Véhicules électriques : les câbles de recharge ciblés par les voleurs de cuivre

Le 3 décembre dernier, Mobilians, un syndicat professionnel représentant 180 000 entreprises, a publié un communiqué qui vise à alerter les autorités publiques de l’accélération des vols de câbles IRVE[1]. « Nous faisons face à un phénomène structuré, en pleine expansion et qui menace la fiabilité des réseaux de recharge (…) » a déclaré Alain Rolland, Président des métiers de la recharge chez Mobilians. La Seine-et-Marne et le département du Nord sont particulièrement touchés.

Alors que l’insuffisance du nombre de bornes de recharge est souvent mentionnée par les automobilistes pour justifier leur réticence à adopter la motorisation électrique, des équipements rendus hors service risquent d’accentuer le problème d’accès des usagers.

L’or rouge, ce précieux métal

Le vol de cuivre n’est pas un phénomène nouveau, les installations électriques ou les éclairages publics sont l’objet de ces attaques depuis longtemps. En revanche, le vol de câbles IRVE, riches en cuivre, est un fait récent qui a surgi avec le déploiement des stations de recharges. Appelé « Or rouge », le cuivre est un métal qui attire les malfaiteurs pour des raisons évidentes : les cours du cuivre ont augmenté de plus de 30 % depuis le début de l’année et son prix a battu un record, le 5 décembre dernier, en atteignant plus de 11 000 dollars la tonne.

Les opérateurs accusent le coup

Le modèle économique des stations de recharge est fragile car leur installation ainsi que leur maintenance exigent des investissements importants. En témoigne la liquidation, l’an dernier, d’EVBox, la filiale néerlandaise d’Engie spécialisée dans les infrastructures de recharge. Pour éviter de se retrouver dans ce cas de figure, quatre spécialistes européens de la recharge rapide[2] ont décidé de s’allier cette année pour créer la Spark Alliance.

Dans ce contexte difficile, les opérateurs craignent que ces vols ne viennent affecter leur rentabilité en raison des réparations coûteuses qu’implique le remplacement des câbles. D’après Mobilians, « À l’échelle d’un phénomène touchant plusieurs stations, le préjudice associé à une centaine de câbles dégradés serait compris entre 150 000 € et 180 000 € pour le seul remplacement du matériel, auxquels s’ajoutent l’immobilisation des infrastructures, les pertes d’exploitation ainsi que les interventions techniques nécessaires ».

Des solutions de renforcement sécuritaire

Les acteurs de la filière font appel aux pouvoirs publics pour mettre en place une action rapide et structurée. Mobilians propose que le vol de câbles IRVE soit intégré aux doctrines nationales de lutte contre les vols de métaux. Le syndicat sollicite aussi les maires et gestionnaires de zones commerciales pour renforcer l’éclairage et installer un système de vidéoprotection connecté aux systèmes de détection des opérateurs.

La stratégie peut également reposer sur la sécurisation des câbles avec des gaines métalliques ou l’utilisation de tressages anti-coupure. L’innovation de Formula Space va dans ce sens. Cette société a développé le CableGuard, un antivol reposant sur la traçabilité de l’ADN. Dès que le câble est sectionné, un traceur liquide est libéré. Transparent à l’œil-nu, ce fluide devient visible grâce aux rayons ultraviolets qui révèlent le marqueur chimique permettant d’identifier les auteurs du vol.

À l’issue d’une phase de test de huit semaines, cette technologie a été validée cet été par Kempower, fabricant finlandais de bornes de recharge.


[1] Câbles d’alimentation pour infrastructure de recharge de véhicule électrique

[2] Electra (France), Ionity (Allemagne), Fastned (Pays-Bas) et Atlante (Italie)

Les jumeaux numériques et physiques, bancs d’essai pour la cyber-résilience industrielle

Face à ce paradoxe, une approche innovante émerge rapidement : l’utilisation de jumeaux numériques et physiques utilisés comme des environnements d’entraînement à la cyber-résilience. Au-delà de la simple modélisation, ces répliques permettent de tester, valider et optimiser les architectures de sécurité, avant leur déploiement en production.

L’architecture Unified Namespace (UNS) constitue par exemple une réponse concrète aux défis de la convergence IT/OT. Contrairement aux approches traditionnelles cloisonnées, l’UNS établit un référentiel unique permettant à l’ensemble des systèmes industriels de communiquer grâce à un langage normalisé. Cette architecture ouverte facilite la circulation bidirectionnelle des données entre les automates programmables, les systèmes Edge, et les infrastructures cloud… Cependant, cette connectivité accrue multiplie mécaniquement la surface d’attaque. Chaque nouveau capteur IoT, chaque connexion supplémentaire représente un vecteur d’intrusion potentiel. La mise en œuvre de l’UNS exige donc une approche cyber-sécuritaire rigoureuse dès la conception, intégrant tout à la fois segmentation réseau, firewalls contextuels, et serveurs d’administration dédiés. L’enjeu consiste donc à préserver l’agilité opérationnelle sans sacrifier la sécurité, un équilibre difficle à trouver, qui nécessite des tests approfondis.

Les limites des jumeaux purement numériques

Les grands industriels ont massivement investi dans des jumeaux numériques hébergés sur des clouds publics ou privés. Ces environnements virtuels permettent de modéliser mathématiquement le comportement des installations. Toutefois, une problématique émerge : les contraintes de cyber-sécurité imposées à ces clouds les rendent parfois quasi-inutilisables. Des cycles de développement qui devraient prendre quelques jours s’étendent sur plusieurs mois. Pour résumer, les contraintes appliquées aux systèmes pour maintenir une sécurité optimale grèvent leur agilité.

Plus fondamentalement, la modélisation purement théorique atteint ses limites face à la complexité des interactions réelles. Les « effets cocktails », ces dysfonctionnements imprévisibles résultant de l’interaction entre plusieurs mises à jour ou configurations, ne peuvent être anticipés par les seuls algorithmes.

Le jumeau numérique et physique combine une modélisation logicielle et le matériel réel. Cette approche hybride permet de reproduire fidèlement les conditions opérationnelles : capteurs de vibration, caméras industrielles ou encore équipements de communication réseaux sont physiquement présents et configurés.

Cette réplication physique s’avère particulièrement pertinente pour la cyber-sécurité. Les industriels peuvent simuler des scénarios d’attaque réalistes : débranchement de câbles Ethernet, compromission de capteurs, saturation de bande passante, ou injections de logiciels malveillants, entre autres. Les réactions du système sont observables en temps réel, ce qui permet d’ajuster finement les paramètres de sécurité, avant leur implémentation en production.

Les gigafactories représentent des investissements dépassant le milliard d’euros, tandis que des usines conventionnelles coûtent entre 10 et 50 millions d’euros. Les erreurs de conception – qu’elles concernent la cyber-sécurité, l’interopérabilité des systèmes, ou l’architecture logicielle – génèrent alors des surcoûts considérables.

Le jumeau numérique et physique permet donc de tester des solutions logicielles coûteuses dans un environnement maîtrisé. Lorsqu’un incident survient en production, sa reproduction dans l’environnement de test facilite l’analyse et la résolution des problèmes, sans perturber la chaîne de fabrication. Cette approche s’inscrit dans une logique agile de dérisquage, où l’échec dans un environnement contrôlé devient une opportunité d’apprentissage plutôt qu’une fatalité.

Un changement de paradigme nécessaire

Au-delà des aspects techniques, l’adoption de ces solutions exige une transformation culturelle profonde. Les usines fonctionnant depuis 20 à 30 ans sur des systèmes isolés doivent évoluer vers une connectivité maîtrisée.

La cyber-sécurité ne doit ainsi plus être considérée comme une brique ajoutée à posteriori aux systèmes existants, mais elle doit être intégrée dès la conception, avec des cycles de développement réalistes, c’est-à-dire longs. Les jumeaux numériques et physiques constituent alors un outil stratégique pour cette transition, permettant d’allier innovation et sécurité, dans un contexte industriel en profonde mutation.

Les ETI industrielles, une force de stabilité économique

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) occupent une place centrale dans l’appareil productif national, en particulier dans l’industrie manufacturière. Le classement Choiseul Conquérants 2025, publié par l’Institut Choiseul, vise à identifier celles qui parviennent à maintenir leur trajectoire industrielle malgré un environnement marqué par la hausse des coûts, les incertitudes géopolitiques et les transformations technologiques en cours. Ce palmarès met l’accent sur des entreprises souvent moins visibles que les grands groupes, mais essentielles à la structuration des filières industrielles françaises.

Le périmètre du classement repose sur la définition statistique des ETI, avec des entreprises réalisant entre 50 millions et 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L’Institut Choiseul précise que la sélection intègre volontairement une diversité sectorielle et territoriale, afin de refléter la réalité du tissu productif français, marqué par une forte implantation industrielle en régions.

Une lecture industrielle de la solidité des ETI

La méthodologie du classement s’appuie sur une combinaison d’indicateurs économiques et d’analyses qualitatives, avec une attention particulière portée à la capacité des entreprises à inscrire leur performance dans la durée. Pour les ETI industrielles, cette solidité se traduit notamment par leur aptitude à maintenir leurs capacités de production, à investir dans l’outil industriel et à sécuriser leurs approvisionnements. L’Institut Choiseul ne se limite donc pas à une photographie financière, mais cherche à identifier des modèles industriels capables de résister aux chocs exogènes.

Le classement met en avant plusieurs dimensions structurantes pour l’industrie, telles que l’innovation technologique, la contribution à l’emploi industriel ou encore le rôle dans l’autonomie stratégique nationale. Ces critères traduisent une évolution de la notion de performance industrielle, désormais indissociable des enjeux de souveraineté, de montée en gamme et de transition des procédés productifs. Selon l’Institut Choiseul, cette approche permet de mieux rendre compte de la réalité des contraintes industrielles contemporaines.

Toutefois, les analyses associées au palmarès soulignent également une fragilisation relative de certaines trajectoires industrielles. La hausse durable des coûts de l’énergie, les tensions sur la main-d’œuvre qualifiée et les incertitudes réglementaires pèsent sur les marges et sur la capacité d’investissement de nombreuses ETI. Ces contraintes se traduisent parfois par un report de projets industriels ou une plus grande prudence dans les stratégies d’expansion, sans pour autant remettre en cause la solidité structurelle des entreprises concernées.

Filières industrielles porteuses et transformations en cours

Le classement 2025 met en évidence plusieurs domaines industriels appelés à jouer un rôle déterminant dans les prochaines années. Les activités manufacturières à forte valeur ajoutée restent particulièrement représentées, notamment celles liées aux équipements industriels, aux matériaux techniques et aux composants. Ces segments bénéficient directement des dynamiques de réindustrialisation et de relocalisation partielle, portées par les politiques publiques et par la volonté de sécuriser certaines chaînes de valeur stratégiques.

Les secteurs industriels engagés dans la transition énergétique et environnementale apparaissent également comme des pôles de transformation majeurs. Les ETI positionnées sur la décarbonation des procédés, l’efficacité énergétique ou les technologies de production plus sobres sont confrontées à une double exigence. Elles doivent à la fois investir massivement dans l’outil industriel et répondre à des contraintes réglementaires croissantes, ce qui renforce la sélectivité économique au sein de ces filières.

Enfin, le palmarès souligne la montée en puissance des activités industrielles intégrant des briques numériques avancées, notamment dans l’automatisation, les systèmes embarqués ou les solutions industrielles fondées sur la donnée. Ces domaines apparaissent comme particulièrement porteurs, mais aussi fortement exposés aux enjeux de compétences, de cybersécurité et d’investissement. Pour les ETI industrielles, la capacité à intégrer ces transformations conditionnera largement leur compétitivité future.

La revue de presse quotidienne du 15 décembre 2025 : matériaux biosourcés, transition, financement

Les dynamiques industrielles et environnementales récentes traduisent une période de transition marquée par des tensions, mais aussi par une forte capacité d’innovation. Entre contraintes budgétaires, incertitudes réglementaires et pressions climatiques accrues, les territoires et les filières industrielles cherchent à adapter leurs modèles. Dans ce contexte, l’innovation technologique et la structuration de filières locales apparaissent comme des leviers clés pour accompagner les transformations en cours.

Le savoir-faire français en mobilité durable mis en lumière en Australie

Une délégation industrielle française a présenté le projet du Grand Paris Express à Sydney et Melbourne, valorisant l’expertise française en infrastructures ferroviaires durables. L’initiative illustre la capacité des acteurs français à exporter des solutions de mobilité urbaine soutenables, tout en favorisant l’échange de bonnes pratiques et le développement de compétences locales (Trésor Public).

Le budget 2026 revoit à la baisse certains leviers de la transition écologique

Le Sénat a voté une réduction de plusieurs crédits destinés aux politiques environnementales, touchant notamment l’Ademe et certains dispositifs de soutien aux collectivités. Ces arbitrages budgétaires interrogent la capacité de l’État à accompagner la transformation industrielle et énergétique alors que les besoins d’investissement restent élevés.

Les industriels français face à l’incertitude réglementaire européenne

Plusieurs fédérations industrielles relayées notamment par La Tribune alertent sur la difficulté de planifier des projets dans un contexte de durcissement réglementaire européen, notamment sur le carbone, la chimie et les matériaux. Les entreprises appellent à une meilleure lisibilité des normes pour éviter un ralentissement de l’innovation et des relocalisations industrielles.

Hauts-de-France renforcent la filière des matériaux bas carbone pour le bâtiment

La région Hauts-de-France a annoncé un soutien financier à plusieurs projets industriels dédiés au développement de matériaux de construction à faible empreinte carbone, notamment autour du béton décarboné et du réemploi. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie régionale visant à structurer une filière bâtiment plus sobre en carbone et moins dépendante des matières premières conventionnelles.

Bouygues Construction teste une nouvelle génération de robots sur les chantiers

Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, Bouygues Construction collabore avec la start-up Innodura pour développer une nouvelle génération de robots capables de réduire la pénibilité et d’améliorer la sécurité des travailleurs sur les chantiers du bâtiment. Ces robots sont conçus pour assister dans des tâches difficiles et répétitives, ouvrant la voie à une robotisation accrue des travaux de construction (La Tribune).

L’Occitanie dresse un bilan positif des appels à projets Orplast et Ormat sur le recyclage des matériaux

Entre 2016 et 2024, les appels à projets Orplast et Ormat ont permis de soutenir en Occitanie de nombreuses initiatives industrielles visant à développer le recyclage et l’incorporation de matières premières recyclées dans les procédés de production. Le bilan met en évidence une montée en puissance progressive des projets, touchant notamment les secteurs des matériaux, du bâtiment et de l’industrie manufacturière, avec un objectif commun de réduction de l’empreinte environnementale et de structuration de filières locales du recyclage.

Un site pilote de construction modulaire innovante soutenu en Pays de la Loire

Un projet de site pilote consacré à la construction modulaire industrialisée a reçu la semaine dernière un appui public en Pays de la Loire. L’objectif est d’optimiser les délais de construction et de réduire l’empreinte environnementale des chantiers grâce à la préfabrication hors site et à l’intégration de matériaux biosourcés.

La Bretagne accélère sur les matériaux biosourcés pour l’isolation

En Bretagne, un projet de recherche et développement porté par un industriel et un laboratoire académique a été retenu pour développer des matériaux d’isolation biosourcés à base de fibres végétales. L’initiative vise à structurer une filière régionale autour du chanvre et d’autres ressources locales [FB]2.

À glisser sous le sapin

Dépollution verte : Utiliser les végétaux pour réhabiliter les milieux contaminés

« Dépollution verte » constitue un panorama clair et rigoureux des avancées scientifiques en matière de dépollution verte. En s’appuyant sur des approches fondées sur le vivant, l’ouvrage explore des solutions comme la phytoremédiation et le phytomanagement pour restaurer les sols, l’air et l’eau affectés par les activités humaines. Les auteurs démontrent ainsi comment les plantes et les micro-organismes peuvent devenir de véritables alliés pour dépolluer l’air, les sols et l’eau, à travers des exemples concrets.

Ce sont de véritables solutions durables, en phase avec les enjeux environnementaux actuels, qui sont mises en avant, montrant qu’il est possible concilier efficacité environnementale, durabilité et acceptabilité sociale.

Destiné aux étudiants comme aux professionnels, « Dépollution verte » offre une vision complète des stratégies actuelles de gestion et de réhabilitation des sites pollués, en phase avec les politiques environnementales contemporaines.

Nawel Arab : un pied dans les maths, un autre dans les étoiles

Le 19e Prix Jeunes Talents France 2025 L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science récompense 34 nouvelles « étoiles montantes »

Créé en 2007, le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science récompense chaque année, à un moment clé de leur carrière, des doctorantes et post-doctorantes qui incarnent aux yeux du jury « l’excellence scientifique française », et qui portent, en outre, des projets de recherche visant à construire « un avenir plus juste et durable ». Cette année, 34 de ces jeunes chercheuses ont été sélectionnées parmi près de 700 candidates, par un jury composé d’une trentaine de membres de l’Académie des sciences, avec à sa tête la célèbre astrophysicienne française Françoise Combes, présidente de l’Académie des sciences, elle-même récompensée du prix international 2021 L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.

« Les femmes représentent la moitié de lhumanité, mais demeurent trop peu nombreuses aux postes de responsabilité dans la recherche. [De nombreux] freins écartent injustement des talents dont la science aurait besoin. Les Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour Les Femmes et la Science, en partenariat avec lAcadémie des sciences, sont autant de leviers pour rééquilibrer les chances et permettre à la culture scientifique de senrichir de tout le potentiel de cette moitié de lhumanité », se réjouit Françoise Combes. L’astrophysicienne qui voit dans les lauréates de cette 19e édition, de nouvelles « étoiles montantes de la science »…

Prix Jeunes talents France 2025 L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science
34 doctorantes et post-doctorantes ont reçu le 8 octobre dernier le Prix Jeunes talents France 2025 L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science lors d’une cérémonie organisée au sein de l’auditorium André et Liliane Bettencourt du Palais de l’Institut de France. © Fondation L’Oréal – © Julien Knaub & Nicolas Gouhier.

Nawel Arab a, depuis sa naissance à Alger, toujours été fascinée par la beauté des raisonnements mathématiques. En dépit du déficit d’information, du manque de références féminines, et même des réticences de ses proches, c’est vers une carrière scientifique qu’elle s’est bel et bien dirigée. Au fil de son parcours post-bac, elle s’est petit à petit orientée vers les mathématiques appliquées à la radioastronomie et plus précisément au traitement de signal. Un domaine qu’elle a en effet exploré durant le travail de thèse qu’elle a mené ces trois dernières années, centré sur la reconstruction d’images, au croisement des mathématiques et de la radioastronomie. Aspirant à un juste équilibre entre abstraction, rigueur, créativité utilité concrète, et impact positif, la jeune femme par ailleurs très engagée pour une meilleure représentation des femmes en science souhaite désormais se diriger vers une carrière d’enseignante-chercheuse.

Techniques de l’Ingénieur : Qu’est-ce qui vous amenée à vous intéresser aux mathématiques, puis plus particulièrement au domaine du traitement de signal ?

Nawel Arab, un des lauréates du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science
Après avoir soumis sa thèse le 7 octobre dernier, à la veille de la cérémonie de remise du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, Nawel Arab a soutenu celle-ci le 27 novembre. © Fondation L’Oréal

Nawel Arab : J’ai toujours eu un vif intérêt pour les sciences. Pour moi, il ne faisait donc aucun doute que c’est vers une carrière scientifique que je me dirigerais. À mon arrivée dans l’enseignement supérieur, j’ai choisi de faire des maths, car c’est ce qui me plaisait le plus – j’ai toujours trouvé énormément d’élégance et de beauté dans tout ce qui touche aux mathématiques. J’avais néanmoins en moi l’envie de pouvoir appliquer les mathématiques à des problématiques concrètes. C’est ce qui m’a amenée à me diriger vers un master de mathématiques appliquées, au cours duquel j’ai étudié les probabilités, les statistiques, l’optimisation…

Lorsqu’est venu le moment de choisir ma thèse, j’ai avant tout eu l’envie d’aller vers des thématiques qui m’inspiraient. C’est ce qui m’a amenée à choisir une thèse en mathématiques appliquées à la radioastronomie, un domaine qui me faisait rêver ! J’avais envie de m’investir dans une application reliant modélisation mathématique et phénomènes physiques concrets. C’est vraiment cet aspect qui m’a motivée avant tout.

Je suis très heureuse d’avoir pu mener ce travail de thèse, notamment ma dernière année, où – comme c’est souvent le cas – tout s’est progressivement débloqué ! J’ai enfin pu voir de manière plus concrète à quoi mes modèles, mes algorithmes et mes calculs allaient pouvoir servir. Je reste néanmoins très attachée à la dimension théorique des mathématiques, qui a accompagné toute ma formation.

Quel était, précisément, le sujet de cette thèse sur laquelle vous avez travaillé au cours des trois dernières années ?

Je me suis intéressée au sujet de la reconstruction d’images en radioastronomie. Les sources stellaires émettent des ondes, notamment radio, qui forment un spectre que l’on reçoit ici, sur Terre, et que l’on peut capter grâce aux radiotélescopes. Mon travail a consisté à développer des modèles permettant de remonter aux sources des ondes émises. C’est ce que l’on appelle un problème inverse. L’enjeu consiste en effet à partir des observations, à remonter aux sources, aux causes sous-jacentes. Cela passe par la mise en œuvre de méthodes mathématiques, et des notions de physique dans le but de caractériser le lien qui existe entre observations et sources. Une fois que ce lien a pu être établi, il s’agit ensuite de développer des modèles permettant d’inverser ce processus d’acquisition, et donc d’imager les sources en question.

Je me suis plus précisément intéressée à un cas particulier des problèmes inverses : j’ai considéré des sources dynamiques, c’est-à-dire qui évoluent dans le temps. Mon objectif a ainsi été d’incorporer cette dynamique dans le processus de reconstruction, notamment grâce à des modèles d’espace d’état.

Cette approche de reconstruction d’images basée sur la résolution de problèmes inverses est d’ailleurs celle qui a permis d’obtenir la désormais célèbre première « image » d’un trou noir, n’est-ce pas ?

Exactement ! L’image de ce trou noir a, en l’occurrence, été reconstruite à partir des données – des ondes radio – issues d’un radiotélescope terrestre. La méthode mise en œuvre se rapproche beaucoup de ce que j’ai pu faire durant ma thèse. Cette image montre un halo lumineux d’intensités, qui, s’il peut paraître banal, représente en fait un travail considérable !

Avez-vous le sentiment que votre genre a eu une influence – positive, ou négative – tout au long de votre parcours ?

Le fait d’être une femme a pour moi été plutôt quelque chose de positif. Cela a été un moteur, une source de motivation. Il y a toujours eu très peu de femmes parmi mes camarades de promotion tout au long de mon parcours, ce qui est malheureusement encore le cas dans beaucoup d’autres domaines scientifiques. Cela se manifeste dès les premières années post-bac, et ne va qu’en s’accentuant jusqu’au doctorat. Mais cela n’a jamais représenté un frein pour moi, loin de là. Il faut dire que j’ai eu la chance d’être bien encadrée. J’ai eu l’opportunité de faire très tôt des stages de recherche en laboratoire, notamment au sein du Laboratoire de Mathématiques d’Orsay, où mon encadrante a beaucoup fait pour moi et m’a encouragée à poursuivre dans cette voie de la recherche. J’ai donc eu la chance d’évoluer dans des environnements bienveillants où j’ai toujours été encouragée ; cela n’efface pas pour autant les obstacles structurels auxquels font face de nombreuses femmes dans les carrières scientifiques.

Qu’est-ce qui pourrait, selon vous, remédier à cette faible représentation féminine dans de nombreux domaines de la recherche scientifique ?

Il est à mon avis extrêmement important que les jeunes femmes et les jeunes filles aient des figures féminines auxquelles elles puissent s’identifier. Cela me tient particulièrement à cœur, et c’est même l’une des raisons qui m’ont amenée à candidater à ce Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.

Je participe par ailleurs à une initiative qui s’appelle « les Rendez-vous des Jeunes Mathématiciennes et Informaticiennes », organisée par un collectif[1] dans différentes villes et établissements de France. Cela passe par des entretiens avec des groupes de lycéennes. Il y en a plusieurs au cours de l’année et je fais en sorte de participer à un maximum d’entre eux, car je sais à quel point cela est important. Il est plus facile pour ces jeunes femmes de s’adresser à quelqu’un dont l’âge est proche du leur. Cela me permet de leur montrer ce que c’est, concrètement, que d’être une femme dans la science, et de les motiver. Je participe par ailleurs aux réunions et rencontres en ligne proposées par l’association Femmes et Mathématiques

Ce Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science que vous venez de recevoir pourrait-il justement vous y aider ?

Absolument ! Ce prix est à mes yeux quelque chose de très important pour renforcer la visibilité des femmes scientifiques. C’est aussi une vraie reconnaissance de mes travaux. Recevoir un tel prix aussi tôt dans une carrière est vraiment un moyen de la booster ! La gratification va d’ailleurs me permettre d’aller faire un séjour de recherche à l’étranger, et va ainsi me permettre de démarrer de nouvelles collaborations. Ce prix me permettra également de participer à des conférences, congrès et écoles d’été, ce qui contribuera fortement à la suite de ma carrière scientifique.

À la veille de la soutenance de votre thèse, comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

J’aimerais combiner les activités de recherche et d’enseignement. J’ai, en effet, beaucoup enseigné durant mon doctorat, en donnant à la fois des cours de maths et de traitement du signal, et ce à différents niveaux. J’ai énormément apprécié l’expérience ! Je me suis découvert une vraie vocation, dont je ne pourrais plus me passer. Une carrière d’enseignante-chercheuse serait donc pour moi le moyen de combiner ces deux passions, à la fois pour la recherche et pour l’enseignement. L’essentiel pour moi reste d’avoir un impact, le plus tôt possible. J’ai par exemple encadré beaucoup de TD à un niveau post-bac, là où, selon moi, beaucoup de choses se jouent. J’espère donc pouvoir être la personne qui montrera la voie à d’autres jeunes femmes.


[1] L’initiative est portée par les associations Femmes & Mathématiques et Animath, et organisée par un collectif d’étudiantes et d’étudiants : normalien-ne-s, élèves dans de grandes écoles d’ingénieur et à l’université.

Le cloud, talon d’Achille du jumeau numérique ?

En reliant le monde physique et le monde numérique, le “digital twin” constitue un point sensible, d’autant plus que son fonctionnement dépend largement de données stockées et traitées dans le cloud. Cette interconnexion permanente crée une surface d’attaque beaucoup plus large que dans une architecture industrielle traditionnelle.

Pour fonctionner, un jumeau numérique agrège des données provenant d’une multitude de sources – capteurs IoT, systèmes OT, bases de données internes ou applications de supervision -. Cette complexité, qui fait sa force, est aussi son principal point faible. L’ANSSI souligne d’ailleurs régulièrement que la multiplication des objets connectés, souvent mal sécurisés, ouvre autant de portes potentielles aux cyberattaques, surtout lorsque ces objets se trouvent en lien direct avec les systèmes industriels. Dans le cadre d’un jumeau numérique, la compromission d’un capteur ou d’une passerelle peut permettre d’accéder à des données cruciales ou d’introduire de fausses informations dans le modèle, faussant ainsi les analyses et les décisions opérationnelles. Pour un résultat potentiellement catastrophique au niveau opérationnel, voire dangereux pour l’humain.

Les données industrielles, souvent sensibles, sont aujourd’hui de plus en plus hébergées dans des environnements cloud. La migration vers ces plateformes présente des avantages en termes de flexibilité, mais expose également les entreprises à des risques accrus, comme le rappelle la CNIL : erreurs de configuration, insuffisance des contrôles d’accès ou absence de chiffrement, constituent des vecteurs d’attaque courants dans les environnements cloud.

Dans le cas du jumeau numérique, une fuite ou une intrusion dans le cloud peut révéler non seulement des informations techniques sur les installations réelles, mais aussi des modèles d’ingénierie stratégiques ou des secrets industriels. Dans des secteurs comme l’énergie, le transport ou la santé, ces données possèdent une valeur économique – voire géopolitique – considérable.

Mais les risques ne se limitent pas au vol d’informations. Une attaque visant à modifier les données envoyées au jumeau numérique ou issues de celui-ci pourrait avoir des conséquences directes sur les opérations physiques. La fiabilité des données et la maîtrise des flux d’information sont essentielles lorsqu’un système numérique influence potentiellement le comportement d’installations sensibles, notamment dans les industries à risques. Une altération malveillante pourrait provoquer une mauvaise décision de maintenance, une surestimation de l’usure d’un équipement, ou au contraire une absence d’alerte avant une défaillance réelle.

Enfin, la question de la souveraineté et de la maîtrise des données se pose évidemment. La montée en puissance des jumeaux numériques dans les infrastructures publiques nécessite une nouvelle doctrine sécuritaire quant à l’hébergement des données aux prestataires sollicités pour faire ce travail. Ce problème s’étend aujourd’hui aussi au secteur privé, notamment pour les entreprises industrielles qui dépendent d’un cloud non souverain pour stocker la représentation complète de leur outil de production.

Ce qui nécessite la refondation complète de l’approche de la sécurité informatique des outils industriels, car l’équilibre à trouver entre une sécurité absolue, qui limiterait les usages du jumeau numérique, et un laxisme fatal pour la pérennité de l’outil “jumelé” est ténue.

Revue du Magazine d’Actualité #58 du 8 au 12 décembre

L’Europe confirme ses ambitions dans le spatial et le quantique, tandis que l’IA agentique et la digitalisation des infrastructures transforment en profondeur les modèles industriels et hydriques. Dans le même temps, la régulation énergétique et les débats sur le mix électrique rappellent que l’innovation doit s’articuler avec des choix stratégiques durables.


🌍 ÉNERGIE & ENVIRONNEMENT

La nouvelle étape de régulation du marché de l’énergie en France

La régulation française franchit un cap pour stabiliser les prix et sécuriser l’approvisionnement, dans un contexte de volatilité post-crise. Les mesures visent une meilleure transparence des coûts, une articulation plus fine entre marchés de gros et de détail, et un cadre incitatif pour les investissements. Les acteurs anticipent des effets sur la compétitivité et sur la trajectoire de décarbonation.
Accéder au décryptage régulation énergie 

RTE entretient le débat sur l’éolien et le solaire

RTE alimente le débat national autour du mix électrique, en précisant les conditions d’intégration de l’éolien et du solaire. Au-delà des capacités installées, le gestionnaire met l’accent sur la flexibilité, le stockage et l’adaptation du réseau. Les scénarios testent la résilience aux pics de demande et aux aléas météo, avec des arbitrages technico-économiques au cœur des discussions.
Voir les enjeux éolien & solaire selon RTE 

La digitalisation des compteurs d’eau transforme en profondeur la gestion hydrique française

La généralisation des compteurs d’eau connectés refond la gestion hydrique : relevés à distance, détection des fuites, pilotage fin des réseaux. Les collectivités optimisent la maintenance et réduisent les pertes, tandis que les usagers accèdent à des suivis en temps réel. Les questions d’interopérabilité, cybersécurité et protection des données deviennent centrales.
💧 Explorer les compteurs d’eau connectés 


🤖 NUMÉRIQUE & INDUSTRIE

Comment l’IA agentique s’impose comme le nouveau moteur des usines américaines

Les usines américaines déploient des agents IA capables de décider et d’agir en autonomie sur des tâches de production et de logistique. Les premiers retours évoquent des gains de productivité, une diminution des arrêts et une meilleure qualité. Les défis portent sur la gouvernance algorithmique, la supervision humaine et l’intégration avec les systèmes existants (MES/ERP).
🔍 Plonger dans l’IA agentique en usine 


🧪 QUANTIQUE

Ordinateur quantique : QAP entraîne les entreprises

Le programme QAP accompagne les entreprises dans la montée en compétences quantiques : cas d’usage réalistes, formation, expérimentation. L’initiative réduit le « time-to-value » en orientant vers des problèmes solvables par les outils NISQ et les ressources cloud. Elle cible la chaîne complète : data scientists, ingénieurs et décideurs.
💻 Découvrir QAP et ses cas d’usage quantique 

L’Europe accélère dans l’informatique quantique avec le projet QCDC

Avec QCDC, l’Europe investit dans la mise à l’échelle des architectures et la consolidation des briques critiques (qubits, correction d’erreurs, interconnexions). Le projet vise l’industrialisation progressive, des plateformes de test au transfert vers des solutions opérationnelles. L’écosystème académique et industriel est mobilisé pour structurer une souveraineté quantique.
📈 Accélération européenne avec QCDC 


🚀 ESPACE

L’Europe mise sur Argonaut pour accéder durablement à la surface de la Lune

Le programme Argonaut doit fournir une capacité de transport logistique régulière vers la surface lunaire. Objectif : soutenir des missions robotisées et humaines, avec des livraisons d’équipements, de charges utiles et d’infrastructures. Le projet s’inscrit dans une stratégie européenne de présence pérenne, en coopération et avec des retombées industrielles.
🌙 Cap sur la Lune avec Argonaut 


📰 Bon weekend et à la semaine prochaine !

Le sport de haut niveau, un laboratoire d’innovations pour la société

Les innovations nées du sport de haut niveau débordent aujourd’hui largement du cadre des stades. La science du sport n’est plus l’apanage des athlètes d’élite, puisque les technologies créées pour optimiser la performance trouvent désormais des applications dans la santé, la rééducation ou le sport de loisir. C’est ce que montre un récent rapport de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques), qui décrit comment des outils imaginés pour l’excellence sportive bénéficient désormais à un public bien plus vaste, grâce à des passerelles toujours plus solides entre laboratoires, hôpitaux et centres de recherche.

Cette diffusion vers la médecine constitue l’un des progrès les plus marquants. Les travaux menés sur la motricité, indispensables à l’amélioration du geste sportif, sont directement mobilisés pour traiter des troubles neurologiques ou musculaires. L’activité physique, en stimulant la neuroplasticité – c’est-à-dire la capacité du cerveau à se réorganiser – devient un outil majeur dans la prise en charge des AVC, de la sclérose en plaques ou des maladies neurodégénératives. Les techniques d’imagerie mentale et de représentation du geste, utilisées par les athlètes pour perfectionner leurs mouvements, produisent des effets comparables en rééducation post-AVC.

Cette convergence se matérialise déjà dans plusieurs centres spécialisés. Le Human Lab HIPE à Marseille intègre des protocoles d’entraînement issus du sport de haut niveau pour accompagner la rééducation des patients. À Saint-Étienne, la Chaire ActiFS étudie la gestion de la fatigue, qu’elle soit chronique ou aiguë, afin d’adapter l’activité physique aux besoins spécifiques de chacun, qu’il s’agisse d’un sportif ou d’un malade en convalescence.

Parmi les technologies devenues transversales, l’électrostimulation occupe une place de choix. D’abord utilisée pour la récupération musculaire et la prévention de l’atrophie chez les sportifs blessés, elle est aujourd’hui un outil majeur de rééducation fonctionnelle. Chez les paraplégiques, cette technique permet d’activer certains muscles inertes et de recréer des mouvements impossibles autrement. À Dijon, un rameur électrique utilisant des électrodes pour stimuler les jambes illustre ce transfert de la recherche sportive vers la médecine. Conçu pour les personnes handicapées, il reproduit un geste sportif naturel tout en améliorant les capacités respiratoires et la santé générale des utilisateurs.

L’impression 3D, un levier pour rendre les prothèses plus accessibles

La biomécanique, pilier du geste sportif parfait, transforme également l’appareillage médical. Grâce à l’analyse fine des mouvements, les prothèses gagnent en précision et en efficacité. C’est le cas de la prothèse Synsys de l’entreprise Proteor qui intègre un genou, une cheville et un pied dans un modèle unique, pour offrir une marche plus fluide en s’adaptant aux différentes phases du pas. Elle permet de réduire les dépenses énergétiques des utilisateurs, un enjeu majeur pour les personnes âgées ou les diabétiques amputés. L’impression 3D ouvre par ailleurs la voie à une démocratisation de ces technologies, en abaissant les coûts de production. Des entreprises comme Salomon, associée à Airbus, expérimentent déjà des prothèses plus accessibles pour des activités aussi exigeantes que le ski ou la course.

Cette diffusion technologique touche aussi le grand public et ses loisirs. Longtemps réservées à l’élite, les technologies de suivi de performance se sont démocratisées. Avec les montres GPS, les bracelets connectés et les capteurs de mouvement, chaque sportif amateur peut désormais analyser sa foulée, son rythme cardiaque ou ses progrès. Des applications comme Strava, Runkeeper ou Freeletics proposent des entraînements personnalisés grâce à des algorithmes inspirés de la préparation de haut niveau. Cette personnalisation, autrefois réservée aux champions, devient accessible aux joggeurs du dimanche comme aux cyclistes du quotidien.

Le transfert d’innovation ne concerne pas uniquement le sport pratiqué par les individus. Le secteur automobile en est une illustration parlante. Dans les compétitions mécaniques, les constructeurs conçoivent des véhicules prototypes soumis à des conditions extrêmes, afin d’améliorer la performance, la fiabilité et la sécurité. Les systèmes de freinage, les suspensions, les boîtes de vitesses ou encore les matériaux ultralégers sont d’abord testés dans ces environnements exigeants avant d’être adaptés et intégrés aux voitures de série. De cette manière, le sport automobile joue le rôle de laboratoire grandeur nature, où les innovations développées pour la compétition finissent par bénéficier à l’ensemble des conducteurs.

Tchao 2025 : réindustrialisation, mobilisation et objectifs renforcés pour 2026

L’année 2025 s’achève avec de nombreux enseignements tirés par La French Fab, qui dresse un bilan riche d’initiatives, d’actions concrètes et de dynamiques renouvelées dans l’écosystème industriel français, tout en esquissant les perspectives qui animeront 2026. Fondée en 2017 pour fédérer les acteurs industriels autour d’un projet collectif, La French Fab confirme sa place de moteur du mouvement industriel, tant pour valoriser les métiers que pour impulser des coopérations entre entreprises, institutions et territoires.

Mobilisation nationale et initiatives phares de 2025

Au cœur de cette année 2025, La French Fab s’est illustrée par de grandes opérations de mobilisation et de promotion du secteur. Parmi elles, la deuxième édition du Tour de France de nos industries a constitué un temps fort marquant de 2025. Sur 14 dates et près de 5 000 kilomètres parcourus, plus de 5 000 jeunes ont été amenés à découvrir le cœur industriel de la France, avec la visite de 11 sites industriels répartis sur le territoire. Cette initiative, réalisée en partenariat avec Opco2i, a permis de rapprocher les nouvelles générations de la réalité des métiers, de leurs innovations et de la diversité des filières, créant une première dynamique de sensibilisation qui sera étendue lors d’une troisième édition en 2026.

L’année 2025 a également été marquée par la naissance officielle du collectif La French Fab à l’occasion de la 7ᵉ édition de Global Industrie. Ce collectif regroupe une diversité d’acteurs clés de l’industrie française, parmi lesquels la Banque des territoires, l’Alliance Industrie du futur, Bpifrance, Business France, Cetim, France Industrie ou encore Evolis, dans un objectif déclaré d’unir les forces pour accompagner la réindustrialisation du pays. Les signataires de la charte qui accompagne ce lancement appellent à une action coordonnée face aux enjeux géopolitiques mondiaux, en particulier la réindustrialisation aux États-Unis et le renforcement de la souveraineté industrielle de la Chine, soulignant la nécessité de compétitivité et d’attractivité accrues pour les entreprises françaises.

Renforcement territorial et nouvelles dynamiques industrielles

La volonté de renforcer l’écosystème industriel s’est aussi manifestée à travers le lancement de « Jour bleu », un événement dédié à faire « briller l’industrie française ». Conçu comme une journée de cohésion et de valorisation, il a rassemblé les acteurs industriels, le grand public et la jeunesse à Eurexpo Lyon lors de Global Industrie, mettant en lumière les prises de parole, les ateliers et les moments d’échange qui ont contribué à renforcer l’image d’une industrie en mouvement. Cet événement illustre la volonté de renforcer la visibilité de l’industrie auprès des publics clés, notamment ceux qui décident de leur orientation professionnelle ou qui interagiront demain avec les acteurs du marché.

Le renforcement des dynamiques régionales a aussi constitué une part importante du bilan 2025. Ainsi, deux clubs régionaux La French Fab ont vu le jour : la French Fab Auvergne-Rhône-Alpes, lancée dans les locaux du centre d’innovation Swarm, et la French Fab Centre-Val de Loire, présentée lors du Salon Made In Val de Loire. Ces structures locales visent à fédérer les industriels au niveau territorial, à favoriser la proximité, et à insuffler de nouvelles dynamiques industrielles adaptées aux spécificités régionales, confirmant l’ancrage territorial de l’approche French Fab.

Sur le plan institutionnel et de visibilité, La French Fab a également organisé des moments structurants pour 2026, notamment le kick-off de Global Industrie, tenu au Hub de Bpifrance lors de la Semaine de l’industrie. Réunissant la presse, les industriels, le ministre chargé de l’industrie et les dirigeants du salon, cette rencontre a permis de poser les grandes lignes d’un rendez-vous européen majeur qui mettra l’accent sur la créativité industrielle et le Made in France, des axes forts portés par La French Fab au cœur de l’événement.

Parmi les initiatives qui ont marqué l’année 2025, La French Fab a également lancé le podcast « Génération Fab », un rendez-vous bimensuel conçu pour redonner une image contemporaine et inspirante de l’industrie, en donnant la parole à celles et ceux qui façonnent ce secteur. À travers 14 épisodes valorisant des histoires d’entreprises à travers des objets du quotidien, ce format vise à redorer la perception de l’industrie, en la reliant à des récits humains et des parcours professionnels concrets, une initiative qui se poursuivra en 2026 avec de nouveaux enjeux.

Orientations stratégiques et ambitions pour 2026

Les perspectives pour 2026 se dessinent donc autour de trois grandes lignes d’action : poursuivre la mobilisation des jeunes talents et des publics autour des métiers industriels, renforcer les coopérations entre acteurs de différents horizons et renforcer les liens internationaux. L’accent mis sur des événements tels que le Tour de France de nos industries, les clubs régionaux ou encore l’engagement dans des salons internationaux comme Hannover Messe 2026 doit permettre non seulement de renforcer l’ancrage domestique de l’industrie française, mais aussi de soutenir son rayonnement à l’échelle mondiale (voir notamment la participation à Hannover Messe prévue en 2026 : parcours immersif dédié à l’industrie 4.0 et à l’IA).

Le bilan 2025 de La French Fab témoigne donc d’une année particulièrement riche en initiatives concrètes, en structurations collectives et en actions visant à valoriser et transformer le paysage industriel français. Les défis restent nombreux dans un contexte économique et géopolitique complexe, mais les perspectives pour 2026 affichent une ambition claire : continuer à faire de l’industrie un levier d’attractivité, d’innovation et de compétitivité, tout en consolidant les dynamiques locales et internationales qui feront la France industrielle de demain.

La revue de presse quotidienne du 12 décembre 2025 : soutien à l’innovation, intelligence artificielle, écologie

L’actualité du jour met en évidence l’accélération de la transformation technologique, avec une montée en puissance de l’intelligence artificielle dans l’aviation, la défense et les systèmes embarqués. Elle révèle aussi l’intensification des enjeux environnementaux, qu’il s’agisse de la qualité de l’eau ou des exigences climatiques auxquelles les États doivent répondre. En parallèle, les dynamiques industrielles territoriales se renforcent autour de l’innovation, de l’accompagnement des entreprises et de la réindustrialisation locale. L’ensemble dessine un paysage en mutation rapide, où compétitivité, transition écologique et souveraineté technologique avancent désormais de manière étroitement liée.

Le marché mondial de l’aviation intelligente se dope à l’IA

Selon une étude de marché publiée le 11 décembre, le secteur de l’IA appliquée à l’aviation connaît une forte croissance, avec une valeur estimée à près de 1,13 milliard de dollars en 2024 et une projection jusqu’à plus de 6 milliards d’ici 2033. Ce développement touche des domaines comme les opérations de vol autonomes, les diagnostics prédictifs, les systèmes de maintenance et l’optimisation énergétique des appareils (openPR.com).

Airbus décroche un contrat majeur en IA pour la défense française

Airbus a remporté un contrat de 50 millions d’euros pour intégrer de l’intelligence artificielle française développée par l’Agence ministérielle pour l’IA de défense dans les systèmes d’armes et d’information du ministère des Armées. Une première phase est dédiée à l’amélioration de Spationav, le système de surveillance maritime, en analysant des données satellitaires et en étendant ensuite l’usage de l’IA à la cybersécurité et aux réseaux de télécommunications militaires (Reuters).

Contamination généralisée aux « PFAS » dans l’eau potable française

Un rapport de l’agence sanitaire ANSES révèle une pollution très répandue de l’eau du robinet en France par les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), notamment par l’acide trifluoroacétique (TFA), connu pour sa grande persistance dans l’environnement. Plus de 92 % des échantillons analysés contiennent du TFA, souvent à des niveaux dépassant les seuils envisagés par la future réglementation européenne. La mise en œuvre du principe du « pollueur-payeur » pour ces polluants est retardée, suscitant des critiques de la société civile sur l’insuffisance de la protection sanitaire (Le Monde).

Pressions légales contre la France pour son insuffisance en action climatique

Un collectif d’associations environnementales a engagé une nouvelle procédure juridique contre l’État français, l’accusant de ne pas faire sa « part équitable » dans la réduction des gaz à effet de serre. La plainte, déposée devant le Conseil d’État, met en avant les insuffisances des stratégies nationales pour atteindre les objectifs du pacte de Paris, malgré plusieurs décisions judiciaires antérieures en faveur d’une action plus ambitieuse (Le Monde).

Nouveau programme pour accompagner la croissance des PME industrielles françaises

Le gouvernement français a lancé la sixième promotion du programme ETIncelles, une initiative visant à accompagner des PME vers le statut d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) afin de renforcer le tissu industriel national. Ce programme, piloté par la Direction générale des entreprises, vise à lever des obstacles administratifs à la croissance et à soutenir l’industrialisation sur l’ensemble du territoire (Direction générale des Entreprises).

Innovations dans les matériels informatiques éco-efficients

Dans un contexte où l’efficacité énergétique des infrastructures de calcul devient stratégique, HCLTech et Dolphin Semiconductors ont annoncé un partenariat pour développer des puces à faible consommation destinées à l’Internet des objets et aux centres de données. Ces composants visent à réduire la consommation énergétique globale des systèmes embarqués et des serveurs, un enjeu clé pour les industriels confrontés à la croissance des besoins en IA (ELE Times).

KMØ à Mulhouse : un lieu d’innovation pour l’industrie et le numérique

Dans la région Grand Est, le projet KMØ à Mulhouse est un exemple concret de reconversion d’une ancienne friche industrielle en hub d’innovation dédié à l’industrie 4.0 et au numérique. Ce lieu favorise la collaboration entre acteurs industriels et numériques, propose des formations, des événements et facilite les partenariats pour des projets innovants dans la transformation digitale des industriels locaux.

Robotaxis en plein essor à l’échelle mondiale

Les médias rapportent que les robotaxis sont désormais déployés à grande échelle dans plusieurs grandes villes des États-Unis et de Chine, avec des centaines de véhicules autonomes en service quotidien. Si des acteurs européens comme Renault et Stellantis testent localement des systèmes similaires, l’écart technologique avec les géants américains et chinois est pointé comme un défi pour l’industrie européenne (Le Monde).

Le programme « Territoires d’industrie » accompagne les projets locaux

L’État français poursuit le déploiement de l’initiative Territoires d’industrie, un dispositif qui donne carte blanche aux collectivités territoriales labellisées pour co-construire un plan d’action industriel local avec des élus et des industriels. Ce programme vise notamment à accompagner des projets innovants, soutenir l’investissement productif, simplifier les démarches foncières et favoriser l’émergence d’infrastructures industrielles dans des zones périurbaines et rurales.

« Sprint Innovation » dynamise l’innovation dans les territoires

Dans la continuité de Territoires d’industrie, le programme Sprint Innovation a étoffé son offre en 2025 pour aider des projets locaux innovants à se développer. Cette démarche inclut des financements, des expertises et des réseaux pour accompagner des entreprises industrielles, des start-ups ou des PME dans la transition écologique, l’adoption de nouvelles technologies, la création de synergies territoriales et l’accélération de leurs activités.

Renforcement de l’innovation industrielle en Auvergne-Rhône-Alpes avec Minalogic

Le pôle de compétitivité Minalogic, implanté sur trois sites à Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, anime un écosystème régional de plus de 500 membres impliqués dans la chaîne d’innovation numérique et industrielle. Il accompagne des projets de R&D collaboratifs, relie entreprises, recherche et collectivités locales, et contribue à renforcer la compétitivité des filières technologiques dans le territoire.

Ineos modernise le site pétrochimique de Lavéra

Société anglaise spécialisée dans la chimie, Ineos annonce un investissement majeur de 250 millions d’euros destiné à renforcer les performances industrielles du site pétrochimique de Lavéra[1]. Cette opération bénéficie du soutien du gouvernement français et s’inscrit dans une stratégie visant à consolider une infrastructure essentielle à la production de molécules pétrochimiques entrant dans la fabrication de nombreux matériaux et produits semi-finis industriels.

Le programme de modernisation concerne l’ensemble des installations critiques du site, même si Ineos ne détaille pas la nature des unités visées. Le groupe souligne toutefois que l’investissement a pour objectif d’améliorer l’efficacité des procédés existants et de garantir une continuité opérationnelle dans un contexte où la fiabilité, la disponibilité des unités et la maîtrise énergétique conditionnent fortement la compétitivité. Les installations actuelles assurent la transformation de matières premières pétrochimiques en une gamme d’intermédiaires utilisés dans plusieurs filières industrielles.

L’entreprise insiste sur la nécessité d’adapter ses capacités à la dynamique des cycles de marché. Dans un environnement mondial où les écarts de coûts de production sont significatifs entre régions, l’optimisation des procédés constitue un élément déterminant pour maintenir des performances industrielles soutenues. Ineos rappelle que la modernisation doit permettre à l’unité installée à Lavéra d’atteindre un niveau de fiabilité compatible avec les standards internationaux du secteur, où la maîtrise des procédés thermochimiques, la disponibilité des utilités et la gestion des flux de matières jouent un rôle central.

Le groupe met également en avant le rôle structurant du site dans l’écosystème pétrochimique français. Lavéra alimente des chaînes de valeur qui utilisent ses productions comme matières premières cruciales. Le maintien d’une infrastructure performante constitue donc un facteur de stabilité pour les industriels utilisateurs. Ineos insiste sur cet aspect pour souligner que la modernisation n’est pas seulement un enjeu interne, mais qu’elle concerne l’ensemble des filières aval dépendantes de la pétrochimie française.

Un environnement industriel sous forte tension

La décision d’investir intervient dans un contexte industriel européen fragilisé par les coûts élevés de l’énergie, par des pressions concurrentielles importantes et par un environnement réglementaire exigeant. Ineos précise que cet investissement a pour objectif de maintenir un niveau de compétitivité suffisant pour opérer durablement dans ces conditions. L’entreprise met en avant la nécessité de stabiliser ses capacités industrielles afin d’assurer une exploitation continue et économiquement viable du site.

L’appui de l’État français constitue un volet essentiel du projet. Ineos souligne que le gouvernement a reconnu l’importance industrielle du site et son rôle dans la préservation de milliers d’emplois. Le soutien public permet de sécuriser une opération d’envergure qui, selon le groupe, contribue à renforcer la base industrielle française dans un secteur stratégique exposé aux fluctuations internationales.

Un signal fort pour la compétitivité et la souveraineté industrielle

Par cette opération, Ineos affirme sa volonté de renforcer sa présence industrielle en France et de sécuriser les conditions techniques et économiques permettant au site de Lavéra de rester un acteur majeur de la pétrochimie européenne. Le groupe présente cet investissement comme un signal fort envoyé à l’ensemble du secteur, démontrant qu’un modèle industriel compétitif reste possible en Europe dès lors que des conditions favorables sont réunies.

Avec ce plan de 250 millions d’euros, Ineos affirme donc sa volonté de maintenir la France parmi les territoires stratégiques de son réseau industriel européen. La modernisation annoncée marque une étape importante pour le site de Lavéra et témoigne à la fois d’un engagement industriel concret et d’une volonté de renforcer la position de la France dans un secteur soumis à de profondes mutations.

Enjeux et perspectives

L’investissement engagé par Ineos répond à plusieurs enjeux structurants pour la pérennité du site de Lavéra. L’optimisation des procédés vise à garantir une exploitation stable, capable d’absorber les contraintes cycliques du secteur pétrochimique et de maintenir des niveaux de production compatibles avec la demande industrielle. La modernisation doit également permettre au site de rester compétitif face à des concurrents opérant dans des régions où les coûts de production sont significativement plus faibles. Dans un contexte de pression internationale, l’efficacité des procédés et la robustesse opérationnelle constituent des leviers déterminants pour assurer la continuité du modèle industriel.

À moyen terme, le projet pourrait consolider le rôle du site dans la chaîne pétrochimique européenne en renforçant une capacité de production essentielle à de nombreuses filières en aval. Les perspectives associées à cet investissement reposent donc sur une double attente. Il s’agit d’une part de prolonger la durée de vie industrielle du complexe et d’autre part de stabiliser un tissu industriel régional fortement dépendant de son activité. Ineos présente ainsi cet investissement comme une étape clé pour sécuriser durablement une plate-forme stratégique de l’industrie française.


[1] Quartier côtier de Martigues

La revue de presse quotidienne du 11 décembre 2025 : stratégie industrielle, innovation, environnement

Les dynamiques actuelles montrent un paysage en transformation, où les investissements se maintiennent malgré l’incertitude et où la recherche, l’innovation et la transition environnementale s’affirment comme des priorités structurantes. Les politiques publiques se renforcent pour accompagner ces évolutions tandis que les enjeux énergétiques, climatiques et de souveraineté industrielle s’intensifient. À l’international, les stratégies se redéploient et révèlent l’accélération des mutations technologiques et écologiques.

Une nouvelle structure de recherche en soins primaires lancée par l’État

La France met en place un « Réseau multidisciplinaire universitaire de recherche en soins primaires dans les territoires », visant à renforcer la recherche et l’organisation des soins de proximité en France. Ce réseau a pour but d’améliorer l’accès aux soins et de mieux coordonner la recherche universitaire avec les besoins locaux des territoires.

Les entreprises françaises continuent d’investir malgré un climat incertain

Publié en décembre, un rapport met en lumière que 84 % des entreprises françaises poursuivent leurs investissements, en accord avec la moyenne européenne. Malgré l’environnement économique incertain et globalement volatile, ces investissements témoignent d’un maintien ou d’un redéploiement d’efforts en matière d’innovation, pour préserver la compétitivité et préparer les transitions industrielles (Banque Européenne d’Investissement).

L’innovation scientifique et technologique comme levier de transformation systémique

Un rapport de l’OCDE publié fin octobre, plaide pour une approche intégrée de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) afin de permettre des changements structurels. Cette approche mêlant politique publique, R&D et stratégie industrielle est considérée comme essentielle pour relever les défis climatiques, technologiques et économiques des prochaines décennies.

Plan de soutien à de nouveaux réacteurs nucléaires

La France a officiellement demandé l’autorisation d’un plan d’aides d’État visant à financer la construction de six réacteurs nucléaires. Ce soutien est un élément clé de la stratégie énergétique nationale, montrant que le nucléaire reste un pilier central pour les décennies à venir (Reuters).

Les entreprises françaises intensifient leurs efforts de décarbonation et d’innovation

Une enquête parue en décembre montre que plus de 90 % des entreprises françaises ont mis en œuvre des mesures pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Elles investissent en priorité dans la réduction et le recyclage des déchets, ainsi que dans des transports durables, tout en poursuivant leurs projets d’innovation (Banque Européenne d’Investissement).

Complexité des enjeux de biodiversité, changement climatique, matières premières critiques

Des analyses récentes soulignent l’interdépendance entre l’industrie, l’environnement et la biodiversité à travers des sujets tels que l’exploitation et le recyclage des matériaux critiques, l’impact industriel sur les écosystèmes, et la nécessité d’adapter les modes de production pour limiter les dégâts environnementaux (Eurogroup Consulting).

Les industriels américains accélèrent leur relocalisation

De nouveaux investissements massifs dans les semi-conducteurs, les batteries et les matériaux sont annoncés aux États-Unis dans le cadre de la stratégie visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et réduire la dépendance à l’Asie (Reuters).

L’Union européenne prépare un cadre plus strict pour les matières premières critiques

La Commission européenne envisage de renforcer les exigences sur l’importation, l’exploitation et le recyclage des matériaux critiques afin de consolider une filière industrielle souveraine pour la transition énergétique.

La Chine publie une feuille de route ambitieuse pour l’hydrogène dans les transports

Le gouvernement chinois prévoit d’accélérer massivement le déploiement de l’hydrogène renouvelable dans les véhicules lourds, avec le soutien direct des constructeurs nationaux.

Une étude internationale alerte sur les impacts miniers sur la biodiversité

De nouveaux travaux scientifiques démontrent une aggravation de la dégradation environnementale dans les zones d’extraction de minerais critiques, en particulier dans les régions tropicales (Nature).

RTE entretient le débat sur l’éolien et le solaire

La crise politique parlementaire qui frappe la France depuis juin 2024 a amplifié le retard important de la planification énergétique. Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) sont en effet toujours en attente. Le pays n’en finit pas de tourner en rond autour de ces documents stratégiques qui doivent fixer les orientations pour décarboner l’économie et assurer la souveraineté d’approvisionnement. Alors que le Gouvernement Lecornu semble prévoir leur publication prochaine, le débat est encore vif autour de la place que les énergies renouvelables électriques doivent prendre à l’avenir.

La publication par RTE de son bilan prévisionnel 2035 ne va pas probablement pas calmer la polémique. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité a revu ses précédents travaux prospectifs de 2021 et 2023 et semble, en filigrane, évoquer une baisse des objectifs pour l’éolien et le solaire photovoltaïque.

Abondance d’électricité

De quel constat part RTE ? Très factuellement, il observe deux phénomènes depuis l’an dernier. Côté consommation, la demande d’électricité stagne autour de 450 TWh, soit 30 TWh de moins que la moyenne 2014-2019. Les politiques d’efficacité énergétique portent leurs fruits, et les consommateurs ont intégré des comportements de sobriété et de prudence face à la volatilité des prix, renforcés par un contexte politique, économique et réglementaire incertain.

Côté production, après l’annus horribilis de 2022, les parcs nucléaire et hydroélectrique ont retrouvé un niveau normal. En y ajoutant la croissance des parcs solaires et éoliens, la production est largement supérieure à la consommation en 2024 et 2025. Une situation de surcapacité qui devrait perdurer quelques années selon RTE, vu qu’une dizaine de GW photovoltaïque et 3,5 GW éolien vont être mis en service entre 2026 et 2030.

Le président du directoire de RTE, Xavier Piechaczyk, reconnaît ainsi « l’abondance » actuelle, avec ses avantages : la balance commerciale est en faveur de la France qui est redevenue exportatrice nette de plus de 80 TWh ; les prix de marché ont baissé, ce qui peut inciter à l’électrification notamment dans le transport et l’industrie. Des avantages qui ont leurs inconvénients : cette surcapacité électrique engendre des pertes de revenu pour les producteurs, et elle oblige parfois à écrêter les productions renouvelables.

Deux scénarios pour 2035

Face à une électrification des usages moins rapide qu’imaginée en 2023, RTE a revu à la baisse ses prévisions de consommation (voir le graphique à la fin de cet article). D’ici 2035, il imagine deux scénarios possibles. L’un, encore très optimiste, conduit à une demande de 580 TWh en 2035. Elle repose, d’ici 2030, sur une multiplication par quatre du nombre de véhicules électriques (+17 TWh), à l’installation de 2,9 GW d’électrolyse pour la fabrication d’hydrogène (+15 TWh), à l’électrification des process industriels (+13 TWh) et à l’implantation de 4,3 GW de datacenters (+10 TWh). Ces options conduisent à une « Décarbonation rapide »… c’est-à-dire à l’atteinte des objectifs de baisse des émissions prévue par le cadre européen du Fit-for-55.

L’autre scénario, dit de « Décarbonation lente », minimise chacun de ces leviers de consommation (respectivement +9, +5, +4 et +6 TWh) pour arriver à 505 TWh en 2035. Selon RTE, cette option renchérirait les coûts complets du système électrique à l’horizon 2030 de 6 à 7 €/MWh, à cause du surdimensionnement du parc.

Pour la production, RTE envisage quatre rythmes de développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque. D’un parc actuel d’environ 55 GW, on passerait en 2035 à 77 GW (R1), à 95 GW (R2), à 118 GW (R3) ou à 150 GW (R4). Excluant a priori R1 (trop faible) et R4 (trop coûteux), RTE condamne en quelque sorte les deux filières renouvelables à se développer à un rythme plus lent que ces dernières années : entre 2,5 et 3,5 GW/an pour le solaire et entre 0,7 et 1,5 GW/an pour l’éolien terrestre.

Dans tous les cas, le gestionnaire du réseau de transport reconnaît qu’il va devoir adapter son pilotage de l’équilibre offre-demande. Des solutions de flexibilité de la demande et de stockage seront incontournables, ainsi que la modulation des centrales nucléaires et l’écrêtement des renouvelables dans le cas d’un maintien de la surcapacité.

Pourquoi limiter le rythme des renouvelables ?

Cette façon d’envisager l’éolien et le photovoltaïque comme des variables d’ajustement pose question, et va entretenir le débat parlementaire, alors que la droite de l’Hémicycle a déjà essayé de leur imposer un moratoire. Ne serait-il pas plus simple, comme le proposent certains, de gérer ces situations momentanées d’excédent en mettant des réacteurs nucléaires sous cocon, c’est-à-dire en arrêt temporaire ?

On notera que le Bilan prévisionnel 2035 de RTE est silencieux sur le nouveau nucléaire. De fait, 2035 est un horizon de temps trop proche pour l’inclure, puisqu’il est très peu probable que le premier EPR2 sorte de terre avant 2040. RTE dit tout juste que si l’électrification reste modérée, les projets éoliens en mer et nucléaires pourraient être remis en question. Il aurait pu ajouter qu’en cas de retard des constructions des EPR2, voire de leur abandon pour des raisons économiques ou politiques, le rythme R4 de développement des renouvelables serait bien plus souhaitable pour la sécurité d’approvisionnement.

D’ailleurs, même si les réacteurs nucléaires existants étaient prolongés jusqu’à 60 ans et si 14 nouveaux EPR2 voyaient le jour d’ici 2055, le spécialiste Cédrick Philibert montre que la puissance installée du parc atomique de production d’électricité serait divisée par deux d’ici 2048 (à peine plus de 30 GW). Avec cette perspective de « pénuries durables », ce serait selon lui « une grave faute d’imprévoyance » d’arrêter le rythme de déploiement des énergies renouvelables.

Les atermoiements français sur le solaire photovoltaïque et l’éolien sont d’autant moins compréhensibles que la dynamique mondiale est très largement en leur faveur. Coûts en baisse, facilité d’installation, meilleure efficacité énergétique, avantages géopolitiques : la révolution Electrotech, comme l’a nommée le think tank Ember, est en train de gagner la bataille. La France sera-t-elle du côté des perdants ?

Comparatif de la consommation réelle d’électricité avec les scénarios prospectifs. Source : Association négaWatt, d’après EDF, RTE, Ademe, Shift Project, Association négaWatt

Le jumeau numérique, un risque spécifique de cybersécurité

Dans l’ensemble des secteurs industriels, des chaînes d’assemblage automobiles aux infrastructures énergétiques, les jumeaux numériques se sont imposés comme un levier majeur d’optimisation opérationnelle. En superposant en temps réel un modèle virtuel aux outils physiques, ils permettent aux entreprises d’avoir une visibilité accrue sur leurs process. Ce qui présente de nombreux avantages, par exemple en termes de maintenance prédictive, de mise au point de nouveaux produits ou encore de simulation, qui plus est sans impacter la production.

En parallèle de cette adoption croissante se pose le problème des risques que les jumeaux numériques engendrent en termes de cybersécurité. Car cet outil à disposition des ingénieurs se révèle aussi être une surface d’attaque à part entière, susceptible d’être exploitée par des acteurs malveillants, désormais capables de s’introduire au cœur même des opérations industrielles. En effet, c’est dans la nature même du jumeau numérique d’être un système interconnecté, alimenté par une multitude de données issues de capteurs IoT, des plateformes de supervision d’usine et des logiciels de simulation. La continuité de flux entre le monde physique et son reflet virtuel crée une dépendance structurelle à la qualité et à l’intégrité des données.

Ainsi, une attaque visant à dégrader la qualité – en termes de données – de ces flux permettrait d’altérer les modèles prédictifs, de détourner des paramètres d’optimisation ou de masquer des anomalies critiques sur le terrain. Par exemple, la modification subtile d’un jeu de données d’entraînement ou de fonctionnement peut se traduire, sans alerte apparente, par des décisions automatisées erronées dont les conséquences peuvent aller de l’augmentation de la consommation énergétique à la défaillance de composants stratégiques d’un outil de production industrielle

Un outil complexe difficile à sécuriser.

La complexité technologique des jumeaux numériques rend également leur sécurisation difficile. Ils reposent sur une combinaison d’environnements logiciels hétérogènes, souvent issus de fournisseurs différents, intégrant des couches d’IA, de simulation physique, de SCADA, et d’edge computing.

Chacune de ces couches constitue un point d’entrée potentiel pour une cyberattaque. Les interfaces entre ces systèmes – en particulier lorsqu’ils sont conçus rapidement pour répondre à des impératifs d’innovation ou de compétitivité – peuvent introduire des vulnérabilités non détectées. Dans de nombreux cas, les segments OT normalement isolés se retrouvent exposés à des risques, en raison de la connexion du jumeau numérique avec des services cloud ou des plateformes d’analyse externes. Cette ouverture, souvent indispensable au fonctionnement du modèle, remet en cause les principes historiques de cloisonnement sur lesquels reposait la cybersécurité industrielle. Et sur lesquels elle repose encore aujourd’hui chez de nombreux acteurs industriels.

Ce n’est pas tout. D’autres vulnérabilités sont inhérentes à l’utilisation des jumeaux numériques. Le risque d’espionnage par exemple. Un jumeau numérique ne se limite pas à refléter l’état d’un équipement : il renferme également des connaissances sensibles sur les procédés de fabrication, la structure des machines, les stratégies d’optimisation ou les contraintes physiques d’un système. Pour un concurrent ou un État hostile, l’accès à ce modèle représente un raccourci vers la compréhension profonde des secrets industriels qu’il contient.

Il existe également un risque de sabotage direct, particulièrement préoccupant dans les secteurs à forte criticité comme l’aéronautique, l’énergie, le nucléaire ou la chimie. Les jumeaux numériques interviennent en effet de plus en plus dans les processus de validation et de certification. Toute altération du modèle, qu’elle soit due à une injection de code malveillant, à une corruption de données ou à un détournement d’algorithme, peut biaiser des résultats de simulation et conduire à valider des systèmes défaillants.

Ces risques, souvent critiques pour les industriels opérant les jumeaux numériques, justifient à eux seuls une nouvelle approche du risque cyber, pour exploiter cet outil industriel sans restrictions.

L’ESCO, un levier de modernisation des bâtiments tertiaires

À l’origine, une ESCO (pour « Energy Service Company ») est une entreprise qui conçoit, réalise et finance des projets visant à améliorer l’efficacité énergétique ou à décarboner le patrimoine immobilier ou industriel de ses clients, en leur proposant un engagement sur les résultats (ESCO). Dans la pratique, ce modèle se distingue des prestations classiques de conseil ou de travaux en réunissant l’audit, la conception, la réalisation, voire la maintenance et le suivi énergétique sous un seul contrat global, souvent appelé « contrat de performance énergétique » (CPE).

L’histoire des ESCO remonte aux chocs pétroliers des années 1970-1980, lorsque les hausses des prix de l’énergie ont incité certains acteurs à développer des solutions permettant de réduire les consommations énergétiques des bâtiments. Ce modèle s’est progressivement structuré, notamment en Europe, au travers de directives et de programmes incitatifs, afin d’encourager l’efficacité énergétique et le tiers-financement dans le secteur public et privé (JRC Publications Repository).

Aujourd’hui, dans le contexte français, les ESCO apparaissent comme un outil particulièrement pertinent pour répondre à l’obligation imposée aux bâtiments tertiaires de réduire leur consommation d’énergie. Le cadre réglementaire mis en place par le dispositif Éco‑Énergie Tertiaire (EET) impose aux bâtiments de plus de 1 000 m² une réduction progressive de leur consommation énergétique, respectivement de 40 % d’ici 2030, 50 % d’ici 2040 et 60 % d’ici 2050 (Tera Energie). Ce type d’objectif, combiné à la complexité technique des installations CVC (chauffage, ventilation, climatisation) et des équipements de confort etc., rend le recours à une ESCO particulièrement adapté.

Le fonctionnement typique d’un projet porté par une ESCO repose d’abord sur un audit énergétique réalisé pour identifier les gisements d’économies potentiels. Ensuite l’ESCO propose un plan d’actions portant sur l’isolation, la modernisation des systèmes CVC, l’éclairage, l’automatisation, la gestion technique du bâtiment, etc. et s’engage contractuellement sur des objectifs de réduction de consommation. Si les économies prévues ne sont pas atteintes, l’ESCO supporte le risque financier, ce qui sécurise le maître d’ouvrage (Helexia). Le financement initial des travaux peut être pris en charge par l’ESCO ou un financeur tiers (tiers-financement), ce qui libère le client de l’investissement financier à engager en début de projet. Le remboursement se fait via les économies d’énergie générées.

Ce modèle « clé en main » est particulièrement apprécié des collectivités, des bailleurs ou des propriétaires de bâtiments tertiaires (bureaux, commerces, hôpitaux, établissements publics ou privés). Les ESCO apportent en effet l’ingénierie technique et financière, assurent la maîtrise d’œuvre, prennent en charge la maintenance et garantissent les résultats.

L’intérêt du recours à une ESCO se trouve précisément dans l’alignement des incitations. De fait, l’ESCO cherche à maximiser les économies d’énergie, car sa rémunération dépend de la performance réelle. En cas de dépassement des objectifs, les gains peuvent être partagés. En cas d’échec, l’ESCO supporte la perte. Ainsi le modèle réduit les risques pour le client, qu’il s’agisse d’un gestionnaire public ou d’un acteur privé, et facilite la mise en œuvre de rénovations énergétiques ambitieuses.

Du point de vue macro-économique, le développement des ESCO est reconnu comme un levier essentiel de la transition énergétique. Un rapport de l’UE confirme que les contrats de performance énergétique demeurent un instrument clé pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments publics et privés tout en mobilisant des financements adaptés. En complément des mécanismes financiers publics (subventions, prêts, incitations), les ESCO apportent une alternative pragmatique, surtout lorsque les maîtres d’ouvrage ne disposent pas de trésorerie suffisante ou souhaitent éviter un endettement direct.

Cependant le développement des ESCO, et plus largement du tiers-financement, bute encore sur plusieurs obstacles. D’abord les banques restent souvent frileuses pour financer les projets, ce qui limite l’offre de financement externe. Ensuite la vérification des économies réelles (mesure et suivi) exige des protocoles rigoureux, ce qui peut rendre certains projets complexes et coûteux à structurer. Enfin, la diffusion du modèle est inégale selon les pays européens ou selon les marchés (tertiaire, industrie, public, privé).

En France, l’actualité récente confirme un regain d’intérêt pour le mécanisme des ESCO, notamment porté par des initiatives de « tiers-financement » qui facilitent la rénovation énergétique sans mobilisation immédiate de capitaux (alteresco.fr). Dans ce contexte, les ESCO peuvent jouer un rôle déterminant pour aider les propriétaires de bâtiments tertiaires à se conformer aux réglementations, réduire leurs coûts d’énergie et contribuer aux objectifs de neutralité carbone.

En définitive, les ESCO représentent un outil pragmatique et structuré pour transformer le parc tertiaire français. En conjuguant expertise technique, engagement contractuel et financement innovant, elles rendent possibles, sans avancer les fonds, des rénovations ambitieuses et durables. Leur développement reste toutefois conditionné à une meilleure structuration financière, à un cadre normatif stable, ainsi qu’à des protocoles fiables de mesure et de suivi des gains énergétiques.

La revue de presse quotidienne du 10 décembre 2025 : énergie, innovation, hydrogène

L’actualité du jour met en évidence une phase de recomposition profonde des politiques énergétiques et des mutations en cours dans la production, la consommation et l’évaluation des projets stratégiques. Elle révèle également les limites persistantes de certains secteurs fortement émetteurs ainsi que la nécessité de mieux structurer les outils de décision publique. Parallèlement, des avancées technologiques majeures dans les matériaux et les procédés industriels confirment l’accélération de l’innovation, tandis que plusieurs signaux montrent une réorganisation de filières clés et un recentrage de la recherche pour soutenir la compétitivité nationale.

Une PME française vise l’industrialisation d’un procédé décarbonant pour l’industrie lourde

La start-up Spark Cleantech a validé son démonstrateur industriel visant à proposer un procédé décarbonant pour le chauffage dans l’industrie lourde, basé sur l’hydrogène. Elle entend finaliser l’industrialisation de cette technologie d’ici 2027, ce qui pourrait bousculer des pans de la chimie, de la sidérurgie ou des matériaux, souvent fortement carbonés (CFNEWS).

Décision attendue à la mi-décembre pour la planification énergétique

Le ministère français de l’Énergie a annoncé qu’une décision sur la loi de planification énergétique (PPE, programmation pluriannuelle de l’énergie) serait prise avant Noël. Cette PPE, longtemps retardée en raison de désaccords politiques, notamment autour du développement des renouvelables, déterminera les trajectoires de production nucléaire et renouvelable ainsi que les objectifs climatiques pour les années à venir (Reuters).

La production française d’électricité dépasse la consommation, selon RTE

La France produit actuellement plus d’électricité qu’elle n’en consomme, selon les données récentes analysées par RTE. Pour réduire l’impact environnemental et s’aligner sur les objectifs climat, RTE recommande de réduire la part des fossiles dans la consommation d’énergie à 30-35 % d’ici 2035 contre environ 60 % aujourd’hui et d’augmenter la part de l’électricité dans la consommation globale, de 26 % en 2024 à 40-45 % à horizon 2035 (TF1 Info).

Le rôle des transports dans les émissions de gaz à effet de serre en France

Les données climat montrent que les transports restent le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France, avec 124,9 millions de tonnes de CO₂ équivalent émises en 2024, soit environ un tiers des émissions nationales hors UTCATF (Statistiques du développement durable). Même si certaines performances des véhicules se sont améliorées, l’augmentation du trafic entraîne une hausse continue des émissions globales du secteur depuis 1990.

Fiabilité des évaluations socio-économiques des investissements énergétiques remis en cause

Un rapport d’étape du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP) met en lumière des faiblesses dans les méthodes d’évaluation socio-économiques des investissements publics dans le secteur énergétique. Le rapport pointe notamment des insuffisances dans l’analyse de projets liés à l’hydrogène, aux batteries, à l’acier ou au nucléaire, ce qui pourrait fragiliser des initiatives de décarbonation industrielle ou énergétique.

Méconnaissance des concepts d’économie verte, circulaire et bleue

Futura rappelle les différences entre les notions d’« économie circulaire », « économie verte » et « économie bleue », insistant sur le fait que ces approches sont souvent confondues alors qu’elles répondent à des enjeux distincts, notamment la réduction des déchets, la préservation des ressources marines, la limitation de l’impact carbone, etc.

Des plastiques autoréparants et matériaux « vivants »

Sciences et Avenir présente des matériaux « vivants » ou autoréparants, ouvrant une voie vers des révolutions industrielles dans les matériaux, la fabrication, la réparation ou l’entretien. Ces innovations pourraient transformer des secteurs variés tels que la mécanique, l’automobile, la construction, etc. en introduisant des matériaux plus durables ou plus résilients.

Restructurations dans l’industrie de défense française

Le rachat des activités défense de Texelis par KNDS vient d’être autorisé, officialisant un changement de main pour un acteur de l’industrie militaire et de défense (Le Journal des Entreprises).

L’enjeu de la recherche priorisée pour la transition énergétique en France

Le cadre de la Stratégie Nationale de Recherche pour l’Énergie (SNRE) tente désormais de définir des priorités de recherche susceptibles de favoriser la transition énergétique tout en préservant la compétitivité nationale (anrt.asso.fr).

Métaux critiques : pourquoi l’autonomie européenne reste un pari à long terme

Longtemps reléguée au second plan, la question des métaux critiques s’impose aujourd’hui au cœur des choix industriels et géopolitiques. La Commission européenne vient de dévoiler RESourceEU, un plan d’action destiné à sécuriser l’accès à ces ressources devenues indispensables aux technologies vertes, au numérique ou aux systèmes de défense. Son objectif : hisser l’Europe à un degré d’autonomie compatible avec ses ambitions climatiques et industrielles. Dans la continuité du Critical Raw Materials Act lancé en 2023, il vise à réduire de moitié certaines dépendances d’ici à 2029 en mobilisant des outils financiers, réglementaires et industriels.

Au cœur de ce dispositif figure le « Critical Raw Materials Centre », chargé de piloter les projets jugés stratégiques, de coordonner les financements publics et privés et d’accélérer leur mise en œuvre. Bruxelles prévoit de mobiliser environ 3 milliards d’euros sur un an pour soutenir des projets prioritaires, qu’il s’agisse de mines sur le sol européen, d’infrastructures de transformation ou de partenariats avec des pays producteurs. Parmi les projets cités figurent notamment l’extraction de lithium à Cinovec, en Tchéquie, ou le projet visant à extraire du molybdène au Groenland.

La stratégie européenne dépasse toutefois le cadre strictement interne. RESourceEU mise sur la multiplication de partenariats avec des pays partageant les mêmes valeurs, en s’appuyant sur quinze accords stratégiques déjà conclus et sur d’autres en préparation, notamment avec le Brésil. L’Union travaille également à des cadres d’investissement dédiés avec l’Ukraine, les Balkans occidentaux et son voisinage méridional. Parallèlement, elle soutient l’alliance du G7 sur les minéraux critiques visant à structurer des marchés fondés sur des normes communes.

La colonne vertébrale du plan repose sur trois piliers : diversification des fournisseurs, renforcement des capacités européennes de raffinage et de fabrication, et développement du recyclage. L’une des mesures les plus symboliques prévoit, dès 2026, l’interdiction d’exporter certains déchets stratégiques, notamment ceux provenant d’aimants permanents. Bruxelles estime que le recyclage pourrait couvrir jusqu’à 20 % des besoins européens en aimants permanents à moyen terme, contribuant à créer une véritable économie circulaire des métaux critiques.

Sécuriser les approvisionnements face aux tensions géopolitiques

Malgré cette volonté politique forte, bâtir en quelques années des filières complètes, de l’extraction à la fabrication, suppose des investissements massifs, une maîtrise technologique complexe et une acceptabilité sociale encore loin d’être acquise. Pour l’heure, l’UE ne produit qu’une part marginale de ses terres rares et joue un rôle très limité dans le raffinage mondial. Même soutenue par RESourceEU, la montée en puissance restera progressive en raison de contraintes environnementales, de lourdeurs administratives, de lenteur dans l’ouverture des mines et de besoins massifs en capitaux. À moyen et long terme, le plan pourrait toutefois permettre une autonomie suffisante pour éviter les ruptures d’approvisionnement et limiter les pressions géopolitiques.

À l’échelle française, le Fonds métaux critiques (FMC) géré par la société InfraVia devait lui aussi constituer un relais national de cette ambition européenne. Lancé en 2023 avec 500 millions d’euros publics et l’objectif de mobiliser jusqu’à 2 milliards, il visait à investir dans des projets miniers, de raffinage ou de recyclage. Mais plus de deux ans après, la collecte des fonds n’a pas atteint les niveaux espérés et aucun projet ne s’est encore concrétisé, notamment pour des raisons de rentabilité.

Face à des acteurs, notamment chinois, disposant de coûts bas et de chaînes intégrées, les projets européens peinent à atteindre l’équilibre économique. Les cours relativement faibles de certains métaux critiques, la volatilité des marchés et le ralentissement de certains débouchés, comme le véhicule électrique, accentuent les incertitudes.

Malgré tout, le FMC demeure un outil stratégique, susceptible d’attirer des investisseurs et de s’inscrire, à terme, dans l’écosystème créé par RESourceEU. L’autonomie minérale européenne ne se construira pas avec un plan ou un fonds, mais par l’addition de politiques publiques cohérentes, d’investissements sur le long terme, d’innovation et d’un équilibre assumé entre souveraineté industrielle et exigences environnementales.

La nouvelle étape de régulation du marché de l’énergie en France

La mise en place de ce dispositif répond aux enseignements de la crise des marchés de l’énergie entre 2021 et 2023, période durant laquelle certains fournisseurs ont vu leur modèle fragilisé par l’explosion des prix sur les marchés de gros. À l’issue de cette crise, la CRE a estimé nécessaire d’instaurer une régulation prudentielle pour encadrer les stratégies de couverture et de gestion des risques. L’objectif est d’éviter que des engagements de fourniture passés auprès des consommateurs ne se retrouvent pas correctement couverts en amont.

Le guichet à blanc proposé par la CRE est une phase de test en conditions réelles. Il s’adresse aux fournisseurs titulaires d’une autorisation de revente d’électricité ou de fourniture de gaz naturel, qui desservent au moins un consommateur final, et qui comptent plus de 100 000 clients dans une même zone locale de distribution. Ces fournisseurs ont jusqu’au 30 janvier 2026 pour soumettre à la CRE l’ensemble des documents requis, constituant une sorte de déclaration de conformité. Le guichet étant ouvert en amont du cadre légal définitif, aucun résultat individuel ni sanction ne sera communiqué à l’issue de cette première phase (energynews.pro).

L’objectif est d’éprouver les procédures de conformité, de tester comment les fournisseurs peuvent organiser leurs stratégies de couverture et de gestion des risques, et d’anticiper les potentielles difficultés avant la mise en place d’un cadre contraignant.

Trois axes de contrôle : volume, solidité financière, organisation interne

Le dispositif s’articule autour de trois grands principes. Le premier consiste en un « critère en couverture », c’est-à-dire la vérification que les volumes d’énergie engagés auprès des clients sont bien couverts par des contrats d’achat ou des positions adéquates sur les marchés d’approvisionnement. Les fournisseurs qui ne respectent pas ce critère pourront être exclus du dispositif quantitatif.

Le deuxième principe prévoit un test financier pour les acteurs non conformes. En fonction de leur notation financière, la CRE évaluera leur solvabilité et leur liquidité. Si des risques sont identifiés, le fournisseur devra mettre en place un plan de remise en conformité.

Le troisième volet porte sur la formalisation d’une stratégie de gestion des risques avec la mise en place de procédures internes et d’une organisation ad hoc. La CRE demande aux fournisseurs de fournir une cartographie des risques et de documenter les processus internes associés, une démarche que l’autorité entend rendre obligatoire une fois la régulation définitivement instaurée.

Pourquoi ce mécanisme a-t-il été instauré ?

La crise énergétique récente a mis en lumière la vulnérabilité de certains fournisseurs face à la volatilité des prix sur les marchés de gros. Certains avaient pris des engagements à long terme envers leurs clients sans disposer des couvertures nécessaires, ce qui a conduit à des défauts, des faillites, voire des retraits d’offres, avec potentiellement des clients laissés pour compte. La CRE a jugé qu’il était indispensable de renforcer la régulation pour garantir la solidité financière des acteurs et la fiabilité de leurs offres.

Ce dispositif transitoire donne aux fournisseurs le temps de s’adapter et à la CRE l’occasion de tester les nouvelles règles sans recourir immédiatement à des sanctions. Il s’inscrit dans une démarche de restauration de la confiance des consommateurs et de stabilisation du marché de détail, tout en préparant l’application d’une régulation plus pérenne et stricte.

Bénéfices attendus et limites

En renforçant la couverture des engagements et la solidité financière des fournisseurs, le dispositif augmente la sécurité pour les consommateurs, particuliers comme entreprises, qui pourront souscrire des offres en ayant une meilleure garantie sur la tenue des engagements. Il rend le marché plus transparent, plus stable, moins sujet aux faillites en cascade et aux retraits d’offres. Il incite les fournisseurs à adopter des pratiques de gestion des risques responsables et à structurer professionnellement leur activité.

Cependant certains bémols sont à noter. Le dispositif ne s’appliquant pour l’instant qu’aux fournisseurs ayant plus de 100 000 clients dans une zone donnée, il exclut de facto les petits fournisseurs, parfois plus fragiles, mais aussi plus nombreux. On peut craindre que ces petits acteurs continuent d’opérer dans un cadre moins contrôlé, ce qui pourrait créer une distorsion de concurrence ou des risques accumulés hors contrôle.

De plus, comme il s’agit d’une phase de test sans sanction, l’efficacité réelle dépend de la bonne volonté des fournisseurs. Rien n’empêche a priori qu’un fournisseur validé mais mal structuré échoue après la période transitoire. Enfin, si le cadre définitif tarde à être transposé, notamment pour le gaz naturel qui nécessite une loi complémentaire, le marché pourrait rester dans une zone de flou pendant une période prolongée.

Vers un cadre réglementaire permanent

Ce dispositif transitoire constitue un pont vers un cadre réglementaire plus contraignant, notamment en lien avec l’article 18bis de la directive européenne sur le design du marché de l’électricité (EMD). Une fois la directive transposée, la CRE pourra imposer des obligations pérennes, telles que couverture effective des engagements, procédures de gestion des risques, transparence renforcée. Pour le gaz naturel, une loi complémentaire sera nécessaire avant de pouvoir appliquer un régime similaire.

La mise en place annuelle de guichets, avec des échéances en 2026 au 1ᵉʳ mai pour le gaz et au 30 septembre pour l’électricité, est prévue jusqu’à l’application complète du nouveau cadre.

En définitive, cette initiative marque une volonté forte de professionnalisation et de sécurisation du marché de l’énergie en France. Elle vise à prévenir les dérives observées récemment et à construire un marché de détail plus stable, transparent et respectueux des engagements contractuels pris envers les consommateurs. Son succès dépendra de la rigueur avec laquelle la CRE l’appliquera, et de la capacité des fournisseurs, petits ou grands, à s’y conformer sur le long terme.

Une nouvelle régulation qui redistribue les équilibres

Le futur régime prudentiel destiné à devenir obligatoire devrait transformer en profondeur l’organisation du marché de détail. Il imposera aux fournisseurs des exigences renforcées en matière de couverture des volumes engagés, de solidité financière et de gestion formalisée des risques. Cette évolution répond à la nécessité de sécuriser les engagements pris envers les consommateurs et de prévenir les fragilités révélées lors de la récente crise des marchés de gros. Elle favorisera les acteurs qui disposent déjà d’équipes dédiées à la gestion des risques, tandis que les structures plus petites devront absorber des obligations nouvelles qui pourraient les conduire à réduire leur présence sur certains segments. Les consommateurs devraient bénéficier d’une plus grande stabilité des offres ainsi que d’une diminution du risque de défaut d’un fournisseur, même si la concurrence sur les tarifs les plus dynamiques pourrait s’en trouver limitée.

Les réactions des fournisseurs témoignent d’une acceptation prudente de ce nouveau cadre. Les grands acteurs affirment être prêts à intégrer ces obligations qui s’inscrivent dans des pratiques déjà en vigueur dans leurs organisations. Les fournisseurs alternatifs expriment davantage d’inquiétudes, notamment en ce qui concerne la charge réglementaire et le risque de déséquilibre entre acteurs de tailles très différentes. Tous soulignent l’importance d’une mise en œuvre claire et progressive et reconnaissent que la phase transitoire ouverte par la CRE constitue une occasion d’ajuster les règles afin de garantir un dispositif à la fois protecteur et proportionné.

La revue de presse quotidienne du 9 décembre 2025 : mobilité, climat, compétitivité

Les transformations industrielles et technologiques s’accélèrent en Europe et révèlent des enjeux majeurs pour sa compétitivité. Les pressions liées à la décarbonation se mêlent aux mutations du transport, à l’essor de matériaux et procédés innovants, ainsi qu’aux renforts nécessaires à apporter à la recherche. Les politiques climatiques soulèvent de nouvelles interrogations, tandis que les filières stratégiques connaissent des tensions accrues. Cette sélection revient sur ces dynamiques qui redessinent le paysage industriel.

L’Europe dispose des ressources nécessaires pour soutenir le développement en IA de pointe

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, une trentaine de chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs appellent à mobiliser les talents, la science et l’ingénierie pour bâtir en Europe une IA de pointe capable de rivaliser à l’échelle internationale.

L’industrie automobile française face à la fragilité de la transition électrique

Le secteur automobile français reste fragile depuis plusieurs années, avec une baisse annuelle moyenne de 20 % des ventes de véhicules particuliers. Ce recul s’inscrit dans un contexte de mutation du parc automobile, où la pression pour décarboner pèse plus fort que jamais sur les constructeurs et l’ensemble de la chaîne industrielle (vie-publique.fr).

La demande d’une « préférence européenne » pour l’automobile relancée par la France

Le gouvernement français a, de son côté, officiellement demandé à la Commission européenne d’adopter une « préférence européenne » pour l’industrie automobile, afin de protéger la production locale, y compris les véhicules électriques et les batteries, dans le cadre de la transition énergétique.

Vers des mobilités durables et intelligentes

Parallèlement, le secteur des transports, automobile et ferroviaire, est en pleine transformation sous l’effet conjugué de la transition écologique, de la digitalisation et des nouvelles mobilités. Cette transformation pousse les acteurs industriels et régionaux à innover fortement, en particulier dans des territoires comme l’Occitanie qui ambitionnent de devenir des zones d’excellence pour la mobilité durable.

Les technologies « vertes » et les matériaux avancés sous les feux des projecteurs après le Nobel de Chimie 2025

Le prix Nobel de Chimie 2025 a mis en lumière des technologies considérées comme cruciales pour la dépollution et la décarbonation des industries lourdes. Le CNRS estime que cela pourrait relancer l’intérêt pour des matériaux et procédés innovants, offrant des débouchés industriels et des perspectives de transformation en faveur d’une industrie plus sobre et respectueuse de l’environnement.

Crédits carbone : Verra de nouveau au centre d’une controverse

L’ONG Carbon Market Watch critique les mécanismes de crédit carbone proposés par Verra, leader des crédits carbone, estimant qu’ils représentent des « fausses solutions » pour la sortie du charbon dans le secteur énergétique, ce qui relance le débat sur la crédibilité des mécanismes de compensation carbone (rsedatanews.net).

Interrogations sur le report du marché carbone des bâtiments et des transports

La mise en œuvre du nouveau marché carbone de l’UE (ETS-2) est reportée à 2028 avec des assouplissements, ce qui suscite des doutes sur sa capacité à jouer un rôle central dans la décarbonation des bâtiments et des transports à l’échelle européenne (rsedatanews.net).

2025 a été l’année la plus importante pour l’industrie minière

Le président de l’International Council on Mining & Metals (ICMM) estime que l’année 2025 marque un tournant pour l’industrie minière, en raison d’une implication accrue des États et d’un intérêt renforcé pour les minerais stratégiques, ce qui pourrait impacter les chaînes d’approvisionnement industrielles (La Tribune).

ACC prise en étau entre retards industriels et concurrence mondiale

La co-entreprise rassemblant des acteurs majeurs de l’automobile et de l’énergie voit sa montée en puissance contrariée par des difficultés industrielles, au moment où la concurrence internationale, notamment chinoise, s’intensifie (La Tribune).

L’Europe accélère dans l’informatique quantique avec le projet QCDC

En matière de souveraineté, l’Europe n’a pas dit son dernier mot et multiple les initiatives. En juillet 2025, la Commission européenne a présenté la Stratégie Quantique visant à faire de l’Europe un leader mondial du quantum d’ici 2030. D’ici 2040, le secteur devrait créer des milliers d’emplois hautement qualifiés à travers l’UE et dépasser une valeur mondiale de 155 milliards d’euros.

Pour atteindre cet objectif ambitieux, l’Europe favorise différents projets parmi lesquels le QCDC (« Quantum Computers for Datacenters » ou « Ordinateurs quantiques pour centres de données »).

Grâce au QCDC, l’Europe dispose désormais d’un service de calcul quantique basé sur des ordinateurs à ions piégés développés par Alpine Quantum Technologies (AQT). Il s’agit d’une entreprise autrichienne pionnière dans l’informatique quantique, spécialisée dans les ordinateurs quantiques à ions piégés.

Fondée en 2018 à Innsbruck, elle vise à commercialiser des processeurs quantiques généralistes accessibles via le cloud et intégrables dans des centres de données.

QCDC est donc un service cloud qui permet aux chercheurs et aux industriels d’accéder directement à des machines européennes pour réaliser des calculs avancés.

Cette infrastructure ouvre la voie à des applications majeures : découverte de médicaments, conception de matériaux durables, optimisation des procédés industriels ou encore stockage d’énergie. Elle garantit également la protection des données sensibles, un enjeu crucial dans un contexte de compétition internationale.

Contrairement aux ordinateurs classiques, qui traitent les informations de manière séquentielle, les ordinateurs quantiques exploitent les principes de superposition et d’intrication. Ils peuvent ainsi évaluer simultanément plusieurs solutions à un problème.

L’analogie du labyrinthe illustre cette différence : un ordinateur traditionnel explore chaque chemin un à un, tandis qu’un ordinateur quantique compare tous les itinéraires en parallèle pour identifier la meilleure solution. Cette capacité ouvre des perspectives inédites pour simuler des molécules, des matériaux ou des systèmes complexes avec une rapidité et une précision inégalée.

À terme, une seule machine quantique pleinement opérationnelle pourrait surpasser la puissance de calcul d’immenses centres de données classiques, occupant plusieurs terrains de football.

Premières applications concrètes

Bien que les dispositifs actuels ne dépassent pas encore les superordinateurs, les premières expérimentations menées dans le cadre du QCDC sont prometteuses. De petites équipes de recherche ont déjà pu réaliser des calculs avancés en biochimie et en dynamique des fluides, simuler des matériaux aux propriétés inédites ou même optimiser des procédés industriels pour réduire les déchets et améliorer l’efficacité.

Les machines utilisées reposent sur la technologie des pièges à ions développée par AQT à Innsbruck. Elles permettent d’explorer des algorithmes quantiques comme le VQE (Variational Quantum Eigensolver), utilisé pour déterminer l’état le plus stable d’une molécule.

Même si ces ordinateurs en sont encore à leurs débuts, les résultats obtenus se sont révélés d’une précision remarquable, proches des calculs classiques. Cela confirme que l’informatique quantique peut devenir un outil pratique pour résoudre des problèmes auparavant inaccessibles.

Le QCDC illustre l’importance de la collaboration européenne dans un domaine aussi stratégique. Selon Juris Ulmanis, directeur des technologies quantiques chez AQT et chef du projet, cette initiative marque une avancée majeure : elle offre aux chercheurs un accès direct à une technologie de classe mondiale et leur permet de relever des défis complexes dans des secteurs variés.

Le projet QCDC représente bien plus qu’une expérimentation scientifique : il est le symbole d’une stratégie européenne visant à combiner innovation, indépendance et compétitivité. En dotant ses chercheurs d’outils quantiques accessibles via le cloud, l’Europe se prépare à franchir une étape décisive dans la course mondiale au calcul quantique.

Si les machines actuelles ne surpassent pas encore les superordinateurs, leur potentiel est immense. Les premières applications dans la santé, l’énergie et l’industrie montrent que l’impact du QCDC ne fait que commencer. À l’horizon 2030, l’Europe espère ainsi transformer l’informatique quantique en un levier majeur de progrès scientifique et économique, consolidant sa place parmi les leaders mondiaux de cette révolution technologique.

Comment l’IA agentique s’impose comme le nouveau moteur des usines américaines

Tandis que les relations entre les grandes puissances mondiales se recomposent, les usines américaines sont confrontées à une révolution silencieuse susceptible de rebattre les cartes bien plus vite que prévu. Dans son dernier rapport publié en novembre, Deloitte s’appuie sur une enquête menée auprès de 600 dirigeants du secteur manufacturier américain. Le cabinet de conseil et d’audit met en lumière une dynamique majeure : l’essor d’une nouvelle génération d’IA capable de transformer l’organisation des sites de production, dans un contexte où les politiques commerciales de l’administration Trump continuent de faire grimper les coûts.

Près de 80 % des industriels interrogés prévoient d’allouer au moins 20 % de leurs budgets destinés à améliorer leurs processus dans des technologies telles que l’automatisation, les capteurs, l’analyse de données ou les infrastructures cloud. Ils considèrent que l’IA appliquée au « smart manufacturing » est désormais le principal moteur de la compétitivité pour les trois prochaines années. L’industrie 4.0 apparaît ainsi comme le levier le plus efficace pour augmenter la productivité dans un secteur confronté à une pression accrue sur les coûts de fabrication.

Au cœur de cette transformation : l’IA agentique, qui désigne un modèle de machine learning autonome, capable de gérer des flux de travail complexes en temps réel et d’améliorer les processus de prise de décision sans supervision constante. Dans les usines, il pourrait identifier des fournisseurs alternatifs en cas de rupture d’approvisionnement, capter et transmettre le savoir des employés expérimentés, rédiger des instructions de travail ou encore maximiser la disponibilité des machines.

Cette IA serait aussi susceptible de jouer un rôle clé dans les services après-vente. Selon le rapport, elle pourrait apporter une source de revenus importante pour les industriels, en générant des marges plus de deux fois supérieures à celles des seules ventes d’équipements. Par exemple, un système agentique pourrait détecter l’usure de composants, commander les pièces nécessaires, reconstituer les stocks, planifier les interventions ou encore analyser les données de télémétrie pour valider des demandes de garantie.

Veiller à une stratégie de transformation interne cohérente

Mais pour que cette mutation s’opère, plusieurs obstacles devront être levés, comme la maîtrise des coûts associés au déploiement de cette nouvelle génération d’IA, la résolution des questions liées à la gouvernance des données, l’organisation de formations pour faire monter les salariés en compétences ou encore la sécurisation de ce nouveau système intelligent. Deloitte appelle les industriels à une vigilance et recommande de déployer progressivement cette IA, de manière structurée, en l’accompagnant d’une véritable stratégie de transformation interne.

Le contexte économique ne facilite par ailleurs pas la tâche. En 2025, le secteur a évolué dans un climat tendu avec un indice manufacturier en contraction, une hausse des coûts, un recul de l’emploi et un ralentissement des investissements dans de nouvelles capacités de production. L’une des principales causes identifiées reste l’incertitude commerciale, alimentée par les politiques tarifaires de l’administration américaine. Résultat, trois industriels sur quatre placent cette instabilité en tête de leurs préoccupations, anticipant une hausse moyenne de plus de 5 % de leurs coûts de production en 2026.

Pour amortir le choc, les entreprises ont multiplié les réponses en constituant des stocks, en diversifiant ou en relocalisant des fournisseurs, et en restructurant leurs chaînes d’approvisionnement. L’année 2026 pourrait tout de même apporter un début d’éclaircie grâce à de nouveaux accords commerciaux avec le Royaume-Uni, certains pays d’Asie ou l’Union européenne, même si la volatilité demeure élevée. Dans cet environnement, l’IA agentique devient là encore un atout stratégique pour cartographier les risques, anticiper les perturbations, mesurer les impacts financiers et recommander en temps réel des alternatives, tout en automatisant certaines négociations sous validation humaine.

Cette convergence entre révolution numérique et recomposition géopolitique place l’industrie américaine à un véritable carrefour. Ceux qui sauront investir dans les technologies, moderniser leurs organisations et repenser leurs chaînes d’approvisionnement pourraient sortir renforcés de cette période d’instabilité. Les autres risquent au contraire de se retrouver pris dans un étau entre coûts croissants, pénurie de compétences et dépendance à des partenaires vulnérables.

La digitalisation des compteurs d’eau transforme en profondeur la gestion hydrique française

La France fait face à une pression accrue sur ses ressources en eau. Les épisodes de sécheresse se multiplient et s’intensifient, tandis que de nombreux territoires voient leur population fluctuer considérablement au fil des saisons, en particulier dans les zones touristiques. Cette tension met en lumière la nécessité de repenser les infrastructures hydrauliques et d’outiller les collectivités pour mieux suivre, anticiper et maîtriser les consommations. Dans ce contexte, la digitalisation des compteurs d’eau apparaît comme un vecteur essentiel de transformation. En permettant un suivi en temps réel des usages et une détection rapide des anomalies, ces technologies transforment un réseau historiquement opaque en un système intelligent où chaque litre compte.

La Communauté de Communes Albères – Côte Vermeille – Illibéris (CCACVI) se trouve au cœur de cette transition. Avec plus de 635 kilomètres de réseau et une population multipliée par quatre en été, elle fait face à une consommation d’eau qui atteint 4,4 millions de mètres cubes par an, dont une part importante provenant des campings. Face à cette pression, la collectivité a engagé un vaste programme de modernisation visant à rendre son réseau plus performant et moins vulnérable aux pertes, en s’appuyant sur les compteurs intelligents de son partenaire technologique Itron, fournisseur de solutions innovantes pour une gestion maîtrisée de l’énergie et de l’eau. Le déploiement progressif de ces compteurs, d’abord auprès des gros consommateurs puis auprès de l’ensemble des abonnés d’ici 2027, marque une étape décisive. Grâce à la télérelève, la consommation peut désormais être observée à distance et presque en temps réel, ouvrant la voie à une gestion bien plus réactive et précise. Pour exploiter l’important volume de données générées par les compteurs, mais aussi organiser les campagnes de détection de fuites, la CCACVI s’appuie sur Temetra®, solution de collecte et de gestion de données d’Itron.

Un réseau transformé par les données et la détection fine des fuites

Les bénéfices de ces compteurs ne se limitent pas à une simple lecture automatisée. Ils constituent la première brique d’un véritable réseau intelligent capable de générer, transmettre et exploiter une grande quantité d’informations. Ces données alimentent une plate-forme dédiée, qui permet d’identifier très tôt les variations inhabituelles de consommation. Lorsqu’un débit anormal est détecté, les opérateurs croisent les signaux avec des écoutes nocturnes ou des tests acoustiques, ce qui rend possible une intervention rapide et ciblée. La sectorisation du réseau renforce cette capacité en isolant les zones où se produisent les pertes, améliorant considérablement la rapidité de diagnostic et la maîtrise des volumes distribués.

L’origine locale du projet illustre par ailleurs la manière dont une innovation peut émerger de contextes inattendus. C’est en observant des travaux du CNRS sur le suivi de tortues marines équipées de balises LoRaWAN que la collectivité a perçu le potentiel de cette technologie pour son propre réseau hydraulique. L’infrastructure LoRaWAN, initialement déployée pour des recherches environnementales, est ainsi devenue un outil central pour connecter compteurs, capteurs de pression et déversoirs d’orage. Cet exemple montre comment la transition numérique des réseaux peut tirer parti d’un écosystème d’innovation territoriale.

Une montée en compétences et de nouveaux services pour les usagers

La modernisation du réseau ne repose pas uniquement sur les outils technologiques. Elle implique également une montée en compétences des équipes techniques, désormais formées à l’analyse hydraulique, à la maintenance des capteurs et à l’exploitation des données. Cette internalisation permet d’assurer une gestion plus réactive, plus autonome et mieux adaptée aux spécificités locales. Les premiers résultats témoignent déjà d’une réduction significative des pertes et d’une compréhension accrue des variations saisonnières, améliorant la planification et la distribution sur les zones les plus sollicitées.

La digitalisation ouvre également la voie à de nouveaux services destinés aux usagers. La mise en place d’une tarification saisonnière encourage une consommation plus raisonnée. Ainsi, des tarifs plus bas en hiver récompensent les périodes de moindre tension, tandis que des prix plus élevés en été incitent à limiter les usages non essentiels. Les abonnés peuvent désormais suivre leur propre consommation en temps réel et être alertés en cas de fuite dans leur installation privée, un dispositif particulièrement utile pour les résidences secondaires ou les longues absences. Ce suivi permet non seulement de mieux comprendre sa facture mais aussi d’éviter des dépenses inutiles et de réduire la pression sur la ressource.

Au-delà du comptage intelligent, la collectivité s’engage dans des solutions encore plus ambitieuses, notamment un projet de réutilisation des eaux usées traitées. Cette initiative, la plus vaste en France, prévoit de valoriser chaque année 1,3 million de mètres cubes d’eau issus de la station d’épuration, réinjectés dans l’irrigation agricole de 600 hectares. Cette démarche illustre la volonté de repenser globalement le cycle de l’eau en intégrant récupération, réutilisation et réduction des pertes.

La digitalisation des compteurs constitue ainsi bien plus qu’une innovation technique. Elle symbolise un changement de paradigme dans la gestion de l’eau, où la donnée devient un outil essentiel pour préserver la ressource, améliorer la performance des réseaux et offrir de nouveaux services aux habitants. Dans un contexte où le stress hydrique tend à devenir la norme, ces technologies intelligentes s’imposent comme un levier incontournable pour garantir la résilience et la durabilité des territoires.

La revue de presse quotidienne du 8 décembre 2025 : intelligence artificielle, compétitivité, environnement

Les dynamiques industrielles européennes connaissent une phase de recomposition marquée à la fois par des tensions et de nouvelles opportunités. Les secteurs manufacturiers et technologiques se redessinent ainsi rapidement entre évolution des régulations, montée en puissance de filières locales, transformation des procédés et recherche de souveraineté stratégique. Innovation, relocalisation et compétitivité confirment les enjeux indissociables qu’ils représentent.

Débat autour du marché carbone et des quotas d’émission

Le système d’échange de quotas d’émissions aurait permis de réduire les émissions de façon significative et génère des revenus importants (en milliards d’euros). Dans le même temps, des alertes ont été émises sur les risques d’une simplification excessive des normes ESRS (normes de reporting extrafinancier), ce qui pourrait fragiliser la qualité de l’information environnementale des entreprises (rsedatanews.net).

Les enjeux de sobriété énergétique des centres de données

Les centres de données en France ont consommé entre 4 et 6 TWh d’électricité en 2023. Cette consommation élevée pose des questions fortes en termes de sobriété énergétique, d’efficacité et d’impact environnemental, dans un contexte où la demande en services numériques continue de croître (notre-environnement).

Développement régional des matériaux biosourcés dans les Hauts-de-France

gfp.asso.fr relate l’accompagnement dont bénéficient les transformateurs dans le développement de matériaux à base de ressources renouvelables, dont les textiles durables, le bois, la cellulose moulée, les plastiques renouvelables. L’objectif est de structurer une filière locale capable de substituer progressivement des matériaux fossiles par des solutions plus durables, tout en conservant des performances adaptées aux usages industriels.

Menace sur la métallurgie européenne

L’un des plus importants producteurs européens de silicium-métal menace d’arrêter toute production en Europe, si des mesures de protection ne sont pas prises rapidement (industriAll Europe).

L’industrie européenne de la robotique prend un tournant décisif dans la compétitivité manufacturière

La robotisation industrielle est désormais vue non plus comme un luxe, mais comme une condition de survie industrielle. Ainsi, des usines sans automatisation ou robotisation seraient aujourd’hui en décalage face aux standards du secteur (openPR.com).

La fabrication additive et les procédés innovants gagnent en maturité

Le volet « Made-in-Europe Partnerships » révèle des projets de fabrication additive utilisant des techniques avancées de modelage de faisceaux et de contrôle de processus pour produire des composants complexes plus efficacement, et avec moins de déchets (effra.eu).

Appel à manifestation d’intérêt pour l’intelligence artificielle

Depuis fin novembre 2025, treize États membres de l’Union européenne ont lancé le « PIIEC IA », un appel à manifestation d’intérêt destiné à financer des projets de recherche, développement et déploiement industriel dans des technologies d’IA. Ce programme vise à stimuler la compétitivité et la souveraineté technologique européenne, en favorisant la collaboration entre public et privé, et en facilitant la diffusion de l’IA dans l’industrie et l’innovation (Direction générale des Entreprises).

Vers une relocalisation des chaînes de valeur industrielles

L’Union européenne travaille à une stratégie industrielle plus intégrée et plus souveraine, favorisant la production locale, le contenu européen dans les produits industriels (notamment dans l’automobile et les technologies stratégiques) et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Cette approche pourrait remodeler les stratégies des industriels européens, en encourageant l’investissement local, la manufacture et la réindustrialisation dans des secteurs clefs comme la mobilité, les batteries, les semi-conducteurs ou l’électronique (AInvest).

Contraction de l’activité manufacturière dans la zone euro fin 2025

Selon les derniers indicateurs (PMI), l’activité manufacturière dans la zone euro s’est contractée au mois de novembre 2025, sous l’effet d’une demande affaiblie et d’un recul des nouvelles commandes. Cette contraction s’accompagne d’une réduction des effectifs, ce qui pourrait peser sur la dynamique industrielle et la capacité d’investissement dans l’innovation et la robotisation des usines à court terme (Reuters).

Une tendance forte pour les financements privés et publics dans les technologies avancées

Le financement des start-ups et entreprises deep tech en Europe a connu une accélération en 2025, à la fois du côté public via des programmes européens et du côté privé via le capital-risque. Cela reflète un regain d’intérêt pour les secteurs à haute valeur ajoutée technologique, tels que l’IA, la robotique, la biotechnologie ou les matériaux avancés, perçus comme stratégiques pour l’avenir industriel de l’Europe (euronews).

L’Europe mise sur Argonaut pour accéder durablement à la surface de la Lune

À l’heure où la Lune redevient un enjeu stratégique et industriel, l’Europe joue une carte décisive. L’Agence spatiale européenne (ESA) vient de dévoiler le consortium chargé de construire Argonaut, un atterrisseur lunaire modulaire destiné à offrir au Vieux Continent son premier accès autonome et régulier à la surface lunaire. Ce programme, au-delà de son aspect technique, témoigne de la volonté de l’Europe de renforcer durablement son influence scientifique et technologique au-delà de l’orbite terrestre.

Mesurant six mètres de hauteur, 4,5 mètres de diamètre et près de dix tonnes au lancement, l’atterrisseur s’articule autour d’une architecture en trois modules complémentaires : l’élément de descente lunaire, la plateforme de chargement et la charge utile. Conçu pour déposer jusqu’à 1 500 kg de matériel à la surface sélène, il incarne une rupture majeure pour l’Europe, encore dépendante jusqu’à présent d’assistances extérieures pour réussir ce type d’opération.

Pour bâtir ce géant spatial, l’ESA a consenti un effort budgétaire conséquent. Après un premier contrat de 862 millions d’euros attribué début 2025, une rallonge de 600 millions est désormais envisagée pour assurer un premier alunissage. Cette accélération intervient dans un contexte international mouvant, où d’éventuelles inflexions de la politique spatiale américaine sous la présidence de Donald Trump poussent l’Europe à consolider son autonomie.

Le choix de Thales Alenia Space en Italie comme maître d’œuvre du projet symbolise cette ambition collective. L’entreprise a été préférée à Airbus pour concevoir le cœur du système, à savoir le module de descente, véritable camion spatial conçu pour acheminer les charges utiles sur le sol lunaire. La filiale française de Thales Alenia Space développera l’ordinateur de bord, tandis que la branche britannique sera chargée de concevoir le système de propulsion. L’entreprise allemande OHB fournira les systèmes de navigation et de télécommunications, et le moteur principal sera réalisé par Nammo Space au Royaume-Uni.

Résister à des températures pouvant chuter à –150 degrés

Ce montage européen reflète un paysage industriel en pleine transformation. Alors que le marché des grands satellites de télécommunications ralentit, l’exploration lunaire devient un nouveau terrain d’innovation. Argonaut doit démontrer la capacité du continent à maîtriser des technologies critiques telles que la navigation autonome, les communications longue distance ou la résistance aux conditions extrêmes de la nuit lunaire, qui dure 14 jours et où les températures peuvent chuter à –150 degrés. Propulsé par le lanceur Ariane 6 équipé de quatre boosters, Argonaut ambitionne de multiplier les missions, avec un atterrissage de plus en plus précis : 250 mètres lors du premier vol, puis 50 mètres à l’horizon de la troisième mission.

Sa polyvalence est l’un de ses principaux atouts. L’atterrisseur pourra livrer des systèmes de télécommunication, de production d’énergie, des instruments scientifiques, ou encore des ressources vitales pour les astronautes. L’ESA envisage un rythme d’une mission tous les deux à trois ans, faisant d’Argonaut un pilier de son engagement sur plusieurs décennies.

Le premier vol, attendu fin 2030, pourrait embarquer un module de navigation et de synchronisation lunaire ou une plateforme robotique européenne. Par ailleurs, Argonaut constitue une contribution majeure au programme américain Artemis de la NASA, ouvrant des perspectives historiques : permettre, à terme, à des astronautes européens de fouler la surface lunaire tout en renforçant l’autonomie du continent, sans dépendre de technologies américaines pour atteindre la Lune.

L’enjeu dépasse largement la performance technologique, puisque le marché des missions lunaires pourrait dépasser 150 milliards de dollars dans la prochaine décennie. Dans ce contexte, l’Europe cherche à s’affirmer face à des compétiteurs de plus en plus nombreux, avec les États-Unis, la Chine, mais aussi l’Inde qui multiplient les projets d’alunisseurs. En maîtrisant enfin l’atterrissage lunaire, une technologie rare et exigeante, l’Europe entend reprendre sa place parmi les grandes puissances de l’exploration spatiale.

Ordinateur quantique : QAP entraîne les entreprises

Il existe aujourd’hui de premiers modèles de processeurs quantiques issus de technologies très diverses comme les supraconducteurs, la photonique, les ions piégés ou encore les atomes de Rydberg. Mais pour autant, aucun ordinateur quantique n’est encore suffisamment fiable pour égaler les supercalculateurs actuels. Leur développement reste préliminaire, même si la correction des erreurs s’améliore. Avec l’ordinateur quantique, les paradigmes de calculs sont très différents puisque les algorithmes sont désormais probabilistes. Il n’y a ainsi plus de boucle, de tests conditionnels et les informations ne peuvent plus être dupliquées. Il faut donc concevoir les algorithmes de manière complètement innovante par rapport à l’informatique classique. Mais cette nouvelle technologie promet une augmentation exponentielle de la puissance de calcul et la réalisation de simulations trop complexes auparavant. Plus concrètement, cela engendre des communications plus sécurisées, des progrès en cryptographie et des économies d’énergie par rapport aux datacenters. Alors que l’ordinateur quantique annonce un bouleversement de l’informatique, comment préparer les entreprises à cette nouvelle technologie ? C’est tout le défi que se propose de relever la start-up QAP Computing.

Préparer à l’ordinateur quantique

Basée sur les travaux de Marc Baboulin, professeur à Polytech Paris-Saclay et chercheur dans le domaine du calcul haute performance et du calcul quantique au Laboratoire Méthodes formelles, et de Brice Pointal, ingénieur Inria, la start-up a pour objectif de développer des logiciels quantiques capables de s’intégrer dans la chaîne de traitement du calcul haute performance des entreprises.

Plus concrètement, QAP Computing propose à ses clients une bibliothèque logicielle avec une interface intuitive afin de permettre aux sociétés d’adapter leurs codes aux ordinateurs quantiques, qui devraient arriver sur le marché en 2030. Elle met aussi à disposition une plateforme de simulation pour tester les algorithmes quantiques et se familiariser avec ce type de calcul. Grâce à ce système, les compagnies pourront facilement vérifier que leurs programmes fonctionnent et que la qualité numérique des résultats est satisfaisante. Elles pourront ainsi tester si le passage à un ordinateur quantique est un avantage pour certaines applications. Ce genre de service est à destination des entreprises industrielles ou commerciales qui nécessitent d’importantes performances dans le calcul. Cela concerne par exemple le domaine de l’aéronautique, de la défense, de l’énergie, les banques ou les compagnies d’assurances.

Pour l’instant la start-up n’a pas encore d’existence juridique et doit donc attendre avant de pouvoir lever des fonds. Toutefois elle a déjà de premiers contacts avec de potentiels clients et des propositions de partenariat. Grâce aux preuves de concept qu’elle a développées, elle espère pouvoir se lancer sur le marché d’ici un an.

Revue du Magazine d’Actualité #57 du 1er au 5 décembre

Entre IA en pleine mutation, cybersécurité sous tension et matériaux de rupture, les enjeux industriels et environnementaux dessinent un futur à la fois prometteur et exigeant.


🌍 ÉNERGIE & ENVIRONNEMENT

La Chine, nouveau leader de l’action climatique internationale

La Chine s’affiche comme moteur de l’action climatique : championne des renouvelables et des technologies décarbonées, elle capitalise sur la COP30 pour renforcer son influence, malgré une dépendance persistante au charbon. L’angle est stratégique autant que climatique : leadership industriel, export de solutions et souveraineté technologique. Les analyses convergent vers une double approche : expansion record des ENR et maintien du charbon sous contrainte.
💨 Climat : la Chine muscle ses renouvelables

La chimie accélère sa mutation bas carbone

Sous pression des coûts énergétiques et du carbone, la filière chimique française engage une trajectoire bas carbone structurée : sobriété et efficacité d’abord, électrification et récupération de chaleur ensuite, puis intégration d’ENR et valorisation des déchets. L’étude GreenFlex (315 sites) souligne des gains rapides et réplicables, mais des freins financiers et humains persistants. Un jalon opérationnel vers l’objectif national de –81 % d’émissions industrielles à horizon 2050.
Décarbonation chimie : leviers concrets


🛰️ NUMÉRIQUE & PHOTONIQUE

La photonique française ouvre une nouvelle ère dans les communications entre la Terre et l’espace

Des liaisons laser plus sûres, stables et rapides que les radios classiques : la technologie française (notamment Cailabs) améliore le pointage et la tolérance aux turbulences atmosphériques, ouvre le débit et renforce la confidentialité des échanges sol–satellites. La miniaturisation facilite l’intégration sur nanosats, avec un enjeu de souveraineté pour l’espace européen.
📢 Laser spatial : débit et sécurité

Yann LeCun fait le pari de l’« Intelligence Avancée » face à l’illusion des LLM

Le départ de Yann LeCun de Meta s’accompagne d’un cap clair : dépasser les limites des LLM via des « modèles du monde » (JEPA) capables de perception, raisonnement et planification. Avec la création de sa start-up, il souhaite développer l’AMI (Advanced Machine Intelligence), ancrée dans la physique du monde réel, avec des cas d’usage allant de la robotique à la conduite autonome. Un débat de fond sur l’IA utile et sobre, au-delà des chatbots, est lancé.
🧠 IA avancée : modèles du monde


🧪 MATÉRIAUX & SANTÉ

Un polymère 3D imprimable et extensible : vers la médecine régénérative… et de meilleures batteries

Un PEG « bottlebrush pliable » imprimable en 3D, biocompatible et extensible jusqu’à 1500 % permet de fabriquer des hydrogels/élastomères sans solvant pour implants ou organes artificiels, et des électrolytes polymères solides pour batteries flexibles (conductivité ~1,2 mS·cm⁻¹). Ce procédé rapide par exposition aux UV, avec des matériaux accessibles annonce une percée transversale médecine–stockage d’énergie.
🔋 Biomatériaux & batteries : le PEG boosté

Comment la France peut réduire sa dépendance aux terres rares

Les terres rares, essentielles à de nombreuses technologies modernes, sont devenues des ressources stratégiques cruciales. Face à une demande croissante et à une dépendance quasi-totale à l’importation, notamment depuis la Chine, la France se trouve dans une situation délicate. Le CNRS propose trois approches complémentaires pour réduire cette dépendance et répondre aux enjeux environnementaux : substitution, recyclage et exploitation responsable.
🧲 Terres rares : sobriété, recyclage, extraction


🛡️ CYBERSÉCURITÉ & SYSTÈMES DE SANTÉ

Vol de données de santé : le jackpot pour les cybercriminels !

Les récentes cyberattaques ciblant les services numériques de santé en France révèlent une vulnérabilité inquiétante. En usurpant l’identité de professionnels de santé, des pirates ont accédé à des données personnelles de patients, soulignant la nécessité de renforcer les mesures de sécurité pour protéger ces informations sensibles.
🩺 Santé : données sensibles, risques élevés


📰 Bon weekend et à la semaine prochaine !

Pour une transition fondée sur les lois de l’énergie, pas sur les compromis

À l’issue d’une COP30 marquée par l’absence de décisions structurantes, une initiative internationale voit le jour pour replacer la physique et l’ingénierie au cœur de l’action climatique. Le TerraWater Institute et l’association Les Voix du Nucléaire lancent un appel mondial qui ambitionne de réorienter la lutte contre le réchauffement vers des fondements techniques plutôt que politiques. Après trente années de conférences, les constats sont sans appel. Les émissions globales n’ont toujours pas atteint leur pic et l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré est désormais hors de portée. À peine plus de 2 % de l’énergie mondiale ont réellement basculé vers des sources bas carbone. La situation n’est plus liée à un manque d’intention mais à un mauvais choix de solutions, comme le soulignent les deux organisations dans leur appel inaugural.

Cette nouvelle mobilisation se présente comme une réponse directe à une impasse qui ne cesse de se prolonger. Selon les signataires, le diagnostic climatique s’est appuyé sur la science, mais les décisions sont restées enfermées dans des arbitrages politiques. Cette dissociation explique en partie les retards accumulés, l’incohérence des stratégies nationales et une focalisation sur des approches partielles qui ne permettent ni de réduire suffisamment l’usage des combustibles fossiles ni d’assurer une transition équitable pour l’ensemble des pays. Les impacts climatiques s’intensifient tandis que la préoccupation climatique décline dans plusieurs régions du monde, un paradoxe qui renforce l’urgence d’une réorientation profonde des priorités.

L’initiative présentée à l’issue de la COP30 s’articule autour d’une série d’appels internationaux qui seront publiés d’ici la COP31. Le premier, intitulé Let’s Be Technical – For Climate Justice, pose les fondations d’une démarche centrée sur les réalités physiques des systèmes énergétiques. Il rappelle que seules quatre sources d’énergie peuvent remplacer les combustibles fossiles, qu’il s’agisse du charbon, du pétrole ou du gaz. Le nucléaire, l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire constituent les seules alternatives capables de produire de l’électricité sans émissions massives de dioxyde de carbone. Chacune présente toutefois des limites structurelles que les politiques doivent intégrer pour élaborer des stratégies réalistes.

Le nucléaire offre un taux de décarbonation élevé mais nécessite des investissements financiers, humains et industriels importants, ainsi qu’un temps long de déploiement. L’hydroélectricité dépend des configurations géographiques et ne peut être déployée partout ni à grande échelle. L’éolien et le solaire se distinguent par leur flexibilité et leur capacité d’installation rapide dans de nombreuses régions du monde. Leur production dépend toutefois de ressources naturelles limitées, de capacités industrielles insuffisantes et de matières premières qui entrent en concurrence avec d’autres usages essentiels. Leur contribution demeure indispensable, puisque chaque heure produite se substitue directement à une heure issue de combustibles fossiles dans les pays qui en dépendent.

L’appel met en avant un principe de justice climatique. Les pays qui disposent des moyens techniques et financiers pour développer le nucléaire ou l’hydroélectricité ont la responsabilité de le faire. En mobilisant pleinement leurs propres solutions bas carbone, ils libèrent les ressources nécessaires à l’éolien et au solaire pour les États qui n’ont pas d’autres options. Dans de nombreuses régions du monde, ces deux technologies constituent en effet les seules alternatives pour réduire l’usage du charbon ou du pétrole. Le document souligne que certains pays riches monopolisent aujourd’hui une part disproportionnée des équipements solaires et éoliens, privant d’autres nations de la possibilité de réduire leurs émissions dans des conditions équitables.

Pour TerraWater et Les Voix du Nucléaire, la transformation du cadre des COP constitue un enjeu essentiel. Le mécanisme actuel résulte d’une articulation entre expertise scientifique et prise de décision politique, mais l’équilibre entre les deux sphères s’est progressivement distordu. Les organisations estiment que la lutte climatique s’est excessivement politisée, au point de produire des stratégies incomplètes ou contradictoires, alors même que des solutions techniques étaient disponibles depuis longtemps. Elles appellent à une refondation ambitieuse, basée sur la physique, la chimie et l’ingénierie des systèmes énergétiques, disciplines qui décrivent précisément la nature du problème et les leviers permettant de le résoudre.

Cette démarche affiche une double exigence de justice climatique géographique et générationnelle. L’accès aux ressources énergétiques bas carbone, la capacité à financer des infrastructures lourdes et la possibilité de réduire rapidement les émissions varient fortement selon les pays. Les générations futures subiront quant à elles les conséquences des décisions actuelles. Selon les deux organisations, seule une approche rationnelle, collective et fondée sur la vérification scientifique permettra de respecter les contraintes physiques de la transition tout en assurant une répartition équitable des efforts et des bénéfices.

En lançant cet appel, le TerraWater Institute et Les Voix du Nucléaire invitent citoyens, ONG, scientifiques et gouvernements à se rallier à cette dynamique. L’objectif est de préparer une COP31 qui inaugure une nouvelle décennie d’action, structurée par l’expérience technique accumulée et par une compréhension renouvelée des priorités. Il s’agit de sortir enfin des combustibles fossiles à un rythme compatible avec la réalité physique du système énergétique mondial, tout en assurant que cette transition serve un idéal de justice et de solidarité internationale.

La revue de presse quotidienne du 5 décembre 2025 : énergie, mobilité, déchets

L’actualité récente montre une transition qui s’intensifie entre montée en puissance de l’électrification, modernisation des transports et nouvelles attentes en matière de souveraineté énergétique. Les efforts de réduction des déchets et les stratégies face aux matières premières critiques illustrent une volonté de mieux encadrer cette transformation. Dans un contexte de pressions environnementales et industrielles, les initiatives se multiplient pour renforcer la résilience des infrastructures et adapter les territoires aux mutations en cours.

Réseaux électriques et souveraineté énergétique

Futura souligne le rôle central de Nexans dans la transformation nécessaire des réseaux électriques. L’entreprise française ne se contente plus de fabriquer des câbles, mais se positionne comme un acteur technologique en concevant des « systèmes nerveux intelligents » pour gérer la montée en puissance de l’électrification. Parmi les enjeux mis en avant figurent l’équilibrage production/consommation, l’amélioration de la fiabilité des réseaux pour prévenir pannes ou incendies, et la préparation de l’infrastructure au doublement attendu de la part de l’électricité dans la consommation mondiale d’énergie d’ici 2050.

500 millions d’euros pour accélérer la modernisation du transport routier de marchandises

À l’échelle européenne, le financement signé entre la Banque Européenne d’Investissement et Traton SE (groupe propriétaire de marques comme Scania et MAN) vise à accélérer le déploiement de camions de nouvelle génération, plus efficients en carburant. Ce soutien vise à développer une plateforme modulaire qui permettra d’adapter le transport routier aux exigences environnementales et économiques actuelles, et ainsi réduire les émissions du secteur.

Débat public sur les déchets radioactifs

Le site officiel de l’environnement en France a annoncé le 4 décembre 2025 l’ouverture d’un débat public sur la gestion des matières et déchets radioactifs. Cette consultation vise à informer les citoyens et à recueillir les avis sur les scénarios de gestion, la sécurité, la durée de stockage, et les choix à venir.

Indépendance énergétique de la France

Selon CareNews, la France produit aujourd’hui moins de 20 % de l’énergie nécessaire à ses usages réels. Le reste est importé, majoritairement sous forme d’énergies fossiles, ce qui compromet à la fois la souveraineté énergétique et les objectifs de transition bas-carbone. Le rapport exhorte à combiner renouvelables et nucléaire, tout en relocalisant davantage d’activités industrielles en France.

Nouveaux développements dans la mobilité électrique et l’ingénierie énergétique

Capenergies a annoncé récemment l’arrivée de trois nouvelles entités spécialisées dans la mobilité électrique et l’ingénierie pluridisciplinaire. Ce renforcement montre un intérêt accru pour les solutions énergétiques propres et l’ingénierie de transition, possiblement pour soutenir les infrastructures et les usages liés à l’électrification.

Défi anti-gaspi et adaptation au changement climatique

Dans sa communication d’infos presse de début décembre 2025, l’ADEME Auvergne-Rhône-Alpes relaie le lancement d’un « Défi Anti-gaspi » porté par les chambres de commerces et d’industrie (CCI) de la région. L’objectif est d’encourager les entreprises à réduire leurs déchets et à améliorer leur efficacité dans le contexte d’une transition écologique, ce qui peut avoir des retombées concrètes pour l’industrie locale et les PME.

Dépendance aux métaux stratégiques et enjeux de souveraineté

Dans sa veille environnementale du 4 décembre, rsedatanews.net met en lumière les enjeux posés par la dépendance aux métaux critiques (cuivre, lithium, etc.) pour la transition énergétique et la mobilité. Face à la domination extra-européenne de l’approvisionnement, l’Union européenne prépare des stratégies d’approvisionnement et de stockage pour préserver sa souveraineté.

La filière sucre commencera-t-elle sa décarbonation par une cure de minceur ?

Courant dans notre consommation – y compris caché dans les aliments transformés et dans l’alcool –, le sucre est un ingrédient dont la France est le premier producteur européen. Avec 20 sites de production, l’industrie sucrière nationale est très concentrée dans le Nord de la France métropolitaine, en plus des sucreries en Guadeloupe, Martinique et sur l’île de la Réunion. La spécificité de cette filière industrielle est de fonctionner de manière saisonnière, sur la base d’une forte interdépendance avec les matières premières agricoles locales : canne à sucre dans les départements et régions d’Outre-mer (Drom) et betterave dans l’Hexagone.

La production du pays s’élève à 4,5 millions de tonnes, dont 95 % de sucre de betterave. Les principaux débouchés sont l’industrie agroalimentaire (60 %), la production d’alcool et d’éthanol carburant (20 %), l’industrie chimique et pharmaceutique (10 %) et le sucre de bouche (10 %). Environ 35 à 40 % du sucre français est exporté, majoritairement en Europe.

Les sucreries des Drom sont largement décarbonées car elles brûlent la bagasse – résidu de la fibre de canne à sucre – en cogénération pour leurs besoins énergétiques. En métropole, l’affaire est tout autre car l’usage d’énergies fossiles est majoritaire, générant des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 2 MtCO2eq en 2020, soit 3 % des émissions industrielles.

Trois principaux postes à décarboner

Pour identifier des pistes de décarbonation des 20 sucreries de la métropole, le plan de transition sectoriel (PTS) de l’Ademe s’est concentré sur les trois postes responsables des émissions de GES dans les procédés de fabrication. Il s’agit des chaufferies en cogénération pour la fourniture d’eau chaude et de vapeur, fonctionnant principalement au gaz méthane fossile, responsables de 77 % des émissions ; de la déshydratation des pulpes de betterave pour l’alimentation animale, effectuée surtout dans des fours à charbon, pour 16 % ; et des fours à chaux, alimentés en coke ou anthracite, responsables du reste (7 %).

L’Ademe, comme le prévoient les principes méthodologiques des PTS, a élaboré plusieurs scénarios. Tous envisagent une amélioration plus ou moins forte de l’efficacité énergétique (optimisation thermique, recompression mécanique de vapeur, pompe à chaleur haute température) et une substitution plus ou moins grande des solutions décarbonées aux énergies fossiles (voir tableau en bas de l’article).

Le scénario « Autonomie énergétique par la pulpe » améliore l’efficacité énergétique de 25 % et consomme deux fois plus d’électricité qu’actuellement. Surtout, il recourt majoritairement à la pulpe de betterave pour alimenter les cogénérations, à des sécheurs-vapeur pour la déshydratation et au gaz réseau pour les fours à chaux.

Comme son nom l’indique, le scénario « Efficacité énergétique intégrale » est celui qui pousse le plus fortement l’efficacité, ainsi que l’électrification (consommation multipliée par quatre). La cogénération repose principalement sur du gaz réseau, ainsi que sur du biogaz produit par méthanisation directe des eaux de lavage, des herbes et des radicelles des betteraves. La déshydratation, fortement réduite par rapport au premier scénario, se fait moitié-moitié avec de la biomasse et des sécheurs-vapeur.

Le scénario « Méthanisation externalisée » ne permet qu’une amélioration de 15 % de l’efficacité énergétique, et il électrifie beaucoup moins que le scénario « Autonomie ». Il privilégie le gaz réseau et le biogaz produit par d’autres acteurs utilisant la pulpe (via des contrats de gré à gré de type Biogaz Purchase Agreement) pour la cogénération, et la biomasse pour la déshydratation.

Dans les deux derniers scénarios, les fours à chaux continuent de fonctionner avec du coke et de l’anthracite, ce qui engendre l’essentiel des émissions restantes de GES, en plus de celles issues de la combustion du gaz réseau.

Prendre en compte les usages du sucre et de la pulpe

Malgré ses émissions résiduelles de CO2, le secteur sucrier se décarbone à plus de 90 % dans tous les cas en 2050 dans ce PTS. Certes grâce aux solutions technologiques évoquées, mais aussi parce que le niveau de consommation et les usages du sucre et de ses coproduits évoluent. Dans « Autonomie » et « Efficacité », la consommation intérieure de sucre baisse de 20 % grâce à des politiques publiques de santé, mais la production des sucriers reste identique, protégée par une politique de souveraineté européenne. Il en résulte une capacité accrue d’exportation de sucre, qui permet notamment de compenser l’arrêt de la production de betterave dans le sud de l’Europe à cause du réchauffement climatique.

À l’inverse, le scénario « Méthanisation externalisée » se fait dans le cadre d’un commerce international amplifié, permettant l’importation de sucre de canne étrangère à bas coût sur le continent européen qui remplace les exports de sucre français dans les pays européens déficitaires. Malgré un faible changement des modes alimentaires, ce scénario conduit donc à une baisse de production de sucre en France.

Dans un scénario global où le véhicule électrique se développerait, les usages du sucre sous forme d’alcool pourraient se réorienter vers la chimie pour produire des oléfines biosourcées ou de l’isobutène à partir de sucres cristallisés.

La pulpe, selon ses usages énergétiques, sera plus ou moins disponible comme ressource alimentaire pour l’élevage. Les contraintes territoriales agricoles, très variables selon les régions, ainsi que l’évolution nationale du cheptel qui serait à la baisse dans le cas d’une moindre consommation de viande, imposeraient dans certains cas aux éleveurs de trouver d’autres ressources alimentaires pour leurs bêtes.

Enfin, l’électrification imaginée par l’Ademe suppose dans certains cas que les sucreries puissent être raccordées au réseau de RTE alors qu’elles sont dans des zones très rurales. Cette « dépendance » accrue au réseau fait que le traitement des betteraves pendant l’hiver, quand l’électricité est généralement la plus chère, sera plus sensible à des risques de délestage.

Avec ce PTS sur l’industrie sucrière, on voit que penser la décarbonation nécessite de prendre en compte plusieurs paramètres, et pas seulement technologiques.

Scénarios PTS sucre
Source : ADEME