train de chercher. »

Les Echos révèle que « selon l’Autorité de sûreté nucléaire et Areva, environ 400 dossiers de fabrication sont concernés par des « incohérences », sur environ 10.000 dossiers de fabrication audités sur une période remontant à une cinquantaine d’années ». Selon une source, « une grosse moitié des dysfonctionnements concernerait des pièces nucléaires ». Chaque dossier de fabrication porte sur une pièce forgée et comprend des procès-verbaux. Ces derniers présentent les résultats des différents tests pour s’assurer de la conformité de la pièce aux normes existantes. Mais lorsqu’un résultat dépassait faiblement les normes, les compte-rendus auraient été modifiés pour retenir une valeur « moyenne », conforme aux normes. Ce procès-verbal « officiel » était inclus dans le rapport de fin de fabrication, le seul communiqué au client.

Sur la période auditée, le site a connu plusieurs propriétaires. Areva le détient depuis 2006. Est-ce que ces pratiques ont perduré et seraient à l’origine des défauts relevés sur la cuve de l’EPR ? Ce sera à l’enquête de le déterminer. Les pratiques auraient cessé entre 2010 et 2012, selon les Echos. « Ce que l’on sait, c’est aussi qu’il y eu des mises au rebut importantes de pièces à cette époque », précise Bercy, cité par Les Echos. Les pièces les plus défectueuses auraient été jetées et seules les pièces dépassant faiblement les normes auraient fait l’objet de falsifications.

L’Autorité de sûreté nucléaire a donné quinze jours à Areva pour évaluer l’impact de ces « anomalies » sur la sûreté des pièces fournies à ses clients. L’éventualité de ces falsifications est révélée quelques heures après la visite du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, lundi sur le site.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Trois exoplanètes à portée de télescope

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Sur le site de l’Observatoire européen austral (ESO), à la Silla au Chili, des astronomes belges ont utilisé le télescope TRAPPIST pour découvrir 3 planètes de taille et températures semblables à celles de Vénus et de la Terre à seulement 40 années lumière de la Terre. Elles sont en orbite autour d’une naine rouge, donc froide et peu lumineuse. C’est la première fois qu’on observe un système planétaire autour d’une telle étoile. Cette découverte enthousiasme aussi car ces planètes sont certainement les meilleures cibles pour chercher la vie au-delà du système solaire. Les résultats ont été publié dans la revue Nature du 2 mai 2016.

A quoi ressemble le cœur du système ?

eso1615bL’étoile  2MASS J23062928-0502285, maintenant rebaptisée TRAPPIST-1, est une étoile très froide (température de surface de l’ordre de 2500°C contre 6000°C pour notre Soleil) : 2000 fois moins brillante que le Soleil, elle est tout juste plus grande que Jupiter. De telles étoiles bien que couramment observées dans la Voie Lactée n’avaient jamais été vue en compagnie d’un système planétaire. Et pour Mickael Gillon, l’un des auteurs de l’étude, la découverte de planètes autour d’une naine est une aubaine car la faible luminosité de l’étoile permet de bien mesurer les effets du passage des planètes sur la lumière qui nous parvient. Avec les étoiles trop brillantes, cet effet est trop infime pour que nous puissions les étudier avec les technologies actuelles.

A quoi ressemblent ces trois planètes ?

Les observations complémentaires menées par d’autres télescopes de l’ESO ont pu montrer que les 3 planètes découverte ont des tailles proches de celles de la Terre. Les deux premières planètes ont une période de révolution de 1,5 et 2,4 jours. Pour la troisième, on ne sait pas encore. Elle se situe entre 4,5 et 73 jours. Même si elles sont bien plus proches de leur étoile, les deux premières planètes ne reçoivent que 2 à 4 fois la quantité de lumière reçue par la Terre. Autre particularité, leur période de révolution et de rotation devrait être à peu près identiques, ce qui implique qu’elles montrent toujours la même face à leur étoile, ce qui en fait des planètes avec de fort contrastes.

Sont-elles habitables ?

Il est un peu tôt pour se prononcer complètement, mais les astronomes estiment que les deux premières sont un peu trop proches de l’étoile pour être dans la zone d’habitabilité et la troisième un peu trop loin. Cependant, il pourrait exister des zones d’habitabilité à leur surface. En effet, des modèles théoriques montrent que si sur des planètes de ce type, une atmosphère un peu plus dense que l’atmosphère terrestre se crée, la chaleur circule et certaines régions peuvent alors devenir habitables.

Des analyses bientôt à portée de télescopes

Plusieurs télescopes géants terrestres (classe 30m) actuellement en construction (comme l’E-ELT de l’ESO) devraient être capables d’étudier la composition atmosphérique de ces planètes pour y trouver ou non de l’eau et/ou des traces d’activité biologique. En outre, comme ces planètes sont vraiment idéales pour la recherche de vie extraterrestre toute la communauté va être mobilisée. Hubble doit déjà les observer cette semaine. Plus tard, ce type de système pourra être facilement étudié grâce au successeur de Hubble, le JWST dont le lancement est prévu en 2018. Nous ne sommes qu’au début d’une grande quête car TRAPPIST n’était qu’un prototype pour un programme bien plus ambitieux que l’université de Liège est en train de déployer : le projet SPECULOOS qui va chercher de manière extensive d’autres systèmes comme celui-ci à proximité de notre système solaire.

Sophie Hoguin

Record du monde de compétitivité du solaire PV : 2,6 centimes le kWh à Dubaï !

Epoustouflant: 2,99 cents le kWh ! C’est la meilleure des cinq offres que vient de recevoir l’opérateur DEWA (Dubai Electricity and Water Authority) de la part du groupe saoudien Abdul Latif Jameel associé à l’espagnol Fotowatio Renewable Ventures ainsi qu’au groupe Masdar (Abu Dhabi Future Energy Company). Ceci dans le cadre de la troisième phase de construction du parc solaire Mohammed bin Rashid Al Maktoum qui totalisera une puissance de 800 MW.

Annoncé par Saeed Mohammed AlTayer, le directeur de DEWA, ce record du monde en matière de compétitivité photovoltaïque permet de diviser presque d’un facteur deux le coût du solaire PV comparativement au deal de la seconde phase du projet réalisé il y a moins d’un an et demi.

La seconde offre la plus compétitive (3,69 cents) a été délivrée par JinkoSolar, géant chinois producteur de modules photovoltaïques polycristallins, tandis que la troisième (3,96 cents) émanait du saoudien ACWA Power en partenariat avec l’américain First Solar, l’un des leaders mondiaux du solaire à couches minces. Les deux dernières offres ont été proposées par deux géants français : Engie, ex-GDF-Suez (4,40 cents) et EDF (4,48 cents). Ce qui constitue « moins de la moitié du coût du très controversé projet de centrale nucléaire à Hinkley Point C » porté par EDF en Grande-Bretagne, constate non sans ironie le journaliste australien Giles Parkinson, fondateur du média de référence RenewEconomy.

A ce stade la DEWA étudie les offres sur le plan technique et commercial afin de sélectionner celle qui lui semble être la plus pertinente.

Un tsunami solaire des Emirats Arabes Unis au Mexique

La compétitivité redoutable du solaire observée aux Emirats Arabes Unis n’est pas un cas isolé. Au Mexique un contrat solaire PV (1000 MW) a été signé en avril 2016 à 3,60 cents par l’énergéticien italien ENEL Green Power. Auxquels il convient d’ajouter 0,50 cent selon Cédric Philibert, expert EnR de l’Agence Internationale de l’Energie, soit un total de 4,10 cents. Et le Français Engie a obtenu début mars 2016 un contrat à 4,85 cents au Pérou (40 MW). Aux USA les contrats s’établissent à présent autour de 3 cents explique le magazine en ligne spécialisé CleanTechnica, c’est-à-dire à 4,3 cents en intégrant la subvention fédérale du gouvernement américain (30%) dont bénéficie le solaire PV.

Le record de compétitivité à Dubaï (2,99 cents) s’explique en partie par un coût de la main d’œuvre modeste et par un ensoleillement optimal. Mais surtout par le fait que Masdar est liée au fond souverain d’Abu Dhabi (l’Abu Dhabi Investment Authority), ce qui permet d’obtenir des taux d’intérêts très bas, bien inférieurs à ceux que peuvent offrir les banques commerciales. Un projet solaire, c’est en effet essentiellement du capital (CAPEX). Contrairement aux centrales thermiques à flamme le coût du combustible est nul. Pour reprendre la formule de Jeremy Rifkin « le soleil n’envoie pas de facture ». Le niveau du taux d’intérêt impacte ainsi fortement le coût final du kWh.

Selon un expert du solaire PV appartenant à l’une des entreprises qui ont répondu à l’appel d’offre mais qui préfère rester anonyme:
« C’est en effet par le biais de Masdar, mais malgré tout ils devraient perdre quelques millions sur les 25 ans. Ils s’achètent une image pour les futures projet dans la zone. » Une affirmation difficile à vérifier. Ce qui est sûr c’est que l’offre la plus attractive, qui est ici critiquée, est 33% plus économique que l’offre la plus coûteuse. La compétition est rude.

En France le solaire PV est presque aussi bon marché que le nucléaire historique

Selon Richard Loyen, le président du syndicat des professionnels du solaire (ENERPLAN), le grand solaire PV au sol est à présent à 7 c€/kWh (8 cents) dans le sud de la France, un niveau proche de celui du coût du nucléaire historique déjà amorti (6 c€/kWh), et presque deux fois inférieur à celui du nouveau nucléaire (EPR). Ce coût deux fois plus élevé que celui observé à Dubaï est le fruit d’un ensoleillement moins généreux qu’en péninsule arabique, une main d’œuvre plus coûteuse et des taux d’intérêt bien plus élevés.

« Sur le marché de la fourniture d’électricité au réseau il y a aujourd’hui des appels d’offre dans le monde à 4, 5 ou 6 centimes d’euros. On est capable aujourd’hui de challenger le nucléaire, bien évidemment » et aussi les « nouvelles centrales à gaz et nouvelles centrales à charbon » a affirmé Richard Loyen sur BFM-TV le 1er mai 2016. « On est sur le trend de 100 GW par an qui seront atteints avant 2020 » a ajouté l’expert.

Face à cet effondrement vraiment massif et spectaculaire des coûts, même les solaro-sceptiques les plus endurcis sont aujourd’hui contraints d’admettre qu’ils ont eu tord. David Keith, professeur à Harvard, a par exemple déclaré récemment: « J’étais dans l’erreur concernant les limitations économiques de l’électricité solaire » (Greentech Media, 28 avril 2016). Cette évolution du monde de l’énergie a conduit les géants français ENGIE (sous la houlette d’Isabelle Kocher) et TOTAL (Patrick Pouyanné) à une réorientation stratégique profonde. Le solaire est bien entendu au cœur de cette révolution. Thierry Lepercq, cofondateur de Solairedirect, start-up rachetée par Engie en 2015, vient d’être promu Directeur Général Adjoint du géant français, en charge de la recherche & technologie et de l’innovation.

L’avenir des groupes qui, par idéologie ou faute de vision et de capacité d’anticipation, ont lourdement investi dans l’industrie du nouveau nucléaire est en revanche inquiétant, a fortiori quand de l’argent public est concerné : cette industrie ne sera désormais plus jamais compétitive avec celle du photovoltaïque. Tout tentative d’acharnement thérapeutique et de maintien sous respiration artificielle de cette filière du siècle dernier risque de conduire à un naufrage encore plus douloureux. AREVA a déjà commencé le plongeon infernal.

Le secteur du solaire PV n’est pas le seul à battre des records de compétitivité : un contrat éolien terrestre à 3 cents le kWh a été signé en janvier 2016 au Maroc. Abderrahim El Hafidi, Vice-Ministre de l’énergie et de l’environnement a estimé que ce contrat est « extraordinaire » et qu’il annonce une «vraie révolution ». Combiner solaire PV et éolien permet d’ailleurs de réduire les besoins en outils de flexibilité.

Prendre la bonne route

De son côté, Ségolène Royal, Ministre de l’écologie, a choisi de mettre en avant un projet de 1000 kilomètres de route solaire. La technologie Wattway retenue, développée par Bouygues-Colas, aura un coût qui sera très supérieur à 30 centimes le kWh selon Olivier Apper, conseiller énergie de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Il sera en réalité probablement supérieur à 100 centimes le kWh si l’on intègre l’inévitable écrasement du rendement et de la durée de vie des cellules photovoltaïques en milieu routier. Soit un coût d’ un ordre de grandeur supérieur à celui du grand PV au sol dans le sud de la France ! Dans une tribune intitulée « Route solaire : un magnifique coup de pub…A quel coût ? » Olivier Apper, non sans ironie, s’interroge : « la technologie peut presque tout, sauf inventer le moteur à eau. Peut-on dans ces conditions dépenser sans compter ? ». Président du Conseil Français de l’Énergie, une organisation membre du Conseil Mondial de l’Energie, cet expert souligne que « c’est le consommateur d’électricité qui paiera la note par le biais du mécanisme de la CSPE. Ce consommateur en est-il informé ?».

L’ingénieur Matthew Klippenstein y est allé aussi de son couplet dans une amusante tribune publiée le 26 avril 2016 dans le magazine de référence Greentech Media. Tout comme le journaliste Antoine de Ravignan dénonçant « un gouffre financier » dans une tribune intitulée « Routes solaires : une fausse bonne idée » et publiée dans le magazine Alternatives Economiques le 27 avril 2016. « Les éléphants blancs, ces gros projets inutiles et ruineux, ça trompe énormément (…) Avant de se lancer sur les routes électriques, il serait urgent de lever les obstacles mis en travers des énergies renouvelables qui roulent.». Clémentine Vaysse du journal marseillais indépendant MarsActu émet de son côté l’hypothèse que Ségolène Royal aurait été frappée d’un « coup de soleil ». Et la journaliste estime que « De scandale d’Etat à projet d’avenir, il n’y a visiblement qu’un pas. »

Avec ce projet Wattway porté par Ségolène Royal, « en France, on roule sur la tête » estime Oxygn, spécialiste du solaire PV cofondée par Marc Maionchi et Christophe Vanopbroeke. Basée à Marseille, cette PME a publié un excellent dossier de synthèse au sujet de la plus grande centrale PV d’Europe (300 MW) construite près de Bordeaux, dossier dans le cadre duquel sont révélés les très pervers bâtons dans les roues qui ont été placés volontairement par des fonctionnaires de l’état français : « un pays qui a l’art de cultiver les chausse-trappes pour les développeurs de centrales au sol (…) Tout est fait pour nous freiner dans notre atteinte de taille critique et d’optimisation du bilan financier. »

Aux Emirats Arabes Unis, en Inde, en Chine, en Afrique, en Amérique latine, aux USA, en Allemagne et en Italie, le futur est vraiment solaire. Au royaume de l’atome, on le cherche encore. Particulièrement lucide et bien informée l’avocate Corinne Lepage, fondatrice de CAP21 Le Rassemblement Citoyen, auteur du livre « L’état nucléaire » et ancienne Ministre de l’environnement, estime que « le nucléaire n’est plus à terme un atout pour la France, c’est un boulet ».

Olivier Daniélo

GreenLys livre ses conclusions sur l’effacement

Le projet GreenLys a nécessité 43 millions d’euros d’investissements, dont 9,6 millions d’aides de l’Ademe. 400 citoyens résidentiels volontaires et 4 sites tertiaires ont pris part à l’expérimentation, portée par 5 principaux partenaires : ErDF, ENGIE, Gaz électricité de Grenoble (GEG), Schneider Electric et Grenoble INP. 82 % des ménages s’estiment satisfaits du projet, 63 % ont décidé de garder les équipements de pilotage en fin d’expérimentation et 84 % sont prêts à recommander les technologies de GreenLys à leurs proches.

Schneider Electric a déployé sa solution Wiser d’équipements de pilotage des appareils électriques, notamment de chauffage et de chauffe-eau chez les testeurs particuliers. Engie a développé un système d’information permettant de piloter à distance ces appareils et de décaler leur mise en service, pour limiter la demande de pointe sur le réseau. Plusieurs tests d’effacement ont eu lieu au cours du projet : de 15 minutes à plusieurs heures, de 2 à 5 fois par jour. « Le standard est un effacement d’une heure, deux fois par jour », affirme Nicolas Flechon, Directeur de projet GreenLys chez GEG.Le client pouvait déroger à cet ordre sur la Box pour redémarrer le chauffage ou l’eau chaude sanitaire.

Lisser la pointe et décaler les consommations dans le temps

Plus de 60 000 effacements ont eu lieu avec l’accord des testeurs. Les retours d’expériences montrent que ces effacements n’ont pas eu d’impact sur le confort des expérimentateurs. La variation de température constatée au cours d’un effacement est située en moyenne entre 0,1 et 0,2°C.

Le projet a délivré un enseignement capital. Si l’effacement diminue la demande en puissance et en énergie pendant le temps de l’opération, il opère un simple décalage de consommation dans le temps. « L’effacement ne permet pas de faire d’économies d’énergie, c’est un déplacement de consommation qui peut être intéressant pour le système électrique ou le client lorsque l’énergie est moins chère », prévient Nicolas Flechon. Dans les minutes qui suivent l’effacement, le chauffage électrique connait une en effet surconsommation en puissance de 50 %. La surconsommation en énergie est comprise entre 40 et 60 % immédiatement après l’effacement et jusqu’à 95 % après 24h. Cet effet rebond est néanmoins maîtrisable avec des stratégies de reprises adaptées en rallumant les radiateurs de façon graduée.

Des simulations de tarifications dynamiques ont été explorées pour donner de la valeur aux services de pilotage et d’effacement. Cette tarification consiste à faire évoluer le prix de l’électricité en temps réel pour s’ajuster aux contraintes du réseau et éviter le recours aux moyens de production de pointe (gaz et charbon), plus onéreux et plus polluants. Deux offres simulées ont été testées : elles permettraient une réduction de facture des clients de 5 % en moyenne. Le projet conclut que le business  model de l’effacement diffus demeure compliqué, en raison des faibles économies d’énergie induites. « Il faudra trouver d’autres incitations pour favoriser l’émergence de ces offres », prévient  Nicolas Flechon

L’effacement, plus rentable dans le tertiaire !

L’effacement a été testé sur quatre sites tertiaires. Les bâtiments 38 EQI et 38 TEC de Schneider Electric, le site Europole de GEG et la patinoire de la ville ont été équipés de l’offre « Prosumer » de Schneider Electric. Celle-ci permet de piloter les équipements de chauffage, ventilation et climatisation (CVC), ainsi que les infrastructures de production et de stockage d’électricité.

Plus de 200 effacements liés aux équipements de CVC ont été réalisés par Engie sur ces différents sites. L’écart avec la température de consigne ne dépassait pas 1°C afin de ne pas nuire au confort des occupants. Les résultats sont les mêmes que dans le résidentiel : l’appel de puissance est amplifié lors de la bascule de consigne et le report de consommation est supérieur à 95 % dans les 24h suivant l’effacement. En revanche, avec un tarif vert A5, des gains sur la facture jusqu’à 16 % peuvent être réalisés certains jours. Avec les tests réalisés dans le cadre de GreenLys, le retour sur investissement pour l’offre Consumer a été estimé à environ 7 ans.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Voie lactée : les doyennes des étoiles préservent notre histoire

Une équipe internationale d’astronomes de l’Institut d’Astrophysique Leibniz de Postdam (Allemagne) et de l’UCLA (Californie – USA) a réussi à étudier les plus anciennes étoiles connues jusque là au cœur de notre galaxie. Des fossiles vivants de plus de 10 milliards d’années nichés à plus de 20000 années-lumières de chez nous.

Utiliser des étoiles variables de type RR Lyrae

voie_lacteeLes astronomes ont utilisés le spectographe AAOmega du télescope anglo-australien (Siding Spring – Australie) pour s’intéresser à d’anciennes classes d’étoiles appelées variables de type RR Lyrae. Ces étoiles ne brillent plus que par intermittence, une fois par jour, ce qui rend leur étude difficile, même si elles présentent l’avantage d’être des « chandelles standards » (ce sont des objets astronomiques dont la luminosité est connue). Les RR Lyrae permettent de faire des estimations de distance très exacte et on ne les trouve que dans des populations d’étoiles de plus de 10 milliards d’années. Les scientifiques ont enregistré les vitesses de centaines d’étoiles simultanément dans la direction de la constellation du Sagittaire, c’est-à-dire en direction du centre de notre galaxie. Grâce à ces enregistrements, ils ont pu découvrir les premières données restantes de la formation de la Voie lactée.

Une stratigraphie cosmique

La Voie lactée est composée de multiples générations d’étoiles qui ont traversé le temps depuis sa création à nos jours. Les éléments lourds, que les astronomes appellent d’un nom global de « métaux » sont brassés dans les étoiles, les générations les plus jeunes sont plus riches en métal. Dès lors, on s’attend à ce que les composantes les plus anciennes de notre galaxie soient des étoiles pauvres en métal. La plupart des régions centrales de notre galaxie sont constituées d’étoiles riches en métal, à peu près comme notre Soleil. Elles forment au sein du bulbe de la Voie lactée, une barre de très forte densité d’étoiles. Ces étoiles sont connues pour graviter à peu près autour du centre de la galaxie, en tournant toutes dans le même sens et en suivant une orbite en forme de terrain de football américain. L’hydrogène de la galaxie suit lui aussi ce type de rotation. En conséquence on pensait que toutes les étoiles du centre de la galaxie tournaient dans cette même direction. La surprise qui attendaient les astronomes c’est que justement les RR Lyrae ne suivent pas ce type d’orbite et semblent avoir des mouvements aléatoires. Cela signifierait qu’elles datent de l’époque où la Voie lactée était en train de se former et qu’elles garderaient donc la mémoire de la formation de la Voie lactée avant même la constitution de la barre.

Bientôt beaucoup plus de données

Les prochaines étapes de cette exploration du passé de la Voie lactée passeront par l’observation d’un échantillon d’étoiles beaucoup plus important (3 à 4000 au lieu de 1000 aujourd’hui) et par l’analyse détaillée de la composition en métaux de ces étoiles. L’archéologie galactique n’en est qu’à ses débuts et nul doute qu’elle va faire un bond en avant dans quelques mois avec les premières publications issues des données récoltées par la sonde Gaia de l’ESA. Lancée il y a 3 ans, son objectif était justement de mieux connaître notre galaxie aujourd’hui et hier.

Sophie Hoguin

Les amandes d’abricot présentent un risque d’intoxication au cyanure

Un composé d’origine naturelle appelé amygdaline est présent dans les amandes d’abricot et il se convertit en cyanure après l’ingestion. L’intoxication au cyanure peut provoquer des symptômes tels que nausées,  fièvre, maux de tête, insomnie, soif, léthargie,  nervosité, douleurs articulaires et musculaires ou encore chute de tension artérielle. Dans les cas extrêmes, le pronostic vital peut être engagé.

Des études indiquent qu’une quantité de cyanure entre 0,5 et 3,5 milligrammes (mg) par kilogramme de poids corporel peut se révéler mortelle. Le groupe scientifique de l’EFSA sur les contaminants de la chaîne alimentaire a établi un niveau de sécurité pour une exposition unique ponctuelle (connue sous le nom de dose de référence aiguë, ou «DARf») de 20 microgrammes (µg) par kilogramme de poids corporel. Cette dose est 25 fois plus basse que la dose mortelle la plus faible signalée.

Sur la base de ces seuils et des quantités d’amygdaline habituellement présente dans les amandes crues d’abricot, les experts de l’EFSA estiment que les adultes pourraient consommer une grande amande ou trois petites amandes d’abricot (370 mg), sans dépasser la DARf. Pour les jeunes enfants, la quantité indiquée serait de 60 mg, ce qui correspond à environ la moitié d’une petite  amande.

Le fruit de l’abricot n’est pas en cause

La consommation normale d’abricots ne pose pas de risque pour la santé des consommateurs. L’amande est la graine qui se trouve à l’intérieur du noyau d’abricot. On l’obtient après avoir cassé la coque dure du noyau d’abricot et, par conséquent, elle n’entre pas en contact avec le fruit lui-même.

Il semble que la plupart des  amandes crues d’abricot vendues dans l’UE sont importées depuis l’extérieur de l’Union et vendues aux consommateurs via internet. Les vendeurs en font la promotion en tant qu’aliment permettant de lutter contre le cancer, et certains encouragent activement un apport allant de 10 à 60 amandes par jour, respectivement pour la population générale et les patients atteints de cancer.

L’évaluation des bénéfices allégués des  amandes crues d’abricot dans le cadre d’un traitement contre le cancer ou de toute autre utilisation ne relève pas du mandat de sécurité sanitaire des aliments assuré par l’EFSA ; ce volet n’est donc pas couvert dans l’avis scientifique.

L’EFSA a consulté ses partenaires dans les États membres de l’UE pour discuter de cet avis scientifique et des évaluations précédentes réalisées par les autorités nationales (voir le rapport ci-dessous). Cette évaluation des risques informera les gestionnaires des risques de la Commission européenne et des États membres qui réglementent la sécurité des aliments dans l’UE. Ils décideront si des mesures sont nécessaires pour protéger la santé publique de la consommation d’amandes crues d’abricot.

Source : efsa

La capacité des disques durs enfle grâce à l’hélium

Si l’hélium, gaz 7 fois plus léger que l’air, est connu pour gonfler les ballons-sondes et autres dirigeables, on sait moins qu’il est capable de gonfler aussi la capacité des disques durs. En janvier dernier, Seagate, l’un des principaux fabricants mondiaux, a ainsi annoncé la sortie de son premier modèle à 10 To à base d’hélium, la capacité record actuelle. Pour autant, Seagate n’est pas un pionnier en la matière, puisque son grand rival, Western Digital, avait annoncé pareil exploit quelques mois auparavant.

UltrastarHe10_standing_right_label_HRC’est HGST (Hitachi Global Storage Technology) qui est à l’initiative de cette nouvelle méthode industrielle destinée à accroître les capacités de stockage. Cette filiale de Western Digital avait commercialisé le premier disque dur rempli d’hélium dès novembre 2013, alors d’une capacité de 6 To. «Notre gamme HelioSeal est l’aboutissement de 5 à 7 années de développement, confie Marc Bonnet, ingénieur support technique client chez HGST France. L’une des difficultés à résoudre était d’empêcher l’hélium de fuir, ce qu’il fait très facilement.» Le mot anglais Seal signifie que le disque dur est en effet scellé et donc étanche, contrairement à un disque dur classique qui contient de l’air. «Ce qui signifie par ailleurs qu’aucun polluant externe, susceptible de provoquer une panne, ne peut pénétrer à l’intérieur du disque dur» poursuit Marc Bonnet.

L’usage de l’hélium n’est pas nouveau en soi. Ce gaz inerte était déjà employé pour améliorer la précision d’une opération très minutieuse pendant la fabrication du disque dur : l’écriture des motifs Servo, qui balisent les pistes circulaires sur les plateaux, et qui serviront plus tard au bon positionnement des têtes de lecture/écriture des données. La faible densité de l’hélium – 0,139 contre 1 si on prend l’air comme référence – permet de réduire les contraintes mécaniques et donc les vibrations qui s’exercent sur les têtes.

L’idée était d’exploiter cette même propriété physico-chimique de manière permanente cette fois, dans le cycle de vie dudit disque dur. «Les plateaux d’un disque dur tournent typiquement à 7200 tours/minutes et, à cette vitesse, les frottements de l’air produisent des vibrations qui nuisent à la précision, explique Marc Bonnet. Remplacer l’air par de l’hélium réduit ce phénomène. Il est dès lors possible d’empiler jusqu’à 7 plateaux sur une même épaisseur d’un pouce, et donc d’augmenter la capacité de stockage.»

Un coût total de possession inférieur

D’autres bénéfices sont à mettre au crédit de l’hélium. «Moins de vibrations, c’est aussi une fiabilité accrue, détaille Marc Bonnet. Ainsi, il y a un an, nous avons pu relever le MTBF (Mean time beetween failures ou temps moyen entre pannes, NDLR) à 2,5 millions d’heures au lieu de 2 millions auparavant. Ce gain est également dû à l’échauffement moindre, de l’ordre de 3 à 4°C. Enfin, la consommation électrique diminue d’environ 25%».

La technologie à l’hélium est en toute logique synonyme de coûts de production plus élevés, le temps qu’elle se démocratise. Des coûts que HGST ne communique pas et qui se répercutent sur le prix d’achat. Toutefois, les clients de ces disques durs à haute capacité calculent sur le long terme. «Ce sont les grands fournisseurs de services cloud qui entretiennent des fermes de serveurs, précise Marc Bonnet. Le coût total de possession est un facteur primordial.» Autrement dit, l’ensemble des coûts engendrés par le disque dur – consommation électrique, maintenance éventuelle… – tout au long de son existence.

En guise d’argumentaire commercial, HGST s’est livré à une estimation comparative qui implique 160 serveurs hébergeant 1920 disques durs. Pourvue de disques durs de 10 To à l’hélium, cette installation totaliserait une capacité de 19 pétaoctets (soit 1024 téraoctets) et nécessiterait une puissance électrique de 10 kilowatts. Avec des disques durs de 8 To à air, la capacité serait de 15 Po moyennant une puissance électrique de 17,3 kilowatts. Ces fermes de serveurs fonctionnant 24 heures sur 24, les économies réalisées seraient donc très vite significatives.

La sécurité du bisphénol A pour le système immunitaire doit être réexaminée

Ce rapport, préparé par l’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement (RIVM), analyse de manière critique deux études par Menard et al.(2014) décrivant les effets prénataux et périnataux du BPA sur le système immunitaire ;  ces études n’avaient pas encore été publiées lorsque l’EFSA avait passé en revue la littérature scientifique disponible pour son évaluation des risques du BPA en 2014.

Le rapport recommande de promouvoir la recherche sur des alternatives au BPA et de conseiller aux consommateurs de réduire leur exposition au BPA via leur alimentation et les autres sources d’exposition.

L’EFSA a accepté la demande du Ministère néerlandais de la Santé de se pencher sur les résultats du rapport publié par le RIVM, et elle examinera spécifiquement la toxicité du BPA pour le système immunitaire à la lumière de ces nouveaux éléments. Le groupe d’experts de l’EFSA sur les matériaux en contact avec les aliments, les enzymes, les arômes et les auxiliaires technologiques (groupe CEF) devrait publier une déclaration dans les mois qui viennent.

Seuil de sécurité temporaire

En décembre 2014, le groupe CEF de l’EFSA avait réduit la dose journalière admissible (DJA) pour le BPA de 50 microgrammes par kilogramme de poids corporel par jour (µg/kg pc/jour) à 4 µg/kg pc/jour.

La DJA avait été fixée de manière temporaire, afin de prendre en compte les incertitudes entourant les effets possibles du BPA sur la glande mammaire ainsi que sur les systèmes reproducteur, nerveux, immunitaire et métabolique chez les animaux de laboratoire.

Le poids total des preuves scientifiques disponibles n’avait pas permis aux experts de l’EFSA de conclure si, oui ou non, ces effets étaient susceptibles de se déclarer chez les animaux et les humains et s’ils seraient nocifs. Pour tenir compte des lacunes dans les connaissances disponibles à l’époque sur ces effets éventuels, un facteur d’incertitude supplémentaire avait été appliqué.

L’EFSA réévaluera le BPA en 2017-2018

En fixant cette DJA temporaire, l’EFSA s’est engagée à procéder à une réévaluation du BPA lorsqu’une étude sur deux ans réalisée par le National Toxicology Program des États-Unis sera publiée en 2017.

Parallèlement à cet examen du rapport RIVM, l’EFSA a commencé à se préparer à cette prochaine évaluation des risques du BPA en développant un « protocole scientifique » pour une recherche documentaire structurée et un examen transparent de tous les éléments scientifiques nouveaux qui ne figuraient pas dans son évaluation précédente. Une procédure de passation de marché public est en cours pour la collecte et l’extraction de données sur la toxicologie du BPA à partir des études scientifiques publiées depuis 2012.

Début 2017, l’EFSA organisera une consultation publique sur ce protocole, qui consiste en une méthode procédurale prédéfinie encadrant la collecte, l’extraction et l’évaluation des données. Les parties prenantes représentant les pouvoirs publics, les milieux universitaires et la société civile pourront s’exprimer sur l’approche planifiée par l’EFSA avant le début de ses travaux. L’avis scientifique final devrait être achevé en 2018.

Contexte

Les deux études examinées dans le rapport RIVM sont les suivantes :

Source : efsa

Big Brother dans votre voiture ?

Pour de nombreux automobilistes, la voiture connectée est synonyme d’aide à la conduite. Pour la majorité des Français, ces échanges de données avec des capteurs placés sous le bitume et dans les véhicules permettront d’éviter les embouteillages, d’avoir un meilleur rendement énergétique et d’améliorer la sécurité.
« Mais les véhicules peuvent en dire long sur les conducteurs, bien plus qu’ils ne l’imaginent. Il faut les informer et se mobiliser pour une réglementation qui leur permette d’être protégés et de rester maîtres de leurs données », demande Didier Bollecker, président de l’ACA (Automobile club association).

Or, selon une étude menée par Research Now pour la FIA (Fédération internationale de l’automobile) en 2015, de multiples données sont transmises sur le profil du conducteur : sa conduite, la localisation du véhicule, les informations personnelles émanant du smartphone directement au constructeur. De quoi inquiéter l’automobiliste : 84 % de nos compatriotes redoutent l’utilisation des données à des fins commerciales. La même proportion craint le piratage de celles-ci et la divulgation d’informations personnelles.

Face à cette menace, la CNIL a décidé de lancer les travaux du pack de conformité « véhicule connecté ». Ce pack proposera des lignes directrices, pour une utilisation responsable des données dans les prochaines générations de voitures.
Lancés il y a deux ans, ces packs sont des guides des « bonnes pratiques » rappelant les obligations légales et simplifiant les formalités administratives.
En quelque sorte une « boîte à outils » de la conformité spécifique au véhicule connecté.

Ce pack de conformité permettra aussi de déterminer à qui appartiennent les informations « produites » par les équipements connectés : au constructeur, à l’automobiliste, aux fabricants des appareils connectés… ? Parallèlement à ces travaux de la CNIL, la Fédération Internationale de l’Automobile a d’ailleurs lancé une campagne intitulée « My Car My Data » destinée à sensibiliser les automobilistes sur les données qu’ils émettent tout en permettant davantage de liberté au niveau de leur utilisation.

Pour Éric Antibi, directeur technique NetApp France, « la connectivité automobile ne fonctionnera que si la collecte, l’accessibilité et l’analyse des données sont gérées et pensées correctement, sous-tendues par des technologies adéquates pour gérer le stockage des données, suffisamment évolutives pour accompagner le développement de nouvelles fonctionnalités. » De son côté, la FIA estime que les consommateurs devraient pouvoir choisir le fournisseur des services numériques intégrés aux voitures connectées, plutôt que d’être prisonniers d’accords passés entre le fabricant et un opérateur de télécoms.

Reste à convaincre les constructeurs automobiles. « Ils pensent qu’il ne serait pas approprié que l’UE établisse des règles supplémentaires et spécifiques pour la protection des données liées aux services et véhicules connectés. Aucun autre secteur ou produit, même pas les smartphones ou les ordinateurs, qui traitent pourtant un grand nombre de données personnelles, ne sont soumis à une législation spécifique », a déclaré un porte-parole de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).

Philippe Richard

Affaire Volkswagen : 52 véhicules déjà testés

Nous le savions, les tests actuels d’homologation ne sont pas représentatifs des conditions réelles de circulation. Sur les 15 constructeurs testés, 9 constructeurs français et étrangers – Renault/Dacia, Kia, Fiat/Chrysler, Mercedes Benz, Volkswagen, PSA, Nissan, Opel et Ford présentent des anomalies.

Si les tests n’ont pas dévoilé la présence de logiciels truqueurs, ils ont montré des dépassements significatifs en conditions réelles de circulation. Par ailleurs, chez plusieurs constructeurs, les systèmes de dépollution utilisés ne fonctionnent que dans de faibles plages de températures. Selon les résultats de l’enquête, « sur les 23 véhicules Euro 6 testés, 10 émettent lors de l’essai sur piste 5 fois plus que la limite d’émissions (80 mg/km) et 3 dépassent cette même limite de plus de 10 fois ». Concernant les émissions de CO2 sur piste, « les écarts sont significatifs, les trois quarts des véhicules testés présentant des émissions supérieures de 20 % à 50 % à la déclaration des constructeurs ». Cela confirme « même à faibles vitesse et accélération, les écarts importants constatés par les usagers entre consommations de carburants annoncées par les constructeurs et consommations réelles».

Pour les les véhicules déjà en circulation et les véhicules neufs en cours de commercialisation ne respectant pas les normes d’émissions, les constructeurs devront présenter des plans d’amélioration précisant le nombre de véhicules concernés, l’origine des anomalies constatées et les mesures envisagées pour réduire ces émissions. « Pour les véhicules neufs les autorités d’homologation devront décider si les mesures proposées sont suffisantes ou s’il convient, de suspendre la vente », prévient Ségolène Royal dans un communiqué.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Assurance et objets connectés : surveillance ou assistance ?

Officiellement, leur collaboration permettra d’améliorer le bien-être des utilisateurs. Prévention, coaching, monitoring, maintenance prédictive, assistance… : on nous promet une meilleure santé et une couverture des risques tout en payant moins cher nos contrats.

Cette promesse a été concrétisée en avril 2015 aux États-Unis avec l’offre « Vitaly » de l’assurance John Hancock. Grâce à un bracelet connecté FitBit, l’assureur peut surveiller l’hygiène de vie de ses clients. À la clé ? Des réductions pouvant atteindre les 15 %. Quelques mois plus tard, Allianz proposait dans l’hexagone une offre similaire via un boitier télématique. Au même moment, Axa France mettait en place de nouveaux contrats d’assurance habitation, des services de prévention et d’assistance reposant sur des capteurs connectés.

Depuis, les autres groupes sont arrivés sur ce marché. Harmonie Mutuelle a signé un partenariat avec Orange pour financer, à hauteur de 1,2 million d’euros sur trois ans, des expérimentations et des projets dans le domaine de l’e-santé. Malakoff Médéric a annoncé avoir investi 1,4 million d’euros dans la start-up spécialisée dans la santé connectée Ignilife pour exploiter la plate-forme web et mobile de coaching, Vigisanté.

Pour l’instant, ces contrats s’adressent aux particuliers, mais des contrats d’assurance connectée pourraient prochainement viser les entreprises. L’agriculture, le bâtiment et la construction paraissent comme des secteurs d’activité prioritaires.

Mais l’apparition de ces nouveaux contrats pose différentes questions. Premièrement, cette hyper personnalisation signifie-t-elle la fin de la mutualisation des primes d’assurance ? « Les Big data produites par les objets connectés vont permettre d’individualiser l’offre, mais ça ne remet pas en cause la mutualisation. Si on prend le cas de l’assurance conducteur « Pay how you drive », même s’il se comporte bien sur la route, il reste confronté à des risques extérieurs, dus aux autres conducteurs ou à la météo », affirme Jean-Baptiste Mounier, porte-parole d’Axa.

La récupération de très nombreuses données à caractère personnel pose inévitablement la question de leur confidentialité et de leur protection. Quelles garanties auront les clients quant au respect de leur vie privée ? La tentation est forte de revendre de telles informations à des entreprises ou à des régies publicitaires, voire à leur employeur ou à des cabinets de recrutement…

« La protection des données et les cyberrisques ont un impact sur notre business modèle et nous sommes convaincus qu’il faut travailler main dans la main avec le monde académique », a rappelé Véronique Weill, Directrice des Opérations du Groupe Axa, lors de la journée Sciences de la donnée organisée par l’IRIT (Institut de Recherche en Informatique de Toulouse) le 11 avril dernier.

Preuve que la protection des informations récoltées par les capteurs commence à devenir problématique, le 12 avril, la CNIL et 29 autorités dans le monde ont annoncé qu’elles mèneront ce printemps une opération conjointe d’audit en ligne pour examiner l’impact sur la vie privée des objets connectés utilisés au quotidien. Les tests réalisés en mai prochain par la CNIL concerneront trois catégories : les objets domotiques, les objets de santé et les objets dits de bien-être. Cet audit évaluera la qualité de l’information délivrée, le niveau de sécurité des flux de données et le degré de contrôle de l’usager sur l’exploitation de ses données.

Par Philippe Richard