Chimie Lyon 2017, le coeur de toutes chimies

Dans les domaines de la pétrochimie, de la chimie minérale, analytique ou organique on retrouve  des  acteurs  mondiaux comme  TOTAL,  ARKEMA,  SOLVAY,  BLUESTAR  SILICONES,  GDF  Suez,  KEM  ONE  ou  encore  IFP  ENERGIES NOUVELLES. Les domaines connexes tels que la pharmacie ou la plasturgie y sont également très représentés. Toute la chaîne de valeur de la chimie est présente ici, ainsi que de nombreux centres de R&D, établissements de formation spécialisés, et pôles de compétitivité tel qu’AXELERA, unique cluster français dans le domaine de la chimie et de l’environnement.

 

C’est donc par choix stratégique que le salon Chimie Lyon se tiendra à Eurexpo en Septembre, en partenariat avec de multiples organismes tel que GIMRA, MASE Rhône Alpes et SFSTP. Il permettra aux professionnels de la chimie, fournisseurs et investisseurs, de se rencontrer pendant  deux jours.

Les 360 exposants que nous comptons sont des spécialistes dans leur domaine et apporteurs de solutions, que ce soit en terme de certification, de protection ou encore de prévention. Ils seront là pour démontrer leur savoir faire, et, véritables experts, ils présenteront des solutions innovantes dans les domaines de la technologie de laboratoire et procédés, de la recherche et du développement.

Quant aux visiteurs, nous retrouverons les investisseurs, décideurs et prescripteurs de la production et de la R&D ; professionnels des secteurs de la pharmacie, chimie, biotechnologie, cosmétique ou encore des produits alimentaires.

Ils pourront à cette occasion se tenir informés des nouveaux produits, des applications technologies et des solutions de procédés qui leur seront présentés, avec  conférences produit, tables rondes ainsi que sessions d’étude, animées par les spécialistes de la chimie. Par ailleurs, des bureaux d’affaires seront mis en place. C’est par ce biais que les visiteurs auront la possibilité de prendre rendez-vous avec les exposants, ce dès la mise en ligne de la liste de ceux-ci.

 

Ce salon a un rôle de leader en tant que plate-forme d’innovation, d’information et de contact. Parallèlement, il offre une plate-forme idéale pour les échanges de connaissances et la consolidation des relations.

 

 

Info pratiques :

Parc des expositions EUREXPO / Hall 4.1 / Avenue Marius Berliet / 69680 Chassieu

mercredi 20, 9h00 – 18h00 / jeudi 21, 9h00 – 17h00

 

Entrée :

Gratuite, réservée aux professionnels, avec ou sans invitation.

 

Contact :

Claire GAOUDITZ – 02.38.95.25.00 – [email protected] – www.chimielyon.com

Episode # 7: le projet Effiscience

Alicia Machet-Reneuil gara son Aston Martin sur le parking visiteurs du siège social de l’entreprise Soob, groupe international spécialisé dans la fabrication de fibres de verre et de carbone. La société était florissante mais avait pourtant fait appel à son cabinet d’expertise, afin d’accroître sa rentabilité. Les bénéfices mirobolants stagnaient, au grand désespoir des actionnaires propriétaires, qui en voulaient toujours plus, et du Comité Directeur, qui craignait de se voir remplacé.

D’une allure aussi élégante que rapide, Alicia pénétra dans le hall et apprécia l’efficacité du poste d’accueil, qui très rapidement lui présenta d’un geste professionnel un badge l’habilitant à pénétrer dans les locaux de l’entreprise. La concurrence industrielle faisait rage, et on ne lésinait pas sur la sûreté. En quelques secondes, elle put rejoindre les ascenseurs et commença à distinguer les changements qu’elle avait opérés dans l’entreprise.

Quelques semaines plus tôt, à cette heure-là, ils étaient des dizaines de cadres à attendre devant les portes des ascenseurs en échangeant poignées de main, sourires, anecdotes, comptes rendus de soirée. Aujourd’hui, seules cinq personnes s’y engouffrèrent avec elle puis immobiles et muettes, restèrent ainsi, jusqu’à leur étage.

Alicia sourit en elle-même : la mission avait semblé difficile dans un premier temps, car les processus classiques d’optimisation avaient déjà été appliqués. Mais grâce à la technologie, elle était parvenue à un résultat qui devait plaire à ses commanditaires.

Elle entra d’un pas conquérant à l’étage de la Direction Générale pour se rendre dans la salle du Comité de Direction. Aucun bruit de conversation ne lui parvint en longeant le grand couloir luxueux. Là encore, on ne trouvait que des cadres supérieurs strictement affairés devant leurs écrans.

En pénétrant dans la grande salle, l’atmosphère studieuse et concentrée qu’elle avait ressentie tout au long de sa progression changea du tout au tout. Là, dix hommes stressés semblaient avoir perdu tout contrôle et s’accusaient mutuellement. La situation qui avait paru à Alicia parfaite jusque-là venait de se renverser. Certains visages lui semblaient particulièrement hostiles. Affichant un masque imperturbable et serein, elle lança un Bonjour à la cantonade.

Un silence glacial accompagna son installation. Son esprit recherchait désespérément des explications. Qu’est-ce qui avait pu foirer ? Les chiffres étaient pourtant à la hauteur de leurs espérances. Son bonus allait exploser, elle en était certaine une demi-seconde auparavant. Alors quoi ?

Elle décida de prendre l’offensive mais le CEO la précéda.

– Qu’est-ce que c’est ce bordel ? J’exige des explications ! Et des solutions !

Il était rouge de colère. Alicia, sans plus information sur ce qui se passait, prit sa voix la plus posée pour répondre :

– De quoi parlez-vous exactement ? Des résultats de votre entreprise, qui ont progressé en un mois, autant qu’en une année pleine ? Il me semblait que c’était pour cette raison que vous m’aviez demandé d’intervenir.

Le CEO éructa alors :

– Résultats qui seront entachés par la hausse des assurances, le paiement des primes de prévoyance et surtout par notre réputation, qui se ternit chaque jour ! Vous croyez qu’un mort par continent et par jour va nous permettre de rassurer nos actionnaires ? Que les journalistes et la police vont rester indifférents à l’hécatombe ? Je vous préviens, Madame Machet-Reneuil, je n’irais pas en prison tout seul !!!

Alicia blêmit. Les études n’avaient montré aucune mortalité liée à la technologie qu’elle employait. De quoi parlait donc le CEO ?

– Attendez ! Quels morts ? De quoi parlez-vous exactement ? Il est impossible que notre action soit responsable de morts.

Le plus proche adjoint du CEO prit la parole à son tour, la mine défaite, et d’un ton morne, il raconta :

– Pas directement, c’est sûr. Mais indirectement, il est avéré que certains de nos employés sont morts dans nos usines à cause de ce que nous avons fait.

Le CEO se leva de son siège et s’adressa à tous les membres autour de lui :

– On met immédiatement le projet en stand-by. Et dans l’heure, on appelle tous les directeurs de centres à pousser la sécurité des personnes en objectif numéro un. Cela devrait permettre d’éviter la plupart des accidents de ces derniers jours.

Il fixa Alicia :

– Et vous, Madame Machet–Reneuil, prenez connaissance des données confidentielles que je vous envoie sur les morts récentes survenues dans nos usines et les circonstances de celles-ci. Je vous suggère fortement de les étudier au plus vite et de revenir aussitôt que possible avec une solution fiable, si vous ne voulez pas que votre nom soit associé à cette catastrophe !

Alicia serra les dents sans répondre. Elle accusa réception du fichier confidentiel qu’elle venait de recevoir et prit congé sans ajouter un mot. Arrêter le projet était stupide ! Les résultats étaient là, la technologie bien ficelée, elle ne comprenait vraiment pas.

Elle reprit le grand couloir en sens inverse et retrouva l’atmosphère qui l’avait tant enchanté une heure plus tôt. Au niveau de l’escalier central, Alicia croisa Michelle Demachelet, la responsable communication, les bras chargés de plaquettes commerciales. Elle avait eu l’occasion de la rencontrer lors des semaines d’audit et avait apprécié l’enthousiasme de cette grande femme brune. Elle lui sourit mais Michelle, comme les autres employés, était entièrement concentrée sur sa tâche et ne lui jeta même pas un regard. C’était l’aspect négatif de l’optimisation qu’elle avait apporté à l’entreprise : les rapports humains superflus étaient abolis. Seules comptaient l’efficacité et la rationalisation. Les membres du CoDir échappaient à ce processus, par choix.

À peine l’avait-elle dépassé qu’un bruit de chute et un long hurlement lui parvinrent. Alicia se retourna juste à temps pour voir cette scène étrange : Michèle finissant sa chute dans l’escalier, tandis que deux hommes s’écartaient pour ne pas être percutés. Michèle cria à nouveau de douleur, mais les deux hommes poursuivirent leur chemin, sans un regard pour elle. Alicia poussa une porte de bureau, prit d’autorité le téléphone et composa le numéro d’urgence. Elle resta avec Michèle jusqu’à l’arrivée des pompiers, mais celle-ci ne lui adressa aucun mot : sa pâleur et sa respiration saccadée indiquaient pourtant qu’elle souffrait. Les pompiers, qui à leur arrivée n’en tirèrent pas davantage de sons, l’emmenèrent sur un brancard après avoir constaté que sa jambe présentait une fracture,

Hagarde, Alicia resta un moment sans bouger, à analyser cette scène surréaliste, les deux hommes n’avaient à aucun moment essayé de secourir leur collègue et Michèle qui n’avait pas cherché à appeler à l’aide. Elle devait admettre l’évidence, le projet Effiscience présentait quelques failles et pouvait générer des accidents.

Dès son retour à ses bureaux dans un hôtel particulier cossu, Alicia se mit au travail. Elle analysa les rapports d’accidents de Soob survenus les jours précédents. Certains semblaient insensés, comme celui de l’usine de Bhompal en Inde, où un ouvrier avait trouvé la mort en se glissant dans le réacteur de huit cents litres pour débloquer un arbre d’agitation, alors que le réacteur était encore rempli d’un monomère toxique à cent cinquante degrés. Un véritable suicide ! Tous les relevés attestaient en revanche que la production n’avait à aucun moment souffert de retard. Alicia savait qu’un rapport se devait d’être factuel mais l’inhumanité qui transparaissait dans ces fichiers lui donnait le vertige. La technologie Effiscience utilisée dans les usines du Groupe Soob n’était pas censée abolir l’instinct de survie, ni même l’empathie. Elle ne comprenait pas ce qui avait dérapé mais elle comprenait que tout était lié au projet qu’ils avaient mis en place.

Elle interrompit alors la lecture de ces rapports pour revenir au dossier hautement sensible du projet Effiscience. Elle cherchait à comprendre la raison de ces soudains effets secondaires. Pour être totalement honnête, on ne l’avait jamais testé à aussi grande échelle. Elle relut les rapports scientifiques, les premiers tests sur des volontaires, des étudiants désargentés pour la plupart, tous enchantés des résultats. Le processus leur avait permis une meilleure concentration et ils avaient tous, sans exception, réussi haut la main leurs concours ou diplômes, quelle que soit la matière enseignée.

Les tests suivants avaient été réalisés dans une filiale déficitaire d’une entreprise de nettoyage. On avait commencé là, les premiers essais à l’insu du personnel. C’était une première, qui avait mobilisé les avocats les plus retors du cabinet d’expertise d’Alicia.

Là encore, les résultats avaient été foudroyants. La productivité avait immédiatement atteint des sommets. Les responsables de l’entreprise étaient ravis, à tel point qu’ils avaient souhaité étendre le dispositif à tout leur réseau. Le système tournait sans accroc depuis un an. Alicia chercha dans les rapports de l’entreprise des signes de problèmes mais n’en vit aucun. Les premières semaines, le nombre de démissions avait explosé, phénomène qu’ils avaient appris à considérer comme naturel, mais depuis, le turn-over du personnel s’était stabilisé. Les employés n’étaient toujours pas informés du dispositif mis en place. Aucun accident de travail n’était à déplorer.

Prise d’un doute, Alicia contacta son interlocuteur habituel dans l’entreprise de nettoyage, le sous-directeur qui lui envoyait les rapports mensuels. Comme toujours, Patrick Benamou prit un air ravi quand il reconnut son interlocutrice. Alicia vint rapidement à la question qui la taraudait :

– Patrick, je lis dans ton rapport du mois dernier : « accident de travail : 0 ». Et je me souviens que c’était le cas aussi le mois d’avant. À quand remonte le dernier accident de travail chez vous ?

Le regard fuyant, Patrick rit bruyamment :

– Je ne me souviens plus ! Ça n’arrive presque jamais dans le nettoyage, tu sais ? Ce n’est pas spécialement un métier à risques !

– J’en suis sûre. Mais avec plus de cinq mille salariés, il a bien dû se produire au moins une entorse dans l’année !

Patrick Benamou ne souriait plus du tout. Il dit brusquement :

–  Grâce à votre système, nos employés sont hypermotivés. Une entorse ne les empêche pas de faire leur boulot !

Alicia ne s’attendait pas à cet aveu. Elle sentit ses mains devenir moites mais continua sur sa lancée :

– Dis-moi réellement ce qu’il en est. J’ai besoin de l’information. Ça restera entre toi et moi.

Patrick pesa le pour et le contre quelques secondes puis balança :

– Nous n’avons jamais vraiment eu d’accidents de travail, en tout cas notés comme tels. Si un employé se blesse pendant qu’il travaille, il sait qu’il doit en parler avec son chef de section qui le renverra chez lui. On maintient son salaire intégralement. Ils ont tous bien compris qu’ils étaient gagnants à ne pas se déclarer. Les assurances nous font des remises. Tout le monde y trouve son compte !

Alicia hocha la tête pour montrer qu’elle avait compris. Ils prirent rapidement congé, assez froidement. Alicia pencha la tête en arrière et commença à réfléchir. Il n’y avait pas eu d’accident avec les étudiants, mais ceux-ci étaient contrôlés presque en permanence par l’équipe du projet. Dans l’entreprise de nettoyage, il était impossible de savoir combien d’accidents avaient eu lieu et quel pourcentage d’entre eux pouvaient être imputé à la technologie utilisée. Chez Soob, la mortalité atteignait des records. Clairement, le projet posait problème.

Elle prit aussitôt contact avec l’info-biologiste du projet, Lucas Pauret. Bel homme mais d’une froideur clinique. Comme à l’accoutumée, Lucas ne la salua pas quand il prit la communication, sa bouche pincée exprimait même de la contrariété à être dérangé. Alicia savait qu’il lui fallait être rapide et précise dans sa description du problème, mais aussi dans ce qu’elle attendait de lui. Elle ne respira que lorsqu’elle eut décrit la situation en quelques phrases. Le beau visage de Lucas s’adoucit et ses yeux pétillèrent : le problème l’intéressait. Elle le vit réfléchir furieusement au problème quelques instants puis il demanda :

– Quel programme hypnotique utilisez-vous chez Soob ?

– On utilise toujours le même, Lucas. Celui qui fonctionnait chez les étudiants et dans l’entreprise de nettoyage.-

– Ah non, certainement pas. Les étudiants avaient besoin d’un message axé sur leur concentration à étudier, plus un petit bonus sur leur confiance en eux-mêmes. Alors que l’entreprise de nettoyage avait besoin de donner à ses employés peu qualifiés un ordre clair. Exécuter les tâches à réaliser, rapidement. C’est tout.

– Tu crois que le problème vient de là ?

– Évidemment ! N’importe quel crétin comprendrait que le produit que vous administrez aux employés, celui qui permet d’atténuer les effets du côté droit du cerveau et d’augmenter la rationalité du côté gauche, associé à un message hypnotique trop basique du genre « exécute tes tâches et seulement elles » ne peut s’appliquer qu’à des personnes dont l’activité est simple et répétitive ! Sinon, c’est un désastre ! Dans cette société, vous avez gravement sous-estimé la professionnalisation des opérateurs de production. Ils ont besoin d’ordres plus complexes. Revois les messages hypnotiques avec Simon et tout rentrera dans l’ordre.

– D’accord. Merci Lu…

Lucas avait déjà coupé la communication. Alicia se massa les tempes. Si elle avait bien compris, à chaque catégorie de personnel, il faudrait adapter le message hypnotique. Matériellement parlant, ce n’était pas un problème, puisque chaque employé recevait son traitement quand il badgeait le matin. Le produit faisait ensuite effet pendant huit à dix heures. Le message pouvait tout à fait être adapté de façon individuelle.

Elle prit aussitôt rendez-vous avec le CEO de Soob avant même de contacter Simon. À son grand soulagement, celui-ci lui indiqua que le travail serait en réalité assez rapide : il allait se contenter d’un copier-coller des grandes lignes des fiches de poste de l’entreprise. Celles-ci n’omettaient jamais d’inclure les aspects sécurité et qualité. Cela devrait suffire à ramener la sérénité dans l’entreprise.

Dès le lendemain matin, elle était à pied d’œuvre dans la salle du Comité Directeur de Soob. Elle n’hésita pas à tenir pour responsable le CEO de l’erreur qui avait été commise. Officiellement en tout cas, il était celui qui avait gravement sous-estimé ses collaborateurs. Elle convainquit, culpabilisa, encouragea le CoDir à modifier les messages hypnotiques, en les rendant plus personnalisés. Décision fut prise de redémarrer le projet, usine par usine, continent par continent afin de parer à tout problème qui apparaîtrait.

Alicia était satisfaite. Dans un mois, on ferait un bilan qu’elle imaginait déjà très positif. Et à elle, le beau paquet de millions ! Sur le trajet de retour, elle eut la vision de ces centaines d’ouvriers, disciplinés et silencieux, qui n’avaient qu’une seule idée en tête : faire le maximum pour leur entreprise. Si besoin, certains n’hésitaient pas à démissionner s’ils estimaient qu’ils n’apportaient pas suffisamment de valeur ajoutée.

Comment tous ces gens ne pouvaient pas avoir de soupçon ? L’effet s’atténuait lentement dans l’organisme et on se retrouvait le soir à la maison, épuisé par une dure journée de travail de zombie, sans avoir échangé un seul mot de la journée ? Ce devait être très étrange comme sensation. Alicia sentit la chair de poule sur ses bras et chassa ces idées pour se concentrer sur les achats qu’elle prévoyait de faire une fois son compte en banque lesté de plusieurs millions d’euros.

Un mois plus tard, Alicia garait à nouveau son Aston-Martin sur le parking de Soob. Pour l’occasion, elle avait analysé toutes les revues de presse, en plus du rapport hebdomadaire du CoDir. Les résultats nets étaient prodigieux et aucune victime n’apparaissait dans la colonne débit. Cette technologie allait vraiment révolutionner le monde du travail ! Et lui rapporter des sommes colossales !

Le garde de l’accueil lui procura un badge visiteur, en échange de sa carte d’identité, et elle monta au dernier étage pour un débriefing complet. Mais son exaltation tomba au fur et à mesure que l’ascenseur grimpait les étages. Elle prenait conscience qu’elle n’était qu’un intermédiaire entre des entrepreneurs qui souhaitaient augmenter leur rentabilité et un groupe de scientifiques qui avaient trouvé le moyen de forcer les employés à travailler davantage. Si on réfléchissait bien, son rôle était mineur.

Elle prit place à la table du Comité Directeur et écouta posément les retours positifs du projet Effiscience dans l’entreprise. Les défauts avaient été corrigés, rien n’empêchait le système de continuer. Alicia hocha poliment la tête. Le CEO prit la parole pour la remercier personnellement. Alicia répondit que c’était son travail et qu’elle n’avait rien fait d’exceptionnel en réalité. Elle signa même un document qui lui permettait de refuser son bonus. Elle estimait que l’argent serait plus utile à l’entreprise. Elle rangea sagement ses affaires et quitta la société, sans un centime et sous le regard goguenard du CEO.

Madelicea

Garanties d’origine: révolution en perspective !

L’article 13 de la LOI n° 2017-227 du 24 février 2017 met désormais la pression sur les producteurs d’énergie renouvelables pour émettre les garanties d’origine. Ainsi, le producteur d’une installation de plus de 100 kilowatts qui bénéficie d’une obligation d’achat ou d’un mécanisme de complément de rémunération dispose d’un « délai fixé par décret » pour émettre ses garanties d’origine. Un délai certes encore inconnu, mais au bout duquel « celles-ci sont émises d’office, en tout ou partie […]au bénéfice de l’Etat ». Et le ministre en charge de l’énergie les mettra ensuite aux enchères pour diminuer les « charges imputables aux missions de service public ».

« Le mécanisme d’obligation d’achat était un prix fixé par l’Etat auquel EDF rachetait l’énergie, rappelle Julien Tchernia, Président et cofondateur du fournisseur d’électricité ekWateur. Avec ce mécanisme, EDF ne gagnait pas plus à vendre les garanties d’origine : il les gardait donc sans jamais ne les mettre sur le marché« . Cela limitait donc le nombre de garanties d’origine disponibles et par là le nombre de fournisseurs alternatifs pouvant se targuer de proposer de l’électricité verte d’origine française.

Vendre 100% des garanties d’origine françaises

Avec l’entrée en vigueur du mécanisme de complément de rémunération, l’Etat a décidé de réagir.  Ce système est une prime versée aux producteurs d’énergies renouvelables en complément de la vente de l’électricité sur le marché et de ses garanties d’origine de gré à gré.

L’Etat veut s’assurer que les garanties d’origine diminuent un peu le montant des subventions accordées pour faire baisser la CSPE. Les producteurs sont invités à émettre rapidement leurs garanties d’origine associées. Sinon, l’Etat se les réserve. « Cela va augmenter la disponibilité des garanties d’origine », se félicite Julien Tchernia. Et les premières enchères devraient avoir lieu dès la fin de cette année. « Pour 2017, les garanties d’origine correspondant à la consommation de nos clients doivent être annulées d’ici mars 2018« , rappelle Julien Tchernia.

Les garanties d’origine, comment ça marche ?

Selon le code de l’énergie, « une garantie d’origine est un document électronique servant uniquement à prouver au client final qu’une part ou une quantité déterminée d’énergie a été produite à partir de sources renouvelables ou par cogénération ». Ce document contient notamment un numéro unique d’identification. Mais aussi des informations sur la source d’énergie à partir de laquelle l’électricité a été produite, le producteur, le pays et la date de production. Notons qu’une garantie ne peut être utilisée que dans les douze mois suivant la production de l’unité d’énergie correspondante.

Depuis mai 2013 et jusqu’en 2018, les producteurs émettent ces garanties auprès de Powernext, en sa qualité de gestionnaire du Registre national des garanties d’origine de l’électricité en France. Pour chaque MWh d’électricité d’origine renouvelable, une garantie d’origine est émise par Powernext.

Comment les fournisseurs d’électricité les utilisent ?

Un fournisseur d’électricité peut acheter son électricité sur le marché, par des contrats d’approvisionnement avec des producteurs d’électricité renouvelable ou non, ou par l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). Pour que les fournisseurs puissent proposer des offres « vertes », ils achètent en parallèle des garanties d’origine, auprès de producteurs d’énergies renouvelables, n’importe où sur le territoire européen. En effet, les garanties d’origine émises par un Etat membre ont valeur en tout point de l’Union européenne. Ils pourront désormais aussi se les procurer aux enchères auprès de l’Etat français. « En fin d’année, les fournisseurs achètent les garanties d’origine aux producteurs et on les fait annuler à Powernext pour qu’elles ne puissent pas être réutilisées« , résume Julien Tchernia « Cette électricité est comptabilisée dans notre mix énergétique comme électricité renouvelable et elle ne peut plus être comptabilisée par quelqu’un d’autre« , précise-t-il.

Au final, combien cela coûte-t-il? « Le prix d’une garantie d’origine varie beaucoup suivant l’origine, le type d’énergie et son ancienneté.. La moins chère en Europe – du renouvelable scandinave – va coûter 20 centimes d’euros. Mais une garantie d’origine d’un petit producteur local français peut monter à 3 euros.« , prévient Julien Tchernia. En France, avec une production renouvelable totale de 94,7 TWh en 2016, 94,7 millions de garanties d’origine pourraient être émises. Pour un montant total tout de même d’au moins 300 millions d’euros.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Revue de presse anglophone #9

  • Comment les fourmis rouges survivent-elles à l’ouragan au Texas ?

 

fourmi

 

 

 

 

Source : Popular Science

  • Votre visage sera t-il bientôt la clé vers toutes vos applications ?

face

 

 

 

 

Source : Wall Street Journal

  • Apple et Google face à la réalité augmentée

apple

Source : The Guardian

  • Les babyloniens connaissaient la trigonométrie

trigo

Source : New York Times

  • Les conservateurs américains ont leurs explications pour la tempête Harvey

houston

Source : The Guardian

  • La combinaison spatiale version Elon Musk

spacex

Source : Washington Post

In Sun We Trust évalue le potentiel solaire de votre toit

Avec la plateforme en ligne InSunWetTust.solar, finies les mauvaises surprises. Elle analyse de manière indépendante le potentiel solaire de votre toit, la rentabilité de l’installation et vous propose des fournisseurs et installateurs de confiance locaux. Que vous soyez un particulier ou une entreprise et que souhaitiez vendre votre électricité ou l’autoconsommer.

L’objectif de David Callegari et Nicolas Bodereau, co-fondateurs de cette start-up est de redorer le blason du photovoltaïque. Lorsqu’ils l’ont lancé fin décembre 2015, près de 90% des Français se disaient abandonner leur projet photovoltaïque par manque d’information et de confiance envers les installateurs. Il fallait réagir !

In Sun We Trust : un outil simple et rapide!

Il existe pour le moment deux versions de l’application. La plus précise a été lancée fin octobre 2016 à Nantes Métropole. La collectivité a noué un partenariat avec la start-up qui a cartographié l’ensemble des toits de ses bâtiments. Les habitants n’ont qu’à entrer leur adresse sur la plateforme et le résultat tombe. Pour la vente d’électricité, le calculateur fournit la production estimée, l’investissement initial, les revenus totaux et la quantité de CO2 économisée. De quoi savoir immédiatement à quel point un projet est rentable ou non.

Un nouveau partenariat a été noué en juin 2017 avec quinze nouvelles collectivités. Parmi elles : Monaco, Grand Pays de Colmar, Pays du Mans, Drancy et Ardèche Verte. D’ici fin la fin du mois d’octobre, elles seront toutes incorporées dans le modèle le plus complet. Cela portera la couverture du système à près de trois millions d’habitants. David Callegari nous confie que d’importantes discussions sont en cours avec 80 nouvelles collectivités pour la fin de l’année. « Au train où vont les choses, nous devrions couvrir 10 millions d’habitants avec la version complète d’ici au printemps 2018 », se félicite-t-il.

Pour les autres Français, pas de panique. La plateforme est disponible au niveau nationale. Simplement, le modèle utilisé est un peu moins précis. Pour fonctionner, il nécessite quelques informations supplémentaires: l’orientation du pan de toiture le mieux exposé, la surface du toit et son inclinaison. Dans tous les cas, les utilisateurs reçoivent un rapport détaillé, contenant le détail des calculs et de la rentabilité de votre projet. S’ils demandent un devis, la start-up leur envoie une sélection d’installateurs locaux et régionaux, signataires d’une charte qualité. Tous les artisans recensés sont recommandés par le monde associatif, sur le base des retours clients. Notons que le service et l’accompagnement sont entièrement gratuits pour les utilisateurs. Ce sont les installateurs référencés qui rémunèrent In Sun We Trust, via un pourcentage sur les contrats passés via la plateforme.

L’innovation au coeur de la transition

Pour arriver à cette prouesse, la start-up a dressé des partenariats de taille. Ainsi, le centre Observation Impact Energie (OIE) des Mines ParisTech fournit les algorithmes, le modèle numérique et les données d’ensoleillement brutes pour le lieu et l’orientation considérés. Celles-ci sont obtenues via le satellite Meteosat et des relevés Météo France. Elles incorporent également l’ombrage due au relief lointain. Par ailleurs, les données topographiques de l’Institut national de l’information géograhique et forestière (IGN) complètent ces données avec l’ombrage proche, provoqué par les bâtiments voisins et la végétation. « Notre partenariat avec l’IGN et les Mines ParisTech nous permet d’utiliser, pour notre simulateur, des algorithmes références à l’échelle européenne en matière de calculs de gisement et d’avoir accès à de précieuses données pour les calculs d’ombrage proche », résume David Callegari.

La start-up est en plein développement. Si elle ne compte qu’une trentaine d’installations à son actif, déjà 300 projets sont en cours d’étude. Le potentiel solaire thermique est également en cours d’intégration au simulateur. S’il est déjà disponible dans la version complète pour les collectivités engagées, il sera disponible au niveau national d’ici l’été 2018.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

PSA déploie ses véhicules autonomes !

Dès 2018, PSA déploiera de nouvelles fonctions de conduite automatisées sur ses véhicules. À partir de 2020, des fonctions progressivement autonomes offriront même au conducteur la possibilité de déléguer la conduite au véhicule, sans supervision. Dans un premier temps, ces fonctions seront réservées aux conduites monotones, sur voies rapides ou en cas d’embouteillages.

PSA a démarré ses premiers tests en juillet 2015 sur routes ouvertes en Europe. Le constructeur annonce actuellement 20 prototypes en circulation et 125.000 kilomètres parcourus à ce jour en mode autonome (niveaux 2 à 4) sur les voies rapides en Europe. Il  teste également l’acceptabilité de ces fonctions avec « une centaine de personnes « non expertes » qui ont déjà testé ses démonstrateurs depuis mars 2017.

D’ici 2020 : du niveau 1 au 2,  avec ou sans les mains

Chez PSA, la voiture autonome arrivera par étapes. Les premières fonctions d’aide à la conduite sont proposées sur les derniers modèles des marques Peugeot et Citroën. Elles sont au premier niveau d’automatistion du véhicule autonome: « Hands on », (avec les mains). Il s’agit de l’Active Safety Brake, une aide à la conduite sous surveillance du conducteur. La voiture adapte sa vitesse et s’arrête automatiquement en cas de freinage brusque du véhicule la précédant. Il y a également  la caméra de recul ou la navigation connectée 3D avec reconnaissance vocale.

PSA annonce pour début 2018 le lancement d’une fonction de conduite automatisée : Highway Integrated Assist sur la DS7 Crossback. La voiture contrôlera sa trajectoire et sa vitesse dans sa voie sur autoroute. Elle nécessitera toujours que le conducteur ait les mains sur le volant (niveau 1). Par ailleurs, la voiture pourra se garer seule ou en bataille sans que le conducteur n’ait à toucher le volant ou les pédales.

Pour les automatisations sans les mains, les véhicules n’ont pas encore été annoncés, mais ces fonctions sont prévues d’ici 2020.C’est le niveau 2 « Hands off » (avec ou sans les mains). La conduite pourra être automatisée sous surveillance du conducteur sur autoroute. Le conducteur pourra ainsi faire autre chose, mais devra être en capacité de reprendre la main instantanément. Le véhicule pourra notamment changer de voie sur décision du conducteur sans avoir les mains sur le volant.

Entre 2020 et 2030 : vers le véhicule 100% autonome

Le niveau 3 « Eyes off » (sans surveillance visuelle) est prévu entre 2020 et 2025 pour PSA. Le conducteur n’aura plus besoin de surveiller en permanence la conduite. Il devra néanmoins pouvoir reprendre le volant en cas de demande du système. C’est la conduite autonome en embouteillage avec une vitesse inférieure à 60 km/, puis autonome sur autoroutes quelles que soient les conditions de trafic à partir de 2025.

Le niveau 4 « Eyes off, Hands off » ou « Mind Off » (sans intervention humaine) est la conduite autonome sans surveillance conducteur. Par rapport aux niveaux précédents, le conducteur n’a plus à être vigilent en permanence. Techniquement, cela demande que le véhicule soit capable de gérer seul toutes les situations. Elle sera proposée par PSA à partir de 2025. Enfin, le niveau suprême est le « Driverless », le véhicule fonctionne de façon 100% autonome et n’a plus jamais besoin de conducteur. Il devrait arriver à partir de 2030.

Partenariat enre PSA et Vinci Autoroutes 

Alors que Renault s’associe à Sanef pour le passage des péages par les voitures Autonomes, PSA travaille avec Vinci Autoroutes depuis 2016. Le 12 juillet dernier, les deux entreprises ont fait passer la barrière de péage de Saint-Arnoult en Yvelines (78) à une Citroën Grand C4 Picasso Autonome. Une étape essentielle vers le développement du niveau 4 pour PSA.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Encore plusieurs freins au véhicule autonome

En France, le code de la route français incorpore les règles de l’ONU de la Convention de Vienne de 1968. Notamment, cette convention stipule à son article 8 que « tout véhicule en mouvement […] doit avoir un conducteur » et que « tout conducteur doit constamment avoir le contrôle de son véhicule ». Ainsi, un conducteur doit rester maître de son véhicule en permanence.

En mars 2016, une première évolution de ce texte a été obtenue. Il autorise désormais les systèmes de conduite automatisée, à condition qu’ils puissent être contrôlés par le conducteur . D’autres travaux sont toujours en cours. « Ceci comprend notamment les systèmes qui, dans certaines circonstances, pendront le contrôle du véhicule, sous le contrôle permanent du conducteur, comme les systèmes veillant au maintien de la trajectoire (pour empêcher un changement de voie accidentel), les fonctions d’assistance au stationnement ainsi que la fonction autopilote sur autoroute », fait savoir la Commission Economique des Nations Unies pour l’Europe  (UNECE). Pour le véhicule 100% autonome, les discussions seront encore plus compliquées.

En attendant, en août 2016, le conseil des ministres a officiellement autorisé, par ordonnance, les expérimentations sur les routes françaises. Qu’ils prévoient une délégation totale de la conduite ou qu’ils ne concernent qu’une délégation partielle.

Harmoniser les infrastructures

Par ailleurs, les infrastructures devront être harmonisées en Europe. Car une voiture autonome prend en considération de nombreuses données pour décider de la route à suivre et de la conduite à mener. Notamment, les marquages au sol et les panneaux de signalisation sont capitaux. Ces règles sont régies par la Directive 2008/96/CE.

La route de demain sera également plus connectée. Et les voitures communiqueront avec l’infrastructure, mais aussi entre véhicules. Pour cela, les réseaux de communication devront se développer : 4G, 5G, wifi automobile, etc.

Mais ce n’est pas tout. Pour homologuer un véhicule autonome, il faudra forcément adapter les procédures. Comment évaluer l’ensemble des fonctions autonomes? S’assurer de la sécurité et de l’efficacité des algorithmes? Un casse-tête pour le législateur et les constructeurs, notamment pour les niveaux autonome 3 à 5.

Qui sera responsable en cas d’accident ?

Les professionnels estiment que le véhicule autonome pourrait réduire les accidents de 90%. Avec cette baisse drastique du nombre d’accidents, plusieurs assureurs pourraient disparaître. Ceux qui voudront survivre devront fortement s’adapter.

En effet, le véhicule autonome nécessite une adaptation de la responsabilité civile. Car qui sera jugé responsable en cas d’accident provoqué par un véhicule autonome? Le conducteur, le passager, le constructeur du véhicule, les  fournisseurs des équipements informatiques ou les concepteurs des algorithmes?

Pour aider les assureurs à déterminer les responsabilités, l’UNECE travaille sur l’ADDR (Automated Driving Data Recorder). Il s’agit d’une fonction qui enregistrera les paramètres techniques permettant de déterminer qui, du conducteur ou du véhicule, conduisait au moment de l’accident. Ce qui nécessitera des conditions réglementaires nouvelles pour déterminer les conditions d’accessibilité aux données recueillies lors d’un accident. De nouveaux risques sont aussi à rajouter, notamment concernant la protection des données personnelles et les risques de piratage.

Comment constructeurs et assureurs partageront ces données ?  Et à mesure que l’automatisation des véhicules gagnera du terrain, l’assurance sera-t-elle toujours attachée au propriétaire du véhicule? Ou migrera-t-elle inexorablement vers une assurance attachée au véhicule à la charge des constructeurs ? Un autre casse-tête.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Renault accélère sur le véhicule autonome en France

L’Alliance Renault-Nissan, créée en 1999, s’est engagée en janvier 2016 à lancer plus de dix véhicules possédant des capacités autonomes d’ici 2020. Dont des véhicules possédant des capacités autonomes de niveau 4 « Eyes off/hands off ». Ces véhicules pourront rouler sans intervention humaine, notamment pour franchir les intersections.

Une batterie de tests d’ici 2020

Dans cette perspective, Renault mène des tests sur la N118 entre Boulogne-Billancourt et Vélizy. L’entreprise y fait rouler six modèles Espace depuis plus d’un an, rapportent les Echos. Et l’entreprise va accélérer. Elle compte ainsi déployer plusieurs dizaines de véhicules tests d’ici 2018 dans plusieurs villes de France et multiplier les simulations.

L’Alliance Renault-Nissan mène en effet des essais virtuels de véhicules autonomes utilisant le logiciel de simulation de conduite SCANeR, inventé par Renault et co-développé avec Oktal, entreprise française de conception de solutions de simulation. Le Groupe Renault a par ailleurs annoncé début juillet l’acquisition de 35% d’une nouvelle joint-venture, Autonomous Vehicle Simulation (AVS), avec cette entreprise. Cette acquisition vise à apporter un ensemble de technologies de pointe pour développer les simulations, dont le logiciel SCANeR.

Partenariat entre Renault et Transdev

Preuve de l’accélération des travaux, l’Alliance Renault-Nissan et Transdev, leader mondial des services de mobilité, collaborent depuis février 2017. Objectif : concevoir des flottes de véhicules électriques autonomes pour les transports publics et les transports à la demande. Ce service permettra aux clients de réserver leurs trajets, et aux opérateurs d’exploiter et de gérer une flotte de véhicules autonomes. Ils fonctionneront sur des trajets prédéfinis avec des points de ramassage et de dépose prédéterminés. La recherche portera dans un premier temps sur des essais de terrain à Paris-Saclay avec des Renault Zoe, et sur la plateforme de répartition à la demande, de supervision et de routage élaborée par Transdev.

Le premier service de transport à la demande opéré par véhicules électriques autonomes se déploiera ensuite en Normandie, à Rouen. Le service proposera différents trajet  sur voie ouverte à la circulation. La première boucle sera de 1,5 km avec trois véhicules Renault ZoeOE. Après la validation des tests techniques, le  service de transport à la demande partagé sera ouvert au public en 2018. Puis, en 2019, les zones desservies seront étendues.

Partenariat entre Renault et Sanef

Des expérimentations sont aussi en cours pour développer les communications entre les véhicules autonomes et les infrastructures routières. Et tester le passage des barrières de péage ainsi que l’approche des zones de travaux. Objectif: créer une expérience de conduite « eyes off/hands off » pour donner du temps libre aux voyageurs. Cette expérimentation est conduite en Normandie, sur l’autoroute A13 grâce à l’infrastructure connectée développée par le groupe Sanef. Ce test continuera jusqu’au milieu de l’année 2018.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Revue du web #105 : les 9 vidéos scientifiques les plus étonnantes du mois

Pirater une voiture autonome ? Des autocollants suffiraient !

Une étude américaine souligne à quel point les logiciels embarqués peuvent encore se montrer faillibles. N’importe quel rectangle noir et blanc ou pixellisé collé sur un panneau de signalisation suffirait à perturber le bon fonctionnement d’une voiture autonome…

Tikad, un drone-soldat particulièrement inquiétant

L’entreprise américaine Duke Robotics aimerait remplacer les soldats humains par des robots. Dans ce but, les ingénieurs ont imaginé Tikad, un drone armé équipé d’un fusil mitrailleur et d’un lance-grenades. L’armée israélienne aurait déjà passé commande suite à une conférence dédiée à la lutte contre le terrorisme organisée à Tel Aviv.

 

Une vidéo stockée dans… de l’ADN !

Jusqu’à présent, l’ADN stockait notre information génétique. Mais, après avoir réussi en 2012 à y enregistrer un livre, des généticiens américains ont réussi la prouesse d’y stocker une vidéo au format GIF…

 

Découvrir le fonctionnement de chaque objet au premier regard grâce à la réalité augmentée

Vous faites partie de ceux qui démontent ce qui les entoure afin d’en comprendre le fonctionnement ? Bientôt, il ne sera plus nécessaire d’ennuyer votre entourage avec votre curiosité (pourtant justifiée).

La plateforme JigSpace propose de démonter virtuellement ce que vous voyez autour de vous.

 

Un robot capable de cicatriser

Des chercheurs belges viennent de mettre au point un polymère caoutchouteux qui ressemble à un gel solide et dont la particularité est de s’autoréparer lorsqu’il est chauffé. Un matériau qui a déjà servi à donner naissance à des robots mous capables de cicatriser.

 

Un robot qui repère les ruptures de stock en magasin

Le robot Tally n’a pas son pareil pour détecter une rupture linéaire ou une erreur de marchandising en rayon. Conçu par l’entreprise Simbe Robotics, il est actuellement testé dans plusieurs supermarchés américains.

 

Robot cambrioleur

La plupart du temps, les robots poursuivent des buts honorables : sauver des vies, réparer ou construire des structures, aider les usagers…

Celui-ci peut cracker la combinaison de n’importe quel coffre-fort.

Ne le jugez pas, il n’y est pour rien.
(En revanche, vous pouvez vous adresser à l’équipe de SparkFun Electronics qui l’a conçu à l’aide d’une imprimante 3D)

 

Un drone qui se pose sur un mur, à la verticale

Une équipe canadienne a conçu un drone-avion capable de se poser sur un mur… vertical ! Une technologie plus complexe qu’il n’y paraît.

 

 

La vidéo insolite : planer sous l’eau grâce à une combinaison

Champion d’apnée, et amateur de chute libre, Pierre Frolla  a imaginé une combinaison de plongée inspirée du wingsuit, un sport qui consiste à sauter dans le vide et planer grâce à une combinaison spéciale. Le but : approcher les grands animaux marins.

plonger-combinaison

 

Par Iris. B

ENOVA PARIS, le grand rendez-vous français de la R&D

ENOVA PARIS vous donne rendez-vous les 19, 20 et 21 septembre à Paris expo Porte de Versailles, Hall 4.

Porté par le développement de l’IoT et des objets connectés, l’électronique se diffuse dans tous les secteurs qui doivent désormais intégrer intelligence et connectivité à leurs produits et services : aéronautique et militaire mais aussi automobile, transport, agricole, agroalimentaire, smart cities, médical, industrie 4.0…

# découvrez plus de 150 innovations et les dernières tendances sur 11500m² d’exposition (+20%)Image ENOVA 1

# obtenez des informations techniques adaptées à vos besoins

# optimisez votre visite en planifiant des rendez-vous d’affaires sur-mesure avec les exposants pour un gain de temps et d’efficacité maximal

# rencontrez vos homologues avec Enova Social Club, le nouveau service gratuit de networking entre visiteurs du salon

# assistez aux conférences animées par des experts de référence et bâties au plus près des grands thèmes d’actualité : Impression 3D, Contrôles non destructifs, Vision 3D, Usine 4.0, Lifi, Réalité augmentée, Big analogic data, Cybersécurité, 5 G, etc. …
 Image ENOVA 2

 Badge gratuit sur www.enova-event.com

 

 

UN ÉCOSYSTÈME COMPLET POUR DONNER VIE À VOS PROJETS LES PLUS AMBITIEUX !

 

Ciel & Terre fait flotter l’énergie solaire

Solaire flottant

Ciel & Terre a commencé son activité par la réalisation de parcs photovoltaïques au sol et sur toitures. Mais le moratoire solaire décidé par le gouvernement français en 2010 a poussé la petite entreprise lilloise a entamé un virage stratégique vers un marché de niche : le solaire flottant. « Ce choix répond à plusieurs problématiques que nous souhaitions résoudre. En premier lieu l’occupation des sols qui est un reproche récurrent. Poser un parc solaire sur l’eau offre comme avantages d’éviter un loyer, et d’augmenter la production d’environ 5% grâce à « l’effet cooloing » du vent sur la surface de l’eau », explique Stéphane Prouvost, responsable commercial du projet portugais. Les coûts de réalisation seraient encore 10-15% plus élevés qu’un parc PV classique mais l’entreprise estime pouvoir devenir concurrentielle rapidement.

Un projet innovant

Si Ciel & Terre compte plus d’une quarantaine de réalisations flottantes, celle du barrage hydroélectrique d’Alto Rabagao au Portugal, représente une première pour l’entreprise. « Construire une centrale solaire flottante sur un barrage d’une profondeur de 80 mètres est un enjeu en soi. Mais il fallait tenir compte de la variation du niveau d’eau du lac de retenue, 25 mètres, pour concevoir des ancrages capables de supporter ces conditions tout en maintenant l’intégrité des câbles électrique », détaille Stéphane Prouvost.

Pour autant, installer une centrale solaire sur un barrage présente certains avantages. Les postes électriques, telles que les transformateurs, sont déjà installées, ce qui réduit une partie des coûts. Stéphane Prouvost estime que l’hybridation des centrales hydroélectriques permettrait d’optimiser leur production, voire d’alimenter les pompes des stations de pompage (STEP). Ciel & Terre lorgne un marché potentiellement très porteurs en raison du grand nombre de barrages construits dans le monde. Sa collaboration avec Energias de Portugal sur le projet d’Alto Rabagao, doit lui ouvrir les portes du marché brésilien, très bien doté en hydroélectricité, où EDP est présent. Ciel & Terre y mène deux projets, mais la crise politique et économique provoque des retards.

Une présence internationale

Le Brésil n’est pas le seul pays sur lequel Ciel & Terre mise gros. Le Japon a été son premier véritable marché. Sa plateforme flottante baptisée « Hydrelio » équipe des parcs cumulant plus d’une centaine de mégawatts. La Chine constitue son nouveau levier de croissance grâce à un appel d’offres qui a permis à l’entreprise de placer pour 120 MW solaires de structures flottantes. Ciel & Terre ne fournissant que la structure, les panneaux photovoltaïques étant quant à eux achetés directement par le porteur du projet.

La compagnie est également présente en Australie, à Kuala Lupur, à Taïwan, aux Etats-Unis et compte aujourd’hui plus d’une centaine de salariés. Il n’y a guère en France, où se trouve le siège social et une ligne de production, que Ciel & Terre peine à trouver des débouchés et ce, malgré la loi sur la transition énergétique. Trop innovant, le concept hydrelio n’est pas entrer dans les cases des appels d’offres publics pendant longtemps. L’entreprise a décidé de revendre sa licence pour le marché hexagonal à un autre acteur tricolore du secteur : Akuo Industries. Ce dernier a obtenu un premier projet cette année. Il sera construit à Piolenc, prés d’Orange, dans le sud de la France.

Romain Chicheportiche

La hausse du CO2 diminue les protéines de plusieurs cultures

Avec un taux de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique dépassant les 500 ppm en 2050, le contenu protéique de plusieurs plantes devrait diminuer. C’est notamment le cas de céréales clés : le riz, le blé et l’orge dont les taux diminueront respectivement de 7,6%, 7,8% et 14,1%. Les auteurs notent aussi une baisse du taux de protéine de 6,4% pour les pommes de terre, de 23% pour les fruits et de 17,3% pour plusieurs légumes.

Par conséquent, 18 pays pourraient perdre plus de 5% de leurs protéines alimentaires, y compris l’Inde, le Bangladesh, la Turquie, l’Egypte, l’Iran et l’Irak. Dans les pays dont l’alimentation dépend particulièrement du riz, l’apport en protéine baisserait de plus de 7%. C’est notamment le cas en Asie Centrale, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Europe centrale et de l’est et en Chine.

Plus de 1,5 milliards de personnes en manque de protéines en 2050

Selon la FAO, 76% de la population mondiale tire la plupart de leurs protéines des plantes. Sur les 9,5 milliards d’habitants prévus en 2050, 1,4 milliards seront en carence de protéines, même si le taux de CO2 atmosphérique reste inchangé. Parmi eux, près de 614 millions vivront en Afrique subsaharienne, 276 millions en Inde et 132 millions dans l’Asie de l’est et du sud-est.

Avec des taux de CO2 dépassant 500 ppm en 2050, près de 150 millions de personnes supplémentaires pourraient être exposées à un risque de carence protéiques. L’Inde concentrerait plus d’un tiers de ce total. 25 millions de personnes en plus seraient aussi touchées ailleurs en Afrique Subsaharienne et 16 millions en Chine.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs de la faculté de santé publique de Harvard se sont basés sur les prévisions d’évolution des concentrations en CO2 en 2050. Ils ont mené des tests sur 48 cultures et 64 expérimentations de terrain sur des récoltes soumises à de hauts niveaux de gaz carbonique. Ils ont ensuite confronté leurs résultats aux données démographiques des Nations Unies et aux habitudes alimentaires de différentes régions de la planète relevées dans la littérature scientifique.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Fusion Bayer-Monsanto: la Commission lance son enquête!

Dans le cadre du règlement de l’Union Européenne sur le contrôle des concentrations, la Commission européenne peut s’opposer à l’acquisition de Monsanto par Bayer, mais « uniquement sous l’angle de la concurrence », rappelle la Commission. Sur cette seule question, ce projet inquiète bien l’institution. Elle craint notamment « que le projet d’acquisition ne réduise la concurrence sur un certain nombre de marchés différents et n’entraîne une hausse des prix, une baisse de la qualité, une réduction du choix et un recul de l’innovation ».

Et pour cause : le nouveau-né serait « la plus importante entreprise intégrée du monde dans les secteurs des pesticides et des semences ». Cela concentrerait encore davantage des domaines d’activités contrôlés par une poignée d’acteurs. Et diminuerait encore la concurrence dans le secteur des pesticides, des semences, des OGM et de l’agriculture numérique.

Une réduction du choix et un recul de l’innovation?

La Commission rappelle que le très controversé Roundup de Monsanto reste l’herbicide le plus vendu en Europe. L’un des rares substituts au glyphosate – sa substance active – est le glufosinate d’ammonium, commercialisé par Bayer. La Commission craint que la fusion ne limite l’innovation et la recherche de molécules alternatives pour diminuer la résistance des mauvaises herbes aux produits existants.

Par ailleurs, Monsanto développe des pesticides biologiques qui entrent en concurrence avec les solutions chimiques de Bayer. Et Bayer et Monsanto développent tous deux des produits de lutte contre le varroa, un petit parasite qui fait des ravages dans les colonies d’abeille. En cas de fusion, le nouveau géant gardera-t-il l’ensemble de ces produits ou en favorisera-t-il certains au détriment des autres? La Commission veut en avoir le coeur net avant d’autoriser la fusion.

L’alimentation aux mains d’une poignée d’acteurs?

Sur la question de la sélection des semences, la problématique est la même. Bayer et Monsanto sont très actifs dans ce domaine et sont en concurrence directe sur plusieurs marchés. Même son de cloche pour les OGM. Monsanto est le leader incontesté et Bayer est l’un de ses trop rares concurrents. Concentrer encore davantage le secteur ne serait-il pas une menace pour la sécurité alimentaire mondiale? C’est la crainte de plusieurs ONG.

Enfin, la Commission cherchera à déterminer « si l’accès des concurrents aux distributeurs et aux agriculteurs est susceptible de devenir plus difficile dans le cas où Bayer et Monsanto viendraient à grouper ou à lier leurs ventes de pesticides et de semences, notamment avec l’avènement de l’agriculture numérique ». Car Bayer Monsanto investissent dans ce nouveau domaine et ils ne conseilleront certainement pas aux agriculteurs d’acheter les produits de leurs concurrents.

Vers une troisième fusion dans l’agrochimie?

Le projet d’acquisition a été notifié à la Commission le 30 juin. Cette dernière devra arrêter sa décision avant le 8 janvier 2018. Loin  de ces craintes, Bayer estime dans un communiqué, que « l’acquisition sera très bénéfique pour les agriculteurs et les consommateurs ». L’entreprise fait savoir qu’elle continuera à collaborer étroitement avec la Commission en vue d’obtenir l’approbation de la transaction d’ici la fin de cette année.

En 2017, la Commission a déjà autorisé la fusion entre Dow et Dupont et entre Syngenta et ChemChina. Elle a toutefois conditionné ces fusions à la vente de certaines de leurs activités afin de garantir la concurrence sur le marché européen.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La coquille d’oeuf, symbole de l’économie circulaire !

Des chercheurs de l’Université portugaise de Coimbra ont évalué le potentiel de plusieurs applications industrielles pour les déchets industriels de coquilles d’oeufs. Leur étude est parue dans le journal Resources, Conservation and Recyling. Il faut dire que le Portugal fait figure de pionnier aux côtés de l’Espagne et du Royaume-Uni. En effet, au bout de la Péninsule Ibérique, les coquilles d’oeufs sont compostées dans une usine de compostage industrielle. Elles sont ainsi collectées auprès de l’industrie agroalimentaire et compostées en mélange avec les biodéchets collectés de manière sélective. Les 3.300 tonnes de coquilles issues de l’industrie agroalimentaire y sont donc valorisées.

Mais cette situation fait presque exception en Europe. Et les déchets industriels de coquilles d’oeufs représenteraient dans les pays européens 360.800 tonnes chaque année. Pourtant, il serait possible de les valoriser de nombreuses façons, malgré quelques restrictions.

Un sous-produit animal valorisable

Une coquille d’oeuf est un sous-produit animal, classé en catégorie 3 (risque le plus faible), selon la réglementation européenne. En tant que tel, les coquilles peuvent être incinérées, subir un traitement thermique, être compostées ou être transformées en biogaz. Elles peuvent aussi servir à la production d’aliments pour les animaux de compagnie ou à la combustion de carburant (bien que leur valeur calorique soit très faible). Mais elles peuvent aussi être utilisée ou éliminées par toute autre méthode qui empêche le risque biologique.

Cette dernière option ouvre la voie à l’utilisation de ces déchets sans aucun prétraitement. Outre le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni tirent profit de cette disposition. L’Espagne autorise ainsi leur application directe comme engrais ou amendement des sols dans les fermes d’élevage qui génèrent ces déchets. Le Royaume-Uni l’autorise aussi sur les sols en contrôlant l’absence de risques biologiques.

« S’il existe un réseau de surveillance bon et effectif concernant l’apparition d’une épidémie ou d’infection qui pourrait compromettre l’application directe des déchets de coquilles d’oeufs, […], d’autres pays européens pourraient profiter de la réglementation », préviennent les auteurs de l’étude.

De la coquille d’oeufs aux applications industrielles

Les déchets de coquilles d’oeufs contiennent toujours des membranes et des restes de blanc et de jaune d’oeuf. Leurs principaux impacts environnementaux sont le risque de propagation d’agents pathogènes (comme Salmonella), l’émission d’odeurs désagréables et la production de lixiviats dans les décharges. Il s’agit néanmoins d’un matériau alcalin, riche en azote, avec une teneur élevée en carbonate de calcium et un faible pourcentage de matière organique. Ainsi, la valorisation de ces déchets serait à la fois bénéfique sur le plan environnemental et économique.

Les applications industrielles se divisent en deux catégories: celles qui utilisent les coquilles comme matières premières et celles qui l’utilisent comme catalyseur ou sorbant. Dans le premier cas, cela peut être comme addditif alimentaire pour l’homme ou les animaux ou comme amendement pour le sol. Il peut aussi servir à produire du carbonate de calcium purifié, ou un biomatériau composite pour des implants orthopédiques et dentaires. Enfin, les particules de coquilles peuvent remplacer les microbilles de plastique dans les cosmétiques. Dans le second cas, il peut être utilisé comme catalyseur dans la production de biodiesel, l’isomérisation du lactose ou la synthèse du carbonate de diméthyle. Et comme sorbant pour l’élimination ou l’immobilisation de polluants dans l’air, les sols ou les liquides.

En particulier, le carbonate de calcium purifié a de nombreuses applications industrielles : dans le bâtiment comme matériau de construction ou comme ingrédient dans le ciment ou le mortier. Dans la papeterie, il donne du brillant et de la souplesse au papier. Il peut aussi être utilisé comme matière première dans le verre, les peintures ou les colorants.

Quelle valorisation favoriser ?

Actuellement, le processus de co-compostage est le seul mis en oeuvre à l’échelle industrielle, comme au Portugal. « Compte tenu des propriétés des déchets de coquilles d’oeufs et des propriétés du sol dans de grandes régions d’Europe (pH acide et faible teneur en carbone organique du sol végétal), la production de compost enrichi en calcium obtenu par compostage semble être une approche particulièrement intéressante pour une économie circulaire », analysent les chercheurs. C’est d’ailleurs la valorisation qui semble être promue par la réglementation européenne, soulignent-ils.

D’autres études ont également soulevé des applications innovantes des coquilles d’oeuf. Des chercheurs anglais les ont utilisées pour mettre au point un pansement ultracicatrisant. Ce pansement de 10 cm de côté aide à guérir les plaies chroniques plus rapidement. Des chercheurs chinois ont créé une carte mémoire ultrarapide à partir de coquilles d’œufs écrasées. Nommée ReRAM, elle pourrait ouvrir la voie à des ordinateurs plus rapides et plus écologiques. De leur côté, des chercheurs américains ont fabriqué des pneus en utilisant des peaux de tomate et des coquilles d’œufs.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Fin des dinosaures: deux ans d’obscurité sur Terre?

Et si des chercheurs avaient enfin découvert le mystère de l’extinction des dinosaures? Les scientifiques estiment que plus de 75% de toutes les espèces vivantes et l’ensemble des dinosaures non aviaires ont disparu à la limite du Crétacé et du Tertiaire. L’extinction s’est produite suite à l’impact d’un astéroïde de 10 km de diamètre, dans la péninsule du Yucatán. Mais par quels mécanismes?

L’impact de l’astéroïde aurait pu à lui seul faire disparaître de nombreux animaux sur Terre. « Mais les animaux qui vivaient dans les océans ou ceux qui auraient pu creuser un trou sous terre ou plonger sous l’eau temporairement pourraient avoir survécu », rappelle Charles Bardeen, auteur principal de l’étude (NCAR). Selon ces nouveaux travaux, la Terre aurait été plongée dans l’obscurité pendant plus de deux ans. Cela aurait empêché la photosynthèse pendant un an et demi. Et les températures auraient chuté de 28°C au-dessus des continents et de 11°C au-dessus des océans.

La force de l’impact – équivalent à un milliard de bombes atomiques de la puissance de celle d’Hiroshima – a vaporisé des milliards de tonnes de roche dans l’atmosphère. La collision aurait provoqué des tremblements de terre, des tsunamis et même des éruptions volcaniques. Mais ce n’est pas tout. En retombant sur terre, les sphérules de roches chauffent par friction avec l’air. Ils déclenchent des feux mondiaux et brûlent littéralement la surface de la Terre. Des incendies gigantesques se déclenchent alors, émettant environ 15 milliards de tonnes de suie dans l’atmosphère. La suie chauffée par le soleil entraîne la destruction de la couche d’ozone et forme une barrière globale contre la lumière du soleil. L’obscurité a un impact majeur sur le phytoplancton, ce qui entraîne la disparition de nombreuses espèces marines qui s’en nourrissent.

L’accumulation d’eau en haute atmosphère conduit finalement à la dissipation complète de la couche chargée en suie en quelques mois : il pleut de la suie. En l’absence de couche d’ozone s’ensuit un déferlement mortel de rayons UV sur terre. Puis, lentement, la végétation repart. Les espèces survivantes se remettent lentement à prospérer…

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La Chine se lance dans le développement de la technologie Blockchain

La blockchain, qu’est-ce que c’est ?

La blockchain est une base de données qui conserve l’historique de toutes les transactions effectuées par ses utilisateurs depuis sa création. Les transactions des utilisateurs sont regroupées par blocs et ces blocs sont ensuite « validés » par ce qu’on appelle des mineurs, et inscrites dans un registre. Ce registre est une longue liste de blocs qu’on appelle blockchain.

A chaque fois qu’un nouveau bloc de transactions est créé, celui-ci s’ajoute à la blockchain. Les mineurs sont là pour faire en sorte que la blockchain ne puisse pas être modifiée. Une fois qu’un bloc de transactions a été créé, les mineurs appliquent une formule mathématique à ce bloc qui le transforme en une séquence de chiffres et de lettres appelée hash. Cette séquence est alors enregistrée avec le bloc à la fin de la blockchain. Cette séquence est très importante car si un seul caractère est modifié dans le bloc, la séquence se trouve complètement modifiée.

Afin de calculer la séquence, le mineur se sert des données du bloc mais également de la séquence du bloc précédent. Le fait que la séquence de chaque bloc soit calculée avec la séquence du bloc précédent permet de valider toute la chaine de blocs (la blockchain), car si quelqu’un tente de modifier un bloc dans la blockchain, cela pourra être directement détecté en comparant les séquences finales.

Ainsi cette technologie intéresse par son niveau de transparence – les utilisateurs ont accès à l’historique des données de la blockchain en tout temps -, par son niveau de sécurité – une fraude est rapidement détectée grâce au système de séquences -, et par le fait que ce système soit décentralisé.

Mais alors que le Bitcoin devient de plus en plus connu et utilisé, l’échange de crypto-monnaie et loin d’être la seule utilisation possible de cette technologie. Ethereum, par exemple, est une plateforme qui a été créée en 2013 et qui utilise la blockchain pour d’autres applications. Elle a sa propre crypto-monnaie appelée Ether, mais est notamment utilisée pour ses smart contract. La plateforme utilise le système de blockchain pour exécuter automatiquement les termes d’un contrat lorsque certaines conditions sont réunies (comme par exemple le paiement automatique d’un colis après la livraison ou le remboursement d’un billet d’avion après une annulation ou un retard). Un actif est en fait lié à un programme stocké dans la blockchainet, selon l’explication de Vitalik Buterin, fondateur d’Ethereum, « Le programme lance le code à un moment donné s’il valide automatiquement une condition et il détermine si l’actif doit être envoyé à une personne ou renvoyé à une autre, ou s’il doit être remboursé immédiatement à la personne qui l’a émis, ou une combinaison de tout cela ». Le fait d’utiliser une blockchain permet alors, comme expliqué ci-dessus, de détecter si une modification a été faite sur les termes du contrat grâce au hash. Le smart contract a également l’avantage d’être un système décentralisé puisqu’il ne nécessite pas l’intervention d’une tiers personne. Ce système reste encore très nouveau mais beaucoup y voient un avenir très prometteur.

En plus de Bitcoin et d’Ethereum, il existe d’autres plateformes qui utilisent les blockchain telles que Hyperledger ou Symbiont, et certaines grosses entreprises travaillent actuellement à développer leurs propres plateformes.

Comment se positionne aujourd’hui la Chine par rapport à cette nouvelle technologie ?

Alors que le gouvernement chinois était encore très sceptique par rapport à cette technologie informatique il y a encore deux ou trois ans, il encourage aujourd’hui officiellement le développement de l’utilisation des blockchaindans les institutions et les industries chinoises, et possèderait le deuxième plus grand nombre d’entreprises de blockchain au monde après les États-Unis.

Le 18 octobre 2016, le gouvernement chinois a publié un Livre Blanc intitulé The Blockchain Technology and Application Development Whitepaper, co-produit par le MIIT (Ministry of Industry and Information Technology), le National Standardization Commitee et le Chinese Blockchain Technology and Industrial Development Forum. Ce Livre Blanc détaille les applications potentielles de cette technologie, notamment dans le domaine de la finance qui intéresse beaucoup la Chine, mais aussi dans des domaines tels que les chaines de productions, le smart manufacturing ou l’éducation.

La Chine a également organisé les 30 et 31 octobre 2016 la First World Blockchain Conference qui s’est déroulée à Changsha dans la province du Hunan. Cette conférence était le premier évènement de cette envergure en Chine dédié à la blockchain. Le MIIT a invité plusieurs leaders importants du gouvernement et de l’industrie chinoise, notamment dans le secteur des banques et des assurances. Cet évènement couplé à la publication du Livre Blanc a mis en évidence le fait que cette technologie est une des priorités actuelles du gouvernement chinois et s’inscrit dans le cadre du 13ème plan quinquennal (2016-2020) au même titre que l’Intelligence Artificielle, le Cloud Computing ou le Big Data. Cette technologie est encore à un stade très peu avancé et ne possède pas encore de standards techniques, c’est pourquoi le MIIT a pour projet actuel de mettre en place un standard national pour l’utilisation de cette technologie.

Depuis 2016, plusieurs alliances ont été formées entre des institutions et des entreprises chinoises dans une optique d’explorer collectivement les applications possibles de la blockchain. La Shanghai Blockchain Enterprise Development Alliance a ainsi été établie en septembre 2016 entre plus de vingt partenaires chinois dans des secteurs tels que la finance, la logistique, la sécurité et la santé. Cette alliance a fait suite à l’établissement de la ChinaLedger Union à Pékin en avril 2016, et du Financial Blockchain Shenzhen Consortium qui a été créé lors d’un évènement à Shenzhen le 31 mai 2016.

Les villes de Pékin et Shanghai sont, comme pour la plupart des secteurs scientifiques, les plus gros pôles en Chine dans le développement de la technologie blockchain. Cependant, la ville de Hangzhou dans la province du Zhejiang semble également devenir un endroit incontournable en Chine dans ce domaine. La ville a organisé le 28 avril 2017 le Global Blockchain Financial Summit, et le gouvernement de Hangzhou a récemment annoncé la construction du premier parc industriel en Chine spécialisé dans la blockchain, avec à la clef des politiques préférentielles pour les entreprises voulant s’y installer. Le gouvernement leur a notamment promis des subventions pour des bureaux et le recrutement de talents et des déductions de taxes.

D’autres événements importants ont également eu lieu en Chine en 2016 et 2017 sur cette thématique. La Chine a notamment organisé la International Blockchain Week du 19 au 24 septembre 2016 à Shanghai, et la ville de Chengdu dans la province du Sichuan, qui se révèle également très active dans ce domaine, vient d’organiser la Global Blockchain Conference qui s’est tenue les 14 et 15 Juin 2017.

Quelles sont les acteurs et les applications majeurs de cette technologie en Chine ?

Wanxiang Blockchain Labs est l’institution leader en Asie en termes de recherche sur la technologie blockchain, elle a notamment beaucoup contribué au développement de la plateforme Ethereum en Chine. Ethereumest aujourd’hui utilisée par les plus grandes entreprises chinoises telles que Baidu et JD.COM qui l’utilisent notamment pour leurs services de payement. Un Ethereum Laboratory a été créé à la Peking University, l’une des meilleures universités chinoises, pour travailler sur l’optimisation de la gestion des chaines de production et des marchés de l’énergie, ainsi qu’un institut de recherche, le Jiangsu Huaxin BIockchain Research Institute, à Nanjing dans la province du Jiangsu, pour travailler sur le développement d’applications de la blockchain dans l’industrie et les services de formations personnelles.

Le groupe Wanxiang, à l’origine de la création de l’institut de recherche Wanxiang Blockchain Labs, est spécialisé dans la fabrication de pièces d’automobiles, et a annoncé en septembre 2016 qu’il s’apprêtait à investir 200 milliards de yuan (60 milliards de dollars) pendant les sept prochaines années dans le cadre de son projet de ville intelligente. Le potentiel de la technologie blockchain intéresse le groupe notamment pour la conception de ses smart cars, car l’un de leurs objectifs serait d’utiliser la blockchainpour surveiller l’utilisation des batteries de leurs voitures. Le principe serait de louer et non de vendre les batteries aux acheteurs afin de réduire le coût d’achat et d’utiliser la blockchain pour enregistrer les données des batteries et surveiller leur utilisation. Aujourd’hui l’entreprise collecte déjà les données de ses batteries mais estime que la blockchain pourra mieux garantir l’intégrité de ces données. Wanxiang est également à l’origine de la création du premier accélérateur en Chine dédié à la blockchainChainbase Accelerator.

Le secteur financier en Chine s’intéresse également de près à cette technologie informatique. Le pays y voit une solution pour augmenter la transparence et combattre la fraude. Les banques cherchent de plus en plus à embaucher des experts dans ce domaine car, alors que quatre banque chinoises figurent dans le top 5 mondial des banques possédant les plus grands capitaux, beaucoup utilisent encore le papier et les faxes. Les banques parcourent ainsi les universités et les start-ups technologiques à la recherche de talents, avec à la clef des salaires s’élevant jusque 1.2 millions de yuan (175 000 dollars). Elles recherchent des personnes ayant une créativité suffisante pour trouver de nouvelles applications à cette technologie. Les banques chinoises auraient un retard d‘environ un an sur l’adoption de la blockchain par rapport aux pays occidentaux et essayent aujourd’hui de rattraper ce retard. La People’s Bank of China (PBOC) a révélé plusieurs fois dans les médias chinois qu’elle aurait validé avec succès une série d’essais de sa propre version de monnaie digitale avec l’objectif de devenir la première banque à sortir sa propre monnaie digitale.

Le secteur de la grande distribution en Chine est aussi très actif dans le développement de cette technologie. Le géant Alibaba souhaiterait commencer à utiliser la blockchain pour améliorer la traçabilité de ses produits tout au long de leur chaine d’approvisionnement afin d’être capable de vérifier leur authenticité. En effet la Chine fait face à un gros problème de vente de « fausse » nourriture et la blockchain permettrait d’aider à lutter contre ce problème. Chaque consommateur pourrait par exemple scanner un code QR sur l’emballage d’un produit avec son téléphone portable et recevoir directement des informations sur le produit, avec le détail de ce que contient l’emballage et son origine. Au lieu d’utiliser des documents papier, facilement falsifiables, la blockchain permet d’établir un historique de la provenance du produit et des étapes de sa chaine d’approvisionnement accessible aux utilisateurs. WalmartIBM et l’Université de Tsinghua ont également établi une collaboration sur ce sujet.

Un autre grand projet chinois dans ce domaine est celui de Tencent, le géant de l’Internet en Chine, qui est en train de développer sa propre plateforme de blockchainTrust SQL, dont les plans sont détaillés dans un nouveau Livre Blanc. L’entreprise a commencé à exprimer un intérêt pour cette technologie lorsqu’elle a rejoint le Financial Blockchain Shenzhen Consortiumen mai 2016. Tencent souhaite utiliser cette plateforme pour fournir tous les outils nécessaires aux entreprises afin qu’elles développent elles-mêmes leurs applications basées sur la blockchain.

Bien d’autres utilisations possibles de la blockchain sont à explorer en Chine. Cette technologie pourrait par exemple permettre de vendre l’énergie collectée par un particulier à ses propres voisins, sans passer par les réseaux de distribution, cette application a déjà été testée au États-Unis et semble intéresser la Chine. Pour ce qui est des acteurs chinois dans ce domaine, toutes les grandes entreprises chinoises s’intéressent aujourd’hui au sujet et de nombreuses start-ups commencent à voir le jour dans ce domaine.

Quels sont les enjeux à venir pour cette technologie en Chine ?

La blockchain reste une technologie très jeune qui n’a pas encore vraiment fait ses preuves, même si le gouvernement et les entreprises chinoises y voient un énorme potentiel. Le Livre Blanc publié par le MIIT en octobre 2016 souligne notamment le manque de standardisation de cette technologie. On peut également se poser la question de savoir si le mode de décentralisation qui est caractéristique de la blockchain peut réellement rentrer en adéquation avec les pratiques qui restent souvent très centralisées en Chine.

Rédacteur : Camille MUSQUAR

Source : www.diplomatie.gouv.fr/selon-le-site-blockchain-france-la-blockchain

Des fermes spatiales dans plus de 150 ans

La nourriture est l’obstacle principal pour l’exploration à long terme de l’espace. Cela limite la distance à laquelle nous pouvons voyager depuis la Terre et le temps que nous pouvons passer dans l’espace.

Nous pouvons stocker assez de nourriture pour les habitants de la Station Spatiale Internationale ou même pour un voyage aller/retour sur la lune. Mais si nous voulons voyager jusqu’à Mars et encourager des missions d’exploration à long-terme, nous avons besoin de systèmes de production alimentaire qui soient bio-régénératifs et indépendants. En somme, des fermes spatiales.
L’agriculture dans l’espace est probablement l’un des plus important défis que nous aurons à surmonter si nous souhaitons séjourner de longues périodes sur la planète rouge dans les 150 prochaines années. Mais c’est un challenge que le Canada est vraiment déterminé à mener.

Même si des personnes sont déjà inscrites pour faire partie de la première colonie humaine sur Mars, notre prochaine planète présentera certainement moins de challenges environnementaux.
Mars a un climat épouvantable. Ses températures moyennes sont en dessous de -60 °C, sa pression atmosphérique équivaut à moins de 1% de celle de la Terre et est principalement constituée de dioxyde de carbone. De plus, le temps peut être extrêmement venteux et poussiéreux sur de longues périodes. S’y ajoute le danger de l’exposition aux radiations, et sans un noyau en fusion comme celui de la Terre (ce qui signifie quasiment pas de champ magnétique), l’environnement de la planète devra être considérablement modifié pour penser y vivre un jour.

Néanmoins, cela ne signifie pas que la vie sur la planète rouge est impossible. Lorsque le Canada fêtera ses 300 ans, des centaines d’explorateurs de l’espace passeront des dizaines d’années à chercher de la vie sur Mars. Des dizaines d’années, car l’aller/retour prend 2.5 ans, donc le temps de séjour devra être assez long pour rentabiliser le voyage. Cela signifie l’installation d’habitations hermétiques, de centres de recherche et de fermes. C’est ainsi que des programmes d’environnement contrôlé se développeront.

Le Canada est parmi les chefs de file mondiaux dans la recherche et le développement technologique des systèmes de survie biologique. Quand il s’agit d’agriculture, les conditions extrêmes rencontrées dans l’espace sont similaires à celles au nord du pays. Essayer de faire pousser une tomate sur Mars est très similaire à essayer de faire pousser une tomate dans une congère : c’est impossible sans la création d’un environnement contrôlé.

A l’université de Guelph en Ontario, les chercheurs essaient de faire pousser des cultures dans l’espace grâce aux recherches faites sur les systèmes de contrôle d’environnement. Les travaux en cours dans ce domaine ont révélé que des plantes peuvent vivre sous certaines conditions environnementales inhabituelles, comme une pression atmosphérique très basse ou avec moins d’oxygène que sur Terre. Cela signifie qu’il n’y a pas besoin de structures hermétiques répliquant exactement l’atmosphère de la Terre pour que les plantes survivent sur Mars.

Dans 150 ans, il sera possible de faire pousser notre nourriture sur Mars dans des structures gonflables. A l’intérieur tout sera conçu pour assurer les rendements de culture les plus élevés. L’intensité de la lumière – et même sa couleur ou son spectre – sera adaptée pour chaque culture. L’aération et la pression, la température, les nutriments, les niveaux de dioxyde de carbone et l’humidité seront précisément contrôlés pour créer une atmosphère idéale dans laquelle les plantes pourront bien pousser.

Il poussera des variétés de cultures conventionnelles associées avec une alimentation équilibrée et un régime végétarien nutritif. La plupart des vitamines et des minéraux dont nous avons besoin seront disponibles dans les plantes, et les protéines seront dans le soja et d’autres cultures similaires.

Ces importantes variétés de plantes, ou « cultures candidates », seront soigneusement entassés ou superposées dans un petit espace – à l’opposé des larges prairies canadiennes. Ces cultures compactes seront produites en utilisant une quantité limitée d’eau et zéro déchet, car loin de la terre on ne peut se permettre de jeter. Il est nécessaire d’apprendre à tout recycler car cela sera une question de vie ou de mort – l’agriculture extrême est des plus difficiles.

Le travail réalisé à Guelph est conçu, non seulement pour l’espace, mais aussi pour les Canadiens et d’autres personnes à travers le monde qui pourront être amenés à vivre dans des endroits où la sécurité alimentaire est un problème que seule l’agriculture extrême peut résoudre.

Aujourd’hui, nous dépensons des millions de dollars à transporter des denrées périssables au nord du Canada, comme des fraises du Mexique vendues à Yellowknife.

Maintenir la présence humaine au Nord dépend de notre production de nourriture de la même façon que pour maintenir notre présence sur Mars. En créant ces systèmes, il sera possible d’habiter les parties les plus extrêmes du Canada, comme le Nord, et d’autres parties du globe, comme les déserts du Moyen Orient.

L’exploration spatiale génère d’inestimables technologies dans de nombreux domaines. Pour la production alimentaire, l’exploration spatiale permettra d’apprendre comment faire pousser des cultures presque partout avec aussi peu d’impact que possible sur l’environnement.

D’ici les 300 ans du Canada, le challenge de vivre sur Mars aura été résolu, et les avancées considérables réalisées serviront à la fois l’espace mais aussi notre propre survie sur Terre.

Source :
Nouvelles de l’Université de Guelph– 10 août 2017

Rédacteur :
Morgane SEITÉ – Chargée de Mission pour la Science et la Technologie à Toronto

Japon : une voile solaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le transport maritime

Aquarius MRE est une technologie développée par l’entreprise japonaise Eco Marine Power Co. Ltd. incluant des voiles rigides, des panneaux solaires, des modules de stockage d’énergie et d’un système de commande informatisé adaptant l’orientation des panneaux aux conditions météorologiques. L’utilisation de ces énergies renouvelables permet de réduire la consommation de carburant des navires qui en sont équipés et donc de diminuer leurs émissions de dioxyde de carbone de façon économique. La technologie sera mise à l’essai offshore prochainement en collaboration avec l’armateur Hisafuku Kisen KK.

Les émissions de gaz à effets de serre dues au trafic maritime dépassent aujourd’hui celles de la France (elles représentent 3% des émissions mondiales) et pourraient augmenter de 250% d’ici à 2050. A l’heure où la plupart des pays se sont engagés par l’accord de Paris à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre, des innovations telles que celle-ci pourraient permettre d’endiguer un autre facteur croissant de pollution atmosphérique et maritime.

Rédacteur :
Pierre FEUARDANT

Sources :
www.ecomarinepower.com/en/aquarius-wind-a-solar-power
techon.nikkeibp.co.jp/atclen/news_en/15mk/080501500/

www.diplomatie.gouv.fr/voile-solaire-pour-reduire-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre

Nouvelles avancées en information quantique photonique

Alors que les grandes entreprises investissent dans des infrastructures complexes et très coûteuses afin d’exploiter le potentiel des technologies quantiques, une équipe de recherche de l’Institut National de la Recherche Scientifique (INRS) dirigée par le professeur Roberto Morandotti a développé une puce photonique compacte, à faible coût de production, accessible et compatible avec les technologies classiques du domaine de l’électronique intégrée.

Dans son article publié dans la revue Nature , l’équipe démontre que les photons représentent une ressource quantique puissante et avantageuse lorsqu’ils sont générés sous la forme de quDits intriqués sur un spectre de couleurs. Ces résultats ont été obtenus grâce à des dispositifs optiques intégrés et à des composants commerciaux de télécommunications.

Cette nouvelle approche multidimensionnelle (multiple fréquences) de la manipulation des photons permettrait de diminuer les coûts d’exploitation des technologies quantiques, d’augmenter les performances et d’optimiser l’intégration à des systèmes électroniques de communication classique.

En savoir plus :
Article publié dans la revue Nature 546, 29 juin 2017
On-chip generation of high-dimensional entangled quantum states and their coherent control 
Doi:10.1038/nature22986

Sources :

Rédactrice :
Clémence Rampillon, chargée de mission Science et Technologie à Montréal, clemence.rampillon[a]diplomatie.gouv.fr

Menace sur la pollinisation : le côté obscur de la lumière artificielle

La majorité des espèces végétales est dépendante du monde animal – particulièrement de celui des insectes – pour se reproduire. Le déclin des insectes pollinisateurs à travers le monde impacte significativement la production des cultures et la reproduction des plantes sauvages. L’augmentation rapide de la lumière artificielle nocturne, ou pollution lumineuse, a récemment été proposée comme une nouvelle menace pour les écosystèmes terrestres. Pour la première fois, une équipe européenne, comprenant un chercheur du Centre d’écologie et des sciences de la conservation (CNRS/MNHN/UPMC), montre que la pollution lumineuse perturbe les pollinisateurs nocturnes avec des conséquences négatives pour la reproduction des plantes.

En étudiant 24 heures sur 24 des fleurs de prairies éclairées artificiellement, les chercheurs ont observé une diminution de 62 % des visites de pollinisateurs nocturnes comme les papillons de nuit ou certains coléoptères, par rapport à des prairies sans pollution lumineuse. Plus important encore, cela a entraîné une réduction de 13% de la production de fruits d’une espèce de plante locale, le Cirse maraîcher, malgré de nombreuses visites de pollinisateurs diurnes comme les bourdons, les abeilles ou les mouches.

Les chercheurs démontrent que les effets en cascade de la pollution lumineuse ne s’arrêtent pas aux plantes et à leur reproduction mais peuvent aussi se propager aux pollinisateurs de jour. La pollution lumineuse réduisant le succès reproducteur de plantes sur lesquelles des pollinisateurs diurnes viennent se nourrir, cela pourrait entrainer à terme une baisse des ressources alimentaires disponibles pour les pollinisateurs diurnes.

Ces résultats proposent de nouvelles perspectives sur le fonctionnement des communautés plantes-pollinisateurs et sur la complémentarité entre pollinisateurs diurnes et nocturnes. Dans tous les pays développés, ces insectes pollinisateurs sont en régression, notamment en milieu rural. Leur raréfaction pourrait bien avoir des impacts considérables sur tous les écosystèmes. Une cohabitation sérieusement menacée par les changements globaux, et, désormais, par la pollution lumineuse.

schema-abeilles-cnrs
© Eva Knop Schéma illustrant les effets en cascade de la lumière artificielle nocturne sur les communautés de plantes et pollinisateurs. Les flèches pleines indiquent des effets directs, les flèches pointillées les effets indirects. Le signe se réfère à la nature attendue de l’effet direct ou indirect. L’effet négatif direct de la pollution lumineuse sur les communautés de pollinisateurs nocturnes, se transmet aux plantes en diminuant leur succès de reproduction, ce qui se répercute sur les pollinisateurs diurnes en diminuant la quantité de ressources alimentaire à leur disposition.

 

Références :

Artificial light at night as a new threat to pollination, Eva Knop, Leana Zollera, Remo Rysera, Christopher Gerpea, Maurin Hörlera, Colin Fontaine, Nature, août 2017.

Source : cnrs

Apprendre et oublier pendant son sommeil : deux processus étroitement liés ?

Le cerveau humain possède une capacité surprenante d’apprentissage : il peut mémoriser un signal auditif dénué de sens dès lors que celui-ci est répété. Ainsi, le bruit blanc, comme le son produit par une radio lorsqu’elle ne reçoit pas de signal, peut être appris après seulement quelques présentations, sans même que l’on ait besoin d’y prêter attention.

Les chercheurs ont choisi cette stimulation auditive passive, particulièrement bien adaptée au sommeil, pour explorer le lien entre apprentissage et sommeil. Ils ont exposé des volontaires à des bruits intégrant des sons répétés pendant leur sommeil et suivi leur activité cérébrale par électroencéphalographie. Un son nouveau ou un son appris ne générant pas la même réaction cérébrale, l’analyse électroencéphalographique permet aux chercheurs de déterminer si un son entendu est mémorisé, même lorsque le sujet est endormi.

L’analyse de l’activité cérébrale pendant la nuit et des réponses comportementales au réveil ont montré que les sujets reconnaissent les bruits qu’ils ont entendus pendant leur sommeil paradoxal et leur sommeil lent léger. Ces observations révèlent la capacité de notre cerveau à apprendre durant ces deux phases de sommeil à la fois très différentes d’un point de vue de leur activité cérébrale mais durant lesquelles notre cerveau peut traiter une information complexe, qu’elle soit exogène ou endogène1. Alors que de précédents travaux réalisés chez l’Homme et l’animal avaient montré que certaines formes d’apprentissage, comme le conditionnement, sont possibles durant le sommeil2, cette nouvelle étude montre qu’il est possible de mémoriser de nouvelles représentations et de nouveaux objets (ici auditifs) durant le sommeil.

De plus, cette étude se distingue sur les résultats obtenus lors d’une autre phase du sommeil : le sommeil lent profond. Les chercheurs y ont découvert un phénomène complètement inverse : pendant ce sommeil profond, les sons appris précédemment, pendant la phase de sommeil lent léger, sont oubliés, « désappris  », comme effacés. Au réveil, ces sons se sont même révélés plus difficiles à apprendre que des sons nouveaux.

Ces résultats sont compatibles avec l’idée que le sommeil lent léger et le sommeil paradoxal sont des états favorables à la plasticité cérébrale et à la consolidation active de la mémoire, tandis que le sommeil lent profond permettrait une forme d’oubli nécessaire pour éviter l’accumulation de souvenirs jour après jour. Cette interprétation est innovante car elle permettrait de réconcilier deux modèles souvent jugés comme opposés sur le rôle du sommeil dans la mémoire : le sommeil permettrait bien de consolider les connaissances acquises dans la journée mais il joue aussi le rôle de filtre, qui effacerait du cerveau les informations qui ne sont plus nécessaires. Cette découverte amène désormais une autre question aux chercheurs : quels sont les mécanismes qui se cachent derrière l’ambivalence du lien entre sommeil et mémoire ?

Notes :
1 Pendant la phase de sommeil léger, le cerveau est capable de traiter des informations dites exogènes (venant de l’extérieur), alors que dans le cas du sommeil paradoxal et des rêves, le cerveau traite principalement des informations endogènes (venant de l’intérieur).
2 Des expériences récentes d’apprentissage par conditionnement ont montré que lorsque de mauvaises odeurs sont présentées juste après des sons à des sujets endormis, ceux-ci retiennent leur respiration. Un réflexe qui est conservé même lorsqu’ils n’entendent que les tonalités (alors qu’aucune odeur ne leur est présentée) dans le sommeil.

Références :
Formation and suppression of acoustic memories during human sleep. Andrillon, Thomas; Pressnitzer, Daniel; Léger, Damien & Kouider, Sid. Nature communications, le 8 août 2017. DOI : 10.1038/s41467-017-00071-z. Consulter le site web

Source : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/5149.htm

Une membrane ultraperméable contre les gaz à effet de serre

Développer de nouvelles membranes pour séparer le CO2 présent dans l’atmosphère est l’une des solutions les plus prometteuses pour résoudre le problème des gaz à effet de serre. Des chercheurs de l’Institut pour la technologie des membranes du Conseil national des recherches de Cosenza (Itm-Cnr), en collaboration avec les universités de Édimbourg, de la Pennsylvanie et de la Floride, y sont parvenus. Leur recherche a été publiée sur la revue Nature Materials.

« Les membranes ont été synthétisées à partir de nouveaux matériaux polymères poreux présentant une structure bidimensionnelle particulière qui leur confère une microporosité élevée au niveau moléculaire », explique Alessio Fuoco (Itm-Cnr), co-autheur de la recherche, « qui peut être considérée comme un micro-labyrinthe permettant un passage plus rapide des petites molécules par rapport aux molécules plus grandes, ou des plus solubles par rapport aux moins solubles. La microporosité élevée, combinée à la rigidité, procure à ces matériaux des propriétés uniques de perméabilité et sélectivité qui dépassent les prestations des matériaux utilisés aujourd’hui dans les membranes commerciales ».

Cap-membrane-ultraperméable-

De nombreux procédés industriels utilisent déjà des membranes, par exemple pour la production d’eau potable à partir d’eau salée ou d’oxygène pur à partir d’air, ou encore certains procédés médicaux comme la dialyse. « La science et l’ingénierie des membranes est un domaine en évolution constante et la principale difficulté est de trouver des matériaux qui garantissent une productivité élevée, c’est à dire une haute perméabilité, et qui soient en même temps très sélectifs et efficaces dans la séparation », ajoute John Jansen de l’Itm-Cnr, le responsable de l’équipe de recherche.
Cette recherche, financée par la Commission européenne dans le cadre du projet M4CO2, contribue au développement de procédés productifs à faible impact environnemental.

Plus d’informations : http://www.nature.com/nmat/journal/vaop/ncurrent/full/nmat4939.html

Rédacteurs  : Tiffany Ziller, tiffany.ziller[a]institutfrancais.it

Sources :

Episode # 6: Miss Marple

Ixelles, octobre 2086. Les étangs de Flagey, bicentenaires, s’étendent à l’est du capitole. Après quelques jours de froid, la douceur est de retour et la surface de l’eau renvoie les couleurs flamboyantes de l’automne.

Les ruches artificielles bourdonnent de milliards d’abeilles électroniques qui produisent le miel et pollinisent les plantes. Dire qu’il a pratiquement fallu attendre la disparition de la dernière abeille organique pour trouver comment produire les enzymes nécessaires à la fabrication du vrai miel et à la pollinisation des plantes.

Depuis, grâce à ces petites merveilles de technologie, les arbres fruitiers venus remplacer les tours d’immeubles détruites pendant la guerre de 2017, font le bonheur des habitants du district.

Les autres districts ne sont pas en reste. À Uccle, la vallonnée, les vignes produisent de délicieux raisins. Et à Laeken, dans les anciens jardins du Palais royal, les champs de pommes de terre et de blé fournissent largement de quoi nourrir les habitants.

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Séraphine Perrin, jeune archiviste, s’en souvient. Enfin, elle s’en souviendrait si elle était consciente parce que pour le moment, elle est alitée dans l’unité de soins B12, – comme la vitamine -, et plongée dans une sorte de coma. Cela fait près de deux jours qu’elle est dans cet état. Depuis qu’on l’a retrouvée, effondrée sur son poste de travail à l’Institut de l’Histoire et du souvenir.

Séraphine Perrin est chargée d’encoder numériquement les documents du passé, tous domaines et tous supports confondus, afin de créer une base de données collective accessible à tous. Elle adore son travail, il lui permet de découvrir des choses dont elle n’avait jamais entendu parler jusqu’ici.

Il faut dire que depuis que les écoles n’existent plus, on apprend selon ses envies, pour soi-même ou parce qu’on a été désigné par le district pour exercer tel ou tel métier. Aujourd’hui, on accède à la connaissance en achetant à volonté des crédits via sa puce : 10 crédits en math, 20 crédits en chimie, 5 crédits en mycologie ou 30 en peinture à l’huile. Et quand je parle de district, il faut voir cela comme ce qu’on appelait avant une « commune » ou une « ville ».

Il n’y a plus d’états, plus de pays, plus de régions. Enfin, officiellement. Après les bombardements des missiles russes et ses millions de morts, la population mondiale a fortement diminué. Au début du siècle, l’ONU estimait qu’on serait environ dix milliards d’êtres humains sur Terre en 2090 mais nous sommes à peine plus de la moitié.

La mondialisation n’est plus qu’un vague concept. Et nous sommes pratiquement revenus à un système féodal. La technologie moderne ayant remplacé les gardes armés et le bourreau. L’économie locale, les petits commerces de proximité… nous y sommes. Un peu forcés par la crise mondiale du pétrole et autres combustibles polluants mais nous y sommes. Les gens peuvent encore se déplacer sur de longues distances, le carburant à base de déchets et d’algues fonctionne parfaitement mais ils n’ont plus envie de partir loin. Et s’il leur prenait quand même l’envie de fuir, un petit réglage de la puce et c’est arrangé.

Ah ! La fameuse puce justement. Parlons-en ! C’est quand même à cause d’elle que Séraphine est dans cet état…

Chaque être humain vit avec une puce multifonctions, une cfH « chip for Humans » en anglais dans le texte, implantée dès la naissance au niveau du poignet. Elle contrôle tout, contient toutes les informations médicales, administratives, judiciaires et financières d’une personne. Pour effectuer une transaction, plus besoin de portée wifi. Il suffit de poser sa main sur un appareil ou directement sur le poignet de quelqu’un d’autre pour faire un transfert d’argent ou de données.

Pour faire simple, disons que la puce est reliée dans chaque district à un super ordinateur qui reçoit des données sur le rythme cardiaque, l’activité neurologique, le sang, et les pensées de chaque personne. La cfH envoie des informations, mais sert aussi à en recevoir, ce qui veut dire qu’avec la puce sous votre peau, vous êtes à la merci des chefs de districts : ils peuvent vous rendre au choix euphoriques, excités, déprimés, suicidaires, sereins voire dangereux si besoin.

Vous vous sentez triste et cela nuit à votre productivité ? Hop ! Un peu d’endorphine injectée à distance dans le cerveau via la puce et tout va mieux. Vous êtes fatigués et ne rêvez que de votre lit douillet ? Hop ! Un peu d’adrénaline via la puce et vous voilà frais et dispos.

Fiévreuse et tremblante à la fois, Séraphine Perrin est au plus mal. Les médecins sont perplexes : de tels symptômes ont quasiment disparu à notre époque et ils s’interrogent sur ce qu’il convient de faire. Il semblerait que la jeune femme ait été victime d’une violente cyberattaque.

On raconte qu’un INI (individu non identifié) aurait trouvé le moyen de pirater à distance les puces pourtant ultra-sécurisées, de voler toutes les informations et crédits qu’elles contiennent et au final, de tuer les victimes en leur implantant un virus. Car si la puce soigne la plupart des maladies, elle peut aussi rendre malade voire tuer. Cela s’avère parfois pratique pour mettre de l’ordre dans les affaires des districts mais ici, au contraire, cela fait plutôt désordre… Surtout quand les victimes semblent être choisies de façon aléatoire.

Soudain, un bip aigu caractéristique se fait entendre à trois reprises. La patiente vient de se réveiller. C’est inattendu. Aucune des autres victimes ne s’en était sortie jusqu’alors. En fait, aucune n’a été retrouvée vivante avant Séraphine Perrin.

À son chevet, une policière la fixe en silence. Elle est arrivée dès que l’unité de soins B12 lui a signalé le réveil. Une victime vivante, c’est une chance inespérée de collecter des informations et de trouver le coupable.

– Que… Qu’est-ce que je fais ici ? Où suis-je ? demande Séraphine Perrin d’une voix pâteuse.

– Vous êtes à l’unité de soins B12. Je suis l’enquêtrice Miss Marple. Pouvez-vous décliner votre identité, s’il vous plaît, répond la policière.

– Mon identité ? Je ne comprends pas. Vous ne savez pas qui je suis ? Scannez ma puce ! s’étonne Séraphine.

– Vous avez été victime d’une cyberattaque. Votre puce a été gravement endommagée et les données ne sont plus lisibles. Nous allons devoir la retirer pour pouvoir procéder à une analyse complète, sans mettre votre santé en danger, annonce l’enquêtrice du ton le plus neutre possible.

– Retirer la puce ? C’est possible ? s’écrie-t-elle. Elle lance un regard inquiet vers le médecin. Celui-ci hoche la tête et lui sourit, comme pour lui signifier que tout ira bien. En fait, il n’en sait rien. Il n’a jamais pratiqué une ablation de cfH sur un être vivant. Le corps humain est tellement en symbiose avec la puce qu’en vérité, personne ne sait quelles conséquences cela pourrait avoir de la retirer. Il va falloir faire une anesthésie « extérieure », à l’ancienne et découper la chair. Heureusement, le robot chirurgien peut s’en occuper sans problème.

Rassurée par l’attitude encourageante du médecin, Séraphine accepte de collaborer à l’enquête. De toute façon, elle n’a pas vraiment le choix. Sans puce, elle est complètement démunie. Elle n’a plus d’argent, plus d’identité, plus rien.

– Je m’appelle Séraphine Perrin, n° 060.07.10.13864. Je travaille à l’Institut de l’Histoire et du souvenir. S’il vous plaît, aidez-moi à retrouver ma vie, implore Séraphine. Elle sent un drôle de picotement au niveau des yeux et de l’eau lui trouble la vue. Des larmes ? Oui, cela ressemble à ce qu’elle avait vu dans ce vieux film qu’elle a encodé dernièrement à l’Institut. Quelle étrange sensation…

On trouvera le coupable ! affirme avec assurance l’enquêtrice.

– Racontez-moi ce qui s’est passé en détail.

Séraphine se dit qu’elle a de la chance d’être tombée sur Miss Marple. Il paraît qu’elle traite bien les gens. Elle aurait pu tomber sur l’Inspecteur Harry ou sur Philip Marlowe qui se seraient montrés moins tendres avec elle.

Les inspecteurs de police ne sont plus ces humains aux tenues débraillés, mi-alcooliques, mi-colériques, intelligents mais brutaux. En fait, ils ne sont plus humains. Ce sont des robots capsuloïdes d’approximativement 1,5 m de haut, en métal blanc et blindés, bien sûr. On leur a donné les noms de détectives ou flics légendaires pour les rendre moins impressionnants pour le public. Leurs capacités sont sensiblement égales mais leurs caractères sont différents.

Ils ont deux bras articulés pour leur permettre de collecter et de manipuler les indices trouvés sur les lieux d’un crime. Ils ont un écran à hauteur du « visage » avec deux yeux et une bouche stylisés, de façon à être le plus multiculturel possible et ne froisser personne, c’est-à-dire qu’ils traitent tout le monde avec la même neutralité électronique. Cet écran sert aussi à montrer des images, prendre des photos, filmer les interrogatoires, une scène de crime ou à montrer les portraits de suspects aux victimes pour les rares lieux où il n’y a pas (encore) de caméras de surveillance ou en cas de panne de celles-ci.

Au niveau du « ventre », ils ont un mini-labo qui leur permet de faire des analyses et leur logiciel interne possède une base de données internationale qui peut mettre en relation des milliards de connexions. Si on trouve par exemple un poil de chien sur une scène de crime à New Paris, on peut aussitôt retrouver le chien et identifier son propriétaire dans la ville surpeuplée de Bakersfield en Californie. Enfin… On ne dit plus Bakersfield mais Second Chance depuis qu’ont échoué les survivants de Los Angeles et San Diego après l’horreur du Big One de la faille de San Andreas. On peut alors voir en direct des images du gars en train de manger une glace. Aussitôt, une alerte est transmise aux robots policiers locaux qui peuvent l’appréhender, si nécessaire.

Vingt-quatre heures plus tard, l’opération s’est bien passée et Séraphine est autorisée à sortir de l’unité B12. On ne peut pas encore lui remettre sa puce qui doit subir un examen poussé mais on lui donne une sorte de badge provisoire qu’elle pourra présenter pour prouver son identité et payer ses quelques dépenses quotidiennes. Le district lui accorde une petite prime, en récompense de sa collaboration à la capture du pirate.

Pour la première fois, Séraphine est envahie par ses propres pensées, ses propres émotions. Elle a peur. Avant, une pression sur la puce et elle se calmait. Elle a mal au ventre et elle ne peut rien faire d’autre que d’attendre que ça passe.

Pourtant, tout n’est pas négatif. Au travail, elle retrouve son collègue Antoine qu’elle côtoie pourtant chaque jour depuis des années mais quelque chose a changé. Elle ne le regarde plus : elle le voit. À son approche, elle ressent une bouffée de chaleur, des sensations bizarres dans l’estomac. Elle appuie par réflexe à l’endroit où se trouvait sa puce mais rien ne se passe.

Que faire ? Ses parents ne peuvent pas l’aider, ils ont toujours vécu avec la puce. Ils ne comprennent pas ce qu’elle veut dire.

Elle interroge alors sa vieille voisine, Manon est née juste avant la guerre, quand la puce n’était encore qu’un obscur projet. Elle lui explique comment c’était avant. Elle lui décrit ce sentiment étrange qui évolue tellement avec le temps mais qu’on ferait tout pour retrouver quand il disparaît. La plus forte des drogues.

Séraphine prend alors conscience d’un autre monde. Elle ne peut mettre des mots sur ce qui lui arrive mais déjà, elle est accro. Elle essaie d’en parler à Antoine mais il ne comprend rien. Des sentiments ? C’est quoi ? Comme dans ces vieilles histoires où les gens font des trucs bizarres ? À quoi ça sert ?

Alors, Séraphine Perrin a une idée folle : elle veut retrouver le pirate qui a pris le contrôle de sa puce. S’il a su faire cela, c’est qu’il a trouvé le moyen d’être hors de contrôle, de ne plus subir l’emprise du district et de se rendre anonyme. Lui seul pourra lui expliquer ces drôles de choses qu’elle sent dans son corps, dans sa tête à tout moment de la journée.

Aussi lorsque quelques jours plus tard, Miss Marple vient lui annoncer qu’elle pourra retrouver sa puce dans une semaine, Séraphine essaie de lui soutirer quelques informations sur l’identité du pirate, savoir si on a retrouvé sa trace.

Bien entendu, Miss Marple, adepte du mystère et surtout, incorruptible comme tous ses collègues, ne veut rien dire. Séraphine s’en doutait un peu mais il fallait qu’elle essaie. Sa décision est prise : elle va pirater le robot policier. Après avoir dépensé 10 crédits en robotique avancée, elle sait parfaitement comment neutraliser un robot policier de type Légende, comme Miss Marple. Appuyer sur une touche sensitive sur le côté droit suffit à désactiver la machine. Le seul hic, c’est que la touche garde en mémoire la trace de l’empreinte digitale. Dès son retour à l’atelier, le technicien de maintenance saura que Séraphine Perrin, n° 060.07.10.13864 a piraté Miss Marple. Tant pis, Séraphine prend le risque et la chance est avec elle.

Elle découvre ainsi l’identité du pirate. Il habite dans l’ancienne abbaye du district de Forest. Rare sont ceux qui osent s’aventurer dans ce quartier, mais Séraphine est déterminée.

À peine a-t-elle fait un pas dehors qu’elle aperçoit une sombre silhouette de l’autre côté de la rue. Le pirate est là ! Il a dû savoir qu’elle le cherchait et il l’a retrouvée, évidemment. Son cœur se met à battre plus fort, elle sent la sueur glacée lui descendre le long de l’échine et elle n’aime pas du tout cette nouvelle sensation.

Le pirate avance vers elle sans la quitter des yeux. Séraphine est pétrifiée. Elle attend tellement de cette rencontre. Quand enfin il est en face d’elle, un seul mot parvient à franchir ses lèvres : Pourquoi ?

L’homme lui explique avoir mené ces attaques pour faire pression sur les chefs de district. Il affirme vouloir retrouver l’humanité tel qu’elle existait auparavant et se sert de la technologie pour montrer les dangers de la modernité.

Choquée par les aveux de cet assassin assumé, Séraphine se précipite chez elle et active d’une voix tremblante le système d’alarme haut de gamme de son appartement.

Elle ne sait plus où elle en est.

Soudain, on sonne à la porte. C’est Miss Marple, en sa qualité d’agent assermenté qui vient lui implanter une puce toute neuve. Toutes ses informations ont été actualisées et son compte bancaire renfloué. Sa vie peut reprendre.

Vraiment ?

Véronique Goossens

Le cœur du Soleil tourne sur lui-même en une semaine

Remarquablement stable depuis 4,6 milliards d’années, le Soleil est maintenu ainsi par l’équilibre quasi parfait entre la gravitation, qui tend à le contracter, et la pression des réactions thermonucléaires en son cœur. L’instrument Golf, en orbite autour de notre étoile à bord de la sonde SOHO, mesure ainsi les oscillations solaires, porteuses des propriétés physiques de ses différentes couches. En orbite autour de notre étoile depuis plus de 20 ans, il enregistre toutes les 10 secondes un signal intégré des pulsations de la surface solaire. Différentes équipes auscultent ce flot de données pour identifier les nombreux motifs des vibrations qui agitent le Soleil. Des chercheurs du laboratoire Lagrange (CNRS/Observatoire de la Côte d’Azur/Université Nice Sophia Antipolis), de l’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS/Université Paris-Sud), du laboratoire Astrophysique, interprétation, modélisation (CNRS/Université Paris Diderot/CEA), du Laboratoire d’astrophysique de Bordeaux (CNRS/Université de Bordeaux), de l’Institut d’astrophysique des Canaries et de l’université américaine Ucla sont ici parvenus à détecter les modes de gravité du Soleil. Ceux-ci sont comme des vagues dont la gravité est la force de rappel, comme nos vagues à la surface de la mer, mais qui dans le soleil ne peuvent exister que dans ses couches très profondes. Ces oscillations étant particulièrement difficiles à observer, les chercheurs ont utilisé les données de Golf d’une nouvelle manière : l’exploitation d’un paramètre différentiel des modes de vibration acoustiques, ceux qui sont visibles en surface. Ce paramètre mesure le   temps mis par les ondes acoustiques pour effectuer un aller-retour au travers du Soleil, en passant par son centre. Les chercheurs y ont décelé l’impact des modes de gravité, et ont donc prouvé leur existence.

Premier résultat issu de cette détection, le taux de rotation moyen du cœur thermonucléaire du Soleil, qui restait très mal connu, a pu être mesuré précisément. Il tourne sur lui-même en une semaine, soit 3,8 fois plus vite que les couches extérieures et intermédiaires. Ces travaux relancent de nombreuses études sur la physique du Soleil. De quoi affiner davantage les modèles sur sa naissance, son évolution, sa structure et sa composition chimique. Ces modes de gravité indiquent notamment la présence d’une zone où la vitesse varie énormément, à la frontière du cœur thermonucléaire, ce qui n’est pas prévu par son modèle standard. Cela relance également les discussions sur la nature d’un possible champ magnétique au centre de l’astre.

soleil
© ESA/ATG medialab/SOHO (ESA/NASA) Vue d’artiste de la sonde SOHO de l’Esa et de la Nasa, en orbite autour du Soleil (photographie prise par l’instrument EIT (Extreme-ultraviolet imaging telescope) de SOHO, le 14 septembre 1999).

 

Source : cnrs

Le bitcoin passe au cash !

L’opposition grondait depuis quelque temps. Avec le développement du bitcoin, les transactions devenaient plus lentes et coûtaient de plus en plus chères. La communauté a adopté la mise à jour du protocole bitcoin, baptisée SegWit2X, pour répondre à ces désagréments. Mais il subsistait des frondeurs : ils ont décidé de développer leur propre version de la blockchain Bitcoin et de créer une nouvelle monnaie virtuelle, baptisée bitcoin cash. SegWit2X permettra de passer de 11 à 22 transactions par seconde. Mais les contestataires proposent de monter à 56 transactions par seconde avec bitcoin cash.

Si une personne disposait de 1 bitcoin, elle possède aujourd’hui 1 bitcoin et 1 bitcoin cash. Le portefeuille des propriétaires s’est donc rempli. Les contestataires ne représenteraient pourtant que 5 à 10 % de la communauté bitcoin. En théorie, si on retient la valeur d’un bitcoin autour de 2700 $ et que 10 % de la communauté adopte bitcoin cash, la nouvelle monnaie virtuelle vaudra 270 $ et l’ancienne 2430 $. Mais ce calcul ne prend pas en compte la volatilité sur le marché et les différentes spéculations.

En effet, ce qui se passe est bien différent. La valeur du bitcoin est très volatile. Son plus haut historique a été atteint le 12 juin à 2999,97 $, en hausse de 222 % depuis le début de l’année. Le bitcoin résiste bien à l’apparition du bitcoin cash : sa valeur frôlait encore les 2800 $ le 3 août à minuit. De son côté, le bitcoin cash a du mal à trouver sa stabilité : si 1 bitcoin cash valait plus de 700 $ le 2 août, il n’était plus qu’à 314 $ le 4 août à 9h35, selon Coinmarketcap. Mais au final, les propriétaires de bitcoin ont gagné de l’argent puisqu’ils ont plus de 3110 $ dans leur portefeuille virtuel.

Que va-t-il désormais arriver ?

Comme la valeur du bitcoin est très volatile, les membres de la communauté bitcoin envisagent deux scénarios probables. Soit le bitcoin cash connait un succès modéré, et les deux monnaies coexisteront alors en paix. Soit la communauté se désinteresse sur le moyen terme de la nouvelle monnaie et le bitcoin cash disparaîtra.

Le principe du bitcoin repose sur la blockchain, technologie qui utilise des blocs de transaction codés et authentifiés qui s’ajoutent les uns aux autres. Ces calculs sont opérés grâce à la puissance de calcul mise à disposition par des membres volontaires du réseau, appelés les mineurs. Reste à savoir comment va se répartir la puissance de calcul chez ces mineurs, entre blocs bitcoin et bitcoin cash.

Par Matthieu Combe

Seephar, la réalité augmentée au secours du sapeur-pompier

Parce qu’elle peut aider à analyser et à maîtriser un incendie, la réalité augmentée pourrait assister le sapeur-pompier du futur. Lui-même ancien sapeur-pompier volontaire et à la tête de la société Seephar, Jean-Paul Granier y travaille activement depuis 2015. «Il y a un besoin d’identifier les points les plus chauds dans l’environnement au travers des fumées les plus épaisses, explique-t-il. L’enjeu est d’anticiper le risque, afin d’éviter que le sapeur-pompier évolue dans les zones où les températures sont les plus élevées, et d’améliorer l’efficacité de l’intervention, afin de concentrer l’arrosage sur les points les plus chauds.»

Les caméras thermiques montrent leurs limites dans un tel contexte. «Elles sont utiles après l’incendie pour confirmer l’extinction totale et prévenir les nouveaux départs de feu, poursuit Jean-Paul Granier. Mais, pendant l’intervention, elles ne sont guère pratiques car elles obligent le sapeur-pompier à détourner son regard.» D’où l’intérêt de superposer ces informations pertinentes et le champ de vision.

Ces courbes isothermes ne dénaturent pas la vision réelle

«L’idée est née il y a 20 ans mais la technologie n’existait pas à l’époque, rappelle Jean-Paul Granier. J’ai fondé Seephar en 2015 pour développer ce projet. Architecte en système d’information, j’ai mis au point des algorithmes qui analysent les thermogrammes issus du capteur thermique et construisent des courbes isothermes, qui s’inspirent des courbes d’altitude en topographie ou des courbes isobares en météorologie. Cette représentation de l’échelle des températures a l’avantage de préserver tous les détails de l’observation réelle, comme la couleur des fumées.» Là est la principale innovation qui fait la différence par rapport aux solutions concurrentes d’Ektos et de Darix.

Slider - IRRA 13 - 600x450 net Slider - IRRA 02 - 600x450 - net

Slider - IRRA 14 - 600x450 net

L’Internet des objets est également envisagé pour des applications de supervision. «Les données de pression provenant d’un appareil respiratoire connecté pourraient ainsi être communiquées hors du site de l’intervention» imagine Jean-Paul Granier. Si les fondations technologiques ont été posées, Seephar n’a pas encore de réalité commerciale, loin s’en faut. «Je suis à la recherche de partenaires, dont des fabricants de casques de réalité augmentée, indique Jean-Paul Granier. Je me suis rapproché d’Optitec (pôle de compétitivité spécialisé en imagerie et en photonique, NDLR) et de Safe Cluster (autre pôle de compétitivité consacré à la sécurité et à l’aérospatiale, NDLR). Bâtir un consortium serait un moyen d’adresser ce marché de niche sur un plan national et international.» Outre les sapeurs-pompiers, publics ou privés, le CEA du centre de Gramat a manifesté de l’intérêt pour Seephar et l’expertise autour de l’analyse de thermogrammes.

Thermo

Par Frédéric Monflier

Le FD-SOI à la conquête de l’Internet des objets

L’Internet des objets prépare des lendemains qui chantent pour l’industrie de la microélectronique, dont les recettes sont déjà florissantes : un peu plus de 400 milliards de dollars cette année (contre 300 milliards en 2010) selon Gartner, les ventes mondiales de semi-conducteurs ayant progressé de 16,8%. Mais ces objets pour la plupart autonomes requièrent des micro-composants électroniques qui ne dévorent pas leur batterie avec gloutonnerie. Dans cette course à la sobriété énergétique, le procédé FD-SOI (Fully Depleted Silicon on Insulator), mis au point par la société iséroise Soitec (issue du CEA-LETI) avec le concours de STMicroelectronics, améliore l’architecture même du transistor, ce composant fondamental des puces et des circuits électroniques intégrés.

Le FD-SOI a pour objectif de réduire voire d’annuler les courants de fuite parasites, dont l’importance grandit à mesure que la miniaturisation des transistors progresse : des électrons se «perdent» en chemin entre la source et le drain du transistor. Or, ces courants de fuite dégradent le rendement et provoquent des comportements aléatoires. « Un transistor peut être comparé à un robinet à électrons qui, lorsqu’il est très petit, fuit en permanence et ne permet plus de distinguer un état ouvert d’un état fermé, explique Manuel Sellier, responsable marketing produits chez Soitec. Tant que la finesse de gravure ne descendait pas sous les 130 nanomètres, les phases de fabrication étaient assez simples à mettre en œuvre. En dessous et jusqu’à 28 nm, l’évolution n’a été envisageable qu’au prix de percées technologiques majeures, comme le remplacement de l’aluminium par le cuivre pour réaliser les interconnexions. A partir de 28 nm, l’architecture du transistor devait être modifiée. »

Un isolant confine les électrons

C’est la raison d’être du procédé FD-SOI, qui s’applique aux tranches de silicium (wafer) fournies par les fabricants de silicium, placés en amont de la filière. C’est un moyen de « raffiner » cette matière première et de la transformer en un substrat sur lequel les fondeurs graveront plus tard les transistors. La technique consiste à superposer, sur le matériau brut en silicium, une couche d’oxyde amorphe de 20-25 nm d’épaisseur puis une autre couche de silicium de 6 nm d’épaisseur, où sont implémentés les canaux du transistor. La couche d’oxyde agit comme un isolant et confine les électrons entre la source et le drain. « D’autre part, le remède classique contre les courants de fuite, qui impose toujours plus de dopants, n’est plus nécessaire » poursuit Manuel Sellier. Si le principe du silicium sur isolant n’est pas nouveau, l’uniformité des couches et la jonction entre les matériaux cristallins et amorphes ont été perfectionnées grâce à la méthode de fabrication Smart Cut du CEA-LETI, précise à l’atome près.

copyright STMicroelectronics
copyright STMicroelectronics

La technologie FinFET (Fin Field Effect Transistor) est une alternative qui limite également les courants de fuite. Elle intervient pendant la phase de gravure et permet de créer des transistors à ailette en 3D. Mais elle est moins compétitive, selon Manuel Sellier : « le FD-SOI reste une solution planaire, moins complexe à maîtriser pour nos clients, c’est-à-dire les fondeurs. » Du reste, les finalités ne sont pas tout à fait les mêmes. « La performance a été le premier critère de choix qui a guidé le développement du FinFET, observe Manuel Sellier. Les puces FinFET se destinent aux serveurs informatiques, aux PC… Avec le FD-SOI, nous avons cherché le meilleur compromis entre consommation énergétique, performance, densité et coût, afin d’adresser le marché de la basse consommation. »

STMicroelectronics, Samsung et GlobalFoundries sont les trois fonderies qui ont adopté le FD-SOI et proposent des circuits gravés en 28, 22 et bientôt 18 nm, avec le 12 nm en perspective. Le FinFET fait d’ores-et-déjà mieux (10 nm) mais la majorité du marché se concentre encore sur la production en 28 nm. Les premiers produits finaux bénéficiant de circuits FD-SOI font leur entrée sur le marché depuis deux ans environ. Une « smartwatch » de Sony démontre l’intérêt de cette technologie. « Le circuit GPS réalisé à partir d’un substrat FD-SOI consomme cinq fois moins et permet d’obtenir une autonomie de 35 heures, GPS activé » confie Manuel Sellier. L’automobile, en particulier les véhicules autonomes, et les radiocommunications sont d’autres  débouchés potentiels. Soitec a l’ambition de porter l’étendard du « made in France » au milieu des géants américains et asiatiques.

Frédéric Monflier

Planter des sacs pour faire pousser son potager !

La question était simple : comment limiter la pollution due aux sacs en plastique à usage unique qui emballent les fruits et légumes dans les supermarchés? Si la loi de transition énergétique les a remplacé par des sacs biosourcé depuis début janvier en France, ce n’est pas encore le cas de l’Allemagne. Et l’enseigne Edeka a décidé d’agir sans attendre.

Pour répondre à ce défi, Edeka a donc développé, en collaboration avec le fabriquant Naku et l’agence publicitaire Cheil, le FEEDitBAG. Un sac constitué de 100% de biopolymères, biodégradable en seulement 10 semaines. Surtout, la première version renferme un petit sachet de graines de tomate, poire ou aubergine et un mode d’emploi pour faire ses plantations.

« Planter » un sac pour faire pousser

Après usage, les clients n’ont plus qu’à remplir leur FEEDitBAG de biodéchets (épluchures, restes de repas, etc.) et à le planter. Il fera alors pousser un pied de tomate, d’aubergine ou un poirier selon le sac choisi.

Edeka a lancé cette opération originale dans un centre commercial de Francfort en Allemagne. Pour l’occasion, le magasin en a distribué 150.000, soit l’équivalent d’un mois de sacs. À terme, l’enseigne souhaite étendre l’opération à l’ensemble de ses magasins pour remplacer tous ses sacs plastiques traditionnels. D’autres pays comme la Suisse ont également montré leur intérêt. Sur le site Internet dédié, un vote est ouvert pour choisir les prochaines graines qui équiperont ses sacs : poivron, piment, romarin, courgette, ail, ou fraise?

 

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Episode # 5: Le colis

En cette chaude matinée d’août 2186, Anton Nielsen franchit les colossales portes de verre de l’édifice principal de l’Institut de recherche aéronautique et aérospatiale quelques secondes seulement avant le début de l’averse. Les allées du complexe industriel allaient être martelées par la pluie pour le cinquantième jour consécutif, ce qui commençait doucement à lui affecter le moral. Il entendit la voix d’Ava, l’intelligence artificielle qui contrôlait le bâtiment — certains la qualifiaient même d’âme — lui souhaiter la bienvenue dès son passage par le sas. Comme à son habitude, elle trouva automatiquement l’intonation qui mettrait Anton de bonne humeur et lui permettrait de débuter sa journée de travail dans les meilleures conditions possibles.

Il traversa le hall spacieux mais désert. S’installant derrière le comptoir, il se mit comme souvent à réfléchir à la chance qu’il avait eue, presque deux mois auparavant, d’obtenir le poste de réceptionniste d’un tel organisme. Seuls quelques établissements réputés conservaient,, pour le prestige, du personnel d’accueil. Qu’une suite de zéros et de uns ait pu décider qu’il était, parmi plusieurs douzaines de candidats, le meilleur pour cet emploi le surprenait encore. L’écran du terminal s’alluma instantanément, se mettant simultanément en communication avec les pico-contrôleurs qui circulaient dans le corps d’Anton et vérifiaient en permanence son état de santé. Sur le moniteur apparurent notamment sa température, sa pression artérielle et sa fréquence cardiaque. Ava, qui pouvait se faire entendre là où elle voulait et seulement par qui elle voulait, le gratifia d’un « 37,5 °C, tout va bien très cher Anton ! »

Les heures à venir s’annonçaient inhabituellement calmes. La journée de maintenance et de vérification semestrielles des systèmes de transfert entre les bâtiments, qui assuraient le transport du matériel et des personnes par des veines souterraines, avait conduit la plupart des centaines de chercheurs et assistants à travailler depuis chez eux. Le traditionnel ballet des représentants, chefs de projets et ingénieurs commerciaux n’aurait pas lieu.

Deux heures ennuyeuses s’écoulèrent, au cours desquelles seules quatre personnes, toutes employées de l’institut, s’étaient manifestées. Trois d’entre elles n’avaient fait que le saluer avant d’emprunter l’un des couloirs qui donnaient sur le  hall d’accueil. Sur les coups de onze heures, alors que, comme indiqué sur le terminal, la faim commençait à se faire sentir, se présentèrent deux livreurs qu’il identifia au logo de leur société, un homme et une femme. Cette dernière portait un paquet cubique d’une quarantaine de centimètres de côtés. Elle le déposa sur le comptoir tandis que son collègue se fendit d’un « prenez en soin ». Anton les dévisagea, haussa un sourcil et indiqua calmement :

« La réception des matières premières ne se fait pas ici, vous devez vous adresser au service concerné derrière le bâtiment Tognini, à cinq minutes.

— Il ne s’agit pas de matières premières, mais d’un article que l’une de vos collègues a acheté », lui répliqua la femme.

Depuis sa prise de poste, jamais personne ne s’était  fait expédier quelque produit fini que ce soit à l’adresse de l’institut. L’établissement était totalement indépendant sur ce point. Des cargaisons de matériaux divers arrivaient hebdomadairement avant d’être transformées par les imprimantes tridimensionnelles installées au sous-sol de certains des édifices de l’organisme. Le système de distribution se chargeait ensuite de transférer les produits finis, qu’ils soient combinaisons de travail, composants électroniques ou instruments de mesure complexes, au service ou au chercheur qui en avait passé commande.

Que le paquet ne soit pas arrivé par drone ou véhicule autonome l’étonna également. La coursière dut s’apercevoir de sa surprise, puisqu’elle déclara :

– Pour un contenu aussi onéreux, notre société se doit d’assurer une protection particulière.

Ils tournèrent les talons avant même qu’Anton ne déchiffre le nom de l’expéditeur, comme s’ils soupçonnaient qu’il allait avoir une multitude de questions à leur poser. L’enveloppe de bioplastique rigide qui protégeait le colis mentionnait qu’il provenait  de Fangmatan, une usine située à Tianshui dans la province chinoise de Gansu. Il s’attarda ensuite sur la destinataire.

« Ava ? Dans quelle unité travaille Élise Mermin ?

— Division moteurs pour les véhicules de tourisme, aile B de notre bâtiment, répondit illico l’intelligence artificielle.

— Tu peux me dire si…

— Elle est là aujourd’hui, mais je n’arrive pas à la contacter. Je pense que l’expérience cruciale qu’elle pilote l’empêche de répondre. »

Anton hésita. Il soupesa le colis. Dix, douze kilogrammes peut-être. L’arrêt du système de distribution le contraignait à transporter l’encombrant paquet lui-même. Qu’il quitte son comptoir quelques minutes ce matin-là ne gênerait sûrement pas grand monde et, si le contenu était aussi précieux que l’avaient prétendu les deux livreurs, il était préférable de s’en délester aussi tôt que possible. Il laissa Ava le guider dans le labyrinthe de couloirs.

L’aile B était la plus éloignée du hall principal, au point que ceux qui y travaillaient pénétraient habituellement dans le bâtiment par une autre porte. Anton n’avait certainement jamais croisé la plupart d’entre eux, au nombre desquels Élise Mermin. Sur les écrans ornant les couloirs s’affichaient des données sur son état de santé au fur et à mesure qu’il avançait . Il grimpa une série de marches, en descendit deux autres. Pressant le pas dans un corridor qu’il reconnut, il put lire sur un moniteur « fréquence cardiaque : 125 battements par minutes. Température corporelle :  37,6 °C ». Ava l’avertit :

– Ces données sont on ne peut plus normales, Anton. Je crois cependant que 36 secondes supplémentaires d’exercice par jour ne te feraient pas de mal.

Il arriva à destination plus vite qu’il ne l’aurait cru. Selon Ava, il était inutile de frapper à la porte puisqu’Élise Mermin était occupée. Lorsqu’il entra, la chercheuse lui tournait le dos. Elle observait à travers une vitre le déroulement d’une expérience en cours dans la salle blanche voisine. Un casque audio lui permettait de percevoir distinctement le moindre son généré par ses machines. N’osant perturber sa concentration, Anton s’approcha du bureau qui trônait au centre de la pièce et se délesta du paquet. Élise Mermin dut sentir sa présence puisqu’elle pivota et hocha la tête en guise de remerciement.. Son visage étonna Anton. Elle semblait âgée, certes, mais d’une manière différente de celle des septuagénaires d’aujourd’hui. Elle ressemblait aux actrices maquillées des films en costumes d’époque ou aux vieilles photographies du début du siècle, comme si elle avait refusé de bénéficier des progrès de la recherche sur le corps humain.

Anton la dévisagea quelques secondes de plus qu’il ne l’aurait dû puisque, se découvrant les oreilles, elle l’interrogea :

– Je peux faire quelque chose pour toi?

— Je suis Anton, le réceptionniste. On ne se connait pas, et mon indiscrétion te semblera peut-être déplacée, mais je suis curieux de savoir ce que contient le colis que je viens d’apporter.

Un grand sourire barra le visage d’Élise Mermin :

— Tu ne lui as pas dit, Ava ?

— Je préférais qu’il te le demande lui-même, énonça cette dernière d’un ton dans lequel Anton perçu une pointe de sarcasme.

La chercheuse reprit :

— Nous avons tous nos petites manies, certains les attribuent à de la nostalgie mais ce  sont en réalité des habitudes dont nous n’avons soit pas l’envie, soit pas le besoin, soit pas la possibilité de nous départir. Certains écoutent de la musique sur des supports obsolètes depuis des décennies parce qu’ils en aiment le timbre particulier. D’autres encore empruntent toujours la même route pour se rendre dans un lieu qu’ils ont l’habitude de visiter même si on leur suggère un trajet plus rapide ou plus court.

Elle s’interrompit, commençant à arracher la pellicule qui recouvrait le contenu de son paquet.

– La plupart des villes, des grandes entreprises et des centres de recherche comme le nôtre ne s’approvisionnent plus qu’en matériaux et matières premières, se chargeant d’imprimer localement tout ce dont nous avons besoin. Si tu as envie d’un  produit , il  suffit d’en faire la commande et d’attendre quelques minutes, au plus quelques  heures avant de le recevoir.  Il est une matière que ces outils ne savent plus produire parce qu’on ne les a pas conçus pour. Une matière qui a étendu son empire pendant plus de deux millénaires au point de se rendre totalement indispensable dans notre vie quotidienne — quand je suis née, il y a soixante-dix ans de cela, nous en étions totalement dépendants. Aujourd’hui, et c’est là l’ironie, cette matière n’est plus produite que là où elle a été inventée, et ce dans deux usines seulement. C’est ce qui la rend rare et chère. C’est comme si, après avoir conquis le monde puis avoir été presque abandonnée, elle avait décidé de se réfugier là où elle était née.

Du paquet désormais ouvert, elle commença à faire apparaître quelque chose  qu’Anton n’avait jamais vu autrement que sous la forme de vieux journaux que conservaient encore ses arrière-grands-parents, au point qu’il se refusa d’abord à y croire. Du papier. Par rames entières, sous forme de cahiers ou de blocs, le colis en contenait des milliers de feuilles, toutes vierges. Le sourire toujours plus large, Élise Mermin ajouta :

– Le cinéma est pudique sur ce point, mais crois-moi, on s’en servait même aux toilettes !

Anton ne l’ignorait pas et s’en amusa à son tour.

– Et je suppose que vous en avez besoin pour vos expériences ?

— Absolument pas. Quand nous avons une idée ou lorsque nous voulons dérouler un raisonnement, nous utilisons tous nos écrans tactiles ou décrivons nos projets à nos ordinateurs. Même si les modèles actuels sont encore rudimentaires, ces petits capteurs que l’on s’accole à la tempe et qui perçoivent certaines de nos pensées se popularisent rapidement. Moi, j’ai gardé une vieille habitude que mes parents m’ont transmise, une habitude dans laquelle tu pourrais voir de la nostalgie, même s’il n’en est rien. J’aime poser sur le papier mes idées, griffonner des équations, décrire des concepts ou encore esquisser des schémas. Cela m’aide à la fois à structurer mes pensées et à m’en souvenir.

Anton comprenait où elle voulait en venir. Il la remercia pour ses explications et s’apprêta à prendre congé, lorsque Élise Mermin plongea la main dans le colis et lui tendit un petit paquet allongé, lui faisant promettre de l’ouvrir quand il serait de retour dans le hall d’accueil. C’était un cadeau que l’usine offrait à  chaque commande.

Il parcourut les corridors en sens inverse, se hâtant au point qu’Ava lui reproche de  transpirer plus qu’il ne le devrait, s’installa derrière le comptoir puis déchira impatiemment la fine enveloppe de bioplastique. Le cœur battant, il se saisit du petit objet allongé qu’elle contenait et qu’il n’avait jamais vu que sur des vieilles photographies — ou peut-être était-ce dans un musée folklorique. Son regard s’illumina, fier et heureux de posséder désormais un petit morceau de passé. Il caressa doucement de l’index la carapace de bois du petit ustensile désuet. Il mit quelques secondes avant d’en retrouver le nom. Ce qu’il tenait entre ses doigts, c’était un crayon à papier.

Vincent Marcant

 

Un séjour dans l’espace modifie le cerveau !

Voyager ou séjourner dans l’espace ne fait pas forcément du bien au cerveau. Pour s’en rendre compte, l’étude a comparé les scans IRM des cerveaux de 27 astronautes avant et après leur mission. Précisément, 13 astronautes avaient mené une mission spatiale d’environ deux semaines et 14 avaient vécu 6 mois au bord de la station spatiale internationale. Les données ont été obtenues auprès du système de surveillance de la santé des astronautes de la NASA.

De la matière grise qui prend plus ou moins de volume

Les chercheurs ont constaté une diminution considérable du volume de matière grise dans le cerveau de ces astronautes. Notamment dans de grandes zones couvrant les lobes temporal et frontal et autour des orbites. À l’opposé, ils ont découvert une augmentation de la quantité de matière grise dans des zones plus localisées, notamment celles contrôlant le mouvement des membres inférieurs. Une augmentation ou une baisse de la matière grise dans différentes parties du cerveau a été relevée chez l’ensemble des astronautes. Plus ceux-ci avaient séjourné longtemps dans l’espace, plus les modifications étaient importantes.

cerveau-espace
En bleu : les zones où la matière grise diminue,. En orange : zones où la matière grise augmente, dans les régions contrôlant le mouvement des jambes. C’est la première image de la façon dont les vols spatiaux modifient la structure du cerveau humain!

La baisse de volume de matière grise pourrait être liée à la redistribution du liquide céphalo-rachidien dans l’espace, avancent les chercheurs. « La gravité n’est pas disponible pour extraire les liquides vers le bas dans le corps, ce qui se traduit par un visage dit gonflé dans l’espace. Cela peut entraîner un décalage de la position ou de la compression du cerveau», explique Rachael Seidler, auteur principale de l’étude et professeur de Kinésiologie et psychologie à l’Université du Michigan. En revanche, l’augmentation du volume de matière grise reflète probablement la plasticité cérébrale associée au fait d’apprendre à se déplacer en microgravité 24 heures sur 24. Une preuve supplémentaire que notre cerveau s’adapte à beaucoup de choses.

Diverses études récentes ont identifié des risques pour le cerveau dans l’espace. Troubles cognitifs, de l’apprentissage, modifications du nerf optique… pourraient se multiplier dans l’espace. En cause? Une augmentation de la pression intracrânienne en conditions de microgravité. N’en déplaise aux fans de science-fiction, l’évolution semble avoir conditionné l’Homme pour vivre sur Terre, et non pas dans des vaisseaux.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique