En agriculture, la dispersion des graines à l’aide de l’équipement moderne passe par l’utilisation de lubrifiants solides. Ceux-ci évitent la formation d’amas de graines, pouvant mener au blocage complet de la machine. Seulement voilà, nombre de ces lubrifiants reposent sur du talc ou des microplastiques qui contaminent les écosystèmes, les pollinisateurs et les agriculteurs eux-mêmes. Serait-il donc possible de les remplacer par des équivalents durables et biodégradables ? C’est la question que se sont posée des chercheurs issus de plusieurs universités des États-Unis, dirigés dans leur recherche par leurs collègues de l’université d’État de Caroline du Nord, à Raleigh. Pour mettre au point leur nouveau concept, ils se sont appuyés sur la théorie des graphes (des modèles de dessins de réseaux reliant des objets), la rhéologie granulaire (l’étude de l’écoulement des granules) et la tomographie (une technique d’imagerie permettant de reconstruire les objets et leur volume). Le résultat de leur travail a été publié le 7 octobre 2025 dans le journal Matter.
Un lubrifiant en poudre à base de cellulose
Le nouveau lubrifiant solide se compose de millions de fibres de cellulose – le constituant principal de la paroi cellulaire de nombreux végétaux. Minuscules, ces fibres mesurent entre 0,2 et 2 millimètres de longueur pour 10 à 40 microns de diamètre. À leur surface sont greffées des particules hydrophobes – qui repoussent l’eau. À l’œil nu, l’ensemble prend l’apparence d’une simple poudre. Mais une fois mélangée aux graines, cette poudre a l’avantage de réduire les frictions de deux manières. D’abord, la surface de ses fibres est plus lisse que celle des graines. Résultat : les fibres se faufilent entre ces dernières. Ensuite, les particules hydrophobes écartent l’eau présente en surface des graines. Cela rend alors les fibres plus glissantes encore ! Cette importante limitation de la friction permet d’éviter l’agglomération de graines et rend leur flux constant en sortie de la machine.
Lors d’un test effectué en plein champ avec des graines de maïs et de soja, les scientifiques ont montré une réduction de la friction par leur lubrifiant au moins cinq fois meilleure que celle des lubrifiants au talc du commerce. Et ce n’est pas tout, puisque cette réduction était même jusqu’à 25 fois supérieure à celle des lubrifiants pourvus de microplastiques. Maintenant que le modèle analytique a été mis en place par les chercheurs, il peut être employé afin d’évaluer d’autres matériaux candidats pour de prochaines technologies de lubrifiant. De futures trouvailles qui pourraient servir dans le domaine de l’agriculture, mais aussi en construction, en pharmaceutique et en fabrication additive.
Entre transition énergétique, réindustrialisation et innovation technologique, l’Europe et la France accélèrent la redéfinition de leur modèle productif. Marché carbone étendu, électrification des usines, relance de la chimie, montée en puissance des matériaux avancés et défis logistiques, les politiques industrielles se structurent autour de l’impératif de conjuguer compétitivité, souveraineté et durabilité.
Extension du marché carbone européen aux transports et bâtiments
La Commission européenne lance l’ETS 2, nouveau marché carbone qui inclura dès 2027 les transports routiers et les bâtiments. En rendant le carbone plus coûteux, cette réforme pousse les entreprises à investir dans des flottes et infrastructures bas-carbone. Bruxelles promet une mise en œuvre progressive pour limiter les chocs économiques, mais les PME françaises devront s’adapter rapidement.
Transport de marchandises et décarbonation : le défi français
L’activité du transport de marchandises recule en 2025 (- 4 %), mais les émissions baissent légèrement (- 3,4 %). Cette tendance souligne la difficulté à concilier performance économique et objectifs climatiques. Le secteur devra miser sur la logistique optimisée, le rail et les carburants alternatifs pour atteindre les cibles de neutralité fixées par la France.
Vers la fin des importations de gaz russe et une électrification accélérée de l’industrie
Les ministres européens de l’Énergie se sont accordés pour cesser les importations de gaz russe d’ici 2028 dans le cadre du plan REPowerEU. L’Europe veut électrifier massivement les procédés industriels, particulièrement dans la métallurgie et la chimie. Cette mutation exige d’importants investissements, mais ouvre de fortes perspectives d’innovation, notamment autour de l’hydrogène et du stockage.
Cadre pour les matériaux « avancés » et la montée en compétences européennes
La future loi européenne sur les matériaux avancés vise à accélérer l’innovation dans les secteurs stratégiques que sont le transport, l’énergie et l’aérospatial. En parallèle, un programme de formation prévoit de former 200 000 professionnels aux technologies de pointe d’ici 2026. Ces initiatives soutiennent la compétitivité française dans les composites, les matériaux durables et les procédés numériques.
L’industrie manufacturière entre résilience et fragilités
Selon le Trésor, l’industrie manufacturière française reste stable au premier semestre 2025 (+ 0,5 %), portée par le transport, mais freinée par l’énergie. Derrière cette apparente solidité se cachent des fragilités, telles que des coûts élevés, des marges en baisse et un investissement limité. Le défi reste celui d’une transformation structurelle capable de renforcer la productivité.
L’industrie chimique face à ses défis structurels
Bruxelles a présenté un plan d’action pour relancer la compétitivité de la chimie européenne, confrontée à la hausse des coûts et à la concurrence mondiale. Simplification réglementaire, soutien énergétique et attractivité industrielle figurent au programme. Pour la France, la réussite de ce plan conditionnera une grande partie de sa réindustrialisation verte.
À l’agenda
Solutrans 2025 (18 au 22 novembre 2025, Lyon). Un rendez-vous majeur pour les professionnels du transport routier et urbain : innovations véhicules, solutions logistiques et transition énergétique seront à l’honneur à Eurexpo Lyon.
ROSCon Fr & De 2025 (17 au 20 novembre 2025, Strasbourg). Cette conférence scientifique de référence dédiée à l’ingénierie robotique et à l’IA, est centrée sur la communauté ROS et l’interaction franco-allemande en robotique.
Selon les dernières données du SDES, l’activité du transport terrestre de marchandises (hors oléoducs, y compris véhicules utilitaires légers et transit) s’est établie à 330,9 milliards de tonnes-kilomètres en 2023, enregistrant une baisse de 4 %, en particulier dans les transports ferroviaires et fluviaux, après un recul de 0,9 % en 2022. Le transport routier de marchandises, poste prédominant, est quant à lui à 295,5 milliards de tonnes-kilomètres en 2023, marquant un recul de 2,3 % par rapport à l’année précédente. De plus, l’ensemble du secteur transport a vu sa production baisser en 2023. En valeur, elle recule de 5,2 % tandis que le volume croît seulement de 0,4 %, contribuant pour environ 9,6 % au PIB français. Ce ralentissement traduit à la fois un contexte économique moins favorable et des fragilités structurelles au sein des chaînes logistiques.
Du côté des voyageurs, le transport intérieur se situe à 1 032,9 milliards de voyageurs-kilomètres en 2023, soit un léger recul de 0,3 % par rapport à 2022, et toujours en dessous de son niveau d’avant-crise (- 4,3 % par rapport à 2019). Le mode dominant reste le véhicule particulier, représentant 82,2 % (849,5 milliards de voyageurs-kilomètres) du transport intérieur en 2023. Cette donnée met en évidence la difficulté récurrente à impulser un virage majeur vers des modes alternatifs plus durables.
Sur le plan environnemental, le secteur des transports reste un acteur clé des émissions de gaz à effet de serre en France. Selon l’édition 2025 des « Chiffres clés des transports », le rapport rappelle que les transports représentent toujours une part significative du bilan carbone national. Même si des progrès sont observés, notamment dans l’efficacité des véhicules ou le report modal dans certains segments, la domination du transport routier individuel et des poids lourds restreint la marge de manœuvre.
Quant à l’emploi et à l’économie du secteur, les données montrent que l’activité du transport de marchandises représente près de 4 % du PIB français et environ 2 % de l’emploi du secteur privé en 2023. Le transport routier de marchandises emploie, seul, 429 000 salariés fin 2023, dont 75 % sont conducteurs de camions. Ces chiffres montrent que malgré la contraction d’activité, le secteur garde une ampleur industrielle non négligeable et reste stratégique pour la logistique, l’industrie et l’innovation technologique (véhicules lourds, automatisation…).
Enfin, sur la structure internationale du fret routier français, le pavillon français* prend en charge 93 % du transport national, avec 157,3 milliards de tonnes-kilomètres en 2023, tandis que les pavillons étrangers représentent 11,3 milliards de tonnes-kilomètres (cabotage*) dans le même cadre. Ce poids du pavillon national souligne la forte dépendance du transport intérieur à l’appareil industriel français, tout en plaçant la question de la compétitivité et de l’adaptation au contexte européen au cœur des enjeux.
Le panorama transport en France pour 2023-2024 met ainsi en lumière une activité en légère contraction, associée aux défis majeurs que sont la transition écologique, l’adaptation technologique, la compétitivité industrielle et la maîtrise des infrastructures. Le transport de marchandises comme des voyageurs montre des signes de ralentissement tandis que les attentes en matière de durabilité, efficacité et innovation s’imposent de plus en plus. Pour les acteurs industriels – équipementiers, logisticiens, constructeurs de véhicules lourds ou prestataires de la mobilité –, ce contexte appelle à repenser les procédés, les modèles économiques et les technologies. À l’heure où le levier du transport pèse autant sur l’environnement que sur l’économie, l’impératif est clair et nécessite de réussir la transformation sans fragiliser la capacité industrielle nationale.
* Même s’ils sont d’origine maritime, les termes « pavillon » (qui désigne le pays d’immatriculation du transporteur routier) et « cabotage routier » (qui correspond au transport intérieur effectué dans un autre État membre par un transporteur établi à l’étranger) sont également employés officiellement dans les statistiques du transport routier européen.
Ce nouvel alliage trouve son origine en 2020, dans un cours donné au MIT (Massachusetts Institute of Technology, États-Unis) par le professeur Greg Olson. Mohadeseh Taheri-Mousavi fait alors partie de ses élèves et est chargée de relever le défi d’Olson : concevoir un alliage d’aluminium plus solide que le plus solide connu jusqu’alors !
Comme pour la plupart des matériaux, la solidité de l’aluminium réside majoritairement dans sa microstructure. Autrement dit, plus ses constituants microscopiques seront petits et denses, plus l’alliage sera résistant. La classe du MIT use alors de simulations informatiques afin de combiner l’aluminium avec différents éléments selon diverses concentrations. Mais malgré les efforts fournis par tous les élèves, c’est un échec. Un échec qui fait se questionner Mohadesed Taheri-Mousavi : le résultat aurait-il été différent avec l’aide du machine learning (apprentissage automatique) ? Depuis, elle a cherché à répondre à cette question et la résolution de toute cette affaire peut se lire dans le journal Advanced Materials du 2 octobre 2025.
L’association gagnante de l’aluminium et du machine learning
À l’aide du machine learning, l’équipe de Mohadeseh Taheri-Mousavi a pu limiter le nombre de combinaisons à tester à 40… contre plus de 1 million à simuler par la méthode traditionnelle ! Les scientifiques ont alors extrait la meilleure recette d’alliage possible, associant l’aluminium à cinq autres éléments. Pour produire ce nouvel alliage, ils ont préféré la fabrication additive au moulage traditionnel, où l’aluminium fondu est versé dans un moule puis laissé à refroidir pour se solidifier. Or, plus le temps de refroidissement est long et plus il y a de chances que les constituants microscopiques grossissent. Heureusement, la fabrication additive promet une solidification bien plus rapide ! La technique employée dans cette recherche est la fusion sur lit de poudre. Celle-ci, composée de l’aluminium et des cinq autres éléments sélectionnés, a été envoyée à des collaborateurs en Allemagne. Ces derniers l’ont alors déposée couche par couche sur une surface suivant le motif désiré, puis l’ont fondu à l’aide d’un laser. Le motif étant assez fin pour solidifier avant qu’une nouvelle couche soit déposée et « imprimée » à son tour.
L’aluminium (marron) avec ses constituants microscopiques (bleu clair). Ces derniers sont arrangés en motifs réguliers à l’échelle nanométrique (bleu et vert dans la zone zoomée). Crédits : Felice Frankel/MIT.
Les chercheurs allemands ont ensuite renvoyé les échantillons obtenus au MIT pour mesurer la résistance de l’alliage et imager ses microstructures. Résultats : une stabilité jusqu’à des températures avoisinant les 400°C, et une résistance cinq fois plus élevée que l’aluminium fabriqué traditionnellement ! À l’avenir, il pourrait servir dans la confection des pales de ventilateur de moteur à réaction, qui doivent être légères tout en soutenant des températures élevées. Pourtant, elles sont à ce jour moulées à partir de composites avancés ou de titane – un matériau plus de 50 % plus lourd et jusqu’à dix fois plus cher que l’aluminium. En attendant l’arrivée du nouvel alliage sur le marché, Mohadeseh Taheri-Mousavi et ses collègues continuent d’employer le machine learning pour optimiser toujours davantage les propriétés de leur alliage.
L’approche du traitement de l’eau par les acteurs industriels, au-delà du respect des normes réglementaires, revêt aujourd’hui un enjeu d’importance, lié à la raréfaction de la ressource eau. Et donc à sa valeur économique croissante.
Techniquement parlant, les industriels, selon leurs secteurs d’activité, mettent en place un panel de solutions pour traiter leurs eaux usées, et les réutiliser quand cela est possible, pour mettre en place une boucle fermée. En tout cas en théorie.
Ces derniers adoptent aujourd’hui des solutions hybrides et modulaires, adaptées à la nature de leurs effluents et à la qualité d’eau recherchée. Au cœur de cette évolution, la combinaison de technologies en fonction de la composition des effluents : matières organiques, sels, métaux lourds, solvants, micropolluants… Dans la plupart des cas, les traitements s’articulent en trois étapes successives : prétraitement, traitement principal et affinage. Chacune de ces étapes mobilise des procédés spécifiques.
Dans l’agroalimentaire par exemple, les effluents sont principalement chargés en matière organique et en nutriments. Les solutions biologiques y conservent donc une place dominante pour le traitement des eaux usées. Les réacteurs à boues activées, à biofilm ou à granules aérobies permettent une dégradation efficace de la demande chimique en oxygène (DCO) et de la demande biologique en oxygène (DBO), avec une empreinte au sol réduite. L’introduction de capteurs en ligne et d’algorithmes de pilotage prédictif permet d’optimiser l’aération et de réduire les consommations énergétiques. Un point crucial pour des sites souvent contraints par leurs coûts d’exploitation.
Dans les industries chimiques et pharmaceutiques, les composés sont souvent récalcitrants, parfois toxiques pour les micro-organismes. Les industriels sont dès lors contraints de se tourner vers des procédés physico-chimiques plus poussés : coagulation-floculation, adsorption sur charbon actif, oxydation avancée par ozone, mais aussi peroxyde d’hydrogène ou rayonnement UV. Ces procédés détruisent les molécules complexes et les micropolluants persistants que les traitements biologiques ne peuvent éliminer. Leur efficacité repose sur un dosage précis des réactifs et sur la maîtrise des temps de contact, d’où l’intérêt croissant pour les systèmes de contrôle automatisés intégrant des boucles de rétroaction et des capteurs de concentration en continu. Il est possible de coupler ces traitements chimiques à des membranes, afin d’obtenir une séparation sélective et un recyclage de l’eau en boucle fermée.
Autre exemple, les secteurs de la métallurgie et des industries de surface. Ces dernières posent un défi particulier lié à la présence d’ions métalliques, de bains acides ou alcalins, et de fortes charges salines. Ici, les technologies membranaires et électrochimiques jouent un rôle central. L’électrodialyse, la déionisation capacitive ou l’osmose inverse sont employées pour séparer les sels et concentrer les métaux, souvent en amont de leur valorisation. Les bains de traitement peuvent être régénérés, limitant ainsi la production de boues. Les effluents restants subissent une neutralisation et une précipitation sélective des métaux avant déshydratation des boues. Certaines entreprises combinent désormais ces procédés à des systèmes d’évaporation sous vide ou de distillation, intégrés dans des boucles dites ZLD (Zero Liquid Discharge), où l’eau récupérée atteint un niveau de pureté suffisant pour être réutilisée dans le procédé industriel.
La tendance transversale, quel que soit le secteur concerné, est à la modularité. Les industriels veulent aujourd’hui disposer d’unités compactes et évolutives, capables de s’adapter à la variabilité de leurs effluents. Les solutions de prêt à l’emploi, associant prétraitement mécanique, réacteur biologique et unité membranaire, se multiplient.
Certaines entreprises intègrent des capteurs pour surveiller en temps réel les paramètres critiques – pH, conductivité, turbidité, teneur en COD – et ajuster automatiquement les conditions d’exploitation. Les données collectées servent aussi à anticiper les dérives de qualité et à planifier la maintenance prédictive, ce qui permettra plus de continuité et d’économies sur le long terme.
L’innovation se joue également sur le plan énergétique. Les traitements bioélectrochimiques, où des micro-organismes électrogènes dégradent la matière organique tout en produisant de l’électricité, ouvrent la voie à des stations partiellement autonomes. D’autres expérimentent la capture du CO₂ dissous sous forme de carbonates dans des systèmes de micro-électrolyse, combinant traitement et valorisation du carbone. Ces solutions encore émergentes sont une illustration de la dynamique de recherche autour de la circularité de l’eau et des ressources associées, qui bat aujourd’hui son plein.
Au final, il n’existe pas de technologie universelle. Les industriels composent leur chaîne de traitement comme un assemblage sur mesure, en fonction de la nature des polluants, des contraintes d’espace, du coût de l’énergie et des objectifs de réutilisation. L’enjeu n’est plus seulement de dépolluer, mais d’optimiser la gestion intégrée de l’eau dans le cycle de production, en la considérant comme une ressource stratégique et non comme un déchet à éliminer.
Entre décisions européennes, innovations technologiques et nouveaux défis réglementaires, l’actualité industrielle du jour illustre la complexité d’une transition à la fois énergétique, numérique et environnementale. Du maintien des ambitions climatiques à l’essor de l’IA dans l’industrie, cette sélection offre un aperçu éclairé des dynamiques qui façonnent les usines et laboratoires de demain.
L’énergie, toujours au cœur de la stratégie européenne 2026
La Commission européenne maintient l’énergie parmi ses priorités pour 2026, entre sécurité d’approvisionnement, compétitivité et neutralité carbone. L’Union veut renforcer la cohérence des politiques industrielles et climatiques autour des réseaux et technologies propres.
La France et l’Espagne réaffirment la fin du thermique en 2035
L’Europe pousse une IA 100 % « made in Europe » dans l’industrie
Bruxelles veut accélérer l’intégration d’intelligences artificielles européennes dans les secteurs critiques de l’énergie, la défense, les transports et la santé. L’enjeu est de renforcer la souveraineté numérique et la compétitivité industrielle du continent, de réduire la dépendance technologique à l’Asie et aux États-Unis et de sécuriser les données industrielles sensibles (France 24).
Les PME européennes se jettent dans l’IA sans base numérique solide
Une étude souligne que près de la moitié des petites entreprises européennes adoptent l’IA sans infrastructure numérique fiable. Cette précipitation fragilise la cybersécurité et limite les gains de productivité espérés, notamment en France (Reuters).
Les règles européennes sur les plastiques redessinent l’industrie mondiale
Les normes européennes sur la circularité des plastiques ont désormais une portée mondiale. Elles stimulent la demande de matériaux recyclés et forcent les industriels à repenser leurs procédés. Traçabilité, recyclage chimique et écoconception deviennent ainsi des passages obligés pour l’industrie (PR Newswire).
GNL : les fournisseurs défient l’Europe sur ses critères de durabilité
Les États-Unis et le Qatar pressent l’Union européenne d’assouplir ses exigences environnementales sur le commerce du gaz liquéfié. Bruxelles cherche l’équilibre entre transition énergétique, indépendance stratégique et relations commerciales (Reuters).
Robotique agricole : les robots de récolte séduisent les investisseurs
Les robots agricoles spécialisés dans la récolte connaissent une forte croissance du marché mondial. Automatisation, réduction de la pénibilité et efficacité énergétique attirent capitaux et partenariats, notamment en Europe (OpenPR).
Directive européenne sur l’eau : vers plus de contrôle environnemental
Les ministres européens de l’Environnement appellent à un renforcement de l’application des règles sur la qualité de l’eau. Un signal fort pour les industries consommatrices, soumises à des obligations de rejets et de gestion durable plus strictes.
À l’agenda
Le 34ᵉ colloque « Chimie et Habitat » (5 novembre 2025, Paris) se propose de mettre en lumière l’apport essentiel de la chimie face aux grands défis contemporains liés à l’habitat, intimement connectés aux évolutions sociétales, énergétiques, climatiques et économiques.
Les Rencontres nationales du transport public (4-6 novembre 2025, Orléans) s’organiseront autour des mobilités durables, du transport urbain et rural, réunissant plus de 200 exposants.
Le Data & AI Leaders Summit (5-6 novembre 2025, Paris) est le rendez-vous incontournable des décideurs et experts de la Data & IA. CDO, CTO, responsables data, data scientists et leaders de l’innovation s’y retrouvent dans un espace d’échange unique pour explorer les meilleures solutions du marché, partager leurs expériences et anticiper les tendances à fort impact.
Dans la même veine, le dotAI Paris (6 novembre 2025, Paris) organise une conférence dédiée aux ingénieurs IA, data scientists et CTO, afin de mettre en lumière les technologies, usages et défis de l’IA dans les secteurs industriels et technologiques.
Le Composites Meetings France (6 novembre 2025, Nantes) vous donne rendez-vous à une convention d’affaires spécialisée dans les matériaux composites et leurs applications industrielles.
Le Salon Solutrans 2025 (18-22 novembre 2025, Lyon) accueillera la Biennale du transport routier et urbain. L’accent sera mis sur la transition énergétique, le rétrofit et les véhicules propres.
Dans une lettre commune divulguée par les médias français, Paris et Madrid indiquent que la révision prévue des normes CO₂ ne doit en aucun cas remettre en cause ce jalon, qu’elles qualifient de « référence centrale » pour la transition industrielle européenne.
Selon ce document adressé aux ministres du climat réunis au Luxembourg, « la révision à venir ne doit en aucune façon remettre en question l’objectif d’émissions d’échappement nulles en 2035 ». Les deux pays insistent sur la nécessité de préserver la trajectoire réglementaire, estimant qu’un changement de cap compromettrait les investissements industriels engagés, notamment dans la production de batteries et l’électrification automobile.
L’enjeu est multiple pour la France et l’Espagne. Elles rappellent qu’elles ont déjà mobilisé plusieurs milliards d’euros depuis 2023 afin de relocaliser les chaînes de valeur et de renforcer la compétitivité européenne sur la mobilité électrique. Remettre en cause l’objectif 2035 signifierait, à leurs yeux, fragiliser la confiance des investisseurs et compromettre la planification industrielle.
Toutefois, si l’objectif reste inébranlable selon Paris et Madrid, France et Espagne admettent l’introduction de « flexibilités limitées » pour stimuler l’effort de réduction des émissions tout en soutenant la production européenne de véhicules électriques abordables. Par exemple, elles évoquent l’instauration de « super-crédits » pour les petits véhicules électriques fabriqués en Europe afin d’amplifier l’adoption du marché. En revanche, elles refusent que les modèles hybrides rechargeables continuent à bénéficier d’un traitement préférentiel après 2035, arguant que leurs émissions « réelles » restent significativement supérieures aux valeurs affichées en laboratoire.
Cette posture contraste clairement avec celle adoptée par d’autres grands États membres comme l’Allemagne et l’Italie. Ces pays, sous la pression de leurs constructeurs et fournisseurs, ont plaidé pour un report ou une dilution de l’échéance afin de préserver la compétitivité de leur industrie automobile.
Pour rappel, l’objectif de fin des ventes de véhicules thermiques neufs d’ici 2035 a été ratifié dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe et constitue l’un des piliers de la stratégie climatique européenne. La révision d’ensemble des normes CO₂ sera lancée avant la fin de 2025 selon la Commission européenne, même si celle-ci affirme que la cible globale reste inchangée.
Pour l’industrie automobile européenne, cela pose des impératifs concrets, la trajectoire vers la mobilité électrique devenant un axe stratégique incontournable. Les entreprises doivent anticiper non seulement la fin des motorisations thermiques pour les nouveaux véhicules, mais aussi l’adaptation de leurs chaînes d’approvisionnement, de leurs investissements dans les batteries, et de leur compétitivité face à des acteurs mondiaux. Dans ce cadre, les États membres signataires de cette position conditionnent leur soutien aux dispositifs d’électrification à une mise en œuvre cohérente et prévisible des politiques publiques et réglementaires.
D’un point de vue réglementaire, maintenir l’échéance 2035 implique une coordination renforcée des États membres pour garantir la cohérence entre normes, incitations, et infrastructures de recharge ou de production. Cela met également en lumière la tension persistante entre ambition climatique et réalités industrielles, d’autant que certains acteurs estiment que l’échéance est trop ambitieuse.
En France et en Espagne, le message est clair : « L’avenir de l’industrie automobile européenne repose sur l’électrique ». Un recul sur l’objectif 2035 serait perçu comme une brèche dans la stratégie de souveraineté technologique et industrielle. En maintenant cette exigence, les deux pays cherchent aussi à envoyer aux investisseurs et aux fabricants le signal que l’Europe ne renoncera pas à cette feuille de route.
La confirmation par la France et l’Espagne de leur soutien à l’objectif 2035 marque donc un moment clé dans les négociations industrielles et environnementales européennes. Elle fixe un cap ferme pour l’ensemble du secteur automobile et ses chaînes d’approvisionnement.
Reste à voir si d’autres États membres suivront ou si la pression industrielle parviendra à moduler ce calendrier. Le débat est désormais ouvert, mais la ligne tracée pourrait bien définir la dynamique de la mobilité européenne pour la prochaine décennie.
Le 15 octobre dernier, en marge du sommet de l’OTAN à Bruxelles, les ministres français et allemand des Armées ont signé un accord stratégique lors d’une réunion des ministres de la Défense de l’Alliance. Cet accord acte la mise en œuvre du programme Odin’s Eye[1], en négociation depuis 2022, qui permettra la conception d’un système pouvant repérer les tirs de missiles balistiques et hypersoniques dès leur lancement.
Un système qui associera radars terrestres et satellites
Le dispositif de détection spatiale comprend une constellation de satellites capable d’observer en continu les zones à risque et d’identifier les signatures thermiques et balistiques au moment des tirs de missiles. L’identification se fait au moyen de capteurs infrarouges qui enregistrent la chaleur dégagée par les missiles à leur lancement.
Le système intégrera également des radars terrestres développés parallèlement. Une combinaison associant radars terrestres et satellites afin de rendre l’interception des missiles plus efficace.
Autonomie stratégique
Au-delà du volet technologique, le projet Odin’s Eye affiche une ambition stratégique et géopolitique. Cette coopération militaire souhaite réduire la dépendance européenne à l’égard des technologies américaines. Aujourd’hui, les Européens ont recours aux satellites américains du réseau SBIRS pour la détection spatiale. Derrière cette volonté politique, s’exprime donc la nécessité de structurer une filière européenne autonome pour la surveillance spatiale.
Cette mutualisation bénéficiera d’un soutien financier de la part de la Commission européenne. Le pilotage industriel du projet est assuré par la société spatiale allemande OHB, spécialisée dans les technologies orbitales et les systèmes de surveillance. Au sein du réseau d’entreprises européennes prenant part au projet, la France occupe une place importante grâce à la participation de ses groupes industriels parmi lesquels figurent Thales Alenia Space France, ArianeGroup, Thales LAS France, MBDA, Airbus Defence & Space ou encore Lynred.
Comment ce partenariat va-t-il se déployer concrètement ? Le partage industriel est, dans de nombreux cas, la pierre d’achoppement qui freine les programmes militaires communs. En outre, une défense commune est-elle envisageable en présence d’intérêts nationaux divergents ?
Sans une coordination efficace entre les différents acteurs, la coopération peut être source de tensions. Prenons le cas du programme franco-allemand SCAF, qui rencontre actuellement des difficultés suite à des désaccords entre les partenaires concernant le mode de pilotage. Le patron de Dassault, Éric Trappier, avait souligné, il y a plusieurs mois, la nécessité pour le projet d’être « piloté par un maître d’œuvre global ». Face au refus de ses partenaires, la France a affirmé, en septembre dernier, pouvoir bâtir seule ce programme ambitieux.
Cet épisode que traverse le projet SCAF permet de reconsidérer les avantages d’une coopération s’effectuant dans le cadre d’un pilotage monocéphale.
[1] MultinatiOnal Development INitiative for a Space-based missilE earlY-warning architecture
[2] Office national d’études et de recherches aérospatiales
Le 5 novembre 2025, la CDEFI et le CNRS coorganisent à la Maison Irène et Frédéric Joliot-Curie à Bruxelles une journée européenne intitulée « Ingénierie, technologies et société : pour une innovation responsable, inclusive et critique », dans le cadre de l’Année de l’ingénierie. Cette rencontre ambitionne de repenser la place de l’ingénieur au cœur des transformations sociétales et technologiques, en interrogeant les liens entre innovation, responsabilité et démocratie scientifique.
Ce dialogue s’inscrit dans la continuité des réflexions présentées dans « Environnement et climat : brève sociohistoire pour les ingénieurs », dans lequel Catherine Roby[1] rappelle que l’histoire de l’ingénierie ne peut être dissociée de celle des idéaux de progrès. Cet article souligne ainsi combien la méconnaissance de l’écologie scientifique et le discrédit des critiques technologiques ont freiné la reconnaissance des enjeux humains et environnementaux dans les milieux techniques. Comprendre cette sociohistoire, c’est saisir comment les sociétés industrielles ont longtemps neutralisé les mises en garde contre leurs excès au nom d’un progrès jugé indiscutable.
L’événement organisé à Bruxelles propose, pour sa part, de sensibiliser la communauté scientifique et les écoles d’ingénieurs à une approche plus réflexive, consistant à repenser les technologies non seulement pour leur performance, mais pour leur impact sur les sociétés et sur la planète. Il s’agira ainsi de promouvoir une ingénierie «pour l’humanité», capable de conjuguer innovation, responsabilité éthique et lucidité historique.
[1] Autrice pour Techniques de l’Ingénieur, Catherine Roby est docteure en sciences de l’éducation et de la formation, ingénieure Institut supérieur d’agriculture Rhône-Alpes. De plus, elle est chercheuse associée au CREAD, auprès de l’Université Rennes 2.
Pour préparer la journée de conférence du 5 novembre, et alimenter votre réflexion, lisez les articles de ressources documentaires qu’elle a rédigés :
Plus que jamais, BE 5.0 Industries du Futur s’affirme comme le « rendez-vous des solutions » – les 25 et 26 novembre 2025 au Parc Expo de Mulhouse.
Bien que l’instabilité politique fragilise l’économie, la production industrielle continue à progresser selon l’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France (septembre 2025), même si elle est contrastée selon les branches. Tirée par l’aéronautique et l’industrie pharmaceutique, elle observe un ralentissement dans l’automobile, le caoutchouc et le plastique, mais aussi par le textile.
Plus que jamais les entreprises sont à la recherche de solutions concrètes pour relever les défis de leurs marchés. Le salon BE 5.0 Industries du Futur qui s’est imposé au fil des ans comme le rendez-vous incontournable du Grand Est, de la Franche-Comté et des régions transfrontalières, vise précisément à mettre en lumière les innovations industrielles permettant aux entreprises de surmonter les défis qui freinent leur croissance, à se nourrir d’analyses d’experts et à partager leurs bonnes pratiques et retours d’expérience.
Organisé au Parc Expo de Mulhouse les 25 et 26 novembre 2025, il accueille 200 exposants qui présenteront leurs innovations en matière d’IA, robotique, cybersécurité, solutions énergétiques, R&D, équipements, logiciels…. En parallèle, les conférences et ateliers apporteront des solutions concrètes et témoignages terrain en matière de décarbonation, d’économie circulaire et de transformation numérique.
Résolument orienté business, BE 5.0 Industries du Futur constitue chaque année un temps propice à la découverte d’innovations, au partage d’expérience et au networking.
L’industrie européenne oscille entre transformation et tension. D’un côté, l’innovation accélère avec la robotique, le nucléaire, la mobilité autonome ou encore les chantiers zéro émission. De l’autre, des signaux d’alerte persistent, tels que le recul de la chimie, la lente modernisation du rail, les divergences énergétiques transatlantiques. Panorama des faits marquants à suivre pour comprendre les dynamiques industrielles, technologiques et environnementales du moment.
Le futur de la directive européenne sur la responsabilité des entreprises
Le secteur nucléaire : innovation, réglementation et demande croissante bas carbone
Le nucléaire connaît un renouveau mondial, soutenu par la demande d’énergie décarbonée et les progrès technologiques. Pour les acteurs français, c’est un levier de souveraineté industrielle et de relance économique, à condition d’adapter le cadre réglementaire et les compétences.
Modernisation ferroviaire & innovation numérique
Avec un appel à projets européen de 245 millions d’euros, Europe’s Rail JU mise sur la digitalisation et la R&D pour moderniser le réseau ferroviaire. Une opportunité pour les ingénieries et industriels français d’accélérer la transition vers des transports plus efficaces et durables.
Robotique industrielle : croissance mondiale, mais Europe à la traîne
Les installations de robots ont doublé en dix ans, mais l’Europe recule, la France affichant une baisse de 24 % en 2024. L’Asie s’impose en leader, révélant l’urgence d’un sursaut industriel européen pour rester compétitif dans l’usine du futur.
Crise de la chimie en Europe : coûts énergétiques & perte de compétitivité
Londres accueillera la 38th International Conference on Materials Science & Engineering (27–28 octobre 2025, Londres), un événement international de référence sur l’ingénierie et les technologies des matériaux, axé sur les matériaux intelligents et la durabilité.
Grand rendez-vous européen de la science et de l’ingénierie des matériaux, le MaterialsMeet 2025 (11–14 novembre 2025, Paris) réunira chercheurs, industriels et exposants autour des innovations en matériaux avancés.
L’automatisation n’est plus seulement un gage de productivité, elle devient le socle de la compétitivité, du maintien des savoir-faire et de la souveraineté technologique. Derrière ces chiffres se dessine une géographie contrastée, celle d’une Asie qui s’impose en locomotive de la robotique, d’une Europe qui peine à suivre le rythme, et d’un monde industriel qui redéfinit ses équilibres entre innovation, dépendance technologique et transition numérique.
Le rapport World Robotics 2025 publié par l’IFR met ainsi en lumière une explosion des installations de robots industriels au niveau mondial. En 2024, le nombre de nouvelles unités installées a atteint 542 000, un niveau jamais observé (ou presque), puisqu’il s’agit d’un doublement par rapport à dix ans auparavant. En parallèle, le stock mondial de robots industriels en fonctionnement a franchi 4 664 000 unités fin 2024, soit une croissance de + 9 % par rapport à 2023. Cette trajectoire confirme que l’usine du futur, dotée d’une automatisation avancée, n’est plus une projection lointaine, mais une réalité tangible.
Cette impulsion s’accompagne toutefois d’un très fort déséquilibre géographique. L’Asie a concentré 74 % des nouvelles installations en 2024, contre 16 % en Europe et 9 % dans les Amériques. La Chine s’impose comme le marché leader, ayant installé 295 000 robots en 2024, ce qui représente 54 % des déploiements mondiaux. Fait notable, pour la première fois les fabricants chinois ont écoulé plus de robots sur leur marché national que les fournisseurs étrangers, et leur part de marché domestique est montée à 57 %, contre environ 28 % il y a une décennie. Cette montée en puissance révèle un basculement de la chaîne technologique mondiale vers l’Asie.
Du côté de l’Europe, la dynamique est plus modérée, voire à certains égards inquiétante. Les installations sont en recul de 8 % en 2024, à 85 000 unités, tout en restant le deuxième plus haut niveau jamais enregistré sur le continent. L’Allemagne, marché européen le plus important, a enregistré 26 982 unités installées en 2024, soit une baisse de 5 % par rapport à 2023. La France n’est pas en reste avec 4 900 robots installés en 2024, soit une chute de 24 % par rapport à l’année précédente. Ce contexte plaide pour un réveil de la stratégie industrielle européenne et nationale autour de l’automatisation.
Aux États-Unis et dans les autres Amériques, la tendance est également en retrait. En 2024, les installations ont totalisé 50 100 unités, en baisse de 10 % par rapport à 2023. Aux États-Unis, 34 200 robots ont été installés, soit – 9 %. Ces chiffres suggèrent que malgré une croissance globale vigoureuse, certains grands marchés entrent dans une phase de maturité ou de ralentissement.
Pour autant, le futur reste porteur. L’IFR anticipe une croissance globale des installations de robots de + 6 % en 2025 pour atteindre 575 000 unités, et prévoit que le cap des 700 000 installations par an sera franchi d’ici 2028. Même si les tensions géopolitiques, les perturbations commerciales ou la conjoncture économique représentent des risques, l’automatisation industrielle demeure un vecteur structurant de l’industrie globale.
Sur le plan technique et industriel, ces chiffres traduisent plusieurs signaux importants. D’abord, la robotisation n’est plus essentiellement cantonnée aux secteurs traditionnels comme l’automobile ; elle se diffuse de plus en plus à d’autres filières manufacturières qui recherchent l’agilité, la précision et la production flexible. L’accélération du numérique, de l’IA et des capteurs connectés renforce cette dynamique. Ensuite, ce doublement en dix ans impose aux fournisseurs d’équipements, aux intégrateurs et aux fabricants de robots d’adapter leurs modèles. Ainsi, modularité, collaboration homme-machine, maintenance prédictive, flexibilité sont désormais des impératifs. Enfin, pour les politiques industrielles, ces données rappellent que la course à l’automatisation est aussi une course à la compétitivité, à l’attractivité et à la souveraineté technologique.
En France et en Europe, l’heure est à la remise en question. Face à des marchés asiatiques en plein essor, la chute des installations européennes démontre qu’il ne suffit plus de suivre, mais qu’il faut coconstruire des chaînes de valeur robotique fortes, investir dans les compétences, et adapter les régulations pour encourager l’intégration de robots dans les usines. L’écart géographique observé illustre en effet une fracture numérique, voire technologique, qui pourrait s’accentuer si aucune action n’était engagée.
Le rapport de l’IFR souligne pour conclure que la robotique industrielle est entrée dans une ère de croissance soutenue et globale. Le doublement des installations sur dix ans, un stock mondial qui approche 5 millions d’unités et une Chine hégémonique en la matière marquent en effet une mutation profonde de l’usine mondiale. Les acteurs français et européens doivent dès lors agir pour passer de suiveurs à acteurs pleinement engagés dans la transformation automatisée.
Le 19e Prix Jeunes Talents France 2025 L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science récompense 34 nouvelles « étoiles montantes »
Créé en 2007, le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science récompense chaque année, à un moment clé de leur carrière, des doctorantes et post-doctorantes qui incarnent aux yeux du jury « l’excellence scientifique française », et qui portent, en outre, des projets de recherche visant à construire « un avenir plus juste et durable ». Cette année, 34 de ces jeunes chercheuses ont été sélectionnées parmi près de 700 candidates, par un jury composé d’une trentaine de membres de l’Académie des sciences, avec à sa tête la célèbre astrophysicienne française Françoise Combes, présidente de l’Académie des sciences, elle-même récompensée du prix international 2021 L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.
« Les femmes représentent la moitié de l’humanité, mais demeurent trop peu nombreuses aux postes de responsabilité dans la recherche. [De nombreux] freins écartent injustement des talents dont la science aurait besoin. Les Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour Les Femmes et la Science, en partenariat avec l’Académie des sciences, sont autant de leviers pour rééquilibrer les chances et permettre à la culture scientifique de s’enrichir de tout le potentiel de cette moitié de l’humanité », se réjouit Françoise Combes. L’astrophysicienne qui voit dans les lauréates de cette 19e édition, de nouvelles « étoiles montantes de la science »…
Actuellement post-doctorante au sein du Centre de mise en forme des matériaux[1] (CEMEF), Marion Négrier a, depuis son plus jeune âge, nourri un intérêt pour la recherche scientifique. Sa sensibilité pour les questions environnementales, combinée à son goût prononcé pour la chimie, l’a progressivement amenée à s’intéresser au sujet du recyclage chimique des textiles. Elle a ainsi abouti au développement d’un procédé permettant de séparer les fibres végétales et synthétiques mélangées dans certains textiles. Objectif : valoriser la fraction biosourcée de ces matières – notamment le coton – pour en faire des substituts aux plastiques pétrosourcés. Une approche brevetée, qu’elle s’attelle désormais à amener à l’échelle industrielle, au travers d’une start-up qu’elle compte lancer en janvier prochain.
Techniques de l’Ingénieur : vous vous orientiez plutôt, au départ, vers une carrière de vétérinaire. Qu’est-ce qui vous a finalement amenée à la chimie verte ?
Marion Négrier : J’envisageais effectivement, au départ, de devenir vétérinaire. J’ai donc commencé mon parcours post-bac par une prépa BCPST[2]. J’ai toujours beaucoup aimé les sciences, et la chimie notamment, depuis le collège. La biologie aussi, dans une moindre mesure, mais c’est avant tout la chimie qui m’a toujours tenu à cœur. Je me suis ainsi peu à peu aperçue que cette carrière de vétérinaire à laquelle j’aspirais depuis longtemps n’était sans doute finalement pas faite pour moi. La formation comportait un peu trop de biologie à mon goût… ! (Rires)
J’ai donc fini par m’intéresser aux métiers de l’ingénieur. Je ne savais pas vraiment ce qu’était un ingénieur. Je me suis donc informée, et me suis aperçue qu’une carrière dans l’ingénierie serait quelque chose de beaucoup plus adapté, de beaucoup plus logique pour moi. Le fait de résoudre des problèmes, de travailler sur une grande diversité de sujets, m’a particulièrement attirée vers cette voie.
Je me suis donc orientée vers un parcours de formation en biochimie à l’Université de Nantes, puis vers une école d’ingénieur spécialisée à la fois en agroalimentaire et en chimie : l’École nationale supérieure de matériaux, d’agroalimentaire et de chimie (ENSMAC) à Bordeaux. Mon objectif était justement de combiner ces deux domaines, au travers de la spécialité « chimie et bio-ingénierie » proposée par cette école en dernière année. Cela a conforté mon envie de faire de la chimie pour l’environnement, et, surtout, au service d’applications très concrètes.
Quelle a alors été la suite de votre parcours ?
J’ai fait mon stage de fin d’études en Suisse, à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), dans une start-up hébergée au sein d’un des laboratoires de l’école – Bloom Biorenewables – spécialisée dans le fractionnement de la biomasse, c’est-à-dire la transformation de bois en molécules d’intérêt habituellement issues du pétrole. J’ai trouvé cela absolument génial ! J’ai donc voulu poursuivre dans cette voie, en me lançant dans la recherche d’une offre de thèse dans le domaine du recyclage, de la valorisation de matières considérées comme des déchets. C’est comme cela que je suis arrivée au Centre de mise en forme des matériaux (CEMEF) des Mines de Paris, situé sur le campus Pierre Laffitte à Sophia Antipolis. [Tout comme Kindness Isukwem, lauréate de l’édition 2024 du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO, avec qui nous avions également pu nous entretenir, n.d.l.r..]
Je ne connaissais ce centre de recherche que de nom… J’y ai finalement découvert un domaine absolument passionnant : celui du recyclage des textiles. C’est donc sur ce sujet que j’ai fait ma thèse, à l’issue de laquelle j’ai eu envie d’aller plus loin, en construisant mon post-doctorat autour de la recherche de nouvelles solutions pour le recyclage des textiles. Je me suis engagée dans ce travail début 2024, toujours au sein du CEMEF, et avec le soutien de nos tutelles.
Avez-vous, à un moment ou à un autre de ce parcours très riche, eu le sentiment que votre genre vous a freinée ?
Au début de mon parcours dans la chimie et l’agroalimentaire, nous étions une majorité de femmes. Mais la suite de mon parcours, y compris ce projet entrepreneurial que je mène aujourd’hui, s’est faite dans un milieu beaucoup plus masculin… Je n’ai cependant jamais eu le sentiment que mon genre a été un frein. J’ai davantage vu mon statut de femme scientifique comme un levier pour booster mon parcours : être l’une des rares femmes dans un monde majoritairement masculin m’a en fait permis de me distinguer, d’être davantage écoutée lors de congrès, de conférences, de réunions… et de marquer les esprits, notamment au niveau entrepreneurial, où les parcours de femmes sont généralement mis en valeur. Je n’ai pas eu de réflexions négatives liées au fait que je sois une femme, et j’ai au contraire été encouragée à m’engager dans un parcours de création d’entreprise.
Comment accueilliez-vous ce Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour Les Femmes et la Science qui vous a été décerné le 8 octobre dernier ?
Je suis extrêmement fière d’avoir reçu ce prix ! C’est pour moi un immense honneur. Cette récompense met en valeur mon parcours et tous les travaux de recherche que j’ai menés jusqu’ici. Ce prix met aussi, au passage, un coup de projecteur sur les problématiques actuelles en matière de recyclage des déchets textiles. Il montre aussi selon moi qu’il est toujours possible d’innover, de créer de nouvelles solutions dans ce domaine. Cela va aussi, évidemment, booster mon projet entrepreneurial.
Où en est justement ce projet de start-up que vous comptez lancer en janvier prochain ? Quelles seront les prochaines étapes ?
Mon travail de post-doctorat m’a permis de développer et de déposer une demande de brevet pour un procédé permettant de séparer de manière économique et écologique les fibres synthétiques des fibres végétales composant certains textiles. Ceci, dans le but de transformer ces textiles – qu’ils soient post-consommation ou issus de l’industrie – en matériaux innovants.
J’entame aujourd’hui avec mon équipe la phase cruciale de montée en échelle de ce procédé. Le prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour Les Femmes et la Science va me permettre de financer quelques-uns des équipements nécessaires pour franchir ces prochaines étapes avant, effectivement, de pouvoir lancer concrètement cette start-up, je l’espère, en janvier 2026.
[1] CNRS – Mines Paris – PSL
[2]BCPST : Biologie, chimie, physique et sciences de la Terre.
La rupture technologique portée par l’informatique quantique est désormais à nos portes. Capable de résoudre une grande variété de problèmes, de l’optimisation à la simulation, cette technologie émergente promet de transformer en profondeur de nombreux secteurs industriels. En chimie notamment, elle pourrait permettre la prédiction fine des propriétés moléculaires et la conception de nouveaux solvants – ouvrant la voie à des avancées majeures dans la modélisation et la création de procédés.
Comment la technologie quantique va-t-elle transformer l’avenir des industries de procédés ?
C’est à cette question que tentera de répondre la journée de prospective organisée par la Société Française de Génie des Procédés (SFGP) le 5 novembre 2025, sous l’égide de François Nicol, président de la SFGP. L’événement réunira des experts issus de l’industrie, de la recherche et du monde académique pour réfléchir aux impacts concrets des technologies quantiques sur les procédés industriels.
Au programme figurent notamment les interventions suivantes :
Introduction : les types de problèmes à résoudre – Benoit Celse (IFPEN), Ludovic Montastruc (INP Toulouse) et Thibaut Neveux (EDF) ;
Informatique quantique : état de l’art, perspective et défis – Olivier Ezratty (Quantum Energy Initiative) ;
Perspectives d’utilisation des technologies quantiques dans le domaine de l’énergie – Étienne Decossin (EDF) ;
l’optimisation énergétique des machines quantiques – Projet OECQ – Christophe Domain (EDF) ;
Cas d’usage collaboratifs autour des équations aux dérivées partielles développés dans le cadre du hub quantique – Daniel Vert (systematic).
La journée se conclura par une table ronde consacrée aux « Machines quantiques et génie des procédés : opportunités concrètes, défis et feuille de route pour l’enseignement et l’industrie », à laquelle participeront notamment des représentants d’Eviden, du CEA, de Quobly et plusieurs enseignants-chercheurs.
Ouverte aux industriels, chercheurs et ingénieurs, cette rencontre se veut un espace de réflexion et d’échanges pour mieux anticiper les transformations à venir et préparer l’intégration de cette rupture technologique majeure dans les pratiques du génie des procédés.
De la forêt australienne qui relâche du CO₂ aux robots chimistes pilotés par IA, la revue de presse du jour explore les mutations rapides de l’industrie, de la recherche et de l’énergie. Un condensé des signaux faibles et des ruptures technologiques à ne pas manquer.
Les forêts tropicales australiennes ne sont plus un puits de carbone
Une plateforme robotisée et pilotée par IA, « Reac-Discovery », mise au point à l’Université Jaume I (Espagne), permet de réduire de plusieurs mois à quelques jours la conception de réacteurs catalytiques en chimie verte.
Molecular Universe 1.0 ou l’IA au service des batteries du futur
Lancement de la plateforme « Molecular Universe 1.0 » (MU-1), par la société SES AI Corporation, dédié à la découverte de nouveaux matériaux pour batteries (solides/liquides) via base de données moléculaires + IA.
Quand l’IA rencontre l’énergie
L’International Energy Agency (IEA) établit le lien de plus en plus fort entre IA et énergie. Ainsi, si l’IA exige davantage d’électricité (data centres, calcul), elle peut aussi servir à optimiser la production, la distribution et l’usage de l’énergie.
À l’agenda
La Paris InfraWeek (3-7 novembre 2025, Paris) réunira les décideurs publics et privés autour des grands enjeux des infrastructures : mobilité, aménagement du territoire et transition énergétique.
Le GreenTech Forum 2025 (4-5 novembre 2025, Paris) rassemblera les acteurs du numérique responsable autour des technologies durables et des enjeux environnementaux liés au digital.
La conférence internationale Transport and Pollution (4-6 novembre 2025 – Rueil-Malmaison) fera le point sur les liens entre transport, qualité de l’air et bruit, et sur les politiques visant à réduire leurs impacts environnementaux.
Depuis plusieurs décennies, les forêts tropicales étaient considérées comme des puits essentiels de CO₂. En effet, elles capturent du dioxyde de carbone via la photosynthèse, stockent du carbone dans la biomasse aérienne (troncs, branches, feuilles) puis le retiennent tant que l’arbre croît. Toutefois, selon l’étude publiée dans la revue Nature, les forêts tropicales humides du Nord-est australien sont passées d’un rôle net d’absorption à un rôle net d’émission.
L’analyse porte sur environ 11 000 arbres suivis depuis 1971, répartis sur 20 sites dans l’État du Queensland (Australie). Les chercheurs ont étudié la biomasse aérienne (troncs et branches) et constaté que, depuis environ vingt-cinq ans, cette biomasse devient un « émetteur net » de carbone.
Les principaux facteurs identifiés sont l’augmentation des températures extrêmes, la multiplication et l’intensification des épisodes de sécheresse, ainsi que l’élévation de la mortalité des arbres. Ces conditions déséquilibrent la dynamique de croissance versus mort/décomposition : les arbres qui meurent libèrent le carbone stocké, et ce flux n’est plus compensé par la croissance de nouveaux arbres dans ces forêts.
Plus précisément, entre 2010 et 2019, les sites étudiés auraient perdu près de 0,9 tonne de carbone par hectare et par an dans la biomasse aérienne. À l’inverse, la période de 1970-1980 correspondait à une phase de capacité maximale d’absorption de carbone de ces forêts.
Ce basculement est qualifié de « première mondiale » pour des forêts tropicales. Il pose d’importantes questions quant à la validité des modèles climatiques actuels qui considéraient jusqu’ici que les grands puits forestiers tropicaux conserveraient leur rôle d’absorption de carbone sur le long terme.
D’un point de vue technique, l’étude se concentre sur la biomasse aérienne et n’a pas inclus le carbone stocké dans les racines ou les sols. Cela signifie que, bien que la biomasse aérienne soit devenue une source nette, la totalité du bilan carbone du sol et des racines reste à être évaluée. Néanmoins, cette bascule marque déjà un signal fort quant à la fragilité des puits forestiers tropicaux.
Au-delà des conditions locales australiennes, les auteurs et médias soulignent que ce phénomène pourrait être un révélateur pour d’autres forêts tropicales dans le monde, notamment en Amazonie ou en Afrique, si les stress climatiques (sécheresse, chaleur, cyclones) s’intensifient.
En effet, les forêts tropicales humides australiennes représentent une superficie d’environ un million d’hectares et une biomasse parmi les plus élevées du monde, ce qui fait qu’elles peuvent constituer un analogue de ce que pourraient vivre des forêts plus vastes sous climat plus contraignant.
L’étude souligne également qu’aucune preuve solide n’a été trouvée d’une stimulation de la croissance forestière due à l’augmentation du CO₂ atmosphérique, ce qui remet en cause certaines hypothèses de rééquilibrage naturel du cycle du carbone. Si les forêts ne peuvent plus compenser ou neutraliser les émissions de carbone comme attendu, alors les scénarios climatiques risquent d’être plus optimistes qu’ils ne le seraient réellement.
Sur le plan des conséquences, ce basculement pourrait amplifier la rétroaction positive entre le climat et le cycle du carbone terrestre. Ainsi, plus les forêts émettent de CO₂, plus cela alimente l’effet de serre, ce qui engendre davantage de stress pour ces mêmes forêts. Ce type de rétroaction est connue dans la littérature comme un risque pour la stabilité du climat terrestre.
Néanmoins, les auteurs insistent sur la nécessité de prudence : l’étude est géographiquement limitée à ces forêts australiennes et il reste à déterminer si d’autres forêts tropicales globales suivront le même chemin.
L’étude marque donc un tournant en écologie et climatologie, révélant qu’un écosystème jusqu’ici considéré comme stabilisant devient source potentielle d’aggravation climatique. Cela renforce l’urgence d’agir sur les émissions de gaz à effet de serre et sur la gestion des forêts, mais aussi de renforcer les suivis à long terme des dynamiques forestières sous contrainte climatique. Si d’autres forêts suivent ce modèle, les conséquences pour la trajectoire du réchauffement planétaire pourraient être bien plus sévères que prévu.
Actuellement, dans la filière de l’hydrogène décarboné, la société Genvia semble présenter un fort potentiel de réussite. Alors qu’elle prépare un démonstrateur industriel en Lozère, elle combine à la fois l’excellence de la recherche française, un modèle de développement industriel prudent afin de se fortifier et de durer, et une capacité à penser l’avenir en imaginant le potentiel d’interaction de l’électrolyse avec le système électrique.
Créée en 2021 sous forme de joint-venture innovante publique/privée, elle capitalise sur quinze ans de R&D au CEA et le savoir-faire en industrialisation de SLB (anciennement Schlumberger), et dispose dorénavant d’un portefeuille d’une soixantaine de brevets sur la technologie qu’elle souhaite développer. Au lieu de l’électrolyse alcaline ou par membrane échangeuse de protons (PEM), Genvia s’est en effet focalisée sur l’électrolyse à haute température à oxyde solide (SOEC).
La technologie repose sur des cellules en céramique qui contiennent du zirconium et de l’yttrium avec des catalyseurs à base de nickel et d’une petite quantité de terres rares. Ces cellules, cœur de la réaction chimique produisant l’hydrogène, peuvent être assemblées dans des « stacks » de 20 kW unitaires, eux-mêmes compilés dans des modules. La réaction d’électrolyse se fait typiquement entre 700°C et 800°C avec de la vapeur d’eau, d’où un avantage considérable : pour une même quantité d’hydrogène produite, la solution de Genvia consomme 20 à 30 % d’électricité en moins que les électrolyses alcalines et PEM.
Un démonstrateur chez ArcelorMittal
« Notre intérêt est de développer cette technologie chez des industriels disposant de chaleur à au moins 150°C et utilisant déjà l’hydrogène dans leur procédé. Les process de l’acier, de la chimie et des raffineries sont pertinents pour être dans cette “zone de confort” » détaille Patrice Tochon, directeur R&D et Stratégie de Genvia. Après un premier pilote sur son site à Béziers, Genvia a trouvé un site industriel avec l’appui de la région Occitanie pour tester et optimiser sa technologie en situation réelle.
Il s’agit d’une usine d’aciers électriques haut de gamme d’ArcelorMittal, dans la ville de Saint-Chély-d’Apcher. Le site produit des bandes d’acier laminées à froid qui, une fois empilées, fournissent une tôle aux propriétés magnétiques utiles pour les transformateurs et pour les moteurs. L’hydrogène, utilisé pour protéger le produit lors des opérations de recuit, est fabriqué par vaporeformage de gaz fossile. Pour réduire ses émissions de CO2, ArcelorMittal envisage plusieurs pistes dont le recours à de l’hydrogène bas-carbone qui réduirait de 20 % les émissions du site.
Soutenu par France 2030, le démonstrateur expérimental, appelé SOEL200, est en cours d’installation, sa mise en service étant prévue début 2026. Il pourra fabriquer jusqu’à 200 kg d’hydrogène par jour, nécessitant une puissance électrique d’environ 300 kW au cœur de l’électrolyseur. Situé au sein de l’usine, le démonstrateur inclut :
une boucle de récupération de la chaleur fatale des effluents gazeux des fours ;
un stockage thermique innovant (eau sous pression avec thermocline) réalisé par Coretec, et un réchauffeur électrique ;
les modules de Genvia (produisant un hydrogène pur avec un peu d’humidité) et un système de purification de l’hydrogène ;
une compression et un transport de l’hydrogène vers sa zone d’usage (en mélange avec celui produit par vaporeformage).
Les stockages d’eau chaude et d’hydrogène permettent de pallier les variations dans la récupération de chaleur fatale et dans l’usage de l’hydrogène
Des usines à déploiement cadencé pour accompagner le marché
Une fois que la production d’hydrogène décarboné sera effective sur le site d’ArcelorMittal, Genvia va engranger une expérience précieuse. « En lien étroit avec ArcelorMittal, nous apprenons dans tous les domaines (infrastructures, ICPE, process, bruits, etc.) pour mieux connaître les conditions de réplicabilité de notre solution technologique. Sur cette base, nous sommes en train de développer une deuxième génération d’électrolyseurs et préparer un passage à l’échelle industrielle pour répondre aux besoins du marché » ajoute Patrice Tochon.
L’ambition de Genvia est de faire croître progressivement son carnet de commandes et de mettre en place simultanément un site de fabrication de ses électrolyseurs. Pas de gigafactory tout de suite qui risquerait de se retrouver en mal de débouchés, mais une approche prudente consistant à prévoir une usine automatisée par tranche d’environ 100 MW d’électrolyseurs par an.
Parmi les défis que la jeune société doit encore relever : gagner en maturité technologique et réduire le coût de sa solution pour la rendre concurrentielle aux technologies alcalines ou PEM. Le coût est dû à la plus grande complexité du système et à l’usage de matériaux plus chers pour le fonctionnement à 800°C. « Parmi les pistes d’amélioration, il y a l’automatisation et la robotisation pour baisser les coûts d’investissement, et l’augmentation de la durée de vie de nos cellules en céramique pour améliorer les coûts en exploitation » précise Patrice Tochon.
Sur le plus long terme, la participation des électrolyseurs à la flexibilité du système électrique est étudiée par Genvia. La possibilité de moduler la puissance de l’électrolyseur entre 30 et 100 % rend cette perspective envisageable, afin de soulager le réseau sur une durée de plusieurs minutes en cas de besoin. Des discussions sont déjà en cours pour envisager ce service… et sa rémunération.
Et si l’avenir de l’éolien ne se jouait pas uniquement sur terre ni même en mer, mais dans les airs ? L’entreprise chinoise Beijing SAWES Energy Technology vient de tester son nouveau prototype d’éolienne aéroportée, une gigantesque turbine, baptisée S1500, volant à 1 500 mètres d’altitude. Selon les médias et les annonces officielles, le système a réussi à produire de l’électricité tout en étant maintenu au sol par un câble. Une performance qui, si elle se confirme à plus grande échelle, pourrait révolutionner le secteur des énergies renouvelables.
L’aérostat, gonflé à l’hélium et capable de capturer les vents puissants à haute altitude, affiche des dimensions impressionnantes : environ 60 mètres de long, 40 mètres de large et 40 mètres de haut, comparable à un dirigeable. Il embarque douze turbines génératrices réparties dans sa structure, pour une puissance cumulée revendiquée de plus d’un mégawatt. L’ensemble est relié au sol par un câble conducteur qui assure à la fois la stabilité de l’aérostat en altitude et le transport de l’électricité générée. Selon ses concepteurs, ce dispositif réduirait de 40 % la masse des matériaux structurels par rapport à une éolienne classique, tout en abaissant les coûts de production électrique de 30 %.
Ce premier vol du S1500 est plus qu’un simple prototype expérimental. Il marque une étape symbolique dans le domaine de l’Airborne Wind Energy (AWE), cette filière émergente visant à exploiter les vents en haute altitude grâce à des dispositifs volants attachés au sol. Depuis plusieurs années, des laboratoires, des universités et des start-ups testent diverses architectures : ailes souples, planeurs, cerfs-volants, aérostats hybrides, avec génération d’énergie embarquée ou via une station au sol. L’intérêt réside dans le fait que les vents disponibles à plusieurs centaines voire milliers de mètres au-dessus du sol sont souvent plus forts et plus stables que ceux captés par les aérogénérateurs classiques.
L’idée est séduisante puisqu’en atteignant des altitudes peu accessibles aux mâts et aux tours classiques, une turbine volante pourrait générer plus d’électricité avec une infrastructure plus légère. Certains experts estiment que doubler la vitesse du vent permettrait d’obtenir huit fois plus de puissance, grâce à une relation cubique entre la vitesse et l’énergie disponible, ce qui rend l’exploration aérienne très attractive. En outre, un rapport de l’US Department of Energy estime que le gisement éolien exploitable par les systèmes AWE pourrait se révéler similaire en ampleur aux ressources captables par les éoliennes traditionnelles, à condition de maîtriser les coûts et la fiabilité.
De nombreux paramètres techniques à maîtriser avant l’exploitation commerciale
L’ambition est grande, mais les défis le sont tout autant. Tout d’abord, il est nécessaire de garantir la durabilité de l’aérostat, et donc de s’assurer qu’il soit résistant aux UV, aux tempêtes et aux contraintes thermiques sur plusieurs décennies. Ensuite, la liaison par câble doit être suffisamment robuste pour supporter les contraintes mécaniques, les oscillations, les vibrations, tout en minimisant les pertes électriques sur des longueurs potentiellement kilométriques.
Comparée à des éoliennes classiques, la production d’électricité se trouve par ailleurs pénalisée, car l’aérostat doit utiliser une partie de sa force aérodynamique pour contrer son poids. Le contrôle du vol est donc un paramètre essentiel et exige de maintenir la stabilité, de compenser les turbulences, de moduler la trajectoire selon les vents, et de recourir à des algorithmes complexes et des systèmes de pilotage autonomes sophistiqués.
En parallèle, l’acceptabilité sociale et réglementaire reste un sujet sensible. Une étude récente en Allemagne, menée dans un rayon de 3,5 km autour d’un système AWE de démonstration, révèle que les habitants perçoivent les impacts sonores, écologiques et sécuritaires de manière comparable à ceux d’un parc éolien classique, à l’exception de l’aspect visuel, jugé moins intrusif, car sans ombres portées ni mâts géants.
Quoi qu’il en soit, la démonstration du S1500 marque un signal fort et prouve que la réalisation d’un système flottant produisant plus d’un mégawatt n’est pas une chimère. Mais pour que cette technologie fasse véritablement date, il faudra surmonter les incertitudes techniques et économiques, puis répéter l’exploit à un stade industriel. Si elle parvient à confirmer ses promesses, l’éolienne volante pourrait enrichir le bouquet des énergies renouvelables et ouvrir de nouveaux horizons, particulièrement dans les zones isolées, en mer profonde ou dans des territoires difficiles d’accès.
La semaine a été marquée par une série d’annonces et de rapports soulignant la fragilité mais aussi les ambitions des secteurs industriels et technologiques européens. Entre cybersécurité, réindustrialisation, dépendance aux chaînes d’approvisionnement et percée des technologies propres, l’Europe tente de redéfinir sa trajectoire face à une concurrence mondiale intense.
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Dans le domaine des capteurs optiques et de la vision industrielle, Theon International acquiert 9,8% d’Exosens, signalant un regain d’intérêt pour les technologies de détection et de surveillance.
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Une étude récente souligne que le secteur automobile européen dépend fortement de fournisseurs hors UE, notamment pour les batteries lithium-ion, ce qui accroît les risques liés à la chaîne d’approvisionnement.
Nouveaux scénarios pour la route vers les véhicules totalement autonomes en Europe
La 13ᵉ édition de la conférence ROS-Industrial Europe (17 et 18 novembre 2025, Strasbourg) sera couplée aux sessions ROSCon France & Allemagne. Elle mettra en lumière les usages industriels de ROS (robot operating system), les avancées, défis et retours d’expérience.
Cette semaine, les signaux sont clairs, les enjeux cruciaux.
⚙️ INDUSTRIE & SOCIÉTÉ
La France lance la construction du futur fleuron de la Marine nationale
Le chantier du porte-avions de nouvelle génération (PANG) est lancé à Cherbourg. Ce navire nucléaire incarne la montée en gamme de la défense française, avec des capacités accrues en matière de projection et de technologies embarquées.
🚢 Plongez dans le programme PANG
Non, la France n’a pas à rougir de son industrie !
L’article défend une vision optimiste de l’industrie française, en soulignant ses réussites dans l’aéronautique, la défense et l’énergie. Il appelle à dépasser les discours déclinistes pour valoriser les savoir-faire et les capacités d’innovation.
🏭 Redécouvrez les forces industrielles françaises
🧵 MATÉRIAUX & ENVIRONNEMENT
Crise du recyclage textile : vers un modèle industriel viable face à l’ultra-fast fashion
Le secteur du recyclage textile est en tension face à l’explosion des volumes générés par la fast fashion. L’article explore les limites actuelles du modèle et les pistes pour une industrialisation durable du recyclage.
👕 Repenser le textile à l’heure du jetable
Une usine de chaux teste la capture cryogénique du CO₂ pour réduire ses émissions
Une usine française expérimente une technologie de capture cryogénique du CO₂, prometteuse pour réduire les émissions industrielles. Ce procédé innovant pourrait être déployé à plus grande échelle dans les secteurs fortement émetteurs.
🌬️ Le CO₂ sous zéro
🧠 INGÉNIERIE & INNOVATION
Décryptage de l’enquête IESF 2025 : les tendances en ingénierie
L’enquête annuelle de l’IESF révèle les évolutions du métier d’ingénieur : montée de l’IA, préoccupations environnementales, et attractivité des carrières. Une photographie utile pour anticiper les mutations du secteur.
📈 Les ingénieurs en pleine mutation
🧬 NUMÉRIQUE & QUANTIQUE
OVHcloud accélère dans l’informatique quantique
OVHcloud renforce sa stratégie quantique avec des simulateurs, des partenariats académiques et une infrastructure dédiée. L’objectif : positionner l’Europe comme acteur majeur du cloud quantique.
💻 Le quantique entre dans le cloud
Isentroniq, la startup française qui veut démêler le nœud du quantique
La jeune pousse Isentroniq développe des outils pour simplifier l’accès aux technologies quantiques. Elle mise sur une approche pédagogique et technique pour démocratiser un domaine encore opaque pour beaucoup.
🩺 Le quantique à portée de main
L’article « Cybersecurity in Industry 5.0: Open Challenges and Future Directions » analyse ainsi les menaces potentielles que font émerger les technologies habilitantes de l’Industrie 5.0. Il démontre que les systèmes existants, issus de l’Industrie 4.0 ou des standards de cybersécurité, ne suffisent pas à contrer les risques et proposent de nouvelles pistes pour bâtir un cadre plus adapté.
De la transition 4.0 à la 5.0
Selon les auteurs, l’Industrie 5.0 se distingue de la 4.0 par son orientation vers la coopération entre humains et machines, la personnalisation extrême, la durabilité et la résilience. Ce principe implique l’usage intensif de technologies comme la cobotique, les exosquelettes, les capteurs biométriques, les énergies renouvelables intégrées, les architectures distribuées, les objets connectés (IoT) et l’IA embarquée. L’introduction de ces briques crée une surface d’attaque nouvelle, plus vaste et plus distribuée. Ainsi, les auteurs notent des risques accrus de déni de service, d’attaque en l’homme-du-milieu (MitM)1 ou d’accès non autorisé à des dispositifs critiques.
Des cyberattaques perturbant le comportement de robots collaboratifs pourraient notamment provoquer des dégâts physiques, tant sur les équipements que sur les humains opérant à proximité. À cela s’ajoute le danger de fuites de données personnelles, un problème d’autant plus sensible que les capteurs et dispositifs humains collectent des données intimes ou biométriques.
L’article estime ainsi que, dans le domaine manufacturier, sur 2 305 incidents signalés en 2023, 37 % concernaient des violations confirmées de données.
Des cadres existants, mais mal adaptés : les contre-mesures
L’étude passe en revue plusieurs architectures de référence ou guides de cybersécurité tirés de l’Industrie 4.0 et deux cadres académiques. Les auteurs considèrent qu’aucun de ces modèles ne prend en compte de manière adéquate la dimension humaine, les enjeux de durabilité ou l’hyper-personnalisation caractéristiques de l’Industrie 5.0. La conséquence est que la sécurité n’est pas suffisamment imbriquée dans l’architecture même de la transition industrielle. En d’autres termes, les modèles de sécurité de l’Industrie 4.0 doivent être étendus ou repensés pour intégrer les nouveaux piliers de l’Industrie 5.0, par exemple le bien-être humain, l’écologie, ou encore la résilience.
Pour chaque technologie habilitante (par exemple les cobots, les capteurs connectés, les exosquelettes), l’article recense des attaques possibles et des pistes de défense. Pour les robots collaboratifs, les auteurs évoquent la sécurisation des accès physiques aux câbles, l’adoption d’une architecture « zero trust », la suppression de boutons d’arrêt exposés via une interface web, ou l’authentification stricte des utilisateurs. Cependant, ces solutions restent largement théoriques ou exploratoires, et peu d’entre elles ont été mises en œuvre à l’échelle industrielle.
Dès lors, plusieurs défis se présentent pour parvenir à rendre la sécurité plus intuitive pour les opérateurs humains, concevoir des architectures résilientes aux pannes ou aux attaques de grande ampleur, intégrer la protection de la vie privée dans des environnements distribués ou encore piloter la gouvernance de sécurité dans un monde multi-acteurs (fournisseurs, sous-traitants, réseaux). Les auteurs soulignent ainsi la nécessité de développer un nouveau cadre de cybersécurité centré sur l’Industrie 5.0 pour permettre la transition sécurisée des organisations.
Compléments issus de travaux connexes
D’autres études corroborent et enrichissent cette vision. Ainsi, en 2024, l’une d’elles a passé en revue les recherches récentes en cybersécurité pour l’Industrie 5.0, mettant en évidence le fait que les recherches étaient encore majoritairement conceptuelles, les technologies dominantes étudiées étant l’IA, la blockchain et l’IoT, le tout sans faire de liens clairs entre cybersécurité et durabilité ou résilience.
Une autre publication argumente que, au-delà des vulnérabilités techniques, les défis humains et organisationnels tels que la formation des opérateurs et la résistance au changement pèsent lourdement sur la transformation sécurisée vers l’Industrie 5.0.
Enfin, un article propose une analyse systématique des risques dans l’architecture de l’Industrie 5.0, soulignant notamment les menaces sur la chaîne d’approvisionnement, les interopérabilités, la sécurité opérationnelle et les enjeux éthiques.
Ce qu’il reste à faire pour avancer
Dans l’article Cybersecurity in Industry 5.0, l’accent est mis sur des directions de recherche prioritaires. Il préconise de concevoir des architectures de sécurité natives pour les environnements 5.0, de tester les contre-attaques dans des bancs pilotes industriels, de développer des mécanismes de sécurité explicables (notamment pour l’IA embarquée) et de créer des standards ou certifications adaptés aux paradigmes hybrides humains-machines. Une collaboration étroite entre chercheurs, industriels, fournisseurs et autorités réglementaires apparaît dès lors essentielle pour que les solutions proposées soient pertinentes, adoptables et fiables.
L’enjeu crucial qu’est l’alignement de la transition vers une industrie plus humaine, durable et personnalisée avec une cybersécurité repensée est donc mis en lumière. Les contraintes techniques, organisationnelles et humaines sont certes nombreuses ; cependant la nécessité d’un nouveau cadre sécurisé est désormais une condition sine qua non pour que l’Industrie 5.0 ne reste pas un slogan, mais devienne une réalité viable.
1 type de cyberattaque au cours de laquelle les attaquants interceptent une conversation ou un transfert de données, soit en écoutant, soit en se faisant passer pour un participant légitime.
Les mousses métalliques composites (CMF, pour Composite Metal Foams) suscitent l’intérêt des ingénieurs depuis plusieurs décennies. Légères, isolantes et mécaniquement robustes, elles présentent un rapport résistance/poids très supérieur à celui des métaux massifs. Cependant, leur résistance à la fatigue en condition de haute température restait mal connue.
Une équipe menée par Zubin Chacko à la NC State University vient toutefois combler cette lacune. Leur étude, publiée dans Journal of Materials Science, montre qu’une mousse métallique composite acier-acier peut supporter plus d’un million de cycles compressifs à 400 °C et 600 °C sans défaillance majeure. Ces résultats repoussent considérablement les limites de durabilité de ce type de matériaux dans des conditions thermomécaniques extrêmes.
Une architecture ingénieuse
Une mousse métallique composite combine des sphères creuses en acier inoxydable enchâssées dans une matrice métallique du même matériau (ici de l’acier 316L).
Cette structure cellulaire confère au matériau sa légèreté et sa capacité à dissiper les contraintes. Les échantillons testés, obtenus par métallurgie des poudres, présentent ainsi une densité d’environ 3,3 g·cm⁻³, soit à peine 40 % de celle de l’acier massif.
Les essais de fatigue ont été réalisés en compression-compression, à température ambiante, 400 et 600 °C, dans une enceinte chauffée et sous atmosphère d’argon pour limiter l’oxydation.
Une endurance surprenante
À température ambiante, les résultats confirment le comportement classique des matériaux métalliques : la durée de vie en fatigue diminue lorsque la contrainte augmente. Certains échantillons ont néanmoins tenu jusqu’à 3,8 millions de cycles avant rupture.
Mais à 400 °C, les chercheurs ont observé un comportement inattendu. Un échantillon a ainsi résisté à plus de 1,37 million de cycles de charge alternant entre 6 et 60 MPa sans défaillance – un record pour ce type de matériau. À cette température, la durée de vie s’avère même supérieure à celle mesurée à 23 °C, ce qui est exceptionnel.
Les auteurs attribuent cette amélioration à un phénomène appelé « vieillissement dynamique par déformation » (Dynamic Strain Aging, DSA). Dans certaines plages de température, les atomes se diffusent et « bloquent » temporairement les dislocations, ralentissant alors la déformation plastique et retardant la propagation des fissures.
À 600 °C, les performances restent élevées, avec plus d’un million de cycles atteints pour des charges modérées. Cependant, au-delà d’un certain seuil de contrainte, les effets d’adoucissement thermique, de récupération dynamique et d’oxydation limitent la durabilité.
Une microstructure qui s’autorégule
Les observations au microscope électronique révèlent que les mousses métalliques composites possèdent une microstructure dynamique : effondrement partiel de la porosité, décollement local sphère/matrice et apparition de jumelage cristallin (twinning) dissipent localement l’énergie et permettent de retarder la rupture.
La porosité matricielle joue ici un rôle clé. Elle permet une répartition homogène de la déformation, atténuant les concentrations de contraintes et favorisant une « densification progressive » sous cycles répétés. Associé au DSA, ce mécanisme confère au matériau une résilience structurelle unique.
Des applications variées
Les résultats ouvrent des perspectives dans tous les secteurs où la sécurité dépend de la résistance à la fatigue en milieu chaud. Comme le souligne Afsaneh Rabiei, co-auteur de l’étude, ces performances sont cruciales lorsque « la défaillance d’un équipement pourrait compromettre la santé ou la sécurité publiques », comme dans les moteurs à réaction (aubes, volets d’échappement, conduits), les turbines à gaz et à vapeur, les structures d’avions hypersoniques, les systèmes de freinage automobiles, les moteurs à combustion interne, ou encore les gaines de combustible nucléaire.
La mousse métallique composite en acier se positionne ainsi comme une alternative légère et sûre pour remplacer certains aciers massifs soumis à des conditions extrêmes de température et de charge.
De nombreux défis encore à relever
Cependant, plusieurs points restent à résoudre. La production par métallurgie des poudres, notamment, bien que maîtrisée, introduit une microporosité résiduelle qui peut à long terme amorcer des fissures. Par ailleurs, les auteurs soulignent que les essais ont été réalisés dans un environnement contrôlé. Des tests en air ambiant ou sous cycles thermiques réels seront nécessaires avant toute intégration industrielle.
Malgré ces limites, l’étude marque une étape importante dans la compréhension de la fatigue des mousses métalliques composites. En combinant structure cellulaire, porosité active et effets de vieillissement dynamique, ces matériaux démontrent un potentiel remarquable de stabilité et de longévité à haute température.
Pour les ingénieurs matériaux, cette avancée ouvre la voie à une nouvelle génération de composants capables de fonctionner au-delà des capacités de l’acier conventionnel, tout en réduisant le poids et en augmentant la sécurité des systèmes critiques.
Quel mode de chauffage privilégier pour l’avenir, au regard des enjeux de décarbonation ? Les technologies de pompe à chaleur (PAC) sont en bonne position pour remplacer une grande partie des chaudières fioul et gaz, voire les convecteurs électriques. Poussées par une réglementation favorable dans le diagnostic de performance énergétique, ainsi que par des systèmes de soutien public (MaPrimeRénov) et privé (certificats d’économies d’énergie), les PAC équipent déjà 4 millions de logements selon l’Association française des pompes à chaleur (AFPAC), soit 25 % du marché.
La part des PAC pourrait doubler, voire tripler d’ici 2035 selon les hypothèses de RTE, atteignant 107 ou 120 TWh, alors qu’en 2021 elles n’assuraient « que » 43 TWh de la chaleur produite nationalement. Dès lors, deux questions (au moins) se posent : les utilisateurs sont-ils économiquement satisfaits de ce mode de chauffage ? Et ses performances techniques sont-elles au rendez-vous ?
Un moyen de décarboner le chauffage
À la première question, l’Union française de l’électricité (UFE) et l’AFPAC répondent par un sondage récent effectué auprès d’utilisateurs en Occitanie*. Même si l’étude est circonscrite à cette région, les résultats sont sans appel : 97 % d’entre eux ont connu une baisse de leur facture. Cette diminution n’est cependant pas homogène. Elle a été entre un quart et une moitié pour 54 % des sondés, de moins d’un quart pour 33 % d’entre eux, et de plus de la moitié pour 9 %. Ces baisses ne prennent pas en compte le niveau d’investissement initial dans la PAC.
Le gain n’est néanmoins pas négligeable. L’UFE et l’AFPAC insistent sur cet aspect qui permet aux ménages de gagner en pouvoir d’achat. Tout comme ils rappellent que les PAC sont, dans le cadre de MaPrimeRénov, la solution évitant le plus d’émissions de gaz à effet de serre par euro de soutien public (1,33 kgCO2eq/an par euro investi). Ce niveau de réduction tient à l’électricité décarbonée en France qui alimente le compresseur des PAC, ainsi qu’à leur rendement énergétique (exprimé par COP [coefficient de performance] mesurant le rapport entre l’énergie fournie au logement et l’électricité consommée).
Sur la question des performances réelles des pompes à chaleur, l’Ademe vient justement de publier les résultats d’une campagne de mesure sur 90 PAC air/eau et 10 PAC géothermiques (eau/eau ou sol/eau). Réalisée dans des maisons individuelles instrumentées pendant une année entière, cette campagne a été complétée par une étude sur les consommations de chauffage de 88 ménages utilisant une PAC air/air, et par des tests en laboratoire.
Ce type d’approche est très utile, car entre le COP théorique donné par les constructeurs des PAC et la réalité, il peut y avoir un écart selon la qualité de l’installation, les réglages, les niveaux d’usage et la température de l’environnement extérieur dans lequel les calories sont prises.
Les performances des PAC air/eau encore améliorables
Les PAC air/eau ne représentent que 16 % des ventes de pompes à chaleur en France, mais leur potentiel est important, car elles peuvent remplacer les chaudières gaz ou fioul pour les systèmes de chauffage à eau chaude. Les mesures de l’Ademe montrent des COP compris entre 1,8 et 4,5 avec une moyenne à 2,9. Cela fait des PAC air/eau un moyen réellement efficace pour le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire (ECS).
Si les PAC sont bien mises en œuvre et bien réglées, les COP sont bons quels que soient la zone géographique et le niveau d’isolation du bâtiment, ce qui facilite la rentabilité de l’investissement. Mais ce n’est pas toujours le cas puisqu’un tiers des PAC air/eau étudiées ont un COP inférieur à 2,5. C’est d’autant plus vrai dans les zones où les hivers sont plus froids : l’échantillon de l’Agence voit une baisse moyenne de performance de 30 % dans le nord par rapport au sud du pays. Les performances sont aussi plus faibles pour la production d’ECS.
Pour éviter que les performances soient dégradées, il y a donc un enjeu primordial à former les professionnels. Deux points cruciaux sont identifiés par l’Ademe : le bon dimensionnement des radiateurs et le réglage de la loi d’eau qui doit permettre une bonne adéquation entre température extérieure et température de l’eau des radiateurs. Un entretien régulier doit aussi préserver une bonne performance. L’UFE et l’AFPAC font d’ailleurs remarquer que la filière représente plus de 50 000 emplois et que cet effectif pourrait doubler, pour répondre à la fois aux besoins d’installation et de maintenance.
Autres PAC à prendre en compte
En comparaison, les PAC géothermiques (avec des sondes verticales ou horizontales dans le sol) présentent des COP bien meilleurs, mesurés entre 2,4 et 7,5 par l’Ademe, pour une moyenne de 4,1. Plus contraignantes à installer, ces PAC sont cependant moins sensibles au climat et permettent un rafraîchissement passif l’été, ce qui devrait intéresser particulièrement les bâtiments tertiaires.
Quant aux PAC air/air, qui représentent la majorité des pompes à chaleur vendues en France (71 % de parts de marché), l’Ademe montre qu’elles ont permis en moyenne de diviser par deux la consommation d’électricité liée au chauffage. Ce niveau a été évalué en comparaison des équipements – principalement des radiateurs électriques – que les PAC remplaçaient dans l’échantillon étudié. D’autres travaux doivent permettre d’évaluer les rendements réels de ces PAC air/air, moins chères et plus faciles à installer que les autres.
Enfin, l’Ademe rappelle que l’isolation des bâtiments reste une priorité pour le confort des habitants. Elle permet d’avoir des PAC de plus petites puissances, de moindre coût et d’une plus grande durée de vie (car moins sollicitées), tout en limitant les appels de pointe sur le réseau électrique l’hiver.
* sondage réalisé auprès d’environ 900 ménages dont 69 % de propriétaires. 540 répondants habitent en maison individuelle. 39 % des PAC sont sur vecteur air et 61 % sur vecteur eau.
Bpifrance accélère la nouvelle génération d’industries deeptech
Bpifrance vient d’annoncer la neuvième promotion de son Accélérateur Néo Startups industrielles, un programme dédié aux jeunes entreprises en phase d’industrialisation. Vingt-cinq startups françaises intègrent cette nouvelle cohorte, sélectionnées pour leur potentiel à transformer leurs innovations de laboratoire en procédés productifs à grande échelle. Ce programme vise à accompagner la structuration, la montée en cadence et la mise en réseau de ces acteurs de la nouvelle industrie française, couvrant des domaines tels que les matériaux avancés, la chimie propre, les énergies alternatives et la robotique.
L’Union européenne veut concilier industrie et neutralité carbone
À la veille du sommet européen consacré à la révision des objectifs climatiques pour 2040, un document préparatoire souligne la volonté des États membres d’obtenir un soutien renforcé pour les secteurs industriels lourds. Acier, automobile, chimie et ciment plaident pour un encadrement réglementaire adapté et pour des aides ciblées afin de réussir leur transition énergétique sans perte de compétitivité face à la Chine ou aux États-Unis. L’enjeu est de concilier neutralité carbone et souveraineté industrielle dans un contexte de tensions économiques et technologiques accrues.
Mohon mise sur l’économie circulaire pour recréer de l’emploi industriel
La zone industrielle de Mohon, à Charleville-Mézières, accueillera dès 2026 un projet de revalorisation des articles invendus de l’industrie du luxe, à l’origine de la création de soixante-dix emplois. Cette implantation illustre la montée en puissance des modèles circulaires intégrés dans les territoires industriels, combinant logistique, tri, transformation et réemploi des matériaux. L’initiative s’inscrit dans une dynamique nationale de réindustrialisation par la sobriété, soutenue par des partenariats entre acteurs publics et privés.
Captage de CO₂ : la voie cryogénique d’Eiffage et Revcoo franchit une étape
Eiffage s’associe à la startup française Revcoo pour développer un procédé cryogénique de captage du dioxyde de carbone destiné aux industries fortement émettrices. Ce système exploite le froid extrême pour condenser le CO₂ issu des procédés de combustion, permettant de réduire l’empreinte carbone des usines de chaux et de ciment. Lire l’article Techniques de l’ingénieur, « Une usine de chaux teste la capture cryogénique du CO₂ pour réduire ses émissions ».
L’intelligence artificielle accélère la simulation physique industrielle
Deux publications récentes soulignent la progression de l’IA dans la simulation numérique appliquée aux réseaux énergétiques et aux procédés industriels. Le Machine Learning for Physical Simulation Challenge explore l’utilisation de l’apprentissage automatique pour optimiser la stabilité des réseaux électriques intégrant une part croissante d’énergies renouvelables. Parallèlement, de nouveaux travaux menés par des acteurs de l’aéronautique et du numérique s’intéressent à la modélisation physique assistée par IA pour accélérer les calculs thermiques et mécaniques de grande échelle. Ces avancées illustrent l’émergence d’une IA industrielle hybride, capable d’intégrer les contraintes physiques dans les modèles d’apprentissage.
À l’agenda
L’Agence de l’OCDE (NEA) et l’Agence internationale de l’énergie (3 au 7 novembre 2025, Fontenay-aux-Roses) invitent les chercheurs, ingénieurs et décideurs du nucléaire et des réacteurs avancés à un événement autour de la taxonomie et la terminologie des cycles de combustible pour les réacteurs à sels fondus.
Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) sera présent au Salon des Maires 2025 (18 au 20 novembre 2025, Paris), dans le cadre de ses actions de promotion des filières EnR et d’influence auprès des collectivités.
Le Salon Industries du Futur Trade Show 2025 (25 et 26 novembre 2025, Mulhouse) mettra en lumière les technologies de l’industrie 4.0/5.0, l’automatisation, la robotique, la transformation numérique industrielle et les innovations de production.
Depuis 2024, le groupe de construction Eiffage, en partenariat avec la start-up lyonnaise Revcoo, teste sur son site de production de chaux à Haut-Lieu (Nord) un procédé cryogénique de capture du CO₂ mis au point par cette jeune entreprise. Ce démonstrateur vise à congeler le gaz carbonique des fumées industrielles à -196 °C à l’aide d’un jet d’azote liquide, pour le liquéfier ensuite et le stocker, sans recours à l’eau ni à des solvants chimiques classiques. Le pilote actuel capture l’équivalent de 1 000 tonnes de CO₂ par an.
La technologie développée par Revcoo porte le nom CarbonCloud. Elle se distingue par sa simplicité d’intégration. L’installation est greffée en post-combustion, sans modifier le cœur de procédé industriel, et repose sur des composants standard (compresseurs, sécheurs, échangeurs) pour limiter les coûts et les risques techniques. Le procédé combine deux procédés brevetés, avec respectivement un jet cryogénique pour convertir le CO₂ en phase liquide et un système interne de récupération thermique issu des fumées pour alimenter le cycle.
Actuellement, le pilote ne traite qu’environ 2 % des émissions totales du site de chaux, dont la production journalière atteint environ 300 tonnes de chaux. Eiffage a pour objectif de réduire de 46 % ses émissions directes d’ici 2030. Sur ce site spécifique, Revcoo ambitionne d’augmenter progressivement la capacité du système pour atteindre, à terme, 80 000 à 100 000 tonnes de CO₂ capturées par an – l’équivalent de l’ensemble des émissions du site.
Le procédé est particulièrement adapté aux fumées industrielles qui présentent une concentration de CO₂ entre 10 % et 70 %. Cette plage le rend pertinent pour les cimenteries, les incinérateurs, les verreries, les installations de biomasse ou encore les sites de production d’engrais. En Europe, Revcoo a identifié près d’un millier de sites industriels présentant ces caractéristiques. En outre, certains clients potentiels, comme des cimenteries d’Allemagne, d’Italie ou d’Espagne, se sont déjà montrés intéressés pour tester cette technologie en condition réelle.
Sur le plan financier, Revcoo a bénéficié d’un soutien initial de 6 millions d’euros et d’un appui dans le cadre du plan France 2030. La start-up prévoit une levée de fonds de 20 millions d’euros d’ici fin 2025 pour accélérer son développement, renforcer ses effectifs (passer de 12 à 40 employés d’ici 2027) et lancer la production de machines modulaires capables de capturer 100 000 tonnes de CO₂ par an. Selon les estimations, l’investissement nécessaire pour un site industriel se situerait entre 50 et 100 millions d’euros, avec une rentabilité attendue sur 5 à 6 ans.
Cette technologie cryogénique s’inscrit dans une catégorie de techniques de capture post-combustion par séparation physique, qui peuvent présenter des avantages significatifs par rapport aux procédés chimiques classiques (solutions aqueuses d’amines). Selon des études académiques, la capture cryogénique pourrait permettre une efficacité plus élevée, une pénalité énergétique moindre et une réduction de l’usage de solvants ou d’eau. Cependant, malgré ces promesses, la commercialisation de ces méthodes reste aux stades de démonstrateurs ou prototypes dans de nombreux cas, en raison de défis relatifs à la gestion thermique, à la formation de givre/dépôts de CO₂ solide, au dimensionnement et au coût global des installations.
Un aspect critique concerne l’usage ou le stockage final du CO₂. Le gaz capturé peut être utilisé dans la fabrication de carburants de synthèse, de produits chimiques, ou bien injecté dans des structures géologiques de stockage souterrain (CCS). Mais ces filières restent encore peu développées en France, et l’incertitude réglementaire ou économique sur leur déploiement freine l’adoption massive. Revcoo et d’autres acteurs appellent à un cadre stable et clair pour encourager le développement de marchés de valorisation ou de séquestration à long terme. Par ailleurs, certains critiques considèrent le captage du carbone comme un palliatif permettant aux industries de conserver des procédés polluants plutôt que de les transformer en profondeur – une crainte que Revcoo et les industriels partenaires reconnaissent eux-mêmes, en insistant sur le rôle complémentaire du captage dans une stratégie globale de décarbonation.
Le cas d’Eiffage et Revcoo constitue un exemple industriel inédit en France de tentative de captage cryogénique à l’échelle d’un site réel. Il illustre les opportunités technologiques pour les secteurs difficiles à décarboner, mais aussi les verrous encore à lever, tels que les performances énergétiques, les coûts d’investissement, la disponibilité des infrastructures de stockage ou de valorisation du CO₂, et l’acceptabilité réglementaire. Si les prochaines phases de montée en capacité réussissent, ce démonstrateur pourra servir de modèle pour d’autres industries européennes confrontées au dilemme de réduire leurs émissions résiduelles par des procédés compatibles avec leurs contraintes industrielles.
Equip Auto Paris 2025 se déroule jusqu’au 18 octobre à Paris Expo Porte de Versailles. Cet événement incontournable des professionnels de la filière automobile réunira 1 400 exposants et marques venus du monde entier. Cette 50e édition intervient dans un contexte de crise puisque la filière traverse une séquence marquée par des suppressions d’emplois et des plans sociaux touchant principalement les équipementiers. Une situation préoccupante, car l’automobile est un secteur clé du tissu industriel français. L’ensemble de l’écosystème regrouperait environ 400 000 salariés.
Les plans sociaux et les fermetures s’enchaînent
Les fabricants et sous-traitants automobiles européens ont annoncé de nombreux plans de réductions d’effectifs ces derniers mois. Depuis janvier 2024, ce sont près de 7 300 emplois qui ont été supprimés ou pourraient l’être à l’issue de fermetures d’usines.
Fin 2024, deux grands acteurs de la construction automobile ont annoncé d’importantes suppressions de postes pour réduire leurs coûts. Il s’agit de Volkswagen avec 35 000 postes supprimés en Allemagne d’ici 2030 et de Ford avec 4 000 suppressions d’emplois en Europe d’ici fin 2027.
Des suppressions qui sont des préalables à des fermetures d’usines. C’est le cas de Valeo qui a officialisé, après des réductions d’effectifs, la fermeture de trois de ses usines françaises : le site de L’Isle-d’Abeau en Isère, de La Suze dans la Sarthe et le centre de R&D de La Verrière dans les Yvelines.
Quant à Michelin, le groupe va fermer ses usines de Vannes et de Cholet qui emploient près de 1 300 salariés. Novares, l’équipementier automobile dont Stellantis est le principal client, a annoncé la fermeture de son site d’Ostwald, en Alsace.
Une vague qui devrait continuer à déferler dans les trois ans à venir : 45 000 emplois au minimum pourraient être supprimés en France selon La Fédération des équipementiers automobiles (FIEV). Celle-ci estime, par ailleurs, que l’effectif des équipementiers français a diminué de 17 % depuis 2019.
Un ralentissement de la demande
Ces difficultés trouvent leurs origines dans le recul global des volumes de vente de véhicules neufs au niveau européen. Selon l’Organisation Internationale des Constructeurs Automobiles, la production nationale de véhicules légers est passée de 1,5 million en 2023 à 1,36 million de véhicules en 2024, soit une baisse de 63 % depuis 2002.
Il faut souligner que la transition vers l’électrique a accentué les difficultés de la filière non seulement du fait de la stagnation des ventes de véhicules électriques en Europe, mais aussi par l’exposition des constructeurs européens à une concurrence chinoise aux prix plus compétitifs sur le marché. Avec l’électrification, la filière doit également se réorganiser pour s’adapter à la disparition de certaines de ses activités et à l’entrée de nouveaux acteurs dans la filière comme les fabricants de batteries.
Quelles stratégies pour demain ?
L’Europe peut agir au moyen d’une politique protectionniste, passant notamment par l’imposition de droits de douane supplémentaires et par la garantie d’un accès à une énergie aux coûts abordables pour ses industriels. Le prix de l’électricité est trois fois plus élevé en Europe qu’en Chine selon le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE).
Logiquement, les barrières douanières pourraient inciter les constructeurs chinois et américains à réagir en investissant directement sur le sol européen. L’instauration de clauses de contenu local dans la production se révélera donc nécessaire à l’avenir.
Rappelons que le succès chinois est le résultat de politiques de réglementations et de subventions massives visant à favoriser la production intérieure et le « Made in China ».
Ce webinar, en accès libre, est organisé le jeudi 13 novembre 2025 à 11h. Il portera sur l’utilisation de COMSOL Multiphysics® pour modéliser le packaging des dispositifs électroniques, ainsi que les tests de performance et d’intégrité.
D’autres usages seront également mis à l’honneur à travers des exemples relevant de la mécanique des structures et de l’électromagnétisme.
Le logiciel COMSOL Multiphysics® et ses modules complémentaires offrent un large éventail de fonctionnalités permettant notamment de modéliser le comportement des dispositifs électroniques et de tester virtuellement leur intégrité dans diverses conditions de fonctionnement. Des atouts indéniables pour les utilisateurs, leur permettant d’accélérer les processus de développement, de réduire les coûts et d’améliorer les performances globales du produit final.
L’informatique quantique, en particulier sur plateformes à qubits supraconducteurs, est souvent présentée comme la prochaine frontière de la puissance de calcul. Cependant, si la création d’un qubit isolé a été maîtrisée à plusieurs reprises, passer de quelques dizaines ou centaines de qubits à des systèmes embarquant des milliers voire des millions de qubits fiables requiert de surmonter d’énormes défis d’ingénierie. Parmi ces défis, le câblage cryogénique – c’est-à-dire les lignes de contrôle et de lecture qu’il faut descendre jusqu’aux qubits dans un réfrigérateur à dilution – constitue un goulot d’étranglement critique.
Chaque ligne de signal transporte non seulement les signaux de pilotage ou de mesure, mais introduit également des apports thermiques, occupe de la place et génère des contraintes d’intégration. Quand les températures au voisinage de 10 millikelvins doivent être maintenues, toute dissipation thermique est redoutable. En réalité, au-delà de quelques centaines de qubits, les systèmes existants atteignent leurs limites thermiques ou spatiales. Construire une machine à l’échelle du million de qubits avec les architectures de câblage actuelles entraînerait des coûts astronomiques et des infrastructures gigantesques.
Isentroniq positionne ce problème comme un « deadlock » structurel, considérant qu’en l’absence d’une refonte du câblage, les avancées sur les qubits ou l’électronique ne suffiront pas à atteindre la mise à l’échelle.
La solution d’Isentroniq : un câblage dense, quasiment sans chaleur
Pour s’attaquer à ce défi, Isentroniq propose une technologie d’interconnexion cryogénique optimisée sur les trois axes principaux que sont la chaleur, l’encombrement et le coût. Son ambition est de permettre une densité de câblage mille fois supérieure dans les réfrigérateurs à dilution existants, sans dépasser les budgets thermiques acceptables.
La startup adopte un modèle « fabless », c’est-à-dire qu’elle conçoit l’architecture du câblage, mais s’appuie sur des partenaires spécialisés pour la fabrication des composants. Cela vise à accélérer le temps de mise sur le marché et à limiter les investissements en capital initiaux.
Selon le blog de l’entreprise, en cas de réussite, le coût d’un système à un million de qubits pourrait tomber à environ 50 millions d’euros, un ordre de grandeur nettement inférieur aux estimations dans le contexte des architectures classiques de câblage.
Le positionnement d’Isentroniq est complémentaire aux acteurs des qubits ou du refroidissement : sa cible de clientèle inclut les fabricants de systèmes quantiques comme Alice & Bob, Google, IBM, AWS, IQM ou Rigetti, tous concernés par le même goulot de câblage.
Tour de table, ambitions financières et perspectives
Pour soutenir le développement de cette technologie ambitieuse, Isentroniq a réussi à lever 7,5 millions d’euros dans un tour de financement initié par Heartcore Capital, avec la participation d’OVNI Capital, Kima Ventures, iXcore, Better Angle, Epsilon VC. Le financement bénéficie également du soutien de Bpifrance et de l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre du programme France 2030.
Ces fonds doivent permettre de bâtir une équipe pluridisciplinaire (physique quantique, ingénierie RF, mécanique, logiciel), d’établir des plateformes de tests cryogéniques et de démarrer les premiers prototypes intégrables à des lignes pilotes dès 2026, avant de passer à une version commerciale en quelques années.
Dans un entretien relayé par EE Times Europe, le cofondateur Paul Magnard note que la production pourrait démarrer dans les 18 mois, avec des intégrations pilotes possibles dès 12 mois.
Paul Magnard affirme qu’aujourd’hui le vrai verrou pour les qubits supraconducteurs n’est plus la physique des qubits, mais bien l’infrastructure de câblage. Son ambition est de transformer ce goulot en un accélérateur.
Du point de vue concurrentiel, bien qu’il existe des travaux sur des architectures de câblage avancées (par exemple le concept de « quantum socket » qui exploite la troisième dimension pour densifier les connexions), Isentroniq prétend être le seul à fournir une solution end-to-end vérifiée pour un usage quantique à grande échelle.
Si Isentroniq réussit à industrialiser sa technologie, elle pourrait débloquer une étape cruciale dans la transition de prototypes quantiques de laboratoire vers des systèmes quantiques opérationnels à grande échelle. Le financement, l’équipe, et les partenariats stratégiques qu’elle nouera seront déterminants dans les prochaines années.
Toutefois, des risques subsistent, tels que la performance réelle, la robustesse des lignes de câblage à basse température, l’intégration avec diverses architectures qubit et la montée en volume manufacturier poseront des défis techniques majeurs. La concurrence est également forte dans l’écosystème quantique où plusieurs acteurs travaillent sur les couches matérielles de support.
Enfin, même si le câblage est un verrou majeur, il n’efface pas les autres défis de l’informatique quantique (correction d’erreur, décohérence, contrôle électronique, logiciels quantiques). Cependant, en levant ce frein, Isentroniq pourrait rendre possible ce qui aujourd’hui semble hors de portée : des ordinateurs quantiques utiles à grande échelle.
Isentroniq a été fondée en 2025 par Paul Magnard, spécialiste des qubits supraconducteurs (PhD ETH Zurich, ancien architecte chez Alice & Bob) et Théodore Amar, ancien consultant chez Bain & Company et déjà entrepreneur à succès. Leur complémentarité science / exécution est un point clé de crédibilité pour mener un projet matériel aussi ambitieux.
Longtemps considérés comme de simples outils d’observation, les drones se sont imposés comme de véritables armes depuis le début du conflit en Ukraine. Sur ce champ de bataille, les appareils civils détournés à des fins militaires côtoient des engins d’attaque sophistiqués capables de frapper des cibles précises à des milliers de kilomètres. Peu coûteux, faciles à déployer et difficiles à intercepter, ils bouleversent les stratégies traditionnelles et redéfinissent la notion même de supériorité aérienne. Cette évolution force les États à repenser leurs moyens de défense et conduit au développement d’un nouveau paysage technologique de la lutte anti-drones.
Symbole d’une guerre plus propre et silencieuse, la technologie à énergie dirigée concentre un faisceau laser capable de chauffer et de détruire la structure d’un drone en plein vol. En France, le démonstrateur HELMA-P, développé par l’entreprise Cilas pour le ministère des Armées, a prouvé qu’il pouvait neutraliser en quelques secondes des drones légers à plusieurs centaines de mètres, sans bruit ni explosion. Aux États-Unis, la marine teste le système HELIOS, monté sur un navire et conçu pour aveugler ou détruire des drones. Chaque tir ne coûte que l’énergie consommée, bien moins qu’un missile. Subsistent toutefois plusieurs défis dans son utilisation, tels que la puissance électrique nécessaire, les conditions météo ou encore la sécurité d’emploi, mais le laser s’impose déjà comme une révolution discrète de la défense aérienne.
Autre voie prometteuse : les armes à ondes radiofréquences ou RF-DEW (Radio Frequency Directed Energy Weapon). Contrairement aux lasers, elles ne visent pas la structure, mais l’électronique du drone. Une impulsion électromagnétique intense suffit à provoquer une panne immédiate des circuits, rendant l’appareil inopérant. Le Royaume-Uni expérimente son démonstrateur RapidDestroyer, capable de neutraliser plusieurs drones simultanément jusqu’à un kilomètre de distance. Chaque tir, dont le coût ne dépasse pas quelques centimes d’euros, agit sans explosion ni débris. Ces armes se révèlent redoutables contre les essaims de drones, mais leur mise en œuvre exige une puissance énergétique élevée et une réglementation adaptée pour éviter les interférences avec les communications civiles.
Un faisceau d’ondes ciblé pour neutraliser un drone
Plutôt que de détruire, certaines technologies préfèrent désorienter. Le brouillage perturbe les signaux radio ou GPS qui permettent au drone de communiquer avec son pilote ou de se repérer. Privé de ces liaisons, l’appareil se fige, atterrit ou s’écrase. En France, le système NEROD, développé par MC2 Technologies, un spin-off issu du laboratoire de recherche IEMN (Institut d’Électronique, de Microélectronique et de Nanotechnologie), illustre cette approche en projetant un faisceau d’ondes ciblé. Celui-ci neutralise des drones sans explosion ni dommages collatéraux, un atout majeur en milieu urbain.
Avec la miniaturisation et la vitesse croissante des drones, les tourelles automatisées deviennent également des atouts essentiels. Guidées par l’intelligence artificielle, elles identifient la cible, évaluent son comportement et ouvrent le feu à l’aide de mitrailleuses téléopérées ou de canons automatiques, tandis que d’autres intègrent des armes non létales, comme les faisceaux de brouillage. Mais l’autonomie croissante de ces systèmes soulève des questions : comment garantir un tir sûr, éviter les erreurs d’identification et maintenir un contrôle humain ?
Pour répondre à la diversité des menaces, les armées développent des stratégies de défense multicouche, fondées sur la combinaison de plusieurs solutions techniques. L’objectif est de détecter, d’identifier et de neutraliser les drones à chaque étape de leur approche. Une première couche assure la détection, grâce à des radars, des capteurs optiques ou des radiofréquences. Vient ensuite l’analyse, souvent assistée par l’intelligence artificielle, qui distingue un drone d’un simple oiseau. Enfin, la neutralisation mobilise différentes technologies selon la nature et la distance de la menace. Ces solutions ne s’excluent pas, elles se renforcent. Ensemble, elles esquissent le futur d’une défense aérienne plus intelligente, plus réactive et plus sélective, adaptée à une menace devenue omniprésente.
La France a récemment marqué un tournant majeur en matière de souveraineté numérique et de protection des données. Le Centre d’Accès Sécurisé aux Données (CASD) est devenu le premier hébergeur en Europe à obtenir la certification Europrivacy, validée conformément à l’article 42 du RGPD.
Une très bonne nouvelle, car on ne peut pas dire que le RGPD soit entré dans les mœurs de toutes les entreprises alors qu’il est applicable depuis mai 2018 ! La preuve, depuis mai 2025, seize nouvelles sanctions ont été prononcées par la CNIL dans le cadre de sa procédure simplifiée. Montant total : 108 000 euros.
Ces chiffres paraissent modestes comparés aux amendes spectaculaires infligées par le passé à des géants du numérique : 325 millions d’euros pour Google, 150 millions pour Shein, ou encore 900 000 euros pour une filiale de Solocal (Ex. Pages Jaunes).
La certification décrochée par le CASD confirme le haut niveau de son processus d’accès sécurisé aux données personnelles à des fins statistiques et de recherche. Reconnue par trente pays européens, cette certification ouvre la voie à une coopération renforcée en matière de transfert de données au sein du continent.
Une belle récompense pour ce Groupement d’intérêt public (GIP) mis en place au début du RGPD. Créé par arrêté interministériel le 29 décembre 2018, le CASD réunit l’État (via l’INSEE), le GENES, le CNRS, l’École polytechnique, HEC Paris et la Banque de France.
Sa mission principale est de mettre en œuvre des services d’accès sécurisé aux données confidentielles, dans un cadre non lucratif, au service de la recherche, de l’évaluation et de l’innovation. Le CASD valorise également les technologies développées pour sécuriser l’accès aux données, tant dans le secteur public que privé.
Ses missions couvrent plusieurs volets :
offrir des services sécurisés d’accès aux données confidentielles ;
participer à l’anonymisation et à la constitution de bases de données ;
assurer la documentation et l’archivage des données sensibles.
Un boîtier physique pour des accès sécurisés
La certification Europrivacy a été obtenue à l’issue d’un audit rigoureux mené par TAM-CERT, organisme indépendant spécialisé en sécurité et protection des données. Elle confirme que les données les plus sensibles du pays – santé, justice, finances, éducation, environnement, agriculture, etc. – bénéficient d’un traitement conforme aux standards les plus exigeants en matière de sécurité, de transparence et d’éthique.
Le CASD dispose déjà de plusieurs certifications reconnues dans le domaine de la cybersécurité : ISO 27001, ISO 27701, Hébergeur de Données de Santé (HDS). Il est également homologué au référentiel de sécurité du Système National des Données de Santé (SNDS) et conforme au référentiel des Entrepôts de Données de Santé (EDS).
L’une de ses innovations phares est la SD-Box, un boîtier physique qui permet aux chercheurs d’accéder à distance, de manière fluide et sécurisée, à leurs environnements de travail. Les chiffres témoignent de son ampleur : 1 803 projets gérés, 549 sources de données disponibles, 1 116 institutions utilisatrices, 6 874 chercheurs accrédités et plus de 400 publications scientifiques issues de ses travaux.
Au-delà de ses performances techniques, le CASD incarne une vision stratégique : offrir une alternative française et souveraine face à la domination américaine dans l’hébergement des données.
Le CASD constitue ainsi une solution intermédiaire pour le Health Data Hub (HDH), en attendant la mise en place d’une offre commerciale pleinement conforme aux exigences de souveraineté.
Il démontre que la France ne se contente pas de suivre le mouvement : elle prend les devants, en plaçant la protection des données personnelles au cœur de sa stratégie numérique et scientifique.