COP22 : quel rôle pour la science ?

Toutes les délégations présentes à la COP22 de Marrakech jusqu’au 18 novembre sont convaincues de la réalité du réchauffement climatique. Ce n’était pas le cas lors des toutes premières COP. « Cette prise de conscience a été obtenue grâce à la communauté scientifique », estime Thierry Lebel, hydrologue à l’IRD et contributeur au 5e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

L’ Accord de Paris étant entré en vigueur le 4 novembre 2016, tout l’enjeu de la COP22 et des prochaines COP sera de s’assurer de sa mise en oeuvre. Et pour cela, il existe encore de nombreux enjeux scientifiques à surmonter. En tout premier lieu, les modèles climatiques dessinent pour la plupart des scénarios à l’échelle mondiale. « On a désormais besoin de scénarios régionaux, afin d’avoir une compréhension plus fine des impacts du changement climatique et pouvoir accompagner les politiques publiques », prévient Thierry Lebel. La communauté scientifique doit également diminuer les incertitudes liées à l’intégration de tous les engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (INDC) à l’échelle mondiale. Il faudra pouvoir évaluer au plus vite quelle sera la réalité du réchauffement climatique à la fin du siècle pour pouvoir s’adapter au mieux.

Quoi qu’il advienne, le réchauffement climatique est déjà à l’oeuvre. La complexité du problème impose de construire une approche interdisciplinaire sur ses grands enjeux « socio-scientifiques ». Il s’agira notamment d’évaluer les migrations environnementales, les interactions environnement-santé et la sécurité alimentaire. Mais aussi de prévoir l’évolution des océans, de la biodiversité et de la désertification.

Enfin, derrière l’enjeu des 100 milliards de dollars en 2020 pour financer l’adaptation et l’atténuation dans les pays en développement, se trouve une question de fond : qui sont les pays les plus « vulnérables » au réchauffement climatique, à aider en priorité ? « Mesurer la vulnérabilité au changement climatique est un sujet qui divise les communautés des politiques et les chercheurs, car la vulnérabilité n’est pas quelque chose de mesurable, assure Thierry Lebel. Finalement, beaucoup de spécialistes disent qu’un indicateur de vulnérabilité pour des systèmes complexes n’existe pas ».

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Trump, au royaume des énergies fossiles !

Si Trump n’a pas donné de détails concrets sur la politique énergétique qu’il compte mener, ses différentes déclarations durant la campagne donnent des idées sur ses intentions. Il adoptera certainement des politiques visant à augmenter l’extraction et la production des énergies fossiles et à assouplir les normes sur l’industrie. Il compte bien annuler plusieurs réglementations prises par l’administration Obama. Contrairement à son prédécesseur, Trump pourra compter sur le soutien du Congrès, à majorité républicaine, pour ne pas freiner ses réformes.

Priorité aux énergies fossiles

Durant la campagne, Trump a annoncé qu’il dérégulerait le secteur énergétique et assouplirait la réglementation qui pèse sur l’extraction des énergies fossiles aux Etats-Unis. L’objectif : exploiter au maximum les énergies fossiles présentes dans le sous-sol terrestre, mais aussi sous les eaux fédérales, y compris en Arctique. « Trump, largement considéré comme un partisan important de l’industrie du pétrole et du gaz naturel, rejettera probablement toute tentative écologiste de freiner la production nationale de combustibles fossiles », estime le cabinet d’analyses S&P Global Platts. Le futur président américain devrait finalement autoriser TransCanada à construire le pipeline Keystone XL, alors que l’administration Obama l’a rejeté fin 2015, après des années de débat. Ce pipeline reliera le Canada au Golfe du Mexique pour transporter les sables bitumineux de l’Alberta vers les raffineries américaines.

Par ailleurs, Trump annulera probablement les efforts visant à instaurer de nouvelles normes d’émissions de gaz à effet de serre pour les raffineries de pétrole. Il pourrait également affaiblir les normes futures de consommation de carburant pour les voitures et les camions. Malgré tous ses efforts futurs pour faire rebondir la demande en pétrole, la transition est néanmoins en marche. « Les gains d’efficacité déjà en place dans le parc automobile américain devraient déjà réduire la demande d’essence de 500 000 barils par jour d’ici 2020 », tempère S&P Global Platts.

Dans son objectif de stimuler la demande de combustibles fossiles à court-terme, Trump pourrait aussi mettre fin aux aides qui accompagnent le développement des énergies renouvelables. « Par exemple, une réduction du crédit d’impôt à l’investissement à 10%, contre 30% actuellement, réduirait la demande d’installation solaire de 60% », estime S&P Global Platts.

Revenir sur la politique d’Obama

Trump a promis de démanteler, ou du moins réduire très fortement le pouvoir de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) qui, selon lui, crée « des normes à tout-va » et freine l’économie. Il devrait, par exemple, abandonner ou au moins affaiblir les efforts de l’EPA pour réglementer les émissions de méthane provenant des activités pétrolières et gazières. Il compte aussi annuler les règlements de l’administration Obama qui visent à freiner la pollution de l’industrie du charbon.

Trump aura le pouvoir de nommer entre un et trois juges à la Cour suprême pour influencer les décisions concernant les règlements environnementaux, si le Sénat approuve ces nominations. « Cela pourrait façonner l’équilibre idéologique de la cour pendant des décennies », prévient S&P Global Platts, car ces juges sont nommés à vie. Trump affectera aussi des postes clés à la tête de l’EPA, du Département de l’Energie et d’autres agences qui prennent des décisions touchant l’énergie.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Web Summit 2016 : la connexion première brique vers l’autonomie des véhicules

Une chose est sûre : la voiture du futur sera connectée. Connectée  à l’intérieur de l’habitacle, pour permettre aux occupants de pouvoir gérer les affaires courantes : regarder ses mails, visionner des vidéos, partager ses trajets avec d’autres personnes… Mais la voiture de demain sera également connectée à l’extérieur : la voiture interagira avec son environnement pour simplifier la vie du conducteur et in fine se déplacer de manière autonome.

C’est dans ce sens que Carlos Ghosn suit de près la tendance BlaBlaCar : « le partage des véhicules est pour nous une opportunité, car les services connectés sont une part de plus en plus importante de notre business. La seule question que nous nous posons aujourd’hui est : jusqu’où cela va-t-il aller ? ».

La connectivité, un enjeu our tous les acteurs

Le patron de Renault-Nissan voit dans le partage des véhicules une externalité extrêmement positive, au-delà du partage lui-même : l’amélioration de la connectivité des voitures. Et cette étape est cruciale pour le développement du véhicule autonome.

Nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, faire de la voiture – connectée – un lieu de vie, de partage, est l’objectif. Objectif à l’origine de la création de BlaBlaCar : « Nous avons fondé BlaBlaCar et mis en place ce système de partage, simplement car cela semblait très logique. Et c’est pour cela que ça a marché, les gens attendaient ce genre de service depuis longtemps », précise Nicolas Brusson.

Les positions respectives de BlaBlaCar et Renault-Nissan, qui peuvent paraître éloignées, et elles le sont sur le plan commercial, ne le sont finalement pas tant que ça, dans une perspective d’innovation : « il y a de la place pour tout le monde, et nous développons de nouveaux services pour se différencier », explique Carlos Ghosn.

L’avènement du véhicule autonome est certain

Car la tendance n’est pas pas prête de s’inverser. Aujourd’hui le succès croissant du véhicule électrique, première brique vers le véhicule connecté, est imparable :  les exemples chinois et norvégiens, où la croissance des véhicules électriques dépasse les prévisions les plus optimistes, en témoignent.

Et l’objectif des COP 21, 22 et à venir va effectivement dans ce sens.

Au final, même si les business de BlaBlaCar et de Renault-Nissan sont éloignés, ils participent tous deux à l’avènement de ce que sera la voiture du futur : connectée et autonome.

Reste à savoir à quel terme, et qui seront les gagnants. Comme le précise Carlos Ghosn, Uber investit déjà aux Etats)Unis sur la voiture autonome. Nicolas Brusson n’envisage pas la même chose pour BlaBlaCar : « Ce sont deux business très différents. Blabla car est une communauté… l’enjeu futur pour nous est  : comment on met des personnes dans la même voiture le plus efficacement possible ? ».

Dont acte. Pour Renault-Nissan, mastodonte du secteur, tout en innovant sur la connectivité des véhicules, il s’agit de développer la conduite autonome et du coup collaborer avec les régulateurs, travail en cours et qui prendra encore de nombreuses années.

Pierre Thouverez

Trump dénoncera-t-il l’Accord de Paris ?

Durant la campagne électorale américaine, Donald Trump n’a pas caché sa défiance envers l’Accord de Paris entré en vigueur le 4 novembre. Il n’a pas hésité à qualifier le réchauffement climatique de « canular ». Prochainement à la tête d’un pays émettant 17,9% des gaz à effet de serre de la planète, Donald Trump a affiché son intention d’annuler cet accord. Car pour lui, « cet accord donne à des bureaucrates étrangers le contrôle sur la façon et la quantité d’énergie que nous pouvons consommer dans notre pays » et sa mise en oeuvre tuerait l’emploi et le commerce. Mais cela ne sera pas si facile. « Il ne peut pas, contrairement à ce qu’il a dit, dénoncer l’Accord de Paris » et « il ne peut pas empêcher sa mise en oeuvre », a affirmé Ségolène Royal sur RTL ce mercredi matin.

Dans les faits, bien que la procédure soit longue et compliquée, les Etats-Unis peuvent sortir de l’Accord de Paris. La durée du préavis est de 3 ans et le mandat de Trump sera de 4 ans. S’il veut s’assurer que son pays sorte réellement de l’Accord, il devra donc notifier son intention durant la première année de son mandat. David Levaï, chercheur en coopération internationale sur le climat à l’IDDRI et ancien membre de l’équipe française de négociations chargé du suivi du Gouvernement américain, veut rester optimiste. « Lorsque l’on dit quelque chose en campagne, on ne le concrétise pas forcément. On voit bien que toute l’économie s’est tournée vers les énergies renouvelables. Ce n’est pas dit qu’une administration Trump veuille vraiment remettre ça en cause », analyse-t-il.

Les Etats-Unis et la Chine ont joué un rôle moteur dans l’Accord de Paris en avançant main dans la main. Cette dynamique peut changer, mais suffirait-elle à remettre l’ensemble du processus? « Il va falloir redoubler de combativité pour gagner la bataille contre le climat, prévient la ministre de l’environnement. Il va falloir être extrêmement vigilant et riposter à chaque fois que des tentatives seront faites pour affaiblir cet accord ». « Pendant les négociations de la COP21, l’ambassadeur de France à Washington estimait qu’en cas d’administration Trump, les Etats-Unis seraient sur un strapontin pendant quatre ans dans les négociations, confie David Levaï. Ils se marginaliseraient comme le Canada l’a fait avec le Gouvernement Harper pendant un certain nombre d’années, mais cela n’empêcherait pas le reste du monde de se mettre en ordre de bataille ». La situation est donc complexe, mais la lutte contre le changement climatique devrait continuer, avec les Etats-Unis, de près ou de loin.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Web Summit 2016 : Nissan lance la Get and Go Micra, une voiture « partagée »

Révélé par le PDG de Nissan Carlos Ghosn lors du Web Summit à Lisbonne, la nouvelle Nissan Intelligent Get & Go Micra permettra à ses utilisateurs d’utiliser une voiture sans en être propriétaire. Où bien d’en être propriétaire à plusieurs, c’est selon.

Un véritable virage pour Nissan ?

nissan-micraLe fabricant prévoit d’utiliser les réseaux sociaux  pour permettre aux clients potentiellement intéressés de se trouver la solution de partage qui leur correspondra le mieux.

La facturation sera mensuelle et comprendra l’assurance, l’entretien, l’accès à l’outil de jumelage en ligne, l’application smartphone et la connectivité du véhicule.

Commentant le lancement, Carlos Ghosn a déclaré: « Nous nous dirigeons vers un avenir où l’utilisation de la voiture sera peut être plus flexible, social et partagé. C’est quelque chose que nous prenons de plus en plus en compte. »

Pour Nissan, il s’agit d’un premier pas vers la fameuse mobilité intelligente, dans une direction que les grandes firmes automobiles rechignent à emprunter, puisque le partage des véhicules ne constitue pas leur modèle économique de base… loin de là. Mais cette tendance, dont la croissance ces trois dernières années est très importante, a fini par convaincre Carlos Ghosn et Nissan de tenter l’expérience.

web summit 2016 : l’avenir de la voiture connectée, par Carlos Ghosn

Invité à s’exprimer à l’occasion du Web Summit 2016 sur les prochaines étapes du développement des véhicules autonomes, Carlos Ghosn a profité de l’opportunité pour rappeler que Renault-Nissan a été la première entreprise à proposer des véhicules entièrement électriques. Depuis, d’autres grands groupes ont développé leurs propres modèles et proposent aujourd’hui des véhicules électriques bas prix : « le but pour Renault-Nissan, dans l’immédiat, est de rattraper son retard en termes de prix. Quand on sait qu’en Chine on trouve des véhicules entièrement électriques à moins de 8000 dollars… l’enjeu commence ici et nous nous devons de proposer des produits similaires à ce prix le plus rapidement possible », précise le PDG de Renault-Nissan. Le plus rapidement possible, c’est à dire dans quelques années. La chute du prix des batteries est une tendance – parmi d’autres – qui devrait permettre de mener cet objectif à bien.

« Ajouter une par une les briques de l’autonomie »

IMG_4236« l’enjeu est aujourd’hui de développer de nouvelles briques de technologiques pour la connectivité, l’autonomie… pour cela, une entreprise comme Renault-Nissan se doit de collaborer avec des partenaires : start-ups, universités, instituts de recherche. Nous avons même des projets en cours avec la NASA ». Carlos Ghosn identifie ainsi l’enjeu pour le véhicule autonome : réussir à collaborer avec des partenaires diverses, aux structures très différentes, pour implémenter les fameuses « briques » qui permettront l’avènement des véhicules autonomes.

Quels obstacles à l’avènement du véhicule autonome ?

Selon Carlos Ghosn, la difficulté principale pour arriver à une généralisation des voitures autonomes est de les faire fonctionner dasn tous les environnements : « Le contexte n’est pas le même à Tokyo et au Caire. C’est toute la difficulté. Si nous développons un véhicule autonome qui fonctionne parfaitement dans une ville donnée, mais dont l’implantation est impossible ailleurs – à cause des conditions de circulation, de l’architecture du réseau routier, de la connectivité… – nous courrons à l’échec. L’immense variété des situations que l’on peut trouver de part le monde est la raison pour laquelle l’implémentation du véhicule autonome prendra du temps. »

Le défi de la connectivité

Interrogé sur les prochains défis que Renault-Nissan va devoir relever, Carlos Ghosn a insisté sur la nécessité pour l’entreprise de faire évoluer drastiquement ses compétences, notamment en termes de développement de softwares : « un secteur hyper innovant sur lequel nous devons absolument développer des compétences en interne.

Tout ceci dans le but, entre autres, de développer la connectivité des véhicules, pierre de voûte des véhicules autonomes.

Pour conclure, Carlos Ghosn a précisé les enjeux autour du partage des véhicules, une tendance dont la croissance explose depuis quelques années, via des acteurs comme Blablacar par exemple : « Nous développons des solutions de partage de notre côté, mais cette tendance ne remplacera pas la situation actuelle dans la décennie qui vient, à savoir que chacun est propriétaire de son véhicule ».

Par Pierre Thouverez

La France double ses capacités expérimentales en physique nucléaire

Étudier le noyau atomique est primordial car il concentre l’essentiel de la masse de l’atome qui constitue toute matière. L’installation Spiral2 permettra donc de sonder le cœur de la matière. Destinée à produire en abondance des noyaux dits « exotiques » (car n’existant pas à l’état naturel sur Terre), elle autorisera la réalisation d’expériences inédites en physique et en astrophysique nucléaires.

À Spiral2 seront également menées des recherches appliquées pluridisciplinaires, dans les domaines de la santé (radiothérapie, diagnostic et recherche biomédicale), des matériaux pour la microfiltration (membranes pour l’agroalimentaire et la santé), de l’électronique, de l’aérospatiale et du nucléaire de fission et de fusion.

Spiral2 s’inscrit parmi les six plus importants projets de recherche en physique nucléaire dans le monde. Sa mise en service prévue en 2017 permettra à la France de continuer à occuper le devant de la scène internationale dans ce domaine. Actuellement le Ganil, très grande infrastructure de recherche commune au CNRS et au CEA, attire chaque année plus de 700 chercheurs à Caen qui proviennent de 30 pays différents.

D’un coût de plus de 138 millions d’euros, le projet, mené par le CNRS et le CEA, bénéficie notamment du soutien de l’Etat français, de la ville de Caen, de la communauté d’agglomération Caen-la-mer, du département du Calvados, de la région Normandie et de l’Union européenne. Spiral2, dont la construction a débuté en 2011, est inauguré le jeudi 3 novembre 2016, en présence de M. le Président de la République, François Hollande.

Sa conception et sa construction ont impliqué de nombreux laboratoires de recherche publics (notamment du CEA et du CNRS) et d’entreprises de haute technologie en France et en Europe.

Source : cnrs

COP22: les négociations climatiques continuent!

« L’élan politique lancé à la COP21, contrairement à beaucoup d’attentes, se poursuit bien », estime David Levai, chercheur en coopération internationale sur le climat à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Grâce à une ratification rapide, l’Accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre dernier, soit 11 mois après sa signature. A titre de comparaison, le protocole de Kyoto était entré en vigueur huit ans après sa signature ! Cela permet d’aborder cette nouvelle édition avec une bonne dynamique.

La COP22 se veut être une COP de l’action et de la mise en oeuvre de l’Accord de Paris. Car les négociateurs ont encore du pain sur la planche. La COP22 s’attachera à avancer sur les questions d’adaptation, priorité des pays du Sud, confrontés de plein fouet aux conséquences du changement climatique.« Il reste des enjeux techniques avancés, soutient David Levai. Trois sujets clés sont au coeur des préoccupations marocaines et de l’ensemble des pays en développement : l’adaptation, les finances et le renforcement des capacités de formation et d’éducation ». Il faudra en effet assurer un transfert de compétences pour  former les pays en développement au reporting environnemental, au calcul des niveaux d’émissions et à la prise en compte de l’environnement dans les politiques publiques (énergies renouvelables, transports, habitats, agriculture…).

Transformer les INDC

En amont de la COP21, les pays avaient transmis des contributions nationales d’engagement de réduction de gaz à effet de serre (INDC, selon le sigle en anglais). Pour le moment, il s’agit simplement d’objectifs, sans mesures concrètes pour les atteindre. « Par rapport aux engagements pris, il va falloir voir quelles sont les politiques publiques et les incitations que les pays doivent mettre en oeuvre, explique David Levai. Concrètement, quels sont les efforts qu’un pays donné doit mettre en place sur son secteur énergétique, sur son offre de transport, sur son agriculture… pour atteindre ses engagements ? ». Il s’agira aussi de définir les règles de transparence pour répondre à ces questions : comment les pays rapporteront-ils leurs émissions, comment pourra-t-on les vérifier et à quelle fréquence ? Quels instruments de coopération internationale mettre en place?

Il est par ailleurs nécessaire de clarifier la manière dont les pays doivent améliorer leurs contributions pour parvenir à l’objectif défini dans l’Accord. Car tous les 5 ans, les pays devront soumettre une nouvelle contribution nationale, la somme des engagements actuels mettant la planète sur un trajectoire de +3°C en 2100, contre un objectif de 2°C, voire 1,5°C selon l’accord de Paris. Suite à l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, la première réunion des parties à l’accord de Paris (la CMA) sera convoquée le 15 novembre à la COP22. Une soixantaine de chefs d’Etat et de Gouvernement, dont François Hollande, et plus de soixante-dix ministres chefs de délégation y sont attendus. Comme proposé par Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la CCNUC, il y sera question que les règles de transparence soient définies au plus tard en 2018, pour qu’elles puissent être prises en compte pour la première révision des INDC prévue en 2018.

Financements et Agenda des solutions

A Copenhague en 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. L’objectif : financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Mais les pays tardent à définir une feuille de route précise. Selon un rapport de l’OCDE paru en octobre, 67 milliards seraient assurés par les financements publics en 2020. Par effet de levier, l’OCDE estime que, grâce aux financements privés, le montant total pourrait atteindre entre 77 et 133 milliards de dollars en 2020. A la fin de la COP22, une feuille de route claire devra avoir été adoptée.

A l’occasion de la COP21, l’Agenda des solutions a connu un fort engouement. Il regroupe l’ensemble des actions et engagements des acteurs non étatiques – villes, régions, entreprises, investisseurs, organisations de la société civile – pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre et favoriser l’adaptation. Environ 12 000 engagements et 77 initiatives collaboratives ont été pris. Citons par exemple l’alliance solaire internationale, l’initiative africaine pour les énergies renouvelables, la coalition pour le prix du carbone, la coalition pour les transports propres, l’alliance mondiale pour la géothermie… Pour dresser un bilan de ces initiatives, un dispositif de suivi devrait être proposé à la COP22.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La Chine suspend la construction d’une trentaine de centrales charbon

Pékin semble avoir pris la mesure des défis qui l’attendent pour répondre à sa demande d’énergie croissante tout en réduisant son impact carbone. Première source d’énergie en Chine (64% de l’énergie primaire consommée), le charbon est le combustible le plus abondant, le moins cher, mais aussi le plus polluant. Or, le gouvernement s’est lancé dans une politique de réduction drastique des autorisations de construction pour privilégier des énergies plus vertueuses.

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Changement de stratégie énergétique

La décision des autorités chinoises intervient quelques mois l’annulation de 100 GW de projets de centrales charbon en avril dernier, rapporte l’Energy Desk de Greenpeace. Ces mesures semblent indiquer un changement de braquet dans la stratégie énergétique du pays. Elle reposait sur de grandes installations de production (charbon, gaz ou nucléaire) et la construction de milliers de kilomètres de lignes haute tension pour alimenter les grands centres urbains. Mais le développement rapide des énergies renouvelables et surtout la baisse des coûts ont poussé Pékin à revoir sa copie. Ainsi, la production électrique d’origine éolienne terrestre a dépassé celle du nucléaire en Chine dès 2012. Tim Buckley, directeur de l’Institut des études sur l’économie de l’énergie et l’analyse financière, a indiqué que la consommation de charbon de la Chine en 2015 avait baissé de 3,7%, tandis que la capacité solaire et éolienne avait augmenté respectivement de 74% et 34%.

Ces dynamiques montrent bien la montée en puissance des énergies renouvelables au détriment du charbon. Mais malgré la « déclaration de guerre » du gouvernement contre la pollution qui affecte sa population, le chemin est encore long. Selon les dernières données du BP Statistical Review, les énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon) continuaient en 2015 de représenter 88% de l’énergie primaire consommée dans l’Empire du Milieu, contre seulement 0,02% pour les énergies renouvelables…

Romain Chicheportiche

Fukushima : Le coût du démantèlement sous-estimé

Le démantèlement de Fukushima concerne 4 des 6 réacteurs qu’abrite la centrale. Les unités 5 et 6 n’ont pas été autant endommagées car leur alimentation de secours a continué à fonctionner après le tsunami qui a ravagé le Japon en 2011.

Récupérer le combustible usé

Après l’accident, la priorité des équipes de Tepco a été de maintenir sous contrôle la chaleur dégagée par la fusion des cœurs des réacteurs par l’injection continue d’eau pour refroidir le corium. La gestion de cette eau contaminée a été, et reste un enjeu fondamental depuis les premiers mois de gestion de crise. La compagnie montre toutes les difficultés du monde à empêcher la fuite d’eau contaminée dans la mer. Selon Tepco, la chaleur générée par les débris de combustible diminue néanmoins progressivement et est maintenu entre 25 et 40 C°. Cela a permis à l’électricien d’entamer un autre chantier d’importance pour réduire les risques sur le site : retirer les combustibles usés des piscines des réacteurs. Ces derniers font en effet peser un risque certain sur le site et les équipes qui y travaillent. La piscine du réacteur 4 et ses 1 533 assemblages de combustibles usés ont été la priorité de Tepco qui a achevé leur retrait en décembre 2014. Reste encore 1 573 assemblages de combustibles usés à retirer des piscines des trois autres bâtiments-réacteur. Viendra alors le temps des débris des installations et de la gestion du combustible fondu extrêmement radioactif.

Un devis impossible

Calculer le montant d’un tel démantèlement s’apparente à un véritable casse-tête car les Japonais avancent en terres inconnues. Les équipes de Tepco ont basé leurs estimations en prenant comme référence l’accident nucléaire américain de Three Miles Island en 1979. Pour autant, ce retour d’expérience est loin d’être suffisant pour pouvoir calculer avec précision les besoins techniques, technologiques et financiers pour retirer le corium des réacteurs 1, 2 et 3. « Il est difficile de calculer le coût entier d’un tel démantèlement », admet au Japan Today, Shinichi Nakakuki porte-parole de Tepco.

Cinq ans après la catastrophe, l’exploitant de Fukushima est exsangue. La compagnie japonaise, qui produisait avant l’accident un tiers de l’électricité du pays, a payé des milliards de yens pour dédommager les populations locales et pour commencer les opérations de démantèlement. L’entreprise a été en partie nationalisée (l’Etat y détient 50,1% du capital) pour éviter une faillite suicidaire. Mais face à l’ampleur des dépenses à venir, le gouvernement japonais cherche des solutions : « le comité étudie les moyens par lesquels Tepco peut sécuriser des fonds tout en évitant une augmentation de la charge publique », a déclaré Yoshihide Suga, secrétaire général du cabinet du ministre de l’Industrie lors d’une conférence de presse. Une des options étudiée par Tokyo consisterait à scinder en deux l’entreprise pour concentrer les fonds sur le démantèlement. « La question est toujours en débat », indique-t-il.

Au Japon, seul 2 réacteurs nucléaires sur les 42 existants ont repris le service depuis la catastrophe de 2011.

Par Romain Chicheportiche

Expérience#9: « Licenciement : échéance de fin de moi »

Après plusieurs années de pure complicité avec Pierre Vezelay, le Directeur Général d’une grande entreprise industrielle qui l’avait pourtant recruté, Antoine fut confronté à la plus décevante épreuve de sa longue carrière professionnelle. Trahi, abandonné, manipulé, utilisé, Antoine avait mille raisons d’éprouver colère, tristesse et écœurement. Comment Pierre, qui lui avait divulgué tant de confidences, avec qui il avait si souvent effectué de longs et prolifiques voyages professionnels, avec qui il avait réussi tant de projets innovants ; comment ce bon père de famille, cet homme qui avait l’air si simple, si sincère ; comment ce manager qui avait toujours été si bienveillant à son égard, qui l’avait toujours encensé auprès des autres, qui l’avait toujours couronné d’exceptionnelles évaluations professionnelles, comment, en ce début de cinquième année d’une si exemplaire collaboration, pouvait-il aujourd’hui annoncer aussi cyniquement :

« Bonjour Antoine, je suis confus de débuter cette nouvelle année de la sorte, mais je suis dans l’obligation de vous annoncer que l’entreprise souhaite que vous la quittiez… Rassurez-vous, nous n’avons rien à vous reprocher, mais nous souhaitons réorganiser notre département et nous ne pouvons pas vous proposer de nouvelles fonctions correspondant à vos compétences. Bien entendu, nous saurons assumer les responsabilités de cette décision douloureuse et vous négocierez les conditions matérielles de votre départ avec notre directeur des ressources humaines ».

Qui était en réalité ce personnage soudainement si distant, cyniquement capable d’adopter un langage si « aérien » pour virer un proche suppléant qu’il avait porté aux nues jusqu’alors ? Comment une entreprise – économiquement à l’aise –  peut-elle à la fois glorifier et congédier un de ses plus précieux et plus dévoués collaborateurs ? Comment un être humain normalement constitué peut-il se faire le porte-parole zélé d’une telle schizophrénie ? Comment peut-on à ce point faire coexister deux naturels tellement contraires ?

Les ruptures sont de douloureuses épreuves humaines car elles nous confrontent au sentiment de finitude. Les ruptures de contrat dans les entreprises ne font pas exception à la règle. De nombreux conflits prennent naissance à cause de finitudes mal gérées. Les plans sociaux traités selon une approche technocratique sont les plus violents. Il n’est pas difficile, dans de telles conditions, de comprendre la colère des salariés.

En effet, après de longues années passées dans l’entreprise et faute de recevoir le moindre signe de reconnaissance – ne serait-ce que pour leur fidélité – ces derniers éprouvent alors le douloureux sentiment d’être des choses que l’on jette à la poubelle. Les entreprises qui négligent cette phase de reconnaissance, se rendent coupables de « grossièreté managériale ». Les salariés, se sentant offensés par tant d’irrespect et de goujaterie, exigent alors, tout aussi violemment, une réparation « sonnante et trébuchante » à la hauteur de la maltraitance qu’ils subissent. Seules les entreprises humanistes semblent se rendre compte à quel point il est approprié, et accessoirement plus profitable, d’accompagner le deuil de salariés plongés dans l’angoissante insécurité de nébuleux impératifs de gestion.

Les dispositifs mis en œuvre pour accompagner un salarié licencié nous renseignent explicitement sur les orientations culturelles d’une entreprise. Si vous voulez savoir où vous mettez les pieds, commencez par vous renseigner sur la manière dont cette entreprise se sépare de ses membres… En tout état de cause, les dispositifs en place, s’ils témoignent du respect de votre entreprise pour la souffrance qu’elle vous inflige, ne pourront pas vous éviter la confrontation avec cette angoisse de finitude.

Finitude

L’angoisse découlant de toute situation irréversible est un signal qui vous informe de l’expérience de la finitude. La mort est la plus angoissante des situations irréversibles. Cette conscience angoissante du bornage de la durée de votre vie, vous la devez à votre valeur de finitude.

Un divorce, une séparation, un licenciement, un départ à la retraite, un anniversaire, la clôture d’un projet, un sentiment d’incompétence (conscience de la limite de vos capacités), etc.… sont d’autres instances de la finitude.

Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de comportements liés à l’angoisse de finitude dans les organisations :

  • Difficultés à jeter (une tâche non importante, un document inutile, de vieux vêtements, le contenu d’une armoire…).
  • Difficulté à DIRE NON.
  • Déni des points forts de la concurrence.
  • Résistance au développement personnel, à la formation, au recours à une aide
  • Refus de sortir d’une dépendance (drogue, tabac, alcool, nourriture, travail…).
  • Déni de ses limites personnelles (stress, concentration, résilience, compétence…).
  • Mauvaise gestion des ressources (déni de conscience que les ressources (aussi) sont limitées).

Le processus de deuil est un outil précieux pour permettre la naissance de quelque chose de nouveau et notamment pour accompagner les organisations vers le changement.

Sachant ce que vous savez : quelle est la meilleure façon de réussir une séparation lorsqu’un certain niveau d’attachement s’est développé entre deux contractants ?

  1. A la manière de Pierre Vezelay : déconnecté et sans états d’âmes.
  2. Avec tact ainsi qu’une empathie concrétisée par une solide compensation.
  3. En apportant du soutien jusqu’à l’acceptation de celui ou celle qui subit la rupture
  4. Autre suggestion ?

N’hésitez pas à nous donner votre avis via le post d’un commentaire dans la zone prévue à cet effet à la suite de l’article . Racontez-nous également vos propres expériences analogues.

Par Dino Ragazzo

12 expériences de management réelles

  1. Expérience #1 : « Je ne vaux plus rien »
  2. Expérience #2 : « Je sais ! Je sais ! Du savoir à la compétence »
  3. Expérience#3: « ça ne marche pas« 
  4. Expérience#4 : Managers attention : le succès rend aveugle !
  5. Expérience#5 : Passe-droits, privilèges et courage
  6. Expérience#6 : Justice pour les collaborateurs, solitude pour les managers
  7. Expérience#7 : Le soi du Gestalt consultant comme outil d’observation des processus
  8. Expérience#8 : Perfectionnisme : une coûteuse erreur de management

Deux éoliennes toutes les heures ont été installées en Chine durant l’année 2015

Les énergies renouvelables ont représenté plus de la moitié de la capacité électrique nouvellement installée en 2015 souligne l’AIE dans son Medium-Term Renewable Market Report qui est paru le 25 octobre 2016.

153 GW d’EnR ont été mis en place durant ces 12 mois, et le solaro-éolien se taille la part du lion: 66 GW d’éolien (dont la moitié en Chine) et 49 GW de solaire photovoltaïque. On ne peut donc plus parler d’une simple « transition énergétique » mais d’une véritable révolution énergétique, un séisme planétaire.

Selon le Directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, « nous sommes les témoins d’une transformation du marché global de l’électricité menée par les renouvelables, et comme dans d’autres domaines le centre de gravité de la croissance des renouvelables se déplace vers les marchés émergents ».

Pour les spécialistes de l’AIE la thématique climatique n’est pas le seul moteur de ce changement. Dans de nombreux pays la pollution de l’air par la combustion de charbon, de pétrole ou de biomasse constitue un problème sanitaire majeur. Tous ceux qui se sont rendus à Pékin ou à New-Delhi récemment peuvent témoigner de la gravité de la situation.

Par ailleurs nombreux sont les pays qui cherchent à diversifier leur mix énergétique pour des raisons géostratégiques. Enfin, le coût du solaro-éolien est de plus en plus attractif, ce qui suffit pour attirer des investisseurs dont la motivation n’est ni environnementale, ni sanitaire.

« Durant les 5 années à venir les renouvelables resteront la source d’électricité qui va croître le plus vite » estime l’AIE. 60% de la hausse de la consommation électrique sera couverte par les renouvelables sur le moyen-terme.

En 2021 la production électro-renouvelable atteindra 7600 TWh selon l’AIE, soit autant que ce que consomment les USA et l’Europe réunis.

Les progrès dans le domaine de la chaleur et du transport sont bien moins rapides et une croissance anarchique du solaro-éolien peut poser localement quelques problème d’adaptation au niveau des réseaux électriques. Les outils pour résoudre ces problèmes sont disponibles dès à présent, comme l’a montré l’AIE dans un autre rapport.

Pour le directeur de l’AIE, ces prévisions à la hausse du solaro-éolien sont modestes comparativement à leur énorme potentiel. « L’AIE travaillera avec les gouvernements du monde pour maximiser le développement des renouvelables dans les années à venir » .

Les voitures autonomes signeront-elles la fin des embouteillages ?

En finir avec les bouchons sur la route, le rêve de tout conducteur qui se respecte. Un rêve inatteignable, à priori. Pourtant, un jour, les embouteillages pourraient bien devenir de l’histoire ancienne – grâce aux maths et… aux voitures autonomes, bien sûr.

Il ne faut en effet pas oublier que les bouchons sont dûs, en majorité, bien avant les pannes et les accidents, à un facteur humain : c’est quand nous freinons brusquement, ou que nous accélérons pour doubler, que nous provoquons, à force d’influencer les autres, une congestion du trafic – c’est “l’effet accordéon”. Pour être clair, c’est tous ensemble que nous créons un embouteillage, suite à la conjugaison de nos milliers d’actions individuelles, pas toujours très rationnelles.

Si des embouteillages surviennent soudainement, sans aucune raison apparente (ce que les chercheurs appellent un “embouteillage fantôme”), c’est parce que le ralentissement d’un seul véhicule provoque une réaction en chaîne (l’effet papillon), semblable à l’onde de choc provoquée par une explosion.

Si nous respections tous une certaine distance entre notre voiture et celle devant nous, il n’y aurait en fait plus aucun bouchon, et nous arriverions à destination le plus rapidement possible. Et si nous ne freinions pas ou n’accélérions pas à tout bout de champ aussi. “La modélisation mathématique nous enseigne que si les conducteurs roulaient tous en permanence autour de 80 km/h, la circulation serait constamment fluide”, constate Lorna Wilson, mathématicienne à l’Institute for Mathematical Innovation de l’Université de Bath (Royaume-Uni), dans The Conversation. La situation serait-elle différente si les voitures étaient sans conducteurs, dégagées de nos décisions de conduite impulsives ?

Algorithmes et voitures autonomes

Pour Lorna Wilson, il est clair qu’intégrer les voitures autonomes dans les modèles mathématiques de trafic “améliorera considérablement la fluidité de la circulation”. En modélisant une circulation dense au moyen d’équations différentielles “décrivant le mouvement des fluides”, de modèles de files d’attente et autres modèles mathématiques tenant compte des imprévus non-humains (par exemple, un cerf surgissant sur la route), et en prenant en compte des facteurs comme les fermetures de route ou la synchronisation des feux, il serait possible de bâtir un système automatisé – avec des voitures sans conducteur respectant les limitations de vitesse, et “se comportant d’une manière plus rationnelle”… en communiquant entre elles, afin de changer d’itinéraires ou de comportement au volant.

Berthold Horn, chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology), a conçu un algorithme  qui permet, en théorie, d’en finir avec les bouchons. Chaque voiture, selon son système, roulerait ainsi à la même distance de celle devant et derrière elle. En communiquant entre eux, les véhicules réguleraient leur vitesse en permanence, anticipant tout ralentissement, même en ville. Comme le montre le jeu vidéo “Error-Prone”, qui simule à la perfection un tel système, les voitures arriveraient toutes à destination bien plus vite que si un conducteur humain ne décidait d’accélérer, et sans le moindre bouchon. Comme les wagons d’un seul et même train.

Capture d’écran 2016-11-02 à 16.26.33Mais pour mettre réellement en pratique ce système, encore faudrait-il que “100% des véhicules roulant sur l’autoroute soient autonomes”, indique Alain Bonnafous, chercheur au Laboratoire d’économie des transports, au Huffington Post. Avant que les voitures sans conducteur deviennent la norme et se généralisent, il nous faudra très probablement attendre plusieurs décennies, puisque celles-ci ne sont encore qu’en développement.

Et que subsistent quelques freins non négligeables, comme l’augmentation du trafic automobile, et la résistance des humains à laisser des algorithmes conduire à leur place. Il nous faudra ainsi faire un énorme travail sur nous-même, pour cesser de considérer nos voitures comme des objets, et les regarder comme des services de transport

Des voitures connectées qui parleront entre elles… en attendant

D’ici là, les voitures autonomes et les voitures conduites par des humains devraient communiquer davantage entre elles, afin de réduire au maximum les fluctuations de vitesse. “En se parlant les uns aux autres pour partager des informations 10 fois par seconde, les véhicules visualiseront bien plus rapidement leur environnement que les humains. Ce qui permettra de prévenir ces derniers, ou d’influer sur leurs régulateurs de vitesse”, indique le Dr. Larry Head, du Transportation Research Institute de l’université d’Arizona, à la BBC.

Cette technologie de communication entre véhicules connectés, le V2V, ou V2X, devrait être déployée dans plusieurs millions de véhicules d’ici 2020 – notamment, en 2017, dans la flotte de Cadillac CTS. La National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), l’agence américaine chargée de la sécurité routière a fait du déploiement du V2V une “priorité”. Notons que pour elle, 90% des accidents de la route étant liés à une erreur humaine, la “conduite automatisée” devrait réduire leur nombre de 80 % d’ici 2035. Jusqu’à frôler un jour le 1% de risque des avions et des trains…

En plus de la communication entre véhicules, une autre technologie actuellement développée aux USA, et testée par le département des transports de l’Illinois, devrait permettre de prévenir les véhicules et leurs conducteurs de la naissance d’une “onde de choc” en aval, afin de leur permettre de rester vigilants : le “Queue Warning”. Combinée au V2V, elle devrait permettre de créer un système anti-bouchons… avant l’hypothétique utilisation, en masse, des voitures autonomes.

 

auto1024BMW, Daimler et Volkswagen n’ont pas perdu de temps, et ont racheté récemment le service allemand de cartographie HERE, afin de faire communiquer les voitures entre elles, au sujet des bouchons, des accidents, des risques routiers (brouillard, voies glissantes), ou encore des limitations de vitesse temporaires – et d’afficher des annonces sur les tableaux de bord des conducteurs. Comme l’explique ZDNet, “ce sont des centaines de milliers de véhicules des 3 constructeurs allemands qui alimenteront en données le système – et des millions d’ici 2018”.

Avant l’arrivée des véhicules autonomes, nous pourrons aussi utiliser des véhicules proposant des systèmes de “conduite autonome dans les bouchons”, semblables à ceux que Renault ou Peugeot s’apprêtent à lancer : une fois un “bouton” actionné, la voiture, semi-autonome, se mettra à suivre celle devant elle. Histoire de nous permettre de faire autre chose que de décélérer toutes les deux minutes pendant un embouteillage. Ce sera déjà ça de gagné.

Par Fabien Soyez

Quel « Partage de l’Effort » en Europe pour 2030 ?

Avec l’accord de Paris, l’Europe s’engage à travers son futur Paquet Énergie-Climat 2030 à baisser d’au moins 40% l’ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 par rapport à 1990. Cet objectif se décline en deux sous-objectifs. Les secteurs visés par le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) – production d’électricité, gros sites industriels et aviation civile – devront baisser leurs émissions de 43% par rapport à 2005. Les secteurs hors-SEQUE – transports, bâtiments, agriculture,  déchets et petites installations industrielles – devront baisser leurs émissions de 30% par rapport à 2005. A ce point de départ, les secteurs SEQE couvraient environ 45% des émissions totales de GES de l’UE, et les secteurs hors-SEQUE environ 55%.

Le Paquet énergie-climat 2030 est en cours de négociations au sein de l’Union européenne. L’une des questions épineuses à trancher est la révision du règlement « Effort Sharing » (ESR) sur le partage des efforts de réduction des émissions de GES hors-SEQUE parmi les 28 Etats membres. Celui-ci succèdera à la décision « partage de l’effort » établi pour 2013-2020. La Commission européenne a fait une proposition le 20 juillet 2016 pour la période 2021-2030. Celle-ci a été présentée au conseil environnement le 17 octobre 2016. Avant fin 2016, le rapporteur devra rendre un  premier rapport reprenant les amendements retenus pour que la proposition soit votée fin mai à la Commission environnement du Parlement. Elle sera ensuite discutée en plénière au Parlement, avant de nouvelles négociations entre le Parlement, la Commission et le Conseil environnement.

« La proposition  sera satisfaisante si des objectifs de réduction ambitieux sont mis en place, couplés à des mesures nationales concrètes. Mais aussi s’il y a la possibilité de réviser à la hausse l’ambition de cette régulation pour aligner les objectifs globaux de l’Union Européenne à ses objectifs de long-terme », prévient Charlotte Vailles, chef de projet – Industrie, énergie et climat chez I4CE (Institute for Climate Economics). Car l’objectif européen sur la table est de réduire les émissions totales de 20% en 2020 par rapport à 1990 et d’au moins 40% en 2030. « La trajectoire retenue pour 2030 est la moins ambitieuse pour atteindre les objectifs de long-terme de l’Union européenne qui se situent dans une fourchette de réduction des émissions de 80 à 95% en 2050 par rapport à 1990», note l’experte. A ce train là, la réduction ne sera donc que de 80% en 2050.

Paquet Energie climat 2030 vs 2020

Sur la période 2013-2020, l’objectif européen était d’atteindre une réduction de 10% par rapport à 1990 pour le secteur hors-SEQE. « Cet objectif global était divisé en objectifs nationaux, eux-mêmes traduits en allocations annuelles d’émissions suivant une trajectoire linéraire entre 2013 et 2020 », note Charlotte Vailles. Les objectifs nationaux étaient calculés en fonction du PIB/habitant de 2005 par rapport à la moyenne européenne. Ils s’échelonnaient de -20% pour le Danemark, l’Irlande et le Luxembourg à +20% pour la Bulgarie. Des flexibilités étaient prévues pour remplir les objectifs annuels : le report de certains quotas d’une année sur l’autre, le transfert de certains quotas entre Etats et le recours aux mécanismes de projets du protocole de Kyoto (MDP et MOC). La mise en conformité avec les objectifs se faisait annuellement et les pays devaient communiquer tous les deux ans sur les politiques et mesures nationales mises en place pour respecter leurs objectifs.

En 2014, l’objectif de 2020 était déjà atteint, puisque les émissions couvertes par l’ESR étaient inférieures de 12,9% au niveau de 2005. Selon les projections, les émissions des secteurs hors SEQE vont rester en dessous des objectifs fixés pour 2020 dans la plupart des pays. « On estime que seulement 4 Etats [Autriche, Belgique, Irlande et Luxembourg] auraient besoin d’avoir recours à un mécanisme de flexibilité pour respecter leurs objectifs d’ici 2020 sans mesures additionnelles », prévient Charlotte Vailles.

Pour la période post-2020, la proposition de la Commission conserve le même principe. Les objectifs nationaux iront de -40 à 0% par rapport à 2005. La France a un objectif de -37%. Il y aura là encore des allocations annuelles d’émission. Mais cette fois-ci, le PIB/habitant n’est plus le seul facteur pour déterminer les objectifs des différents pays. Il y aura un ajustement relatif des objectifs pour les pays dont le PIB/habitant est supérieur à la moyenne de l’UE, pour tenir compte du rapport coût-efficacité de l’effort supplémentaire qui leur est imposé.

Il y a par ailleurs deux nouveautés. Le cycle de conformité est prévu tous les 5 ans et non plus chaque année. « Si cela réduit les coûts administratifs, cela augmente le risque de non-conformité et diminue la flexibilité du système », observe Charlotte Vailles. Le système prévoit également plus de transparence dans les transferts d’allocations entre Etats. Dans cette proposition, les Etats devront faire une déclaration publique d’intention d’acheter ou vendre des allocations.

Dans la proposition actuelle, les flexibilités existantes sont maintenues. Mais deux nouvelles flexibilités sont introduites : un lien avec les activités liées à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie (UTCATF) et le système communautaire d’échange de quotas d’émission. Les séquestrations nettes de certaines catégories comptables du secteur UTCATF peuvent être utilisées pour entrer en conformité. Mais dans une limite totale de 280 millions de tonnes de CO2 équivalent (MtCO2 eq) sur l’ensemble de la période. 9 Etats pourront par ailleurs annuler des enchères du SEQE pour entrer en conformité, dans une limite totale de 100 MtCO2 eq sur l’ensemble de la période. Mais plusieurs Etats réclament encore le renforcement ou la création de nouveaux mécanismes de flexibilité.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

GoSpectro, ou la spectroscopie accessible

La spectroscopie, technique qui permet de sonder la matière à l’aide de son spectre lumineux, n’est plus réservée aux appareils de laboratoire, volumineux, complexes et onéreux. Grâce au GoSpectro, elle a la portée de n’importe quel smartphone iOS ou Android. «Nous avions pour objectif d’élaborer le spectromètre le plus compact, le plus simple et le moins coûteux» explique Arnaud Zoubir, ingénieur/docteur et responsable du développement d’affaires chez ALPhANOV, centre technologique situé à Talence (Gironde) et adossé au pôle de compétitivité Route des Lasers. Cette ambition a pris forme avec ce dispositif miniature d’une trentaine de grammes, commercialisé depuis septembre à 300 € HT. Ce spectromètre de poche, passif car dépourvu de composant électronique, se fixe au dos du smartphone à l’aide d’une interface mécanique.

Capture d’écran 2016-11-02 à 16.02.12GoSpectro, voué à l’analyse de la lumière visible, respecte le schéma de fonctionnement classique d’un spectromètre. «La lumière entre par une fente et les multiples longueurs d’onde qui la composent sont séparées angulairement par un réseau dispersif, décrit Arnaud Zoubir. Puis vient le détecteur, pour lequel nous utilisons – et c’est la nouveauté – le capteur photo du smartphone.» Plusieurs défis ont été relevés pendant la phase de conception. «La miniaturisation a été la première grande difficulté, car la résolution spectrale est liée à la taille du dispositif, argumente Arnaud Zoubir. Celle du GoSpectro est inférieure à 10 nanomètres. Les appareils de laboratoire, qui travaillent de l’ultraviolet jusqu’à l’infrarouge, sont bien sûr plus performants et il n’est pas question de les concurrencer.» Par ailleurs, le système d’autocalibration du GoSpectro, améliorant la précision de la mesure au nanomètre près, est en attente de brevetage.

Les effets des filtres sont corrigés

La variété des capteurs photo a été une autre contrainte. «La courbe de réponse du capteur dépend par exemple des filtres qui sont superposés, précise Arnaud Zoubir. Nous avons donc créé un algorithme correctif. GoSpectro est compatible de fait avec 95% des capteurs existants. Pour l’anecdote, les téléphones d’entrée de gamme, qui possèdent le moins de filtres, bénéficient d’une gamme un peu plus étendue. En revanche, leurs auto-ajustements (ISO, balance des blancs, etc) ne sont pas toujours débrayables et doivent être compensés par l’application mobile.» Une application développée en interne qui a requis beaucoup d’efforts. «Nous avons cherché à simplifier les fonctions de manière à ce que même un néophyte puisse mesurer un spectre de lumière» ajoute Arnaud Zoubir.

La mobilité, la connectivité et le petit prix du GoSpectro en font un instrument de terrain qui ouvre de nouvelles perspectives à la spectroscopie. «Une société qui équipe le milieu médical en matériel d’éclairage s’en sert pour vérifier in situ le pic d’émission et la qualité spectrale du flux lumineux, commente Arnaud Zoubir. Nous discutons aussi avec des industriels de l’éclairage automobile et de l’agroalimentaire intéressés par les possibilités de contrôle-qualité offertes par le GoSpectro.» S’ajoutent l’analyse des matériaux luminescents (phosphore des LEDs…) ou de l’encre anti-contrefaçon, la caractérisation des composants optiques, des filtres colorés et des pierres précieuses… La liste des usages professionnels est longue. Mais ALPhANOV, pour le moment, sélectionne avec soin ses premiers utilisateurs et GoSpectro évoluera selon les besoins exprimés. L’analyse colorimétrique est d’ores et déjà une fonction en cours de développement.

Frédéric Monflier

Tesla, toitures solaires et nouveautés

Pour répondre au défi posé par le réchauffement climatique et alors que les émissions de gaz à effet de serre atteignent encore des records en 2016, Elon Musk insiste sur l’importance d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables. La vision de Tesla repose ainsi désormais sur trois piliers : des toits solaire, des batteries domestiques et des véhicules électriques.

musk-solaireLa grande annonce de cette conférence de presse était la commercialisation prochaine de toits solaires. Disponibles en plusieurs couleurs, ils s’adaptent aux différentes architectures et styles. « Le but est d’avoir des toits solaires qui sont plus beaux que des toits normaux, génèrent de l’électricité, durent plus longtemps, sont mieux isolés et coûtent moins chers », prévient Elon Musk. Pas de prix précis annoncés, mais simplement le fait qu’ils coûteront moins chers « qu’un toit normal plus le coût de l’électricité ». Les premières installations devraient commencer en 2017. Elon Musk espère rapidement capter 5% du marché des toits solaires.

Solarcity, un bon investissement?

Ce produit vise à justifier le projet de rachat de SolarCity par Tesla pour environ 2,6 milliards de dollars. Car les actionnaires semblent inquiets. Face à ce scepticisme, Elon Musk défend le projet. Sur son blog, il a annoncé le 1er novembre que l’achat de SolarCity devrait ajouter plus d’un demi-milliard de dollars de liquidités dans les comptes de Tesla sur les trois prochaines années et apporter près d’un milliard de dollars supplémentaires à son chiffre d’affaires en 2017.

Aux Etats-Unis, SolarCity fournit près d’un nouveau panneau solaire résidentiel sur trois et compte près de 300.000 clients. En rachetant l’entreprise, Tesla espère peser davantage dans ce marché qui génère 12 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis. Sur les 5 prochaines années, Elon Musk estime que le marché devrait croître annuellement entre 15 et 20%. De quoi rapidement rentabiliser l’investissement. Il ne reste plus qu’à savoir si les actionnaires se laisseront convraincre. Ils doivent se prononcer sur ce rachat le 17 novembre prochain.

Powerwall 2 et Powerpack 2

Elon Musk en a profité pour faire d’autres annonces. La production du Powerwall 2 débutera ce trimestre à la Gigafactory. Il sera proposé à 5.500 dollars, contre 3.000 dollars pour son prédécesseur mais aura « deux fois plus d’énergie ». La batterie sera capable de stocker jusqu’à 14 kilowattheures (kWh), contre 6,4 kWh pour la version précédente. Elle pourra délivrer jusqu’à 5 kilowatts (kW) de puissance en continu et 7 kW en crête. Cette batterie stockera le surplus d’électricité produit par le toit ou des panneaux solaires la journée et l’électricité du réseau aux heures creuses, pour la délivrer la nuit ou lorsque l’électricité est plus chère.

Elon Musk a aussi annoncé le Powerpack 2, une batterie de 50 kW qui stocke 210 kWh. Le produit est modulaire : il est possible d’assembler plusieurs milliers de Powerpack 2. Tesla déploie d’ailleurs actuellement la plus grande station de stockage Lithium-ion au monde, grâce à ses Powerpack 2. Elle atteindra 20 mégawatts (MW) et 80 mégawattheures (MWh) pour le fournisseur d’électricité Southern California Edison. Par ailleurs, 52 MWh sont prévus pour la coopérative électrique hawaienne Kauai Island Utility.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Peut-on transformer sans écouter ?

En marge de cette tribune Techniques de l’Ingénieur vous invite à vous inscrire à la conférence « Peut-on transformer sans écouter » qui aura lieu jeudi 3 novembre à 19h00.

Ancienne présidente de GE France et vice-présidente de GE International, Clara Gaymard aime à rappeler que les entreprises doivent aujourd’hui se transformer pour survivre, encore davantage que dans un passé récent. Et de fustiger un premier écueil en termes de management, « celui de la prétention à l’objectivité absolue, à la modélisation parfaite ». Or, selon cette dernière, il est un flux pour le moins compliqué à objectiver : « l’être humain, avec ses raisons et ses affects, dont il faut susciter l’adhésion » alors que « réussir le changement implique de réunir une masse critique d’acteurs, avec une direction qui incarne et porte une vision, au lieu de se réfugier derrière des process ». Ces quelques verbatims sont issus de la préface du livre intitulé « Conduire le changement avec la méthode ACE », paru à la rentrée 2016 aux Editions Eyrolles, et qui expose une nouvelle méthodologie pour réussir la transformation d’entreprise. Une méthodologie qualifiée de « sériée, systématique et rigoureuse » par Clara Gaymard qui note au passage « qu’il est des ingénieurs parmi les auteurs ! ».  Ce livre est en effet un vrai retour d’expérience de plus de 80 ans de pratique de la transformation cumulée par les auteurs. Il décrit de manière pragmatique et illustrée, la méthode à suivre pour mieux réussir les projets de transformation au sein des organisations.

Traditionnellement, les projets de transformation démarrent par la définition d’une vision par la direction, charge au management de la déployer et aux opérationnels de l’appliquer. L’écoute ne va que dans un sens. Dans bien des cas, ces projets de transformation ne parviennent pas aux résultats escomptés et accouchent d’une souris. Pour réussir une transformation, il faut opérer une nouvelle répartition des responsabilités dans l’entreprise, favorisant l’alignement et l’engagement de tous les collaborateurs dans la définition de la stratégie et sa mise en œuvre à tous les niveaux. Autrement dit, l’écoute doit aller dans les deux sens. Cette approche doit impliquer, tout d’abord, tous les niveaux hiérarchiques dans la définition d’une stratégie – en particulier les opérationnels – qui devient partagée et comprise par tous. La mise en place est ensuite soutenue par une direction qui incarne et soutient les nouvelles directives auprès de leurs équipes. Enfin, le déploiement et l’amélioration continue des nouveaux modes de travail sont assurés par les opérationnels, avec la plus grande autonomie possible.

Concrètement et dans un premier temps, la direction doit mesurer la capacité de l’organisation à se transformer à tous les niveaux. Et construire également une relation de confiance au travers de l’écoute et de l’intégration des idées d’amélioration dans les axes de réflexions stratégiques. Pour ce faire, les équipes dirigeantes doivent notamment réaliser de véritables séances d’immersion, au plus près des opérationnels et du management, pour écouter et recueillir des idées susceptibles de venir alimenter leur réflexion dans le processus de transformation et de définition de la vision. Dans un deuxième temps et une fois la vision définie, le management doit s’assurer de la parfaite appropriation de la stratégie et d’une première mise en place de cette dernière. Lors de cette phase, le management reçoit un soutien total de la direction, qui participe au même titre que les opérationnels aux différents groupes de travail. Enfin, dans un troisième temps, les opérationnels déploient avec la plus grande autonomie possible les chantiers pilotes de la phase précédente, avec le support du management et l’exemplarité de la direction. Toutefois, ces trois temps ne représentent qu’un seul cycle de la transformation à mener. Car cette dernière deviendra un processus continu de l’entreprise, avec des cycles imbriqués les uns dans les autres.

A travers cette méthode, l’entreprise peut faire preuve d’une plus grande agilité, et ce à trois niveaux. Tout d’abord une agilité stratégique, assurée par la cohésion des équipes et leur capacité de s’adapter collectivement à de nouveaux contextes. Une agilité de moyens, de par la présence des dirigeants au sein des équipes chargées de la mise en place de la transformation afin d’ajuster les ressources techniques, financières et humaines. Et enfin une agilité opérationnelle, grâce à l’autonomie donnée aux opérationnels et à leur capacité à adapter leur nouveau cadre de travail aux besoins sans cesse en évolution des clients.

Auteurs : Philippe Dumé, intervenant à HEC France, et Saad Bennani, directeur associé de Karistem

En savoir plus sur les auteurs

Philippe Dumé

Philippe Dumé  est un Managing Director pour Alstom en Roumanie/Bulgarie. Il est également impliqué dans des activités de la transformation digitale du groupe. Il a par ailleurs créé et dirigé une business unit au Kazakhstan, après avoir  été un acteur important du partenariat et de la modernisation de TMH, le plus important fabricant de matériel ferroviaire russe. Auparavant, Philippe Dumé a occupé plusieurs fonctions de direction générale et a mené des programmes de transformation, de retournement et d’améliorations​ opérationnelle​s​ au sein de grands groupes tels que Impress, Ford et Carnaud Metalbox dans l’ensemble de l’Europe et aux USA. Ancien consultant chez McKinsey & Company où il a réalisé de nombreuses missions en stratégie, il enseigne à HEC Paris depuis plusieurs années sur le thème de la transformation des entreprises.

Saad Bennani

Saad Bennani est directeur associé du cabinet de conseil Karistem. Après avoir démarré sa carrière à la BNP, il rejoint Capgemini en 1996 en tant que consultant puis chef de projet autour des systèmes transactionnels bancaires. En 1999, il intègre la practice « B2B MarketPlace» de Capgemini Consulting, où il a participé à de grands projets autour des problématiques de transformation et de performance des organisations. Il a par ailleurs passé deux années en Allemagne et au Pays-Bas dans le cadre d’un projet de création d’une joint-venture dans le secteur de l’automobile, avec un rôle de CIO pour l’Europe. En 2004, Saad Bennani a cofondé le cabinet Karistem, où il assure un rôle de développement et de management tout en maintenant une activité opérationnelle dans le cadrage et la réalisation de projets de Transformation.

Quels objectifs pour la programmation pluriannuelle de l’énergie?

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte fixe les objectifs pour le développement du secteur énergétique français. Les énergies renouvelables devront atteindre 23 % de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et 32 % en 2030. A cet horizon, les énergies renouvelables devront couvrir 40 % de la production d’électricité, 38 % de la consommation finale de chaleur, 15 % de la consommation finale de carburant et 10 % de la consommation de gaz.

Quelles évolutions du mix électrique et de production de chaleur ?

Pour atteindre ces objectifs, le rythme de développement des énergies renouvelables doit fortement s’accélérer. La PPE prévoit de passer de 41 gigawatts (GW) à 71-78 GW en 2023. Ces nouvelles capacités permettront d’atteindre une production d’électricité renouvelable entre 150 et 167 térawattheures (TWh) en 2023.

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Objectifs de développement des énergies renouvelables électriques entre 2014 et 2023 (hypothèses haute et basse), avec l’objectif pour le point de passage en 2018. Source : PPE

 

Par ailleurs, la PPE prévoit d’augmenter la production de chaleur renouvelable, avec une production située entre 17 et 19 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en 2023, contre 12,7 millions en 2014. Le point de passage en 2018 est évalué à près de 15 millions de tep.

Moins d’énergies fossiles en perspective

Les énergies renouvelables remplaceront une partie des énergies fossiles et diminueront les émissions de gaz à effet de serre. Les objectifs de réduction de la consommation d’énergie primaire fossile par rapport à 2012 sont de 8,4% en 2018 et 15,8% en 2023 pour le gaz naturel. Une partie sera fournie à la place par du biométhane injecté dans le réseau de gaz, à hauteur de 1,7 TWh en 2018 et 8 TWh en 2023. Pour le pétrole, la baisse sera de 15,6% en 2018 et 23,4% en 2023. La plus forte chute concernera le charbon : -27,6% en 2018 et -37% en 2023. Les émissions issues de la combustion d’énergie passeront ainsi de  294 millions de tonnes équivalent CO2 (MtCO2) en 2018 à  254 MtCO2 en 2023. Grâce à une meilleure efficacité des moyens de production, la consommation finale d’énergie française devra baisser de 7% en 2018 et 12,6% en 2023 par rapport à 2012.

Du côté des carburants, le Gouvernement veut donner la priorité au développement des biocarburants avancés. Il vise un objectif d’incorporation  de 1,6 % en 2018 et 3,4 % en 2023 pour l’essence, et de 1 % en 2018 et 2,3 % en 2023 pour le gazole, sous réserve qu’un ensemble de conditions soient réunies. L’objectif est d’atteindre 2,4 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables en 2023. Le Gouvernement veut aussi développer le bioGNV pour qu’il représente 20% des consommations de GNV en 2023, sur des segments complémentaires.

Un autre objectif de la loi de transition énergétique était de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique français de 75% à 50% en 2025 et de plafonner la capacité nucléaire à 63,2 GW. La PPE ne prévoit que la fermeture des deux réacteurs de Fesenheim. Celle-ci devrait faire l’objet d’un décret dédié en 2016. « Pour respecter la loi, la PPE devrait imposer la fermeture de 21 à 23 réacteurs d’ici à son échéance la plus lointaine en 2023 », s’insurge l’association environnementaliste Greenpeace. De son côté,  Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des énergies renouvelables salue un texte cohérent qui est « un gage précieux de visibilité pour nos filières ».

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Nucléaire français : l’affaire du carbone tourne au scandale

L’audition de l’Opecst fait écho à une précédente réunion de juin 2015, suite à la découverte d’une concentration anormalement élevée de carbone au centre du  couvercle et de la cuve du futur EPR en construction à Flamanville. Des éléments fondamentaux d’un réacteur nucléaire qui ne peuvent souffrir d’aucune malfaçon. Le fabricant de ces composants, Areva, est alors entré dans une démarche de justification et de tests de résistance qu’a accepté l’ASN. Un dossier devant permettre l’utilisation de ces pièces majeures sera déposé auprès du gendarme du nucléaire fin 2016 qui devra arrêter une décision. Mais depuis, l’affaire a pris une autre tournure avec la multiplication des découvertes. « On est dans une toute autre situation que lors de ma dernière audition en juin 2015. On part de la cuve de l’EPR qui n’a pas de conséquence immédiate sur la sureté (car il est actuellement en construction) à une anomalie concernant des réacteurs en fonctionnement aujourd’hui », pose d’entrée Pierre-Franck Chevet, directeur de l’ASN. Et pour cause, les investigations de l’Autorité de sûreté ont conclu à une anomalie générique concernant de nombreux réacteurs français et plus seulement l’EPR de Flamanville. Pire, les recherches de l’ASN ont mis à jour de nombreuses irrégularités voire falsifications sur les rapports transmis par Areva.

Anomalie générique

L’anomalie constatée par le gendarme du nucléaire consiste en une concentration en carbone trop élevée sur des cuves, plaques tubulaires et fonds primaires de générateurs de vapeur, tous des éléments critique en terme de sûreté. « Ces concentrations de carbone altèrent les propriétés mécaniques et donc diminue la tenacité du matériau », explique Thierry Charles directeur général adjoint de l’IRSN. Or, la standardisation du parc français, qui a permis de notables économies d’échelle, implique que cette anomalie concerne une dizaine de réacteurs en fonctionnement. EDF mène alors des contrôles qui semblent démontrer que ces anomalies ne remettent pas en cause la sûreté de ces équipements. Sauf sur les fonds de cuve de générateurs de vapeur. L’ASN a en ligne de mire 12 réacteurs en particulier, équipés de générateurs de vapeur fabriqués par la Japan Casting & Forging Corporation (JCFC), un fournisseur d’Areva. Sept d’entre eux sont en cours de contrôle et cinq autres ont reçu l’ordre de l’ASN d’arrêter leur activité sous trois mois pour inspection. L’objectif de ces contrôles est de confirmer les hypothèses du dossier déposé par EDF. Le gendarme français du nucléaire l’étudiera et conclura, ou non, à la  sûreté des réacteurs au cas par cas. Mais l’histoire ne s’arrête pas là car en étudiant les archives de l’usine Areva de Creusot Forge, l’ASN a mis au jour de nombreuses « irrégularités » qui s’apparentent davantage à des falsifications. L’affaire prend alors une autre tournure.

Falsifications

C’est la partie explosive de cette audition fort heureusement ouverte à la presse. Lors de ses investigations l’ASN a découvert des « irrégularités sur des dossiers barrés » de l’usine de Creusot Forge. En étudiant de près ces documents, les inspecteurs ont pu constater des écarts importants sur des équipements de 24 réacteurs. « Il y a aussi des documents qui s’apparentent à des falsifications », indique Pierre-Franck Chevet. Preuves à l’appui, l’ASN démontre que les chiffres qui lui ont été transmis ne sont pas ceux observés lors des contrôles réalisés par Areva. Pire, il ne s’agit pas seulement d’équipements en cours de fabrication, mais en opération. C’est le cas du générateur de vapeur de Fessenheim 2, dont la virole basse fabriquée en 2008 par l’usine du Creusot n’a pas été rebutée comme il fallait,  « avec des conséquences potentiellement majeures sur la sûreté », affirme l’ASN qui a suspendu le certificat d’épreuve de ce générateur de vapeur.

Ces falsifications déjà nombreuses (87 cas déclarés) ne sont que la surface immergée de l’iceberg. « Nous découvrirons à n’en pas douter d’autres irrégularités. C’est une purge nécessaire qui n’est pas encore finie. Il y a encore 1 à 2 ans de travail pour vérifier pas à pas les 10 000 dossiers restants », prédit Pierre-Franck Chevet qui en a profité pour rappeler l’insuffisance des moyens humains qui lui sont octroyés, malgré la création cette année de 30 postes supplémentaires. L’une des principales questions à laquelle l’enquête de l’ASN devra répondre est de savoir si ces pratiques qui semblent avoir duré des années sont localisées uniquement au Creusot. Pour cela, le directeur de l’ASN prévient qu’il s’intéressera dans les prochains mois à d’autres usines du groupe Areva, notamment Chalon/St Marcel.

Le parc nucléaire français
Le parc nucléaire français

EDF et Areva font front commun

Très exposés lors de cette audition, les représentants d’EDF et Areva ont fait front commun. Ces derniers ont tenu des propos qui se veulent rassurants, et ce, malgré l’ampleur du scandale. Dominique Minière, directeur d’EDF en charge du parc nucléaire, a souligné la démarche vertueuse qu’avait entraîné la découverte de ces malfaçons, rappelant qu’il ne s’agit pas du premier problème générique auquel EDF doit faire face. « Dans le nucléaire on établit des marges importantes. Dans cette situation, on consomme de la marge, mais la sûreté reste assurée », indique Dominique Minière. Et de poursuivre : « Sur les 88 irrégularités  découvertes sur le parc en exploitation, une seule pourrait remettre en cause la sûreté : la virole de Fesseheim 2. Nous avons anticipé l’arrêt de tranche pour vérifier cette pièce. Par ailleurs, deux autres pièces sacrificielles ont été construites pour confirmer nos hypothèses ». Bernard Fontana, directeur d’Areva, était lui en première ligne et s’il juge ces falsifications « inacceptables », la question des sanctions et des éventuelles conséquences pénales est en revanche largement ignorée. « Il nous faut en tirer les enseignements pour sortir plus fort de cette épreuve », se contente Bernard Fontana.

Monique Sené, vice-présidente de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli), estime désormais que la confiance est rompu malgré la loi de 2006 sur l’industrie nucléaire qui devait instaurer plus de transparence à cette industrie. Interpellé par la solidarité affichée entre l’exploitant et son fournisseur, Yves Marignac, de l’association WISE, interroge EDF sur le fait qu’elle ne se retourne pas contre Areva, ni que l’agence de répression des fraudes ne soit associée aux derniers déroulements de l’affaire. EDF entretient certes une relation contractuelle avec Areva, mais il ne faut pas oublier que l’électricien, sous ordre du gouvernement, s’apprête à racheter la partie réacteurs de son fournisseur, qui inclut l’activité de forgerie. L’électricien n’a donc aucun intérêt à la mettre en difficultés, notamment judiciaires, et au contraire l’électricien appuie comme très souvent les efforts de son fournisseur pour rendre une copie satisfaisante à l’ASN.

Impact financier et international

Malgré l’ampleur de ces vérifications, EDF se dit « confiant » de voir ses réacteurs redémarrer au plus vite. Une nécessité économique pour l’électricien français qui estime sa perte à environ 1 million d’euros par réacteur et par jour. Au petit jeu des calculs, cela représente une perte de plus de 70 millions d’euros par semaine pour EDF, pour la dizaine de réacteurs concernés. Et ce, à la veille de l’hiver qui correspond à la période de l’année où la consommation française est la plus importante. Si ces réacteurs ne sont pas autorisés à reprendre le service, EDF devra importer l’électricité manquante à un coût élevé. Une perspective qui ne doit guère enchanter l’électricien déjà dans une situation financière très compliquée, qui a conduit à une augmentation de capital exceptionnelle de 4 milliards d’euros en juin dernier, dont les ¾ au frais du contribuable.

Si cette affaire secoue l’ensemble de la filière nucléaire française, ses implications devraient aller bien au-delà de nos frontières. Les deux réacteurs EPR en fin de construction à Taïshan (Chine) pourraient également avoir été l’objet de malfaçons comme tous les autres équipements fabriqués et exportés par l’usine du Creusot, voire d’autres usines d’Areva ou de ses sous-traitants. « C’est un sujet qui peut concerner d’autres pays », confirme Pierre-Franck Chevet. Affaire à suivre.

Romain Chicheportiche

Sea Bubble : les « bateaux volants » pour traverser Paris pourront-ils « voler » partout ?

Le concept est sexy et séduit. Et à juste titre car il s’agit du mode propulsion motorisé le plus efficace en milieu aquatique. Du moins quand la vitesse est suffisante pour le basculement du véhicule en mode « foil », c’est-à-dire qu’il puisse se dresser sur ses ailes et alors glisser au dessus de l’eau. Tant que le Sea Bubble (« bulle maritime ») est immergé il consomme autant d’énergie qu’un bateau classique. C’est-à-dire beaucoup plus, à vitesse égale, qu’un véhicule terrestre de gabarit équivalent.

Dans un article  intitulé «  Des voitures volantes pour traverser Paris en 15 minutes » RTL présente le navigateur Alain Thebault comme « leur inventeur ». Or à ce stade pas même un prototype n’a été construit. A l’inverse du Quadrofoil dont Techniques de l’ingénieur faisait écho dès 2014. Capable de se déplacer à 21 nœuds (40 km/h) le QuadroFoil (Vidéo) a été développé par une équipé d’ingénieurs basée en Slovénie, petit pays au bord de la mer Adriatique. Il faut que le QuadroFoil, véhicule deux places pesant seulement 100 kilos, franchisse les 6 nœuds (13 km/h) pour qu’il puisse sortir de l’eau. Avec le SeaBubble, quatre places, il est possible que la vitesse requise soit un peu supérieure. A fortiori si les passagers embarquent des bagages.

Selon la direction territoriale du basssin de Seine au niveau des îles Saint-Louis et de la Cité la vitesse de la navigation est limitée à 6 km/h. Le concept de « bateau volant » n’est donc pas valide dans ce secteur. Ailleurs « la vitesse maximale autorisée est de 18 km/heure, à condition que le bateau se trouve à plus de 20 m des rives et qu’il fasse moins de 20 tonnes de déplacement d’eau. Si non, elle est seulement de 12 km/heure. » A plus de 20 mètres des rives les Sea Bubbles pourront donc circuler au maximum à 18 km/h. A 18 km/h on parcourt 4,5 kilomètres en 15 minutes. A noter que « le dépassement ou trématage est interdit entre : le pont de Bir-Hakeim et la passerelle Debilly la passerelle Leopold-Sedar-Senghor (ex passerelle Solférino) et le pont des Invalides le pont Neuf et le pont d’Austerlitz ». C’est pas gagné pour battre un record de vitesse…

A Paris la circulation terrestre s’écoule à une vitesse moyenne d’environ 15 km/h. Avec SeaBubble, compte tenu du temps d’embarquement, de débarquement ainsi que de la traversée à vitesse réduite de la bande des 20 mètres au départ et à l’arrivée, il n’est pas certain que ce mode de déplacement soit plus rapide que les taxis.

Alain Thébault souhaite que traverser Paris en SeaBubble coûte moins cher que de le faire en taxi. La plus grosse partie du montant d’une course correspond au salaire du chauffeur. Etant donné que chaque Sea Bubble ne sera pas 100% autonome et devra faire appel à un pilote humain titulaire des permis requis, et que par ailleurs la consommation électrique en milieu aquatique, même en glissant sur l’eau, est supérieure à celle des taxis électriques terrestres, c’est peu probable. Sauf si la Mairie de Paris met en place un régime règlementaire particulier, ce qui serait déloyal et sans doute dénoncé par les chauffeurs de taxis. Chacun se souvient de leur réaction lors du débarquement des Uber POP.

Alimenter les batteries des Sea Bubbles avec de l’électricité solaire et non pas nucléaire optimisera l’image green des Sea Bubbles parisien. En ce qui concerne les micro-hydroliennes proposées par Alain Thébault le courant disponible en bord de Seine sera-t-il suffisant pour générer un kWh bon marché ?

A l’opposé des jetskis thermiques qui constituent une aberration complète en matière d’efficacité énergétique, les embarcations de type QuadroFoil / SeaBubble ne génèrent pas de vagues, d’émissions polluantes et de bruit : il peuvent circuler au niveau d’écosystèmes aquatiques fragiles avec un impact minimal sur la flore et la faune locale. Le tout en conférant un maximum de plaisir aux voyageurs.

Il faut néanmoins une eau bien lisse pour permettre une propulsion optimale du Sea Bubble. Car dès que des vaguelettes se forment le « bateau volant » redevient un bateau classique.

La Mairie de Paris a donné son feu vert à la piétonisation des berges de Seine. Peut-être cherche-t-elle à faire diversion en occupant le terrain médiatique avec les Sea Bubbles ? Des petites bulles pour tenter de faire éclater la contestation face aux temps de trajet des automobilistes qui s’allongent ?

La splendide devise de Paris,  « Fluctuat nec mergitur »  signifie « tangue mais ne chavire jamais ». La Déesse Isis sur sa barque portera-t-elle chance à Alain Thébault ?

Olivier Daniélo

Nouvel arrêté sur les pesticides agricoles : les futures conditions d’épandage divisent

Depuis 2011, la pulvérisation de pesticides est réglementée notamment à proximité de lieux qui accueillent du public comme les crèches, les parcs, les terrains de sport ou encore les maisons de retraite. Désormais le Comité de rénovation des normes en agriculture inclut également les habitations.
Voulu par le premier ministre et les représentants du secteur agricole, ce Comité a été instauré en mars 2015. Sa mission étant de simplifier les normes existantes et de revoir la méthode d’élaboration des normes applicables dans les exploitations agricoles.

Préserver la santé

Cependant, le monde agricole, particulièrement éprouvé, voit d’un mauvais œil ces futures recommandations, considérées comme de nouvelles contraintes. Pourtant, ce projet d’arrêté entend préserver aussi bien la santé des agriculteurs que celle des riverains. En effet, cet arrêté interministériel en cours de préparation compte définir avec précisions les zones traitées et celles non traitées. Depuis l’arrêté du 12 septembre 2006, les zones non traitées devaient respecter des distances de 5 à 100 mètres aux abords des points d’eau et un délai avant récolte de trois jours minimum et de 6 à 48h pour un retour de l’exploitant et des travailleurs sur la parcelle.

Une forte opposition bien marquée

Le syndicat majoritaire, la FNSEA, craint des conditions encore plus drastiques et la perte considérable de terrains cultivables. Il s’inquiète notamment de l’extension de ces zones dites non traitées le long des fossés, des forêts, des bosquets ou encore des nouvelles mesures de protection à proximité des habitations. La FNSEA demande également plus de souplesse. Dans Le Monde, elle réclame notamment la réduction du délai de retour sur les parcelles traitées, « soit un laps de temps de six ou huit heures au lieu des 24 à 48 heures actuelles, pour peu que le travailleur porte un équipement individuel de protection. » Pourtant, en juillet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, confirmait dans un rapport le manque de données relatives aux expositions aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture.

La crainte de pertes multiples

Dès l’annonce de la révision de l’arrêté de 2006 (qui ne sera plus applicable à partir du 06 janvier 2017 suite à l’annulation par le Conseil d’Etat), la FNSEA a invité ses adhérents à se mobiliser contre cet « arrêté phyto », comme elle le surnomme. Dans son communiqué de presse, elle évoque comme conséquence directe de ces restrictions, la perte de « milliers d’hectares qui viendraient à manquer pour produire et nourrir nos concitoyens ». Dans un courrier signé par plus d’une trentaine de représentants du secteur et adressé à Ségolène Royale, Ministre de l’environnement, ces représentants « demandent solennellement de ne pas en rajouter sur l’encadrement de l’utilisation des produits phytosanitaires. » Mettant en avant les nombreux efforts fournis (« l’engagement dans la mise en œuvre d’Ecophyto 2 », (dont l’objectif est la réduction de 50% du recours aux produits phytosanitaires en 10 ans) ; «la réduction de moitié de la quantité de produits phytosanitaires par hectare de surface agricole utile », etc.), ils s’insurgent contre la version actuelle du projet. « Appliquée en l’état, ce sont plusieurs millions d’hectares qui sortent de la production agricole (…) avec la suppression de milliers d’emplois agricoles et la perte de plusieurs milliards d’euros par an en termes de chiffre d’affaires agricole. »
Ce futur texte, en cours de rédaction, suscite donc déjà de vives réactions. Il est censé tout remettre à plat et tenir compte de plusieurs paramètres dans l’épandage : force et direction du vent ; distances minimales par rapport aux habitations et à un cours d’eau ; délais d’exposition minimaux, etc. Il devra prochainement donner lieu à une consultation publique sur internet.

Par Nadia Daki

« L’arbre à vent » d’Arnaud Montebourg déplumé (à tort ?) par le canard enchaîné

CvrrzYTXgAAToIu« Arbre à vent, route solaire, la capacité de certains politiques à promouvoir des miroirs aux alouettes énergétiques est sidérante » tonne Thierry Salomon, porte parole de l’association négaWatt. Ceci en réaction au lancement par Ségolène Royal de la construction d’une route solaire en Normandie ainsi qu’à l’article du Canard enchaîné intitulé « L’arbre à vent de Montebourg ? Du vent… ».

Cet ingénieur énergéticien pose une question fondamentale dans une perspective de développement vraiment durable à propos de ces deux innovations très médiatisées : « Une simple question : où sont les études sur le cycle de vie et le temps de retour énergétique (EROI) ? »

L’arbre à vent produit-il (bien) plus d’énergie qu’il n’en consomme ? « Une ACV (Analyse du cycle de vie) sera menée sur la série. Nous ne sommes pas parfaits mais faisons des efforts : bois, chanvre de lin et Steel roots » a déclaré NewWind aux Techniques de l’ingénieur. « Nous revendiquons le droit à nous améliorer, à tester, écouter, corriger, l’innovation c’est du work in progress ».

Thierry Salomon rappelle que « si l’EROI est proche ou inférieur à 1, ces techniques retardent la transition au lieu d’y contribuer ! ». Une remarque potentiellement dérangeante mais absolument essentielle. La meilleure défense sera donc de publier des études environnementales sérieuses.

Qui peut être contre l’innovation ? En fait, pas grand monde. Mais l’innovation peut-elle être sans limite ? Certaines approches sont pipées dans leur conception même. Si un jour un groupe d’ingénieurs propose de tester des éoliennes sur une planète dépourvue d’atmosphère ? Ou si une start-up propose d’installer une centrale solaire sous-marine au fond de La Manche, entre la France et la Grande-Bretagne afin de réduire son impact paysager ? Serait-il judicieux d’y injecter des millions d’euros ?

De l’électricité dans l’air

New Wind a décidé de porter plainte contre le Canard enchaîné, comme en témoigne un communiqué de démenti diffusé le 26 octobre 2016 par la start-up. Le journal fait écho de problèmes de sécurité que poserait l’arbre à vent, problèmes qui ont notamment entrainé l’intervention de l’Apave, spécialiste des risques. La direction de New Wind pense qu’il s’agit d’un coup monté par un salarié en cours de licenciement.

Le journal estime de son côté que « présentée comme une grande innovation » par Arnaud Montebourg, « cette mini-éolienne s’avère dangereuse pour le public, peu productive et chère. L’arbre à vent ne se vend pas. »

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Dessin extrait de l’article du Canard enchaîné

Les informations rapportées par le Canard enchaîné dans le domaine de l’énergie ne sont pas toujours pertinentes rappelle Stéphanie Franck, journaliste au sein de la rédaction d’Enerpresse, le quotidien français de l’énergie. L’année dernière le canard affirmait que la moitié des éoliennes françaises ne sont pas raccordées au réseau électrique et donc tournent dans le vide, ce qui est faux.

Le journaliste s’était emmêlé les pâles avec les demandes de permis de construire. Malheureusement la fausse information avait trouvé un écho considérable dans la presse grand public qui bien (trop) souvent ne dispose pas de journalistes scientifiques spécialisés en énergies durables. Cependant les révélations du Canard ne sont pas systématiquement fausses.

Arnaud Montebourg a démissionné de son mandat de président du conseil de surveillance de NewWind en raison de sa candidature à la primaire socialiste pour la prochaine élection présidentielle. Mais il demeure actionnaire. Le socialiste a déboursé 56.000 euros.

L’arbre à vent perdra-il ses feuilles cet hiver ? Ou restera-t-il vert comme le sapin de Noël ? A suivre.

Olivier Daniélo

Revue du web #96 : les 10 vidéos étonnantes du mois

Un étrange phénomène observé lors d’une vidange de piscine intrigue le web

Postée sur Reddit, une nouvelle vidéo d’un étrange phénomène observé lors de la vidange d’une piscine gonflable a beaucoup fait parler. Voici quelques explications sur les mécanismes derrière cette manifestation.

Rassor 2.0, le nouveau robot de la Nasa

Voici Rassor 2.0, un petit robot plein de ressources étudié par la Nasa. Ce modèle, ou la génération suivante, sera peut-être dans les valises des premiers êtres humains à débarquer sur Mars à l’horizon 2030.

L’ouragan Matthew en time laps

Plongez au cœur d’une batterie Lithium ion

A l’heure où Samsung rappelle par millions des téléphones aux batteries défectueuses, visite en haute résolution à l’intérieur d’une batterie pendant son fonctionnement, afin de mieux comprendre comment elle s’abîme au cours du temps.

Le module Schiaparelli s’est-il écrasé sur Mars ?

Ce n’est qu’à 11 kilomètres de la surface que l’étalon italien, dont la vitesse ne sera plus que de 1 700 km/h, déploiera son parachute pour se poser sur la plaine équatoriale de Meridiani Planum qui avait déjà été choisie comme site d’atterrissage par le rover américain Opportunity.

La moto du futur

En 2016, l’année de son centenaire, le Groupe BMW est, plus que jamais, avec leurs yeux sur l’avenir et le développement d’une série de véhicules ciblés de propositions pour répondre aux besoins de mobilité des personnes 30 ans plus tard à partir de maintenant.

Renault Trézor

Ce concept-car électrique de la marque française a la particularité de ne posséder qu’une porte, qui s’ouvre via le capot à l’avant telle une soucoupe volante. L’inspiration vient directement d’une photo où l’on voit Steve McQueen passer littéralement par-dessus bord sa Jaguar XKSS

 

Voilà à quoi ressemble la musique pour sourds

Le mieux c’est d’écouter !

Jouer avec du plasma à la maison

Dans la série DIY (do ti yourself), la rédaction vous présente ce jeune homme, qui « joue » avec du plasma dans son garage…

Des robots mous pour imiter les muscles

Une équipe de l’EPFL a développé des robots flexibles, mous et reconfigurables, qui peuvent servir d’outils de réhabilitation. Mis en mouvement par injection d’air, ils imitent les muscles et peuvent être produits à large échelle.

La vidéo inutile de la semaine : tirer la chasse d’un WC rempli de mercure

Adepte d’expériences scientifiques, le Laboratoire de Cody a fait une trouvaille plutôt surprenante. Si vous vous êtes déjà demander ce que ça faisait de tirer la chasse de toilettes remplies de mercure, le youtubeur y répond dans une vidéo publiée mardi 27 septembre.

 

Revue de presse anglophone #2 : Apple car, Workplace, Asgardia, fruit miracle…

Voiture autonome

On commençait à penser que tout ce que touchait la pomme se changeait en or. Mais non. Apple pourrait bien passer à côté de la révolution automobile du futur. Et l’assume.

Source : Bloomberg

Management

Demain, tous sur Workplace ?
Facebook vient de lancer son réseau social professionnel. Bientôt la fin des échanges email et des sites intranet ?

Source : Quartz

 

Vous vous rendez au travail ? Selon une nouvelle étude, il vaudrait mieux laisser votre cerveau à la maison.

Volontiers provocateur, le chercheur André Spicer a baptisé sa théorie « le paradoxe de la stupidité » : trop de réflexion de votre part nuirait au fonctionnement collectif. On vous laisser juger.

Source : aeon

Robotique

Les robots et l’intelligence artificielle pourraient remplacer 6% des emplois aux Etats-Unis en 2021

Une mauvaise nouvelle pour les salariés ? Pas forcément. Ces nouvelles technologies devraient également produire de nouveaux emplois. De futures opportunités à saisir si vous avez toujours rêvé de manager un robot.

Source : Comptuterworld

 

Robots, avoir des bras solides ne suffit plus !

Désormais, on exige d’un robot qu’il fasse preuve d’intelligence et qu’il progresse grâce à sa propre expérience. C’est le principe du machine learning !

Neurosciences

Qu’est-ce qui pousse certaines personnes à rechercher le danger alors que, évolution oblige, nous serions plutôt programmés pour faire preuve de prudence ? L’adrénaline ? Pas seulement.

Source : The Conversation

10% de la population mondiale ! C’est ce qui s’appelle être en minorité. Mais pour quelle raison ? Le mystère n’est pas complètement élucidé.
Source : BBC
Une exploration virtuelle très réaliste.
Source : BBC
Première Nation de  l’espace, Asgardia compterait déjà plus de 370 000 citoyens. Décollage du satellite d’ici deux ans, selon les initiateurs du projet.
Source : The Guardian

Recherche

Le Synsepalum dulcificum, une baie originaire d’Afrique de l’Ouest, aurait la particularité de transformer un goût acide en saveur délicieusement sucrée grâce à une protéine. Des chercheurs étudient les potentielles applications.

Source : Food navigator

Par I. T

Une relation homme-machine plus collaborative

Depuis leur apparition sur les chaînes de production dans les années 1970, les robots industriels ont pris une place de plus en plus importante dans de nombreux secteurs d’activité. Plusieurs avancées techniques les ont rendus indispensables. Demain, ce sera encore plus le cas dans les usines connectées grâce à leurs facultés à s’autoadapter. En s’échangeant des données, ils pourront effectuer différentes tâches selon l’objet à traiter grâce à un système de vision et des capteurs plus évolués.

Ils pourront faire la différence entre des milliers et lancer l’opération qui convient. Mais ils ne remplaceront pas tous les ouvriers. « 8 % des tâches sont aujourd’hui automatisées. Nous estimons qu’avec l’industrie 4.0, ce taux passera à 25 % », estime Olivier Scalabre, directeur associé senior au Boston Consulting Group (BCG).

Autre concept censé optimiser la chaîne de production tout en rassurant les salariés :  la robotique collaborative. Appelée aussi « cobotique »,  un néologisme imaginé en 1999 par Edward Colgate et Michael Peshkin, professeurs à la Northwestern University. Ce sont des machines qui travaillent « avec » des personnes, et non « à leur place ».  On distingue plusieurs types de cobots : ceux pilotés par un opérateur situé à proximité immédiate du système, d’autres commandés à plus grande distance (ou téléopérés) et les exosquelettes, sortes de prolongements du corps humain.

Ils peuvent par exemple décharger la personne des tâches les plus complexes ou laborieuses au profit d’opérations à plus forte valeur ajoutée. La production y gagne aussi, car la technologie permet d’accéder à des pièces très petites, très grandes, trop lourdes ou dont les températures sont trop hautes ou trop basses. Mais la cobotique pourrait aussi d’améliorer les conditions de travail, en prévenant les troubles musculo-squelettiques ou en évitant l’exposition directe du technicien à des environnements dangereux.

À Saclay, en banlieue parisienne,  le BCG a aménagé un mini-showroom industriel, baptisé ICO (pour Innovation Center for Operations). Dans l’usine fictive qui représente une ligne d’assemblage de scooters à monter et démonter en permanence, les robots soulèvent les roues.

Mais selon le BCG, cette même ligne de production de scooters pourrait très bien fabriquer des sèche-linge. Un exemple de l’adaptabilité. Mais pour l’instant, ces cobots ne sont pas aussi performants que leurs grands frères industriels. Ce marché devrait évoluer dans les prochaines années au fur et à mesure grâce à l’intégration de nouveaux capteurs et de scanners laser.

Barclay Equity Research table sur 150 000 en 2020 (contre 4 300 unités dans le monde en 2015) car le prix d’un cobot est environ 10 fois moindre que celui d’un robot industriel classique. De quoi séduire des PME de s’équiper…

Cette agilité et cette interaction avec l’environnement impliquent de multiplier les échanges de données en temps réel via des réseaux Ethernet IP, Internet, mais aussi des technologies d’identification optique. Quel que soit l’événement (nouvelle commande, panne de composants, manque d’approvisionnement en matières premières…), il faut que la machine envoie l’information et prenne la décision à la place de l’homme.

Toutes les informations émises ou reçues par le robot devront remonter à un serveur central afin d’optimiser la gestion et la production. Mais « pour piloter finement les ateliers, il faudra donner du sens à un grand nombre d’informations présentes dans les machines et les différents systèmes de productions et d’exploitation. Si l’on n’est pas vigilant, on pourra très vite se noyer sous cette masse de données. La solution passe d’abord par la contextualisation de ces informations. Cette contextualisation ne peut se faire sans la simulation de différents scénarios potentiels qui peuvent se produire sur une ligne de production ou une machine », prévient, dans l’Usine Digitale, Matthieu Lassalle, directeur général de Rockwell Automation France.

Philippe Richard

L’usine 4.0, c’est quoi ?

L’usine connectée permettra-t-elle de rebattre les cartes de la mondialisation ? C’est l’avis d’experts et du gouvernement français qui a lancé en 2013 ses 34 plans de reconquête industrielle. L’usine du futur y est décrite comme un moyen de relancer l’industrie française. Pour relever ce défi, elle s’appuiera sur la convergence entre l’industrie et le monde du numérique. La « smart factory » – ou Usine 4.0 – vise à réaliser de nouveaux gains de compétitivité et à optimiser des consommations par l’efficacité énergétique. La production est notamment maximisée en fonction du coût de l’énergie et de sa disponibilité au cours d’une journée.

En théorie, ce rapprochement ne présente pas d’obstacles majeurs puisqu’il repose, en partie, sur des outils existant déjà : capteurs, automates, Big data, Internet des objets, Cloud Computing… Dans la pratique, le challenge ne sera peut-être pas aussi facile, car il implique la mise en place d’une nouvelle organisation du mode de production qui donne une plus grande importance au réseau. Connectées entre elles, les machines d’une usine (ou de plusieurs sites) et des capteurs s’échangent des informations. Cette communication continue et instantanée entre les différents outils et postes de travail intégrés dans les chaînes de fabrication et d’approvisionnement permet d’optimiser des process manufacturiers et d’améliorer la flexibilité afin de s’adapter à la demande en temps réel et de mieux satisfaire les besoins individuels de chaque client.

Pour relever ce défi de la personnalisation des services et des produits, l’usine connectée doit bénéficier d’une logistique parfaitement rodée. C’est un élément clé de l’Industrie 4.0. L’administration de la chaîne d’approvisionnement (supply chain management, en anglais) concerne notamment le stockage des produits, le transport, les équipements (camion, chariot élévateur…), les fournitures (emballage, carburants…), la planification et les systèmes d’information et de contrôle de gestion.

« Cela implique une amélioration des process, des méthodes et des qualifications dans des plates-formes de plus en plus complexes que les industriels doivent gérer de façon plus rapide. Comme il n’est pas possible de stopper une chaîne de production pour en créer une nouvelle, la solution passe par une formule incrémentale qui s’articule autour de deux points-clés. Premièrement, des Proof of Concept (POC) et, deuxièmement, des validations des méthodes retenues pour implémenter ces transformations. Cette solution permet d’y arriver progressivement sans jamais stopper ni retarder l’outil de production », explique Philippe Meleard, vice-président marketing & Communication chez Sogeti High Tech.

Les données représentent l’un des maillons essentiels de cette convergence. « Dans l’industrie, on ne fait pas du Big Data mais du Smart Data. Et le Smart Data, c’est capter la bonne donnée, la transformer (ou la contextualiser) et s’en servir pour optimiser son procédé de fabrication », indique Serge Catherineau, Directeur marketing Industrie automobile, aéronautique et système intégrateur chez Schneider Electric. Et d’après des industriels, ce concept porte déjà ses fruits. « Après être passé par l’étape des chantiers pilotes, nous avons désormais notre site d’Amberg qui regroupe tous les concepts de l’industrie 4.0, et qui a vu sa productivité multipliée par deux en quelques années », affirme Franck Mercier, chargé de mission « digital factory » chez Siemens.

Mais cette (r)évolution industrielle n’est pas qu’une affaire de programmes informatiques. Elle implique également une adaptation de la structure de l’entreprise. « Il y a un déplacement du rôle des managers vers beaucoup plus de transversalités. Avec la convergence du monde industriel et des technologies numériques, le partage des données sera facilité », déclare Philippe Meleard.

Philippe Richard

Piratage : les vulnérabilités de l’usine 4.0

De leur côté, les informaticiens qui travaillaient pour des industriels fréquentaient rarement les ateliers. Chacun de son côté…

Ce cloisonnement n’est plus adapté à l’évolution de l’industrie. Toutes les machines sont directement ou indirectement connectées à des réseaux et en particulier à l’internet. Et lorsqu’elles ne le sont pas, elles peuvent accueillir des clés USB ou des consoles de maintenance qui sont connues pour être des vecteurs majeurs de propagation de codes malveillants. L’idée que des automates et des robots peuvent être isolés est utopique.

L’évolution du monde industriel et l’avènement de l’Industrie 4.0, doivent impérativement s’accompagner d’un changement dans les organisations afin d’y

intégrer la cybersécurité. Les automaticiens et les informaticiens doivent travailler ensemble, car l’industrie du futur repose sur l’interconnexion de ces deux mondes ; ce qui induit une plus grande vulnérabilité.

Quels sont les principaux risques ? Des virus peuvent infecter un serveur hébergeant des données sensibles (quantité de matières premières utilisées, productivité, plan de maintenance…) des robots exploités par une usine. Ces informations peuvent être vendues à des concurrents désireux de connaître le savoir-faire de l’entreprise victime. Autre menace : un code malveillant modifie le fonctionnement d’une machine ce qui pourrait entraîner soit la fabrication de produits défectueux (ou non conformes à la législation) ou blesser des techniciens. Enfin, mécontente de sa situation, une personne en interne pourrait bloquer la chaîne de fabrication.

Face à ces menaces, la sécurité d’une installation ne se résume plus à des parades logicielles et matérielles visant à repérer et à éradiquer des codes malveillants. Elle doit garantir aussi la fiabilité du transfert d’informations intègres entre différents équipements. Une surveillance et une prévention permanentes des réseaux seront nécessaires pour réduire les risques de cyberattaques sur l’industrie. Objectif : localiser au plus vite une infection virale afin de limiter sa propagation à toute la chaîne de production. La détection rapide d’un piratage permettra soit d’isoler la machine impactée, soit de l’arrêter si son dysfonctionnement entraîne une modification des données.

Mais les contraintes de l’industrie et des entreprises ne sont pas les mêmes. Le cycle de vie des outils est beaucoup plus long dans l’industrie. Cela signifie que les systèmes informatiques doivent pouvoir continuer d’être protégés efficacement, alors même que Microsoft ne supporte plus ni Windows XP ni sa version 2003. L’autre spécificité repose dans le fait que ces systèmes de cybersécurité ne doivent à aucun moment perturber la production ou, pire, provoquer son arrêt inopiné et dans des conditions non standard.

L’usine 4.0 doit relever un défi. Il ne s’agit pas d’appliquer des méthodes éprouvées dans le monde de l’informatique, mais bien de les adapter, de les réinventer au regard de processus industriels complexes et hétérogènes.

Philippe Richard

Prospective: Panorama mondial de l’énergie d’ici 2060

« Les gains d’efficacité seront obtenus par le déploiement de ressources énergétiques plus efficaces, combiné à l’effet des technologies numériques qui contribueront à mettre en place les réseaux intelligents, les bâtiments intelligents, les maisons et bureaux intelligents et les villes intelligentes », préviennent les auteurs du rapport La grande transition.

Dans sa prospective, le Conseil mondial de l’énergie s’est basé sur 3 scénarios énergétiques possibles : Symphonie inachevée, Modern jazz et Hard rock. En 2060, le scénario le plus ambieux, Symphonie inachevée, imagine un monde où les gouvernements de tous les pays travaillent main dans la main sur les questions environnementales et économiques. Pour sa part, le scénario Hard Rock, le moins ambitieux, prévoit un monde fragmenté. Chaque pays fait passer ses intérêts nationaux avant la lutte contre les changements climatiques. Enfin, le scénario intermédiaire Modern Jazz repose sur des mécanismes de marché très complexes et concurrentiels apportant de l’efficacité, de l’inovation et le déploiement rapide des nouvelles technologies. 

Les trajectoires seront différentes selon les choix politiques et économiques qui seront faits dans les prochaines années. Mais de grandes tendances se dessinent. La demande en énergie primaire par habitant atteindra son pic vers 2030. Au global, la consommation d’énergie finale augmenterait entre 22% et 46% en 2060. Mais la demande en énergie primaire n’augmenterait qu’entre 10% et 34%, grâce au développement de l’énergie solaire et éolienne pour la production d’électricité. « Les taux de conversion pour ces sources d’énergie renouvelables sont beaucoup plus élevés que ceux des centrales à combustibles fossiles, ce qui signifie que moins d’énergie sera nécessaire à partir de la source primaire », précisent les auteurs.

Quelle évolution du mix énergétique mondial?

L’augmentation de la demande en énergie primaire concernera avant tout la demande en électricité qui doublera d’ici 2060, prévoit le rapport. L’électricité représentera entre 25% et 29% de la consommation d’énergie finale à cet horizon. Pour y parvenir, les investissements nécessaires en matière d’infrastructures et d’intégration des systèmes de production dans les trois scénarios s’échelonneront de 35 000 à 43 000 milliards de dollars.

La question sous-jacente est de savoir quel mix énergétique sera utilisé pour répondre à cette demande. Selon le Conseil mondial de l’énergie, le solaire et l’éolien poursuivront leur développement à un rythme sans précédent. Si ces deux énergies ne comptaient que pour 4% de la production électrique mondiale en 2014, ils atteindront entre 20% et 39% de cette production en 2060. Par ailleurs, si la part des combustibles fossiles n’a baissé que de 5% au cours des 45 dernières années, passant de 86% en 1970 à 81% en 2014, la dynamique des nouvelles technologies et des énergies renouvelables va bouleverser la situation.

La part des combustibles fossiles dans la demande en énergie primaire tomberait à 70% en 2060 dans le scénario Hard Rock, 63% dans Modern Jazz, et 50% dans Symphonie inachevée. L’évolution dépendra principalement de l’utilisation que feront la Chine et l’Inde du charbon en 2060. Suivant les scénarios, le pic de demande de charbon sera atteint en 2020 ou 2040. Pour le pétrole, le pic se situerait en 2030 ou entre 2040 et 2050. Seul le gaz naturel continuera à se développer pour remplacer le charbon.

Le pétrole restera néanmoins majoritaire dans le secteur des transports. Sa part passera de 92% en 2014 à 60% dans le scénario Symphonie inachevée, 67% pour Modern Jazz et 78% pour Hard Rock. Les progrès dans les biocarburants de deuxième et troisième générations permettront de jouer un rôle important. Ils représentent de 10% à 21% des carburants en 2060. Les scénarios Symphonie inachevée et Modern Jazz voient une pénétration rapide des véhicules électriques et des voitures hybrides rechargeables. Ces derniers représenteraient entre 26% et 32% des véhicules utilitaires légers en 2060. Les véhicules hybrides à essence ou gazoil représenteraient entre 24% et 31% de cette flotte.

Ces scénarios sont-ils climato-compatibles?

Suivant les scénarios, le pic d’émission de carbone est atteint entre 2020 et 2040. Dans le scénario Symphonie inachevé, le monde se rapproche des objectifs climatiques, avec une baisse des émissions de 61% en 2060 par rapport à 2014. Dans le scénario Modern Jazz, la réduction n’est que de 28%, alors que les émissions augmentent de 5% dans le scénario Hard Rock. Mais ces trois scénarios sont insuffisants pour limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2020.

Le budget carbone pour atteindre les objectifs est dépassé de 1.000 gigatonnes de CO2 vers 2040 dans les scénarios Modern Jazz et Hard Rock. Pour la Symphonie inachevée, il est dépassé avant 2060. De quoi faire réfléchir le monde politique et les industriels de l’énergie pour avancer des scénarios énergétiques encore plus ambitieux, climato-compatibles.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Au Danemark les émissions de CO2 baissent et le PIB augmente

Ces données issues du monde réel battent en brèche la théorie des promoteurs de la décroissance selon laquelle toute croissance du PIB ne peut s’accompagner que d’une hausse des émissions de CO2. Raison pour laquelle ils estiment qu’il faut passer à un taux négatif de croissance du PIB, autrement dit à la « décroissance » (degrowth en anglais).

La voie du « découplage », doctrine reposant sur la croyance qu’il est possible de concilier développement économique et préservation de l’environnement, est notamment prônée par le Programme des Nations Unies par l’Environnement (PNUE) dans son rapport intitulé « Decoupling ».

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Au Danemark plus de la moitié de la demande électrique a été couverte par le solaro-éolien durant l’année 2015. Le royaume de la petite couronne est suivi par le Portugal, l’Irlande et l’Espagne qui ont tous une part solaro-éolienne dépassant 20%. Pour l’Allemagne, la Grèce, le Royaume-Uni, l’Italie, la Roumanie, la Belgique et la Suède cette part est comprise entre 10 et 20%. La France est à moins de 5%, derrière la Pologne et la Bulgarie.

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Les progrès danois, pays nordique, concernent aussi le chauffage, notamment grâce au CHP (Combined Heat and Power) décentralisé. Et aussi grâce aux transports de plus en plus efficients et électrifiés.

Le champion européen en matière d’électro-mobilité n’est cependant pas le Danemark mais la Norvège. Un pays où les voitures électriques sont propulsées par de l’hydroélectricité.

Olivier Daniélo

La rédaction de la revue « Casseurs de pub La décroissance » (n°135, dec 2016 – janv 2017, page 13) a publié un commentaire suite à cet article. Voici la réponse de l’auteur.

Californie et Mexique veulent synchroniser leurs réseaux

Fragile équilibre

La montée en puissance des énergies renouvelables dans le mix électrique complexifie chaque jour un peu plus la mission des gestionnaires de réseaux haute tension. Rarement mis sous les feux des projecteurs, ils accomplissent pourtant une tâche fondamentale : équilibrer en permanence la production avec la demande d’électricité. Sans l’action continue des gestionnaires (GRT dans le jargon) la population serait en proie à des coupures inopinées et répétitives du courant. Jusqu’ici, le travail, bien que minutieux jouissait d’une assez forte prévisibilité. La demande est estimée à l’avance avec, en général, une grande précision, obtenues par la compilation d’années de consommation et de modèles probabilistes. La production était jusqu’ici assurée par les grandes centrales (nucléaire ou autres) ayant des calendriers d’exploitation déterminés à l’avance. La hausse exponentielle des installations éoliennes ou solaires notamment, et leur priorité instaurée sur les réseaux, ont obligé les GRT à imaginer des outils avancés pour classer, traiter et mettre en valeur toutes ces informations.

Energy Imbalance Market

L’accord passé entre le Centro Nacional de Control de Energía (CENACE) et son homologue américain le California Independent System Operator (CAISO), fait suite à un Memorandum of Understanding signé entre Pedro J. Coldwell, le Secrétaire mexicain de l’Energie, et Edmund G. Brown Jr, Gouverneur de Californie en juillet 2014. Il prévoyait d’utiliser les deux interconnexions (Otay Mesa and Imperial Valley) entre la Californie (USA) et la Basse Californie (Mexique) pour imaginer comment l’intégrer au système d’équilibre. L’Energy Imbalance Market est déjà opérationnel dans 7 autres états des Etats-Unis : Oregon, Washington, Utah, Idaho, Wyoming, Arizona et le Nevada. Selon l’opérateur américain, l’EIM lui aurait fait gagner pas moins de 88 millions de dollars en favorisant la sélection de sources de production moins chères et moins polluantes. Le CAISO estime ainsi avoir évité l’émission de quelque 126 000 tonnes de CO2.

Alors que certains s’échinent à vouloir ériger des murs, l’initiative de ces deux opérateurs électriques montrent l’intérêt pratique de la coopération régionale. De surcroit dans des zones ou les caractéristiques de vent changent rapidement, obligeant ces derniers à constamment revoir leurs prévisions. Reste que cette initiative aura un impact limité. En effet, la région mexicaine de Basse Californie n’est pas interconnectée avec le reste du pays réduisant l’apport du parc mexicain à sa seule région frontalière. Symbole que même si le secteur électrique va avoir de plus en plus recours aux technologies de pointe, il lui faudra toujours installer des lignes électriques pour acheminer le courant…

Par Romain Chicheportiche