Éolien en mer : TotalEnergies promet une préférence européenne pour les équipements

Les projets d’éoliens offshore pilotés par TotalEnergies se trouvent en Allemagne, au Royaume-Uni, en Corée du Sud, à Taïwan, aux États-Unis et aux Pays-Bas. Aucun projet d’envergure n’est situé en France, hormis une participation dans le projet de ferme pilote d’éoliennes flottantes Eolmed, au large de Gruissan, en Méditerranée.

Les choses ont néanmoins changé depuis le 24 septembre dernier. Le ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie a désigné le consortium Cotentin Énergies Marines, composé de TotalEnergies et RWE, comme le lauréat de l’appel d’offres du projet éolien en mer « Centre Manche 2 ». Situé à une quarantaine de kilomètres des côtes normandes, ce projet est estimé à 4,5 milliards d’euros d’investissement. « Nous sommes très fiers d’avoir remporté cet appel d’offres pour la construction du plus grand parc d’énergie renouvelable en France à ce jour. (…) Ce projet constituera le plus gros investissement de TotalEnergies en France depuis des décennies » a déclaré PDG de TotalEnergies dans un communiqué.

Un parc éolien géant

Disposant d’une capacité de 1,5 gigawatt, ce parc éolien produira, après le démarrage prévu en 2033, environ 6 TWh par an et alimentera en électricité l’équivalent de plus de 1 million de foyers français. Il sera situé à proximité du précédent projet éolien « Centre-Manche 1 » d’une puissance de 1 gigawatt et qui a été confié à EDF renouvelables et Maple Power.

Avec ce second projet, la puissance éolienne en développement dans la zone « Centre Manche » est donc portée à environ 2,5 GW.

Le territoire normand et l’industrie européenne à l’honneur

Le géant pétrolier assure générer de fortes retombées économiques pour la Normandie en employant jusqu’à 2 500 personnes pendant les trois années de construction. Il compte mobiliser le tissu économique local en s’appuyant potentiellement sur deux pôles majeurs normands de construction d’éoliennes : Siemens Gamesa au Havre et GE Vernova à Cherbourg.

Le groupe, qui souhaite se montrer exemplaire en matière de recyclage des composants du parc éolien en mer, indique qu’il veillera « à ce que les taux de recyclage, de réemploi ou réutilisation des pales et des mâts et nacelles soient supérieurs ou égaux à 95 % et à recycler ou réutiliser 100 % des aimants des génératrices ».

D’après le ministère de l’Industrie, TotalEnergies s’engage aussi à recourir à des PME pour au moins 10 % des prestations d’études ou de fabrication des composants. Le projet bénéficiera également à l’industrie européenne, puisque le groupe a annoncé son intention de s’approvisionner principalement auprès de fournisseurs européens, notamment en matière d’éoliennes et de câbles électriques.

RWE se retire du projet

TotalEnergies s’était associé à l’allemand RWE, leader mondial de l’éolien en mer, pour ce projet ambitieux. Cependant, RWE veut désormais renoncer à l’éolien en mer en France et a émis le souhait de se retirer du projet, sous réserve de l’accord des autorités françaises. TotalEnergies devra donc poursuivre le développement seul ou avec un nouveau partenaire éventuel.

Signe supplémentaire d’une baisse de l’attractivité du marché éolien français : dans son communiqué du 24 septembre dernier, le ministère a également annoncé que l’appel d’offres pour la construction et l’exploitation d’un parc éolien en mer situé en Sud-Atlantique au large de l’île d’Oléron n’a fait l’objet d’aucune offre au terme de la période de candidature. Le modèle économique irréaliste et les prix de rachat de l’électricité trop bas figurent parmi les raisons invoquées par les industriels pour justifier leur désintérêt pour ce projet.

Logistique lourde à l’ère de l’Industrie 4.0 : de la mécanique traditionnelle à l’automatisation

La logistique lourde, longtemps dominée par des solutions mécaniques et des processus manuels, entre dans une nouvelle ère grâce à l’intégration de l’IA et de la robotique. Ces technologies permettent de relever les défis d’efficacité, de précision et de durabilité. En effet, l’optimisation des itinéraires en temps réel par des algorithmes d’IA, la prise en charge des tâches de chargement par des robots autonomes et l’utilisation de jumeaux numériques pour simuler les processus avant leur mise en œuvre sont des éléments clés de cette transformation.

L’Industrie 4.0 joue un rôle crucial dans cette évolution, en intégrant des technologies telles que l’Internet des objets (IoT) et l’edge computing. Ces technologies permettent aux équipements lourds d’être interconnectés et de fonctionner de manière autonome dans des environnements complexes. Par exemple, les capteurs installés sur les véhicules de transport collectent des données en temps réel, telles que la température, les vibrations ou l’inclinaison, et alertent les opérateurs sur les anomalies.

La 5G est un autre pilier de cette évolution. Elle permet des communications ultra-rapides entre les systèmes, facilitant la coordination des véhicules lourds en temps réel. Cette latence faible est essentielle pour les transports coordonnés, où une synchronisation parfaite est indispensable. Les réseaux 5G permettent en effet la transmission de données vidéo de haute résolution, offrant ainsi un soutien visuel pour les manœuvres complexes.

Un des développements les plus notables est l’introduction des jumeaux numériques dans le processus logistique. Ces simulations virtuelles permettent de tester des scénarios de transport avant même que les charges ne soient déplacées, garantissant ainsi une gestion optimale et réduisant les risques d’erreur. L’IA, associée à ces jumeaux numériques, peut prédire et ajuster les itinéraires de manière proactive, maximisant l’efficacité du transport.

Cependant, cette digitalisation soulève également des questions sur la sécurité, la maintenance et les défis technologiques à surmonter. La mise en place de systèmes de maintenance prédictive est l’un des moyens de répondre à ces défis. Au lieu de se baser sur des inspections régulières, ces systèmes surveillent en temps réel l’état des équipements, permettant ainsi des interventions avant qu’un dysfonctionnement majeur ne survienne.

La logistique lourde, en intégrant ces technologies avancées, ne se contente pas de répondre aux besoins immédiats du marché, mais elle construit aussi les bases de la logistique de demain. Les nouvelles solutions apportent une flexibilité accrue, une sécurité renforcée et une réduction des coûts à long terme, tout en minimisant l’impact environnemental grâce à des pratiques plus durables.

Décarbonation : les promesses de l’industrie française à l’épreuve des chiffres

Les chiffres sont têtus et rappellent l’urgence : en 2024, l’industrie française a rejeté 62,4 millions de tonnes de CO₂ équivalent, soit 16,9 % des émissions nationales. Troisième contributeur au réchauffement climatique derrière les transports et l’agriculture, ce secteur n’a réduit ses émissions que de 1,4 % en un an, comme le révèle un rapport du Réseau Action Climat, réalisé avec la contribution de France Nature Environnement, sur les 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre en France. Un recul bien en deçà des attentes, puisque pour respecter la trajectoire climatique, la diminution devrait être trois fois plus rapide.

Le document met en évidence la difficile mutation de l’industrie française vers plus de durabilité. La sidérurgie, dominée par ArcelorMittal, voit ses émissions repartir à la hausse tandis que plusieurs projets de décarbonation sont mis en pause. L’aluminium suit la même tendance, porté par une conjoncture favorable, mais sans véritable innovation. La chimie, en crise, stagne, quand l’agroalimentaire connaît même une reprise des émissions sur la majorité de ses sites les plus polluants. Seul le secteur des matériaux de construction affiche une baisse, mais celle-ci reflète surtout un recul de la production. Dans l’ensemble, les efforts réels de décarbonation demeurent trop marginaux pour inverser durablement la courbe.

Pourtant, les ambitions politiques ne manquent pas. En 2022, le gouvernement lançait le « plan des 50 sites », ciblant les installations les plus émettrices, responsables de plus de la moitié des émissions industrielles françaises. L’objectif était clair : réduire de moitié les rejets en dix ans et viser la neutralité carbone à l’horizon 2050. Trente-deux contrats de transition écologique ont bien été signés en 2023, mais leur traduction concrète se fait attendre. Les projets de décarbonation profonde, basés sur la circularité, l’électrification ou l’hydrogène vert, demeurent encore à l’état d’étude et peinent à franchir le cap des investissements.

Le financement reste au cœur du problème. Les besoins sont évalués à 22 milliards d’euros d’ici 2030, mais seulement 4,5 milliards ont été budgétés en 2023. Jusqu’à présent, 1,54 milliard a permis de financer 368 projets, mais le manque de visibilité plombe les décisions. Les industriels réclament une trajectoire claire et pluriannuelle. Le Réseau Action Climat plaide pour une loi de programmation des finances vertes, qui permettrait de sanctuariser les crédits et d’aligner les politiques industrielles, énergétiques et climatiques. Sans cadre stable, la transition reste soumise aux aléas budgétaires et à l’attentisme des entreprises.

Conditionner les aides publiques à des critères écologiques et sociaux

Autre écueil : l’opacité des aides. L’absence de registre centralisé rend impossible l’évaluation de leur efficacité. Le rapport recommande la création d’un observatoire dédié aux sites les plus polluants et d’un registre national recensant l’ensemble des soutiens financiers. Surtout, il propose de conditionner ces financements publics à des engagements fermes en matière sociale et climatique, avec le maintien de l’emploi, la réduction effective des émissions, voire la suspension temporaire du versement de dividendes en cas d’aide reçue. Autant de leviers qui permettraient d’éviter que l’argent public serve d’abord des intérêts privés.

Mais la bataille ne se joue pas uniquement sur le terrain économique. Le document met en garde contre le poids croissant des industriels dans le débat public. Certaines entreprises comme TotalEnergies, ArcelorMittal ou Lafarge déploient un lobbying puissant pour influencer les choix politiques. Résultat : plusieurs directives du Pacte vert européen ont été simplifiées ou repoussées, affaiblissant la régulation environnementale. Cette stratégie fragilise non seulement les objectifs climatiques, mais aussi la stabilité réglementaire dont les entreprises disent pourtant avoir besoin pour investir.

Pour les industriels, le réchauffement climatique n’est plus une abstraction, puisque les canicules, les pénuries d’eau et les inondations perturbent déjà certaines chaînes de production. Selon des projections, l’inaction pourrait coûter entre 1 et 3 % du PIB mondial d’ici 2050, et dépasser 20 % d’ici 2100. Face à cette menace, le Réseau Action Climat appelle à replacer l’intérêt général au centre des décisions et à renforcer les garde-fous contre l’influence des lobbies. Transparence, conditionnalité, planification : autant de mots-clés qui dessinent un chemin possible pour la décarbonation.

Un « cartilage artificiel » pour lutter contre l’arthrite

Dans un milieu comme le corps humain, le pH (ou potentiel hydrogène) mesure la basicité ou l’acidité. Il sert ainsi d’indicateur pour les changements physiologiques tels qu’une inflammation. Réussir à rendre des composés réactifs à des gammes de pH données permettrait une délivrance plus précise et ciblée des médicaments dans l’organisme. Dans le cas de l’arthrite, qui consiste en une inflammation des articulations et qui touche plus de 600 millions de personnes dans le monde, il serait par exemple possible d’imaginer la conception d’un « cartilage artificiel ». Le traitement, désormais continu, améliorerait sensiblement l’efficacité des médicaments censés soulager la douleur et combattre l’inflammation. C’est dans cette optique que des chercheurs de l’université de Cambridge (Angleterre), menés par Stephen J. K. O’Neill, ont travaillé sur un nouveau matériau spongieux. Ses caractéristiques sont décrites plus en détail dans le Journal of the American Chemical Society en date du 8 septembre 2025.

Un « cartilage artificiel » en citrouille

L’équipe de recherche anglaise visait à obtenir un matériau capable de ressentir d’infimes changements corporels, telle une inflammation arthritique. Le but étant que le médicament relâche ses principes actifs aux meilleurs endroit et moment possibles. Pour ce faire, les scientifiques sont partis de cucurbituriles. Ces molécules macrocycliques sont formées d’unités de glycolurile [=C4H2N4O2=] et tiennent leur nom de leur apparence proche d’une citrouille (appartenant à la famille des cucurbitacées). Elles sont d’intérêt dans la chimie des complexes hôte-invité, où plusieurs molécules se retrouvent maintenues ensemble par d’autres forces que les liaisons covalentes – des échanges d’électrons. Ici, le lien est établi par un verrouillage cinétique sensible au pH ambiant. Or durant un épisode d’inflammation arthritique, l’articulation concernée devient enflammée et son acidité augmente légèrement par rapport au tissu environnant.

En réponse, le matériau spongieux devient quant à lui plus mou avec une apparence proche de la gelée. Est alors déclenché le relargage des molécules médicamenteuses encapsulées dans sa structure. Le matériau étant conçu de sorte à ne réagir que dans une étroite bande de valeurs de pH (4,5 à 7,5), les principes actifs peuvent agir en une localisation et un temps opportuns, réduisant potentiellement les effets secondaires. En laboratoire, des tests imitant le fonctionnement réel du mécanisme avec de la teinture fluorescente ont permis de mettre en évidence un relargage médicamenteux plus important en présence d’une acidité-type d’une articulation arthritique que pour une acidité-type d’une articulation saine. Des tests cliniques supplémentaires restent à réaliser avant de passer à de vrais patients dans le futur.

Europe 2025 : l’Agence européenne de l’environnement alerte sur un risque systémique pour le « mode de vie » européen

Dans un article relayant les conclusions du rapport de l’Agence européenne de l’environnement (EEA), The Guardian résume l’alerte : la dégradation du climat et de la biodiversité « met en jeu le mode de vie européen ». Le journal renvoie au septième état des lieux (« SOER ») publié tous les cinq ans par l’EEA, qui établit un lien direct entre l’intégrité des écosystèmes et la compétitivité économique du continent.

Le document de référence – Europe’s environment and climate : knowledge for resilience, prosperity and sustainability – a été mis en ligne par l’EEA ce 29 septembre 2025. Les conclusions insistent sur le fait que les tendances environnementales pèsent déjà sur la productivité, la sécurité et la santé publiques, et que « reculer » les politiques vertes renchérirait le coût final de l’action.

Sur la nature, le diagnostic reste sévère. Ainsi, selon l’évaluation State of Nature in the EU, 81 % des habitats protégés sont en état « médiocre ou mauvais », sous la pression d’usages intensifs des terres, de la pollution et du changement climatique. Sans inflexion, l’EEA ne voit aucun indicateur de biodiversité sur une trajectoire susceptible d’atteindre les objectifs 2030.

Côté climat, l’EEA confirme un affaiblissement de 30 % du puits de carbone terrestre européen (secteur UTCATF/LULUCF(1) ) sur la période 2014-2023 par rapport à la décennie précédente, sous l’effet combiné des dynamiques forestières (exploitation, incendies, ravageurs). Cette contraction fragilise l’atteinte des objectifs de retraits nets à horizon 2030.

La ressource en eau apparaît, pour sa part, comme un point de tension croissant. L’EEA indique que le stress hydrique touche déjà un tiers de la population et du territoire européens. Il devrait d’ailleurs s’intensifier sous l’effet du réchauffement, avec des impacts sur l’agriculture, l’énergie et le tourisme. Ce constat recoupe ses analyses publiées en 2024, qui chiffrent l’exposition annuelle au stress hydrique à 30 % des habitants et 20 % du territoire.

Les émissions de gaz à effet de serre poursuivent quant à elles une trajectoire baissière. L’EEA évalue à environ 31 % la réduction entre 1990 et 2022, avec un recul record de 8 % en 2023, porté par la baisse du charbon, la montée des renouvelables et la sobriété conjoncturelle. Mais les secteurs transport et alimentation/agriculture restent en retard. Ainsi, les émissions liées au transport n’affichent qu’une tendance faiblement baissière depuis 2005, et l’agriculture ne s’est réduite que marginalement sur la même période.

Sur la qualité de l’air, l’EEA rappelle par ailleurs une amélioration notable. Les décès prématurés attribuables aux particules fines ont notamment presque été divisés par deux depuis 2005, plaçant l’UE en trajectoire vers l’objectif « zéro pollution » 2030 (- 55 % vs 2005). Ces progrès confirment l’utilité d’un cadre réglementaire renforcé.

La circularité des matériaux, en revanche, progresse trop lentement. La part des matières recyclées dans l’usage total de matériaux n’atteint ainsi que 11,8 % en 2023, contre 10,7 % en 2010, loin du doublement visé d’ici 2030. Pour l’EEA, la hausse de cette part suppose à la fois davantage de recyclage et une réduction de la consommation de matériaux, en particulier minéraux non métalliques.

L’inaction coûtera plus cher que la transition

Politiquement, le message est clair : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’abaisser nos ambitions », martèle la directrice executive de l’EEA, Leena Ylä-Mononen, tandis que des responsables européens soulignent que le coût de l’inaction dépasserait largement celui de la transition. L’Agence appelle à « accélérer » l’application des politiques du Pacte vert (décarbonation du transport et de l’industrie, restauration de la nature, adaptation) pour préserver la compétitivité et la résilience du continent.

Pour les décideurs publics comme pour les directions R&D/affaires publiques, l’implication est double. Il s’agit, d’une part, d’intégrer l’adaptation (eau, chaleur, incendies, santé) dans la planification industrielle et urbaine ; d’autre part, d’accélérer l’innovation bas-carbone et circulaire afin de corriger les retards sectoriels identifiés, notamment dans le transport et l’agriculture. Le message du SOER-2025 est technique mais sans ambiguïté : restaurer la nature, maîtriser les risques climatiques et boucler les flux matériels sont des prérequis à la prospérité européenne, non des coûts accessoires.


(1)  Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie

La production de ressources fossiles augmente encore et met en péril l’Accord de Paris

Selon les calculs de l’Institut de l’environnement de Stockholm (SEI), il est donc clair que la limite la plus ambitieuse de l’Accord de Paris ne sera pas atteinte. Mais à ce rythme, c’est même la limite haute de 2°C qui sera dépassée, avec un niveau de production d’énergie fossile encore 77 % trop élevé.

Un écart entre les ambitions climatiques et la réalité

Depuis 2019, le SEI, le Climate Analytics et l’International Institute for Sustainable Development publient un rapport intitulé « Production Gap Report ». Les chiffres évoqués plus haut (120 % et 77 %) proviennent de la 5e édition de ce rapport, parue le 22 septembre 2025. Si ces chiffres sont alarmants, la trajectoire n’est cependant pas nouvelle, puisque la 4e édition (2023) faisait déjà état d’un écart de 110 % pour 1,5°C et de 69 % pour 2°C.

D’après le rapport, « les augmentations estimées dans les plans et projections des gouvernements conduiraient en 2030 à des niveaux de production mondiaux supérieurs respectivement de 500  %, 31 % et 92 % pour le charbon, le pétrole et le gaz par rapport à la trajectoire médiane compatible avec 1,5°C ».

Par ailleurs, selon Emily Ghosh, du SEI, il y a une « déconnexion entre les ambitions climatiques de ces pays[1], qui ont souvent pris l’engagement d’atteindre la neutralité carbone, et leurs plans en matière de production fossile ».

Du positif malgré tout

Cette nouvelle étude met néanmoins en avant quelques points positifs. D’une part, sur les vingt pays pris en compte, six élaborent actuellement des scénarios de production de combustibles fossiles alignés sur leurs objectifs nationaux et sur les objectifs mondiaux de zéro émission nette, alors qu’ils étaient quatre en 2023.

D’autre part, il faut aussi noter que plusieurs gouvernements poursuivent activement leur transition vers les énergies propres. C’est notamment le cas de l’Allemagne, qui accélère sa sortie du charbon, du Brésil et de la Colombie, deux pays ayant lancé des programmes de transition énergétique, mais aussi de la Chine qui poursuit son déploiement effréné de renouvelables.

À deux mois de la COP30, même l’Europe est divisée sur ses ambitions climatiques

Lors de la COP28, à Dubaï, les États s’étaient engagés à mettre en place une transition hors des énergies fossiles. Mais paradoxalement, malgré les engagements pris, de nombreux gouvernements continuent de soutenir l’extraction de ressources fossiles, de manière directe ou indirecte. Pourtant, comme l’affirme Derik Broekhoff, du SEI, il est bien de la responsabilité des gouvernements « de mettre en place des plans délibérés de sortie de ces combustibles. »

En outre, à deux mois de la COP30, les engagements pris lors de la COP28, en 2023, semblent malheureusement bien loin. C’est même une Europe divisée qui sera présente à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre, puisqu’il n’y a toujours pas de majorité claire au sein de l’UE pour soutenir l’objectif fixé par la Commission : réduire de 90 % des émissions de gaz à effet de serre en 2040 par rapport à 1990.


[1] Les 20 plus gros producteurs d’énergies fossiles : Australie, Brésil, Canada, Chine, Colombie, Allemagne, Inde, Indonésie, Kazakhstan, Koweït, Mexique, Nigeria, Norvège, Qatar, Fédération de Russie, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Émirats arabes unis, Royaume-Uni et États-Unis.

L’innovation en génie des procédés au programme d’un colloque à Épernay

Organisée par le Groupe Thématique « Conception Innovante et Innovation » de la Société Française de Génie des Procédés (SFGP), cette manifestation vise à initier chercheurs, industriels et étudiants à des méthodologies d’innovation encore peu exploitées dans le domaine. Le but de ces deux jours de conférences et atelier est de faire connaître plusieurs de ces méthodes et théories, allant de la création d’idées, à la conception innovante, et à la gestion de projets innovants.

Le programme alternera conférences académiques et retours industriels. Les thématiques couvriront, entre autres :

  • l’impact de l’intelligence artificielle sur la conception et le travail des ingénieurs (EDF, IFPEN) ;
  • les méthodes de génération d’idées et de conception innovante telles que la théorie C-K (Bauhaus des transitions Mines Paris, IPSOMEDIC, LRGP, CNRS) et TRIZ (IKOS groupe) ;
  • la gestion de projets innovants, le management des ressources technologiques et la nouvelle norme ISO 56000 (ERPI – Université de Lorraine) ;
  • des perspectives originales sur la permaculture, la régénération (NaTran) et l’histoire de la conception comme sources d’innovation (3L.AM) ;
  • l’ingénierie circulaire, source d’innovations (GEPEA).

Un atelier collaboratif KCP (cayaK Innov) permettra également de mettre en pratique la théorie C-K sur un cas concret de conception innovante.

L’événement marquera aussi les 15 ans du Groupe Thématique « Conception Innovante et Innovation ». La rencontre se conclura par une visite de la cuverie Moët & Chandon.

Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 1er octobre 2025 via la plateforme Weezevent.

Pour tout renseignement : sfgp.asso

Organisation et contact : olivier.potier [@] univ-lorraine.fr et dcarvajalperez [@] moethennessy.com

À Créteil, l’énergie des déchets met en route bus et camions à l’hydrogène

Porté par la société de projet H2 Créteil, qui réunit SUEZ, SIPEnR (filiale du Sipperec) et la Banque des Territoires, le site val-de-marnais est directement raccordé à l’unité de valorisation énergétique (UVE) du SMITDUVM et se présente comme la plus grande station d’hydrogène renouvelable reliée en « ligne directe » à une UVE en France, inaugurée le 23 septembre 2025.

L’installation a été bâtie en douze mois. Elle vise une clientèle de mobilité professionnelle et publique à l’échelle du Val-de-Marne et, plus largement, de l’Île-de-France.

Le principe est simple sur le papier et exigeant sur le terrain : l’électricité issue de la combustion des déchets ménagers des 19 communes du syndicat alimente un électrolyseur qui dissocie l’eau pour produire de l’hydrogène gazeux destiné à la mobilité, avec une capacité nominale de 1 tonne par jour et une possibilité de doublement à 2 tonnes à terme.

Sur le plan réglementaire et de traçabilité, l’énergie de l’UVE est par nature une énergie de récupération dont 50 % est considérée d’origine renouvelable. H2 Créteil n’achète qu’une part de cette composante renouvelable et s’assure de son caractère « vert » via des garanties d’origine, un point explicitement cadré par l’exploitant.

L’usage prioritaire est présenté comme local et concret. Ainsi, dès la mise en service attendue en octobre 2025, l’hydrogène alimentera la ligne 103 d’Île-de-France Mobilités, exploitée par la RATP, ainsi que des camions de collecte des déchets de Grand Paris Sud Est Avenir et de territoires voisins.

La station est annoncée accessible 24 h/24 aux véhicules particuliers et référencée sur l’application FillnDrive pour la disponibilité en temps réel, la capacité et le prix à la pompe, ce qui doit faciliter l’approvisionnement des flottes et des pionniers particuliers de l’hydrogène en Île-de-France. L’implantation, au croisement de l’A86, de la RN 6 et de la RN 406, à une douzaine de kilomètres de Paris, vise une desserte efficace de la zone à faibles émissions métropolitaine.

Au-delà de l’infrastructure, le montage financier associe des fonds propres des partenaires et un complément de financement via la Banque des Territoires, mobilisé dans le cadre du programme européen CEF « Alternative Fuels Infrastructure Facility », avec le soutien de l’ADEME, de la Région Île-de-France et de la Commission européenne, ce qui illustre l’alignement du projet avec la stratégie nationale pour l’hydrogène décarboné à horizon 2030. L’antériorité du projet est documentée depuis 2024 par des communications officielles qui en précisaient déjà la cible de production et la connexion directe à l’UVE, avant l’étape d’inauguration de septembre 2025.

Sur le plan environnemental, les partenaires avancent un ordre de grandeur de 1 500 tonnes d’équivalent CO₂ évitées par an, soit l’équivalent des émissions de 17 bus thermiques, en substitution locale de carburants fossiles, avec l’ambition de proposer un hydrogène à un prix « aussi compétitif que le diesel » pour les usages visés. Si l’objectif de neutralité à l’échappement est acquis pour les véhicules à pile à combustible, le bilan amont dépendra du mix électrique de l’UVE et des garanties d’origine, dimension sur laquelle l’exploitant affirme un périmètre strictement renouvelable pour l’énergie achetée.

Du point de vue industriel, le projet s’inscrit dans une dynamique régionale documentée par les observatoires franciliens de l’énergie et de la mobilité, qui identifient le maillage en stations de distribution comme condition préalable à l’essor des flottes lourdes hydrogène en Île-de-France, en complémentarité des solutions batterie et bioGNV. À court terme, H2 Créteil doit contribuer à cette montée en charge, avec une capacité exportable vers d’autres stations franciliennes et une possibilité de montée à 2 t/jour selon la demande, ce qui pourrait élargir l’assiette d’utilisateurs au-delà des bus et des BOM (benne à ordures ménagères) vers des poids lourds de logistique et des utilitaires captifs.

Enfin, le signal est aussi politique : en reliant directement la gestion des déchets à la mobilité propre, la collectivité et ses partenaires proposent un schéma « circulaire et local » qui associe service public de traitement des déchets, filière industrielle et opérateurs de transport, avec un jalon opérationnel fixé à octobre 2025 et une promesse de service 24/7 pour les utilisateurs, éléments confirmés par les communications officielles des partenaires et la couverture spécialisée du secteur hydrogène.

Reproduire le système auditif des insectes pour la robotique

Dans la nature, les insectes se distinguent par leurs multiples « oreilles » fonctionnant en coordination avec le cerveau central. Ce système auditif si particulier leur permet une capacité de détection, de localisation et de reconnaissance du son sans précédent. Les roboticiens rêvent depuis longtemps de reproduire cette prouesse sur leurs propres machines, mais le défi est de taille. Parvenir à analyser un signal multidimensionnel se heurte bien vite à des limitations techniques telles que la mise à l’échelle, la sensibilité et l’intégration du système. Pour franchir cette barrière technologique, une équipe de recherche menée par Teng Tan, de l’University of Electronic Science and Technology of China (Chengdu, Chine), s’est proposé de retranscrire l’ouïe des insectes en optique. Ainsi, la perception auditive passerait par l’utilisation de la lumière. Le résultat du travail des chercheurs est paru le 8 septembre 2025 dans le journal eLight.

Micro-peignes, silicone et fibre optique pour un système auditif complet

Le système mis au point par Teng Tan et ses collaborateurs se présente comme une plate-forme associant une source de lumière centrale à de multiples capteurs optiques. En fait de lumière centrale, il s’agit d’un « cerveau optique », c’est-à-dire de micro-peignes à solitons – un soliton étant une onde solitaire se propageant sans se déformer. La lumière passe par des liens photoniques en silicone, qui relient le « cerveau » aux capteurs. Ces derniers, au nombre de 108, sont en réalité des microphones à fibre optique. La synergie découlant des différents éléments de la plate-forme fournit des valeurs en sortie plus qu’appréciables. La détection ultra-sensible capte ainsi une pression minimale de 29,3 nPa/Hz1/2, la localisation est précise jusqu’à 0,3 cm près, et le suivi en temps réel permet d’identifier diverses cibles acoustiques (drones, moteurs…).

Des tests ont été réalisés à l’aide de 6 robots hexapodes d’un rayon d’environ 25 cm, munis chacun de 18 microphones à fibre optique. Leur but était de localiser en temps réel un petit drone à leur aplomb. Teng Tan et ses collègues ont déduit de l’expérience que 6 robots appareillés de leur technologie, et distancés les uns des autres de quelque 200 m, pourraient suivre un drone à la trace sur des distances supérieures à 1,2 km ! Et comme si cela ne suffisait pas, leur système auditif d’insecte robotique a montré sa capacité à discriminer entre différentes sources de bruit : une discussion humaine (250 à 400 Hz), un drone (500 à 750 Hz) et un véhicule (1 100 à 1 700 Hz). À l’avenir, l’intégration de l’invention des scientifiques à des robots autonomes pourrait permettre par exemple une meilleure gestion urbaine.

Revue du Magazine d’Actualité #47 du 22 au 26 septembre

Cette semaine, la France se positionne sur des sujets stratégiques allant de l’intelligence artificielle à la transition énergétique, avec des initiatives qui dessinent les contours d’un futur plus souverain, durable et innovant.


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Calogena : un petit réacteur pour chauffer la France de demain

Le projet Calogena propose un réacteur nucléaire de faible puissance destiné à la production de chaleur pour les collectivités et les industries. Ce concept, encore en phase de développement, pourrait répondre aux besoins de décarbonation du chauffage urbain tout en renforçant la souveraineté énergétique.
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Hydrogène : plus de 500 GW d’électrolyse en 2030 ?

L’hydrogène vert poursuit son ascension avec des projections ambitieuses : plus de 500 GW de capacité d’électrolyse pourraient être installés d’ici 2030. Cette dynamique mondiale reflète l’intérêt croissant pour une énergie propre, mais soulève aussi des défis industriels et réglementaires.
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Innovation stratégique, souveraineté et IA : le dispositif « Pionniers de l’IA » se met en marche

Le programme « Pionniers de l’IA » vise à soutenir les entreprises françaises développant des solutions d’intelligence artificielle à fort impact. Ce dispositif s’inscrit dans une volonté de renforcer la souveraineté technologique face aux géants internationaux.
🔍 Explorez les ambitions françaises en IA stratégique

Un Quantum Act européen pour une innovation souveraine et sûre

L’Union européenne prépare un cadre réglementaire pour encadrer les technologies quantiques. Objectif : garantir la sécurité, la souveraineté et l’éthique dans un domaine en pleine effervescence. Ce Quantum Act pourrait structurer durablement l’écosystème européen.
🧬 Comprenez les enjeux du Quantum Act européen


🏭 INDUSTRIE & SOCIÉTÉ

Nouveau code minier : la France va relancer son industrie minière

La réforme du code minier marque une volonté politique de relancer l’exploitation des ressources nationales, dans un cadre plus transparent et écologique. Une étape stratégique pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques.
⛏️ Découvrez les enjeux du nouveau code minier


🌍 CLIMAT & MOBILITÉ

Décarboner la mobilité en France : un virage encore trop lent

Malgré les objectifs affichés, la France peine à accélérer la transition vers une mobilité bas carbone. Le rapport met en lumière les freins structurels et les leviers à activer pour atteindre les ambitions climatiques.
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🧪 MATÉRIAUX & INNOVATION

DIM MaTerRE : vers une nouvelle génération de matériaux éco-responsables

Le programme DIM MaTerRE soutient la recherche sur des matériaux innovants, durables et performants. Il fédère laboratoires et industriels autour d’une vision commune : concevoir les matériaux du futur en intégrant les enjeux environnementaux dès la conception.
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👓 Bon weekend et à la semaine prochaine  !

Synova : le plastique recyclé prend le volant

Depuis 2001, l’entreprise Synova, basée à Tillières-sur-Avre (Eure) recycle mécaniquement du polypropylène. En 2019, elle est rachetée par TotalEnergies qui investit 12 millions d’euros pour augmenter les capacités de 25 000 tonnes annuelles à 45 000 tonnes de PP recyclé.

Les matières premières sont achetées auprès d’une cinquantaine de fournisseurs. Ce PP arrive lavé, broyé ou densifié dans des big-bags, par la deuxième unité de Synova à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais), uniquement consacrée au broyage, au lavage et au stockage ou par des partenaires. Les déchets proviennent de véhicules hors d’usage (VHU), d’emballages, de déchets ménagers ou encore de textiles qui sont agglomérés par des collaborateurs. Après la caractérisation de la matière pour en connaître toutes les propriétés, le contenu des big-bags est homogénéisé dans des silos mélangeurs. Les paillettes de plastiques sont ensuite entreposées. Le site à une capacité de stockage de 1 200 t à 1 600 t. L’unité fonctionne à flux tendu et entrepose de quoi avoir six semaines de production d’avance. Le reste des déchets est stocké chez des partenaires.

Vient ensuite l’étape de formulation. Pour répondre aux attentes de ses clients, Synova mélange les différents batchs afin d’obtenir les propriétés désirées. Ainsi une formulation peut nécessiter jusqu’à 20 à 23 big-bags. Elles sont réalisées dans près de 12 silos. Une fois la recette développée, les déchets sont extrudés dans cinq extrudeuses, quatre à bi-vis et une à monovis en fonction de l’application. Les granulés de PP sont livrés en octabin, en big-bag ou en vrac.

Servir le marché automobile

95 % des granulés produits par Synova sur son site normand sont vendus pour des applications automobiles. Le reste se retrouvera dans des infrastructures ou des emballages. Les débouchés dans l’automobile de l’entreprise devraient être renforcés par la mise en place prochaine du règlement européen sur les VHU. Dans ce texte, la Commission européenne propose une incorporation obligatoire de 25 % de recyclé dans les véhicules neufs, six ans après l’entrée en vigueur du règlement. Si les constructeurs utilisent le plastique recyclé depuis plus d’une trentaine d’années, ils se contentaient d’en ajouter dans les pièces invisibles : protections de soubassement, supports de tableau de bord ou caches moteurs. Mais les volumes incorporés tendent à croître. Ainsi Renault est passé de 5 % de recyclé en 1998 contre 17 % en 2017. En 2024, les véhicules du groupe avaient en moyenne un pourcentage de recyclé de 19 %, soit près de 40 kg par voiture. Un changement de mentalité s’opère également. Si le plastique recyclé était auparavant caché, les constructeurs souhaitent aujourd’hui le montrer davantage, voire en faire un atout marketing, aussi poussés par les contraintes réglementaires.

Toutefois, certains obstacles perturbent encore l’intégration de plastique recyclé, notamment dans les pièces les plus sensibles. La résistance aux contraintes mécaniques des composants en recyclés demeure moins bonne que celles en vierge. Les irrégularités présentes dans le plastique recyclé rendent plus difficile l’accroche de la peinture et des vernis et favorisent le vieillissement des pièces. La couleur et la texture, tout comme les odeurs et les émissions de composés organiques volatils (COV) sont encore à travailler.

Réinventer le CIR : du soutien indifférencié à la stratégie ciblée

Depuis plusieurs années, le CIR mobilise une part considérable des moyens budgétaires de l’État, à hauteur de sept milliards d’euros environ, sans que son efficacité réelle fasse consensus. Dans sa tribune « Crédit d’impôt recherche : de l’arrosoir au ciblage stratégique », Philippe Latombe plaide pour un basculement structurel. Il s’agit, selon lui, de redistribuer les avantages au profit des entreprises les plus innovantes, d’imposer des contreparties aux grandes entreprises, et d’instaurer un CIR différencié « Digital » pour les technologies jugées critiques.

Philippe Latombe estime ainsi que 80 % du CIR profitent aujourd’hui à des entreprises de plus de 250 salariés, tandis que les quelque 15 500 PME innovantes ne récoltent que les miettes. Il dénonce des effets d’aubaine. En effet, certains groupes créent des centres de recherche en France uniquement pour bénéficier du CIR, puis relocalisent les retombées économiques à l’étranger.

Cette critique rejoint des constats plus larges sur l’effectivité du CIR. Ainsi, bien qu’il incite certaines dépenses de R&D, son rendement en termes d’emplois, de brevets ou de gains de productivité est jugé modéré, notamment pour les grandes entreprises qui auraient investi de toute façon. Le débat s’est intensifié dans le cadre du projet de loi de finances 2025, où des arbitrages ont déjà été pris pour resserrer l’assiette du CIR.

Réformes déjà engagées dans la loi de finances 2025

Le CIR ne sort ainsi pas totalement indemne des réformes budgétaires. Plusieurs mesures votées dans la loi de finances 2025 réduisent le périmètre des dépenses éligibles. Les frais liés aux brevets, la veille technologique et le statut « jeune docteur » sont notamment retirés du champ du CIR. Le taux forfaitaire de dépenses de fonctionnement, anciennement 43 %, est ramené à 40 %.

Malgré ces ajustements, les modalités d’emploi du CIR (réduction de l’impôt dû, créance remboursable en cas d’excédent, obligation déclarative) demeurent inchangées. Toutefois, la réforme vise clairement un recentrage vers les seules dépenses de R&D « pures » (salaires, amortissements, sous-traitance agréée), reléguant les dépenses de protection intellectuelle au second plan.

Ces modifications illustrent la tension entre objectif de maîtrise budgétaire et volonté de préserver un levier d’innovation. Le CIR représente aujourd’hui environ 20 % des dépenses fiscales destinées aux entreprises.

Les pistes de réforme

Face à ces constats, Philippe Latombe propose un rééquilibrage complet du dispositif. Il suggère que 80 % du CIR soient réservés aux entreprises de moins de 250 salariés, et seulement 20 % aux autres, rompant avec la répartition actuelle. Il va plus loin en préconisant une réduction du CIR pour toute entreprise versant des dividendes, proportionnellement à ces versements voire totalement dès le premier euro.

On observe aussi dans la tribune, la  proposition de création d’un CIR Digital avec un taux bonifié à 40 % pour des secteurs définis chaque année par décret – IA, quantique, cybersécurité, blockchain, biotechnologies numériques. Pour contribuer à cette bonification, Philippe Latombe suggère de plafonner le CIR classique à 50 millions d’euros (au lieu de 100 millions) et de faire basculer les excès en prêts à taux zéro remboursables selon le succès du projet.

Par ailleurs, il propose un mécanisme de suramortissement « Achat Innovation France », permettant aux grandes entreprises qui acquièrent des solutions labellisées French Tech d’amortir fiscalement 140 à 160 % de l’investissement. Une clause antidélocalisation complète le dispositif, prévoyant le remboursement intégral du CIR si l’entreprise est vendue dans les dix ans, majoré à 150 % en cas d’acquéreur classé « gatekeeper » étranger au sens du DMA européen.

Enfin, pour faciliter l’accès, il propose un « CIR Express », décliné en une validation automatique jusqu’à 500 000 €, une réponse en 15 jours au-delà, et un contrôle a posteriori avec pénalités triplées en cas d’abus.

Limites, enjeux et incertitudes

Les propositions du député apportent une vision normative forte, mais posent plusieurs questions pratiques et politiques. D’abord, la fiabilité du ciblage technologique est délicate. Définir chaque année une liste de secteurs prioritaires risque en effet d’introduire de l’arbitraire, des effets de lobbying ou des erreurs de pari stratégique.

Ensuite, la contrainte budgétaire est réelle. Diminuer l’assiette du CIR ou plafonner ses effets suppose notamment de compenser ou d’augmenter d’autres formes d’aide à l’innovation, ce qui peut entrer en tension avec les engagements de réduction des dépenses publiques.

Enfin, les propositions de Philippe Latombe s’inscrivent dans un débat plus vaste sur l’efficacité des dispositifs fiscaux d’innovation. Certains observateurs estiment ainsi que l’efficience macroéconomique du CIR reste incertaine, faute d’études contre-factuelles robustes. De plus, il est parfois reproché au soutien fiscal de détourner les ressources de la recherche publique ou d’uniformiser les financements au détriment de projets plus risqués ou intersectoriels.

Asie du Sud-Est : la ruée vers l’énergie nucléaire

Illustrant la bascule du centre de gravité du monde vers l’Asie, la demande énergétique de cette région a augmenté de 70 % depuis 2000 selon l’AIE[1]. Justifiée par le dynamisme de l’industrialisation et la pression démographique, cette envolée de la demande place les pays membres de l’ASEAN[2] face à un défi. Leur croissance économique est, en effet, majoritairement portée par le charbon et le gaz qui restent au cœur de leur mix énergétique pour la production d’électricité. Se pose alors la question des exigences environnementales : pourront-elles être prises en compte, quand on sait par ailleurs que la production totale d’électricité de l’Asie du Sud-Est devrait tripler d’ici à 2040 ?

Des tentatives abandonnées

Pour diversifier le mix énergétique de ce pôle de croissance, l’hydroélectricité est la source énergétique la plus prometteuse. Au Laos, le vaste réseau fluvial offre un important potentiel hydroélectrique dont le pays est presque entièrement dépendant pour son électricité ; une grande part de la production électrique est exportée vers les pays voisins.

Les barrages hydroélectriques offrent certes une substitution, mais celle-ci demeure insuffisante. Le déploiement de centrales nucléaires aurait un impact plus significatif. Des projets ont été initiés dans ce sens, mais sans se concrétiser pour différentes raisons : répercussions politiques de Tchernobyl ou Fukushima, surcoûts financiers. Par exemple à Bataan, aux Philippines, le réacteur Westinghouse[3] achevé en 1985, n’a jamais produit d’électricité et a coûté 2,1 milliards de dollars au pays. Au Vietnam, en 2016, le gouvernement avait renoncé à la construction d’un projet de centrale à Ninh Thuân. Après huit ans de suspension, le projet a été finalement réactivé.

Aujourd’hui, l’élan pour le nucléaire est manifeste. Les projets de constructions de centrales nucléaires se multiplient et privilégient les petits réacteurs modulaires SMR[4] de faible puissance (inférieur à 300 mégawatts électriques) pour leur conception simple et modulaire qui s’adaptent mieux aux besoins de ces pays.

Le cas de l’Indonésie et du Vietnam

Les ressources de charbon immenses en Indonésie en font le troisième producteur mondial et le premier exportateur au monde. Même si elles constituent la première source d’électricité, le pays envisage désormais de recourir à des alternatives comme le nucléaire. L’Indonésie dispose de réacteurs de recherche, mais sans production d’électricité. Le premier site nucléaire devrait être opérationnel dans une décennie et contiendra un réacteur SMR. 29 sites potentiels ont été identifiés pour la construction d’un parc nucléaire qui pourrait fournir au total entre 45 et 54 gigawatts.

Quant au Vietnam, un changement significatif dans la politique énergétique s’illustre par l’investissement total de 136,3 milliards de dollars d’ici 2030 dans le nucléaire. Les premières centrales nucléaires, d’une capacité combinée pouvant atteindre 6,4 GW, devraient être opérationnelles entre 2030 et 2035.

Le développement à grande échelle de l’énergie nucléaire implique le respect de protocoles de sécurité très exigeants. Pour s’y conformer, il faudra être prêt à des investissements importants afin de développer les infrastructures ou la formation d’un personnel qualifié. Il faudra aussi s’appuyer sur une coopération politique et économique forte avec d’autres pays pour pallier le manque de structuration de la filière nucléaire dans cette région.


[1]Agence internationale de l’énergie

[2] Association des nations de l’Asie du Sud-Est

[3] Premier fabricant de réacteurs nucléaires au monde (technologie de réacteurs à eau pressurisée)

[4] Small Modular Reactors

Décarboner l’industrie française : entre volontarisme et inertie

Alors que la France s’est engagée à des objectifs ambitieux pour 2030 et 2050, le secteur industriel peine à amorcer la transition bas carbone. Le rapport publié le 18 septembre 2025 par Réseau Action Climat et France Nature Environnement révèle que les cinquante sites industriels les plus polluants du pays n’ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre que de 1,4 % en 2024. Cette diminution est jugée « largement insuffisante » pour tenir les engagements de la France en matière de climat.

Cette performance modeste s’inscrit dans un contexte tendu, déjà pointé par la Cour des comptes et le Haut Conseil pour le climat, qui appellent à une accélération urgente des politiques publiques. En 2023, la baisse des émissions du même groupe de sites avait été beaucoup plus marquée (- 7,8 %). Le fléchissement intervenu en 2024 montre que la dynamique de réduction peine à s’inscrire dans le long terme.

Les résultats soulignent un paradoxe : alors que les plans d’investissement de l’État s’affichent comme un levier majeur de la transition industrielle, leur application concrète reste lente. Le plan France 2030 avait initialement prévu d’allouer 5,6 milliards d’euros à la décarbonation industrielle, finalement ramenés à 4,5 milliards en cours d’exécution. Le constat s’alourdit encore quand on observe que ces dispositifs peinent à atteindre leur effet attendu dans les process lourds – acier, chimie, ciment –, secteurs les plus difficiles à transformer.

La faiblesse de la réduction d’émissions évoque plusieurs freins structurels. D’abord, les investissements nécessaires aux technologies de rupture – hydrogène bas carbone, électrification des procédés, capture et stockage de CO₂ (CCUS) – restent incertains, dans un contexte de coûts de l’énergie fluctuants et de compétitivité internationale. Des études académiques soulignent que les chaînes d’approvisionnement en hydrogène bas carbone risquent de manquer de résilience, notamment face à l’incertitude sur la disponibilité des biomasses ou des infrastructures CCUS. Ensuite, les outils de régulation et de tarification du carbone ne sont pas encore suffisamment contraignants pour orienter les choix industriels, le prix du carbone restant trop modéré pour générer des ruptures de modèle sur les processus fortement émetteurs.

Ce constat rejoint les critiques déjà formulées : l’essentiel des réductions observées pourrait résulter davantage de facteurs conjoncturels (baisse d’activité, arrêt partiel d’unités) que d’investissements systématiques de transformation. Selon les ONG, l’État doit passer d’un discours volontariste à une mise en œuvre opérationnelle plus rigoureuse, avec des contrôles, des incitations fortes et un suivi transparent.

Les enjeux pour l’industrie française sont majeurs. Si la décélération actuelle persiste, la France risque de rater ses cibles intermédiaires (- 35 % d’émissions industrielles d’ici 2030 par rapport à 2015, selon la Stratégie nationale bas carbone) et de compromettre la trajectoire vers la neutralité carbone. Sur le plan compétitif, les industriels français pourraient subir une pression accrue face à des concurrents mieux soutenus par leurs États, notamment aux États-Unis ou en Chine, où des subventions importantes sont consacrées à la transition écologique de l’industrie.

Toutefois, des leviers existent. L’un d’eux est la désignation de « zones industrielles bas carbone » (ZIBaC), notamment à Dunkerque et Fos-sur-Mer, visant à mutualiser les infrastructures de décarbonation (hydrogène, captage stockage de CO₂) entre plusieurs sites. Par ailleurs, la loi sur les « industries vertes » adoptée en 2023 a introduit des mécanismes de simplification administrative et de reconnaissance d’intérêt public pour accélérer les projets industriels à composante écologique. Le recours à des financements mixtes – publics, privés et européens – ainsi que des partenariats technologiques pourraient aussi participer à surmonter les barrières d’investissement initial.

Pour assurer une montée en cadence durable, il faudra articuler les politiques sectorielles (sidérurgie, chimie, ciment) avec les feuilles de route technologiques, renforcer les capacités de R&D sur les technologies de décarbonation, et calibrer les incitations financières pour qu’elles favorisent les investissements lourds plutôt que les solutions de court terme. Le suivi effectif des trajectoires, assorti de transparence publique et de sanctions ou bonus clairs, sera un indicateur clé de sérieux pour l’État français dans sa promesse climatique.

En l’état, le rapport des ONG agit comme un signal d’alarme : la décarbonation industrielle peine à sortir du stade de projet pour devenir une réalité tangible. Le temps du verbe doit céder le pas aux actes si la France veut conserver une trajectoire crédible vers ses ambitions écologiques.

Un réseau ferroviaire à l’arrêt à cause de pirates : un scénario irréaliste ?

Un virus et des aéroports à l’arrêt ! le 21 septembre dernier, une cyberattaque a visé la société Collins Aerospace qui édite un logiciel spécialisé dans l’enregistrement électronique des passagers et le dépôt des bagages. Résultat, des avions n’ont pas pu décoller depuis plusieurs aéroports européens.

« Le message principal à retenir est que l’écosystème commercial international est tellement interconnecté et fragile que nous devons nous concentrer sur les points faibles à chaque niveau du système », insiste dans le Figaro Emily Harding, ancienne analyste de la CIA et de la NSA, aujourd’hui spécialiste des questions cyber au CSIS, un think tank américain.

Aujourd’hui, toutes les entreprises, quelles que soient leur taille et leur activité, sont hyperconnectées. Le moindre grain de sable (panne informatique, cyberattaque, sinistre…) peut paralyser complètement ou partiellement leur activité.

Ce risque n’est pas trop impactant s’il bloque la chaîne de production de jambons pendant quelques heures (ce fut le cas pour Fleury Michon en 2019 à cause d’un piratage). Cependant, cette menace a beaucoup plus d’impacts lorsqu’elle touche des infrastructures sensibles, comme les réseaux d’énergie ou de transports.

Quelles seraient les conséquences si des cybercriminels s’en prenaient au réseau ferroviaire ? En 2024, la série TV Nightsleeper se passait dans un train de nuit reliant Glasgow à Londres totalement contrôlé par des pirates.

« Cyber-range »

Des experts ont voulu étudier précisément les conséquences d’une attaque coupant le courant d’un réseau ferroviaire entier. Cet été, une équipe de chercheurs de National University of Singapore a monté une « cyber-range » ferroviaire. Une « cyber range » est un environnement virtuel conçu à des fins d’entraînement, de test et de recherche en cybersécurité qui simule les réseaux et les cyberattaques réels.

Le test ferroviaire comprenait dix trains et quatre voies avec toute la signalisation.

Puis, les experts ont lancé deux attaques visant les systèmes de contrôle industriels (ICS). La première attaque reposait sur un émail contenant une pièce jointe infectée et qui a désactivé le système anticollision, ce qui entraîne un arrêt d’urgence du train. Le second scénario catastrophe consistait à injecter de fausses valeurs dans un dispositif électronique RTU (Remote terminal Unit), ce qui a provoqué la coupure électrique du réseau ferroviaire.

Ces deux expérimentations ont permis de constater qu’il est facile de manipuler physiquement les processus industriels. Pour deux raisons principales : un chiffrement des dispositifs pas assez robuste et un accès trop facile aux interfaces réseau.

Pour l’équipe de Singapour, la technologie blockchain serait très utile dans les environnements ferroviaires, car elle permettrait de mieux sécuriser la billetterie électronique et la collecte d’alarmes.

Les deux scenarii testés ont montré qu’il était possible de paralyser un réseau ferroviaire et donc de bloquer des centaines de trains. Imaginez la galère en pleines vacances de la Toussaint…

Les thèses du mois : « Emploi : quel impact réel de l’IA pour les ingénieurs ? »

Pour notre dossier de septembre, « Emploi : quel impact réel de l’IA pour les ingénieurs ? », voici les thèses sélectionnées par le REDOC SPI. Retrouvez le résumé de ces thèses ainsi que les thèses des mois précédents sur le site de notre partenaire.

Méthodes avancées pour améliorer l’interprétabilité des outils d’IA avec application au secteur de l’énergie
Konstantinos Parginos
Thèses en Energétique et génie des procédés, soutenue le 16/05/2025
Centre Procédés, Énergies Renouvelables et Systèmes Énergétiques

Diagnostic et Pronostic à l’aide de l’IA dans le cadre de la maintenance industrielle
Amal Ayadi
Thèse en informatique, soutenue le 03/04/2025
Laboratoire d’innovation numérique pour les entreprises et les apprentissages au service de la compétitivité des territoires

Étude numérique, modélisation et IA pour la prédiction du bruit de bord de fuite
Andrea Arroyo Ramo
Thèse en dynamique des fluides, soutenue le 11/02/2025
Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace

Modélisation informatique de l’orchestration pour l’analyse et la co-créativité entre humains et IA
Francesco Maccarini
Thèse en Informatique et applications, soutenue le 20/12/2024
Centre de Recherche en Informatique, Signal et Automatique de Lille

L’IA explicable au service de la sélection de variables : une approche pour développer des modèles plus acceptables et pertinents dans le domaine biomédical
Haomiao Wang
Thèse en Bio-informatique, Génomique et Biologie des systèmes, soutenue le 18/12/2024
Geroscience and rejuvenation research center

Disruption par la data et l’IA : identification de patrons d’innovation de business model grâce à la data dans le contexte d’innovation de business model
Julian Schirmer
Thèse en Sciences de gestion et du management, soutenue le 13/12/2024
Montpellier Research in Management

Analyse d’appels d’urgence améliorée par l’IA: développement de modèles d’apprentissage automatique multimodaux
Marianne Abi kanaan
Thèse en informatique, soutenue le 18/03/2025
Franche-Comté Électronique Mécanique Thermique et Optique – Sciences et Technologies

Analyse quantitative histopathologique par IA pour évaluer des modèles précliniques de ciliopathie et leur réponse à un traitement pharmacologique
Benjamin Dorra
Thèse en Sciences et technologies de l’information et de la communication, soutenue le 05/03/2025
Institut national de recherche en informatique et en automatique

Avancer l’IA éthique : équité, diversité et confidentialité dans la modélisation générative
Mariia Zameshina
Thèse en informatique, soutenue le 26/03/2024
Laboratoire d’informatique de l’Institut Gaspard Monge

Modélisation de la conformité juridique et éthique automatisée pour une IA
digne de confiance
Yousef Taheri Sojasi
Thèse en Sciences et technologies de l’information et de la communication soutenue le 04/10/2024
LIP6

De l’exploit technique à l’éthique : l’IA face à ses frontières

Un extrait de « Introduction à l’intelligence artificielle », par Jean-Paul HATON

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus un concept de laboratoire. En effet, elle s’invite désormais dans notre quotidien, des moteurs de recherche aux assistants vocaux, des diagnostics médicaux à la reconnaissance faciale. Elle fascine par ses performances et inquiète par ses implications. Derrière les prouesses techniques, elle pose une question centrale : jusqu’où peut-on déléguer des tâches humaines à une machine, et à quel prix ?

Les avantages sont indéniables. L’IA excelle dans le traitement massif de données. Grâce aux réseaux neuronaux profonds, elle identifie des régularités invisibles à l’œil humain et apprend à prédire, classer ou reconnaître des motifs. Ces capacités se traduisent par des applications spectaculaires, telles que des systèmes capables de décrypter des images médicales avec une précision équivalente à celle de radiologues expérimentés, de faire de la traduction linguistique en temps réel ou encore de battre les meilleurs joueurs de go. En industrie, elle permet d’optimiser la conception de produits, de prévenir des pannes, d’améliorer la sécurité des procédés et d’accélérer la recherche pharmaceutique. Dans le secteur bancaire, elle contribue à détecter des fraudes et à affiner les stratégies d’investissement.

Dans le monde du travail, son influence est déjà visible. L’IA automatise les tâches répétitives et libère du temps pour des activités à plus forte valeur ajoutée. Dans la médecine, elle devient un outil d’aide au diagnostic ; dans la finance, elle affine les modèles de risque. Elle transforme ainsi des professions entières, redéfinissant les compétences requises. Plutôt que de remplacer brutalement les métiers, elle impose une évolution, celle d’apprendre à travailler avec elle, à interpréter ses résultats, à en corriger les biais. En ce sens, elle est autant un catalyseur d’innovation qu’un moteur de mutation sociale.

Mais les inconvénients ne doivent pas être minimisés. L’IA reste tributaire d’énormes volumes de données d’apprentissage, souvent sensibles, posant des questions majeures de confidentialité. Le règlement européen sur la protection des données (RGPD) a justement été conçu pour encadrer ces pratiques. Autre problème, celui de la transparence. Nombre de systèmes actuels fonctionnent en effet comme des « boîtes noires », délivrant des résultats impossibles à expliquer. Comment faire confiance à un diagnostic médical ou à une voiture autonome sans comprendre le raisonnement qui y conduit ? Cette opacité nourrit la méfiance et alimente les débats éthiques.

Les limites techniques sont également importantes. Contrairement aux humains, l’IA n’a pas la capacité d’abstraction, de bon sens ou d’intuition. Elle apprend en repérant des corrélations, mais elle ne comprend pas le contexte ni la causalité. Un réseau neuronal peut reconnaître un visage ou détecter une anomalie, mais il ne peut expliquer pourquoi. De plus, l’IA est vulnérable aux biais intégrés dans les données qui l’entraînent. Dès lors, un système mal alimenté reproduira et amplifiera les discriminations sociales ou culturelles déjà présentes.

Il existe enfin des frontières qu’elle ne franchira pas. L’IA ne ressent pas, n’éprouve pas d’émotions, ne fait pas preuve d’empathie et ne porte aucune responsabilité morale. La créativité véritable, l’imagination, la prise de décision fondée sur des valeurs restent l’apanage de l’humain. Les projets visant à donner du « bon sens » aux machines n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. C’est là un rappel essentiel. Aussi performante soit-elle, l’IA n’est pas une intelligence humaine et ne le deviendra jamais.

Ces constats amènent un dilemme : comment utiliser cette puissance sans renoncer aux garanties éthiques ? L’Europe s’est positionnée en pointe sur ce sujet, avec son cadre réglementaire en faveur d’une IA « digne de confiance ». L’Unesco, tout comme plusieurs États, plaide pour une régulation internationale. L’enjeu est double, celui de préserver les droits fondamentaux tout en permettant à l’innovation de prospérer. L’IA ne doit pas être un outil de surveillance intrusive ni une machine de contrôle social, mais un levier au service des citoyens.

Ainsi, l’IA est à la fois promesse et défi. Elle ouvre des perspectives immenses dans la santé, l’environnement, la recherche scientifique ou la mobilité, mais elle oblige à repenser les responsabilités et les équilibres entre machine et humain. Elle révèle aussi notre dépendance croissante aux données et à la puissance de calcul, avec une empreinte énergétique et écologique non négligeable.

En définitive, l’IA n’est ni un miracle ni une menace autonome. Elle est ce que les sociétés décident d’en faire. Son avenir ne dépend pas seulement des ingénieurs et des chercheurs, mais aussi des juristes, des philosophes, des responsables politiques et, plus largement, des citoyens. Car l’intelligence artificielle, malgré son nom, n’est qu’un reflet des intelligences humaines qui la conçoivent.

DIM MaTerRE : vers une nouvelle génération de matériaux éco-responsables

Le DIM MaTerRE (« Matériaux avancés éco-Responsables ») incarne une réponse structurée aux défis des matériaux durables, en associant à la fois recherche, innovation, outils méthodologiques, et domaines d’application industriels. Sa réussite dépendra de sa capacité à transformer les idées en matériaux pas seulement durables, mais également performants et acceptables – tant techniquement qu’économiquement – pour les secteurs du bâtiment, de l’énergie, des transports, et au-delà.

Le DIM MaTerRE est un programme labellisé par la Région Île-de-France, qui s’étend de 2022 à 2026. Il fédère environ 500 chercheurs issus de plus de 60 établissements et entreprises, avec l’ESPCI Paris-PSL comme porteur de projet, sous la direction scientifique de Christian Serre.

MaTerRE a pour objectif principal de développer des outils et des méthodes pour la découverte accélérée de matériaux avancés destinés au développement durable et aux énergies nouvelles. Ces matériaux devront être modulables, multifonctionnels, performants, et fabriqués selon des procédés respectueux de l’environnement. L’urgence des transitions (climatique, énergétique, urbaine, ressources) est au cœur du dispositif, impliquant réduction des émissions de CO₂, usage réfléchi des matériaux de construction, meilleure gestion énergétique et valorisation des déchets.

Les axes thématiques de recherche

Les travaux soutenus par MaTerRE se structurent selon quatre grands axes.

Le premier vise la production, la valorisation et la gestion des gaz stratégiques. Il concerne l’hydrogène et le CO₂, leur capture, leur purification, leur stockage, leur transport et leur transformation. L’hydrogène est notamment considéré comme vecteur énergétique essentiel pour la décarbonatation des procédés industriels.

Le second axe concerne le recyclage, les mines urbaines et l’éco-conception. Sont ainsi mises à l’honneur l’économie circulaire des matériaux, la réduction des déchets, la conception de matériaux dès l’origine avec un impact moindre sur l’environnement, ou encore la récupération des matières premières dans les « mines urbaines ».

Les transports, le logement et l’énergie constituent le troisième axe. Pour les secteurs d’application, les matériaux développés doivent ainsi répondre aux besoins du bâti et des infrastructures, mais aussi contribuer au développement de transports plus sobres et de systèmes de stockage ou de production d’énergie renouvelable.

Enfin, le dernier axe porte sur les procédés environnementaux et durables, qu’il s’agisse de procédés de fabrication ou de caractérisation, de méthodes d’optimisation (modélisation, intelligence artificielle, haut débit). Ils sont en effet au cœur du programme pour accélérer la mise au point et l’industrialisation des matériaux.

MaTerRE s’appuie sur une gouvernance structurée, à travers un directoire, un comité de pilotage scientifique et un comité de valorisation. Le financement est assuré par la Région Île-de-France, dans le cadre du budget DIM, sur cinq ans. Par ailleurs, divers appels à projets sont régulièrement ouverts, couvrant des allocations de recherche, des prématurations (développement avant industrialisation), des équipements fédérateurs, ou encore des missions internationales. Un appel à projets « Allocations 2026 » est par exemple ouvert jusqu’à janvier 2026.

Enjeux techniques et défis

Parmi les défis que doit relever MaTerRE figure la mise au point de matériaux aux propriétés multiples – par exemple résistance, conductivité, durabilité, poids léger – et atténuant l’impact environnemental des procédés. L’industrialisation nécessitera aussi une articulation forte entre recherche fondamentale (caractérisation, modélisation) et recherche appliquée pour les marchés (construction, énergie, transport). L’acceptabilité sociale des matériaux et leur coût de revient sont également des critères non négligeables dans la trajectoire vers l’éco-responsabilité. Ces défis techniques sont en partie déjà pris en compte dans les thématiques choisies, ce qui indique une volonté de pragmatisme.

Le programme MaTerRE devrait permettre d’accélérer le rythme de découverte et de maturation de matériaux répondant à des besoins cruciaux en transition énergétique et environnementale en France. Il offre une plateforme de collaboration interdisciplinaire, de structuration de réseaux de recherche locaux, et de formation. Avec des appels à projets bien calibrés et des financements adéquats, MaTerRE pourrait aussi contribuer à la compétitivité industrielle francilienne dans des secteurs stratégiques. Enfin, la durée du programme, de 2022 à 2026, permet de lancer des validations de principe ou démonstrations de faisabilité, contribuant, à court terme, au développement d’innovations commercialisables.

Collaboration entre l’IA et l’ingénieur : quelle réalité aujourd’hui dans l’industrie ?

L’intelligence artificielle est devenue un outil incontournable dans l’industrie française. Dans l’énergie, le transport, l’aéronautique, la santé ou encore les télécommunications, les ingénieurs s’appuient aujourd’hui sur une variété de modèles, du deep learning aux méthodes statistiques plus classiques, en passant par les jumeaux numériques et les approches hybrides mêlant physique et apprentissage automatique. L’objectif reste le même : améliorer la productivité, la fiabilité et la qualité, tout en réduisant les coûts.

Les exemples d’applications sont nombreux. Dans le ferroviaire par exemple, la SNCF a recours à la maintenance prédictive pour diagnostiquer l’état de ses infrastructures et anticiper les défaillances. Grâce à des modèles exploitant des milliers de variables, l’entreprise atteint aujourd’hui environ 95 % de fiabilité dans ses diagnostics, ce qui permet de mieux planifier les interventions et d’optimiser les coûts. Autre exemple dans le secteur des transports, l’automobile. Le leader du secteur, Renault, participe au programme Confiance.ai, et a développé à cette occasion un système d’IA capable de contrôler automatiquement la qualité des soudures de châssis. La robustesse et l’explicabilité des modèles sont ici cruciales, car les enjeux de sécurité sont majeurs.

Dans le secteur des  télécommunications, l’entreprise Orange mise sur la reconnaissance visuelle pour vérifier la conformité des interventions de terrain. Les techniciens documentent leurs opérations avec des photos et des vidéos, que l’IA analyse en temps réel, réduisant ainsi les erreurs et accélérant les contrôles.

L’intelligence artificielle se déploie également sous des formes plus récentes, comme les grands modèles de langage. La SNCF a ainsi développé son propre “Group GPT”, destiné à assister ses agents dans la recherche documentaire, le support opérationnel ou la formation. Ces outils conversationnels améliorent la réactivité des équipes et réduisent le temps consacré aux tâches administratives. Enfin, des acteurs comme Dassault Systèmes exploitent depuis longtemps les jumeaux numériques. Ces simulations combinent modèles physiques et IA pour accélérer les calculs et affiner la précision, en particulier dans les situations où les équations déterministes sont trop lourdes ou incomplètes.

Ces applications reposent sur un large éventail de modèles. Ainsi le deep learning domine les usages liés à la vision, au langage ou aux séries temporelles. Les méthodes statistiques classiques, comme les régressions ou les forêts aléatoires, conservent leur pertinence dans des contextes où la transparence est essentielle. Quant aux modèles hybrides, ils gagnent en importance en intégrant des lois physiques et des contraintes de simulation, alliant performance et robustesse.

Au-delà des algorithmes, deux défis majeurs s’imposent aux ingénieurs : la donnée et le calcul. La collecte, le nettoyage et la protection des données représentent en effet un enjeu considérable, d’autant plus que le respect du RGPD impose des contraintes très strictes. Côté calcul, l’entraînement de modèles puissants nécessite des ressources conséquentes, mobilisant des GPU et des supercalculateurs, comme par exemple le supercalculateur Jean Zay.

La supervision reste indispensable

À ces contraintes techniques s’ajoutent des enjeux éthiques. La fiabilité des modèles est cruciale : une erreur de détection peut avoir de lourdes conséquences matérielles ou humaines. La supervision humaine reste donc aujourd’hui indispensable, tout comme la traçabilité des décisions.

Pour les ingénieurs, en France notamment, l’adoption de l’IA ne se résume pas à la maîtrise des algorithmes. Il s’agit de les intégrer dans l’ensemble des chaînes de valeur : conception, production, maintenance et logistique. Le contexte national, avec des investissements publics importants, des capacités de calcul renforcées et une stratégie dédiée, constitue un cadre favorable. Les prochaines innovations – modèles multi-physiques, jumeaux numériques dynamiques, agents spécialisés – repousseront encore les frontières de l’entrée de l’IA dans l’industrie et dans les usines en particulier, à condition de disposer d’IA de confiance.

Pour résumer, l’IA constitue un levier stratégique pour l’industrie française. Elle automatise des tâches, améliore la qualité, prévient les défaillances et optimise les systèmes complexes. Mais son avenir dépendra de la capacité des ingénieurs à garantir des modèles explicables et robustes, tout en étant économes en énergie et respectueux des exigences éthiques. Un équilibre loin d’être aujourd’hui atteint.

En Arabie saoudite : la Jeddah Tower, entre prouesse et controverse

À Djeddah, sur les rives de la mer Rouge, un chantier hors normes défie l’imagination et les lois de la physique. Après des années d’interruption, la Jeddah Tower, appelée à devenir la plus haute tour du monde, reprend son ascension. Avec ses mille mètres de hauteur annoncés, elle entend dépasser de plus de 170 mètres le Burj Khalifa de Dubaï et s’imposer comme un symbole éclatant de l’ambition saoudienne.

Le projet a été initié au début des années 2010 sous le nom de Kingdom Tower. Il avait vu sa construction suspendue en 2018, alors qu’un tiers de l’édifice était déjà sorti de terre. Difficultés financières, politiques et contraintes techniques avaient alors figé les grues et réduit à néant l’élan initial. Mais depuis le début de l’année 2025, les travaux ont repris à un rythme soutenu. Selon les dernières observations, la structure atteint désormais environ soixante-dix étages, avec une progression qui avoisine un niveau supplémentaire tous les quatre jours.

L’édifice, qui présente une silhouette effilée et asymétrique, a été pensé pour résister aux vents violents qui balayent la côte. Pour soutenir cette masse colossale, les ingénieurs ont opté pour des fondations exceptionnelles : une dalle de cinq mètres d’épaisseur, reposant sur 270 pieux enfoncés jusqu’à 105 mètres dans le sol. La structure mobilisera au total plus de 500 000 mètres cubes de béton et 80 000 tonnes d’acier, soit un volume et un poids qui suffiraient à bâtir plusieurs gratte-ciel conventionnels.

À l’intérieur, la Jeddah Tower accueillera des espaces variés. Des appartements et des bureaux occuperont la majeure partie des étages, tandis qu’un hôtel s’installera dans les niveaux intermédiaires. Plus haut encore, un observatoire panoramique offrira aux visiteurs une vue inédite sur la mer Rouge depuis plus de 640 mètres de hauteur, établissant un record mondial. Avec 157 étages prévus au total, la tour promet de devenir une ville verticale, conçue pour accueillir des milliers de personnes dans un environnement climatisé.

Les émissions de CO₂ ont déjà dépassé les 200 000 tonnes

Si la prouesse architecturale suscite l’admiration, elle soulève aussi de vives critiques. Les associations environnementales pointent du doigt un chantier dont l’empreinte carbone dépasse déjà les 200 000 tonnes de CO₂, avant même son achèvement. La proximité du site avec le littoral alimente également les inquiétudes : montée des eaux, pollution et impact sur les écosystèmes marins sont autant de risques que les promoteurs devront assumer. Dans un contexte mondial où la réduction des émissions de gaz à effet de serre est devenue une priorité, la construction d’un édifice de cette ampleur apparaît pour certains comme une provocation, davantage tournée vers le prestige que vers la durabilité.

Pour ses défenseurs, au contraire, la Jeddah Tower incarne l’audace et l’innovation. Elle s’inscrit dans le cadre de la Vision 2030, un programme de diversification économique du royaume qui cherche à réduire sa dépendance au pétrole en investissant massivement dans le tourisme, la finance et l’immobilier de prestige. L’édifice n’est pas seulement un gratte-ciel, il est pensé comme le cœur d’un vaste projet urbain, baptisé Jeddah Economic City, une cité nouvelle qui ambitionne d’attirer investisseurs et visiteurs du monde entier.

Le calendrier officiel prévoit une inauguration en 2028, si les délais sont respectés et si le chantier ne rencontre pas de nouveaux obstacles. Les défis restent nombreux : la mise au point d’ascenseurs capables de parcourir un kilomètre, la gestion des charges structurelles, la sécurité en cas d’incendie ou de séisme. Autant de contraintes techniques qui obligent les ingénieurs à repousser sans cesse les limites connues de l’architecture.

Si la Jeddah Tower est menée à son terme, elle deviendra une référence mondiale en matière de conception de gratte-ciel. Mais elle illustre aussi les limites d’un modèle de développement fondé sur des réalisations spectaculaires, impliquant une consommation massive de ressources, une empreinte carbone élevée et une adaptation incertaine aux évolutions climatiques régionales. Ce projet pourrait servir de cas d’étude pour interroger les conditions de faisabilité et de durabilité des futures mégastructures dans un contexte mondial de transition énergétique et écologique.

Un Quantum Act européen pour une innovation souveraine et sûre

Encadrer l’innovation pour garantir souveraineté et sécurité, c’est ce que propose Mauritz Kop1 à travers le « Towards a European Quantum Act: A Two-Pillar Framework for Regulation and Innovation ». L’initiative suggère ainsi un cadre législatif spécifique pour l’Europe afin de tirer profit des technologies quantiques tout en maîtrisant leurs risques.

Les principes fondamentaux des technologies quantiques – superposition, intrication, effet tunnel – ne s’intègrent pas facilement dans les cadres juridiques classiques fondés sur la certitude factuelle, la localité, ou la causalité directe. Mauritz Kop souligne que ces technologies requièrent dès lors une architecture légale spécifique. De plus, il met en avant l’importance du principe de précaution dans la régulation, compte tenu des usages potentiels doubles (civil et militaire) et des conséquences possibles sur la vie privée, la sécurité, ou encore la compétition géopolitique.

Le cœur de la proposition est un modèle à deux piliers.

  • Le premier se traduirait par une politique industrielle et de sécurité inspirée des Chips Acts de l’UE2 et des États-Unis. Il s’agit de soutenir l’innovation par des investissements publics stratégiques, de solidifier les chaînes d’approvisionnement, d’accélérer le passage du laboratoire au marché, d’explorer des modèles tels qu’une agence à la DARPA3 pour financer des projets à haut risque/haut gain.
  • Le second pilier consisterait en une structure législative adaptée aux technologies quantiques, qui combinerait des règles fondées sur le risque, des « sandboxes4 réglementaires » et des standards techniques. Parmi les mécanismes proposés, on trouve un système de gestion de qualité pour les technologies quantiques, appelé Quantum Technology Quality Management System (QT-QMS), une obligation légale de gestion des données anticipative pour atténuer les menaces post-quantum (le « Q-Day »), et des droits de propriété intellectuelle équilibrés pour les algorithmes fondamentaux dits FRAND (fair, reasonable, and non-discriminatory).

Enjeux de souveraineté et coopération internationale

Mauritz Kop insiste sur la nécessité pour l’UE d’atteindre une souveraineté technologique, en particulier face à la concurrence intense des États-Unis et de la Chine. Le Quantum Act viserait aussi à renforcer une alliance transatlantique sur les normes, la régulation, et les investissements.

Par ailleurs, l’article propose de compléter le dispositif national/européen par une dimension internationale basée sur un cadre global de non-prolifération pour les technologies quantiques et l’intelligence artificielle à usage d’armes de destruction massive, avec surveillance par une agence internationale de type IQA (International Quantum Agency), ainsi qu’une initiative baptisée « Qubits for Peace ».

Le document souligne que la régulation ne doit pas freiner l’innovation, d’où l’importance de modularité. Ainsi, le Quantum Act devrait être adaptable au cycle de vie des technologies quantiques, permettre des ajustements selon les usages, les niveaux de risque, et les avancées scientifiques. Les sandboxes réglementaires sont notamment censés permettre des expérimentations contrôlées. De plus, l’auteur met en garde contre un trop-plein d’harmonisation qui pourrait limiter la capacité des États membres ou des entités locales à répondre à des impacts sociétaux ou contextuels spécifiques.

Calendrier et alignement avec la stratégie européenne

Le Quantum Act est présenté comme une suite naturelle de la Quantum Europe Strategy adoptée par la Commission européenne en juillet 2025. Cette stratégie identifie cinq axes : recherche et innovation, infrastructures quantiques, renforcement de l’écosystème quantique, technologies quantiques à usage dual et spatial, et compétences quantiques. Le Quantum Act, selon Mauritz Kop, serait l’instrument législatif permettant de concrétiser ces axes.


  • 1 Mauritz Kop est membre senior du Centre for International Governance Innovation (CIGI), fondateur du Stanford Center for Responsible Quantum Technology (RQT) et créateur du Stanford Quantum Incubator.
  • 2 Le European Chips Act est une feuille de route pour l’industrie des semi-conducteurs publiée en 2022 et coordonnée par la Commission européenne, les États membres et l’industrie.
  • 3 La Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) est une agence du département de la Défense des États-Unis chargée de la recherche et du développement des nouvelles technologies destinées à un usage militaire.
  • 4 Mécanisme de sécurité informatique isolant les composants logiciels les groupes de logiciels par rapport à leur système d’exploitation hôte.

Comment les ingénieurs se forment à l’IA ?

Dans un contexte où l’intelligence artificielle rebat les cartes dans de multiples secteurs industriels, de nombreux procédés réclament des ingénieurs non seulement formés aux fondements théoriques de l’IA, mais aussi capables de l’implémenter concrètement en usine. 

Le défi de la formation est donc double. Il est nécessaire de fournir des bases solides en mathématiques, informatique et statistique, mais également renforcer les compétences pratiques des étudiants ingénieurs et des ingénieurs en activité. 

Le développement de nombreuses formations centrées sur l’IA en France offre à l’écosystème industriel tricolore de nouvelles options, pour recruter des ingénieurs en capacité d’implémenter ou d’utiliser, selon le degré d’adoption de la technologie par l’industriel, l’IA dans les processus de l’entreprise.

Au premier rang des formations particulièrement appréciées par les industriels pour leur orientation professionnelle, les Mastères spécialisés. Ces mastères sont nombreux dans l’hexagone, les grandes écoles ont toutes développé le leur : 

Ces formations courtes, très spécialisées, avec des projets en entreprise et des cas pratiques, sont perçues comme un tremplin vers des missions opérationnelles en IA dans l’industrie.

A l’instar de ces Mastères spécialisés, de nombreuses écoles proposent des formations IA spécifiquement orientées vers l’industrie. Ces formations visent explicitement l’intégration de l’IA dans les environnements industriels, en combinant travail terrain, technologies émergentes et compétences opérationnelles.

C’est par exemple le cas du Postgraduate Programme “Industrie Digitale & IA” des Arts et Métiers, qui s’adresse aux futurs ingénieurs ou ingénieurs en exercice souhaitant monter en compétences sur des aspects applicables immédiatement : digitalisation, jumeaux numériques, IA embarquée, pilotage de production…

Second exemple, le programme généraliste d’Aivancity, une école spécifiquement consacrée à l’IA qui met l’accent, selon ses promotions, sur l’IA appliquée, les projets en entreprise, le business et le management des systèmes d’IA. Les industriels apprécient beaucoup ces profils hybrides, à la fois techniques mais aussi à l’aise pour collaborer avec les dirigeants ou les équipes opérationnelles.

Au-delà de ces formations, des mastères universitaires comme le Mastère IASD (Intelligence Artificielle, Systèmes, Données) de Paris-Dauphine-PSL est très reconnu, et il prépare les ingénieurs à travailler sur des modèles complexes, la recherche appliquée ou l’analyse de systèmes intelligents.

Du côté des entreprises, les attentes sont fortes. Au tout premier rang desquelles des compétences techniques opérationnelles : maîtrise du machine learning et du deep learning, des bibliothèques, de la vision industrielle, du traitement de signal, entre autres. Aussi, les industriels veulent recruter des profils maîtrisant de manière transversale les compétences nécessaires à la maîtrise des modèles d’IA : collecte de données, pré-traitement, stockage, pipeline d’entraînement, déploiement…

D’autres compétences, comme la sûreté, la fiabilité, et une capacité à travailler de manière interdisciplinaire, importent de plus en plus pour permettre au tissu industriel d’implémenter l’IA de manière positive et efficace dans les process. C’est donc un ingénieur en capacité de comprendre les tenants et les aboutissants de l’IA qui sera demain l’oiseau rare de l’industrie tricolore.

Hydrogène : plus de 500 GW d’électrolyse en 2030 ?

Le paysage mondial de la consommation et de la production d’hydrogène semble, en apparence, ne pas beaucoup changer. Selon le récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande a été de 97 Mt en 2023, soit 2,5 % de plus qu’en 2022. Les secteurs du raffinage et de la chimie en sont toujours les principaux consommateurs, et l’hydrogène est presque exclusivement fabriqué à partir de ressources fossiles.

En effet, environ 1 Mt d’hydrogène était bas-carbone en 2024. 0,6 Mt étaient produits à partir de moyens classiques fossiles avec capture, utilisation et stockage de carbone (CCUS), et le reste par électrolyse de l’eau. L’AIE dénombrait 1,4 GW d’électrolyseurs en fonctionnement en 2023 et estime qu’on est passé à environ 5 GW en 2024, même si des projets ont été annulés pour cause de soucis réglementaires ou financiers.

Mais l’accélération des projets d’électrolyse en cours dans le monde pourrait rapidement changer la physionomie du secteur. L’AIE recense 516 GW d’électrolyseurs annoncés, qui pourraient produire 49 Mt d’hydrogène par an à partir de 2030, soit 30 % de plus que les précédentes estimations. Ce chiffre est très proche du niveau modélisé par l’Agence dans son scénario Net Zero Emission.

La Chine installe sa domination

La plupart des projets d’hydrogène bas-carbone n’en sont encore qu’à l’intention. Ceux ayant réellement fait l’objet d’une décision d’investissement ont doublé par rapport à l’an dernier, mais ne représentent qu’un potentiel de production de 1,9 Mt/an pour l’électrolyse et 1,5 Mt/an pour les systèmes fossiles avec CCUS.

Sur 20 GW de capacités d’électrolyse en phase d’investissement, la Chine en détient 40 %. Comme il l’a fait pour le solaire photovoltaïque et les batteries électrochimiques, l’Empire du Milieu met sa force de frappe au service d’une fabrication de masse pour faire baisser les coûts et dominer le marché. En 2023, elle a installé à elle seule 80 % des nouvelles capacités mondiales. L’Europe tente de trouver sa place avec 2 GW de projets en cours d’investissements et l’Inde commence à se démarquer avec 1,3 GW. L’AIE fait un focus sur l’Amérique latine dans son rapport, voyant dans cette région un fort potentiel de développement déjà amorcé.

Actuellement, la Chine détient 60 % des 40 GW de capacités industrielles de fabrication d’électrolyseurs existantes dans le monde à fin 2024. D’ici 2030, l’AIE estime que les Chinois verraient cette part baisser à 30 % si l’Europe et les États-Unis développent leurs projets d’usines d’électrolyseurs. L’Agence note qu’en Chine, les fabricants d’électrolyseurs sont de plus en plus des acteurs majeurs du solaire photovoltaïque comme Trina et Sungrow, ainsi que le fabricant automobile BYD qui vient de se positionner sur ce marché.

La technologie alcaline est majoritaire (plus de 60 %) actuellement devant l’électrolyse PEM (membrane électrolytique polymère – 22 %) et devrait le rester encore en 2030. La technologie SOEC (oxyde solide) ne représente que 6 % et devrait maintenir cette part, portée par plusieurs projets, particulièrement en Europe et aux États-Unis.

Le coût de l’hydrogène renouvelable pourrait être divisé par deux

Afin que tous les projets d’hydrogène bas-carbone se réalisent, la filière devrait assurer un taux de croissance très fort, de 90 % entre 2024 et 2030 ! C’est un défi technologique, financier, industriel et même réglementaire. D’un point de vue économique, si les 516 GW d’électrolyse annoncés voyaient le jour, l’AIE estime que le coût de production de l’hydrogène avec de l’électricité renouvelable serait divisé par deux d’ici 2030, atteignant une fourchette de 2-9 $ par kg H2.

Sur cette base, l’Agence prévoit que 5 MtH2/an seraient produits de manière compétitive par rapport à l’hydrogène d’origine fossile en 2030 et que 12 Mt/an le serait avec un surcoût de seulement 2,5 $/kgH2. Dans certains secteurs où la part de l’hydrogène n’est pas très grande dans le coût final d’un produit, ce surcoût serait négligeable. L’AIE donne l’exemple de l’acier nécessaire pour fabriquer une voiture électrique : si cet acier est produit avec de l’hydrogène, le surcoût sur le véhicule ne serait que de 1 %.

La priorité pour enclencher une dynamique de développement est de concrétiser les feuilles de route que les États se sont fixées. Mais l’AIE note deux paradoxes dans ces ambitions politiques. Premièrement, elles n’ont pas été forcément suivies de mesures opérationnelles pour stimuler les investissements à la bonne échelle, ce qui fait douter de l’atteinte des objectifs. Parallèlement, la communauté mondiale doit créer un standard mondial pour la certification des émissions de gaz à effet de serre des différents moyens de production d’hydrogène.

Deuxièmement, il y a encore un trop grand écart entre le soutien à la production d’hydrogène décarboné et la stimulation de la demande. Cette dernière, selon les estimations de l’AIE, est souhaitée à un niveau de 11 Mt H2 en 2030 par les gouvernements. Mais en réalité les projets réellement en cours atteindront tout juste 4 Mt à cette échéance. Et ces niveaux de demande restent bien inférieurs aux projets de production. L’AIE recommande donc fortement aux États de renforcer leur soutien à la demande, notamment dans l’industrie, l’aviation, le maritime, ainsi qu’aux infrastructures hydrogène.

Innovation stratégique, souveraineté et IA : le dispositif « Pionniers de l’IA » se met en marche

Le gouvernement français, dans le cadre de sa stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, lance l’appel à projets « Pionniers de l’IA » afin de soutenir les technologies de rupture à fort potentiel économique et stratégique. Ce dispositif, mis en œuvre via le plan France 2030, vise à accélérer le passage à l’échelle de projets innovants dans des domaines essentiels pour la souveraineté du pays.

Lancé le 18 septembre 2025, cet appel à projets a pour objectif de financer des projets français de recherche et développement (R&D) reposant sur des innovations de rupture en IA, avec un fort impact économique et stratégique. Il s’inscrit dans la troisième phase de la stratégie nationale pour l’IA, annoncée lors du Sommet pour l’action sur l’IA en février 2025, qui place au cœur de ses priorités le soutien aux technologies capables de transformer profondément les secteurs industriels et économiques.

Le dispositif est opéré pour l’État par Bpifrance, en partenariat avec l’Agence de programmes dans le numérique portée par Inria. Il s’appuie sur une gouvernance croisée associant le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), la Direction générale des Entreprises (DGE), la Direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI) et le Commissariat général au développement durable (CGDD).

Domaines ciblés

Les technologies visées par l’appel couvrent les nouvelles vagues de l’IA, notamment de nouvelles architectures de modèles et méthodes d’entraînement, l’interaction des modèles avec des environnements complexes, et l’intégration de l’IA dans la robotique. Les domaines d’application retenus incluent l’industrie, l’énergie, la sécurité des systèmes informatiques, la santé/biomédical, et la transition écologique.

Le soutien aux projets se décline en trois phases, chacune avec des critères techniques, des montants et des durées spécifiques. La première phase finance des travaux de faisabilité technique (100 000 à 200 000 € pour 6 à 12 mois) destinés à valider que la technologie de rupture proposée est viable.

La phase 2 permet de développer un démonstrateur. Les projets doivent montrer une amélioration significative des performances, en s’appuyant sur les résultats de la phase 1. Le financement s’élève de 400 000 à 800 000 € pour une durée de 6 à 18 mois.

Enfin, la phase 3 vise le passage à l’usage économique et la commercialisation. Elle finance les applications prometteuses, avec un soutien de 3 à 8 millions d’euros pour 1 à 3 ans. La sélection entre les phases n’est pas automatique, mais conditionnée à des revues de résultats par des opérateurs compétents.

L’appel s’adresse autant aux entreprises (PME, ETI), qu’aux centres de recherche publics ou privés, seuls ou en consortium. Les partenariats européens sont acceptés, et les consortiums intégrant des partenaires européens pourront, selon les cas, bénéficier d’un financement via la fondation Current AI, créée lors du Sommet pour l’action sur l’IA.

Les projets proposés doivent être non engagés avant le dépôt de la demande d’aide et comporter des dépenses éligibles conformes aux critères du cahier des charges. Ils doivent respecter le principe européen Do No Significant Harm (DNSH) relatif à l’environnement afin d’éviter un dommage significatif.

La date de la première « relève » de dépôt des projets est fixée au 5 novembre 2025, avec d’autres échéances ultérieures jusqu’au 9 juin 2026.

Enjeux et perspectives

Ce nouvel appel à projets est une pièce maîtresse de l’ambition de la France de devenir un acteur de premier plan dans l’intelligence artificielle de rupture. En structurant un appui financier progressif (de la faisabilité à la mise sur le marché), il cherche à encourager les innovations les plus audacieuses tout en minimisant les risques liés aux premières phases de R&D.

L’attention portée à des domaines comme la sécurité des systèmes informatiques ou la transition écologique souligne que les effets attendus ne sont pas seulement économiques, mais aussi stratégiques et sociétaux. Le dispositif pourrait renforcer la souveraineté nationale dans les infrastructures critiques, les technologies de santé, ou les filières industrielles sensibles.

Cependant, le défi reste élevé. Il s’agit en effet de repérer rapidement les technologies prometteuses dans un contexte concurrentiel international, de lever les verrous techniques pour certaines innovations de rupture, et de réussir le passage à l’échelle. Le dispositif doit être agile, à la fois dans l’évaluation des propositions et dans le soutien opérationnel pour les projets retenus.

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Ces métiers que l’IA ne pourra pas remplacer

Le métier d’ingénieur implique bien plus que l’application de règles ou le traitement d’algorithmes : il convoque l’intuition, le sens du contexte, la responsabilité, la relation humaine, l’adaptabilité. Des qualités qui font – pour le moment – défaut aux modèles d’IA les plus évolués. 

Prenons la capacité à évaluer des situations en prenant en compte des contextes précis. Dans des situations imprévues ou sous des contraintes particulières, l’ingénieur doit composer avec des réalités physiques, humaines, normatives qu’un modèle d’IA ne peut pas prévoir avec suffisamment de finesse. L’expérience accumulée, les compétences tacites, la perception, restent des qualités humaines.

La créativité constitue également à l’heure actuelle un horizon inaccessible aux machines. Innover, inventer, concevoir des solutions nouvelles exige une capacité à sortir des cadres établis. Or l’IA, aussi performante qu’elle puisse être, repose sur des données passées, même si l’usage de données en temps réel se développe très vite. En France notamment, l’essor de l’IA dans toutes les activités d’ingénierie ne supprime pas le besoin d’ingénieurs spécialisés : au contraire, les environnements complexes – systèmes intégrés, infrastructures critiques, innovations technologiques – exigent des compétences humaines que l’algorithme ne possède pas.

l’adaptabilité et la capacité de réaction, l’apanage des ingénieurs

Sur le terrain – dans la maintenance, le diagnostic, la réparation… – les ingénieurs interviennent dans le monde réel. Que ce soient des matériaux sujets à la fatigue, des tolérances mécaniques, des imprévus environnementaux ou des accidents, c’est-à-dire des situations exigeant de l’adaptabilité, de la dextérité sensorielle et un jugement immédiat, l’IA peut aider mais pas décider.

La dimension humaine et relationnelle constitue aussi des qualités sur lesquelles l’IA n’est pas encore correctement outillée. Pour concevoir un produit par exemple, la tâche de l’ingénieur ou du technicien ne se réduit pas à assembler des composants : il faut dialoguer avec les usagers, coopérer avec des fournisseurs, négocier contraintes économiques, environnementales, légales. L’ingénieur doit être en mesure de comprendre les besoins, et d’arbitrer des décisions dont les ressorts sont multifactoriels.  

Pour autant, il devient crucial pour les ingénieurs de se former à l’IA pour en exploiter les avantages. L’heure est à la coopération, pas au remplacement. La criticité de certaines décisions – infrastructures, équipements médicaux – implique le respect de normes strictes, transférer cette responsabilité à des algorithmes est aujourd’hui impossible.

Enfin, même en ce qui concerne les tâches pour lesquelles l’IA peut, à priori, être autonome et efficiente, ces dernières subissent à ce jour plus une transformation de leurs process qu’une substitution de l’humain par l’IA. En effet, les processus industriels répétitifs, standardisés ou peu créatifs sont aujourd’hui ceux pour lesquels l’implémentation de l’IA paraît la plus naturelle. Mais même pour ces processus, l’IA est aujourd’hui en mesure de remplacer l’humain sur certaines fonctions, mais pas sur la globalité des fonctions. Ce qui laisse aux ingénieurs le loisir de se concentrer sur le pilotage, la coordination, ou encore l’intégration des systèmes. 

Au final, l’avenir de l’ingénieur n’est pas menacé par l’IA, mais plutôt redéfini : ce qui restera irremplaçable, ce sont la créativité dans la conception, le jugement éthique, le contexte, la responsabilité humaine, sans oublier la capacité à faire face à l’imprévu dans le monde réel.

French Tech 2030 : que deviennent les lauréats de la promotion 2023 ?

La promotion 2023 était composée de 125 entreprises. Selon La French Tech, elles ont enregistré un total de plus de 3 milliards d’euros de levées de fonds en deux ans ! Parmi ces lauréats, on retrouve notamment quelques start-up aujourd’hui considérées comme stratégiques, comme Pasqal et des entreprises dont les solutions permettront de répondre aux grands enjeux industriels, technologiques et environnementaux de notre société (Dust, Osivax, Rosi Solar, Gaïago, etc.).

Pasqal : l’ordinateur quantique à la française

Après avoir levé 100 M€ en janvier 2023, le champion français du quantique poursuit sa croissance et son développement international. Pasqal a notamment ouvert une usine de production à Sherbrooke (Canada) et renforce sa présence au Moyen-Orient et en Italie (Cineca).

La start-up a également noué des partenariats stratégiques avec des acteurs de poids, notamment Microsoft, EDF, IBM, BASF, BMW, Siemens, Crédit Agricole, les Coréens LG et KAIST, et bien d’autres encore.

Dust : l’Intelligence artificielle générative B2B française

Dédiée au B2B, Dust offre une suite logicielle d’assistance personnalisée à ses utilisateurs, basée sur des modèles d’IA générative.

Après avoir levé 5 millions d’euros auprès de Sequoia Capital, Connect Ventures et Seedcamp, en 2023, l’entreprise a annoncé une série A de 15 millions d’euros en mars 2024, afin d’accélérer le développement de sa plateforme.

L’entreprise serait en pleine croissance puisqu’elle est passée, selon une interview de son fondateur, de « zéro revenu annuel récurrent, en septembre 2023, à 1 million en juin 2024 et 2 millions en décembre 2024. »

Osivax : une nouvelle classe innovante de vaccins universels

En dehors de l’IA et de l’informatique, la French Tech fait rayonner l’ensemble de l’écosystème start-up français. C’est le cas avec Osivax, une entreprise lyonnaise qui développe une nouvelle classe innovante de vaccins universels permettant d’anticiper les mutations des virus pandémiques et saisonniers.

En avril 2025, Osivax a ainsi annoncé la clôture de son financement de Série B à hauteur de 10 millions d’euros, un montant qui vient s’ajouter aux financements précédents provenant de l’UE et de Bpifrance (30 millions d’euros en 2020).

Son candidat vaccin contre la grippe, OVX836, est par ailleurs entré en phase d’essai clinique 2b, ce qui marque une étape cruciale pour l’entreprise.

Rosi Solar : recycler et revaloriser les matières premières de l’industrie photovoltaïque

Rosi Solar met en œuvre des technologies permettant de récupérer le silicium ultra pur et les autres métaux perdus lors de la production de cellules photovoltaïques et sur les panneaux solaires en fin de vie.

Après avoir levé 10 millions d’euros de capital en 2022, qui ont permis de financer sa première usine française inaugurée en 2023, l’entreprise compte doubler sa capacité de production en France et ouvrir deux nouvelles unités de recyclage, en Espagne et en Allemagne.

Gaïago : agroécologie et adaptation au changement climatique

Gaïago conçoit et commercialise des produits d’activation de la vie du sol. Cette entreprise bretonne (Saint-Malo) spécialisée dans la revitalisation des sols agricoles accompagne ainsi les agriculteurs dans leur transition agroécologique et les aide à s’adapter au changement climatique.

Après un passage difficile, lié à sa mise sous protection par le tribunal de commerce de Saint-Malo en mars 2024, le pionnier de la revitalisation des sols a bouclé une levée de 5 millions d’euros, grâce à l’entrée du fonds d’entrepreneurs Vol-V dans son capital. Le plan de continuation de l’entreprise a ainsi été validé en juin 2024.

En pleine phase de relance, l’entreprise a récemment présenté (juin 2025) les résultats de son programme « Gaïago Carbone », lancé en 2022. Avec cette offre et son biostimulant phare « Nutrigeo », Gaïago a ainsi l’ambition de massifier l’agriculture régénérative à l’échelle européenne.

Revue du Magazine d’Actualité #46 du 15 au 19 septembre

Entre innovations industrielles, enjeux climatiques et avancées numériques, les dynamiques s’accélèrent et dessinent les contours d’un futur à la fois ambitieux et complexe.


🧠 TECHNOLOGIES CRITIQUES & SOUVERAINETÉ

ASML et Mistral AI engagent la souveraineté technologique européenne dans un nouveau virage

L’alliance entre ASML et Mistral AI illustre une volonté européenne de renforcer son indépendance technologique face aux géants américains et chinois. Ce partenariat stratégique vise à développer des solutions d’intelligence artificielle et de semi-conducteurs de pointe, dans un contexte de compétition mondiale accrue.
🤝 Souveraineté numérique : un duo stratégique à suivre

SAP investit plus de 20 milliards d’euros dans le cloud souverain afin de renforcer la conformité des secteurs régulés

SAP annonce un investissement massif pour développer un cloud souverain en Europe, ciblant les secteurs régulés comme la santé ou la finance. Objectif : garantir la conformité aux normes locales tout en offrant des performances de niveau mondial.
👉 Cloud souverain : SAP muscle sa stratégie européenne


🌍 CLIMAT & ÉNERGIE

Climat 2040 : la France en position d’arbitre dans les négociations européennes

La France joue un rôle pivot dans les discussions sur les objectifs climatiques européens à horizon 2040. Entre ambitions de réduction des émissions et réalités industrielles, Paris tente de concilier écologie et compétitivité.
Objectifs 2040 : la France au cœur du jeu climatique européen ?

Éolien offshore : une étude alerte sur les émissions chimiques des parcs en mer

Une étude récente met en lumière les impacts chimiques potentiels des parcs éoliens offshore sur les écosystèmes marins. Ces résultats interrogent sur les effets secondaires de la transition énergétique.
🌊 Éolien en mer : des émissions sous surveillance ?


🚗 MOBILITÉ & INDUSTRIE

Stellantis révise sa trajectoire sur le « tout électrique » à l’horizon 2030

Face aux incertitudes du marché et aux contraintes réglementaires, Stellantis ajuste sa stratégie électrique. Le groupe envisage désormais une approche plus hybride, intégrant plusieurs technologies pour répondre aux besoins variés.
🔋 Électrique : Stellantis revoit sa copie stratégique ?


🧬 MATÉRIAUX & TRANSITION INDUSTRIELLE

Arkema mise sur de nouveaux matériaux pour accélérer la transition industrielle

Arkema développe des matériaux innovants pour accompagner la décarbonation des processus industriels. Ces solutions visent à améliorer la performance tout en réduisant l’empreinte environnementale.
🧊 Matériaux avancés : Arkema accélère la transition verte ?


🛰️ ESPACE & SÉCURITÉ

Vers une gestion automatisée du trafic spatial pour éviter les collisions

Avec la multiplication des satellites, la gestion du trafic spatial devient critique. Des solutions automatisées sont en cours de développement pour anticiper les risques de collision et sécuriser l’orbite terrestre.
💥 Trafic spatial : l’automatisation en orbite ?


Nuages de données, vents marins et orbites encombrées… la semaine fut chargée en turbulences technologiques. 🌪️

Du label à l’action : faire rayonner l’industrie française en 2025

La Semaine de l’industrie s’est imposée, au fil des années, comme un rendez-vous incontournable pour rapprocher le grand public, les jeunes et les demandeurs d’emploi du monde industriel. L’édition 2025 se déroulera du 17 au 23 novembre, avec pour ambition de valoriser les acteurs, les filières et les compétences qui structurent ce secteur. Comme le rappelle le ministère de l’Économie, toutes les structures – entreprises, fédérations professionnelles, établissements scolaires ou organismes de formation – peuvent proposer un événement, à condition de le faire labelliser officiellement.

Obtenir le label présente plusieurs avantages. C’est d’abord une reconnaissance officielle, qui confère à l’événement une visibilité accrue auprès des publics ciblés. C’est aussi l’occasion de contribuer à une dynamique nationale visant à renforcer l’attractivité d’un secteur en tension. En effet, les difficultés de recrutement restent particulièrement marquées. Ainsi, si près de 153 000 projets d’embauche sont attendus en 2025 dans l’industrie, 90 % des entreprises du secteur déclaraient encore rencontrer des difficultés pour pourvoir leurs postes en 2024. À la même période, plus de 46 000 emplois restaient vacants, selon les données de France Travail.

Dans ce contexte, l’événement devient un outil de communication stratégique pour inciter de nouveaux talents à rejoindre l’industrie et diversifier les profils recrutés. La question de la féminisation, encore limitée à moins de 30 % des effectifs, illustre particulièrement cet enjeu.

La labellisation répond à des critères précis. Les manifestations doivent se dérouler entre le 17 et le 23 novembre 2025, avec une tolérance de quinze jours avant ou après ces dates. Elles doivent être gratuites et s’adresser à des publics clairement identifiés : jeunes, scolaires, étudiants, apprentis, demandeurs d’emploi, mais aussi enseignants, conseillers d’orientation, responsables RH et plus largement le grand public. Enfin, les organisateurs doivent démontrer que leur initiative contribue à valoriser l’industrie, que ce soit à travers une visite d’entreprise, un atelier pratique, une conférence ou encore une démonstration technologique.

La procédure de labellisation est entièrement dématérialisée. Les porteurs de projets doivent créer un compte « organisateur » sur la plateforme OpenAgenda, puis soumettre leur événement en remplissant le formulaire dédié à la Semaine de l’industrie. La date limite est fixée au 7 novembre 2025. Les services compétents vérifieront alors que l’ensemble des conditions est respecté avant d’accorder le label.

Si la labellisation constitue une première étape indispensable, la réussite d’un événement repose aussi sur la capacité des organisateurs à le faire vivre et à le rendre attractif. Les formats interactifs, comme les visites d’ateliers ou les démonstrations en conditions réelles, rencontrent un fort succès auprès des jeunes publics. Mais les tables rondes, conférences et séances de questions-réponses sont également des outils efficaces pour répondre aux interrogations et déconstruire les idées reçues. Le ministère insiste par ailleurs sur l’importance de mobiliser les établissements scolaires, car c’est en sensibilisant tôt les collégiens et lycéens que l’industrie pourra espérer élargir son vivier de talents dans les années à venir.

En participant à cette initiative nationale, les entreprises et organismes de formation bénéficient d’une vitrine précieuse pour présenter leurs métiers et leurs projets innovants. Dans un contexte où l’industrie doit à la fois répondre à des besoins de souveraineté, accompagner la transition écologique et relever le défi du numérique, la Semaine de l’industrie 2025 apparaît comme un moment clé pour renforcer le dialogue entre les différents acteurs du secteur et susciter des vocations.

La labellisation d’un événement dans le cadre de la Semaine de l’industrie 2025 n’est donc pas seulement une formalité administrative. C’est un levier de visibilité et un engagement collectif pour valoriser un secteur en pleine mutation, confronté à des enjeux de recrutement, de diversité et de compétitivité. En s’inscrivant dans cette dynamique, chaque acteur contribue à montrer que l’industrie française, loin des clichés, demeure un espace d’innovation et d’opportunités pour les générations à venir.

Satellites : bientôt une coentreprise Airbus-Thales-Leonardo ?

La fusion des activités satellites d’Airbus, Leonardo et Thales, en gestation depuis 20 ans, est-elle sur le point de se concrétiser ? Quelques mois seulement après une présentation devant la Commissaire européenne à la concurrence, les trois entreprises européennes semblent bien engagées sur cette voie.

C’est ce qu’a indiqué Michael Schoellhorn, directeur général d’Airbus Defence and Space dans un entretien accordé le 14 septembre dernier au quotidien italien Corriere della Sera : « Nous sommes sur la bonne voie, mais plusieurs questions doivent encore être clarifiées avant de franchir cette étape majeure ». En effet, la fusion doit suivre un processus en deux étapes. Tout d’abord, un engagement à unir les forces respectives doit être pris (c’est l’accord-cadre). Ensuite, une nouvelle phase devrait mener à la conclusion effective de l’accord. L’étape concernant l’accord-cadre pourrait aboutir avant la fin de l’année selon le directeur général d’Airbus Defence and Space.

Une co-entreprise en construction

Engagée mi-2024, la phase de discussion portant sur la valorisation des actifs de chaque acteur devrait conduire à la finalisation de la consolidation. Les trois grands fabricants européens de satellites vont devoir réussir à s’entendre sur la valorisation de cinq entreprises. Effectivement, Thales et l’italien Leonardo sont déjà associés dans le spatial, depuis 2007, via deux filiales communes : Thales Alenia Space et Telespazio. À ces deux filiales, s’ajouteront Airbus Space Systems, Airbus Intelligence et Leonardo.

Au sein de la nouvelle entité créée, les parts détenues seront-elles équitables pour chacun des acteurs en présence ? Si oui, ce choix serait calqué sur le modèle de MBDA, le leader européen des missiles[1]. Celui-ci s’est montré très efficace en sachant trouver un équilibre entre les intérêts nationaux des trois industriels impliqués dans le projet. Il affiche aujourd’hui des records historiques de commandes.

L’union fait la force

Face à SpaceX et à la multiplication de lanceurs et de constellations en orbite basse, il est impératif de faire émerger une puissance européenne capable de faire le contrepoids. Les satellites à orbite basse faisant l’objet d’une demande croissante sur le marché, il faudra être en mesure d’en proposer à des prix plus compétitifs pour rivaliser avec Starlink, la constellation de satellites d’Elon Musk.

L’alliance des trois fabricants européens pourrait aboutir à la création d’un acteur pesant plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et valorisé, selon les premières estimations, à 10 milliards d’euros. De quoi être en mesure de contrebalancer les énormes investissements américains dans le domaine spatial.

Un moyen aussi de relancer leurs activités respectives en perte de vitesse dans un contexte économique difficile qui a entraîné, l’année dernière, l’annonce de suppressions d’emplois. Concernant la filiale Thalès Alenia Space, le PDG a finalement annoncé, le 2 juin dernier, le gel jusqu’à mi-2026 des 1 300 suppressions de postes prévues, dont 1 000 en France. Quant à Airbus Defence & Space, un communiqué a confirmé la suppression de 2 500 postes, dont 540 en France.

Les précédentes tentatives de rapprochement dans le spatial ont souvent été freinées par la crainte de porter préjudice aux intérêts nationaux ou au droit de la propriété industrielle. Mais cette fois-ci, l’essor spectaculaire de Starlink change la donne et amoindrit les réticences initiales.

Avant ce rassemblement, il reste néanmoins un obstacle à franchir : les règles antitrust européennes. Celles-ci visent à contrer les entreprises qui pratiqueraient des ententes illicites à l’origine de comportements anticoncurrentiels.


[1] Regroupe Airbus, le britannique BAE Systems et Leonardo