Transports de marchandises : entre route, train et fleuve

Lorsque l’on parle de transport, on pense souvent à la voiture particulière qui représente plus de 70 % de la circulation routière. Mais le rapport  de la commission des comptes des transports de la Nation paru en Juillet 2016 s’intéresse de près au transport intérieur de marchandises en France. Hors oléoducs, le secteur a crû à partir de 1995, jusqu’à sa chute, lors de la crise de 2008-2009. Il atteint désormais son niveau du début des années 2000.

Dans le détail, le fret aérien demeure très faible, à moins de 2 millions de tonnes de marchandises et concerne essentiellement le transport international de marchandises (1,6 millions de tonnes). Si l’on laisse de côté le fret aérien, le transport terrestre de marchandises représente 335 milliards de tonnes transportées sur un kilomètre (t-km) en 2015. La majorité des marchandises circulent par la route, principalement grâce aux poids lourds de plus de 3,5 tonnes. « Les parts modales n’évoluent plus guère depuis 2010 : la route représente 87,1 % du transport terrestre hors oléoducs, le transport ferroviaire 10,6 % et le transport fluvial 2,3 % », note la commission. Mais depuis 20 ans, les transports non routiers reculent fortement en part modale. Celle-ci a été divisée par presque deux. Si ces transports regroupaient 23,5 % des t-km intérieures en 1990, ils n’atteignaient plus que 12,2 % en 2011. En 2015, ils repartaient à la hausse (12,9 %), grâce à la croissance du transport ferroviaire. Le transport fluvial, avec la diminution d’activité dans le bâtiment et les travaux publics reste marginal dans les transports.

Des transports qui régressent

Concrètement, depuis 2010, le transport terrestre de marchandises, hors oléoduc, baisse de 1 % chaque année. La baisse est de 1,3 % pour le routier, de 1,3 % pour le fluvial. Seul le ferroviaire progresse de 2,7 % en moyenne .

En 2015, la baisse s’est accentuée, atteignant 1,6% au total : 2,5 % pour le transport routier et 2,6 % pour le transport fluvial. Seul le transport ferroviaire tire son épingle du jeu, avec une hausse de 5,1%.  Le transport de produits pétroliers par oléoducs, en forte diminution depuis plusieurs années (- 8,3 % entre 2010 et 2015 en moyenne annuelle) repart à la hausse en 2015 (+ 3,5 %).

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Transports intérieurs terrestres de marchandises par mode. Niveaux en milliards de t-km, évolutions en %. Source :  Les comptes des transports en 2015

 

Place aux transporteurs internationaux !

Quel rôle jouent les transporteurs français dans l’ensemble de ces trajets ? Le transport international représente 23,7 % du transport de marchandises en 2015. Cette part a tendance à augmenter : elle s’élevait à 21,4 % en 2000 et à 21,8 % en 2010. La part de l’international atteint 22,8 % dans le transport routier, 27,8 % dans le transport ferroviaire et 38,3 % dans le transport fluvial.

En 2015, le pavillon français n’assure plus que 61,7 % du transport de marchandises contre 73 % en 2000 et 78 % en 1995. Le dynamisme du transport ferroviaire en 2015 s’explique cependant par le redémarrage du transport national (+ 6,1 %) alors que le transport international ne progresse que de 3,2 %.

Les transports, ça rapporte?

Le secteur des transports (transport de personnes, de marchandises, de poste et de courrier)  contribue pour 8,8 % du produit intérieur brut (PIB) français, à hauteur de 187,1 milliards d’euros en 2015. Sur ce total, le transport de marchandises représente 33 %. En 2015, les prix du transport de fret ont diminué, à l’exception des transports aériens. Les prix du transport routier (- 1,2 %) fléchissent moins que ceux du transport ferroviaire (- 3,5 %) et du transport fluvial (- 3,9 %).

Le volume d’activité (en t-km) réalisé par les véhicules de plus de 3,5 tonnes immatriculés en France s’est contracté de 7 % en 2015, accentuant le recul de 3,8 % observé en 2014. Mais terminons sur une note positive : le rapport souligne que la tendance semble s’inverser. Au premier trimestre 2016, l’activité des véhicules immatriculés en France de plus de 3,5 tonnes a augmenté de 4,1 %, après une baisse de 3,3 % au quatrième trimestre 2015.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Quelle évolution du transport de marchandises d’ici 2050 ?

Le transport de marchandises a diminué de 18% entre 2007 et 2012. Selon les projections du  Commissariat général au développement durable, il devrait repartir à la hausse jusqu’en 2050. Le volume de marchandises circulant sur le territoire français augmenterait en moyenne de 1,6 % chaque année, poussé par la demande internationale (hausse de 2,2%). Il passerait ainsi de 2,43 milliards de tonnes en 2012 à 3,26 milliards en 2030. Le  Commissariat général au développement durable mise sur un développement plus faible entre 2030 et 2050, avec une croissance annuelle moyenne de 1,1 %. Résultat: le volume de marchandises circulant sur les axes de transport français atteindrait 4,03 milliards de tonnes en 2050.

Si les volumes transportés vont augmenter, c’est aussi le cas des distances de transport. «  Les distances moyennes de transport devraient s’allonger et les trafics augmenter plus rapidement que les volumes de marchandises en circulation », prévoit le Commissariat. Au global, le transport de marchandises (routier, ferroviaire et fluvial) devrait augmenter en moyenne de 2,1 % par an. Il passerait ainsi de 304 milliards de tonnes-kilomètres (Mt-km) en 2012 à 442 Mt-km à l’horizon 2030. « Cette évolution s’effectue avec des parts modales globalement inchangées entre la route, le fer et le fleuve », précise le rapport. Les poids lourds devraient néanmoins rouler avec un volume de marchandises plus important qu’aujourd’hui, entraînant une augmentation plus lente de la circulation des poids lourds (1,4 % par an). En 2050, le trafic total de marchandises atteindrait près de 576 Mt-km.

Entre 2012 et 2030, l’augmentation de la demande de transport est poussée par les machines et véhicules (+2,7%), les produits chimiques (+2,1%), les produits métallurgiques (+2,1%) et les produits agricoles (+2%). Les baisses les plus conséquentes concernent les combustibles minéraux solides (-2,4%) et les produits pétroliers (-1,8%), en raison de la diminution de l’utilisation de ces sources d’énergie. La répartition resterait similaire entre 2030 et 2050.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les robots partent à la conquête des entrepôts

Le distributeur américain Walmart teste depuis juin des drones dans ses entrepôts pour effectuer ses inventaires. Ces travailleurs sont indétronables : ils réalisent l’équivalent de deux mois de travail en une journée. Equipés d’un scanner, ils inventorient des cartons et palettes entreposées afin de mettre à jour les stocks. Le groupe français Hardis Group  a lancé le drone Eyesee, un drone similaire pour les inventaires et le contrôle des stocks, sans intervention humaine. En aval des entrepôts, le 23 septembre, UPS a annoncé tester l’utilisation de drones pour effectuer des livraisons commerciales dans des endroits éloignés ou difficiles d’accès. Ces annonces ne sont que l’une des nombreuses illustrations de l’impact de la robotique dans la logistique. La course à la robotisation a récemment été lancée par Amazon et les autres géants américains du e-commerce. La fièvre atteindra rapidement l’Europe.

L’étude « Des robots et des hommes – Pour une vision confiante de la logistique 2025 », réalisée par le cabinet de conseil Roland Berger, début 2016, est catégorique. Si les logisticiens ne préparent pas la transition robotique, 1,5 million d’emplois seraient détruits en zone euro dans la filière, soit plus d’un emploi sur deux. En France, les destructions d’emplois feraient aussi rage. Le pays compte près de 522.000 emplois de manutentionnaires peu qualifiés : 166.000 dans le commerce, 113.000 dans l’industrie manufacturière, 92.000 dans le transport et l’entreposage, 49.000 dans la construction et 101.000 dans les autres secteurs. Sur cet ensemble, 225.000 emploies seraient menacés et presque autant de postes indirects dans les dix prochaines années.

Malgré cette épée de Damoclès, les logisticiens européens n’ont pas encore pris la mesure du danger. Le cabinet relève que « le sujet reste  pour l’instant confidentiel sur le terrain ». En effet, si 10% des entreprises opérant des entrepôts aux Etats-Unis auraient déjà déployé ou testé ce type de solutions, moins de 2% l’auraient fait en France.  « Veille, pilotes de chariots automatisés, robots de surveillance, drones d’inventaire, les initiatives se multiplient avant tout dans une logique de médiatisation des marques », note néanmoins le cabinet. Mais plus qu’un effet de mode, les professionnels doivent rapidement prendre conscience de l’ampleur du phénomène « si l’on veut que les pertes d’emplois soient compensées au niveau macro-économique, et si l’on veut rester un logisticien compétitif », alerte le cabinet. Ces nouveaux types de robotisation collaborative peuvent s’intégrer dans les infrastructures existantes en bonne collaboration avec les opérateurs humains.

A quand la généralisation des robots dans les entrepôts?

« La question n’est plus de savoir si les robots feront leur entrée en masse dans les entrepôts mais quand! », questionne le cabinet. Et il propose une réponse :  le seuil de bascule en faveur des solutions robotisées se situerait autour d’un coût complet de 100 à 110.000 euros par unité en France. « Ce seuil correspond à un investissement générant un retour sur investissement en 3 ans, grâce à un gain de productivité de 20 à 30% dans les pays matures », précise l’étude. Dès lors, pour le même temps de travail, le coût horaire complet du robot se situe autour de 18 à 20 €, à comparer à un coût moyen humain horaire de 14 à 15 € dans la zone euro, mais déjà de 17 à 18 € en France. Cet horizon n’est plus très loin. Aujourd’hui, le coût complet par unité dépasse encore le plus souvent les 120.000 € par unité. Mais entre 1990 et 2010, le coût moyen d’une unité robotisée en logistique a été divisé par deux, et a subi une baisse identique entre 2010 et 2015.

Ce calcul serait encore plus favorable aux robots s’il prenait en compte le fait que l’activité des robots n’est pas limitée par les heures de travail légales. A moyen terme, « l’augmentation de la productivité, l’allongement de la durée de vie des solutions robo-tiques ou la baisse des prix de l’équipement seront favorables à la robotisation, alors que le coût de la main-d’œuvre humaine poursuivra structurellement son inflation », prévient l’étude.

Comment préparer la transition?

Les services logistiques sont locaux et la perte d’emplois ne pourra donc pas directement être compensée par l’export. L’amélioration de la qualité de service ne suffira pas non plus. Au final, pour compenser en partie les destructions d’emplois « l’amélioration de la compétitivité logistique à l’échelle internationale est l’issue la plus tangible », estime Roland Berger. Car pour développer de nouvelles parts de marché et contrer la destruction des postes de manutentionnaires, « les logisticiens européens devront réussir à attirer sur leur sol national les centres de distribution pour toute ou partie de l’Europe », analysent les auteurs.

« C’est en gagnant en compétitivité, grâce à la robotisation notamment, que la logistique française réussira à gagner des parts de marché sur la logistique de ses voisins » et à créer sur  le territoire national des hub logistiques européens. Le seul espoir pour que  « le mal » devienne « son propre remède ». Mais un remède qui ne sera accessible qu’aux plus compétitifs.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Revue du web #95 : les 10 vidéos les plus étonnantes de la rentrée

Un drone muni de bras articulés : le parfait petit livreur !

Alors qu’Amazon et Google rêvent de nous livrer bientôt nos colis par drone, un constructeur japonais s’interroge : comment envisager de faire livrer quoi que ce soit par des drones sans bras ?

Étourderie réparée avec le PD6B-AW-ARM muni de deux bras articulés capables, selon le créateur, de soulever des charges de 10 kg.

 

Un booster de la Nasa qui pulvérise de la mousse

Pour un test grandeur nature spectaculaire, plusieurs ingrédients sont nécessaires :

  1. Le « booster » du futur lanceur lourd SLS (Space Launch System) de la Nasa
  2. Une température froide (pas plus de 4 degrés)
  3. Un couvercle en mousse qui protège l’entrée du réacteur

Résultat ? Une explosion de mousse spectaculaire lors de la mise à feu. Simple mais efficace.

 

Un camion sans pilote qui roule… dans une mine

Voici le tout dernier défi lancé à une voiture autonome : rouler pendant 7 km, sans assistance, au fond d’une mine étroite et sombre de 1320 mètres de profondeur.

Minitaur, le nouveau robot quadrupède

Dans la famille des quadrupèdes, on connaissait déjà BigDog, Spot, ou encore Cheetah. Début septembre, nous avons appris la naissance de Minitaur, un petit robot très agile créé par l’entreprise américaine Ghost Robotics.

 

Les lunettes connectées signées Snapchat

L’application Snapchat surfe sur son succès avec ces lunettes colorées qui permettent d’enregistrer des séquence vidéos à 115° (afin de reproduire le champ visuel humain) de 10 secondes.

Les vidéos sont bien sûr directement enregistrées dans l’application afin d’être envoyées à tous les contacts dans la foulée !
Un gadget ? Peut-être oui.

Le premier vol de l’avion de Virgin Galactic

L’avion futuriste VSS Unity a décollé pour la première fois et a volé pendant près de 4h.

« VSS Unity et WhiteKnightTwo se sont posés ! Les véhicules sont de retour et ont l’air en bon état, après ce premier vol qui s’est bien déroulé » s’est réjouie le 8 septembre l’entreprise américaine Virgin Galactic sur son compte Twitter.

 

Des blocs de béton qui ressemblent à des Lego

Ces briques en béton s’emboîtent comme les célèbres petites briques en plastique colorées, ce qui réduirait le temps de pause d’environ 50%.

Nul besoin de colle, de liant, de qualifications pour construire rapidement un mur !

Une solution aux problèmes de logement dans les quartiers pauvres de Mexico ?  C’est en tout cas l’objectif de l’architecte Jorge Capistran qui collabore avec le ministère du développement social.

Des dents imprimées en 3D

On le sait, la fabrication additive propose parfois des solutions moins coûteuses, et surtout plus rapides à mettre en place. Dernier exemple en date : les couronnes dentaires imprimées en 3D.

Une voiture qui se transforme en robot

Le blockbuster américain Transformers a visiblement fait des émules parmi les ingénieurs turcs, passionnés au point de construire une voiture Transformers plus vraie que nature.

La chaise autonome spéciale (longue) file d’attente

Après la chaise de bureau qui se range toute seule, voici la chaise autonome spéciale file d’attente signée encore une fois Nissan.

Comment ça marche ? La chaise utilise une caméra embarquée associée à un logiciel qui détecte la présence du siège devant elle afin de lui emboîter le pas. Cette technologie est présente dans certains véhicules du constructeur Nissan.

Cette innovation est censée promouvoir la conduite autonome ! On vous laisse juger.

Par I. T.

L’internet mondial va bénéficier d’une nouvelle clé de chiffrement

L’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers est une autorité de régulation de l’Internet) s’apprête à entamer une opération majeure pour la sécurité de l’Internet à l’échelle mondiale. Elle va procéder à la modification de la paire de clés cryptographiques privées et publiques qui constitue la clé de signature de clé (KSK-key signing key) de la zone racine.

Elle se déroulera en huit étapes et devrait durer environ deux ans. L’ICANN a publié un calendrier. Le mois prochain, le processus de préparation de la nouvelle clé sera lancé. En novembre, la nouvelle KSK sera générée puis, en juillet 2017, elle sera insérée aux premiers DNS. En octobre 2017, l’ancienne KSK sera retirée et elle sera révoquée début 2018. Ce long processus devrait être terminé en mars 2018.

Chaque étape étant cruciale et impliquant de nombreux acteurs, l’organisme a ouvert une page spéciale pour connaître les dernières informations sur le changement de KSK.

Pourquoi autant de précautions ? La KSK est une paire de clés cryptographiques publique-privée qui joue un rôle important dans le protocole des extensions de sécurité du système des noms de domaine. (DNS-Domain Name System). En un mot, l’annuaire de l’internet où des sites comme monsite.com sont traduits en adresse IP numérique.

La partie publique de la paire de clés est le point de départ fiable pour la validation des accès aux sites et plus précisément l’ensemble des DNS. Elle garantit que le site visité est bien l’original est non pas une copie malveillante (des pirates auraient détourné l’adresse).

Sa partie privée est utilisée au cours des cérémonies KSK de la racine pour signer les clés de signature de la zone racine (la fameuse « Root Zone Signing Key », qui est le niveau le plus élevé dans la hiérarchie de la toile). Chaque trimestre, les quatorze « key holders », gardiens des clés (auxquelles il faut ajouter sept autres personnes que l’on présenter comme des remplaçants) se réunissent dans un data center aux États-Unis.

La clé privée est conservée par ICANN, tandis que l’autre sera mise à la disposition des fournisseurs d’accès à Internet, des fabricants de hardware, de développeurs…

À l’occasion de ce processus, la clé va être modifiée, passant de 1024 à 2048 bits.

Malgré toutes ces précautions, des serveurs peuvent être dirigés vers une adresse IP incorrecte : les internautes arrivent alors sur un site malveillant contrôlé par un pirate. C’est ce qu’on appelle le « DNS Poisoning ». Ce fut le cas pour le site du Ministère de la Défense en juin 2011. Preuve que le niveau de sécurité du DNS est faible. Pour limiter les risques, de nombreux domaines utilisent des extensions de sécurité DNS (DNSSEC), qui permettent de s’assurer que les données DNS proviennent d’une source bien authentifiée. En cas d’accès ou de redirection suspecte, le navigateur web affiche un message d’erreur.

La nouvelle clé est une garantie supplémentaire pour permettre à tout un chacun de surfer sur le web en toute sérénité. Il faut espérer que cette précieuse clé ne tombe pas entre de mauvaises mains. En 2007, le Homeland Security (organisation gouvernementale américaine) avait exigé de l’ICANN sa clé privée.

Par Philippe Richard

A quoi ressemble Internet en Corée du nord ?

Officiellement, le pays n’affiche que 28 sites en .kp, contre environ 3 millions de sites en .fr, le domaine français. Pas de quoi séduire ses quelque 25 millions d’habitants. Selon des statistiques de la Banque mondiale et de l’Union internationale des télécommunications, la République populaire démocratique de Corée est d’ailleurs le pays le moins connecté au monde.

Cette information n’aurait pas du « fuiter » en dehors des frontières. Mais un chercheur en sécurité a réussi à récupérer des informations sur les domaines existants en. Kp suite à une erreur. Un des serveurs nord-coréens a été accidentellement configuré pour accepter des visites depuis le monde (laissant des DNS mondiaux y pénétrer). Selon Wikipédia, le « Domain Name System (ou DNS, système de noms de domaine) est un service permettant de traduire un nom de domaine en informations de plusieurs types qui y sont associées, notamment en adresses IP de la machine portant ce nom ».

Cette découverte confirme que l’univers numérique nord-coréen est très petit, car très contrôlé. Seule une dizaine de sites sont en réalité accessibles via l’unique fournisseur d’accès du pays, Star Joint Venture Co ou Koryolink, le seul réseau 3G. Toutes les autres adresses web renvoient des messages d’erreur de « liens morts ».

Et leur contenu ne permet pas d’en savoir tellement plus sur la vie dans ce pays dirigé par Kim Jong-Un. On y trouve un site d’assurance, un autre proposant des recettes de cuisine, un clone de Facebook appelé friend.com.kp (le site du Rodong Sinmun (journal officiel du Parti des travailleurs de Corée qui dirige le pays) et plusieurs sites caritatifs.

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« Facebook » nord-coréen

Les sites web autorisés doivent répondre à des normes que l’on ne peut même pas imaginer en France. L’une des normes les oblige en effet à intégrer une ligne de code dans chaque page web afin de présenter le nom de Kim Jong-Un avec une police de caractères plus grosse…

Le contrôle et la surveillance de ces quelques sites sont d’autant plus faciles pour l’État que le parc informatique est lui aussi sous contrôle. Ainsi Pyongyang, la capitale, regroupe avec l’agglomération, près de quatre millions de personnes. Mais il n’y a qu’un seul cybercafé avec des ordinateurs fonctionnant non pas sous Windows, mais sous Red Star 3.0. Ce clone d’OS X est le seul système d’exploitation autorisé dans le pays, produit et contrôlé par le gouvernement… Et tous ces ordinateurs sont fabriqués par Morning Panda, une compagnie publique qui produit seulement une centaine d’ordinateurs par an.

Par Philippe Richard

Elon Musk va révéler un système de transport interplanétaire pour la mission habitée vers la planète Mars

SpaceX va profiter de cette intervention pour présenter son plan à long-terme visant à établir une colonie humaine sur la planète Mars, ceci en dépit de l’incident qui a conduit le 1er septembre 2016 à la destruction de la fusée Falcon 9 et de son chargement.

L’origine de cet incident aux conséquences très coûteuses est à ce stade inconnue.  Elon Musk a estimé « difficile » et « complexe » cette identification.  Cette déconvenue a soulevé des questions concernant la capacité de SpaceX à mettre en orbite des satellites dans le respect d’un calendrier commercial, et par ricochet sur sa compétence à lever les obstacles d’une mission à destination de la planète rouge.

Elon Musk a commencé très récemment à communiquer sur le Mars Colonial Transporter (MCT), un vaisseau spatial capable de transporter 100 personnes ou 100 tonnes de marchandise.  Le multi-entrepreneur a déclaré le 17 septembre 2016 sur le réseau social Twitter que le MCT pourrait aller bien plus loin que la planète Mars, et que par conséquent il faudrait lui trouver un autre nom.

Le vaisseau est à présent appelé « Interplanetary Transport System » (ITS) et sera un jour capable de transporter des êtres humains et/ou de la marchandise au-delà de la planète mars.

L’équipe SpaceX veut poser les pieds sur la surface martienne dans moins d’une décennie, et si elle y parvenait elle serait la première. En juin dernier Elon Musk déclarait dans le cadre de la conférence Code à Rancho Palos Verdes en Californie, que « si les choses suivent le plan prévu, nous seront capable d’effectuer un lancement de personnes en 2024, avec une arrivée sur mars en 2025 ».

La NASA n’a pas fait d’annonce concrète concernant son projet de mission habitée vers la planète Mars mais les experts estiment l’horizon 2030 comme raisonnable.

La Chine envisage de son côté d’envoyer un  robot sur Mars à horizon 2020.  L’empire du milieu a révélé fin août 2016 les premières images de synthèse de son projet de véhicule téléguidé.  Pékin a l’ambition de combler son retard sur les USA et l’Europe. Le programme spatial chinois est dirigé par l’armée et le peuple chinois en est très fier.

Une fusée « Longue Marche-5 » sera lancée depuis le pas de tir de Wenchang dans la province insulaire de Hainan. Selon l’agence Chine Nouvelle à la fin du voyage Terre-Mars qui durera 7 mois l’atterrisseur sera séparé de l’orbiteur et se posera à proximité de l’équateur de la planète rouge, d’où le véhicule devrait explorer la surface martienne. Le « rover » chinois pèsera 200 kilos, sera alimenté par  quatre panneaux solaires et devrait être opérationnel durant trois mois.

En 2013 la Chine est parvenue à envoyer sur la Lune son premier robot, « Yutu », le « lapin de jade ». Dans la mythologie chinoise un lapin, compagnon de la Déesse Chang’e, habite en effet sur la Lune.

Par Olivier Daniélo

Arkamys veut démocratiser le son à 360°

En toute logique, les expériences de réalité virtuelle à 360° gagnent en réalisme lorsque le son est lui aussi directif. Avec son procédé Spatial Audio inauguré au printemps dernier et consacré à sa plateforme Youtube, la société Google n’en est pas moins convaincue. «Mais le format audio employé est professionnel, tempère Frédéric Amadu, responsable de l’innovation chez Arkamys. Et un micro ambisonique coûte 1000 €, sans oublier la connectique elle aussi très pro. Notre objectif, c’est de proposer à tous les publics de créer du son à 360°, à partir d’un téléphone portable.»

Le traitement du son, Arkamys connaît. C’est l’expertise de cette entreprise française née en 1998 et qui, depuis 2003, vend ses services à l’industrie de l’électronique grand public, de l’automobile (Renault et Peugeot font partie de ses clients) et de la téléphonie mobile. Sa nouvelle certification, Audio by Arkamys, se veut l’équivalent du THX pour le cinéma et le Home Cinema, et pourrait accroître sa notoriété auprès du grand public. Son métier consiste à développer des algorithmes et des logiciels, équipant le plus souvent à des processeurs de signal numérique (DSP), qui amélioreront la qualité de l’enregistrement et de la reproduction sonore.

Au moins trois micros pour du son à 360°

Dans le cas du son à 360°, ces logiciels se nomment VR Capture et VR Play. «Le premier est un plug-in, une bibliothèque de programmes, qui peut tourner sur un ordinateur, un téléphone portable, etc. et que nous vendons au fabricant, précise Frédéric Amadu. VR Capture prend en charge plusieurs micros et identifie les capacités acoustiques du produit.» Mais y a-t-il assez de micros sur les téléphones actuels ? «Notre système en requiert au moins trois, poursuit Frédéric Amadu. De plus en plus de modèles en possèdent deux, et certains bénéficient de deux micros à l’avant, et deux à l’arrière. La dernière plateforme Snapdragon de Qualcomm (l’un des grands fabricants de processeurs pour smartphones, NDLR) est même capable d’utiliser jusqu’à six micros.»

Les téléphones appropriés ne devraient donc pas manquer à l’avenir. En attendant, pour les besoins de sa démonstration au dernier CES de Las Vegas, Arkamys avait fabriqué un micro ambisonique externe composé de quatre microphones MEMS de téléphone portable. Le principe ne diffère pas dans le fond. «Il s’agit d’enregistrer une piste audio à 360° qui sera multiplexée avec la piste vidéo à 360°, explique Frédéric Amadu.  Notre logiciel capture le champ sonore et toutes les informations nécessaires pour le restituer.» Le logiciel VR Play, associé à un téléphone ou un casque de réalité virtuelle, se charge d’établir la correspondance entre les sphères vidéo et audio. «Il sert à positionner le son dans l’espace en fonction de l’orientation de la tête de l’utilisateur» ajoute-t-il.

Les téléphones portables permettant de filmer à 360° ont fait leur arrivée. Témoin le Sfera de la marque Yezz – qui n’est pas la plus connue il est vrai – dévoilé aussi au CES en janvier dernier.  Avec sa solution, le français Arkamys espère prendre position sur ce marché effervescent, que ce soit dans le registre du divertissement ou des applications professionnelles.

Par Frédéric Monflier

Internet des objets : de nombreuses failles

« Faites vos jeux, rien ne va plus ». Fréquemment annoncée dans les casinos de Las Vegas, cette expression peut aussi s’appliquer à l’Internet des Objets ! Réunis dans cette ville chaque été, des hackers (trop souvent confondus avec les pirates) s’en sont donné à cœur joie. Les meilleurs d’entre eux ont animé des conférences à la

DEF CON, la convention hacker la plus connue à travers le monde. Et cette édition a confirmé que les fabricants d’objets connectés ne se soucient pas vraiment de la sécurité de leur solution. Leur priorité étant l’ergonomie ou la fonctionnalité.

Presque 50 failles ont été découvertes ou présentées lors de conférences ou d’ateliers. Elles concernent 23 appareils proposés par 21 marques. Au total, en deux ans, l’IoT Village de la DEF CON a mis en lumière 113 vulnérabilités.

Bonnet d’âne aux serrures et cadenas connectés. Les modèles de Quicklock, iBlulock, Plantraco, Ceomate, Elecycle, Vians, Lagute, Okidokeys ou Danalock comportent tous des failles. Officiellement, elles vous permettent d’ouvrir vos portes sans utiliser de clé physique. Par le biais d’un protocole de communication (Bluetooth, Wi-Fi…), elles se déverrouillent à l’aide d’un simple smartphone. Dans la réalité, leur niveau de sécurité étant tellement faible, voire absent, elles peuvent être aisément piratées et facilitées ainsi des cambriolages !

Comment les hackers ont-ils procédé ? Le chercheur qui s’est attaqué à la serrure d’August (modèle ASL-01) a démontré qu’il était possible de modifier un accès « invité en un compte « administrateur » et gérer le cylindre au détriment de son propriétaire qui ne peut plus entrer chez lui. Pire, si vous achetez un modèle d’occasion,  le précédent propriétaire peut savoir où vous habitez et prendre le contrôle de votre domicile à distance. Heureusement pour nous, ce cylindre connecté n’est pas compatible avec la plupart des serrures françaises, et ne répond pas non plus aux normes européennes.

Même constat inquiétant avec les thermostats. Andrew Tierney et Ken Munro, deux chercheurs travaillant pour la société de sécurité informatique Pen Partners Test, ont démontré qu’il était possible de configurer les paramètres par le biais d’une carte SD. Imaginez ce thermostat réglé sur 35 °C en pleine canicule ! De quoi avoir des sueurs froides d’autant que l’action des hackers a été facilitée par le fait que l’appareil n’intègre aucun contrôle de sécurité. Seul bémol, il faut avoir un accès physique pour l’infecter.

Toutes ces failles s’expliquent principalement par une mauvaise implémentation de solutions de protection, mais surtout par une sécurité très faible, voire inexistante. Et cette situation n’est pas propre aux fabricants étrangers.

Début 2016, lors d’une intervention au FIC (Forum International de la Cybercriminalité à Lille), Renaud Lifchitz, consultant en sécurité informatique chez Digital Security (Econocom), et auteur de nombreux travaux sur les protocoles d’authentification, avait démontré qu’une serrure connectée d’une marque française était facile à pirater. Différentes erreurs très importantes avaient été constatées parmi lesquelles un code source entièrement accessible et une clé de chiffrement, annoncée en 256 bits, mais en réalité de 14 bits (un vulgaire code PIN). Selon cet expert, le nombre de possibilités pour trouver ce code PIN est estimé à environ 10 000. Autant dire, l’affaire de quelques secondes/minutes.

Ce même chercheur avait repéré des vulnérabilités dans les réseaux M2M du marché, et notamment dans celui de Sigfox.

Il faut malgré tout rester optimiste. « Chaque nouvelle vague technologique apporte son lot de vulnérabilités. Il a fallu des décennies pour sécuriser les transports ferroviaires, aériens et automobiles. La ceinture de sécurité, inventée à la fin du 19e siècle, n’est devenue obligatoire en France qu’en 1973. Dans le numérique, ces cycles innovation-sécurisation se sont accélérés. La micro-informatique a vu très rapidement naitre le business des antivirus », a rappelé Olivier Oezratty lors de la Conférence Cybersécurité – IOT et Systèmes Embarqués organisée à Toulouse le 18 février 2016.

Par Philippe Richard

Le LiFi bidirectionnel entre dans l’ère industrielle

La transmission de données par la lumière devient une affaire sérieuse. Spécialiste français de l’éclairage LED, Lucibel vient d’annoncer le premier luminaire LiFi (Light Fidelity) industrialisé au monde. Le terme «industrialisé» signifie que plusieurs milliers d’exemplaires pourront être produits chaque année à l’usine de Barentin, en Seine-Maritime. «Nous avons déjà vendu une centaine d’unités et une autre centaine de pré-commandes sont validées» se félicite Frédéric Granotier, PDG de Lucibel.

Pour rappel, le LiFi exploite la capacité d’une LED à s’éteindre et à s’allumer plusieurs milliards de fois par seconde. Le flux lumineux peut alors être modulé de façon à transporter des données. En version bas débit monodirectionnelle, le LiFi est utilisé dans des applications de géolocalisation. Ce spot encastrable en faux plafond se destine pour sa part aux échanges bidirectionnels et à haut débit. Il intègre une LED blanche de 1800 lumens, fabriquée par Nichia, les composants électroniques qui modulent le signal LiFi dans la lumière émise, une carte réseau Ethernet et aussi un capteur infrarouge.

«Chaque luminaire raccordé au réseau de l’entreprise devient un point d’accès accessible à huit utilisateurs, explique Edouard Lebrun, et il est bidirectionnel grâce au récepteur infrarouge. Le poste de travail Windows, MacOS ou Linux est équipé d’une clé USB qui réceptionne les données du signal LiFi et émet le signal IR. Un système de «handover» permet à l’utilisateur de passer d’un «cône» de connexion à l’autre dans un délai de huit secondes. Le débit maximal de la voie descendante atteint 42,5 Mbit/s, celui de la voie montante environ 25 Mbits/s. Ce dernier a été multiplié par quatre depuis l’an dernier.»

Un prix de 2300 € HT

Il y a un an, en effet, Lucibel présentait un prototype où le récepteur IR était déporté sur un détecteur de fumée externe. Quant à la clé USB, elle mesurait 30 centimètres de long. Sa taille a été divisée par cinq depuis. Cet industriel cherche de la même manière à réduire les coûts. Le système coûte pour l’heure 2300 € HT, soit 1500  € pour le luminaire et 800 € pour la clé USB. «C’est encore deux à trois plus que le budget pour un éclairage LED normal et un réseau WiFi, estime Edouard Lebrun. On devrait l’égaler en 2018.» Une deuxième phase d’industrialisation, prévue à cette date, et le remplacement des FPGAs (Field programmable gate array) par des ASICs (Application specific integrated circuit), circuits électroniques moins chers et plus compacts, devraient y contribuer.

Lucibel cible dans un premier temps une clientèle professionnelle, qui n’utilise pas ou peu le WiFi pour des raisons règlementaires ou sécuritaires. Dans le milieu hospitalier, les ondes radio perturbatrices sont proscrites et le LiFi est une alternative envisageable. Le secteur bancaire et l’industrie de la Défense se montrent aussi intéressés, car le LiFi, contrairement au WiFi, ne traverse pas les murs et préserve la confidentialité des échanges. La récente loi dite «Abeille», qui interdit le WiFi dans les crèches, est une autre opportunité.

Selon Lucibel, le marché du grand public devrait s’ouvrir vers 2019 ou 2020. A condition que le LiFi s’invite entre temps dans les smartphones, étape indispensable à sa démocratisation. Il pourrait ensuite participer à l’essor de l’Internet des objets, qui aura besoin d’autres «tuyaux » que les réseaux existants.

Frédéric Monflier

Tracer les origines de la contamination au mercure dans les cheveux

La contamination au mercure, un enjeu de santé publique

Le mercure est considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’un des dix produits chimiques ou groupe de produits chimiques fortement préoccupants pour la santé. L’exposition au mercure, même en petites quantités, peut avoir des effets toxiques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, avec des risques forts pour le développement de l’enfant in utero et chez les très jeunes enfants. Identifier le degré et le type de contamination, le moment et la durée d’exposition sont autant d’indicateurs essentiels pour traiter un éventuel empoisonnement au mercure.

De nouvelles techniques d’analyse

Jusqu’à présent, en fonction des supposées sources de contamination, l’absorption de mercure était surveillée par sa concentration dans les urines, le sang ou les cheveux. Ces mesures permettent de diagnostiquer le degré d’empoisonnement, de fournir des données pour des études épidémiologiques, mais elles ne peuvent pas identifier la source et la date d’exposition au mercure, informations essentielles pour définir des traitements ou réaliser des examens médico‐légaux.

« Bien que la concentration de mercure urinaire soit considérée comme le biomarqueur le plus précis et le plus largement utilisé pour évaluer l’exposition chronique aux vapeurs de mercure et au mercure divalent, nous avons montré que le mercure inorganique issu des amalgames dentaires peut être détecté dans les cheveux avec une structure intermoléculaire distincte de celle du méthylmercure provenant de la consommation de poisson » explique Jean‐Paul Bourdineaud, professeur de toxicologie environnementale à l’Université de Bordeaux (France).

« Les études épidémiologiques de la contamination au mercure par consommation de poisson font l’hypothèse que le mercure présent dans les cheveux provient uniquement de cette source. Nos résultats montrent que ceci n’est pas forcément vrai » explique Kathryn Nagy, professeur de sciences de la Terre et de l’environnement à l’Université de l’Illinois à Chicago.

Avec un taux de croissance moyen de 1 cm par mois, les cheveux peuvent capturer des événements de contamination avec une haute résolution temporelle. L’équipe de scientifiques a développé de nouvelles techniques d’analyse permettant désormais d’identifier les formes chimiques du mercure dans les cheveux humains. Grâce à une nouvelle instrumentation sur rayonnement synchrotron, ils ont découvert que l’on pouvait relier la structure chimique du mercure à la source d’exposition par une caractérisation précise des liaisons chimiques environnantes.

Les expériences conduites à l’ESRF ont ainsi révélé qu’un pic de mercure observé sur un cheveu provenait du retrait d’un amalgame dentaire. Ainsi, les signatures obtenues par ces mesures permettent de distinguer une exposition exogène d’une exposition endogène, organique ou inorganique, et indiquent même la période d’exposition à un ou deux jours près.

Les défis techniques

Pour obtenir ces résultats, les scientifiques ont dû faire face à plusieurs défis techniques. La caractérisation de la structure chimique est en effet rendue difficile par la faible concentration de mercure dans les cheveux chez la plupart des individus (0.1 à 3 ng de mercure/mg de cheveu) et par la grande flexibilité et variabilité des liaisons chimiques du mercure avec les atomes de carbone, d’azote, d’oxygène ou de soufre.

« Nous ne nous attendions pas à ce que le pic microscopique de mercure, de seulement 2,5 ng, ait une signature moléculaire aussi différente de celle du méthylmercure lié à la consommation de poisson » explique Alain Manceau, directeur de recherche au CNRS. « Cependant, pour s’assurer que le mercure provenait bien de l’amalgame extrait, il était indispensable de connaître sa forme moléculaire, et notamment comment il était fixé aux protéines des cheveux. Ce travail minutieux d’investigation a pris plusieurs mois et nécessité l’utilisation de supercalculateurs pour modéliser les données« .

Pour relever ces défis, l’équipe scientifique a utilisé les performances de l’ESRF et deux lignes de lumières, ID16B et ID26. Ils ont eu recours à la nano‐sonde à rayons X de la ligne ID16B et construit pour cette expérience un multi‐analyseur à haute luminosité qui exploite la haute brillance du spectromètre de la ligne ID26.

Comme l’explique Rémi Tucoulou, scientifique sur la ligne ESRF, ID16B et Pieter Glatzel, scientifique sur la ligne ESRF, ID26 : “De telles mesures sur des échantillons avec une très faible concentration de métaux nécessitent des instruments spécifiques ayant une extrême sensibilité et possédant, dans le même temps, une très grande résolution pour la caractérisation chimique.”

Au‐delà du mercure, cette nouvelle instrumentation ouvre des perspectives pour l’identification dans les tissus humains des formes chimiques d’autres métaux toxiques connus ou supposés. Cette étude ouvre également la voie à des applications dans les sciences médico‐légales, les sciences de l’environnement et des matériaux. 3 Le multi‐analyseur a été financé par le projet d’Equipex EcoX du programme des investissements d’avenir de l’ANR. (http://www.esrf.eu/news/general/ESRF‐partner‐French‐excellency)

Publication : Manceau A., Enescu M., Simionovici A., Lanson M., Gonzalez‐Rey M., Rovezzi M., Tucoulou R., Glatzel P., Nagy K.L., Bourdineaud J.P. (2016) Chemical forms of mercury in human hair reveal sources of exposure. Environmental Science & Technology. doi: 10.1021/acs.est.6b03468

Source : cnrs

Microtubules : ce qui ne les tue pas les rend plus forts

Les microtubules sont des filaments rigides qui font partie du squelette des cellules. Ils sont en renouvellement permanent et leur temps de vie moyen ne dépasse pas quelques minutes. En effet, les microtubules poussent régulièrement, depuis le centre de la cellule vers la périphérie, mais peuvent à tout instant se désassembler complètement et de façon aléatoire. Le processus de reconstruction permanent permet au réseau de microtubules d’adapter son architecture et d’accompagner les changements morphologiques des cellules. Cependant, il n’est pas rare de voir des événements de « sauvetage » au cours desquels le désassemblage s’interrompt soudainement pour permettre au microtubule de reprendre sa croissance et de ne pas disparaître. Ce processus, qui biaise la dynamique aléatoire de renouvellement du réseau de microtubule, reste cependant mal compris.

In vitro, dans des conditions biochimiques simplifiées, les sauvetages n’ont en effet pas lieu et les microtubules se désassemblent toujours entièrement. Les chercheurs de l’équipe CytoMorpho1 (CEA/Inra/CNRS/UGA) ont pu reproduire in vitro des altérations physiques de la structure des microtubules grâce à des impacts laser et ont ainsi pu induire des événements de sauvetage.

La dynamique des microtubules (assemblage et désassemblage de tubuline ) peut être représentée à l’aide de kymographes construits par empilement d’images montrant la longueur de microtubules en fonction du temps. Les kymographes des images ci-dessous montrent à gauche, en bleu, des microtubules in vitro sans aucune intervention externe ; à droite, en vert, des microtubules qui ont été la cible d’impacts laser (étoiles rouges).

Charlotte Aumeier, CNRS
Charlotte Aumeier, CNRS

Ils agissent comme des zones de protection contre le désassemblage de tubuline. En permettant aux microtubules de reprendre leur assemblage, les sauvetages augmentent la longueur des microtubules ainsi que leur durée de vie.

Les mêmes effets ont pu être observés dans des cellules vivantes : microtubules est devenu plus stable et s’est étendu dans les zones où la structure des microtubules avait été abimée par des impacts laser. De fait, les impacts qui détruisent la structure des microtubules les rendent finalement plus résistants au désassemblage.

Cette propriété surprenante pourrait s’expliquer par les capacités d’auto-réparation que possèdent les microtubules. Mise en évidence par cette même équipe de recherche (cf Schaedel et al., Nature Materials, 2015), l’auto-réparation permet aux microtubules de résister aux contraintes et semble également augmenter leur durée de vie.

Les chercheurs ont découvert que chaque impact laser dans un microtubule était immédiatement réparé par des molécules de tubuline libres, et que ces zones contenant de nouvelles molécules de tubuline agissaient comme des manchons protecteurs qui empêchaient le désassemblage total en induisant des événements de sauvetage.

D’autres événements que des impacts laser peuvent générer des réparations et des sauvetages. Ils se produisent naturellement dans toute la cellule, en particulier dans les zones où les microtubules sont déformés, là où ils se croisent ou forment des faisceaux (cf image ci-contre où les zones de réparation par la tubuline libre sont visibles en violet). Du fait de leur capacité à s’autoréparer avec des composants nouveaux, les blessures infligées aux microtubules sont donc à l’origine d’une réelle source de jouvence pour les microtubules.

Des séries d’impacts laser ciblant une région limitée d’une cellule suffisent à stabiliser localement et à étendre le réseau de microtubules dans cette région. Ce réseau étant en interaction avec l’ensemble des structures régulant la morphologie des cellules, le développement local des microtubules agit en retour sur la forme des cellules.

Ainsi, les chercheurs ont réussi à diriger la migration des cellules en direction des zones où le réseau de microtubules avait été endommagé par des impacts répétés de laser. Ces processus de renforcement mécanique et de stabilisation sélective confèrent ainsi au réseau de microtubules des propriétés jusqu’alors inconnues d’adaptation aux contraintes physiques.

Endommager un objet inerte l’affaiblit. Mais ces travaux sur les microtubules suggèrent qu’endommager une structure biologique en renouvellement permanent conduit à terme à son renforcement physique et à l’augmentation de sa durée de vie. Cette différence importante pourrait inspirer le design de nouveaux matériaux.

Références : Self-repair promotes microtubule rescue. Charlotte Aumeier*, Laura Schaedel*, Jérémie Gaillard, Karin John, Laurent Blanchoin1* and Manuel Théry*. Nature Cell Biology, online le 12/09/2016. Microtubules self-repair in response to mechanical stress. Laura Schaedel, Karin John, Jérémie Gaillard, Maxence Nachury, Laurent Blanchoin and Manuel Théry, Nature Materials, 14:1156–1163, 2015.

Source : cnrs

Energies renouvelables: Apple rejoint le groupe «RE100»

Aux USA, en Chine et dans 21 autres pays Apple, l’une des premières capitalisations boursières à l’échelle mondiale, est déjà parvenu à atteindre le Graal des 100%. Et à l’échelle globale la firme de l’iPhone a répondu à 93% de sa demande avec les EnR durant l’année 2015.

Le géant américain cherche également à stimuler le changement chez ses fournisseurs. Apple a annoncé que Solvay (Polymères) et Catcher Technology (Aluminium) se sont engagés  à lui délivrer des produits obtenus intégralement à partir d’énergies renouvelables dès 2018. Lens Technology (spécialiste du verre) a révélé un engagement similaire le mois dernier.

Apple a par ailleurs annoncé la mise en service d’un parc solaire de 50 MW dans l’Arizona et vient aussi de lancer la commercialisation de l’iPhone7 dont les performances photographiques et de stockage  batterie sont optimisées.

RE100 est un groupe particulièrement puissant. « RE100 est une initiative collaborative et globale d’entreprises influentes engagées pour atteindre 100% d’électricité renouvelable, œuvrant pour augmenter drastiquement la demande et la fourniture en énergie renouvelable ».

En sont membres les français Crédit Agricole et La Poste, ainsi que les suisses SwissRE, UBS et Nestlé, les suèdois Tetra Pak et Ikea, ou encore les allemand BMW et SAP, le hollandais Philips et l’indien Tata Motors. Un grand nombre de géants américains font partie du club: Nike, General Motors, Bank of America, Bloomberg, Goldman Sachs, Coca-Cola Enterprises, Starbucks, Unilever, Walmart, Biogen, Adobe, Hewlett Packard, Microsoft, Adobe, Facebook et Google.

Climate Week est un évènement qui se déroule au siège du célèbre quotidien New York Times et qui est sponsorisé notamment par Siemens, SolarCity, Philips et Sunpower, la filiale photovoltaïque du géant pétrolier français Total.  Climate Week est un événement majeur qui rassemble des personnalités du monde des affaires, de la sphère publique et de la société civile qui mènent la transition vers une économie à bas carbone. Elle constitue également un espace collaboratif pour les événements climatiques en soutien à l’accord de Paris sur le climat et les Objectifs de Développement Durable (ODD).

Intervenant le 19 septembre 2016 à la cérémonie d’ouverture de la 8ème édition de la Climate Week la  ministre marocaine déléguée auprès du Ministre de l’Énergie et de l’environnement, Hakima El Haité,  a souhaité que l’année 2016 reste gravée dans l’histoire comme une année d’action.

La ministre a souligné que si l’accord de Paris était l’occasion de mettre en place un cadre de vie qui n’abîmera plus la planète, la COP22 qui se tiendra à Marrakech en novembre prochain sera l’occasion de « répondre aux attentes de l’humanité vis-à-vis de ses leaders concernant l’opérationnalisation de cet accord et son application ».

C’est précisément dans cet objectif que Medef International, association privée créée en 1989 par le Medef, le Mouvement des entreprises de France, et Terrawatt Initiative ont signé le 30 août 2016 un protocole d’accord visant à fédérer le secteur privé, en France et à l’international, « autour d’une vision partagée d’un marché commun mondial de l’énergie solaire ». Ce rapprochement a pour objectif de « faciliter la mise en œuvre au niveau local » de cette fédération « en faisant bénéficier les entreprises d’une énergie abordable et d’opportunité commerciales ».

Terrawatt Initiative est présidée par l’ingénieur Isabelle Kocher, CEO du géant français de l’énergie Engie. Le groupe Total en est également membre fondateur.  L’objectif affiché est de déployer plus de 1 térawatt (1 000 gigawatts) de puissance photovoltaïque d’ici 2030, soit deux fois et demi la puissance du parc nucléaire mondial actuel.

Par Olivier Daniélo

Areva se retire de l’éolien en mer

Si la vente d’Adwen n’est pas une surprise – elle est consécutive au mariage de Siemens avec Gamesa en juin dernier – son acquéreur est resté en suspens tout l’été. Un temps pressenti et malgré une offre jugée insuffisante, General Electric (GE) a dû jeté l’éponge. L’affaire Alstom, dont la branche Energie a été rachetée par l’Américain, ne jouant guère en sa faveur politiquement.

Records technologiques, mauvais résultats

La vente d’Adwen a lieu quelques semaines après la communication du nouveau prototype d’éolienne AD 8-180, la plus grosse turbine sur le marché (8 MW) et disposant de la plus longue pâle (88 m) au monde, confirmant le positionnement haut de gamme de la compagnie. La course à la puissance des turbines est un des jalons de réduction des coûts élevés de l’éolien en mer car cela signifie moins de machines à puissance égale. En France, l’entreprise affiche un portefeuille de projets en cours de 1 400 MW répartis sur trois parcs. Areva assure que : « Gamesa a connaissance des engagements souscrits par Adwen au titre des appels d’offres portant sur les installations éoliennes de production d’électricité en mer en France métropolitaine. Ces engagements resteront portés par Adwen », confirme le groupe français au bord de la faillite.

La recapitalisation d’Areva, à hauteur de 5 milliards d’euros par l’Etat actionnaire, est en partie due aux lourds dérapages de délais et coûts sur les chantiers EPR de Flamanville (France) et Olkiluoto (Finlande), l’affaire Uramin, mais également à l’hasardeuse diversification dans les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse) initiée au début des années 2000 par la présidente de l’époque, Anne Lauvergeon. Tous les projets se sont malheureusement soldés par des échecs et la facture s’élèverait à pas moins de 1,5 milliards d’euros pour le groupe public, selon Les Echos. Le feuilleton Adwen n’aura pourtant été que l’une des nombreuses turbulences qui secouent le marché de l’éolien actuellement en pleine restructuration. Favorisé par les aides financières aux énergies renouvelables, les acteurs du secteur ont dû adapter leur business model à la fin programmée de ces subventions.

Concentration

Grand vainqueur de l’opération : Siemens. En plus de son mariage réussi avec Gamesa, le groupe allemand voit une technologie susceptible d’être acquise par un concurrent retourner dans son giron, confortant son leadership dans l’éolien terrestre et en mer. Le couple pèse désormais 10 milliards d’euros de capitalisation boursière. Quelques mois plus tôt, c’était la partie Energie d’Alstom – dont la branche éolienne – qui était absorbée par GE pour plus de 12 milliards d’euros. Les autres acteurs étant Vestas, Senvion, Nordex ou encore Enercon. Ces mouvements de concentration massifs répondent à l’émergence d’une concurrence asiatique. Pour la première fois en 2014, une entreprise chinoise, Goldwind, est devenue le premier vendeur de turbines éoliennes du monde, porté par un marché domestique en pleine expansion. Les groupes occidentaux cherchent à maximiser les économies d’échelle et minimiser la concurrence domestique pour faire face à la nouvelle venue d’Asie. Reste à savoir si cela suffira. Seule certitude, dans cette bataille économique il n’y aura pas d’acteurs français de référence.

Par Romain Chicheportiche

Quand nos médicaments rendent les eaux malades

La première Conférence internationale sur les risques liés aux résidus de médicaments dans l’environnement s’est tenue les 8 et 9 septembre à Paris et a réuni plus de 250 scientifiques. « La conférence a pour objectif de réaliser une synthèse des données les plus récentes, permettant d’identifier, définir, mesurer, et gérer les risques environnementaux et sanitaires, liés aux résidus de médicaments issus de la pratique médicale et vétérinaire et présents dans l’environnement », lit-on sur le site internet.

Peu de données concrètes

L’impact des médicaments consommés par l’homme a déjà été démontré par le passé. Plus précisément en 1976 avec la mise en évidence de résidus médicamenteux dans l’eau aux États-Unis. Mais grâce à l’avancée de la technologie, les instruments de mesure sont de plus en plus précis et permettent de mieux cerner le phénomène. Ce premier congrès a également été l’occasion de compiler les données scientifiques disponibles sur le sujet. Conclusion : peu d’études ont été réalisées et beaucoup de zones d’ombre persistent notamment en ce qui concerne les concentrations, les seuils d’exposition et les conséquences sanitaires et écologiques.

Le ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, présente à cette première mondiale a annoncé le lancement d’un plan micropolluants 2016-2021 dont le principal objectif est de protéger les eaux en réduisant les émissions à la source et d’aider la recherche à mieux connaître et estimer les dangers que représentent les résidus médicamenteux et autres micropolluants. Un premier bilan dressé en 2014 illustre l’importance d’un tel plan : à peine 50 % des eaux continentales de surface seraient en bon état chimique, pour les deux tiers dont l’état est connu ; le taux est à peu près le même pour les eaux des estuaires ; les eaux souterraines et de mer vont un peu mieux avec 67 % des eaux souterraines et les trois quarts des eaux côtières jugées en bon état.

Un risque négligeable pour l’homme

Des résidus d’antibiotiques, d’anti-inflammatoires, d’anxiolytiques, d’hormones et d’autres prescriptions finissent après avoir été ingérées dans les urines et les selles puis dans les eaux usées et in fine dans les cours d’eau. Les stations d’épuration ne les filtrent pas totalement parce que d’une part, elles n’ont pas été conçues pour cela, à savoir stopper des molécules de très petites tailles et leurs bactéries se révèlent souvent incapables de dégrader ces éléments chimiques de synthèse. Pour autant, Yves Lévi, biologiste et chimiste, responsable du groupe « santé publique – environnement » à l’Université Paris Sud se veut rassurant. «  Il faut traiter le problème avec intelligence, sans affoler ni nier, insiste-t-il sur le site de Pourquoi Docteurs. Les concentrations enregistrées dans les pays riches qui disposent d’usines d’épuration sont très faibles. Le risque est actuellement considéré comme négligeable, mais il y a un gros volet d’incertitudes autour de cela. »

Mais aucune réglementation pour ces résidus

Autrement dit, l’eau potable reste de bonne qualité mais rappelons qu’aucune réglementation n’impose la vérification de la présence ou non de résidus médicamenteux. A défaut de données concrètes sur le sujet, les solutions relèvent davantage du bon sens : éviter la surconsommation de médicaments ; rapporter les médicaments non utilisés en pharmacie pour le recyclage ou encore augmenter l’efficacité des stations d’épuration. L’ozone s’est montrée intéressante pour dégrader certaines molécules mais le procédé reste coûteux. La Suisse teste actuellement cette technique sur ses stations d’épuration.

Par Nadia Daki

Israël : une start up se lance dans le poulet artificiel

Écologique, révolutionnaire, innovant, les qualificatifs utilisés par la société à l’origine du projet sont tous très élogieux. Dans une vidéo de présentation, ils n’hésitent d’ailleurs pas à évoquer leur concept comme LE moyen de mettre fin aux souffrances animales.

La start-up se base sur les travaux du Pr Yaakov Nahmias, chercheur en bio-ingénierie à l’Université Hébraïque de Jérusalem et cofondateur de SuperMeat. L’idée : prélever par biopsie, donc sans douleur a priori, des cellules sur un poulet vivant puis les mettre en culture. Disposées dans des incubateurs spécialement conçus, ces cellules vont se développer dans des conditions proches de leur environnement naturel. Selon un procédé industriel tenu secret, elles vont se comporter comme des cellules embryonnaires et donner des tissus qui vont devenir des muscles, de la chair comestible, identique à l’animal vivant.

Rendez-vous dans quatre ans

Ce sont, à terme, ces incubateurs que SuperMeat entend proposer aux restaurateurs, aux supermarchés et même aux consommateurs. Pour acquérir le premier prototype, la société a lancé une campagne de crowdfunding et espérait réunir 100 000 dollars. C’est plus du double qui a été collecté début septembre. Le premier incubateur devrait être prêt en janvier 2018 et le premier blanc de poulet artificiel serait commercialisé en 2020.

SuperMeat assure un goût identique à l’original, sans hormones de croissance, sans colorants, sans consommer outre mesure les ressources naturelles ou encore sans polluer massivement. « Notre solution permettrait de réduire de 99 % l’utilisation de terres cultivées, d’économiser 96 % en eau et de produire 99 % moins de gaz à effet de serre », apprend-on dans la vidéo.

Pour l’heure, la société a besoin de 2,5 millions de dollars pour développer son innovation. Et le prix de la viande ainsi cultivée devrait osciller entre 1 et 5 dollars le kilo.

Nadia Daki

Evolution des rémunérations des cadres : la mobilité, un facteur clé

En 2015, la rémunération annuelle brute moyenne des cadres en poste dans des entreprises du secteur privé s’élève à 55 000 euros (salaire fixe + part variable). La moitié des cadres perçoit une rémunération inférieure au salaire médian de 48 000 euros. Les salaires des cadres sont dispersés et témoignent de l’hétérogénéité des situations en matière salariale : 80 % des rémunérations sont comprises dans une fourchette allant de 34 000 à 83 000 euros. Cette distribution a peu évolué sur un an. Dans 49 % des cas, la rémunération des cadres est composée d’une part variable. Ainsi, 41 % des cadres sont concernés par une prime sur objectif individuel ou collectif ; 8 % mentionnent une commission sur le chiffre d’affaires ; et 9 % indiquent d’autres éléments tels que les primes d’astreinte ou encore, des bonus exceptionnels.

En 2015, les cadres masculins qui n’ont aucune mobilité ont davantage bénéficié d’une revalorisation salariale que les femmes. L’écart entre hommes et femmes est particulièrement prononcé entre 30 et 39 ans (5 points) alors qu’en début de carrière, cadres masculins et féminins sont « presque » logés à la même enseigne en matière d’évolution de rémunération. A partir de 40 ans, l’écart se stabilise (2 points) mais toujours en faveur des hommes cadres. Comme les années précédentes, les hommes ont été plus nombreux à demander une augmentation, en particulier avant 40 ans.

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Parmi les cadres qui n’ont connu aucun changement en 2015, 40 % ont été augmentés, une proportion quasi stable par rapport à 2014. Les fourchettes des augmentations individuelles et collectives sont restées identiques à celles de l’année précédente. Toutefois l’augmentation individuelle médiane s’est légèrement contractée en 2015 s’établissant à 2,3 %, contre 2,5 % un an auparavant. Quant à l’augmentation collective médiane, elle est restée stable (+1,5 %).

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Les cadres qui ont changé directement d’employeur, c’est-à-dire sans connaitre de période de chômage, obtiennent, dans plus des deux tiers des cas, un salaire à l’embauche supérieur à celui qu’ils percevaient dans leur entreprise précédente.

A contrario, lorsqu’ils ont subi une période de chômage, ces cadres ne sont pas en position de force pour négocier leurs nouvelles conditions de rémunération. Ils sont même contraints, dans près de 40 % des cas, d’accepter une baisse de salaire.

A noter, l’influence de la situation professionnelle se cumule avec celle de l’âge. S’agissant des cadres mobiles en interne, 52 % d’entre eux ont été augmentés en 2015, soit un niveau stable par rapport à 2014. Les cadres ayant changé de poste ont bénéficié plus souvent d’une hausse de leur salaire que ceux ayant effectué d’autres changements internes (de services, de départements, de contenu du poste en grande partie) : 61 % contre 41 %. Par ailleurs, les cadres qui ont volontairement évolué en interne, ont été plus souvent augmentés que ceux dont le changement a été imposé par l’entreprise. Le niveau rémunération des cadres est fortement corrélé à leur âge et à la taille de leur entreprise.

Le salaire annuel brut médian se situe à 36 500 euros pour les moins de 30 ans, contre 56 000 euros pour les cadres ayant atteint ou dépassé la cinquantaine.

Autre constat, le salaire varie également en fonction de la taille de l’entreprise et de son secteur d’activité. Ainsi, la moitié des cadres en poste dans une petite structure (1 à 19 salariés) gagnent 42 000 euros, contre 52 000 euros pour ceux travaillant dans une grande entreprise (1 000 salariés et plus). Les cadres exerçant dans l’Industrie, les Télécommunications et la Banque et Assurance affichent une rémunération médiane supérieure à celle mesurée dans les autres secteurs.

Au moment de l’enquête, 58 % des cadres se déclaraient satisfaits ou très satisfaits de leur rémunération, un niveau identique à celui de l’année dernière. Cependant, l’opinion des cadres sur leur rémunération diffère selon le sexe. Ainsi, les hommes cadres ont globalement le même niveau de satisfaction tout au long de leur parcours professionnel. Quant aux femmes, plus elles avancent dans leur carrière moins elles sont satisfaites de leur rémunération. Parmi les cadres interrogés, 45 % avaient l’intention de demander une augmentation en 2016 mais seulement 33 % pensaient être en mesure de l’obtenir. Enfin à l’horizon 3 à 5 ans, seulement 29 % des cadres jugent intéressantes leurs perspectives d’évolution salariale.

Source : Apec

Cette étude s’appuie sur les résultats de l’enquête Situation professionnelle et rémunération des cadres 2016 réalisée auprès de cadres du secteur privé (enquête Internet par e-mailing) le terrain de cette enquête a été réalisé en mars 2015 et l’enquête a permis d’obtenir près de 14 000 réponses exploitables. Les résultats ont été redressés selon la répartition des cotisants Agirc articles 4 et 4bis par âge et par sexe. Ils sont représentatifs des cadres en France.

A la redécouverte de nos villes

Quels sont les défis qui attendent les espaces urbains, qui accueillent plus de la moitié de la population mondiale ? Comment les villes se transforment-elles et quels sont les impacts sur la vie des habitants ? Voici quelques thématiques abordées par l’exposition «Mutations urbaines», qui se déploie sur 1000 m² à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris.

«Il s’agit de faire un état des lieux des zones urbaines, explique Marie-Christine Hergault, chef de projet. L’exposition se répartit en trois sections. La première, nommée «Villes sous tensions», invite le visiteur à explorer ces multiples enjeux en devenant acteur.» Les problématiques que sont la densité immobilière, le transport ou encore les usages du numérique sont ainsi mises en scène au travers d’une vingtaine d’ateliers : mini-jeux, sondages, maquettes et et animations audiovisuelles, y compris une démonstration de réalité virtuelle qui téléporte le visiteur en haut d’un gratte-ciel au cœur de Hong-Kong.

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La deuxième partie, les «Devenirs Urbains», se consacre à l’ingéniosité, pas seulement d’ordre technique. «Ces innovations viennent de tous les endroits du monde et sont à l’initiative des collectivités, de l’Etat, de l’industrie, des citoyens. Tout a représenté sur le même plan, sans préférence» enchaîne Marie-Christine Hergault. Ces solutions ont été conçues pour préserver l’environnement, améliorer la sécurité ou accroître l’autonomie énergétique ou alimentaire, de manière très diverse. Ainsi une ferme végétale, îlot de verdure érigée à la verticale, côtoie-t-elle un arbre à LED.

La planète urbaine en chiffres

Ce potager représente à l’échelle 1/3 de véritables usines à légumes de 9 mètres de haut, en service à Singapour depuis 2012. Cette ville-état importe en effet 93% des légumes consommés par ses habitants, en raison d’une pénurie de terres cultivables. La société Sky Greens développe alors l’idée de fermes verticales, de superficie réduite : les bacs à plantes trempent cycliquement dans une eau riche en nutriments, en position basse, avant de prendre un bain de soleil, en position haute.

Sky-Greens

L’arbre à LED illustre quant à lui un concept opérationnel à Nice, Issy-les-Moulineaux et Toulouse. Les capteurs de présence qui équipent les lampadaires publics sont un moyen d’économiser jusqu’à 40 % d’énergie. D’autres capteurs permettent d’analyser la température, le bruit, le trafic…Ces paramètres ne forment qu’une partie de l’afflux de données qui irriguera les projets de «smart city». Lesquels, rien qu’en France ces 10 prochaines années, pourraient rapporter quelque 135 milliards d’euros aux industries de l’informatique.

De données il est aussi question dans la dernière partie de l’exposition. Projeté sur un écran hémisphérique de 8 mètres de long, le film d’animation graphique «Terre Urbaine» déroule sur une quinzaine de minutes une impressionnante quantité de chiffres relatifs à la démographie urbaine, à la richesse et aux inégalités, à la pollution… On y voit à quel point les villes sont devenues le pivot de notre civilisation.

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«Mutations urbaines», à la Cité des sciences et de l’industrie, jusqu’au 5 mars 2017

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Par Frédéric Monflier

Le satellite Gaia livre la position d’un milliard d’étoiles

Le satellite Gaia tourne sur lui-même et autour de la Terre tout en scrutant l’espace avec ses deux télescopes. Équipé de 106 capteurs qui forment l’équivalent d’un appareil photo d’une résolution d’un milliard de pixels, il observe ainsi quotidiennement 50 millions d’étoiles, avec dix mesures à chaque passage, ce qui représente une masse de 500 millions d’éléments par jour. Cette quantité énorme de données a permis la publication d’un catalogue des positions dans le ciel de 1,15 milliard d’étoiles. La précision va de 0,5 à 15 millièmes de seconde de degré, sachant qu’un millième de seconde de degré correspond à l’angle sous lequel on verrait une pièce de 1 euro placée à 4 000 km.

Pourvu de 200 millions d’étoiles de plus qu’initialement prévu, ce catalogue va permettre aux chercheurs d’établir de précieuses statistiques sur les différents types d’astres, qui seraient inexploitables sans un inventaire aussi vaste. On y retrouve ainsi des données pour 250 000 quasars et 3 000 étoiles variables4 de type Céphéides et RR Lyrae. La mission Gaia a livré les courbes de lumière de ces dernières, c’est-à-dire l’évolution de leur luminosité, afin de mieux comprendre les phénomènes physiques qui régissent les étoiles variables.

Les positions de 2 millions de ces étoiles ont également été combinées aux mesures effectuées 23 ans auparavant par la mission Hipparcos de l’ESA. La différence a permis de calculer la vitesse et la distance de ces astres par rapport au système solaire. La récolte des informations utilisées dans ce catalogue s’est arrêtée en septembre 2015 mais, comme Gaia continue toujours d’amasser des données, les chercheurs comptent comparer de la même manière les futures positions des étoiles à celles présentées ici. Ils devraient ainsi obtenir, vers fin 2017, la vitesse et la distance de ce milliard d’étoiles.

Les organismes français jouent un rôle de premier plan dans cette mission et sont représentés par une centaine de chercheurs, ingénieurs et techniciens au sein du consortium. Ils participent aux nombreuses missions indispensables au succès de la mission : organisation des observations au sol nécessaires pour le traitement des données, fourniture des éphémérides du système solaire, observation quotidienne du satellite Gaia lui-même par des moyens optiques (afin de connaître sa position et sa vitesse avec une précision extrême), validation des traitements des données, etc.

Source : cnrs

Le Cetim valorise les boues d’usinage

Chaque année, les industries de la mécanique produisent quelque 50 000 tonnes de boues d’usinage – un mélange de micro-copeaux, de fluide de coupe et d’eau. Elles contiennent une importante pro – portion de métal, environ 60%.

À ce jour, 80% de ces boues ne sont pas réutilisées et finissent en décharge. Conscient de l’immense potentiel de valorisation de ces déchets, l’institut Carnot Cetim, aidé par l’abondement Carnot, s’est attaqué au problème. « Nous avions l’idée de réaliser des briquettes à partir de ces boues afin de les valoriser en fonderie ou en aciérie », explique Jérôme Ribeyron du Cetim. Moins simple qu’il n’y paraît.

Les faisabilités technique et environnementale devaient être démontrées. En outre il fallait débloquer quelques verrous technologiques afin de produire des briquettes avec une bonne tenue mécanique et diminuer très significativement leurs teneurs en huile et en eau afin que le produit soit composé à 90% de métal.

Suite à la validation de ces faisabilités de mise en œuvre d’une filière, une série de développements technologiques a permis d’atteindre la tenue mécanique espérée pour les différents types de boues d’usinage. Cela, grâce à un codéveloppement mis en œuvre avec la société SFH. À cette occasion, deux brevets ont été déposés par la PME, spécialiste notamment du traitement des copeaux. Cela dit, l’aspect technique, tout important qu’il soit, n’était qu’une des facettes de cette recherche.

« En réalité, le but de cette action était de structurer une filière de valorisation métallurgique des boues d’usinage pour leur réutilisation dans les industries sidérurgiques et les fonderies », rappelle Jérôme Ribeyron.

Ainsi, au-delà de la mise au point des technologies de briquetage adaptées, le Cetim a travaillé sur les moyens de garantir la qualité et la traçabilité des briquettes et, surtout, sur la définition de modèles économiques et organisationnels propres à pérenniser une filière complète de production et de valorisation (projet Valbom financé par l’Ademe, labellisé par les pôles de compétitivité Viaméca et Team2, regroupant SFH, Defontaine Group, SKF, ArcelorMittal, SNF Floerger, NTN SNR, le CTIF et le Cetim). À grands traits, le Cetim propose ainsi trois types de solutions de valorisation.

Pour les entreprises productrices de gros volumes, la plus adaptée consiste tout simplement à s’équiper de la briqueteuse sur site et à valoriser ses briquettes. C’est d’ailleurs déjà chose faite dans le cas de la société SKF qui s’est dotée de la machine de SFH. Pour les producteurs de volumes moyens, la location d’une machine apparaît comme la solution la plus viable économiquement. Quant aux petits producteurs – dans l’industrie mécanique les petites PME sont légion – la seule façon d’exploiter ce gisement très clairsemé consiste à se rendre sur site avec la machine.

Ce texte est extrait du livre « Nous construisons votre futur, 34 exemples de ressourcement scientifique », Association des instituts Carnot, édition 2015

Ce livre peut être consulté à l’adresse suivante : www.instituts-carnot.eu/livres/recherche-pour-entreprise-carnot-prepare-avenir

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Le CEA LETI réinvente le microscope

Le premier microscope sans lentille est français. Il est commercialisé par une start-up, Iprasense, et il doit tout aux recherches de l’institut Carnot CEA LETI.

Intérêt de la technologie ? Elle est très intégrée, peu coûteuse et ouvre un champ radicalement nouveau à l’industrie des bioprocédés. Les microscopes optiques utilisés pour observer les cellules et bactéries ne permettent de voir qu’un nombre très restreint de spécimens. Quant à l’observation des virus elle impose de recourir aux très chers microscopes électroniques.

La technologie du LETI s’affranchit de ces limitations : « avec elle, on détecte – à faible coût – des virus de la taille de 100 nm. Quant aux bactéries et cellules, il est possible d’en observer plusieurs dizaines de milliers simultanément » indique Jean-Marc Dinten, responsable de l’activité imagerie et systèmes d’acquisition au CEA LETI.

Un microscope sans lentille se compose de trois éléments : une LED qui éclaire les cellules, un capteur CMOS et… du logiciel. La lumière de la diode laser, diffractée par les cellules, crée un hologramme. Ces informations acquises par le capteur sont alors traitées par des algorithmes donnant naissance à l’image souhaitée.

Cette technique a été imaginée en… 1948 par Dennis Gabor, le père de l’holographie, mais jamais mise en œuvre aussi simplement. Jusqu’au jour où un chercheur du laboratoire a pris conscience que, grâce à la vaste diffusion des téléphones mobiles dotés d’appareils photos, le marché allait rapidement offrir des capteurs d’une grande surface et d’une très grande résolution à un coût très faible.

De quoi réaliser enfin le microscope sans lentille de Gabor à un prix abordable. Cette idée, le Leti n’était pas le seul à l’avoir eue. Un autre pionnier travaillait sur le sujet, le groupe du Professeur Ozcan à l’Université de Californie Los Angeles. L’abondement Carnot a permis à l’institut d’accélérer la manœuvre, de lever certains verrous technologiques, notamment en donnant les moyens d’envoyer un post doctorant à Los Angeles pour travailler avec le laboratoire américain. « Les équipes du professeur Ozcan étaient plus avancées que nous en ce qui concerne les algorithmes de traitement ; mais, de notre côté, nous avions mis au point une technique originale, dite de film ultra mouillant, qui permettait de détecter des bactéries de taille micrométrique et des virus de la taille d’une centaine de nanomètres, ce que le laboratoire de Los Angeles ne maîtrisait pas » rappelle Jean-Marc Dinten.

En parallèle, l’institut Carnot CEA LETI a mené des recherches spécifiques qui lui permettent aujourd’hui de voir, caractériser et analyser plusieurs milliers de cellules de 2 à 100 microns à la fois et de filmer leur évolution. Il peut aussi détecter des objets d’une taille de la centaine de nanomètres. Cette technologie de rupture permet désormais l’analyse automatisée en temps réel de phénomènes tels que la croissance cellulaire, le comptage cellulaire, la morphologie, la migration. Plusieurs publications, dont une dans Nature Photonics, et une dizaine de brevets ont suivi ces travaux. Surtout, trois laboratoires communs ont été créés avec des industriels. Le premier avec Iprasense qui commercialise aujourd’hui un microscope destiné à suivre et à contrôler en temps réel des cultures cellulaires pour la bioproduction. Les deux autres exploitent la capacité d’observer simultanément un grand nombre de cellules pour développer de nouveaux systèmes de diagnostic rapide et délocalisé.

L’histoire ne s’arrête pas là : « Aujourd’hui, nous poursuivons activement la recherche pour conserver notre avance »dit Jean-Marc Dinten. Premier objectif, ne plus se contenter de détecter des cellules submicroniques, mais être également capable de les caractériser. Seconde recherche, mettre au point des techniques de visualisation en trois dimensions, ce qui intéresse beaucoup l’industrie pharmaceutique.

Ce texte est extrait du livre « Nous construisons votre futur, 34 exemples de ressourcement scientifique », Association des instituts Carnot, édition 2015

Ce livre peut être consulté à l’adresse suivante : www.instituts-carnot.eu/livres/recherche-pour-entreprise-carnot-prepare-avenir

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Chimie Balard trouve un substitut au Bisphénol A

«Lorsque les industriels sont face à un problème, ils ont besoin d’une réponse rapide ; notre travail de chercheur au sein d’un institut Carnot est d’anticiper leurs besoins afin d’être prêts à fournir cette réponse dès que la question se pose » dit Sylvain Caillol, directeur adjoint de l’activité Chimie Durable au sein de l’institut Carnot Chimie Balard. C’est exactement ce qu’a mis en pratique cet institut.

Alors qu’en 2008 le bisphénol A (BPA) n’était pas encore sur les écrans radar de l’industrie, « nous pressentions que cette molécule utilisée dans les résines époxy, pour les revêtements alimentaires en particulier, courait le risque d’être interdite à terme car elle avait été identifiée comme un perturbateur endocrinien. Nous avons donc lancé une action de ressourcement scientifique afin de mener des recherches destinées à trouver un substitut au BPA. » L’institut Carnot avait vu juste. Dès 2013, le BPA était interdit en France dans les biberons. Depuis janvier dernier, il l’est désormais dans tous les emballages alimentaires. Durant ce temps, avec le chercheur postdoctoral embauché pendant un an grâce à l’abondement Carnot, l’institut n’a pas chômé. Il a travaillé sur l’identification de composés non toxiques, d’origine renouvelable, susceptibles de remplacer le BPA dans les résines époxy. Il a ainsi identifié, en lien avec l’Inra de Montpellier, des phénols naturels issus des tannins présents notamment dans les écorces des arbres.

Ces tannins ont été fonctionnalisés de façon à pouvoir être utilisés dans des résines époxy et l’institut a démontré qu’ils pouvaient être utilisés efficacement comme substitut au BPA. L’intérêt de cette découverte est indéniable. Outre le fait de fournir une réponse à la réglementation – et à celles qui pourraient très probablement s’étendre à d’autres produits comme les composites… – ces molécules présentent en effet un autre atout : les résines époxy incluant des BPA ne sont pas recyclables en fin de vie, ce qui n’est plus le cas avec les phénols issus des tannins. Ce travail a donné lieu à un brevet et à trois publications. Ces dernières ont suscité d’autres travaux sur la substitution du BPA à partir d’autres ressources renouvelables, recherches qui, à leur tour, ont conduit à plus d’une dizaine de publications de rang A. Ces travaux ont également reçu le prix des techniques innovantes au salon Pollutec en 2010. Mais, surtout, cette recherche a donné à l’institut Carnot une nouvelle et très forte compétence dans le domaine des BPA et de la chimie des résines, ce qui lui a permis de signer des contrats sur ces thèmes avec plusieurs entreprises. Il a ainsi travaillé avec Bois d’Oc sur l’identification et la valorisation des tannins. Avec Sogatra autour de la problématique des résines époxy dans les peintures. Avec Innobat sur la mise au point de résines et avec Cop Chimie, qui a embauché le chercheur postdoctoral ayant travaillé sur le substitut au BPA, pour la fabrication des tannins. Ces nouvelles connaissances lui ont également ouvert de nombreuses collaborations avec des laboratoires français et étrangers (LCPO Bordeaux, IPREM Pau, NSDU USA…) sur ces sujets. Mieux encore. L’institut a récemment créé un consortium industriel avec cinq entreprises (Protéus, Résipoly, Lefrant Rubco, Prospa, Alliance Forêt Bois) et deux autres laboratoires (IATE et SPO) afin de mettre en place une filière complète de production des tannins issus des écorces des arbres, depuis leur extraction et leur production, en passant par leur formulation. Cet ambitieux projet fait l’objet d’un financement par le Fonds Unique Interministériel (FUI).

Ce texte est extrait du livre « Nous construisons votre futur, 34 exemples de ressourcement scientifique », Association des instituts Carnot, édition 2015

Ce livre peut être consulté à l’adresse suivante : www.instituts-carnot.eu/livres/recherche-pour-entreprise-carnot-prepare-avenir

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IFPEN Transports Energie récupère l’énergie des gaz d’échappement

Avec l’utilisation de systèmes ORC (Organic Rankine Cycle) basés sur le cycle thermodynamique de Rankine, l’industrie sait de longue date récupérer des flux de chaleur importants (de l’ordre de plusieurs mégawatts) et les convertir en «énergie-travail». En bref, un dispositif ORC utilise la chaleur pour vaporiser un fluide et cette vapeur fournit de l’électricité via une turbine.

Cette chasse à la chaleur fatale est en revanche rarement possible pour les petites pertes de chaleur, autrement dit celles situées dans la gamme de 100 kW à 1 MW. C’est d’autant plus regrettable qu’il y a là un potentiel très important de récupération d’énergie. Songez par exemple à l’énergie perdue dans les gaz d’échappement de tous les moteurs stationnaires (groupes électrogènes, etc.) et plus encore à tous ceux des véhicules, depuis les voitures jusqu’aux bateaux en passant par les locomotives diésel. L’institut Carnot IFPEN Transports Energie connaît bien le problème.

Il travaille le sujet de la récupération de l’énergie via des ORC depuis plus de 8 ans et, concernant les faibles pertes de chaleurs, a clairement identifié comme verrou technologique le développement de petites machines de détente, le composant clé d’un cycle de Rankine. « Le problème est encore plus aigu lorsqu’on songe à équiper un véhicule automobile d’un tel dispositif car, pour des raisons évidentes d’encombrement, se pose le problème de la miniaturisation de l’appareil » explique Pierre Leduc, chef de projets Système Rankine et ORC au sein d’IFPEN. Sans compter une difficulté supplémentaire dans le cas des mobiles.

Contrairement aux moteurs stationnaires, vu le régime très variable des moteurs, le flux des gaz d’échappement des véhicules subit de très importantes fluctuations de température, rendant l’exploitation de la chaleur récupérée encore plus difficile.

Grâce à une action de ressourcement scientifique d’une durée d’un an, une partie des difficultés liées à ce type de récupération de chaleur a été surmontée. « Cette action nous a permis en particulier de mener une campagne de tests de validation de principe sur un banc d’essai moteur. Cette étape a conduit non seulement à valider des aspects matériels mais aussi à valider un premier niveau d’algorithmes de contrôle-commande liés à la grande variabilité de la source chaude dans le domaine du transport » raconte Pierre Leduc.

En réalité, la recherche a mené beaucoup plus loin que prévu. Non content de bien cerner le cahier des charges d’une petite machine de détente et les difficultés liées au développement d’un tel composant, l’institut Carnot a été amené à participer à la conception et à la production de machines ORC.

Cette incursion dans le domaine de la production, il la doit à la collaboration avec une jeune entreprise, Enogia. La start-up, rencontrée à l’occasion de cette recherche, s’était lancée sur le marché de la récupération de chaleur sur les groupes électrogènes utilisés dans les entreprises agricoles. Le contrat de collaboration établi avec Enogia permet à la PME non seulement de créer une gamme de produits ORC couvrant plusieurs niveaux de puissance mais également de les adapter progressivement aux contraintes du domaine des transports.

Outre un appui scientifique et technique, notamment au travers de la réalisation de recherches amont basées sur des simulations numériques, d’une aide à la conception (études électrotechniques, études thermiques, études matériaux) mais aussi de campagnes d’essais expérimentaux, IFPEN apporte un soutien juridique, technico-commercial et en communication à la PME.

Ce texte est extrait du livre « Nous construisons votre futur, 34 exemples de ressourcement scientifique », Association des instituts Carnot, édition 2015

Ce livre peut être consulté à l’adresse suivante : www.instituts-carnot.eu/livres/recherche-pour-entreprise-carnot-prepare-avenir

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3BCAR invente un carburant solide

Ce fut une rencontre… explosive entre deux chercheurs de l’institut Carnot 3BCAR. Xavier Rouau est chercheur dans l’unité Ingénierie des Agropolymères et Technologies Emergentes (INRA, CIRAD et Montpellier SupAgro). Il travaille notamment sur le  fractionnement  des céréales et sur un problème qui lui est   lié : l’explosibilité des poussières de céréales. Gilles Vaitilingom, lui, travaille au laboratoire Biomasse, Bois, Energie, Bioproduits (UR40 BioWooEB du CIRAD), autre composante de 3BCAR, et s’intéresse aux carburants alterna- tifs. Leur rencontre produit une étincelle : « Et son récupérait lénergie explosive des poudres pour en faire un carburant ? »

« L’idée était de mettre au point un nouveau biocarburant simple et économique, sachant que ceux qui sont utilisés aujourd’hui sous forme liquide (biodiesel, bioéthanol) ou gazeuse (biogaz) sont complexes et onéreux à produire et seront loin de couvrir la demande future »   raconte XavierRouau.

Intérêt de cette nouvelle voie, la poudre est très facile à obtenir et à manipuler, la ressource est très largement disponible, son prix est réduit. En outre la technologie en elle-même est simple. Mais il y a beaucoup de chemin à par- courir avant de faire tourner un moteur thermique avec ce carburant solide. « C’était un réel défi scientifique, je n’ai pas connaissance que cette démarche ait été entreprise ailleurs. »

A l’aide de biomasse lignocellulosique broyée finement à l’Inra et d’essais menés sur le banc moteur du Cirad, les chercheurs vont explorer cette piste tout à fait nouvelle pendant  deux ans, jusqu’à ce que l’abondement Carnot leur permette de passer à la vitesse supérieure. « Il nous a notamment permis de recruter un jeune post-doctorant, Bruno Piriou, pour travailler à plein temps sur le sujet et participer à l’aventure jusqu’au bout. »

L’intuition des deux chercheurs était bonne. Un carburant solide, c’est possible. La preuve : ils sont parvenus à faire tourner un moteur diesel standard avec leur nouveau, et inattendu, carburant. Le ressourcement scientifique entrepris leur a en effet permis de développer les méthodes de raffinerie sèche du végétal ainsi que les tech- niques d’instrumentation moteur permettant de comprendre le comportement des particules végétales lors de la combustion explosive. Deux brevets ont été déposés à cette occasion.

La recherche a donc montré qu’il est possible de produire par un procédé simple (broyage poussé + éventuellement prétraitement et séparation) des poudres lignocellulosiques de diverses origines capables de faire fonctionner un moteur à combustion interne. Bien. C’est une belle avancée scientifique qui met l’institut Carnot à la pointe sur le sujet. Pourquoi s’arrêter là ? « Nous avons désormais l’ambition de participer à la valorisation industrielle de cette avancée » disent les chercheurs.

Cela se traduit par des contrats de R&D en cours de signature avec une société, créée fin 2014 pour développer et commercialiser ce concept, en exploitant une licence exclusive des deux brevets.

Les contrats concerneront la raffine- rie des poudres-carburant et le développement moteur. Cette nouvelle société qui exploitera l’ensemble poudres-carburant / moteurs est une filiale d’un groupe national opérateur d’énergies renouvelables. L’une des premières applications sera la production d’électricité/ chaleur par groupes moto-générateurs alimentés à la poudre de biomasse lignocellulosique produite sur site.

Ce texte est extrait du livre « Nous construisons votre futur, 34 exemples de ressourcement scientifique », Association des instituts Carnot, édition 2015

Ce livre peut être consulté à l’adresse suivante : www.instituts-carnot.eu/livres/recherche-pour-entreprise-carnot-prepare-avenir

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ekWateur, nouveau fournisseur d’énergie vert et collaboratif

ekWateur rejoint la liste des fournisseurs alternatifs d’électricité et de gaz. Une première particularité : l’entreprise propose de l’électricité 100% verte, mais aussi du gaz naturel associé à 5% de biométhane, avec une option 100% biométhane, une première ! Cela, grâce à des certificats de garanties d’origine français ou européen pour l’électricité et écossais pour le gaz. Deuxième particularité : c’est le premier fournisseur d’énergie collaboratif.

Le tarif est avantageux pour la plupart des Français : si le prix de l’abonnement est plus élevé que celui des tarifs réglementés, le kWh est bien moins cher (de -11% à -22%). Au final, le fournisseur estime qu’il est moins cher pour 97% des Français qui se chaufferaient à l’énergie souscrite (et pour 85 % des clients, toute situation confondue). Par exemple : un client chauffé au gaz et qui utilise de l’électricité va faire en moyenne 200 € d’économie par an : 125 € sur le gaz et 75 € sur l’électricité.

Le modèle économique d’ekWateur est principalement construit sur la vente de services à ses clients. « Nous ne pouvons pas casser les prix, car nous ne gagnons déjà que 1 à 2 euros sur le prix de vente d’un mégawattheure, explique Julien Tchernia, Président d’ekWateur. Pour baisser les prix, nous proposons soit de faire participer nos clients et de les rémunérer, soit de leur proposer des services qui conduisent à des économies d’énergie ».

Un fournisseur collaboratif qui rémunère ses clients

ekWateur veut être le premier fournisseur d’énergie collaboratif. Si l’entreprise dispose d’un call center en Moselle, elle lance en plus la première hotline collaborative énergétique. Ce sont les clients qui pourront répondre eux-mêmes aux clients potentiels de la marque. Cela se passera depuis chez eux, via deux canaux : par chat ou par téléphone. La hotline collaborative sera dans un premier temps limitée aux prospects de l’entreprise. Les clients-entrepreneur seront rémunéré à l’acte, facturé à un tarif proche de 25 € brut par heure.

Par ailleurs, en s’impliquant, les clients vont gagner des « joules » qui leur permettront de bénéficier d’offres spéciales chez les partenaires de l’entreprise. L’entreprise émet aussi auprès de ses clients des obligations vertes sur 3 ans, à partir de 25 euros, à un taux de 7 % brut  par an. Cela se passe sur le site de financement participatif Lumo avec pour objectif de réunir 150 000 euros.

Un business model basé sur les services

ekWateur partagera librement et anonymement les données de consommation de ses clients, avec leur accord, auprès de start-up qui proposent des services d’économies d’énergie. L’objectif est de créer une plateforme ouverte qui propose aux clients une large gamme de services destinés à faire baisser les consommations le plus vite et au meilleur coût possible : thermostat intelligent, domotique, vente d’électroménager… « Notre métier est plus proche de celui d’informaticien qu’énergéticien », prévient Julien Tchernia. Et cela se voit bien : sur les 18 collaborateurs actuels, 16 sont informaticiens!

« Notre intérêt est de faire faire des économies d’énergie à nos clients grâce à la vente de services et non pas de les faire consommer plus,  explicite Julien Tchernia. C’est un modèle fait pour être gagnant-gagnant ».  Ainsi, grâce à des partenariats ciblés, l’idée d’ekWateur est d’assurer à ses consommateurs qu’ils feront des économies. Un nouvel appareil électroménager, une nouvelle chaudière ou un nouveau thermostat? ekWateur calculera en amont l’économie d’énergie que cela permettra et le temps de retour sur investissement. Un modèle économique, proche de celui d’Easyjet, qui gagne de l’argent non pas sur les places d’avion à bas prix mais sur les services annexes. Une comparaison, largement assumée par Julien Tchernia.

ekWateur travaille d’ores et déjà avec la start-up In Sun We Trust, qui mesure le potentiel solaire des toitures et propose une projection de bilan financier personnalisé sur 20 ans. ekWateur espère pouvoir racheter l’électricité produite à ses clients dès mars 2017, l’entreprise étant encore en attente de licence pour ce faire. L’entreprise réfléchit également à une offre concernant l’autoconsommation.

ekWateur est une marque de la société Joul & Cie, créée, en novembre 2015 par Julien Tchernia et Jonathan Martelli, d’anciens salariés de Lampiris. Ayant remporté le quatrième lot de l’appel d’offre de l’Etat concernant les petites puissances, ekWateur fournira  en électricité verte 54 services de l’état, parmi lesquels Météo France, la Sorbonne, le musée Picasso et l’ADEME. Ce contrat de trois ans atteint une valeur de 4,5 millions d’euros et concerne la fourniture de plus de 2.600 sites à partir du 1er janvier 2017.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Des macromolécules organiques détectées par Rosetta dans la comète Tchoury

Les comètes sont parmi les objets contenant le plus de carbone dans le système solaire. La couleur sombre de leur noyau a d’ailleurs souvent été associée à sa présence. Elles ont pu apporter sur la Terre primitive des molécules organiques (à base principalement de carbone, hydrogène, azote et oxygène) qui ont pu jouer un rôle dans l’évolution chimique qui a conduit à l’apparition de la vie sur notre planète.

La nature des molécules cométaires pourrait aussi nous aider à déchiffrer l’histoire de la matière depuis son origine dans le milieu interstellaire jusqu’à son incorporation sur Terre. Ainsi, nous comprendrions mieux la formation et l’évolution de notre système solaire dans son ensemble.

L’un des objectifs de la mission Rosetta de l’Agence spatiale européenne est de dresser un inventaire le plus complet possible des ingrédients chimiques constituant le noyau de la comète 67P/ Churyumov-Gerasimenko (Tchoury). L’un des instruments de la sonde, ROSINA, a déjà mesuré une très grande diversité de molécules gazeuses relativement légères dans l’atmosphère de la comète, dont des hydrocarbures, alcools, aldéhydes, ou encore récemment de la glycine.

Ces mesures ont été complétées par la détection d’autres molécules en phase gazeuse mesurées à la surface du noyau par les instruments COSAC et PTOLEMY à bord de l’atterrisseur Philae.

L’instrument COSIMA est un spectromètre de masse dédié à l’étude des particules solides présentes dans l’atmosphère cométaire. Il est placé sur la sonde spatiale qui continuera à naviguer à proximité de noyau jusqu’au 30 septembre 2016, date à laquelle la sonde européenne Rosetta terminera sa mission.

Depuis août 2014, cet instrument a collecté plusieurs dizaines de milliers de petites particules solides éjectées depuis le noyau de la comète. Certains de ces fragments du noyau ont été analysés à bord de Rosetta. Les chercheurs ont détecté des macromolécules organiques solides dans les particules de la comète.

Cette matière est si complexe qu’on ne peut pas lui attribuer une formule chimique, ni même un nom suivant la nomenclature chimique usuelle. Elle présente des analogies avec la matière organique insoluble contenue dans les météorites carbonées, mais elle contient plus d’hydrogène que celle-ci, ce qui laisse penser qu’elle serait plus primitive.

Elle aurait ainsi été moins altérée dans les comètes que la forme présente dans les météorites qui a été chauffée et transformée depuis son origine. Elle résulterait donc de processus présents lors des tout premiers stades de formation du système solaire. En s’appuyant, entre autres, sur des simulations en laboratoire, les scientifiques s’attendaient aussi à trouver une multitude de molécules organiques, avec des formules dans le prolongement de ce qui a été détecté en phase gazeuse, mais en plus lourd, sous forme solide et avec des structures bien définies.

Ces molécules de masses intermédiaires n’ont pour l’instant pas été détectées en phase solide dans les particules cométaires. La discontinuité entre les familles de composés gazeux détectés par les autres instruments de Rosetta, et cette phase organique macromoléculaire mise en évidence par COSIMA, suggère qu’il pourrait y avoir plusieurs sources distinctes de matière organique qui ont été mélangées lors de la formation du noyau cométaire.

Le fait que les macromolécules détectées soient omniprésentes, et qu’elles soient la seule forme de matière organique détectée à ce jour dans les particules cométaires, sont des indices précieux pour comprendre la formation des comètes et déchiffrer l’histoire des tous premiers temps du système solaire.

Références :
High-molecular-weight organic matter in the particles of comet 67P/ChuryumovGerasimenko,
Fray, N., Bardyn, A., Cottin, H., Altwegg, K., Baklouti, D., Briois, C., Colangeli, L., Engrand, C., Fischer, H., Glasmachers, A., Grün, E., Haerendel, G., Henkel, H., Höfner, H., Hornung, K., Jessberger, E.K., Koch, A., Krüger, H., Langevin, Y., Lehto, H., Lehto, K., Roy, L.L., Merouane, S., Modica, P., Orthous-Daunay, F.-R., Paquette, J., Raulin, F., Rynö, J., Schulz, R., Silén, J., Siljeström, S., Steiger, W., Stenzel, O., Stephan, T., Thirkell, L., Thomas, R., Torkar, K., Varmuza, K., Wanczek, K.-P., Zaprudin, B., Kissel, J. and Hilchenbach, M. Nature, 7 septembre 2016, (http://dx.doi.org/10.1038/nature19320)

Source : cnrs

La France s’intéresse aux obligations vertes !

Lancées en 2007, les obligations vertes ou « green bonds » sont en plein développement ces trois dernières années.

Au niveau mondial, les volumes annuels d’obligations vertes émis sont passés de 1,8 milliard de dollars en 2011 à 13 milliards en 2013 et 48 milliards en 2015. Ils devraient atteindre 100 milliards de dollars en 2016, selon le Crédit Agricole.

Les obligations vertes représentent malgré tout encore moins de 0,1% du marché obligataire mondial, qui pèse environ 100.000 milliards de dollars. En 2015, 38% des obligations vertes ont été émises par le secteur public, 15% par les collectivités locales, 28% par les entreprises et 19% par les banques commerciales.

En 2015, la France était le deuxième pays émetteur d’obligations vertes au monde, après les Etats-Unis. Mais au cours des sept premiers mois de 2016, les émissions d’obligations vertes ont explosé en Chine, pour atteindre environ 18 milliards de dollars, soit près de 40% du total mondial sur cette période.

Qu’est-ce qu’une obligation verte?

A l’instar des obligations standards, les obligations vertes sont un titre de dette émis par une entité pour emprunter des fonds sur le marché. Après leur émission, les obligations sont généralement cotées sur les marchés financiers, ce qui permet aux investisseurs de les acheter et de les vendre avant leur échéance, de façon flexible, contrairement à un crédit classique. L’emprunteur s’engage à rembourser chaque obligation après un temps donné à un taux d’intérêt prédéfini.

Les obligations vertes présentent deux particularités par rapport aux obligations traditionnelles. Premièrement, elles s’accompagnent d’un reporting régulier sur les impacts environnementaux et sociaux des fonds utilisés. Deuxièmement, elles ne financent que des projets « verts » pour la transition énergétique et écologique, notamment des infrastructures. On citera pêle-mêle : les énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, méthanisation, barrages…), les usines de recyclage, les stations d’épuration, la rénovation énergétique des bâtiments existants et les bâtiments à faible consommation énergétique, les transports en commun…

S’assurer que les projets sont réellement verts!

Comment s’assurer qu’un projet est « vert »? Le Ministère de l’Environnement rappelle que si les obligations vertes sont définies dans leur principe, « aucun standard précis ne caractérise la dimension environnementale des projets financés ». Globalement, cela signifie que c’est l’entité qui émet l’obligation qui définit ce qui est vert, sans référence à une norme juridique établie. Ainsi, les obligations vertes pourraient financer des grands barrages, des centrales nucléaires, des incinérateurs… Des projets parfois qualifiés de « vert », mais qui demeurent controversés. Le WWF s’alarme de cette situation qui peut présenter un « risque réel de greenwashing ». Une situation qui pourrait porter préjudice au développement des obligations vertes. Dans son rapport Les obligations vertes doivent tenir leur promesses de juin 2016, le WWF plaide pour l’élaboration de « normes fiables, crédibles, suffisamment précises et largement acceptées ». « Seule une obligation pour laquelle l’émetteur peut démontrer des bénéfices environnementaux tangibles et mesurables, certifiée par un organisme indépendant selon les normes largement acceptées, devrait être considérée comme une obligation verte », prévient l’ONG de défense de la nature.

Des travaux sont en cours à plusieurs niveaux pour définir des standards. Il existe pour le moment des règles tacites, à l’instar des Green Bond Principles (GBP), édictés par l’Association internationale des marchés de capitaux (ICMA).Il s’agit notamment de « définir au préalable les activités potentiellement éligibles aux fonds levés par les obligations vertes, mettre en place un dispositif de contrôle surveillant de manière indépendante le caractère écologique de l’émission, ou avoir un reporting annuel public permettant de suivre l’avancement des projets », énumère le rapport Les obligations vertes au service de la transition énergétique et écologique publié par le Ministère de l’Environnement en septembre 2016. De son côté, la Climate Bonds Initiative a entrepris un long travail pour définir, pour chaque secteur d’activité, les pratiques éligibles aux obligations vertes.

Par ailleurs, la France a instauré un label national début 2016 pour valoriser les fonds d’investissement qui financent l’économie verte. Baptisé « Transition énergétique et écologique pour le climat » (TEEC), il labellise pour le moment 7 fonds pour un montant total de 816 millions d’euros (223 millions d’euros sont en cours de labellisation). La France souhaite ainsi définir un standard reconnu à l’international.

Des obligations vertes souveraines

La France va devenir « le premier pays à émettre un emprunt d’Etat vert », se félicite Ségolène Royal, ministre de l’environnement. Les obligations vertes proposées par l’Etat s’inscriront dans le programme de financement de l’Etat pour 2017. Elles devraient s’élever à 9 milliards d’euros sur trois ans et seront émises par l’Agence France Trésor, comme pour les autres obligations souveraines françaises. Elles permettront notamment de financer les investissements verts du 3ème programme d’investissements d’avenir (environ 6 milliards d’euros), programme qui sera inscrit dans le projet de loi de finances pour 2017 présenté cet automne.

Avec ces obligations vertes, Michel Sapin, Ministre de l’Économie et des Finances, veut faire de Paris « l’une des places financières de référence dans le soutien à la transition énergétique ». Un groupe de travail interministériel sera créé pour définir les modalités d’émission de ces obligations portant notamment sur la nature des projets financés et la traçabilité des fonds.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Batteries Lithium: Tesla devra affronter une très forte concurrence

Le géant Byd, appuyé par le milliardaire américain Warren Buffett, envisage de produire 34 GWh/an dès 2020. Et un autre groupe chinois, Contemporary Amperex Technology (CATL) annonce de son côté 26 GWh/an à cet horizon. Ce qui fait un total de 60 GWh rien que pour ces deux acteurs de l’empire du milieu.

En ajoutant 35 GWh/an en provenance d’autres acteurs, la capacité mondiale de production pourrait ainsi atteindre 130 GWh par an dans 4 ans estime l’agence Bloomberg New Energy Finance, parlant d’un véritable « assaut » dans une note dont fait écho la MIT Technogy Review.  Bloomberg s’appuie notamment sur  des données et analyses provenant des constructeurs ainsi que de Bank of America et de Merrill Lynch Global research.

Le coréen Samsung va construire une grosse usine en Hongrie et LG veut s’installer en Pologne. « Le vieux projet d’usine française, à Flins, pour alimenter les voitures Renault, paraît bien loin » remarque Les Echos. Ségolène Royal, Ministre de l’écologie, a annoncé qu’elle souhaite que Tesla construise une usine de batteries sur le site nucléaire de Fessenheim en Alsace. Cette annonce sera-t-elle concrétisée ou est-ce uniquement une banderole médiatisée à finalité électoraliste ?

960x0Le président de Volkswagen, Matthias Müller, a indiqué fin août 2016 qu’il étudie la chaîne de production des batteries et qu’il se prononcera à la fin de l’année. « Le groupe allemand réfléchit aux étapes de la production qu’il pourrait réaliser (approvisionnement en matières premières, production, assemblage en batteries, etc.) » rapporte le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles. Volkswagen cherche notamment à se libérer de l’image déplorable résultant de la fraude sur les tests des émissions polluantes émanant des véhicules diesel.

Le géant allemand envisage de produire en masse des véhicules électriques avec une autonomie comparable à celle des véhicules Tesla, notamment une Golf 100% électrique permettant de réaliser 500 km et capable de faire le plein d’électrons en 15 minutes.

Les batteries recyclables, un énorme gisement

Les batteries Tesla nouvelle génération sont de 100 kWh, ce qui offre une autonomie de 600 km en condition d’usage standard.  Bloomberg indique que les pionniers de la voiture électrique ont un avantage : les batteries de la première génération vont pouvoir être recyclées pour en produire de nouvelles. 5 GWh de batteries recyclées arriveront sur le marché en 2020 selon l’analyste Claire Curry. Et 29 GWh dès 2025.

tesla-gigafactory (1)Un cercle vertueux et véritablement durable se mettra alors en place. La giga-usine Tesla dans le Nevada, dont une partie a été inaugurée en juillet 2016, intègre précisément un volet recyclage. Contrairement au pétrole qui une fois brûlé n’est pas recyclable, « chaque batterie est une mine de lithium concentré » a souligné le multi-entrepreneur à succès Elon Musk. Tesla va devenir maître de l’ensemble de la chaîne de valeur du stockage, de A à Z.

Un stockage aussi bon marché qu’avec les très grands barrages hydrauliques dès 2030

L’analyste Julia Attwood estime que le coût des batteries Lithium va s’effondrer de 14% pour chaque doublement de production dans les années à venir. Sur cette base, alors qu’elles coûtaient 384 dollars le kWh en 2015 elles tomberont à  182 dollars en 2025 et à 126 dollars en 2030.

Ces batteries alimenteront tout autant le marché du stockage embarqué que celui du stockage stationnaire. La demande en batteries pour ce second marché est très forte, notamment en Australie, à Hawaï et en Allemagne.

Quoi qu’il advienne pour Tesla, pionnier de l’utilisation des batteries lithium pour les applications automobiles, l’américain a réussi son pari: faire sortir la voiture électrique de son image de voiturette de golf au style « pot de yaourt ». Et, à l’inverse, l’associer à performance, design et durabilité.

Olivier Daniélo

Quand les pirates se lancent dans la franchise de virus

Le marché de la franchise se développe avec de nombreux réseaux comme Celio, Quick, Buffalo Grill ou encore Monceau Fleurs. Il faudra peut-être ajouter les réseaux de pirates !

Depuis quelques années, des particuliers, mais aussi des entreprises, sont victimes de rançongiciels. Appelés également ransomware, ces virus chiffrent (on dit trop souvent par erreur « crypter ») les fichiers stockés sur un ordinateur et même ceux partagés entre différents salariés via des serveurs. Impossible d’accéder à ces données, sauf à payer une rançon dont le montant varie entre quelques centaines d’euros et des sommes à quatre ou cinq chiffres selon le profil de la cible.

Un service professionnel…

Pour atteindre leur objectif, les pirates utilisent une technique classique, mais hélas toujours aussi redoutable : l’émail avec une pièce jointe contenant un code malveillant (caché dans une photo ou un document bureautique). L’autre variante est le courrier électronique avec un lien dirigeant la personne vers un site infecté.

Cette méthode est efficace puisque de plus en plus d’entreprises et d’internautes en sont victimes depuis quelques mois. Une preuve supplémentaire que les antivirus n’assurent pas une protection très élevée…

Mais il semble que certains pirates aient envie de gagner encore plus d’argent que d’autres. Pour toucher plus de cibles, ils ont décidé de mettre en place une… franchise. C’est ce qui se passe avec le rançongiciel Cerber. Repéré en février 2016 par l’un des leaders mondiaux du domaine de la cybersécurité, Check Point, il s’appuie sur des affiliés qui toucheraient 60 % du montant de la rançon (le reste allant dans les poches du développeur du code malveillant).

« Des personnes non qualifiées à qui il manque des connaissances techniques normalement requises peuvent aisément entrer en contact avec des développeurs, via quelques forums dédiés. Pour une petite somme, elles obtiennent une version du ransomware. Ensuite, elles mènent aisément des campagnes actives, depuis une interface web basique », explique Check Point. Les développeurs derrière Cerber sont très professionnels : ils proposent même des interfaces de contrôle traduites dans une douzaine de langues.

Avec un tel service, il n’est pas étonnant que ce rançongiciel soit efficace. Quelque 160 campagnes actives (avec des variantes du virus), touchant quelque 150 000 victimes, ont été répertoriées. Selon l’étude de cette société, 0,3 % des internautes ciblés ont choisi de payer la rançon (en moyenne 500 €, réglables en Bitcoin). Environ 190 000 euros auraient été extorqués. Les pays où le virus se répand le plus restent la Corée du Sud, les États-Unis, Taïwan, la Chine, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.

Rester vigilant

Comment réagir en cas d’attaque ? Il faut commencer par déconnecter immédiatement l’ordinateur (ou tous les postes de travail s’il s’agit d’une entreprise) de l’Internet. Le Wi-Fi doit être désactivé et les câbles Ethernet débranchés. L’objectif étant de limiter la propagation.

Ensuite, payer la rançon ne garantit en aucune façon que le pirate débloquera les fichiers chiffrés. Un hôpital américain en a fait les frais. Après une première somme versée, le pirate en a exigé une seconde !

Différentes sociétés de sécurité proposent des « vaccins » contre ces codes malveillants. La plupart ne sont pas du tout efficaces. La seule méthode sérieuse est d’anticiper ce type d’arnaque en réalisant régulièrement des sauvegardes (il faut aussi vérifier que leur restauration ne pose pas de soucis). Ainsi en cas d’infection, vous pourrez formater votre disque (ou les disques durs) afin d’éradiquer définitivement le ransomware.

C’est la seule façon d’être sûr que le virus n’est pas encore présent dans votre ordinateur après avoir payé la rançon.

Et il faut appliquer quelques règles de base qui sont essentielles : ne jamais ouvrir une pièce jointe envoyée par un inconnu, ne jamais cliquer sur un lien sous prétexte d’une mise à jour importante ou d’un blocage de votre compte bancaire.

La vigilance reste la meilleure des protections.

Philippe Richard

Le stockage solaro-éolien par Micro-STEP urbaines : une technologie française au potentiel mondial. Interview de Denis Payre

L’eau est pompée quand la ressource solaro-éolienne est abondante, et à l’inverser turbinée quand elle devient rare. Le rendement d’un cycle complet est généralement de 70 à 80%. L’originalité de Nature & People First est de réaliser ce stockage avec des STEP de dimensions réduites que l’on peut déployer en milieu urbain.

Denis Payre a dans la passé fondé deux sociétés devenues des leaders mondiaux dans leurs domaines respectifs dans des secteurs fortement technologiques et très concurrentiels: Business Objects désormais centre de compétence mondial du géant SAP et Kiala désormais centre de compétence mondial du géant UPS.

DenisPayreDenis Payre est également à l’origine de Croissance Plus, un réseau français de dirigeants de petites et moyennes entreprises et entreprises de taille intermédiaire françaises. Ainsi que du mouvement politique Nous Citoyens en 2013 qui a notamment été présidé en 2014 et 2015 par le député européen Jean-Marie Cavada auquel a succédé l’entrepreneur Nicolas Doucerain, directeur général d’U-MEN, un cabinet de conseil spécialisé dans « la gestion de crise et la transformation de nos entreprises ». Nous citoyens compte 5000 adhérents et plus de 30.000 sympathisants.

Techniques de l’ingénieur  (TI): Quels sont les atouts de la technologie choisie par Nature & People First  dans le domaine des technologies du stockage ?

Denis Payre (DP): Notre initiative à l’avantage de capitaliser sur des savoir faire français majeurs: l’hydroélectricité avec des fabricants de turbine encore capable de produire en France et ayant une réputation mondiale (rappelons le rachat de Alstom Power par l’américain General Electric), le génie civil avec des groupes mondiaux dont la réputation de savoir faire et de capacité à innover n’est plus à faire.

De plus, outre le fait de faire travailler en priorité des entreprises françaises et des employés français sur toute la chaîne ou presque, au moins dans les zones françaises, chose rare en matière de transition énergétique, nous allons aussi donner du travail à du personnel peu qualifié ce qui dans un contexte de chômage de masse pour ces profils, est aussi une bonne chose.

Micro-STEP

Notre projet a une ambition mondiale comme tous mes projets précédents. Nous avons déposé des brevets dans plus de 60 pays sur notre approche et sommes détenteurs de brevets en Europe et USA à ce stade. Nous serons amenés à faire des annonces complémentaires prochainement sur notre stratégie de déploiement.

TI : Selon François Lempérière, ex-Président du Comité Français des Grand Barrages et fondateur d’Hydrocoop, plus une STEP est de dimension importante, plus elle est rentable. Certes les grandes STEP inondant des vallées posent des problèmes d’acceptabilité environnementale et sociale mais l’équation économique des micro-STEPs urbaines est-elle solide ?

DP : Nous avons effectué un certain nombre de simulations technico-économiques très poussées appuyées sur des études et devis des meilleures sociétés de production hydroélectrique et de génie civil françaises et basés des sites précis qui montrent que le coût des micro STEPs est probablement très inférieur au coût de meilleures batteries actuelles et le restera avec l’évolution des coûts prévisibles des batteries sur les années à venir, pour au moins deux raisons:

  • La durée de vie de nos équipements est de 50 à 60 ans, voire plus, or la durée de vie de batteries Lithium Ion, les moins chères actuellement et les plus performantes, est de 7 à 12 ans au grand maximum. Après cette échéance, il faut renouveler les matières premières à un coût inconnu à ce jour et sur lequel on ne peut que spéculer.
  • Nous sommes capables de rendre des services que les batteries ne savent pas rendre à un opérateur électrique comme la fourniture d’inertie pour maintenir la fréquence du réseau. L’inertie chute avec le déploiement des panneaux solaires par définition non générateurs d’inertie et accessoirement le déploiement de turbines à gaz ou diesel plus légères car issues de l’aéronautique. L’inertie est fortement valorisée par les opérateurs. Les fabricants de batteries tentent de fournir de « l’inertie synthétique » mais n’y parviennent pas aux dire des grands opérateurs qui testent ces solutions.

TI: Les batteries ne constituent-elles pas néanmoins des solutions de stockage plus simples à mettre en œuvre, et ceci partout sur Terre ?

DP: Les batteries posent des problèmes majeurs d’acceptabilité, particulièrement dans les îles qui sont des destinations touristiques qui se veulent à juste titre éco-responsables. Elles sont de plus très volatiles et peuvent prendre feu très facilement ce qui pose aussi bien sûr des problèmes de sécurité dans des zones touristiques souvent arides.

Leur capacité à fournir des solutions de stockage de masse, plus de deux heures sur plusieurs MW, ne sont pas prouvées actuellement. Cela reste de la R&D. Enfin, elles utilisent des matériaux non renouvelables comme le Lithium qui n’est produit actuellement que par un petit nombre de pays. La Banque Goldman Sachs ne s’y est pas trompée. Elle a dit récemment que les batteries étaient « le nouveau pétrole du 21° siècle » du fait des cartels qui commencent à se mettre en place…

Notre approche à l’inverse repose sur l’utilisation de l’eau, un composant renouvelable qui de plus n’est pas consommé dans notre cas. Notre technologie est propre, totalement fiable, ce n’est pas de la R&D, et 100% renouvelable. Nous avons travaillé sur l’acceptation de nos micro STEPs en les intégrant dans le paysage urbain et en prévoyant de placer sur les réservoirs des infrastructures peu couteuses mais très utiles aux collectivités comme des parkings ou des terrains de sport.

Nos échanges avec des élus montrent un soutien très fort à cette approche. Nous prévoyons de mutualiser donc l’utilisation du foncier ce qui en fait des infrastructures qui ne sont pas perçues comme une gêne pour la collectivité mais au contraire comme un élément bénéfique d’autant qu’à l’infrastructure utile à la collectivité viendra s’ajouter une source de revenus pour l’utilisation du foncier sur une période très longue.

Les batteries rejettent régulièrement des déchets hautement toxiques qui vont le rester pendant près de 1.000 ans, cela ressemble au nucléaire.

TI: Elon Musk explique que le lithium est recyclable et que de plus il constitue un composant mineur des batteries dites « lithium ». La giga-usine en construction dans le Nevada dont la première tranche a été inaugurée en juillet 2016 intègre un volet recyclage. Plusieurs rapports (dont celui du MIT, « The future of Solar », 2015) montrent qu’il n’y a pas de pénurie de Lithium en perspective, même dans l’hypothèse d’un monde devenu 100% solaire photovoltaïque. Enfin il existe des batteries qui ne contiennent pas un seul gramme de lithium…

DP: Le lithium est recyclable,  c’est exact. Cependant le coût du recyclage est actuellement environ 5 fois supérieur au coût du lithium lui même ce qui le rend prohibitif sur la base du coût actuel du lithium. Il n’est pas certain que ce coût complet soit actuellement modélisé à son juste prix par les promoteurs de batteries. Si le lithium n’est pas recyclé, alors on se retrouve avec des déchets hautement toxiques pour une longue durée.

Il est probable que les batteries au lithium se développent pour les applications où elles sont très compétitives techniquement: pour les applications embarquées comme des objets électroniques ou des véhicules électriques mais sur des bases de coûts fortement supérieurs aux coûts actuels compte tenu du coût du recyclage élevé et compte tenu de la demande croissante et du caractère limité des ressources de lithium au plan mondial, un parallèle avec le pétrole.

Le prix du lithium a déjà été multiplié par 3 en 10 ans pour cette raison et les constructeurs automobiles de véhicules électriques s’attendent à ce que la demande de lithium dépasse l’offre à partir de 2020. Il est probable que pour les applications de stockage d’énergie, le lithium soit la dernière solution envisagée après des solutions moins coûteuses comme les micro STEPs urbaines intégrées.

Il est certain que les micro STEPs ne pourront pas être mise en œuvre partout car il faut du dénivelé, néanmoins au même titre que la Suisse grâce à son relief a longtemps été la batterie de l’Europe, on peut imaginer que les zones collinaires et montagneuses d’une région jouent ce rôle pour les zones ayant moins de relief.

Les batteries au lithium seront donc probablement les solutions de dernier recours lorsque les autres options auront été épuisées. Or il se trouve que les zones à fort potentiel de stockage actuellement et donc à court terme, sont des zones ayant aussi un relief important : îles françaises des Caraïbes, Réunion, Corse, Californie et Hawaï.

TI : Les pays qui jouissent de gisements en lithium, cobalt et graphite n’ont-ils pas tout à gagner du déploiement de cette technologie ?

DP: Le lithium a un autre inconvénient non négligeable qui est la complexité et le caractère polluant de son exploitation. Le lithium est logé principalement dans la saumure de marais salant de quelques plateaux arides de pays andins. Son extraction nécessite le pompage d’eau salée émetteur de CO2. Le lithium est obtenu ensuite par évaporation et ajout de carbonate de sodium et de chaux. Cela provoque une pollution des sols, une raréfaction de l’eau et une pollution de l’air et de l’eau par les produits utilisés. La rare nourriture des populations pauvres de ces zones est aussi impactée.

Les populations locales commencent à s’organiser pour contrer cette exploitation peu renouvelable de leurs terres faisant peser un risque fort sur la pérennité de ces exploitations, en tout cas à minima aux conditions économiques actuelles. La nature de l’exploitation du lithium est aussi un facteur de hausse de prix et même peut être de pénurie si les populations de certaines zones s’y opposent catégoriquement.

Enfin, le lithium comme le pétrole est confronté à un problème de concentration géographique des ressources dans des pays qui peuvent subir une instabilité politique et provoquer des difficultés d’approvisionnement. 70% des ressources mondiales de Lithium seraient concentrées en Argentine, Bolivie et Chili, des pays dont l’histoire récente n’a pas été marqué par la stabilité.

L’apport de ressources liées à une ressources naturelle rare ne favorise pas pour autant la stabilité politique comme le montre actuellement dans cette région le Venezuela avec le pétrole, c’est même parfois l’effet inverse qui se produit, en retirant les incitations à organiser une économie productive, diversifiée et à valeur ajoutée.

TI: Devrait-on selon-vous abandonner la voie du stockage batteries ?

DP: Chez Nature & People First nous ne sommes pas opposés aux batteries, l’avenir sera constitué d’une multitude de solutions en fonction des besoins spécifiques de chaque site. Nos interlocuteurs au sein des opérateurs avec lesquels nous discutons partagent notre vision et nous disent que les batteries seront probablement les dernières options quand tout le reste aura été écarté compte tenu des problèmes évoqués plus haut qui rappellent l’ère Nucléaire/ Pétrole.

Je suis un admirateur d’Elon Musk. Il a réalisé de belles choses mais certains de ses paris ne sont pas encore validés. Le choix par exemple de la batterie comme mode de locomotion des voitures de demain n’est pas partagé par tous les constructeurs automobiles de la planète. Les constructeurs japonais, très puissants et très innovants, les premiers à se lancer dans les véhicules motorisés par batteries via les véhicules hybrides, misent plutôt maintenant sur les piles à combustible à hydrogène, beaucoup plus propres et ayant semble-t-il un rapport poids/ puissance plus favorable et délivrant probablement un couple supérieur à celui des batteries.

Là encore, je ne prends pas partie, je dis juste que l’avenir est en train de s’écrire et que rien n’est joué, que la batterie n’est pas nécessairement promise à un avenir aussi large, en dehors des applications légères que nous connaissons déjà (objets connectés..) pour lesquels elle est probablement adaptée.

TIQuel regard portent les géants français de l’énergie sur votre innovation ?

DP: EDF SEI est séduit par notre approche, notamment pour l’Outre-Mer. Nous sommes aussi en contact avec ENGIE dont la nouvelle stratégie repose fortement sur le solaire photovoltaïque.

Un entretien entre Thierry Lepercq (devenu Vice-président d’ENGIE en charge de l’innovation et fondateur de Solaire Direct) et Denis Payre est disponible depuis le site de Challenges.fr, ceci dans le cadre du Sommet des start-ups.

Olivier Daniélo