Les épisodes de canicule s’enchaînent et mettent la France à rude épreuve, avec des effets sur notre santé, la faune, la flore, mais aussi sur l’économie. Au-delà de l’intensité des épisodes, c’est leur répétition qui inquiète les experts, car elle impacte fortement les sols et tout ce qui "pousse" dessus, qu’il s’agisse de plantes, de bâtiments ou d’infrastructures.
Comme le prouvent les images satellites, il n’a suffi que de quelques jours pour assécher massivement les sols français. Et dans certaines zones, notamment dans les plaines d’Alsace, cette canicule précoce est venue s’ajouter à un fort déficit pluviométrique, le seul mois excédentaire de 2026 étant février.

Sur la plateforme X, l’agroclimatologue Serge Zaka n’a pas peur de l’affirmer : « Nous sommes en train de vivre une catastrophe agricole majeure ». Car on sait déjà que l’année 2026 sera marquée par des pertes colossales pour le monde agricole : des maraîchers fragilisés par l’effet « sèche-cheveux » (jusqu’à – 50 % de rendement potentiel dans les zones non irrigables), des cultures de maïs qui devraient entrer en période de floraison et sont en sursis, sans oublier les centaines d’élevages de volaille décimés dans l’ouest de la France.
Les vagues de chaleur nuisent aussi à la biodiversité des sols
Les organismes présents dans le sol sont davantage protégés que les plantes, car le sol est un isolant thermique. Néanmoins, s’il n’est pas le premier impacté par les épisodes de canicule, celui-ci finit tout de même par souffrir, à cause du manque d’eau, comme le rappelle, le microbiologiste Marc-André Selosse.
En effet, lors d’une canicule, les plantes pompent massivement l’eau des sols, ce qui aggrave l’assèchement et peut tuer jusqu’à 90 % des vers, larves et microbes qui y sont présents. Or, certains micro-organismes, notamment des champignons et bactéries, fonctionnent en symbiose avec les racines des végétaux, sont indispensables à leur nutrition et jouent un rôle dans la résistance aux maladies.
De plus, lors des fortes chaleurs, les plantes ont tendance à réduire la photosynthèse et à produire moins de sucres, qui servent habituellement de nourriture aux micro-organismes associés aux racines. En clair : chaque épisode de chaleur affaiblit les plantes et la santé de leurs sols et la répétition régulière de ces épisodes empêche les populations microbiennes de se reconstituer, ce qui aggrave durablement le problème.
La gestion durable des sols est au cœur des enjeux
Face à des situations de crise qui se répètent, il est plus que jamais nécessaire d’adopter des modes de gestion durable de l’eau comme des sols et d’aller vers des modèles permettant de réellement s’adapter au changement climatique. C’est d’ailleurs ce que rappelle l’ADEME dans sa feuille de route « gestion durable des sols 2025-2027 ».
Dans Science et Vie, Marc-André Selosse suggère ainsi de passer rapidement à une agriculture de régénération des sols impliquant :
- de ne pas labourer, pour moins perturber la vie des sols ;
- de maintenir une végétation en hiver, pour entretenir la vie microbienne ;
- de détruire ce couvert végétal juste avant les semis afin d’incorporer de la matière organique dans le sol ;
Or, ce dernier point est d’une importance capitale, puisque cela améliore la rétention d’eau et permet à l’écosystème du sol de mieux résister aux sécheresses à répétition.
Les mouvements des sols argileux : un drame social
Les canicules et sécheresses à répétition ont aussi un impact majeur sur la vie quotidienne de millions de français, puisque 55 % du territoire métropolitain est désormais classé comme exposé au retrait-gonflement des argiles, un phénomène directement lié aux alternances d’épisodes sécheresse/pluies, provoquant la fissuration de millions de logements, en particulier de maisons individuelles (61 % sont exposées).
L’ampleur du phénomène est telle qu’il s’agit de la première cause d’indemnisation au titre du régime catastrophe naturelle, devant les inondations ! Néanmoins, pour ceux qui ont la chance d’être indemnisés, car pour les propriétaires concernés, la prise en charge de travaux de consolidation par les assurances est un parcours du combattant, conditionné par la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle par les autorités.
Selon la Cour des comptes, « le phénomène de retrait-gonflement des argiles reste le plus mal couvert par le régime CatNat » puisque seule la moitié des demandes aboutissent à une reconnaissance.
En outre, l’impact du phénomène va bien au-delà des maisons individuelles et bâtiments de plain-pied, dont les fondations superficielles sont vulnérables. Les routes, voies ferrées, pistes cyclables et réseaux enterrés seraient ainsi particulièrement concernés. Même certaines autoroutes le sont : c’est le cas de l’A31 entre Nancy et Metz « qui présente des fissures de plusieurs centimètres avec tassement ».
Le CEREMA suggère ainsi aux gestionnaires d’adapter une démarche de gestion intégrée, « de s’informer et de se former sur ce phénomène afin de le prendre en compte dans les projets d’aménagement et d’entretien routiers ».






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