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Décryptage

La filière textile contrainte de remplacer les substances chimiques à risques

Posté le par Nicolas LOUIS dans Matériaux, Biotech & chimie

Depuis 2007, un règlement européen impose à l'industrie du textile de restreindre progressivement l'usage de substances jugées dangereuses pour la santé humaine et l'environnement. Les industriels parviennent avec plus ou moins de facilité à les remplacer.

Alors que son entrée en vigueur date de 2007, l’industrie du textile doit poursuivre ses efforts pour s’adapter aux contraintes imposées par le règlement européen REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and restriction of Chemicals). Celui-ci vise à mieux protéger la santé humaine et l’environnement contre les risques liés aux substances chimiques, et restreint progressivement leurs usages. C’est ainsi qu’en novembre 2020, la présence de certaines substances dites CMR (cancérigène, mutagène ou toxique pour la reproduction) est devenue interdite dans les textiles au contact de la peau. Fortement consommatrice de produits chimiques, la filière textile parvient, avec plus ou moins de facilité, à trouver des produits de substitution.

Actuellement, une douzaine de familles de substances dangereuses font l’objet de restrictions. Mais le secteur n’a pas attendu le règlement REACH pour limiter leur emploi. Dès les années 60 et 70, à l’époque où leur nature cancérigène est découverte, les colorants azoïques sont bannis dans l’industrie sur le territoire européen. Il décide de les substituer par d’autres matières colorantes telles que les colorants anthraquinoniques et les phtalocyanines. Un risque de présence de ces colorants azoïques existe malgré tout en Europe, car leur synthèse est tombée dans le domaine public, et ils continuent à être utilisés par certains pays d’Asie comme la Chine et l’Inde. Bien que les importations soient interdites, les frontières ne sont en effet pas totalement étanches.

L’industrie chimique a également réussi à remplacer les phtalates, couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques. Ils pouvaient représenter jusqu’à 50 % du poids de certains produits comme les bâches. Ces composés chimiques sont classés dans la catégorie des perturbateurs endocriniens et sont qualifiés de reprotoxiques, c’est-à-dire qu’ils provoquent une baisse de la fertilité. Des produits de substitution ont rapidement été trouvés par les industriels grâce à l’utilisation d’autres plastifiants pour PVC tels que l’adipate d’octyle. Même scénario avec les APEOs (Alkylphenol ethoxylates) qui ont été substitués par des tensio-actifs non aromatiques.

La filière a par contre plus de difficultés à trouver des substituts aux composés perfluorés, employés jusqu’ici pour leurs propriétés antitâches, répulsifs à l’eau et à l’huile. Ils contiennent au moins deux atomes de fluor, voisins dans la molécule. Les fabricants tentent de les remplacer par des acides gras et leurs sels ou alors par des silanes fonctionnels. Mais ces solutions techniques sont moins pertinentes, car ces nouveaux composés peuvent être répulsifs à l’eau, mais pas aux huiles, et ne sont donc pas efficaces contre toutes les tâches.

Certains substituts modifient le toucher des tissus

Les composés anti-feu à base d’ignifugeants bromés ou phosphorés sont eux aussi difficiles à substituer. Utilisés dans la fabrication de rideaux et les tissus d’ameublement, ils avaient prouvé leur forte capacité à stopper la propagation des flammes, même à faible concentration. Sauf qu’ils sont classés dans la catégorie des PBT (Persistance Bioaccumulation Toxicité). Plusieurs solutions techniques existent malgré tout pour les remplacer, comme l’emploi de formulations intumescentes, notamment celle consistant à former une croûte charbonneuse afin de créer une barrière à l’air. Mais elles sont jugées moins efficaces et peuvent dans certains cas ne pas être compatibles avec certains colorants ou modifier le toucher du tissu. Les industriels se retrouvent alors pris en étau entre les contraintes du règlement REACH et l’obligation de respecter des normes de sécurité imposées sur certains textiles, notamment pour ceux utilisés dans les ERP (Établissements Recevant du public)

Les métaux lourds font eux aussi l’objet de restrictions. Et là encore, la filière se heurte à des difficultés à les remplacer, d’autant qu’ils sont présents à différents niveaux, comme l’intérieur des colorants, dans certains apprêts ainsi que dans les polymères qui constituent les fibres synthétiques. Aucune solution miracle n’existe et il n’est par exemple pas possible de s’en passer dans certains cas, car ils sont utilisés comme catalyseurs métalliques dans la fabrication de polyesters ou de polyamides. Tout l’enjeu se alors situe au niveau de la qualité de fabrication du produit final, afin qu’il ne reste pas ou très peu de résidus dans les polymères.

La filière reste malgré tout confiante sur sa capacité à trouver des solutions dans les années à venir. Certes, elle ne retrouvera pas des produits aussi performants qu’avant les années 2000, mais des compromis vont être trouvés grâce au travail de la recherche. D’ores et déjà, toutes les familles de substances toxiques ont été identifiées et des solutions partielles trouvées.

Toutes les informations figurant dans cet article ont été recueillies auprès d’un expert du secteur du textile, que nous n’avons pas cité afin de protéger son identité, respectant ainsi son souhait d’anonymat.

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Posté le par Nicolas LOUIS


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