8 chercheurs répondent à la question «Pourquoi cherchez-vous ?»

Particulièrement originale car entre arts et science, la série « Pourquoi cherchez-vous ? » remonte aux origines de la vocation du chercheur. Ecrite et réalisée par Geneviève Anhoury avec les peintures animées de Patrick Pleutin et les trucages de Lalunela, ces vidéos questionnent les chercheurs sur la part de choix, d’engagement, de hasard, d’émerveillement et d’anxiété de leurs activités. La question n’est pas « Que cherchez-vous ? » mais « Pourquoi cherchez-vous » ?

Valérie L’Hostis, physico-chimiste, nous raconte en vidéo ce qui motive ses recherches sur le béton armé.

Stefano Panebianco, physicien, nous surprend en comparant la physique des particules à une vaste enquête de police.

Sylvain Chaty, astrophysicien du CEA/Université Paris Diderot et de l’Institut Universitaire de France, nous raconte son travail de chercheur, d’observateur du ciel et sa passion pour l’Univers et les étoiles.

Source : cea

De surprenantes dunes sur la comète Tchouri

La formation de dunes sédimentaires réclame la présence de grains et de vents assez forts pour les transporter le long du sol. Or, les comètes ne possèdent pas d’atmosphère dense et constante comme sur Terre. La caméra OSIRIS embarquée sur la sonde Rosetta a pourtant montré la présence de structures, espacées d’une dizaine de mètres, rappelant des dunes sur 67P/Churyumov-Gerasimenko. Elles se retrouvent sur les lobes de la comète ainsi que sur le cou qui les relie. La comparaison d’une paire de photos prises d’un même endroit, à 16 mois d’intervalle, prouve de plus que les dunes se sont déplacées et qu’elles sont donc actives.

Face à cette surprise, les chercheurs ont montré qu’il existe en réalité un vent le long de la surface de la comète. Il est dû à la différence de pression entre le côté ensoleillé, où la glace de surface peut se sublimer grâce à l’apport d’énergie par le rayonnement solaire, et la face où il fait nuit. Cette atmosphère transitoire reste très ténue, avec une pression maximale 100 000 fois plus petite que sur Terre, au périhélie, le moment où la comète est au plus près du soleil. Cependant, la gravité est elle-même très faible et l’analyse des forces exercées sur les grains de la surface de la comète montre que ces vents thermiques peuvent transporter des grains de taille centimétrique, dont la présence est confirmée par les photos du sol. Les conditions nécessaires pour permettre la formation des dunes, des vents capables de transporter des grains le long du sol, sont donc réunies à la surface de Tchouri.

Ces travaux représentent une avancée dans la compréhension des différents processus à l’œuvre à la surface des comètes. Ils soulignent également que la mission Rosetta nous réserve encore de nombreuses surprises et découvertes.

Cap-tchouri
© ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA À gauche, une photo de la comète Tchouri où l’on distingue le dégazage de vapeur d’eau qui entraîne des poussières (© ESA/Rosetta/NAVCAM). À droite, la région du cou entre les deux lobes de la comète. On y observe différents types de relief, dont ces dunes au bas à gauche (cercle rouge), dans la zone sableuse.

Source : cnrs

La blockchain comme révolution… mais révolution de quoi ?

Les questions que pose la blockchain sont extrêmement nombreuses. Au-delà de celles largement débattues autour de son utilisation réelle ou potentielle (disruption des tiers de confiance, sécurisation des échanges, gages d’authentification, technologies de partage de ressources, économies d’échelles, garantie des transactions, auto-exécution de contrats, décentralisation des processus, etc.) un certain nombre d’autres plus complexes à explorer se pose.

L’histoire des sociétés n’est jamais lisse ni linéaire. À des périodes de bouleversements brutaux généralement très rapides – souvent en moins de deux ou trois générations – succèdent de grandes époques beaucoup plus longues, durant souvent plusieurs siècles, où les acquis de ces courtes périodes de bouleversements fondent un réel commun satisfaisant plus ou moins la société. S’ils sont sans cesse réaménagés, corrigés, repris, améliorés, modifiés, il n’en reste pas moins que ces acquis forment un socle stable à partir duquel la vie en société est possible.

Révolutions et changements radicaux

Le monde des sociétés occidentales modernes tel qu’on le connaît actuellement a, pour faire court, moins de deux siècles. Il date de la Révolution de 1789 et de la révolution industrielle qui a suivi au xixe siècle. Les grands bouleversements précédents ont été principalement la Renaissance vers le xive siècle puis les Lumières entre le xvie et le xviie siècle.

Chacune de ces époques de changements radicaux – le monde tel qu’on le décrit et tel qu’on le vit n’est d’un coup plus du tout le même – a créé les outils dont elle avait besoin pour lui permettre d’accompagner et de réaliser ces changements ; on pense par exemple à l’imprimerie qui, originellement, avait été inventée en plein monde médiéval pour diffuser massivement la doctrine de la foi chrétienne et qui, au bout du compte, a surtout été utile à la modernité de la Renaissance pour diffuser ses thèses humanistes émancipatrices. On voit à travers cet exemple qu’une technologie quelle qu’elle soit peut donc être à la fois incrémentale – elle sert à améliorer, à modifier, à transformer la société mais sans jamais remettre en cause ses fondements ni les façons qu’elle a de décrire la réalité qu’elle vit (comme l’a été par exemple le passage de la machine à vapeur à la machine électrique qui a transformé toute l’industrie sans remettre en question les fondements purement économiques du « comment produire ») – et disruptive.

La blockchain cristallise cinq valeurs

Ce qui distingue et qualifie une technologie est donc, au-delà de ce pour quoi on dit qu’elle est faite, ce qu’elle porte ou ne porte pas comme nouvelle façon de voir et de dire le monde.

Il est probable qu’à travers la blockchain, ce soit en définitive notre monde qui, engagé dans toute une série de mutations extrêmement profondes, si profondes qu’elles remettent en question tout notre modèle sociétal patiemment édifié depuis près de deux siècles, trouve à exprimer quelques-uns des grands enjeux qui le traversent.

La blockchain en cristallise au moins cinq : la valeur, la monnaie, le travail, l’être-individu et la question démocratique. Elle peut bien sûr être techniquement utilisée pour répondre à d’autres enjeux tout aussi importants (par exemple la préservation de l’environnement, la gestion de l’énergie, etc.) mais elle ne me semble pas les porter intrinsèquement en elle, dans sa construction même, alors que ces cinq-là sont directement questionnés par la blockchain.

En limitant ses potentialités aux champs connus et reconnus de l’économie (échanges monétaires décentralisés, transactions simplifiées, éviction d’intermédiaires coûteux), de la production (modélisation de l’entreprise 4.0 de demain, les DAO), de l’applicatif pur (sécurisation des échanges et des données) ou de la gouvernance (décentralisation, consensus), on s’empêche toute vision prospective de la blockchain ; la restreindre à ces fonctions, c’est ne pas la prendre en compte dans sa perspective historique large.

Ici, nous abordons successivement les questions de la valeur (comment s’évalue-t-elle, à partir de quels présupposés initiaux), de la monnaie (à quoi sert-elle, que vaut-elle, qui l’émet), du travail (qu’est-ce que produire), de l’identité (comment nous définissons nous) puis enfin de l’organisation politique des sociétés (selon quels modes de gouvernance), montrant comment la blockchain porte en elle des modèles théoriques potentiels qui dépassent de très loin ce pour quoi elle semble être faite.

L’émergence de la blockchain

Au-delà de ce qui se dit, des séries de « pratiques » apparaissent autour de la blockchain comme autant d’énoncés venant parfois infirmer ou contredire ce qui est dit. Exactement de la même façon que la question « qu’est-ce que le Web et à quoi sert-il ? » aura reçu des réponses radicalement différentes selon qu’on l’aura posée en 1996, en 2006 ou en 2016, la question « qu’est-ce que la blockchain et à quoi sert-elle ? » ne trouvera pas sa solution dans une collecte exhaustive recensant l’intégralité des formulations à son sujet, mais dans l’étude et l’observation de ses pratiques. Comment est-elle utilisée et pour en faire quoi nous en apprendra plus que toutes les prédictions/ divinations émises çà et là.

C’est dans cet interstice entre « dire » et « faire » que la blockchain est actuellement en train d’émerger. Dire, c’est se placer le plus souvent dans le seul registre économique ; c’est en endosser à la fois la logique, le lexique et les outils conceptuels, en déclarant par exemple que « la blockchain nous fera réaliser d’importantes économies ». C’est vrai mais c’est faux.

C’est vrai comme effet de bord immédiat à très court terme, mais c’est faux comme probable réorganisation de toute la production de richesses à plus long terme.

La blockchain n’est que l’outil d’un monde entré en révolution

La blockchain n’est pas une révolution. Elle n’est que l’outil d’un monde lui-même entré en révolution. Et donc, paradoxalement, dire aujourd’hui ce qu’est la blockchain revient le plus souvent à énoncer ce que le monde de demain ne sera probablement plus. Et parce que la blockchain n’est ni une technologie ni une révolution, elle ne peut ni être décrite sous l’angle de sa capacité à disrupter, ni être réduite à la technique qui la sous-tend sans prendre le risque de passer à côté de ce qui, au fond, est peut-être sa nature originelle : n’être qu’un artefact au service d’un changement de civilisation, changement qui s’annonce comme au moins aussi radical et aussi dévastateur qu’ont pu l’être en leurs temps la Renaissance, les Lumières ou les révolutions industrielles pour leurs propres « empires du passé ».

Par Laurent Leloup (extrait de son livre Blockchain, La révolution de confiance)

image002BLOCKCHAIN
La révolution de la confiance

par Laurent LELOUP

en librairie le 16 février

224 pages
17 €


unnamed (1)Laurent LELOUP
est le créateur -en 2006- de Finyear Group qui publie les quotidiens Finyear et BlockchainDaily News et produit de nombreux évènements.

Il a par ailleurs cofondé -en 2016- Blockness, startup centrée blockchain, France Blocktech, l’association de l’écosystème blockchain français, et Blockchain Valley, à la fois campus, centre de formation et incubateur.

Énergie : la Blockchain peut-elle faire des étincelles ?

Timidement, les géants de l’énergie se branchent sur la Blockchain. Outre-Rhin, le conglomérat RWE s’est associé avec la start-up Slock.it qui a levé plus de 150 millions de dollars. Baptisé Blockcharge, ce projet consiste à développer de nouvelles bornes de rechargement électrique de véhicules. Grâce à la Blockchain, la borne calculerait automatiquement l’électricité fournie dès que le conducteur quitterait la place de stationnement. Chaque personne qui souhaite bénéficier de ce service, souscrit à un contrat et rejoint la communauté. Il est équipé d’un « smart plug », à brancher sur n’importe quelle prise et permettant ainsi d’activer son « smart contract ». C’est un contrat numérique reposant sur la technologie blockchain qui permet de contrôler les engagements de chaque partie.

Il présente trois avantages : la sécurité des transactions, la réduction des coûts de vérification et d’exécution du contrat, et l’absence d’intermédiaire physique.

Enfin, grâce au « smart plug » et une application smartphone l’utilisateur peut recharger sa voiture partout en ne payant que l’électricité consommée.

En France, Engie mène des expérimentations, dans l’Yonne, concernant en particulier la traçabilité des flux. Des compteurs d’eau connectés peuvent déclencher automatiquement l’appel d’un dépanneur en cas de fuite, grâce à des « smart contracts ».  Une fois exécutée, cette intervention est immédiatement répertoriée dans la chaîne de blocs.

Mais comme pour le Bitcoin, des particuliers n’ont pas attendu la concrétisation des projets de grande envergure. Ils ont adopté cette solution pour s’acheter et vendre de l’électricité.  C’est le cas du projet TransActive Grid développé par deux entreprises : Lo3 Energy, qui développe des réseaux d’énergie solaire, et ConsenSys, spécialisée dans le Bitcoin. Inauguré à Brooklyn début 2016, ce réseau local et autonome est composé de cinq maisons de « producteurs » qui vendent à cinq foyers « consommateurs ». Ces particuliers peuvent ainsi gérer eux même leur consommation d’électricité grâce à des transactions légales, sécurisée et monétisées.

Centrale électrique virtuelle

Des capteurs mémorisent l’historique de la création énergétique à un point précis, et l’enregistre aussitôt sur la Blockchain Ethereum, une cryptomonnaie un peu moins connue que Bitcoin. Des « smart contracts » peuvent ensuite régir les règles d’utilisation de cette énergie, et les tarifs des producteurs. Avec cette solution, ils n’ont plus besoin de passer par un distributeur local. Même concept aux Pays-Bas où Vattenfalls teste l’échange d’électricité entre quelques-uns de ses clients. Au Québec, PowerStream a développé la première centrale électrique virtuelle gérée par des habitants d’un quartier au Canada. Grâce à une technologie novatrice, le projet pilote permet à une vingtaine de résidents de stocker l’énergie produite par des panneaux photovoltaïques sur leur maison. Les clients peuvent « déplacer » une portion de l’énergie produite dans le réseau et ainsi diminuer leur facture d’électricité.

Nous n’en sommes pas encore là en France. L’ordonnance de juillet 2015 concernant l’autoconsommation n’autorise les échanges d’électricité qu’entre producteurs et consommateurs reliés à un même point de basse tension, autrement dit, à l’intérieur d’un immeuble ou d’un lotissement. Bouygues, Energisme, Stratum et Microsoft devraient lancer une expérimentation (reposant sur l’énergie photovoltaïque) cette année à Lyon Confluence. Ce serait un peu l’équivalent au projet de Brooklyn.

« Nous voulons permettre aux habitants d’un écoquartier de bénéficier d’une énergie d’origine locale certifiée, provenant des panneaux photovoltaïques du voisinage. Nous espérons pouvoir équiper un immeuble début 2017 à Lyon et puis dans d’autres écoquartiers en France dès que le pilote aura démontré toutes ses possibilités », précise Olivier Sellès, responsable innovation et smart city de Bouygues Immobilier.

Cadre réglementaire et juridique

Malgré ces initiatives séduisantes, « à l’heure actuelle, il n’est pas encore possible d’affirmer si la Blockchain parviendra ou non à s’imposer dans le secteur de l’énergie. Cette question ne dépend pas uniquement des possibilités techniques du système, mais aussi, et surtout du cadre réglementaire et juridique, de l’évolutivité de cette technologie et de sa résilience, ainsi que de la rentabilité des investissements », indique Pascale Jean, associée responsable du secteur énergie chez PwC.

La régulation et l’économie de marché sont les deux principaux écueils au développement de projet reposant sur la Blockchain. Les experts de PwC soulignent que, « dans un réseau transactionnel de type Blockchain, il convient de déterminer qui est l’opérateur de points de mesure, qui détient un agrément en tant que fournisseur d’électricité et qui est responsable d’équilibre. Par ailleurs, un système de transactions d’énergie reposant sur la Blockchain soulève des problèmes en termes de responsabilité, notamment vis-à-vis du périmètre d’équilibre ».

Ce secteur a seulement lancé quelques projets. Pas de quoi enflammer les ardeurs…

Philippe Richard

Blockchain : c’est quoi ?

À la fin des années 60, il y avait les Shadoks qui passaient des heures à utiliser leur Cosmopompe destinée à pomper le cosmogol 999. Aujourd’hui, des « mineurs » passent plusieurs heures à vérifier les transactions d’un bloc d’une « chaîne de blocs », la fameuse Blockchain.  Ces blocs contiennent des transactions (opérations d’écriture dans la chaîne) qui sont dans un ordre précis.

L’usage le plus connu est la monnaie virtuelle Bitcoin, première Blockchain créée en 2008. Neuf ans plus tard, le Bitcoin est toujours mis à l’index par des pays ou des organisations. Avec un argument récurrent : des transactions illégales sont favorisées par l’anonymat qu’il donne à ses utilisateurs.

Des transactions certifiées

Au-delà de cette polémique, une Blockchain représente une solution iconoclaste. Elle pourrait « révolutionner » différents secteurs d’activité et en particulier tous les intermédiaires de « confiance » chargés de vérifier l’identité d’une personne en prenant au passage une commission plus ou moins élevée.

Cette base de données ordonnée permet en effet de certifier toutes les informations et de les rendre incontestables. La transaction peut être certifiée par la communauté, même si toute la difficulté est de définir dans le domaine P2P quelles sont les limites de cette communauté. « L’intégrité de la chaîne est garantie par la cryptographie. Toute modification est détectable par tous. Notez bien que j’ai dit toute modification. La chaîne ne distingue pas entre modification “légitime” ou “illégitime” », précise Stéphane Bortzmeyer (Ingénieur R&D à l’Association française pour le nommage Internet en coopération – Afnic), sur son blog.

Autre principe fondamental d’une Blockchain : la décentralisation. La chaîne est « vérifiable par tous et contrôlée par personne ». Lorsque deux personnes souhaitent organiser un transfert d’argent entre elles (il peut s’agir de régler un achat ou de faire un virement pour un membre de sa famille), elles possèdent chacune une clé (un code) publique et une autre privée pour envoyer et recevoir de l’argent.

Enregistrée sous forme d’un code informatique, cette opération en rejoint d’autres qui forment un « bloc ». Ce dernier apparaît dans la base de données géante de la Blockchain. « Tous les utilisateurs de la Blockchain possèdent ce même registre et à chaque fois qu’une personne y écrit quelque chose, c’est répliqué dans tout le réseau », précise François Dorléans, directeur des opérations de la start-up française Stratumn, qui s’appuie sur la technologie Blockchain pour créer des outils à destination des entreprises.  C’est à ce moment-là qu’interviennent les fameux « mineurs » qui, tels les Shadoks, activent leur machine pour vérifier les transactions du bloc (s’assurer par exemple que A dispose bien des fonds nécessaires à envoyer à B). A la clé, une rémunération.

Autre singularité, la chaîne de blocs est publique. « Tout le monde peut créer un nœud du jour au lendemain, qui va automatiquement télécharger et vérifier la chaîne, avec toutes les données qu’elle contient », explique Stéphane Bortzmeyer.

Repérer de faux médicaments

Quelles applications pourraient tirer profit de telles particularités  ? Elles sont très variées, aussi bien grand public que professionnelles. Dans le premier cas, la Blockchain facilite les transferts d’argent entre particuliers. Plus besoin de se rendre à un guichet spécialisé, une simple connexion internet et un smartphone suffisent. Les frais d’envoi s’en trouvent drastiquement diminués (maximum 1 % contre 5 à 15 %), et les formats de monnaies utilisables sont beaucoup plus étendus. Plusieurs start-ups ambitionnent d’« uberiser » Western Union et consorts. Les plates-formes musicales comme Spotify et Deezer ainsi que les maisons de disques pourraient être également concernées : la gestion des droits se ferait en temps réel et sans passer par des intermédiaires.

Mais ce sont les applications professionnelles qui devraient se multiplier, en particulier dans la finance et l’énergie. La constitution de registres de transactions infalsifiables serait très utile dans de nombreux domaines exigeant une traçabilité optimisée des objets et produits. L’alimentaire et la santé pourraient en tirer profit. Un scandale sanitaire comme celui de la viande de cheval et les contrefaçons de médicaments seraient limités, voire impossibles. Une bonne nouvelle, car selon l’Organisation mondiale de la Santé, les faux médicaments sont à l’origine de 700 000 décès par an. La start-up française blockpharma est sur ce créneau. Sa solution permet de vérifier instantanément via son smartphone l’authenticité de la boîte de médicament achetée. Cette authentification renforcée serait également très utile pour l’identité numérique (cadastre, banque, transport, certificats de naissance et de décès…).

Des transactions assez lentes

En Afrique, mais aussi en Amérique latine, de nombreux pays ne disposent pas de cadastres, ou tout au moins de cadastres fiables. L’ONG Bitland a annoncé le lancement d’un projet de cadastre numérique au Ghana en permettant aux propriétaires d’arpenter leurs terres via GPS et d’enregistrer leurs actes fonciers sur une Blockchain.

Mais une Blockchain n’est pas non plus la panacée. Cette solution présente quelques limites. La principale est sa lenteur relative (plus de dix minutes pour enre­gistrer une transaction) et son coût énergétique (elle mobilise beaucoup d’ordinateurs). Elle est aussi la cible de pirates. S’ils ne peuvent pas altérer la chaîne de blocs, ils sont en mesure de repérer des failles dans les applications pour détourner de l’argent.

Mais l’impact de ces inconvénients semble très minime au regard des avantages offert par ce système décentralisé.

Par Philippe Richard

La Blockchain peut-elle faire sauter la banque ?

La technologie Blockchain ne fait plus peur aux banquiers ! Au contraire, elle les attire. Selon une étude publiée le 13 février 2017 par Infosys Finacle, entité d’EdgeVerve Systems et son partenaire Let’s Talk Payments (LTP), plus de 80 % des banquiers interrogés s’attendent à voir l’adoption commerciale de cette technologie se concrétiser d’ici 2020. Et ils mettent en avant quatre arguments principaux : moins d’intermédiaires dans les transactions, donc moins de coûts de fonctionnement, des échanges plus rapides et plus sécurisés.

La moitié (50 %) des institutions financières ont d’ailleurs déjà investi ou prévoient de le faire dès cette année en s’associant avec une start-up de la FinTech ou une entreprise technologique. La Banque de France confirme cet intérêt. Après avoir noué un partenariat en 2016 avec deux start-ups spécialisées (le Labo Blockchain et Blockchain France), elle vient d’ouvrir un Lab pour attirer les start-ups de la Blockchain. « La digitalisation du secteur financier peut accélérer ce processus positif : (…) la Blockchain aide aussi à accélérer le développement de l’e-commerce et à moderniser les échanges physiques », a déclaré François Villeroy de Galhau, son gouverneur dans un discours à Paris FinTech Forum. En Suisse, UBS a invité des concurrents – Deutsche Bank, Santander, etc. – à la rejoindre pour travailler sur une monnaie virtuelle qui pourrait être utilisée dans les transactions entre banques.

12 milliards

Mais certaines institutions en sont déjà au déploiement. Les banques Emirates NBD et ICICI Bank vont s’appuyer sur la Blockchain dans le cadre des virements internationaux et des financements commerciaux. Selon l’enquête d’Infosys, cinq principaux cas d’utilisation devraient entrer rapidement en production : les paiements transfrontaliers, la gestion de l’identité numérique (pour réduire la fraude lors des paiements électroniques), la compensation et le règlement, la gestion des lettres de crédit et la syndication de prêts.

La Blockchain est aussi perçue comme un moyen de faire des économies. Pour les banques d’investissement, la rationalisation de certaines fonctions permettrait d’économiser environ 12 milliards de dollars par an selon une étude réalisée en 2016 par Accenture. Dans le détail, cette étude estime que les établissements pourraient abaisser les coûts de 70 % dans les reporting financiers, de 50 % dans les fonctions de compliance et dans la même proportion pour les supports opérationnels comme la rédaction des accords de principe.

Et le client, dans tout ça ? Comme nous l’avons évoqué dans notre article sur ce qu’est la Blockchain, les deux principaux intérêts sont le développement du micro-paiement et l’accélération des transferts d’argent, tout en payant une commission réduite. Concernant les tarifs justement, leur attractivité dépendra en partie de la capacité des petits acteurs et des cryptomonnaies à concurrencer sérieusement les banques. C’est le cas notamment de Ripple, troisième plus importante cryptomonnaie par capitalisation boursière, après Bitcoin et Ethereum. Utilisé par des entreprises telles que UniCredit, UBS ou Santander, le protocole Ripple a été de plus en plus adopté par les banques et les réseaux de paiement comme technologie d’infrastructure de règlement. Il permet d’effectuer des transactions financières sécurisées, instantanées et presque gratuites, de toute taille sans rejets de débit. Il prend en charge n’importe quelle monnaie fiduciaire, cryptomonnaie, marchandise ou toute autre unité de valeur telle que miles aériens, minutes mobiles, distances de GPS…

La crainte d’être ubérisé…

Malgré cet engouement, la Blockchain inquiète, car il n’existe aucune barrière à l’entrée : n’importe qui peut créer un service qui fonctionne et bousculer des acquis. « La Blockchain (peut) remettre en cause des modèles économiques, mais aussi des modèles de régulation. (…) Nous sommes pour une Blockchain réglementée : on garde un modèle ouvert et il faut créer des nœuds d’accès », expliquait au site FrenchWeb Franck Guiader, directeur FinTech, Innovation et Compétitivité à l’AMF (Autorité des Marchés Financiers).

D’où notamment le partenariat signé en juin dernier entre la Caisse des Dépôts, la BNP et la Société Générale afin de favoriser le financement des PME grâce à la Blockchain. Derrière cet accord, c’est la volonté de ne pas être « ubérisé » et de conserver la position d’intermédiaires privilégiés des entreprises. L’économiste Philippe Herlin considère en effet que « les banques sont ubérisables en tant que très grosses structures, très hiérarchisées et centralisées ».

Philippe Richard

Revue du web #100 ! : les 10 robots les plus étonnants du mois

Les Zooïdes, des petites machines roulantes capables d’interagir avec l’humain

Handle, le nouveau-né de Boston Dynamics

 

Un robot parvient à abuser le captcha « I’m not a robot »

Un drone capable de polliniser les plantes à la place des abeilles

 

Robot porteur de Piaggio : confiez-lui vos courses et vos bagages !

 

Cassie, le robot bipède qui vous livre vos colis

 

Robot bricoleur : le dernier robot du CNRS visse et perce des trous

 

Robot soldat : le nouveau robot de Sarcos Robotics glisse comme un serpent

 

Robot épicier : un robot capable de manipuler les fruits et les légumes

 

Darpa robotics Challenge : les plus belles chutes

 

Bonus : 

Un aquarium piloté par un poisson rouge

Par I. T

Air Liquide s’interroge à propos de la voiture électrique à batterie

cH2ange est une initiative portée par le groupe Air Liquide, centrée autour de la place de l’hydrogène dans la transition énergétique.

La page est accessible à cette adresse: https://www.facebook.com/cH2ange. Elle est également relayée sur Twitter par le service communication d’Air Liquide avec le hashtag #cH2ange.

Voici quelques éléments de réflexion dans le cadre du débat qu’Air Liquide appelle de ses vœux, ceci sous forme de réponse aux différentes questions posées et avec de nombreux documents de référence intégrés en liens hypertextes.

Air Liquide (cH2ange) interroge:  « Ne vous êtes vous jamais demandé ce qui se passerait si toutes les voitures électriques étaient uniquement alimentées par des batteries ? Ne vous êtes vous jamais demandé ce qui se passerait si tout le monde rentrait à la maison en début de soirée et branchait sa voiture électrique ? » (Question accompagnée d’une peluche qui pleure)

Réponse: Les voitures étant stationnées environ 95% du temps et le trajet moyen d’un automobiliste standard étant d’environ 35 kilomètres par jour, la charge lente à faible puissance n’est pas du tout un problème. A fortiori si l’on dispose d’une batterie permettant d’avoir plus de 300 kilomètres d’autonomie. C’est ce que savent déjà tous les utilisateurs de voitures électriques. La charge lente peut d’ailleurs être réalisée sur le parking du lieu de travail.

Grâce aux outils numériques modernes il est possible de piloter la charge de manière éco-intelligente en fonction de la disponibilité des ressources solaire et éolienne. Les batteries des véhicules électriques constituent une formidable opportunité pour faciliter l’intégration de hauts niveaux d’énergies renouvelables variables. C’est l’approche V2G-G2V. Cet outil de flexibilité est d’ailleurs intégré à l’étude France 100% Renouvelable de l’ADEME. Ce qu’Air Liquide présente aux internautes des réseaux sociaux comme un problème  constitue en réalité une opportunité.

Air Liquide (cH2ange): « Le future de notre mobilité est zéro émission. Cela signifie-t-il que chacun de nous doit conduire une voiture électrique à batterie ? »

Réponse: L’électro-mobilité avec stockage batterie a une efficacité environ trois fois supérieure à celle de la thermo-mobilité. En revanche le remplacement de la batterie par de l’hydrogène compressé à 700 bars, produit par électrolyse et consommé par une pile à combustible dégrade fortement l’efficience. Il faut consommer environ trois fois plus d’électricité pour parcourir un kilomètre en voiture à hydrogène qu’avec une voiture électrique à batterie. Cela conduit à un gaspillage des surfaces et des métaux (Cuivre, Argent etc.) pour construire trois fois plus de centrales solaires, éoliennes et hydrauliques. Il faut donc davantage de mines dont l’impact environnemental n’est pas neutre.

Si l’intégralité du parc automobile français passait au 100% électrique à batterie alors la demande nationale d’électricité augmenterait d’environ 15% (70 TWh) d’après une estimation réalisée par le président d’honneur de l’association Sauvons Le Climat et corroborée par d’autres études. Si ce parc automobile passait intégralement à l’hydrogène obtenu par électrolyse alors la hausse de la demande électrique serait d’environ 45% (210 TWh).

Air Liquide (cH2ange): « Savez-vous combien de temps il faut pour charger une voiture électrique à batterie ? »

Réponse: Les superchargeurs Tesla d’ancienne génération (120 kW) permettent de charger une batterie de 90 kWh à 80% en 40 minutes et à 100% en 75 minutes.  Les superchargeurs nouvelle génération d’Ultra-e (350 kW) permettront de capturer 300 kilomètres en 20 minutes, le temps de prendre un café. C’est parfaitement en phase avec les consignes de sécurité routière. En Suisse le groupe ABB a installé un système de charge ultra rapide (600 kW). Elon Musk a annoncé l’arrivée de superchargeurs Tesla de plus de 350 kW.

Air Liquide (cH2ange): « Challenge:  quelle puissance sera selon vous nécessaire pour charger un million de voitures électriques à batterie (0,4% de la totalité des voitures en Europe), pendant 20 minutes seulement, en une journée ?  Le fast-charging, est-ce une solution? » (question suivie d’une vidéo qui a été vue plus de 300.000 fois)

Réponse: 1 million de Toyota Mirai à Hydrogène, cela correspond à 114 GW de piles à combustible embarquées.  Les 1,6 GW de superchargeurs mentionnés par Air Liquide (13.888 superchargeurs de 120 kW) peuvent être alimentés par 1,6 GW de PAC stationnaires. A noter que les trajets supérieurs à 300 kilomètres sont rares pour un automobiliste standard et que la charge rapide n’est nécessaire que pour ces longs trajets. Il est rare en France qu’un million de véhicules (3,1% du parc automobile national qui compte 32 millions d’unités) aient besoin de parcourir plus de 300 kilomètres d’une seule traite le même jour.

Air Liquide (cH2ange):  « Nous devons nous diriger vers une société post-pétrole. Les voitures électriques à batterie sont une option. Les voitures électriques à hydrogène, une autre. »

Réponse: La batterie de la Tesla Model 3 aura une capacité de 55 KWh ce qui offrira une autonomie de plus de 300 kilomètres. Cette batterie ne coûtera que 6875 dollars ($125 le kWh de stockage), soit un cinquième du prix de la voiture complète. Pour qu’une voiture électrique équipée d’une batterie de 20 kWh ($2500) et d’un prolongateur Hydrogène devienne compétitive, il faudra alors que le coût de la PAC + électronique soit inférieur à $4375. La Toyota Miraï à Hydrogène (PAC de 114 kW)  est vendue à partir de 66.000 euros hors taxes. Une bonne partie de ce coût correspond à la pile à combustible et à l’électronique qui l’accompagne.

Parcourir 100 kilomètres en voiture à hydrogène coûte environ 10 euros hors taxes. C’est 5 fois plus cher qu’avec une voiture électrique à batterie.  « Le coût de compression à 700 bars à partir d’hydrogène à pression ambiante est prohibitif » explique un  ingénieur spécialiste de l’hydrogène.

L’infrastructure Hydrogène est-elle meilleure marché que les superchargeurs nouvelle génération  ? La Californie vient d’accorder à titre expérimental 92 millions de dollars pour créer en 2017 un réseau de 50 stations de recharge en hydrogène. Soit 1,7 million s’euros par point de charge. La charge s’effectue en 5 minutes.  Les 25 stations-superchargeurs du programme Ultra-e (350 kW, charge en 20 minutes) coûtent 13 millions d’euros, c’est à dire environ 0,5 million d’euro par superchargeur. Si la charge est 4 fois plus longue le coût du chargeur est trois fois moins élevé.  Les rapports coût / durée sont proches.

Le coût de 13.888 superchargeurs de 350 kW l’unité (4,8 GW) est d’environ 7 millliards d’euros, c’est à dire 218 euros par automobile à l’échelle des 32 millions de véhicules du parc français.  Les 4,8 GW de superchargeurs peuvent d’ailleurs être couplés à 4,8 GW de PAC stationnaires, permettant ainsi  de réaliser des économies au niveau du réseau électrique. 4,8 GW de PAC stationnaires versus 114 GW de PAC embarquées…Facteur 24.  « Historiquement, un nouveau vecteur énergétique a toujours commencé par s’imposer dans les usages stationnaires avant ceux de mobilité pour des questions de poids, d’autonomie, de fiabilité, de sûreté, etc. » expliquait Etienne Beeker, expert de France Stratégie, le 22 septembre 2015 dans le cadre d’une interview pour un média de la Commission de Régulation de l’Energie.

Quel est le coût d’un million de piles à combustibles (114 GW) pour équiper un million de Toyota Miraï ? De 3648 GW de PAC pour en équiper 32 millions ? Et combien coûtent 32 millions de réservoirs à hydrogène associés devant résister à une pression de 700 bars ?

Air Liquide (cH2ange): « Dans quelques années les voitures à hydrogène et les voitures électriques à batterie seront comme les voitures diesel et les voitures à essence aujourd’hui », a déclaré Dr. Katsuhiko Hirose, ingénieur pile à combustible et Hydrogène chez Toyota. Etes-vous d’accord avec lui ? »

Réponse: Le comparatif est-il pertinent ? Essence et diesel doivent tous les deux êtres éliminés dans une perpective zéro émission qu’Air Liquide appelle de ses vœux.  Au nom de l’ouverture à l’innovation doit-on accepter les voitures thermiques à éthanol de maïs alors que leur efficience Sun-to-Wheel est 180 fois inférieure à celle des voitures électriques à batterie alimentées par des panneaux photovoltaïques ? Certes les voitures à hydrogène sont « seulement » 3 fois moins efficientes et non pas 180. La question devient: où placer le curseur de la tolérance en matière d’efficience ? Les personnes luttant contre le gaspillage peuvent-elles être traitées de « khmers verts » ?

« Il y a une compétition entre les batteries et les piles à combustible à hydrogène, on verra qui gagnera » a déclaré  Bertrand Piccard, fondateur de l’ « alliance mondiale pour les solutions efficientes » (qui s’appelait auparavant « alliance mondiale des technologies propres »), au micro de Patrick Cohen sur France-Inter à l’occasion de la parution du livre « Objectif Soleil » retraçant l’aventure Solar Impulse.

De son côté Elon Musk, grâce à l’hydrogène, vient de réussir le lancement d’une fusée Falcon 9 (SpaceX) depuis le centre spatial Kennedy de Cap Canaveral, avec récupération réussie de l’étage inférieur. Ce qui ne l’empêche pas de déclarer que les voitures à hydrogène, compte-tenu de leur efficience médiocre, sont « absurdes » (« Silly ») et qu’elles relèvent manifestement uniquement « d’une chose marketing », une façon de renforcer la «  valeur corporate » des groupes concernés. L’Hydrogène jouit en effet d’une bonne image auprès du grand public malheureusement pas assez informé à propos des problématiques d’efficience.

Le multi-milliardaire américain avait même déclaré à propos des voitures à hydrogène: « so bullshit ! ». Toyota avait alors répondu avec une vidéo montrant que les véhicules à hydrogène peuvent être alimentés par des bouses de taureau ou de bison: « Fueled by bullshit ». Le méthane issu de la fermentation peut en effet servir à produire du dihydrogène par reformage. Aujourd’hui 95% de l’hydrogène consommé dans le monde provient du reformage du méthane d’origine fossile, et non pas de biométhane. L’hydrogène de reformage vapeur sert notamment dans la production d’ammoniaque qui à elle seule est responsable de plus de 1% des émissions mondiales de dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre.

La bataille entre les deux PDG, celui de Toyota et de Tesla continue. Big Oil face à la Silicon Valley. Selon la légende l’adolescent David à gagné contre le géant philistin Goliath. Ceci grâce à une technologie très efficiente, une fronde, et à sa capacité à l’utiliser de façon habile.

La chaîne de propulsion électrique de la voiture Tesla couplée aux superchargeurs constitue une fronde des temps modernes. Un véhicule qui prend d’ailleurs l’apparence d’une fusée: la Tesla Model S P100D passe de 0 à 100 kilomètres/heure en 2,3 secondes. Contre 9 secondes pour la Toyota Miraï. Le groupe nippon vient de rappeler l’intégralité des 2800 unités vendues dans le monde en trois ans, ceci suite à un problème de contrôle électronique de la pile à combustible.

« Certaines personnes n’aiment pas le changement, mais nous devons embrasser le changement si l’alternative est le désastre » a déclaré Elon Musk.  Plus de 700.000 véhicules électriques à batterie ont été vendus dans le monde durant l’année 2016, dont la moitié en Chine.  Selon The Economist cette vague va grandir très rapidement.

Olivier Daniélo

Olivier Daniélo est auteur pour la Revue Politique et Parlementaire des dossiers « La révolution de la voiture électrique 2.0 » (2009, dans le Hors-série « Développement durable: éthique et stratégie du XXIème siècle ») et « La seconde vague de la voiture électrique » (2014). Ainsi que du dossier « Véhicules électriques: un volant de stockage pour demain » (2011), Revue Systèmes solaires n°202.

Remodeler un objet imprimé en 3D pour rattraper des erreurs

La fabrication additive (plus connue sous le terme d’impression 3D) présente plusieurs avantages : matériaux de plus en plus performants, réduction du poids et des coûts, conception de pièces expérimentales… Mais elle est encore pénalisée par une productivité assez faible par rapport à des process conventionnels et des outils informatiques mal adaptés. Et il y a les fameuses erreurs que l’on constate à la fin, lorsque l’objet vient d’être imprimé. Jusqu’à présent, il n’était pas possible de rattraper les erreurs ; il fallait tout recommencer.

Dorénavant, cette contrainte n’existe plus. Le MIT (Massachusetts Institute of Technology ) a trouvé une méthode qui permet de modifier la forme, la taille ou la couleur après coup. Dans leur article scientifique publié par ACS Central Science, les chercheurs expliquent qu’ils sont parvenus à jouer sur les propriétés mécaniques d’un objet en altérant sa dureté. Ils ont également réussi à modifier ses propriétés hydrophobiques, à le faire enfler ou rétrécir en utilisant un monomère sensible à la température. Leur secret ? La polymérisation vivante. Les polymères qui composent la matière restent en quelque sorte actifs, prêts à répondre à une stimulation, en l’occurrence la lumière bleue d’une LED.

Au lieu de recourir à la traditionnelle impression qui consiste à diffuser de la lumière sur des monomères à l’état liquide – la base du plastique et d’autres matières – jusqu’à obtenir des couches compactes de polymère, Johnson et son équipe ont décidé, en 2013, d’utiliser la « polymérisation vivante ». Son principe reste le même, à une différence près ; elle crée des matières dont la croissance peut ensuite être réactivée grâce à un rayonnement ultraviolet.

Pour l’instant, les applications ne sont réalisées qu’en laboratoire, car il est impératif que les catalyseurs organiques soient placés dans un environnement sans oxygène, d’où l’objectif principal des chercheurs, de tester d’autres sortes de catalyseurs.

Philippe Richard

Entrepreneuriat : les Français se mettent au pitch !

Jon Stallé, ingénieur de Centrale et diplômé d’HEC, explique pourquoi le projet Station Energy n’a pas complètement réussi à convaincre lors d’un concours de pitch américain : “En fait, il s’agissait de raconter une histoire qui porte les jurés, ce qui demande de laisser de côté cette rationalité et linéarité typique des ingénieurs français”.

Tout est dit, par sa culture et son éducation, l’ingénieur français n’est pas né pour pitcher. Qu’à cela ne tienne, il sait apprendre, non ?

Entraînement et expérience

Si la présentation orale et les compétences en communication sont mises en avant dans l’éducation américaine, cela n’a jamais été le cas en France. Cependant, les grandes écoles ont depuis longtemps intégré à leur cursus des composantes de communication. A commencer par celles de marketing ou de commerce où, désormais, le pitch fait la loi. Ainsi, dans un article du Figaro Etudiant de 2012, Nathan Grass de ESCP Europe explique comment les étudiants sont mis en condition de pitch à tout moment quand Julien Morel, directeur du pôle entreprenariat de l’ESSEC précise qu’”il y a autant de pitchs que de situations”. Car non seulement, il faut savoir pitcher votre projet en une minute, cinq minutes ou 1h, mais il faut aussi savoir l’adapter à son public… Autant dire qu’il faut bien maîtriser son sujet, être entraîné et aussi… connaître son auditoire.

Start-up de la tech : acculturation obligatoire

Monter sa start-up de la tech implique de trouver des fonds. Et aujourd’hui trouver des fonds implique… de pitcher ! Conscients du manque d’habitude de pitcher des entrepreneurs français, institutions, associations de soutien aux start-up ou organismes de formation proposent désormais pléthore de solutions pour apprendre à pitcher.  Et certains programmes spécifiques vont plus loin que le pitch et proposent une véritable acculturation à la planète “start-up de la tech” comme l’accompagnement Impact USA proposé par BpiFrance et Business France. Il s’agit alors en 10 semaines intensives dans la Silicon Valley de fournir les codes d’entrée de ce microcosme particulier et de lancer leur projet pour une quinzaine de start-up qui visent une installation Outre-Atlantique (voir ce reportage de Slate.fr : « Pour réussir dans la Silicon Valley, les Français apprennent à s’américaniser« )

Les universitaires s’y mettent aussi

Toujours très en retard sur le développement des compétences en communication de ses étudiants, l’université française et les instituts de recherche entrent doucement dans la danse. Cela se traduit notamment par le développement des concours “ma thèse en 180 secondes” où le doctorant doit présenter son sujet de recherche en termes simples à un auditoire profane et diversifié. Le concept, inspiré du Three minute thesis de l’université du Queensland en Australie a été repris en 2012 par l’association francophone pour le savoir (Acfas) au Québec avec l’ambition de l’étendre à l’ensemble des pays francophones.

Par Sophie Hoguin

Des cancers repérés par son smartphone ?

Démocratisation de la détection de cancers ou gadget pour hypocondriaques ? Dans un article paru ce mardi 17 janvier dans Nature Communications, ces scientifiques ont développé un microscope qui s’appuierait sur le capteur photo d’un smartphone pour réaliser des séquençages d’ADN.

Ce dispositif serait en effet capable de détecter les produits fluorescents des réactions de séquençage de l’ADN dans les cellules et les tissus. Il ne serait plus nécessaire de se rendre dans un laboratoire. Un médecin pourrait brancher ce microscope à son téléphone pour effectuer par exemple une analyse moléculaire sur une tumeur.

Un progrès majeur pour repérer à temps, et à moindre coût, un cancer ou une maladie infectieuse. Présente dans chaque cellule vivante, l’acide désoxyribonucléique (ADN) rassemble toute l’information permettant à l’organisme qui la contient de se développer et de se gérer. Le séquençage permet en effet de comprendre et de poser un diagnostic, mais également d’identifier des mutations génétiques. Il permet d’identifier une mutation ou un gène impliqué dans une maladie, mais également d’évaluer les prédispositions génétiques d’une personne pour certaines maladies ou d’en savoir plus sur sa « généalogie génétique ».

Pour relever ce défi, les chercheurs américains et suédois se sont appuyés sur l’impression 3D pour concevoir leur dispositif.  Il est équipé de deux diodes laser pour l’imagerie par fluorescence et d’une diode électroluminescente blanche pour l’imagerie de transmission. Des essais concluants ont été réalisés sur des lignées cellulaires de cancer du côlon et sur des échantillons de tumeurs humaines. Le traitement des images a été géré par un algorithme d’apprentissage automatique.

Les Français ne sont pas en reste. Patrick Merel, un biologiste moléculaire qui a fait toutes ses études à Bordeaux, propose une application qui permettrait à chacun de transporter son génome sur son smartphone, de suivre l’évolution des connaissances relatives à son état patrimoine génétique. Une mention « cancer du sein » accompagnée d’une icône rouge soulignera par exemple une prédisposition à cette maladie, tandis qu’une icône verte indiquera l’absence de risque.

Avec deux autres biologistes et une chercheuse en bio-informatique du CNRS au Labri, il a conçu un projet qui en surprend plus d’un : faire entrer ce fichier de 3 Go – notre génome humain – dans un téléphone portable. En ayant toujours avec soi son code génétique, nous pourrions le faire analyser à tout moment par un spécialiste. Une activité en pleine croissance. Moyennant quelques centaines de dollars, des firmes, essentiellement américaines, proposent déjà aux particuliers de séquencer les données contenues dans leur ADN. Un labo décrypte l’ADN, et en quelques clics, le curieux a accès à certaines informations de son ADN via un site sécurisé et peut savoir, par exemple, s’il est porteur de gènes favorisant tel ou tel cancer.

N’ayant pas obtenu de financement en France (le séquençage du génome demeure strictement encadré), Patrick Merel s’est rendu aux États-Unis pour créer la société Portable Genomics. Début janvier, Apple le contactait… Un premier pas vers la génomique portable ? « Ne va-t-on pas inquiéter inutilement des personnes qui ne vont pas forcément déclarer ces maladies ? », s’inquiète au contraire Patrick Gaudray, membre du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) et directeur de recherche au CNRS.

Philippe Richard

Bilan électrique 2016 : le nucléaire recule

En 2016, la part du nucléaire dans la production d’électricité a atteint 72,3%, contre 76,3% en 2015. La production nucléaire perd ainsi 7,9%, à 384 térawatheures (TWh). Mais ce recul n’est pas le fruit de la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui vise une part de nucléaire dans la production d’électricité à 50% en 2025. Il est notamment lié à l’arrêt de plusieurs réacteurs entre novembre et décembre. L’Autorité de Sûreté Nucléaire vérifiait alors l’état des générateurs de vapeur dans les centrales qui pourraient avoir fait l’objet de défauts de fabrication.

Résultat : si la France exporte toujours plus d’électricité qu’elle n’en importe, le solde des échanges avec ses voisins baisse de 36,6% et atteint 39,1 TWh. C’est son niveau le plus bas depuis bas depuis 2010. La consommation s’élève quant à elle à 483 TWh et, corrigée de l’effet météorologique, demeure stable, à 473 TWh.

Moins de charbon et de fioul, plus de gaz et de renouvelables

Sur l’année, le parc de production d’électricité installé progresse de 1.700 mégawatts (MW), pour atteindre 130,8 gigawatts (GW).  Il gagne 1.345 MW d’éolien, 576 MW de solaire,  215 MW  de bioénergies et 51 MW  d’hydraulique. En revanche, le parc thermique à combustible fossile perd au total 488 MW.

Concernant les énergies renouvelables, la puissance totale du parc s’élève désormais à 45,84 GW pour une production de 94,7 TWh, en hausse de 6,5 % par rapport à 2015. Elles assurent 17,8% de la production et couvrent 19,6% de la consommation française, soit 0,9% de plus qu’en 2015, mais autant qu’en 2014. Dans le détail, la production hydraulique renouvelable (59,2 TWh) couvre 12,2% de la consommation. La production éolienne (20,7 TWh) et solaire (8,3 TWh) couvrent respectivement 4,3% et 1,7% de la consommation. Enfin, la production renouvelable de la filière bioénergies (6,5 TWh) assure 1,4% de la consommation.

Du côté des énergies fossiles, le charbon recule de 15,4% (à 7,3 TWh) et le fioul perd 13,1% (3,3 TWh). En revanche, le gaz gagne 60,8% et atteint une production de 35,3 TWh. Cela en fait la troisième énergie française, après le nucléaire et l’hydraulique. Cette forte hausse est notamment due à la nouvelle centrale Cycle Combiné Gaz de 563 MW, installée à Bouchain. Les énergies fossiles couvrent ensemble 8,6% de la production française.

Début 2017, RTE indique être confronté à une situation tendue. Plusieurs réacteurs nucléaires sont toujours à l’arrêt. En janvier, les capacités de production étaient limitées à 90 GW, alors que la demande avoisinait 93 GW.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Atlantique Nord : le risque d’un refroidissement rapide au XXIe siècle revu à la hausse

Détecté dans toutes les projections des modèles climatiques actuels, le ralentissement de la circulation océanique de retournement2 (dont fait partie le fameux Gulf Stream qui apporte la chaleur de la Floride jusqu’aux côtes européennes) pourrait entraîner un bouleversement climatique sans précédent. En 2013, le GIEC, se basant sur les résultats d’une quarantaine de projections climatiques, a estimé que ce ralentissement s’installerait progressivement et sur une échelle de temps longue. Un refroidissement rapide de l’Atlantique Nord au cours du XXIe siècle semblait donc peu probable.

Dans le cadre du projet européen EMBRACE, une équipe d’océanographes a réexaminé ces 40 projections climatiques en se focalisant sur un point névralgique au nord-ouest de l’Atlantique Nord : la mer du Labrador. Cette mer est le siège d’un phénomène de convection, qui nourrit à plus grande échelle la circulation océanique de retournement. Ses eaux de surface se refroidissent fortement en hiver, deviennent plus denses que les eaux de profondeur et plongent vers le fond. La chaleur des eaux profondes est transférée vers la surface et empêche la formation de banquise. Choisissant d’étudier ce phénomène de convection en détail, les chercheurs ont développé un algorithme capable de repérer les variations rapides des températures à la surface de l’océan. Cette « moulinette statistique » a révélé que 7 des 40 modèles climatiques étudiés projetaient un arrêt complet de la convection engendrant des refroidissements abrupts – 2 ou 3 degrés en moins de dix ans – de la mer du Labrador, induisant de fortes baisses des températures dans les régions côtières de l’Atlantique Nord.

Mais un tel refroidissement rapide, simulé seulement par quelques modèles, est-il vraisemblable ? Pour répondre à cette question, les chercheurs se sont penchés sur la variable clé du déclenchement de la convection hivernale : la stratification océanique. Ces variations verticales de la densité des masses d’eau sont bien reproduites dans 11 des 40 modèles. Parmi ces 11 modèles, qui peuvent être considérés comme les plus fiables, 5 simulent une baisse rapide des températures de l’Atlantique Nord, soit 45 % !

Ces résultats issus de modèles climatiques pourront être confrontés aux futures données du projet international OSNAP qui prévoit l’installation de bouées fixes dans le gyre subpolaire. De quoi anticiper de possibles refroidissements rapides dans les années à venir. Ce risque devra par ailleurs être pris en compte dans les politiques d’adaptation au changement climatique des régions bordant l’Atlantique Nord.

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Notes :

  1. Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, a rendu les 3 volumes de son 5e rapport d’évaluation en 2013 et 2014
  2. La circulation océanique de retournement est parfois appelée circulation thermohaline.

Références :

Abrupt cooling over the North Atlantic in modern climate models, Giovanni Sgubin, Didier Swingedouw, Sybren Drijfhout, Yannick Mary & Amine Bennabi. Nature Communications, 15 février 2017. DOI: 10.1038/ncomms14375

Source : cnrs

L’Inde libérée du charbon dès 2050 ?

«  Le coût de l’électricité renouvelable et de son stockage est en déclin continu et pourrait se stabiliser vers 5 roupies (7 centimes d’euros NDLR) le kWh » écrivent les co-auteurs de ce rapport stratégique. Cela permettra à l’Inde de se diriger de façon décisive vers les énergies renouvelables pour les projets électriques futurs. Ces spécialistes ajoutent qu’ « il est peu vraisemblable qu’il y ait de nouveaux investissements dans le charbon, le gaz fossile ou l’énergie nucléaire ».

La banque américaine Morgan Stanley vient de publier une étude ( « Energy storage: the underestimated disruptor ») où est souligné le fait que nombreux sont ceux qui n’ont pas encore compris l’importance du tsunami du stockage batterie qui est en train de se former. Le cabinet Deloitte abonde dans le même sens et annonce une croissance exponentielle.

Selon Tony Seba de Stanford University les  gas peakers (centrales à gaz spécialisées en gestion de pointe) ne seront plus compétitives dès 2020.  Cet auteur du best-seller  « Clean Disruption » estime que la « disruption est inévitable pour des raisons économiques.  Les gouvernements peuvent aider à créer des emplois et de la richesse ou au contraire freiner et nous rendre plus pauvres mais ne peuvent pas la stopper ». Dans son ouvrage qui vient de paraître,  « La révolution Tesla », le chercheur hollandais Rembrandt Koppelaar, professeur à l’Imperial College London, explique lui aussi « pourquoi Big Oil a perdu la guerre de l’énergie ».

Alors que la Gigafactory  du Nevada a commencé à produire des batteries, Elon Musk envisage d’en construire une seconde en Inde. Le Premier Ministre indien a visité l’usine Tesla de Fremont en Californie il y a un an et demi. Une troisième sera  construite en Europe. Peut être en Finlande, sur l’île de Chypre ou encore en Lituanie.

Avant le déluge (Before the flood)

Pour que le monde entier passe au 100% Renouvelable Elon Musk et les cerveaux de la Silicon Valley estiment que 100 Gigafactories suffiront.  Un tel déferlement est-il vraiment envisageable ? « On a d’abord le mépris de l’adversaire » explique Philippe Silberzahn, spécialiste de l’innovation de rupture, dans un article intitulé « Tout va très bien Madame la Marquise ». Avec des analyses naïves  du genre « Nous on est gros, alors que Tesla est un petit moustique ». Silberzahn ajoute:  « on a ensuite le syndrome de la dinde: celle qui juge que demain sera toujours comme aujourd’hui ». Et on a au final la noyade.  « D’abord ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, après ils vous combattent et enfin, vous gagnez ».

Dans un autre article intitulé  «  Le Dilemne de l’innovateur » Silberzahn explique avec pédagogie que  «  l’erreur du bourrage («  cramming «  en anglais) consiste à raisonner à partir de son marché, et de son réseau de valeur, en se demandant comment l’innovation de rupture pourrait servir ce marché et ce réseau, et plus généralement son modèle d’affaire, au lieu de raisonner à partir de l’innovation elle-même en se demandant quel nouveau marché et quel nouveau réseau de valeur, et donc quel nouveau modèle d’affaire, elle pourrait permettre de construire. »

Selon  Silberzahn, auteur du livre « Effectuation: les principes de l’entrepreneuriat pour tous »  qui a reçu le prix académique du meilleur ouvrage de management, il serait «  vraiment déraisonnable de ne pas prendre au sérieux » Tesla. Se contenter de dire « le parallèle de Kodak ou Nokia avec nous ne tient pas » est selon ce professeur « simplement trop risqué. A bon entendeur…»
De son côté Elon Musk, qui envisage par ailleurs de conquérir la planète Mars, anticipe la vague: la robotisation croissante va selon lui rendre indispensable la création du revenu universel de base. Un avis partagé par Benoît Hamon, candidat socialiste à la présidentielle 2017.
Olivier Daniélo

L’événement de l’innovation spatiale

La PARIS SPACE WEEK est composée de 5 expositions / salons ciblés sur des thématiques spatiales (Smart Manufacturing, Composites & matériaux innovants, Essais, Optique & Photonique, Technologies embarquées), trois conventions d’affaires (Industry, Applications & R&D), des Start-up Challenges et de nombreuses conférences animées par des leaders de l’industrie spatiale mondiale (NASA, ESA, JAXA, CNES, CASC, AIRBUS, LOOKHEED MARTIN, THALES…).

PSW est organisée par ASTech et est le plus grand rassemblement européen de décideurs et de start-up de la filière spatiale.

Liste des participants : Télécharger la liste des participants  Plus d’information : Site Internet ou au 01 46 90 22 37

Comment manager et mesurer la performance industrielle ?

Qu’est-ce qu’un système de management visuel de la performance ?

Une définition pourrait être : Un système de management visuel de la performance permet de structurer la prise de décisions et le déclenchement d’actions, à tous les niveaux de l’entreprise, en s’appuyant sur des outils visuels simples et efficaces.

Attention : dans de nombreuses entreprises, on associe trop souvent management visuel et affichage d’indicateurs. Ces deux notions sont très différentes : afficher des indicateurs (souvent complexes et pas  jour) n’a que très peu d’intérêt si ça ne génère pas d’actions pour s’améliorer. Le point clé du management visuel est bien la notion de management qui s’appuie sur des outils visuels pour progresser.

Ces outils permettent :

  • de visualiser simplement les résultats et les problèmes par la récolte au fur et à mesure des données (résultats, aléas). Ces données sont incontestables car issues des problèmes réellement rencontrés sur le terrain ;
  • de responsabiliser les opérateurs qui les enregistrent et de les impliquer dans la résolution des problèmes ;
  • d’impliquer l’ensemble de la ligne hiérarchique et les fonctions supports dans l’apport d’une solution efficace aux problèmes réels des opérateurs ;
  • de prendre des décisions basées sur des faits et non sur des suppositions. On peut observer sur place des faits concrets et connus de tous et ainsi déclencher des actions ciblées et efficaces.

Cette démarche permet ainsi d’éviter les phrases du type : « rien ne va ce matin  », ou « ça fait des mois que ça traîne  », ou « on a eu beaucoup de pannes hier matin  ». Ces discussions, qu’il est fréquent d’entendre dans les ateliers, ne permettent absolument pas de décider d’une action corrective. Elles sont beaucoup trop générales et superficielles pour engager une action ciblée qui permette d’améliorer la performance.

Il va de soi que la mise en place du système de management visuel de la performance n’a d’intérêt que si une solution est réellement apportée aux problèmes du terrain. Mesurer sans agir ne sert à rien ; agir sans mesure factuelle est souvent inefficace.

Il est fréquent de trouver dans les entreprises des démarches dites de progrès continu où on décide chaque semaine ou chaque mois d’actions correctives basées sur l’analyse d’indicateurs de « chefs  », souvent complexes à comprendre et trop globaux. Ces indicateurs sont rarement à jour car relativement compliqués à réaliser, mais surtout ils ne sont que très rarement accompagnés d’analyses, ou bien ces analyses ne permettent pas de décider des actions adaptées pour résoudre les problèmes des opérateurs. Les opérateurs ne se sentent en général pas concernés par ce type de dynamique. Mais est-ce là du management ?

Dans quels cas faut-il implanter un système de management visuel de la performance ?

Un système de management visuel de la performance peut être utilisé dans tout type de contexte où l’on a besoin de prendre des décisions objectives, en s’appuyant sur des données factuelles, en impliquant toute la ligne hiérarchique dans la prise de décisions et d’actions. Cette démarche peut s’appliquer dans tout type d’environnement, que ce soit commercial ou marketing, industriel ou financier. Les applications à des activités logistiques sont également très intéressantes.
Dans le reste de cet ouvrage, nous aborderons très largement son application en milieu industriel, et plus particulièrement au cœur des usines, au contact des opérateurs, en impliquant l’ensemble de la ligne hiérarchique à la résolution des vrais problèmes du terrain.

Que peut-on en espérer ?

Les résultats obtenus en déployant ce type de démarche peuvent parfois être très surprenants, et pour certains, très difficiles à chiffrer (cf. document 01 – Grille d’analyse des gains possibles) :

  • Le premier résultat est souvent la responsabilisation des opérateurs car ils doivent afficher aux yeux de tous, et en grand, ce qui se passe sur leur poste et les résultats qu’ils obtiennent. De plus, ils deviennent bien plus exigeants envers leur environnement pour trouver de l’aide et du soutien pour résoudre leurs problèmes.
  • Ensuite, on peut mettre en avant la prise de conscience de l’encadrement et des fonctions supports que leur rôle est avant tout de résoudre les problèmes du terrain. Ceci peut paraître tout à fait dérisoire, mais c’est en général un changement de mentalité important de faire en sorte que la priorité de tous soit définie par les problèmes réellement rencontrés sur le terrain.
  • Au niveau chiffré, il est fréquent de constater des gains de productivité de 10 à 50 % dans les 6 premiers mois, tout dépend évidemment de la situation initiale et de l’implication des encadrants, et des groupes supports, durant cette période.
  • Par ailleurs, et alors que ce n’est pas la demande initiale de performance, d’autres gains très importants peuvent être notés sur la sécurité (diminution forte des accidents et incidents sécurité), sur la qualité (diminution forte des non-conformités). Ceci est lié à un aspect clé du management visuel qui est le respect des standards. C’est un point déterminant de cette démarche qui s’appuie sur des modes de fonctionnement clairement établis (ces fameux standards) et qui vise à les faire appliquer en permanence. Ces standards peuvent évoluer ou s’enrichir avec le temps et les problèmes rencontrés. Si on se réfère à la loi des 80/20, on peut tout à fait avancer que 80  % des aléas rencontrés dans une usine (sécurité, qualité, technique…) sont liés à un non-respect des standards.

Comment fonctionne un système de management visuel de la performance ?

Un système de management visuel de la performance fonctionne d’une manière très simple :

  • à l’aide d’un outil ou d’un support visuel, je compare ma performance ou mon activité à un standard qui devient mon objectif ;
  • en temps réel (maille de temps idéale : l’heure), si j’atteins mon objectif, ma performance est inscrite en vert (la situation est globalement sous contrôle), si je n’atteins pas mon objectif, ma performance est inscrite en rouge et je dois réagir au plus vite pour revenir à mon standard. C’est la phase de maintien des standards ;
  • à l’aide d’outils visuels, je consolide ma performance au jour le jour et sur une maille de temps plus longue (semaine ou mois). Il y a alors une tendance de fond qui se dessine : en fonction de cette tendance, je dois lancer des actions de fond pour améliorer mes standards.

Comment s’articule un système de management visuel de la performance par rapport au cadre stratégique d’une entreprise ?

Cette question est fondamentale si on veut s’assurer que tout le monde dans l’entreprise poursuit les mêmes objectifs et partage les mêmes priorités. Il est absolument nécessaire que les objectifs qui nourrissent les outils de management visuel de la performance soient cohérents par rapport aux objectifs déclinés dans le plan stratégique de l’entreprise.

Il est donc indispensable de commencer la démarche de déploiement du système de management visuel de la performance par une étape de déclinaison des objectifs. De plus, le système de management visuel de la performance doit s’articuler efficacement avec l’organisation hiérarchique habituelle (cf. Étape 10).

Quels sont les préalables pour lancer la mise en place d’un système de management visuel de la performance ?

Il y a 3 préalables principaux :

  • Le premier est d’avoir une vision des axes de progrès et des grands objectifs à atteindre pour le site, si possible avec un cadencement dans le temps. Ces objectifs peuvent provenir des objectifs du groupe, d’un plan stratégique ou de tout autre moyen. Exemple : pour rester compétitive, une entreprise doit baisser ses prix de vente de 20 % et améliorer son taux de service pour ne pas perdre de marché ou pour rester concurrentiel.
  • Le second est d’avoir réalisé un îlotage effectif de l’usine : on entend par îlotage, le découpage en îlots (machine ou groupe de machines produisant un produit ou une famille de produits homogènes). Un îlot peut être constitué de plusieurs équipes en fonction des tranches horaires de travail. Plusieurs îlots peuvent être regroupés dans un atelier, que certains peuvent appeler Unité de Production.

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  • Le troisième pré-requis est la maîtrise du procédé de fabrication. En effet, sur un process mal connu, les aléas sont très nombreux et le recul souvent insuffisant.

Que faut-il faire ?

  • Définir la démarche à déployer, le type d’outils à déployer, en bref le référentiel à déployer (Partie 1).
  • Définir le cadre et le planning prévisionnel de déploiement. Identifier le futur chef de projet et les moyens liés au déploiement (Partie 2).
  • Positionner l’équipe de direction du site sur la démarche, les enjeux et leur rôle futur. Définir les grands objectifs, probablement issus du plan stratégique s’il existe, et les décliner à chaque secteur de l’entreprise (Partie 3).

Vérifions ensemble

  1. L’équipe est-elle bien claire sur ce qu’elle attend du futur système de management visuel ?
  2. La performance visée est-elle précisée ? les gains possibles sont-ils précisés ?
  3. Les préalables à la mise en place du système de management visuel sont-ils réunis ?

Point de vigilance

La réussite de ce projet repose sur la volonté réelle du management du site de réussir une réelle amélioration de la performance, en admettant des remises en cause des modes de fonctionnement actuels. Les fonctions support et l’encadrement de l’atelier (maîtrise en particulier, chefs d’équipe également) sont très impactés par ce type de mise en œuvre : assurons-nous qu’ils seront pleinement associés et soutenus tout au long de la démarche.

01 – Grille d’analyse des gains possibles

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 visuel-couvManager la performance industrielle
2e édition
Outils visuels simples et efficaces pour structurer l’animation et la prise de décision

Auteurs : Yves BEUNON , Bruno SÉCHET
Éditeur : GERESO ÉDITION
Date de parution : 12 décembre 2016

Minerais de conflit utilisés dans l’industrie électronique en infographie

De nombreux secteurs, dont l’industrie électronique, utilisent des métaux stratégiques tels que le tantale, l’étain, le tungstène ou l’or. Les sources d’approvisionnement se trouvent en République démocratique du Congo et dans les pays voisins où l’extraction illégale participe au financement des groupes armés qui sévissent depuis près de deux décennies dans cette région, provoquant violations des droits humains et dégâts écologiques considérables. Les chaînes d’approvisionnement de l’industrie électronique sont soumises à des exigences de contrôles accrues en raison de ces risques. Cette infographie, synthèse graphique de l’article AG105 des bases documentaires, reprend en images et graphiques les points essentiels du sujet.

MINERAIS DU CONFLIT-OK

Entreprises : seulement 2% atteignent leurs objectifs RSE !

Presque toutes les entreprises lancent des programmes de transformation pour renforcer leur compétitivité et assurer leur pérennité à moyen-terme. Ces programmes sont souvent portés par des PDG convaincus de leur intérêt. Et pour cause : les marques ayant un engagement démontré en matière de durabilité avaient une croissance quatre fois plus rapide que les autres en 2015, selon le rapport Global Corporate Sustainability 2015 de Nielsen. Mais selon une étude récente de Bain & Company, les objectifs définis par les entreprises ne sont que trop rarement atteints.

Ainsi, seulement 12% des entreprises interrogées déclarent atteindre leurs objectifs, tous changements confondus. Concernant les programmes liés à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), les résultats sont encore plus alarmants : seulement 2% des entreprises déclarent atteindre leurs objectifs de durabilité. Et 16% estiment avoir produit moins de la moitié des résultats escomptés. Il y aurait une raison principale à cela : les entreprises ne parviennent pas à engager leurs salariés dans les processus de transformation. Le haut de la hiérarchie négligerait trop souvent les difficultés rencontrées par les employés lorsqu’il définit de nouvelles approches. « Si les employés se sentent obligés de choisir entre des objectifs de durabilité et des objectifs commerciaux, par exemple, la plupart choisissent les objectifs commerciaux », affirme Bain & Company dans son rapport.

Et si l’on engageait les salariés ?

Pour 62% des sondés, l’intérêt principal de la RSE est simplement d’améliorer la réputation de l’entreprise. Ce qui explique qu’elle ne constitue pas une priorité pour les salariés. 25% des entreprises considèrent que la principale barrière à la réussite d’une stratégie de RSE est le manque d’investissement ou de ressources. 15% pensent qu’il y a des priorités plus importantes. 11% déclarent que la culture du changement est insuffisante et 10% qu’il y a trop d’obstacles organisationnels liés à la structure hiérarchique ou la prise de décision.

Pour réussir à engager les salariés, le haut de la hiérarchie doit être mobilisé. 27% des sondés considèrent ainsi que le soutien de la part des cadres supérieurs est le facteur capital pour atteindre les objectifs. 11% placent l’intérêt et l’engagement des salariés en facteur prédominant. Mais c’est aussi toute l’organisation qu’il faut faire évoluer. En effet, peu de sociétés assurent la durabilité dans leurs processus, leurs systèmes de responsabilisation et leurs incitations, regrette Bain & Company. « Notre sondage a révélé que seulement 24% des employés sont tenus responsables des résultats obtenus en matière de durabilité de façon significative », note le cabinet.

Bain & Company a également interviewé les responsables en charge des questions de durabilité chez les entreprises reconnues pour leurs résultats, comme Nestlé ou Coca-Cola. Il en ressort que les entreprises qui atteignent leurs objectifs sont celles qui imposent aux managers des objectifs de durabilité à atteindre. Pour cela, elles peuvent, par exemple, lier le bonus annuel à des objectifs de durabilité ou ajouter des critères de durabilité pour les investissements.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Renouvelables : des objectifs durs à atteindre en 2018 !

En 2016, l’éolien a connu une croissance sans précédent, selon le Panorama de l’électricité renouvelable 2016, publié notamment par RTE et le Syndicat des énergies renouvelables. 1.345 mégawatts (MW) ont été raccordés sur l’année, soit 35% de plus qu’en 2015 (999 MW). A la fin de l’année, le parc éolien français atteint 11,67 GW. Malgré cette performance, les éoliennes n’ont produit que 20,7 térawattheures (TWh) sur l’année, contre 21,1 TWh en 2015. En cause : un vent assez faible entre le deuxième et le quatrième trimestre qui a engendré un facteur de charge éolien de 21,7 %, contre 24,5% en 2015. L’éolien a tout de même permis de couvrir 4,3 % de la consommation électrique française.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit d’atteindre 15 gigawatts (GW) d’éolien fin 2018. Pour respecter cet objectif, la croissance annuelle du parc devrait être portée à 1.665 MW par an, une croissance jamais atteinte. Soit une hausse de 24% par rapport à 2016.

Lire aussi : Quels objectifs pour la programmation pluriannuelle de l’énergie?

Le solaire : une croissance en demi-teinte

Pour le solaire, la croissance est moins radieuse. Seulement 576 MW ont été raccordés sur l’année, contre 895 MW en 2015. Soit une baisse de 36% des nouvelles installations raccordées. Le parc solaire photovoltaïque atteint ainsi 6,67 GW. L’objectif de la PPE est d’avoir un parc de 10,2 GW en 2018. Pour atteindre ce niveau, la croissance annuelle devrait frôler les 1.765 MW, soit trois fois plus qu’en 2016. Mais ce niveau est proche du record de 2011 où 1.690 MW avaient été installés.

S’il y a eu peu de vent en 2016, il y a en revanche eu pas mal de soleil. La production photovoltaïque a ainsi bondi de 11% pour atteindre 8,3 TWh. Ce qui a permis de couvrir 1,7% de la consommation électrique française.

Et les bioénergies et les barrages ?

Les bioénergies électriques ont gagné 215 MW pour atteindre 1.918 MW, soit une hausse de 12,6 %. 881 MW fonctionnent avec des déchets ménagers comme combusible, 390 MW avec du biogaz, 591 MW avec le bois-énergie et autres biocombustibles renouvelables et 57 MW avec des déchets de papeterie.

La production renouvelable de la filière – hors électricité produite par des déchets ménagers – s’élève à 6,5 TWh sur l’année, en hausse de 7,4 %. En incluant la part non renouvelable, la production atteint 8,5 TWh. Soit de quoi couvrir 1,4% de la consommation électrique française. Les objectifs de la PPE pour 2018 sont peu ambitieux concernant le développement du bois-énergie : avec ses 591 MW, la filière dépasse déjà les 540 MW prévus pour 2018 et est à 75 % du scénario bas 2023 (790 MW).

Enfin, le parc hydraulique a gagné 51 MW en 2016, pour atteindre 25,48 GW. La production a été de 59,2 TWh, soit 9% de plus qu’en 2015, grâce à des conditions météorologiques favorables au printemps. Cela a permis à la production hydraulique renouvelable de couvrir 12,2 % de la consommation électrique. En termes de puissance, les objectifs de la PPE 2018 sont déjà atteints (25,3 GW). Néanmoins, il faudra encore gagner 1,8 TWh pour atteindre l’objectif en termes de quantité d’hydroélectricité produite.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Diagnostic médical: plus petit et plus près du patient

Deux projets, l’un européen, l’autre américano-suédois, illustrent bien cette tendance. Dans le premier cas, il s’agit de réaliser des avancées en matière d’imagerie photo-acoustique en rendant la technique opérationnelle et miniaturisée et dans l’autre cas, il s’agit de rendre le diagnostic de certaines maladies possibles dans des régions reculées ou pauvres.

L’imagerie photo-acoustique opérationnelle

Le projet européen FullPhase, coordonné par l’université de Twente (Pays-Bas) a permis la mise au point d’une nouvelle technologie combinant photo-acoustique et ultrasons pour diagnostiquer l’arthrite des doigts, la fibrose du foie (chez les souris) et la mesure de la vitesse du sang. Les chercheurs visent aussi à pouvoir détecter le cancer de la peau, les brûlures et le durcissement des artères. Le tout dans un outil portatif ressemblant à une douchette de caisse enregistreuse. Les applications commerciales sont prévues à court terme annonce l’université néerlandaise dans un communiqué. L’appareil ne permet pas pour l’instant d’aller au-delà d’une profondeur de 15mm ce qui limite le nombre d’applications mais un autre projet européen a déjà démarré pour réussir à atteindre de plus grandes profondeurs.

Trois utilisations testées

A ce jour, l’équipement a réussi avec succès à détecter l’absence ou non d’inflammation des articulations chez des patients atteints d’arthrite rhumatoïde grâce à l’observation des nombreux vaisseaux sanguins supplémentaires qui se forment sur la zone d’inflammation. Il a aussi permis d’observer des fibroses du foie chez des souris, de manière simple et non invasive, ce qui pourrait permettre de réduire le nombre de souris utilisées pour les études sur les médicaments du foie. Enfin, il permet aussi de faire de la recherche médicale sur le sang:  vitesse d’écoulement, quantité de vaisseaux créés, niveaux d’oxygène et de nutriments. Un partenariat a déjà été créé autour de ce sujet avec l’University College de Londres.

Un smartphone pour détecter des mutations tumorales

Des chercheurs de l’université de Stockolm (Suède) et de l’UCLA (université de Los Angeles – Californie) ont équipé un smartphone d’un module, imprimé en 3D, permettant la détection d’oncogènes in-situ. Au lieu d’envoyer l’échantillon d’ADN du patient dans un laboratoire, le médecin ou le biologiste peuvent l’analyser via ce module qui comprend deux diodes lasers pour réaliser une imagerie en fluorescence. Le téléphone muni d’une caméra et d’une lentille spéciale peut alors analyser les différentes fluorescences des bases de l’ADN et repérer des mutations connues. Le système a été testé avec succès sur le gène KRAS qui est muté dans un tiers des cancers colorectaux. La détection peut à terme être élargie à diverses autres mutations ainsi qu’à la détection de certaines bactéries ou à des résistances aux antibiotiques.

Outre l’avantage de la portabilité, le système pourrait être produit à un prix très abordable, de l’ordre de 500 euros s’il était produit en masse, a précisé l’un des auteurs de l’étude dans un communiqué de l’UCLA accompagnant la parution de l’article scientifique de Nature communications.

Sophie Hoguin

De l’instabilité des modèles de l’Univers

Faut-il revoir le modèle cosmologique ?

Cette question se pose régulièrement face à certains résultats qui ne collent pas avec la théorie actuelle du modèle standard cosmologique. C’est notamment le cas de nouvelles mesures de la constante de Hubble (H0) qui représente la vitesse d’expansion de l’Univers.

Le satellite Planck qui a observé le fond diffus cosmologique (c’est-à-dire les restes des rayonnements émis lors du Big Bang) a fourni des données grâce auxquelles les chercheurs ont construit un modèle cohérent de l’histoire de l’univers. En se fondant sur leur modèle, ils estiment H0 à 67,8 km/s et par mégaparsec (Mpc).

Cependant, voilà que deux études trouvent une valeur plus élevée incompatible avec le modèle issu de Planck.

Tout d’abord, l’équipe de l’américain Adam Riess, qui a publié l’an dernier une étude évaluant H0  à 73 km/s/Mpc, en utilisant une méthode fondée sur la distance et la vitesse d’étoiles spécifiques (les Céphéides) et les explosions d’étoiles.

Ensuite, l’étude publiée par Vivien Bonvin, Frédéric Courbin, Sherry Suyu et leurs collègues, issue de nombreuses observations de la collaboration H0LiCOW et dont la méthode s’appuie sur une approche totalement différente: celle des lentilles gravitationnelles appliquées aux quasars (en observant les photons émis par un quasar à travers une galaxie, ils apparaissent déviés, démultipliés et pour certains retardés – voir cette vidéo. Ils ont alors estimé H0  selon différents modèles cosmologiques ou différentes hypothèses concernant la matière noire. Parmi leurs résultats, utilisant le modèle cosmologique issu de Planck, l’estimation de H0 est de 71,9 km/s/Mpc, avec une précision de 3,8%. Ce qui semble corroborer la mesure faite par l’équipe d’Adam Riess, mais ce qui n’est plus en accord avec celle trouvée par la collaboration Planck.

Où est la faille ? Soit il existe des biais dans les études récentes, soit l’interprétation du fond diffus cosmologique doit être revu. Et dans ce cas, quelles sont les hypothèses qu’il faut revoir ? La réponse viendra-t-elle d’une meilleure connaissance de cette “énergie noire”  ou de la découverte d’une physique totalement différente dans les premiers âges de l’univers ? Adam Riess, lui-même s’interroge.

Et si, aux premiers temps, l’univers n’était qu’un hologramme ?

univers holographiqueDes chercheurs britaniques, canadiens et italiens viennent de publier une étude dans le  journal Physical Review Letters qui remet au goût du jour l’hypothèse d’un Univers holographique née dans les années 1990. Cette hypothèse pourrait permettre d’unifier la physique relativiste et la physique quantique. En étudiant le fond diffus cosmologique, ils ont trouvé des preuves, substantielles, en faveur d’une explication holographique de l’Univers. Selon eux, on pourrait ainsi imaginer qu’aux premiers temps, l’Univers était dans une phase holographique où l’espace et le temps ne sont pas encore définis et qu’il serait entré dans une phase géométrique plus tardivement (voir schéma). Les propriétés physiques de la phase holographiques obéiraient à la physique quantique quand celles de la phase géométrique seraient mieux décrites par la physique relativiste.

Recherche matière/énergie sombre désespérément

Les recherches pour caractériser et trouver cette fameuse matière/énergie sombre sont pléthores et plusieurs pistes font l’objet d’études poussées.

C’est ainsi que dans le cadre du projet européen DarkMatterAMS qui s’appuie sur les données recueillies par un détecteur de particules (AMS-02) monté sur l’extérieur de la station spatiale internationale, les chercheurs estiment qu’il existe une source active de positrons dans notre galaxie qui ne proviendraient donc pas des rayons cosmiques. L’hypothèse aujourd’hui  privilégiée serait celle de nombreuses collisions de matière sombre engendrant ce surplus de positrons à des énergies faibles.

Sur Terre, c’est l’IceCube Neutrino Observatory qui a publié de nombreux résultats entre septembre 2016 et mi-janvier 2017 dont une synthèse de ses observations. Cet observatoire enterré sous 1,45 km de glace en Antarctique est dévoué à la détection des neutrinos. La glace opérant comme un filtre naturel pour isoler les effets des neutrinos par rapport aux autres particules et radiations.
L’un des objectifs de cet équipement est de mieux caractériser les trois saveurs de neutrinos connus actuellement (tau, muon et électron neutrino) et leurs différents mélanges, voire de réussir à trouver un quatrième type de neutrinos (les neutrinos stériles) qui pourrait expliquer la masse manquante de l’univers. Les premières analyses sont en défaveur de l’existence d’un neutrino stérile léger mais il reste beaucoup d’observations à faire. En attendant, IceCube a cependant déterminé qu’il n’y a pas de source unique de neutrinos dans l’Univers. Leur origine pourrait provenir de multiples sources (blazars, explosion de supernova tout comme d’autres corps peu lumineux de haute densité).

La Voie Lactée, poussée et tirée à la fois

Notre galaxie, la Voie Lactée se déplace non pas seulement attirée par un zone de haute densité de matière, mais aussi sous la poussée d’une zone de vide que des chercheurs français et israeliens ont détecté. Cette découverte résout une énigme de plus de 40 ans sur les forces expliquant le déplacement particulier de la Voie Lactée et de sa voisine Andromède (voir cet article pour plus de détails).

Notre système solaire évolue

Alors que l’on croyait que notre système solaire n’avait pas vraiment bougé depuis au moins un milliard d’années, l’analyse de météorites tombés lors de l’Ordovicien (-500 millions d’années) dont la composition est totalement différente de ceux d’aujourd’hui laissent à penser qu’il y a eu de forts remaniements au sein de notre système solaire à cette époque pouvant expliquer cette différence dans le flux météoritique selon une étude parue dans Nature Astronomy.

Sophie Hoguin

La cour des comptes épingle le recyclage à Paris

En 2014, l’Ile-de-France ne recyclait que 28 % des 462 kg de déchets ménagers et assimilés produits par habitant de la région. A Paris, ce taux est encore plus faible, puisqu’il n’atteignait que 17,4%. Ces mauvais résultats sont loin de la moyenne française (39 %). Et pourtant… Ces résultats nationaux sont déjà loin de la moyenne européenne de 44,6 %. Sans parler des allemands qui recyclent 64% de leurs déchets. La loi Grenelle avait fixé un objectif de 45% de déchets recyclés pour 2015. Et la loi de transition énergétique pour la croissance verte va encore plus loin, puisqu’elle prévoit un objectif de recyclage de 55 % en 2020 et de 65 % en 2025.

La Cour des comptes dénonce la précarité du recyclage en Ile-de-France. Mais encore davantage à Paris. Un immeuble sur trois n’y a pas de bac pour les bouteilles et un sur six pour les papiers les emballages. La capitale ne comprend que 887 conteneurs à verre pour 2,2 millions d’habitants. Par ailleurs, la région ne compte que 174 déchetteries publiques, dont 75% en grande couronne. Cela équivaut à une installation pour 69 000 habitants, contre une pour 14 000 habitants dans le reste de la France. Mais Paris intra-muros ne compte que 8 déchetteries. 10 nouvelles devraient être installées d’ici 2020.

Même lorsque les Franciliens trient, la qualité n’est pas au rendez-vous. La Cour des comptes note que la qualité de la collecte est « très médiocre» et « sans amélioration depuis 2005 ». En effet, à l’entrée des centres de tri, 25,7% des déchets collectés étaient encore refusés en 2014, sans amélioration depuis des années. Le plan régional fixait un objectif de 20 % en 2014 et de 15 % en 2019… Et pour cause : les Franciliens font beaucoup trop d’erreurs de tri. La Cour des comptes note une communication beaucoup trop faible sur les consignes de tri qui sont « parfois obsolètes et souvent mal comprises ».

Des biodéchets à recycler !

La collecte sélective des biodéchets est « inexistante », note le rapport. Pourtant, les biodéchets alimentaires représentent un quart des déchets collectés dans les ordures ménagères. Les sages notent que même pour les restaurants produisant plus de 300 repas par jour et des commerces alimentaires, la collecte des biodéchets alimentaires reste quasi-inexistante en Île-de-France, alors que la loi l’impose depuis janvier 2016 et prévoit sa généralisation d’ici 2025. Des villes telles que Lorient et Montpellier sont pionnières en France.

Pour améliorer le recyclage, la Cour propose de développer le dépôt volontaire de bacs par quartier, de moderniser les centres de tri, et d’organiser la collecte selon 4 flux de matériaux : le verre, les emballages légers, les biodéchets et les cartons/papiers. La Ville de Paris a récemment annoncé  le lancement d’une expérimentation pour la collecte des  biodéchets des particuliers dans les 2e  et 12e  arrondissements ainsi qu’une collecte pour le secteur de l’hôtellerie et de la restauration.

Une organisation «  éclatée » et peu performante

Malgré ces faibles performances, les coûts sont élevés. Le coût de gestion du service public des déchets s’élève à 72€ HT par habitant, contre 63€ HT en moyenne en France. La Cour des comptes souligne une organisation «  éclatée » et peu performante qui ne prend pas en compte la recomposition en cours de l’intercommunalité. En effet, 26 organismes différents s’occupent du traitement des déchets  pour 12 millions d’habitants. La moitié s’occupe également de la collecte. Le Syctom s’occupe des déchets de 5,6 millions d’habitants et traite à lui seul 44 % des déchets franciliens. Le Sirédom dans l’Essonne, deuxième syndicat francilien en termes de population couverte, ne traite que 7% des déchets.16 % des déchets franciliens sont traités par 12 syndicats qui couvrent chacun moins de 200 000 habitants. Le Smirtom du Vexin couvre le plus petit bassin de collecte, avec 66 918 habitants.

La Cour des comptes propose d’interdire pour une intercommunalité d’adhérer à plusieurs syndicats de traitement afin de permettre aux préfets « d’engager la recomposition de ces syndicats de traitement, selon un calendrier progressif, tenant compte des contraintes d’exploitation des  équipements ».

Une collecte trop chère !

Pour financer la collecte, les collectivités franciliennes ont choisi à 95% la  taxe d’enlèvement des ordures ménagères (contre 68% au niveau national) et à 4%  la redevance d’enlèvement des ordures ménagères (contre 29% au niveau national). Seulement 19 communes  financent la collecte grâce à leur budget général. La tarification incitative qui permet de moduler la contribution des usagers en fonction de la qualité de déchets réellement produite, n’est appliquée que par quatre communes franciliennes. La Cour des comptes propose de la développer.

Les déchets issus de l’industrie, des commerces et des services peuvent être collectés et traités en tant que déchets « assimilés » aux déchets ménagers. Ils représentent le quart des déchets collectés en Ile-de-France. Ces organismes générateurs de déchets ne sont mis à contribution via la redevance spéciale que par 30% des communes, pour un montant global correspondant à 5% du coût de gestion. Quant aux producteurs de produits mis sur le marché, partiellement assujettis au financement via les filières de responsabilité élargie du producteur (REP), avec 8% des déchets pris en charge, leur contribution en Île-de-France est inférieure à la moyenne nationale. La Cour des Comptes propose donc de revoir le barème de contribution des éco-organismes Eco-Emballages et Eco-Folio.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

vr-bnb, ou la réalité virtuelle à la demande

D’un côté, des industriels possédant des équipements de réalité virtuelle/réalité augmentée (RV/RA) et des salles immersives (ou « caves ») utilisés ou occupées à temps partiel seulement. De l’autre, des professionnels et des entreprises souhaitant faire usage de ces outils pour développer leur activité, mais n’ayant pas le budget ou la volonté d’en faire l’acquisition. D’où l’idée de créer une plateforme, nommée vr-bnb, grâce à laquelle les uns et les autres puissent entrer en contact. Inspiré par Air-bnb, ce service de location consacré à la réalité virtuelle a été annoncé mi-décembre à l’occasion du salon it3D Summit. Il sera opérationnel vers la mi-mars, selon le compte à rebours affiché sur le site officiel (www.vr-bnb.com).

La société bordelaise Immersion, intégrateur spécialiste de ces technologies, est à l’origine du concept. «L’enjeu est de mettre à disposition les salles des industriels, tels que Alstom et Volvo, ce qui permet à ces derniers de rentabiliser leurs équipements et de couvrir les frais de fonctionnement et de maintenance, explique Christophe Chartier, le PDG d’Immersion. Le demandeur, quant à lui, s’inscrit sur le site Internet et renseigne plusieurs critères de recherche: distance, équipement souhaité, etc. De là, il prend connaissance de la salle correspondante et de sa disponibilité, avant de la louer pour une période donnée. Sur place, il sera accompagné par un expert-ingénieur, délégué par l’industriel en question. A terme, cet expert pourrait être un tiers

De 400 à 4000 € HT la salle

Le délai de quelques mois entre l’annonce et l’ouverture officielle du service a été mis à profit pour répertorier un nombre suffisant de salles de RV. «Le service à son lancement en comptera plus d’une centaine à l’échelle internationale » estime Christophe Chartier. Et quel est le modèle économique? «Nous prélèverons une commission sur chaque location» répond-il. Le prix d’une salle s’échelonne de 400 à 4000 € HT selon la durée et la typologie de l’équipement.

Immersion est à la recherche de fonds pour soutenir sa plateforme, qui ne manquera pas d’évoluer. «Nous prévoyons d’équiper toutes ces salles avec notre solution de collaboration Shariiing, déclare Christophe Chartier. D’une salle à l’autre, les clients retrouveront ainsi la même interface, les mêmes outils… Ensuite, ces salles seront interconnectées à des fins de collaboration distante. Nous ajoutons les briques à notre solution Shariiing pour ce faire.» Au delà d’un service pratique de mise en relation, vr-bnb pourrait rendre service… à la réalité virtuelle elle-même. «C’est une plateforme qui facilite l’accès à ces technologies et qui contribuera à les populariser, 09pense Christophe Chartier. Ne serait-ce que cartographier les salles existantes dans de grands groupes industriels, c’est déjà intéressant

Par Frédéric Monflier

Jusqu’à 11.000 microplastiques ingérés par an !

Une étude parue fin 2014 estime que les océans et mers du monde contiennent plus de 5.250 milliards de particules de plastiques. Avalés par la faune marine, ils contaminent la chaîne alimentaire et envahissent nos assiettes. Selon les recherches du Dr Colin Janssen à l’Université de Gand, les fragments de plastique de moins d’un millimètre se retrouvent largement dans les moules, huîtres et autres fruits de mers. L’étude en question n’a pas encore été publiée, mais a été révélée en exclusivité pour le documentaire de Sky News « Plastic Tides » (Marées Plastiques) diffusé pour lancer la campagne « Sky Ocean Rescue » fin janvier.

Les moules filtrent entre 20 et 25 litres d’eau par jour et ingèrent donc des microplastiques. Ces fragments sont pour la plupart excrétés, mais une moule renferme en moyenne au moins un petit fragment de plastique logé dans ses tissus, selon le Dr Janssen. Le chercheur estime ainsi qu’un plat de moules servi au restaurant peut contenir environ 90 particules de plastique.

Que devienent les microplastiques ingérés ?

Au total, les chercheurs estiment qu’un amateur de fruits de mer belge ingère entre 2.000 et 11.000 fragments de plastique chaque année, en fonction de sa consommation. Dans la première évaluation des risques menée sur le sujet, les chercheurs estiment que 99% des microplastiques ingérés par l’homme sont excrétés par le cors humain. Au final, moins de 60 fragments passeraient donc dans le sang et s’accumuleraient dans le corps chaque année.

« Maintenant que nous avons établi qu’ils [les microfragments] entrent effectivement dans notre corps et peuvent y rester pendant un bon moment, nous avons besoin de connaître le sort de ces plastiques. Où vont-ils ? Sont-ils encapsulés par des tissus et oubliés par le corps, ou est-ce qu’ils causent des inflammations ou autres problèmes ? Les produits chimiques s’échappent-ils de ces plastiques et causent-ils alors de la toxicité ? Nous ne le savons pas et nous devons savoir. » prévient le Dr Janssen.

Les scientifiques alertent sur le fait que cette contamination va s’intensifier à mesure que la pollution océanique va s’aggraver. D’ici 2100, les consommateurs réguliers de fruits de mer pourraient avaler 780.000 fragments de plastique par an. 4.000 microfragments seraient alors accumulés dans leur tissus chaque année.

Visionner le documentaire A Plastic Tide de Sky News

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Etoile de tabby : un feuilleton qui touche à sa fin ?

Située à quelques 1480 années-lumières de la Terre, KIC 8462852 a été baptisée étoile de Tabby après que l’astronome Tabetha S. Boyajian ait dévoilé, en septembre 2015, les étranges baisses de luminosité de cette étoile et que scientifiques et grand public commencent à échafauder les hypothèses les plus créatives. Au point que chaque hypothèse et nouvelles données donne lieu à un épisode d’un feuilleton à succès : des milliers d’articles de presse, de messages dans les forums et une conférence TedX de la chercheuse qui compte plus de 2 millions de vues à ce jour…

En quoi Tabby est-elle différente ?

L’étoile de Tabby, comme des milliers d’autres a été scrutée pendant des années par le satellite Kepler dédié à la recherche et à l’étude des exoplanètes. Pour cela, Kepler s’appuie sur les baisses de luminosité des étoiles observées lorsqu’un astre s’interpose entre le satellite et l’étoile. Une baisse intermittente mais revenant régulièrement est généralement le signe de la présence d’une planète. Mais dans le cas de Tabby, les changements de luminosité sont importants et irréguliers. En outre, découvriront un peu plus tard, d’autres scientifiques, sur les 1600 derniers jours d’observations, la luminosité baisse de manière continue sur les 1000 premiers jours avant de connaître une brusque diminution pendant 200 jours.

Des hypothèses peu satisfaisantes

Au début du feuilleton, les scientifiques eux-mêmes lancent des hypothèses peu orthodoxes comme la présence d’une sphère de Dyson construite par des extra-terrestres ou les restes d’une planète détruite par une guerre interstellaire. Ou, plus “terre-à-terre” la présence d’un nuage de poussières dans un disque entourant l’étoile ou la présence d’un essaim de comète.
Cependant, ces hypothèses sont vite réfutées : pas de signal radio, pas de signature dans l’infrarouge comme ça serait le cas pour la présence de poussière ou d’un artefact extra-terrestre.

Une origine interne ?

En décembre 2016, plusieurs articles lancent des hypothèses scientifiques écartant les mégastructures extraterrestres. Ainsi, une équipe a simulé la présence de quatre objets massifs entourés d’un nuage de poussière issu d’une même origine. Les résultats, même si la simulation demanderait à être complexifiée, montrent une bonne corrélation avec les observations. Une autre équipe de chercheurs publie dans The Physical Rewiew Letters, l’hypothèse que l’origine de ces changements erratiques de luminosité seraient dus à une activité interne de l’étoile. Ils s’appuient pour cela sur les similitudes d’un modèle mathématique décrivant les avalanches ou les tempêtes solaires. Ils émettent l’hypothèse que Tabby serait une étoile très active avec des explosions massives occultant de manière arbitraire une partie de sa lumière. Enfin, une troisième équipe, a publié sur ArXiv, une hypothèse qui fait en quelque sorte la synthèse des deux précédentes. Selon ces chercheurs, Tabby aurait englouti une exoplanète entre 10 000 et 200 ans auparavant. Au moment de l’engloutissement, l’apport d’énergie gravitationnelle l’aurait rendu plus brillante. La baisse de luminosité régulière enregistrée depuis un siècle serait en fait un retour à la normal. Quant aux baisses de luminosité plus erratiques et brutales, elles seraient produites par des débris issus de cet engloutissement ou d’un autre événement lié ou non à l’étoile elle-même mais ayant produit plusieurs corps stellaires qui passent devant l’étoile.
Alors fin d’un feuilleton ? Pas tout à fait, puisque ces hypothèses sont déjà discutées (voir le site qui suit l’actualité de cette étoile) et que dans tous les cas, il faudra des observations complémentaires qui pourraient bien prendre… des années.

Par Sophie Hoguin

Le Danemark teste une éolienne de 9 MW

MHI Vestas Offshore Wind a optimisé son éolienne offshore V164-8.0 MW, en test depuis 2014 à Østerild, au nord du Danemark. Grâce à ces améliorations, l’éolienne a atteint une puissance nominale de 9 mégawatts (MW), « aux conditions spécifiques du site », précise l’entreprise. Ainsi, le 1er décembre 2016, elle a produit 216 mégawattheures d’électricité en 24 heures. Cette éolienne détient donc le nouveau record de production pour une éolienne offshore commerciale.

C’est mathématique : plus les turbines sont puissantes, moins il faut en installer pour atteindre la puissance d’une ferme éolienne offshore. L’entreprise annonce donc des économies sur l’installation et la maintenance grâce à sa nouvelle monture. L’ancienne version, la V164-8.0 MW est déjà installée sur le parc éolien Burbo Bank Extension de 258 MW, au large de Liverpool. Son carnet de commande comprend des projets totalisation 1,6 gigawatts.

Quelles sont les caractéristiques de cette éolienne ?

L’éolienne de MHI Vestas Offshore Wind est plus qu’imposante : le prototype d’ Østerild mesure 220 m de hauteur, ses pales s’étendent sur 80 m et pèsent chacune 35 tonnes. Cela lui permet de balayer 21.124 m2 d’air, soit plus que la grande roue de Paris. Sa nacelle mesure 20 m de long, 8 m de hauteur et de largeur, pour un poids d’environ 390 tonnes. Par ailleurs, cette turbine détient un autre record : elle est recyclable à hauteur de 80%, au terme de sa durée de vie opérationnelle prévue à 25 ans.

L’éolien en mer a battu tous ses records en termes d’installation l’an dernier, avec 30 milliards de dollars investis dans le monde, soit 40 % de plus qu’en 2015. En 4 ans, le coût de production de l’électricité générée par les éoliennes en mer au Royaume-Uni a baissé de 30%. Il atteint aujourd’hui une moyenne de 97 livres sterling (112,80 euros), selon un rapport publié par le Offshore Wind Programme Board. Très en retard, la France ne détient encore aucune éolienne offshore. L’électricité produite par les parcs éoliens en mer actuellement prévus d’ici 2023 coûteront plus de 220 euros par mégawattheure.

Le 30 janvier, Siemens a annoncé pour sa part l’installation de son prototype d’éolienne de 8 MW, également à Østerild. De son côté, Adwen a testé son prototype d’éolienne de 8MW dans le champ d’essai d’éoliennes offshore à Bremerhaven en Allemagne en 2016. Cette éolienne doit notamment équiper les parcs éoliens français de Saint-Brieuc, Le Tréport et Yeu-Noirmoutier.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Audit énergétique en entreprise : jusqu’à 30% d’économies !

L’audit énergétique est obligatoire depuis le 5 décembre 2015 pour les entreprises de plus de 250 salariés ou celles qui réalisent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 millions d’euros et présentent un total de bilan supérieur à 43 millions d’euros. Cet audit concerne notamment les bâtiments, les procédés industriels et les activités de transport et couvre au moins 80 % du montant des factures énergétiques acquittées par l’entreprise. Les organisations concernées doivent renouveler l’expérience tous les 4 ans.

Des économies rapidement rentabilisées ?

AFNOR Energies a analysé 72 rapports d’audits énergétiques réalisés par ses soins selon la norme volontaire NF EN 16247. L’enseignement principal est qu’un audit énergétique identifie en moyenne un gisement de 20 à 30 % d’économies, « qu’elles soient exprimées en kilowattheures d’énergie primaire ou en euros, […] que l’audit se focalise sur les bâtiments et/ou sur les procédés industriels », assure le bureau d’études. « Cette fourchette correspond à l’objectif d’amélioration de la performance énergétique des bâtiments tertiaires prévu dans le projet de décret d’application de la loi Grenelle 2 et de la loi de transition énergétique : – 25 % à échéance 2020 », se félicite Catherine Moutet, responsable d’AFNOR Energies. Ce qui justifie donc pleinement l’intérêt de cette réglementation.

audit-procedes

Les différentes actions sont rentabilisées très rapidement. Pour les procédés, les investissements représentent 46% de la facture d’énergie annuelle et sont rentabilisés en 2 ans et demi. Pour les bâtiments, les investissements sont plus conséquents : ils s’élèvent à 106% de la facture annuelle, mais sont rentabilisés en tout juste plus de 4 ans. En moyenne, AFNOR Energies estime que l’investissement total s’élève à près des ¾ de la facture énergétique annuelle pour un retour sur investissement inférieur à 3 ans et demi.

Quels travaux sont finalement réalisés ?

L’audit énergétique découle sur une série de propositions pour économiser l’énergie. Si l’entreprise n’a aucune obligation de lancer un plan d’actions, AFNOR Energies assure que les entreprises jouent le jeu dans la plupart des cas et s’approprient la démarche. Ainsi, 80% déclarent vouloir déployer les actions d’amélioration de la performance énergétique, 36% déployer un système de management de l’énergie ISO 50001 et 8% un plan de mesurage de l’énergie.

Malgré ce bilan positif, AFNOR Energies regrette que les entreprises investissent presque tout sur le matériel, au détriment de la mesure et du management. En effet, 88 % des actions préconisées et retenues se focalisent sur le matériel, contre seulement 12% pour le système de management au sens large. Le bureau d’étude rappelle donc l’importance de suivre les résultats dans le temps et d’acquérir des outils de mesure et de vérification de la performance énergétique.

Par Matthieu Combe

Fukushima : Tepco croit avoir trouvé le corium

Radiations mortelles

Un robot envoyé par Tepco dans le bâtiment réacteur n°2 de Fukushima a relevé des niveaux de radioactivité allant jusqu’à 530 sieverts par heure. C’est extrêmement élevé. Les experts considèrent qu’un débit de dose reçu de 5 sieverts par heure tuerait la moitié de ceux exposés en un mois, et qu’un débit de dose de 10 sieverts/heure serait mortel en quelques semaines.

Les robots ne sont guère mieux lotis et ont tous péri après quelques heures, non sans avoir livré de précieuses informations. Le dernier à s’être introduit dans l’enceinte de confinement du réacteur 2 a envoyé, grâce à sa caméra embarquée, des images d’un trou d’un mètre carré environ, sur une plateforme métallique située sous la cuve qui contient le cœur du réacteur. « Il peut avoir été causé par la chute du combustible qui aurait fondu et percé la cuve, mais ce n’est à ce stade qu’une hypothèse », indique Tatsuhiro Yamagishi, un porte-parole de Tepco à l’AFP. Cela coïnciderait avec les niveaux extrêmement élevés de radioactivité dans cette partie du bâtiment. « Nous estimons que les images recueillies cette fois constituent de précieuses informations, mais il nous faut encore investiguer, sachant qu’il est difficile de présupposer l’état réel à l’intérieur », souligne le porte-parole.

schéma REB (2)

Cadarache étudie le corium

Ces images et relevés de radioactivité intéressent au plus au point les ingénieurs de Tepco qui n’ont toujours pas pu localiser les combustibles nucléaires fondus des trois réacteurs endommagés. Or, le trou observé laisse craindre à un percement de la cuve, voire du radier, la dalle de béton constituant la partie basse de l’enceinte du réacteur. C’est justement ce qu’une équipe du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache cherche à savoir. En partenariat avec la Japan Atomic Energy Agency, ils ont reconstitué en janvier dernier un corium similaire à celui de Fukushima pour « observer et mesurer la capacité du corium à provoquer l’ablation d’un béton représentatif de celui du radier. Ces résultats permettront à nos partenaires japonais de développer des systèmes de récupération, de découpe et de traitement du corium qui pourront être utilisés pour le démantèlement des réacteurs de Fukushima-Daïchi », indique le CEA. Tepco a annoncé la poursuite des recherches avec l’envoi d’un nouveau robot sur le réacteur n°1 cette fois.

Romain Chicheportiche

L’Usine du futur prend forme en Moselle

Quelques jours après l’inauguration d’Air Liquide le 26 janvier dernier, d’un centre de pilotage qui gérera à terme la production pour ses 22 usines 24h/24 et 7j/7, c’était au tour d’un autre membre de l’Alliance Industrie du Futur de lancer ses premières installations. Le CEA Tech, direction de la recherche technologique du CEA, vient en effet d’ouvrir sa plateforme FFLOR (Future Factory @ Lorraine) sur le site de PSA à Trémery (Moselle).

Un équipement au service de tous

Cette plateforme de 1000m2 est au service des industriels, quel que soit leur secteur d’activité et leur taille. Elle offre aux adhérents, au choix, soit la possibilité d’assister à des démonstrations soit de réaliser des essais à partir des équipements disponibles. Objectif: apporter un soutien technique, faire monter les compétences pour structurer la filière “usine du futur” de la région. Pour son montage initial, FFLOR a bénéficié de fonds publics (à parts égales région Grand Est et Etat) pour un montant de 4 millions d’euros. Déjà onze partenaires ont signé une charte de collaboration avec le CEA. L’organisme en attend une vingtaine d’ici la fin de l’année. Parmi eux, on retrouve PSA bien sûr, mais des acteurs divers comme Opteamum, entreprise spécialisée dans les systèmes automatisés ou WM88, un spécialiste de l’ameublement basé dans les Vosges.

Quatre thématiques, une vision globale

Les équipements installés couvrent quatre grandes thématiques d’innovation industrielle:

  • la réalité virtuelle et la réalité augmentée notamment en vue de la conception de nouveaux postes de travail, de formation des opérateurs ou d’analyse ergonomique;
  • la robotique collaborative (cobotique) via 15 robots collaboratifs (prévus d’ici fin 2018) dont 7 seront sur base mobiles (avec des partenaires tels que Kuka et sa technologie IIWA, ABB et son robot YuMi ou Universal Robot et ses bras robotiques), deux convoyeurs de 10m, le manipulateur Cobomanip de Sarrazin Technologies pour les charges lourdes et le cobot de Isybot, une start-up du CEA créée en décembre 2016, qui va tester l’assistance de l’opérateur pour les tâches de finition de ponçage/polissage.
  • La logistique intelligente disposant de trois chariots automatisés autoguidés (société Asti) pour l’approvisionnement automatique en bord de ligne par exemple. Huit sont prévus à la fin 2018.
  • La connectivité et l’interopérabilité via une architecture réseau de 1Gbit permettant la connexion de l’ensemble des équipements sur 300 point de raccordement. La communication entre les différents systèmes s’appuyant sur Tango Controls, une boîte à outils logiciel open source.

Selon ses ambitions, l’industriel peut tester tout ou partie des équipements sur des projets pouvant aller jusqu’à un an. En outre, cette plateforme sera aussi l’occasion de créer des groupes de travail sur certaines problématiques communes.

Par Sophie Hoguin

Les entreprises toujours dans le viseur des cybercriminels

Les quelques 7 000 participants de la 9e édition du FIC sont unanimes : en étant de plus en plus connectées à divers réseaux, les entreprises multiplient à l’envi les risques d’être infectées par un code malveillant visant à chiffrer leurs données (ransomware) ou à les espionner. Et aucun signe ne montre une évolution positive de cette tendance plus ou moins anxiogène pour de nombreux décideurs.

En menant une stratégie de « transformation digitale », les entreprises doivent être à la fois agiles, performantes, productives et… sécurisées. Est-il possible de relever ce défi ? Pour l’instant, de nombreuses organisations privilégient l’efficacité, pour gagner des parts de marché, au détriment de la confidentialité de leurs informations, fussent-elles « critiques ».

Demande de rançon sur les smartphones

« Mobile first » est le maître mot des décideurs. Leurs collaborateurs doivent être très réactifs afin de répondre précisément aux demandes des clients qui ont eux-mêmes leur smartphone à portée de main. D’où l’intégration de plus en plus poussée des téléphones et du Cloud dans les Systèmes d’information (SI) pour satisfaire à ces exigences d’immédiateté.

Seul souci : la gestion de ces terminaux mobiles et des accès aux applications en ligne (en mode SaaS) laisse très souvent à désirer. D’où une multiplication des attaques informatiques en 2016. Et cette année, ce sera pareil. « En 2017, on devrait observer une évolution des attaques dites “ransomware” vers l’environnement mobile. L’an dernier, on a vu des attaques ransomware commencer à s’attaquer à Android. En 2017, une recrudescence de nouvelles attaques de ce type sur mobile devrait voir le jour. Au-delà d’Android, cette tendance devrait s’accroître et s’étendre aux autres systèmes d’exploitation », avertit Lookout est une société de cybersécurité leader, spécialisée dans le tout mobile.

Sabotage et pertes humaines

Autre maillon faible exploité par les pirates : les objets connectés. Mal ou pas du sécurisés, les capteurs IoT offrent un boulevard aux cybercriminels. 2016 l’a démontré avec le « botnet » Mirai (un réseau de machines infectées et contrôlées par des pirates) qui a infecté des millions d’objets connectés, notamment des caméras vidéos, pour ensuite lancer des attaques contre des entreprises, comme l’hébergeur français OVH.

Lors du FIC, Guillaume Poupard, le patron de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a même évoqué des pertes humaines. Dans une interview accordée à Industrie & Technologies, il a avoué que sa grande crainte était le « sabotage. C’est-à-dire quelqu’un qui voudrait, dans le meilleur des cas, éteindre le système pour l’empêcher de fonctionner. Mais dans le pire des cas, il y a évidemment la volonté de provoquer des catastrophes. Quand on s’attaque au monde du transport, on peut vite avoir des effets absolument dramatiques y compris sur les vies humaines ».

Philippe Richard