Les prix du gaz russe repartent à la hausse et l’Europe en subit les conséquences

Lorsque la Russie a engagé les hostilités en février 2022, l’UE était largement dépendante des énergies fossiles russes, qu’il s’agisse du gaz, du pétrole ou du charbon. Mais la situation a heureusement changé et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans une annonce du 12 avril 2024, Ursula von der Leyen déclarait ainsi : « Il y a 2 ans, une unité sur cinq de l’énergie consommée dans l’Union européenne provenait des combustibles fossiles russes. Aujourd’hui, c’est une sur vingt. »

Pour ce qui est du gaz, dans cette même déclaration, la présidente de la Commission européenne annonçait « que la part des importations de gaz en provenance de Russie est passée de 45 % avant la guerre en Ukraine à 15 % l’an dernier. »

L’Europe est moins dépendante au gaz russe qu’en 2022

Sur le papier, l’UE aurait donc bel et bien repris en main son destin énergétique. Néanmoins, la situation est plus complexe qu’elle ne le paraît. Si l’UE n’est plus que le 3e importateur mondial d’énergies fossiles russes, derrière la Chine et l’Inde, en 2023, elle a tout de même importé 18 milliards de mètres cubes de gaz russe via des méthaniers. Par ailleurs, si l’UE s’est tournée vers l’Azerbaïdjan pour une partie des approvisionnements, une partie du gaz vendu par ce pays provient toujours de Russie !

L’UE reste donc en partie dépendante au gaz russe, ce qui l’expose à des pénuries, mais aussi à des hausses de prix.

Les ventes de combustibles russes restent supérieures à l’aide fournie !

Cette dépendance, si elle est moins forte qu’en 2022, a malheureusement des conséquences paradoxales. Car si l’UE fournit une aide financière à l’Ukraine, celle-ci demeure toujours inférieure à la somme versée à la Russie pour l’achat de ses énergies fossiles.

Et les chiffres sont éloquents : selon le think tank Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), l’UE aurait acheté pour 200 milliards d’euros de combustibles fossiles à la Russie depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.

D’un autre côté, l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale évalue le montant total de l’aide fournie à l’Ukraine à 185 milliards d’euros, UE et États-Unis compris ! Dans les faits, l’UE finance donc plus la Russie que l’Ukraine…

Le transit du gaz russe par gazoduc via l’Ukraine : un avenir incertain

La situation risque malheureusement de s’aggraver en 2025, l’Ukraine ayant décidé de mettre fin au contrat de transit de gaz avec l’énergéticien russe Gazprom. La décision de Kiev, si elle est légitime, inquiète fortement l’UE, car 15 % du gaz consommé en Europe transite encore par l’Ukraine !

Des conséquences sur l’approvisionnement en gaz de l’UE et aussi sur les prix sont donc à craindre, car le recours aux alternatives comme l’importation de GNL par bateau va malheureusement engendrer un surcoût qui impactera le marché européen.

Il est donc vital que l’UE poursuive ses efforts pour réduire encore sa dépendance au gaz russe et atteindre son objectif d’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie d’ici 2027. Un véritable défi pour certains pays comme l’Autriche dont la quasi-totalité du gaz provient de Russie !

Textile : Le Slip Français se transforme et casse les prix

Les marques du made in France textile rencontrent des difficultés et certaines d’entre elles sont contraintes de préparer des plans de transformation massifs. Le Slip Français, l’un des principaux acteurs du secteur, n’y échappe pas et est obligé de diviser ses prix presque par deux pour se relancer. Guillaume Gibault, président fondateur du Slip Français, nous explique la démarche de son entreprise dans ce contexte de crise.

Techniques de l’ingénieur : Il y a tout juste un an, Le Slip Français se lançait un défi : vendre 50 000 slips et boxers en 20 jours pour diviser son prix par deux. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris ?

Guillaume Gibault : Que les Français nous suivent ! Le made in France est important à leurs yeux et en proposant un produit de qualité au bon prix, ils nous suivent sans hésiter. L’enjeu est d’être capable de proposer un prix compétitif dans l’équation économique complexe du made in France.

Vous avez lancé (r)EVOLUTION, une nouvelle gamme de boxers et slips en coton à 25 €, contre un tarif habituellement autour de 40 €. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?

On poursuit le test de l’été 2023. La seule solution pour proposer un produit à un prix compétitif est le volume. C’est la solution de l’industrialisation, de la compétitivité et en massifiant, nous pouvons réduire nos coûts et donc nos prix de vente. Nous commençons par nos sous-vêtements, notre cœur de gamme, mais réfléchissons à la suite pour étendre la démarche sur d’autres gammes.

Nous essayons de construire nos achats au plus juste. Massifier oui mais vendre vite et au plus court des productions. C’est l’avantage du made in France et du circuit court. On ajuste nos productions toutes les semaines pour suivre la demande au plus proche. C’est l’une des conditions indispensables à la rentabilité économique du projet.

Le textile made in France affronte une nouvelle crise profonde. Quelle est aujourd’hui la situation du Slip Français ?

Dans l’industrie il n’y a malheureusement plus d’acteur majeur depuis un moment, les ateliers déjà fragiles sont aujourd’hui encore plus vulnérables. Le Slip Français est dans un moment charnière de profonde transformation de l’entreprise et de son modèle économique.

Les premiers résultats de (r)ÉVOLUTION sont très satisfaisants avec 210 000 ventes en quatre mois mais ce n’est qu’un début et nous restons très vigilants quant à la pérennité de l’entreprise qui n’est pas encore garantie ! Nous avons besoin du soutien des Français.

Prix de l’énergie, inflation, boom de la seconde main et de la fast-fashion… Quelles sont les principales causes identifiées pour expliquer la situation actuelle ? Est-ce une crise momentanée ou plus profonde ?

C’est le résultat d’un mouvement de fond depuis 30 ans. Désindustrialisation, désintérêt pour la filière, manque d’innovation, d’investissement… auxquels se rajoutent des éléments plus conjoncturels : désillusion du post-covid, inflation, flambée de l’énergie, concurrence féroce, seconde main… Le contexte économique est extrêmement défavorable et oblige à être d’autant plus performant.

La loi anti fast-fashion et la taxe « Shein » n’ont-elles pas amélioré la situation ? Quelles demandes portez-vous auprès des pouvoirs publics ?

Le temps législatif est le temps long. Nos trésoreries se pilotent en mois, si ce n’est en semaines ou en jours… La solution n’est pas selon moi dans la bataille contre les autres mais la bataille contre nous-mêmes : donner un cadre plus favorable aux entreprises du made in France en leur déployant la puissance de la grande distribution et en ouvrant les accès aux marchés publics.

La solution est chez nous, en avant !

Intégration de l’informatique quantique dans le secteur automobile : Classiq, BMW Group et NVIDIA s’associent en vue de révolutionner l’ingénierie électrique

Si les chercheurs du monde entier sont d’accord pour affirmer qu’une révolution est en marche autour des technologies quantiques, le degré de maturité de l’informatique quantique fait encore débat.

Quoi qu’il en soit, le monde industriel s’y intéresse déjà de très près et la liste des potentielles applications industrielles de l’informatique quantique s’allonge de jour en jour. Les promesses ? Entre autres des résultats plus rapides, plus précis, une meilleure gestion de la supply chain et une prise de décision améliorée.

Les nombreuses applications industrielles de l’informatique quantique

L’informatique quantique suscite déjà un fort intérêt de la part de grands groupes industriels.

On peut notamment citer le développement par Airbus d’un algorithme quantique fonctionnant sur l’ordinateur quantique d’IonQ. Airbus s’est ainsi attaqué à l’optimisation du chargement d’un aéronef en vue d’augmenter l’efficacité opérationnelle et de réduire la consommation de carburant. Grâce à cet algorithme, l’avionneur a été capable de trouver la meilleure solution parmi 500 millions de possibilités avec 28 qubits.

Par ailleurs, Airbus s’est également associé à BMW Group et Quantinuum, dans le cadre d’une compétition mondiale d’informatique quantique appelée « The Quantum Mobility Quest ». Son but ? Relever les défis urgents liés à la mobilité et notamment ceux de la mobilité hydrogène.

Ce partenariat permet d’accélérer les futures recherches sur les problèmes quantiques, notamment pour des expérimentations en lien avec les technologies de pile à combustible. La modélisation, sur une architecture quantique, de la réaction chimique de réduction de l’oxygène sur la surface d’un catalyseur à base de platine en est d’ailleurs un exemple concret.

Un partenariat entre NVIDIA, BMW Group et Classiq pour améliorer l’efficacité énergétique des véhicules électriques avec des algorithmes quantiques

Les partenariats se multiplient dans l’écosystème naissant de l’informatique quantique. En janvier dernier nous annoncions par exemple l’ouverture d’un centre de recherches issu d’un partenariat entre NVIDIA, le Centre Médical Sourasky de Tel-Aviv et l’entreprise Classiq Technologies.

Classiq Technologies, leader du développement de logiciels quantiques, travaille notamment en étroite collaboration avec des fournisseurs de cloud quantique et des développeurs de matériel informatique avancé. L’entreprise est par ailleurs soutenue par des investisseurs de poids tels que HPE, HSBC, Samsung, Intesa Sanpaolo et NTT.

Le nouveau partenariat qui a été signé entre NVIDIA, BMW Group et Classiq concerne cette fois l’optimisation des systèmes électriques et mécaniques. L’objectif est d’accroître l’efficacité globale des véhicules électriques en résolvant un problème computationnel complexe : le choix de la meilleure combinaison de composants, qui fait intervenir un grand nombre de paramètres (moteurs électriques, batteries, systèmes de refroidissement, connexions, etc.).

Dans un communiqué de presse, Lukas Mueller, Lead Future Compute chez BMW Group IT, affirme que ce partenariat leur a permis de « réaliser une intégration quantique innovante qui repousse les limites du possible dans le secteur automobile ».

Puis il ajoute : « La plateforme quantique de NVIDIA a joué un rôle essentiel dans la simulation de cet algorithme complexe, facilitant ainsi son test approfondi et son perfectionnement ».

Enfin, selon Nir Minerbi, PDG de Classiq Technologies, « ce projet reflète la puissance de la collaboration dans le domaine de l’informatique quantique. En combinant le meilleur du matériel quantique, des logiciels et de l’expertise dans le domaine automobile, nous avons pu réaliser des avancées révolutionnaires en un temps record ».

La transformation écologique et sociale des entreprises en panne ?

Les entreprises sont au cœur des défis écologiques et sociaux, et doivent transformer en profondeur leurs pratiques pour les relever. Mais dans le contexte économique et politique actuel, la transformation écologique des entreprises peine à s’imposer. Pour relancer la dynamique, 3 000 entrepreneurs et dirigeants se sont réunis lors des Universités d’Été de l’Économie de Demain du Mouvement Impact France à la Cité universitaire à Paris ce mercredi 28 août sur le thème « Rediriger ».

Le constat est d’abord amer. Alexandra Palt, ancienne directrice de la responsabilité sociale chez L’Oréal et présidente du WWF France depuis juin 2024, affirme : « On recule depuis un certain temps. On a une récession des engagements et de la réelle transformation. Cela s’explique par différentes raisons : on est allé sur un terrain très juridique, qui est nécessaire, mais on n’a pas réussi à créer une vision, une inspiration, à susciter de l’adhésion autour d’un modèle économique, une transition, une transformation ».

La transformation écologique et sociale de l’économie appelle en effet à une révision profonde des règles actuelles. Les entreprises, même les plus engagées, ne peuvent porter seules le fardeau de cette transition. Un cadre légal plus favorable, combiné à des politiques publiques incitatives, est essentiel pour rendre cette transformation viable. En ce sens, les Universités d’Été de l’Économie de Demain ont rappelé que rediriger l’économie consiste avant tout à redéfinir notre rapport à la croissance, au profit de l’humain et du respect de la planète.

Un cadre juridique à renforcer

Julia Faure, cofondatrice de la marque de vêtements Loom, souligne que l’engagement des entreprises dans la transition se traduit souvent par un sacrifice sur les marges et entraîne une perte de compétitivité. « Il n’y a pas beaucoup de récompenses économiques à faire bien. Le courage du dirigeant aujourd’hui, c’est de dire ça, sinon on reste dans l’illusion que la transition écologique va se faire naturellement, car les entreprises gagnent plein d’argent en le faisant. C’est faux. C’est dur pour les entreprises. Tous les efforts sociaux et environnementaux quasiment nous coûtent. »

Julia Faure appelle ainsi les dirigeants d’entreprises à impact à se battre pour l’adoption d’un cadre légal qui favorise cette compétitivité. Elle défend notamment l’idée d’une taxation adéquate pour empêcher l’entrée sur le territoire de produits fabriqués dans des « conditions environnementales et sociales déplorables ».

Elle défend même l’instauration d’un prix minimum pour certains produits, notamment les vêtements, afin d’éviter la concurrence basée seulement sur le prix et limiter ainsi les pires pratiques sociales et environnementales. « C’est cela, le courage des dirigeants : bien sûr que l’on doit faire des efforts, mais on doit dire aussi comment nos efforts sont limités par le cadre et à quel point on a besoin de la loi et du politique pour nous aider dans cette direction », résume-t-elle.

Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), met en garde contre la tentation de reléguer les enjeux écologiques au second plan. « Avec le Covid, la guerre en Ukraine, l’inflation et l’extrême droite aux portes du pouvoir, la hiérarchie des périls peut se modifier », reconnaît-il. Mais ce progrès social et environnemental pourrait s’imposer sous la contrainte avec une volonté politique forte. Cela s’est déjà fait pour des mesures historiques phares comme l’école obligatoire, les congés payés, l’exigence de parité, les normes sanitaires, énonce-t-il. Il l’affirme : « Tout dépend de l’objectif, du dosage de la contrainte. La contrainte peut recréer de l’équité en récompensant les pionniers, en protégeant nos marchés de concurrences déloyales. »

Du leadership allié au collectif

La transformation écologique nécessite également un leadership visionnaire, prêt à affronter l’incertitude d’un nouveau modèle économique. Pascal Demurger, directeur général de la MAIF et co-président du Mouvement Impact France, appelle pour sa part à une redirection des pratiques, mais aussi des mentalités. Il se montre favorable à ce que les rémunérations des dirigeants et des cadres soient indexées sur des critères extrafinanciers, comme la réduction des émissions de CO2, pour aligner les objectifs économiques avec les besoins écologiques. Pour lui, l’incitation – plus que la contrainte – pourrait être un mode efficace de régulation. « Les mécanismes incitatifs, c’est par exemple le sujet de la conditionnalité des aides publiques, de la modulation de la fiscalité en fonction du comportement des entreprises, déclare-t-il. Je crois que l’incitation est un bon mode de régulation de l’économie de marché. »

Mais le dirigeant et la contrainte ou l’incitation ne font pas tout. Céline Brucker, directrice générale de L’Oréal France, met pour sa part en garde : « Il faut mettre fin au mythe du leader héros qui aurait toutes les compétences et tout le savoir. Tout l’enjeu d’un bon leader est d’assembler autour de lui un collectif extrêmement puissant de gens compétents pour faire face à une complexité grandissante. Le rôle du leader est d’animer ce collectif autour d’une vision, d’un cadre, de priorités et d’allouer les moyens ».

Hydrogène naturel : une filière en construction

Début 2022, la France a reconnu, dans le code minier, l’hydrogène naturel comme une ressource. Depuis, de premiers permis d’exploration ont été déposés, notamment dans le sud-ouest, en Nouvelle-Aquitaine, dans l’Est, le Massif central et dans le Bugey. La géologie de ces régions semble en effet propice à la présence d’hydrogène naturel.

Dans un nouvel avis, l’Académie des technologies souligne les points qui permettraient de développer plus rapidement ce potentiel pressenti et de soutenir la filière en construction. « On voudrait alerter sur le temps qu’il faut pour avoir un permis d’exploration en France. Le temps normal pour regarder un permis, c’est 18 mois, a prévenu Isabelle Moretti, académicienne, spécialiste de l’hydrogène naturel, lors de la présentation de l’avis. On doit pouvoir faire mieux sans faire mal. »

Dans ce contexte, l’Académie des technologies appelle à labelliser l’hydrogène naturel comme décarboné au niveau de la Commission européenne. Cela permettrait d’accéder à des subventions potentielles et de faciliter la commercialisation en cas de découverte. La recherche publique pourrait quant à elle évaluer globalement le potentiel de la France et acquérir de premières données. « Quelques millions d’euros suffiraient pour faire une évaluation à grande échelle des zones prospectives », assure l’Académie des sciences. Cela pourrait être l’occasion d’obtenir des données sur la mesure des gaz dans les sols, la cartographie des roches génératrices et l’évaluation de leur potentiel. À titre d’exemple, la Nouvelle-Aquitaine a investi 500 000 € dans cette exploration.

L’hydrogène naturel en quête de structuration

L’Académie appelle aussi à subventionner les entreprises qui ont commencé l’exploration, si elles rendent publiques les données acquises. Cela pourrait se faire via un appel à manifestation d’intérêt de la part de France 2030. « Les entreprises qui se sont créées – TBH2, 45-8 Energy, la Française de l’énergie – sont de petites compagnies et ont besoin de soutien financier », martèle Isabelle Moretti. L’Académie appelle en plus à « soutenir tous les hydrogènes décarbonés avec la même vigueur », qu’il soit naturel ou obtenu par électrolyse de l’eau avec de l’électricité décarbonée.

Enfin, l’Académie appelle à aider les compagnies de services et les fournisseurs de technologies à se positionner sur cette nouvelle industrie. Cela permettrait de développer rapidement des outils manquants, notamment des outils de modélisation, de caractérisation de roches génératrices d’hydrogène, de géophysique et de mesure de gaz.


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L’industrie en France : de nombreux atouts et des opportunités à saisir

La désindustrialisation de la France est l’un des plus grands traumatismes économiques de l’histoire récente de notre pays. Avec à peine 13,4 % du PIB en 2021, contre 23 % en 1980 et 30 % dans les années 1950, l’industrie française n’a plus le même poids que par le passé.

Mais elle reste malgré tout dynamique et l’infographie de Bpifrance le Hub, dresse un portrait plutôt encourageant de l’état de notre industrie. Si la France souffre bel et bien des effets de 40 ans de désindustrialisation, une réindustrialisation reste possible, car la France dispose de nombreux atouts lui permettant de saisir des opportunités nouvelles.

L’industrie française en Europe et dans le monde

Selon l’infographie de Bpifrance, l’industrie française serait au 3e rang européen, derrière l’Allemagne et l’Italie. Néanmoins, si l’écart avec l’Allemagne est très important, il semble que la France et l’Italie se partagent en fait la 2e place ex æquo. Si l’on en croit les chiffres de l’INSEE, en 2020 l’industrie française était même légèrement devant l’Italie, avec près de 1 096 milliards de chiffre d’affaires contre 1 077 pour notre voisin. Toujours selon l’INSEE, le CA des entreprises industrielles était de 1 255 milliards d’euros en 2021, pour une valeur ajoutée de 325 milliards d’euros.

En revanche, pour ce qui est du palmarès mondial, Bpifrance classe l’industrie française au 5e rang mondial. Mais selon un rapport de la Cour des comptes daté du 14 décembre 2021, l’industrie française serait plutôt au huitième rang mondial (chiffres de 2019), alors qu’elle était encore la 6e puissance industrielle en 2004.

La réindustrialisation de la France semble se confirmer

Néanmoins, ces chiffres sont à relativiser, car les performances récentes du secteur industriel sont encourageantes. Avec 176 projets d’ouverture d’usines contre 56 fermetures, deux fois plus de créations d’emplois que de destructions, un boom de 32 % d’investissements étrangers et 87 retours d’entreprises contre 16 délocalisations, 2021 a ainsi été l’année de tous les records pour l’industrie française.

Et cette tendance positive semble se confirmer, puisque d’après le baromètre industriel de l’état, il y a eu 176 ouvertures nettes de sites industriels en 2022 et 201 en 2023.

La place de l’industrie dans l’économie française

En 2021, la France comportait plus de 270 000 entreprises industrielles, représentant plus de 3 millions d’emplois directs. Si la France reste une économie de services (le tertiaire embauche 80 % de la population active), l’industrie représente encore 16,8 % du PIB, soit un peu moins que le Royaume-Uni (17,7 %), mais bien moins que l’Allemagne (26,6 %).

Nous sommes donc en retard, mais l’industrie française possède tous les atouts pour se relever.

Un tissu industriel diversifié : avantage indéniable pour la France

Pour relancer son industrie, la France peut compter sur un tissu industriel varié et des secteurs particulièrement dynamiques comme l’agroalimentaire, la métallurgie (42 000 entreprises selon l’UIMM[1]), un secteur qui prévoit de recruter 110 000 personnes par an d’ici 2025, sans oublier le cosmétique, le luxe, l’automobile ou encore l’aéronautique, véritable booster de la croissance française.

Enfin, la France a aussi la chance de posséder, sur chaque secteur, des entreprises de renommée mondiale telles que L’Oréal, Danone, Airbus, PSA, Dassault, LVMH ou Hermès.

Et si cette diversification est un atout, vis-à-vis des autres pays, elle n’est pas la seule, car la France peut aussi compter sur une main-d’œuvre très qualifiée et une maîtrise de technologies de pointe (spatial, nucléaire, etc.).

De nouvelles opportunités à saisir !

Il y a au moins trois grandes familles de secteurs émergents sur lesquels la France semble de taille à rivaliser. Elle doit donc absolument miser sur ces opportunités pour confirmer sa dynamique de réindustrialisation sur le long terme :

Mais si elle veut relancer durablement son industrie, la France devra aussi, entre autres, augmenter ses investissements dans la recherche et allouer beaucoup de moyens à la R&D, à l’innovation et à l’enseignement supérieur.

Quoi qu’il en soit, les leviers de réindustrialisation sont connus et sont intégrés au plan d’investissement France 2030. L’avenir nous dira si les efforts de réindustrialisation actuels seront suffisants, mais les perspectives semblent encourageantes.


[1] L’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie

Gaz : des réserves européennes pleines avec moins de gaz russe

« L’UE atteint son objectif de stockage de gaz à 90 % avec 10 semaines d’avance », a annoncé la Commission européenne le 21 août par communiqué. « La Commission continuera de surveiller la situation, afin que les niveaux de stockage de gaz restent suffisamment élevés au cours des prochains mois, et afin que nous maintenions également notre concentration sur l’amélioration de l’efficacité énergétique et la stimulation du déploiement des énergies renouvelables », a prévenu Kadri Simson, commissaire européen à l’énergie.

Le règlement sur le stockage de gaz de juin 2022 a fixé un objectif contraignant de remplissage à 90 % des installations de stockage de l’UE au plus tard le 1er novembre de chaque année. Ce stockage de gaz peut couvrir jusqu’à un tiers de la demande de gaz de l’UE en hiver. Les chiffres publiés par Gas Infrastructure Europe, association regroupant les opérateurs européens d’infrastructures de gaz, montrent que les niveaux de stockage de gaz ont ainsi atteint 1 025 TWh, soit 90,02 % de la capacité de stockage le 19 août. La situation est comparable à celle de l’année dernière : les pays membres avaient alors atteint 90 % de remplissage le 18 août.

La plupart des États membres de l’UE disposent d’installations de stockage de gaz sur leur territoire. Toutefois, l’Allemagne, l’Italie, la France, les Pays-Bas et l’Autriche détiennent à eux cinq les deux tiers de la capacité totale de l’UE. Les pays qui ne disposent pas d’installations de stockage – Irlande, Finlande, Lituanie, Grèce, Chypre – et ceux qui ont des capacités limitées collaborent avec d’autres États membres, de façon à accéder à leurs stockages.

Des importations de gaz qui se diversifient

En 2021, 40 % des importations de gaz de l’UE provenaient de Russie par gazoduc. Mais la guerre en Ukraine et la réaction de l’UE ont changé la donne. Fin 2023, le gaz russe ne représentait plus que 8 % des importations de l’UE par gazoduc, partage la Commission européenne. Si l’on combine ces importations par gazoduc avec le GNL, la Russie représentait alors moins de 15 % du total des importations de gaz de l’UE.

Le plan REPowerEU vise à s’affranchir totalement du gaz russe à compter de 2027. Pour y parvenir, le plan mise sur trois piliers : les économies d’énergie, le développement des énergies renouvelables, du biométhane et de l’hydrogène, ainsi que la diversification de l’approvisionnement en gaz.

Pour remplacer le gaz russe, la Norvège et les États-Unis sont devenus les principaux fournisseurs de gaz de l’UE. En 2023, la Norvège a fourni 30,3 % de la totalité des importations de gaz, les États-Unis 19,4 %, l’Afrique du Nord 14,1 %, le Royaume-Uni 5,7 % et le Qatar 5,3 %.

Côté GNL, l’UE mise désormais sur les importations par bateau en provenance des États-Unis. En 2023, les importations en provenance des États-Unis ont presque triplé par rapport à 2021. Selon un rapport de l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis) publié en février 2024, les États-Unis ont fourni 47 % du GNL importé en Europe en 2023, le Qatar 12 %, la Russie 12 % et l’Algérie 10 % sur l’ensemble de l’année 2023.

COP29 : les négociations sur le financement de l’action climatique seront tendues

Après l’accord historique de la COP28 qui mentionnait pour la première fois un objectif de sortie de toutes les énergies fossiles et reconnaissait le nucléaire comme source d’énergie nécessaire pour atteindre la neutralité carbone, le thème majeur de cette année sera donc le financement de l’action climatique.

Lors du discours d’ouverture des négociations de Bonn, Simon Stiell, Secrétaire exécutif d’ONU Climat soulignait la nécessité de « faire des avancées décisives en matière de financement, le grand facilitateur de l’action climatique. » Car on ne le dira jamais assez : l’argent est le nerf de la guerre et la bataille du climat n’échappe pas à la règle.

Or, en matière de financement de l’action climatique, tout reste encore à accomplir, comme M. Stiell l’a rappelé en exhortant à « passer d’un projet zéro à des options concrètes pour un nouvel objectif chiffré collectif pour le financement de l’action climatique. »

Vers des objectifs climatiques plus ambitieux

Deux acronymes en lien avec l’action climatique étaient au cœur des négociations à Bonn. Pour le volet financier, l’établissement d’un nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) devra permettre aux pays en développement de financer leur action climatique en allant au-delà des 100 milliards de dollars mobilisés actuellement chaque année. Or, ce montant est très insuffisant, puisqu’il faudrait le multiplier par 10 ou 20 pour donner des résultats tangibles[1].

Et sur ce point, aucun accord n’a été trouvé. Pour le moment, la seule certitude est donc le plancher de départ des négociations de 100 milliards de dollars. Afin d’éviter un échec de la COP29, les parties ont néanmoins été invitées à un « prochain round » de négociations, un dialogue ministériel de haut niveau qui se tiendra en octobre, juste avant la COP.

L’autre point concerne les CDN, donc l’action climatique en elle-même. Les Contributions Déterminées au niveau National, ou CDN sont des engagements climatiques nationaux qui ont été définis dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), les CDN ont une importance capitale puisqu’elles « représentent des plans soutenus sur le plan politique pour investir dans des domaines clés qui ont le potentiel non seulement d’atteindre les objectifs climatiques, mais aussi de favoriser le développement durable. »

L’Accord de Paris stipule cependant que les mesures d’adaptation et d’atténuation doivent être mises à jour tous les 5 ans et que chaque mise à jour doit être plus ambitieuse. Or, selon le PNUD, les pays vulnérables et en développement en font plus que la moyenne mondiale au niveau des CDN. Le premier bilan mondial qui a été présenté lors de la COP28 l’a d’ailleurs démontré. Mais les discussions engagées à Bonn au sujet du renforcement des CDN, prévu pour 2025 (CDN 3.0), ont malheureusement manqué d’ambition.

Le financement de l’action climatique : un casse-tête annoncé pour la prochaine COP29

Après 10 jours de négociations à Bonn, le bilan est donc mitigé. Si des avancées ont été faites en vue de mettre en place un nouvel objectif chiffré collectif pour le financement de l’action climatique, la partie la plus délicate reste à accomplir lors de la prochaine COP. Le statu quo en matière de financement est donc toujours d’actualité, une situation que regrette le Secrétaire exécutif d’ONU Climat.

Le discours de clôture de M. Stiell avait presque un ton de supplication, tellement les enjeux sont importants : « Je vous le demande instamment : ne laissez pas le travail le plus difficile pour le dernier moment. Le maintien du statu quo ne peut que conduire à l’échec, pour le financement de l’action climatique, et sur bien d’autres fronts, dans la lutte de l’humanité contre les changements climatiques (…) il nous reste une montagne très escarpée à gravir pour parvenir à des résultats ambitieux à Bakou. »


[1] Une récente étude avance le chiffre de 2 400 milliards par an !

Les thèses du mois : « Économie circulaire : une mise en œuvre programmée mais complexe »

Pour notre dossier d’août, « Économie circulaire : une mise en œuvre programmée mais complexe », voici les thèses sélectionnées par le REDOC SPI. Retrouvez le résumé de ces thèses ainsi que les thèses des mois précédents sur le site de notre partenaire.

Marchés publics et économie circulaire
Romain Routier
Thèse de doctorat en Droit Public, Soutenance le 18/12/2023
Transitions Énergétiques et Environnementales

Les dynamiques d’acteurs dans un contexte de transition vers une économie circulaire : le défi organisationnel
Anne-Claire Savy
Thèse de doctorat en Sciences de gestion et du management, Soutenance le 16/12/2022
Montpellier Research in Management

La maintenance distribuée au cœur d’une économie circulaire : contribution à sa mise en œuvre et à son évaluation
Rony Djeunang Mezafack
Thèse de doctorat en Automatique et productique, Soutenance le 08/12/2023
Sciences pour la conception, l’optimisation et la production

Économie circulaire en électronique de puissance : opportunité de la conception Multi-cellulaire
Boubakr Rahmani
Thèse de doctorat en Génie électrique, Soutenance le 15/12/2022
Laboratoire de génie électrique

Le réemploi appliqué au domaine de la construction : principe, impact environnemental et mesure dans le cadre d’une économie circulaire
Ambroise Lachat
Thèse de doctorat en Sciences de l’ingénieur, Soutenance le 13/12/2022
Laboratoire Navier

Fin de vie des bois composites : mise en place d’une démarche d’économie circulaire.
Léa Le meur
Thèse de doctorat en Génie des procédés, Soutenance le 08/07/2022
Polymères composites hybrides

Les emballages alimentaires à base de PHA dans un contexte d’économie circulaire : Étude de l’effet des polyphénols sur la stabilité du PHBV au cours des différentes étapes de son cycle vie.
Chloë Bonnenfant
Thèse de doctorat en Biomatériaux, Soutenance le 23/11/2022
Ingénierie des Agro-Polymères et Technologies Émergentes

L’économie circulaire, levier de développement territorial ? Une analyse de 16 projets dans le cadre de la stratégie REV3 de la Région Hauts-de-France
Sonia Veyssière-Matino
Thèse de doctorat en Sciences de la société. Science Économique, Soutenance le 04/01/2023
Centre de recherche sur l’Innovation et les Stratégies Industrielles

Économie circulaire pour les composites à fibres de carbone : du déchet aéronautique vers les composites carbone+ thermoplastiques recyclés
Éric Lacoste
Thèse de doctorat en Mécanique, Soutenance le 21/04/2022
Institut de mécanique et d’ingénierie de Bordeaux

Bâtir des ponts pour franchir la distance organisationnelle au sein du réseau d’approvisionnement : une étude exploratoire des échanges dépassant les frontières industrielles et de leur facilitation pour une économie circulaire
Anne Ratsimandresy
Thèse de doctorat en Sciences de gestion et du management, Soutenance le 06/12/2023
ESCP Europe

Économie circulaire : valoriser les déchets, cette mine de ressources à exploiter durablement

Un extrait d’Économie circulaire : une réponse à l’obsolescence, de Gautier VANSON, Pascale MARANGÉ et Éric LEVRAT

Nos modes de consommation produisent de grandes quantités de déchets. En résulte une détérioration de l’environnement, voire une accélération du changement climatique, rendant primordiale une évolution rapide des habitudes, particulièrement à l’heure de l’épuisement des ressources naturelles. Les entreprises, notamment, se voient ainsi contraintes de s’engager dans des filières de développement plus durables, partant de la production d’un produit jusqu’à sa revalorisation en fin de vie, le tout en tenant compte de son impact sur l’environnement.

Par ailleurs, un contexte géopolitique difficile complique parfois l’approvisionnement en matières premières. Ces freins ont cependant l’intérêt de mettre en évidence notre vulnérabilité en cas de crise, qu’il s’agisse de guerre ou de tensions politiques.

Économie linéaire vs économie circulaire

L’économie dite linéaire, en usage dans de nombreuses entreprises, est considérée comme de moins en moins viable. Elle s’appuie en effet sur les ressources naturelles sans tenir compte de leur appauvrissement. Dans ce fonctionnement, après utilisation, les produits fabriqués à partir de ces ressources sont stockés dans des décharges ou incinérés. Les conséquences de ce type de production sont accentuées par le phénomène d’obsolescence, lui-même à l’origine de nouvelles problématiques – sociétales, environnementales et économiques , du fait de l’augmentation des déchets.

L’économie circulaire apparaît alors comme un moyen de lutter contre cet épuisement, mais également contre les risques environnementaux auxquels nos sociétés sont soumises. Elle implique notamment de revoir notre utilisation du déchet, qu’il convient désormais de réduire, mieux gérer et mieux valoriser pour produire à nouveau. Elle repose sur des produits conçus pour être réutilisés.

Pour l’entreprise, il s’agit donc de revoir son fonctionnement dès la conception de son produit. L’économie circulaire l’oblige ainsi à une refonte de son organisation en interne et à tenir compte de l’environnement externe. L’objectif est donc d’anéantir la notion de déchets telle qu’on la conçoit actuellement, au profit de réutilisations. Ce processus passe par des éléments dits régénérateurs, obtenus après séparation des déchets afin de leur redonner de la valeur, à l’instar de la tôle d’une voiture ou d’un bois dont on aura retiré la peinture. Il est donc primordial qu’un produit soit élaboré en imaginant, dès le départ, les multiples opérations qu’il conviendra de mener afin que chacune de ses composantes puisse être réintroduite dans l’économie circulaire. L’ensemble des nouveaux produits revalorisés devront à leur tour tenir compte de toutes ces exigences de fin de vie.

Devenir durable, mais comment ?

L’objectif est de sortir d’un contexte contraignant pour adopter un mode de fonctionnement naturel privilégiant le recyclage. Si une législation, des normes et une sensibilisation du public sont indispensables pour que ce nouvel écosystème soit durable, des stratégies prenant en compte tous les aspects de l’économie circulaire devront être mises en place afin d’être acceptables et acceptées, tant en termes financiers que sociétaux.

L’énergie ne devra pas être négligée par ailleurs. Elle nécessitera de développer des procédés peu consommateurs ou encore des micro-écosystèmes afin de limiter les flux de transports énergivores.

Enfin, la maintenance sera un poste clé, permettant de conserver autant que possible les régénérateurs en bon état, et en tout cas d’en reculer au plus loin la mise en déchets.

« Une billette qui sortira de l’usine Coralium ne présentera aucune différence avec une billette issue d’aluminium primaire »

La première fonderie française capable de recycler tous les types de déchets d’aluminium est en train de voir le jour en Vendée. L’usine Coralium, qui doit entrer en service l’année prochaine, permettra de traiter 40 000 tonnes d’aluminium par an. Auparavant, ces déchets étaient sortis de notre territoire pour être recyclés, parfois à l’autre bout du monde. Avant d’être revendus sous forme de billettes aux industriels français utilisant l’aluminium comme matière première. Une aberration économique et écologique, à laquelle Coralium doit apporter un début de réponse. Le projet, initié conjointement par le groupe familial Liébot, qui produit des fenêtres industrielles et des façades à base d’aluminium, et le groupe Corre, gérant de Fineiral, doit permettre de développer une économie circulaire autour de l’aluminium en France, pays inventeur du procédé de fabrication industrielle de l’aluminium.

Christian Chevrel, Directeur Général des activités amont du groupe Liébot[1], a expliqué à Techniques de l’Ingénieur la stratégie derrière le développement de l’usine de recyclage Coralium.

Techniques de l’Ingénieur : Quelle est la réflexion derrière la décision de développer l’usine Coralium ?

Christian Chevrel : Ce projet d’usine de recyclage de l’aluminium n’était pas prévu à la base. Pour revenir sur le contexte, il faut savoir que le groupe Liébot affiche une forte croissance depuis longtemps, qui ne faiblit pas dans le temps. Mon métier de directeur achat consiste depuis longtemps à trouver de nouveaux fournisseurs, avec la volonté affichée par le groupe de trouver ces derniers localement, pas forcément pour des raisons écologiques, mais plus par bon sens économique. Aujourd’hui, avec les RSE et les problématiques environnementales, on peut dire que cette volonté était avant-gardiste.

Ensuite, il y a la problématique de la désindustrialisation de la France, qui touche aussi l’aluminium. J’ai assisté à la disparition de nombreuses usines d’extrusion d’aluminium, alors que les besoins en profils aluminium étaient croissants.

Pendant un certain temps j’ai donc cherché des investisseurs pour nous accompagner en tant que fournisseurs et investir dans nos usines parce qu’en termes logistiques, les coûts sont importants. Trois usines sont ainsi venues s’installer dans l’ouest de la France. 

Nous avons alors monté une très grosse usine sur Lyon. Tout cet écosystème que nous avions bâti dans l’ouest de la France devait être répliqué dans l’est pour accompagner ce nouvel outil de production. Le problème qui s’est posé est qu’il devenait difficile de trouver des investisseurs. Nous avons pu investir dans une usine d’extrusion d’aluminium. Cela correspondait parfaitement à notre volonté d’investir localement, mais aussi à l’intégration d’un métier et d’un savoir-faire, et à la sécurisation de nos approvisionnements. 

Par la suite, nous nous sommes également rendu compte que nous avions une problématique avec l’approvisionnement en matières premières, et notamment l’accès à l’aluminium bas carbone. Ceci constituait un frein à notre stratégie environnementale. Les déchets aluminium ont une grande valeur, ils sont aujourd’hui collectés et envoyés vers des fonderies, mais il y a très peu de moyens industriels en France en termes de traitement des déchets, et en fait très peu de fonderies sur notre territoire.

Que deviennent les déchets aluminium produits sur le territoire français ?

Aujourd’hui cette matière première quitte notre territoire alors qu’elle a une valeur incroyable, car la transformation des déchets en billettes d’aluminium est un procédé qui ne représente que 5% de l’énergie totale dépensée par rapport à ce que l’on va consommer quand on repart sur un circuit de production à partir d’aluminium primaire.

Elle est exportée en Italie, en Espagne, en Belgique, en Chine également… pour revenir sous forme de billettes en France ! 

Vers 2019 sont apparues les premières difficultés sur les approvisionnements en aluminium, avec des variations de prix très importantes. Le groupe Liébot disposait de 3000 tonnes de déchets aluminium qui étaient normalement revendus, j’ai alors décidé que le groupe allait en garder la propriété, car il aurait été dommage de s’en séparer, au vu de sa valeur. J’ai trouvé une fonderie en Belgique qui était capable de transformer ces déchets en billettes, qui nous revenaient et que j’ai livrées à mes fournisseurs, et notamment au partenaire que nous avons emmené avec nous sur le projet Coralium. 

Suite à cela, nous avons poussé la réflexion sur le fait de trouver des partenaires, et même d’investir par nous-mêmes. Nous nous sommes donc lancés sur le projet d’une fonderie bas carbone, en y intégrant les métiers du tri, de la sélection et de traitement du déchet sur le même site, pour matérialiser notre ambition en termes de performance et de pertinence des process. Intégrer ces derniers limite les coûts logistiques, et une bonne gestion et identification des approvisionnements permet d’être plus performants en ce qui concerne les consommations en énergie et dans le taux de carbone qu’il y aura sur toute la chaîne.

Coralium est à ce titre un projet unique en France. Ensuite, il y a également la volonté d’emmener avec nous des partenaires. Notre usine d’extrusion est dans l’est de la France, nous avons des partenaires qui sont dans l’ouest, notamment un chez qui nous sommes largement majoritaires, en tout cas présents en tant que client numéro 1. L’idée est d’inciter des acteurs industriels à nous accompagner, pour être en mesure de capter leurs volumes, et de se dire que ce projet de fonderie va servir notre groupe, mais également d’autres acteurs de la filière.

Quels sont vos objectifs en termes de volumes d’aluminium recyclés ?

A l’origine, le projet concernait 20 000 tonnes d’aluminium, ce qui couvrait nos besoins, mais au final nous avons doublé cet objectif, pour arriver à 40 000 tonnes. Cette augmentation de volume nous donne une capacité plus grande pour absorber cet investissement de 42 millions d’euros. Aussi, notre premier fournisseur aura accès à cette matière qui nous appartiendra, mais nous pourrons également le vendre à d’autres acteurs du marché. 

Les acteurs industriels qui font de l’extrusion d’aluminium génèrent 20% de chutes, ils ont donc tout intérêt à nous faire parvenir ces déchets, qui leur permettront de racheter des billettes localement, et d’abaisser le bilan carbone de leur activité.

Au final, le seul métier qui n’est pas intégré au cycle de vie de l’aluminium à travers le projet Coralium est la collecte du déchet ?

Absolument. Cela existe déjà. L’aluminium n’est jamais enfoui, il est recyclable à l’infini sans perte de ses propriétés mécaniques. Ce métier de la collecte existe déjà et il est performant, nous n’avons donc pas vocation à la casser, mais plutôt à s’appuyer sur les collecteurs, en étant une solution pour eux. Plutôt que de collecter ces déchets et d’aller les vendre en Espagne ou en Belgique, nous leur offrons une solution plus locale, ici en Vendée. J’insiste sur l’importance de mettre en place le recyclage de l’aluminium à une échelle locale. Aujourd’hui une entreprise qui ne raisonne pas sur les boucles fermées est un peu en dehors du temps. Dès que vous allez exporter les déchets aluminium, la traçabilité de l’aluminium devient très compliquée, il devient donc impossible de mettre en place une bouclé fermée de recyclage.

Est-ce que le fait que l’aluminium soit facilement recyclable est un facteur déterminant dans la mise en place d’une boucle de recyclage fermée ?

Très clairement, c’est beaucoup plus simple. Mais l’idée est aussi de le transformer vertueusement. Une billette qui sortira de l’usine coralium ne présentera aucune différence avec une billette qui serait issue d’aluminium primaire. 

Le recyclage de l’aluminium est aujourd’hui parfaitement maîtrisé, et cela est forcément rassurant pour les clients, puisque la qualité est la même. 

Techniquement, qu’avez-vous mis en place pour recycler l’aluminium de la manière la plus vertueuse possible ?

L’objectif est d’avoir la meilleure performance carbone pour ces billettes. Au niveau énergétique, nous utilisons du gaz car c’est la seule énergie disponible en quantité. Cela ne nous empêche pas de travailler sur d’autres solutions, notamment l’hydrogène. Nous voulons avoir le mode de production le plus économe en énergie. Il va donc y avoir tout un travail sur les machines, la conception, le recyclage de l’énergie, mais également la matière première que l’on va mettre dans les fours. En effet, il est fondamental d’alimenter nos fours avec un aluminium aussi brut que possible, afin de ne pas générer de déchets.

Pour cela, il nous faut maîtriser au maximum la composition de ce que l’on va mettre dans les fours. Aujourd’hui, sur des batchs de 25 à 30 tonnes qui sont aujourd’hui mis en fusion dans une fonderie traditionnelle, il y a deux étapes : d’abord le batch passe dans un premier four de fusion, puis dans un second, dit de maintien, pour préparer la coulée.

Dans ce second four, Nous allons prélever un échantillon pour l’analyser par spectrophotométrie. Cela va permettre de connaître la composition métallurgique de notre batch. Parfois, nous serons obligés de rajouter des composants, comme du silicium ou de l’aluminium, et parfois certains composants seront en trop grande quantité. La seule solution quand il y a des composants en trop grande quantité est de rajouter de l’aluminium primaire, qui lui est fortement chargé en carbone.

Ainsi, plus on maîtrise la composition de nos déchets aluminium, moins il faut ajouter d’aluminium primaire pour refaire de nouvelles billettes, et plus ces dernières sont décarbonées. 

Aussi, pour avoir une connaissance aiguë de la provenance de nos déchets, il nous faut accumuler le plus d’informations possible sur leur composition. Pour cela, au sein de l’usine Coralium seront installées des machines à rayons X automatisées, qui vont aller voir pour chaque déchet la composition de l’alliage, pour être en mesure d’enlever tous les alliages qui ne nous intéressent pas. Après ce tri, les déchets sélectionnés vont passer dans un four de délaquage à 400°C pour éliminer tous les résidus restants. A la sortie de cette chaîne de délaquage, on obtient un aluminium brut, dont on maîtrise quasi parfaitement la composition. Pour, in fine, avoir à rajouter le moins possible de matière primaire, et disposer de billettes d’aluminium les plus décarbonées possible. 

Le soutien financier du programme France 2030 a-t-il été déterminant pour finaliser le projet Coralium ?

Déterminant non, puisque le projet était déjà lancé sur un volume de 20 000 tonnes, sur l’aspect fonderie. Nous nous sommes dit que ce n’était pas suffisant et qu’il fallait intégrer la partie traitement du déchet, en intégrant les meilleures pratiques du moment, ce qui a fait augmenter fortement le budget. 

Sur ce, France 2030 est arrivé et nous a beaucoup aidé. Cela correspondait en plus à un moment où tous les matériaux, l’acier, le gros œuvre, subissaient une forte inflation. Aussi il y avait alors de très nombreux projets de fonderies à travers la planète, ce qui participait à une surinflation sur ce type de projet. En ce sens, France 2030 nous a permis d’absorber ce surcoût contextuel et de passer à un volume de traitement de 40 000 tonnes par an. Sans France 2030, nous serions probablement restés sur des objectifs à 20 000 tonnes. Le projet n’aurait pas été bloqué, mais conduit sur une échelle plus réduite, avec des machines moins performantes.

Pourquoi le développement d’une économie circulaire de l’aluminium, au vu de la relative simplicité de son recyclage, n’a pas été envisagé plus tôt par les acteurs industriels ?

C’est surtout le risque financier, avec un retour sur investissement sur du long terme, qui a longtemps freiné les ardeurs des acteurs industriels de l’aluminium. Après, il y a aussi un peu d’attentisme. En tant que leaders sur notre marché, au niveau français et même européen, nous ne pouvions pas attendre. Un leader doit donner l’exemple. Si son marché amont ne bouge pas suffisamment et ne lui apporte pas de solutions, c’est à lui d’y aller. Il fallait bouger les lignes et ne pas attendre que cela se fasse tout seul.

Propos recueillis par Pierre Thouverez


[1] Groupe Liébot

Ariane-6 : un lanceur stratégique pour l’Europe

C’est une réussite avec quatre ans de retard sur le planning initial… Le 9 juillet 2024, la fusée Ariane-6 a effectué son vol inaugural depuis le Centre spatial guyanais. Ce lancement a notamment permis la mise en orbite d’une dizaine de « cubesats », des microsatellites cubiques, élaborés par des universités, des scientifiques ou encore la Nasa. Le vol de démonstration a confirmé la capacité du lanceur à s’extraire de l’attraction terrestre et à atteindre différentes altitudes. Seule ombre au tableau : le troisième allumage du moteur qui devait permettre la rentrée dans l’atmosphère de l’étage supérieur, afin de retomber dans le Pacifique, ne s’est pas opéré.

Ariane-6 pourra, comme Ariane-5, placer des satellites en orbite géostationnaire, à 36 000 kilomètres d’altitude. Mais elle pourra en plus placer en orbite des constellations de satellites à quelques centaines de kilomètres de la Terre. Pour cela, l’étage supérieur de la fusée dispose du moteur rallumable Vinci. Au cours du vol, il a été allumé avec succès à deux reprises pour amener l’étage supérieur là où il a largué les « cubesats ».

L’accès autonome à l’espace retrouvé

Ce vol d’Ariane-6 était stratégique pour les Européens. Dans un contexte de tensions géopolitiques, il redonne aux Européens un accès autonome à l’espace. Depuis un an, ce n’était plus le cas. Et pour cause : en période de transition entre les deux lanceurs Ariane, l’Europe devait recourir au lanceur moyen russe Soyouz. Une voie abandonnée depuis la guerre en Ukraine. En parallèle, aucun lancement du nouveau lanceur léger européen Vega-C n’a été réalisé après son accident au décollage depuis Kourou, le 20 décembre 2022.

Les Européens n’auront plus à compter sur les seuls lanceurs spatiaux américains, indiens ou chinois pour accéder à l’espace. Surtout, Ariane-6 offre aux Européens une solution alternative au géant américain SpaceX. Grâce à ses fusées réutilisables Falcon-9, la compagnie d’Elon Musk s’est rapidement imposée comme l’un des leaders du marché et garde plusieurs longueurs d’avance. SpaceX lance environ deux Falcon-9 par semaine, lorsque Ariane-6 a été conçue pour permettre dix à douze décollages par an.

Un carnet de commandes public et privé

Le premier lancement opérationnel et commercial d’Ariane-6 devrait avoir lieu en fin d’année avec le satellite d’observation militaire français CSO-3. L’enjeu sera ensuite de réussir la montée en cadence des vols : six sont prévus en 2025 et huit l’année suivante. En juin, Stéphane Israël, président exécutif d’Arianespace, se réjouissait. « Avec 30 missions en carnet, Ariane-6 a déjà gagné la confiance de ses clients institutionnels et commerciaux. Nous nous préparons à opérer le deuxième lancement d’Ariane-6 d’ici la fin de l’année, puis à monter en cadence pour viser une dizaine de lancements par an en rythme de croisière. »

L’exploitation commerciale du lanceur sera assurée par Arianespace. Sa capacité autonome à atteindre l’orbite terrestre et l’espace lointain permet de répondre aux besoins de clients de tous horizons, pour des missions institutionnelles et commerciales. « Avec ses deux configurations 62 et 64 (avec 2 ou 4 boosters solides) et son étage supérieur réallumable jusqu’à 4 fois, Ariane-6 sera capable de répondre à toute mission de lancement », détaille à la Dépêche, Julio Monreal Hijar, consultant en transports spatiaux à l’ESA.

Côté commandes institutionnelles, Ariane-6 pourra compter sur les gouvernements et l’Union européenne pour les programmes européens de navigation, d’observation de la Terre, de science et de sécurité, comme Galileo ou Copernicus. Côté entreprises, Ariane-6 compte déjà une commande de 18 lancements pour Amazon, pour sa constellation de satellites Kuiper, un service d’accès à internet haut débit par satellite.

« Le financement de l’économie circulaire constitue un risque que les responsables politiques n’ont pas forcément envie de prendre »

Qairos Énergies est une entreprise française créée en 2019 par Jean Foyer. Ce dernier, ancien ingénieur dans le secteur de l’automobile, a quitté cette activité pour se pencher sur le développement de solutions de mobilité, et plus particulièrement la mise en place d’un modèle circulaire de production d’énergie renouvelable pour la mobilité.

C’est ainsi qu’après avoir étudié la question, et notamment les pratiques de nos voisins européens, Jean Foyer a imaginé une solution pour produire de l’hydrogène et du biométhane, à partir de chanvre, par pyrogazéification. Au-delà de l’hydrogène, l’ambition derrière la technologie développée par Qairos[1] consiste à utiliser l’ensemble du chanvre : les graines comme nourriture pour les éleveurs de volaille locaux, les fibres pour la fabrication d’emballages, et enfin les résidus de défibrage pour la production d’hydrogène renouvelable.

Jean Foyer a expliqué à Techniques de l’Ingénieur l’intérêt du modèle qu’il développe depuis cinq ans, et la bioéconomie circulaire qui sous-tend le projet.

Techniques de l’Ingénieur : Comment vous est venue l’idée de développer une économie circulaire basée sur la culture du chanvre ?

Jean Foyer : J’habite à Loué dans la Sarthe, département connu pour ses poulets fermiers. Les éleveurs de poulets de Loué ont mis en place une économie circulaire très poussée. Aujourd’hui, quand vous achetez un poulet de Loué, vous connaissez le code postal et le nom du fermier qui a élevé le poulet que vous avez acheté.

Ces éleveurs sont aussi agriculteurs. Ils cultivent la grande majorité des céréales qui vont nourrir leurs poulets. Tout cela est mis en commun, sur toute la chaîne de valeur, ce qui permet d’obtenir une juste répartition de la valeur créée.

C’est un exemple d’économie circulaire où tout le monde est gagnant : le consommateur ne paie que ce qu’il doit payer, et l’éleveur est incité à produire ses céréales, pour que son poulet soit de la meilleure qualité possible avec un coût de production clair et transparent.

Après avoir longtemps évolué dans le secteur automobile, je me suis demandé, dans cet esprit de circularité, ce qui pourrait être fait sur le thème de l’hydrogène, pour mettre en place un schéma d’économie circulaire autour de l’énergie.

Qu’est-ce qui vous a amené sur la piste du chanvre comme matière première pour produire de l’hydrogène ?

Dans un premier temps, je me suis intéressé à l’électrolyse, une technique qui nécessite beaucoup d’électricité. Or, dans le monde agricole aujourd’hui, il est très compliqué de trouver le bon compromis entre production d’électricité et production de culture.

Jean Foyer, Président fondateur de Qairos Energies
Jean Foyer, Président fondateur de Qairos Energies ©GDL

Il faut se souvenir qu’au siècle dernier, un quart des terres cultivables étaient dédié à l’énergie. On donnait le meilleure avoine, issue de la meilleure terre, aux chevaux, car c’était ces derniers qui fournissaient l’énergie nécessaire au travail agricole. De ce fait, les agriculteurs étaient totalement autonomes, ce qui n’est plus le cas, étant donné que de nos jours, l’énergie utilisée par les agriculteurs dans les champs est majoritairement le gasoil, qui alimente les machines.

C’est dans ce cadre que je me suis interrogé sur l’opportunité, pour les agriculteurs, de revenir vers ce principe simple, à savoir mobiliser une partie de leurs terres pour subvenir à leurs besoins énergétiques et regagner en autonomie.

La Sarthe est le département qui cultive le chanvre depuis le plus longtemps en France, ce depuis Colbert. Cela permettait historiquement de nourrir les volailles, se chauffer, fabriquer des cordes et se vêtir. Il était considéré comme l’or vert de la Sarthe. Dans ma recherche sur la production d’hydrogène, je me suis intéressé à la technique de pyrolyse, qui permet de produire du gaz de synthèse. Il n’y a que trop peu d’usines de pyrolyse en France, et aucune ne produit d’hydrogène en continu, j’ai donc regardé ce qui se faisait à l’étranger sur tous les continents.

La problématique avec l’hydrogène, notamment celui destiné à la mobilité, que ce soit pour la combustion ou pour alimenter une pile à combustible, est qu’il faut un gaz 100% pur. La pyrolyse est un procédé thermochimique qui, en utilisant de l’énergie et des médias porteurs va, avec différentes technologies, transformer une matière solide en gaz contenant de l’hydrogène, notamment.

Si donc on utilise un intrant issu d’une matière organique – déchets plastiques, bois – on obtient un gaz de synthèse qui va être le résultat gazeux (moins les résidus solides), de ce qui est entré. Donc plus la matière entrante est complexe, plus le gaz sera très compliqué et cher à épurer pour en obtenir l’hydrogène.

Ce qui n’est pas le cas avec le chanvre ?

En effet. C’est une plante qui pousse en très peu de temps, moins de 100 jours, et les polluants n’ont pas le temps de s’agglomérer autour des fibres de la plante. Ce sont ces polluants qui font que le gaz obtenu par pyrolyse n’est pas pur pour être exploitable tel quel.

C’est ainsi que je suis arrivé à considérer le chanvre comme matière première pour produire de l’hydrogène. De plus, la graine du chanvre est très riche en protéines et en oméga 3 et 6. Or, les éleveurs autour du projet, qui pourraient être les producteurs de chanvre, importent des protéines pour nourrir leurs volailles. Ce pourrait être un élément circulaire et rémunérateur supplémentaire dans la culture du chanvre.

La Sarthe est également un département où il y a beaucoup de papeteries, et la fibre de chanvre est adaptée aux machines qui produisent du papier ou du carton à base de fibres végétales. La plus grosse usine européenne de défibrage de chanvre, utilisée principalement pour la production de papier technique, fut en Sarthe jusque récemment ! La fibre de chanvre peut donc servir simplement de nouveau, sans grande modification de process, à produire des emballages en cartons, par exemple pour des barquettes alimentaires de poulets, dans un objectif d’économie circulaire et de réduction des imports de fibres.

Le résidu de défibrage du chanvre, principal obstacle à la massification de la production de fibre, constitue environ 75% de la masse. C’est cette biomasse qui peut être transformée via une étape de pyrolyse, pour en extraire l’hydrogène. Comme la provenance de cet hydrogène est connue, on saura dire très simplement à la personne faisant le plein d’hydrogène qui est le producteur agricole à l’origine de son carburant renouvelable.

Tout cela remet l’agriculteur, celui qui crée la valeur, au centre de la bioéconomie, tout en développant un modèle circulaire à partir du chanvre.

En quoi le modèle de production que vous développez est-il en rupture avec les pratiques actuelles ?

Notre modèle de production est adapté à un écosystème local et souverain, et dans ce sens il va à l’encontre de ce qui se fait aujourd’hui, avec de grands groupes qui produisent des quantités phénoménales d’énergie sous diverses formes et les exportent à travers la planète. Le but, avec Qairos Énergies, est de produire et de consommer localement, uniquement selon les besoins de l’écosystème.

Qu’est-ce qui rend ce modèle compliqué à mettre en place ?

Notre problématique, qui est celle de tout type d’économie circulaire, est qu’il faut que le marché soit présent et volontaire sur chaque branche industrielle de cette économie au même moment pour que le modèle fonctionne.

Si un maillon de la chaîne constituant cette boucle d’économie circulaire est absent ou dysfonctionne, c’est l’ensemble de l’engrenage qui s’enraille. C’est là que réside la complexité du projet que je porte, puisqu’à l’heure actuelle il manque, dans le schéma circulaire autour du chanvre, un maillon essentiel : les consommateurs locaux d’hydrogène.

En effet, force est de constater que depuis 2019, date à laquelle j’ai démarré ce projet, les recherches pour la production et la distribution d’hydrogène ont un peu avancé, mais restent au stade embryonnaire. En revanche, en ce qui concerne les moyens de consommation pour la mobilité, cela se fait attendre. Les poids lourds, matériels des chantiers, trains et bus fonctionnant à l’hydrogène devraient réellement arriver sur le marché de la mobilité à partir de 2026. Au Mans, l’ACO, qui organise la course automobile bien connue, les 24h, avait un objectif 2024 pour lancer une catégorie hydrogène, cet objectif a été repoussé, pour l’instant, à 2027. C’est au Mans que sont testées les grandes innovations automobiles avant d’arriver sur notre marché (le turbo, l’ABS, les feux LED,…) donc la mise à disposition des véhicules pour le particulier, ce n’est pas encore pour tout de suite. Le marché commence avec des flottes captives, par exemple les taxis parisiens, mais le vrai facteur qui permet de changer d’échelle est la vente libre afin de permettre à chaque consommateur de choisir son mode de mobilité. Force est de constater que ce n’est pas encore possible, malgré les multiples effets d’annonce. Pour les premiers véhicules particuliers à l’hydrogène, cela devrait plutôt être pour 2028 voire 2030.

Aujourd’hui, votre projet est au point mort. Pourquoi ?

Cela fait cinq ans que je présente mon projet d’énergie circulaire au gouvernement. Pour être en mesure de l’expérimenter, il faut pouvoir vendre un produit qui soit le plus proche de l’hydrogène pour permettre un coût de production le plus faible possible et utilisable dès maintenant, en l’occurrence du méthane.  Cela permet d’amortir le projet, grâce à une expérimentation de production de méthane en combinant avec l’hydrogène le CO2 issu de la pyrolyse du chanvre… Et ainsi produire du méthane dès aujourd’hui puis proposer de l’hydrogène renouvelable quand le marché sera là. Il ne faut pas commencer à construire des usines quand les véhicules à hydrogène seront déjà en circulation, car à ce moment le modèle d’économie circulaire n’a plus de sens. Nous sommes dans le même mouvement d’expérimentation qui a prévalu pour les premières éoliennes, panneaux solaires ou la méthanisation. C’est l’état qui fixe les objectifs de production d’énergies renouvelables, expérimente les modes de production en rémunérant les producteurs, puis, une fois que le marché est mature, libéralise. Ce qui s’est fait avec l’électricité depuis plus de 20 ans devrait se faire de manière aussi importante avec le gaz, troisième énergie utilisée en France après le pétrole et l’électricité. Nous ne pourrons pas remplacer le gaz et le pétrole par de l’électricité pour tous les usages, par contre il est possible de décarboner le gaz et le pétrole ! Pour cela, il faut expérimenter (et rémunérer) des modes de productions innovants.

Depuis cinq ans, les territoires me soutiennent (Pays de la Loire, Bretagne, Centre Val de Loire, Occitanie, …), mais le décret d’application concernant le rachat de ce biométhane n’est toujours pas sorti. C’est une prérogative de l’exécutif, émanant du ministère de l’économie et des finances, que de pouvoir expérimenter. Malgré les nombreux et répétés soutiens de toute la filière (Élus, Coopératives agricoles, industriels, syndicats, monde associatif,…) nous n’avons aucun retour suite à notre demande.

Le financement de l’économie circulaire est compliqué, car il faut que ce dernier englobe tous les acteurs. Il est beaucoup plus simple d’allouer des subventions à des gros acteurs industriels pour les soutenir dans leurs projets innovants que de risquer des modèles disruptifs. In fine, le financement de tels projets d’économie circulaire est complexe car il constitue un risque qui mise sur la durée et la pérennisation du modèle, risque que les responsables politiques n’ont pas forcément envie de prendre, le temps électoral étant souvent plus court que la durée de l’expérimentation (15 ans pour ce qui nous concerne). En France, le principe de précaution prévaut encore sur l’expérimentation, notamment pour la souveraineté industrielle et énergétique des territoires ruraux. C’est désolant mais c’est un fait.

Pensez-vous que la situation va se débloquer ?

Aujourd’hui, je reste néanmoins assez optimiste sur les usages de l’hydrogène pour la mobilité. Le projet a tenu suffisamment, le temps que les usages soient présents.

Dans deux ou trois ans maintenant, des véhicules lourds, des engins de chantier, des bus seront disponibles sur le marché, souvent à destination d’industriels ou de collectivités pour des usages en boucles locales, donc bien intégrés et facilitateurs pour l’économie circulaire. Ces flottes auront besoin de venir se sourcer en hydrogène renouvelable, en privilégiant un carburant le moins cher possible, et le moins dépendant à l’électricité possible, étant donné la demande importante à venir en électricité renouvelable. Ce dernier point est important. Notre procédé consomme trois fois moins d’électricité que l’électrolyse, ce qui veut dire qu’avec la même quantité d’électricité produite sur un territoire nous sommes en mesure de produire trois fois plus d’hydrogène que ce qu’on obtiendrait par électrolyse. Cela peut avoir son importance, par exemple pour un agriculteur qui installe une surface en photovoltaïque pour produire de l’électricité, qui pourra servir à produire de l’hydrogène.

Où en êtes-vous aujourd’hui en termes de capacité de production ?

Aujourd’hui, nous avons un démonstrateur à l’université de Compiègne, où nous réalisons des prestations d’essais. C’est également là que nous réalisons nos recherches, qui nous ont permis de déposer des brevets et poursuivre les recherches fondamentales.

Dès que les acheteurs auront signé suffisamment de promesses d’achat d’hydrogène pour que les investisseurs et les banques soient rassurés, notre site de production sera en construction en périphérie du Mans. Le permis de construire est signé, purgé de tout recours depuis plus de deux ans, et très soutenu par la métropole et la région. La seule chose que nous attendons depuis plus de deux ans, c’est la validation du modèle économique, soit lié à la revente directe d’hydrogène soit liée à la signature du décret d’application du tarif de rachat du biométhane par le ministre de l’Économie.

L’ambition est de produire sur notre site industriel 3,6 tonnes d’hydrogène par jour, ce qui permet de produire du biométhane, de la chaleur et surtout de l’hydrogène à un prix abordable, afin de pouvoir délivrer en hydrogène les usages qui seront présents sur la métropole du Mans. A titre d’exemple, cela représente moins de 2% des besoins journaliers liés aux transporteurs présents sur la métropole.

Ce type de modèle pourrait-il être déployé autre part à l’échelle locale ?

Partout où il y a des agriculteurs céréaliers, mon projet est soutenu car le chanvre est une culture très utile pour la diversification et l’agroécologie. J’en veux pour preuve les deux courriers envoyés en 2021 et 2023 par les acteurs agricoles (coopératives et syndicats dont la FNSEA) à destination d’Emmanuel Macron pour lui demander d’appuyer la signature du décret.

Sur un plan agricole, le chanvre pousse presque partout, sans eau, et sans glyphosate. Il est planté en tête d’assolement, purifie et restructure les sols et permet de booster les rendements du blé. La culture du chanvre ne présente que des avantages pour les agriculteurs, encore faut-il qu’ils aient des débouchés sûrs car le matériel de récolte nécessite un investissement important, comme toute culture (betterave, tournesol…).

Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui votre projet n’a toujours pas reçu le feu vert attendu ?

La France, de manière énergétique et ce depuis les années 1970 est un état électricien. Les usines à gaz des territoires ont été remplacées par des usines à production d’électricité, majoritairement nucléaire. C’est pour cela que l’État n’hésite pas à financer des projets d’envergure sur le micro nucléaire par exemple. Pour les projets qui touchent à la production de gaz, c’est beaucoup plus compliqué. C’est clairement une question de posture court-termiste car nous aurons besoin de la complémentarité de toutes les énergies pour décarboner ! En termes de balance commerciale, il serait aussi bon pour l’état de financer l’expérimentation de centrale de production de biométhane ou d’hydrogène renouvelable afin de dupliquer à l’export la solution, le chanvre étant plus simple à produire que le combustible nucléaire…

C’est aussi une question de territoires : il semble que les responsables politiques parisiens restent un peu déconnectés des réalités locales, ne parviennent pas à laisser les territoires travailler de manière autonomes et permettent des expérimentations de solutions au niveau local. Cela est extrêmement frustrant.

Propos recueillis par Pierre Thouverez

 Copyright image de une : Cabinet d’architecte Alinea56

[1] Qairos

Un vaccin à ARN messager sous la forme d’un comprimé en cours de développement

En pleine crise sanitaire, les vaccins à ARN messager ont incontestablement été l’innovation médicale la plus marquante de cette période. Grâce à une large campagne de vaccination, ils ont permis de lutter efficacement contre la pandémie de Covid-19. Et si dans le futur, ce type de vaccins s’administrait à l’aide d’un simple comprimé ? C’est en tout cas le projet de l’I2M (Institut de mécanique et d’ingénierie) et de l’UTCBS (Unité de technologies chimiques et biologiques pour la santé). Ces deux laboratoires de recherche développent une méthode inédite de stabilisation de l’ARN sous une forme sèche afin de faciliter son administration par voie orale. Ils ont été rejoints dans leur projet par l’incubateur Nexbiome Therapeutics. Pierre Tchoreloff, professeur à l’I2M et Stanislas Desjonquères, fondateur et CEO de Nexbiome Therapeutics, nous parlent de leur technologie innovante en cours de développement.

Comment est né ce projet de développer un vaccin à ARN messager sous la forme d’un comprimé ?

Pierre Tchoreloff, professeur à l'I2M
Pierre Tchoreloff, professeur à l’I2M. Crédit : P. Tchoreloff

Pierre Tchoreloff : À l’origine, nos travaux ont débuté sur l’ARN interférent, car l’UTCBS était davantage spécialisé sur ce type de petits ARN. En 2017, au gré des discussions, nous nous sommes demandés pourquoi ne pas essayer de stabiliser ces systèmes sous une forme sèche. Cette idée était presque farfelue, car l’ARN est encapsulé dans un assemblage supramoléculaire de lipides très fragile. Personne n’avait donc travaillé sur ce concept qui paraissait un peu utopique, car il nécessite d’appliquer des contraintes de compression très fortes sur ces assemblages. Nous nous sommes tout de même lancés et nous avons réussi à faire la preuve de concept de la viabilité de cet ARN interférent sous la forme d’un comprimé in-vitro, c’est-à-dire sur des cultures de cellules, puis une autre preuve de concept a été réalisée sur un modèle animal.

Comment parvenez-vous à fabriquer ces comprimés ?

PT : Notre procédé se déroule en deux étapes. La première consiste à réaliser une lyophilisation pour déshydrater les vecteurs, c’est-à-dire les nanoparticules formées de lipides et contenant des acides nucléiques. Pour cela, nous utilisons des excipients qui permettent de maintenir l’activité biologique au cours de cette étape qui peut être traumatisante. Nous obtenons alors un cake de lyophilisation qui, une fois dispersé, donne une poudre.

La seconde étape consiste à comprimer cette poudre. Nous avons observé qu’elle possède des propriétés très singulières, puisque dans le cas d’une formulation classique, elle nécessite d’appliquer une pression de 100 à 300 Méga Pascals, alors qu’ici le système développé ne nécessite que 25 à 50 Méga Pascals. La poudre est ainsi peu sollicitée mécaniquement et subit peu de zones de déformation. Nos essais ont permis de montrer qu’on pouvait la comprimer sans perdre l’activité biologique.

Comment Nexbiome therapeutics intervient-il dans ce projet ?

Stanislas Desjonquères, fondateur et CEO de Nexbiome Therapeutics
Stanislas Desjonquères, fondateur et CEO de Nexbiome Therapeutics. Crédit : S. Desjonquères

Stanislas Desjonquères : Nous sommes un biotech studios et gérons un portefeuille de projets en santé humaine. Notre métier consiste à sourcer de nouveaux concepts développés par des laboratoires académiques puis à définir une feuille de route pour en faire des produits pharmaceutiques. Nous connaissions le travail de l’I2M et de l’UTCBS sur l’ARN inteférent sous une forme sèche et au moment de la pandémie de Covid-19 et l’avènement des vaccins à ARN messager, nous avons saisi cette opportunité pour poursuivre le développement de leur concept sur ce type d’ARN.

À quel stade de maturation technologique se trouve ce projet ?

SD : Nous avons fait la preuve de concept de l’ARN messager sous une forme de comprimé in-vitro, c’est-à-dire que nous avons démontré son intégration dans des cellules en culture et l’expression de la protéine d’intérêt. Une preuve de concept a également été réalisée sur un modèle animal, ayant pu montrer une réponse immunitaire systémique consécutive à l’expression de la protéine codée par la séquence d’ARN messager utilisé. Concernant l’expression de la protéine spike, la preuve de concept in vitro a également été réalisée avec succès, et à présent, nous sommes au stade de l’administration par voie buccale et débutons des tests sur des animaux, dont les résultats doivent intervenir à la fin de l’année. Toute l’économie du projet repose sur cette preuve positive, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi démontrer la stabilité du produit dans le temps à température ambiante, sans dégrader son efficacité. La date de péremption doit être au minimum de 10 à 12 mois et idéalement de 36 mois.

Quels sont les avantages d’un vaccin à ARN messager sous la forme d’un comprimé ?

PT : L’intérêt est de sortir ce type de vaccin de la chaîne du froid. Par exemple, les vaccins Pfizer nécessitent une logistique très contraignante, car ils doivent être conservés à -80 degrés. Ce mode de conservation est très compliqué à gérer, en particulier dans des pays moins développés que les nôtres et qui n’ont pas l’infrastructure pour gérer une telle logistique. Le vaccin que nous développons devra se conserver à température ambiante sur des mois, voire des années et pour l’instant, un tel produit pharmaceutique n’existe pas. Le mode d’administration est très simple, car il suffit de déposer le comprimé dans la cavité buccale et son hydratation provoque une libération de son contenu avec des cinétiques maîtrisées, puis la transcription de la séquence d’ARN messager dans l’organisme.

Quelles sont les perspectives en cas de succès ?

SD : Si l’on parvient à faire la preuve de concept sur l’animal et à démontrer la stabilité du produit dans le temps, les perspectives de valorisation sont très importantes. On parle beaucoup des vaccins, car c’est le seul ARN messager sur le marché qui a fait la preuve de son efficacité, mais ce n’est pas la seule voie de valorisation possible. Il y a un mouvement de fond pour utiliser des ARN de différentes tailles en R&D avec un potentiel thérapeutique très fort. Ces projets sont toujours limités par la forme finale du produit pharmaceutique et son mode d’administration. L’idée générale sera alors d’essayer d’intégrer suffisamment en amont notre technologie dans l’ensemble des projets ARN.

Les DEEE, enjeu d’économie circulaire

D’après le rapport publié en 2021 par l’Ademe, près d’un million de tonnes de DEEE ont été collectés sur le territoire, pour un taux de recyclage de 77%. Dans le même temps, ce sont 2,4 millions de tonnes d’équipements électriques et électroniques qui ont été mis sur le marché. 

En termes d’évolution, le taux de collecte a augmenté de 17% depuis 2020, atteignant 49,8%, alors que les objectifs européens fixent un taux de 65% des appareils mis sur le marché. Pour ainsi dire, la France n’atteint donc pas les objectifs fixés par l’Europe.

L’organisation de la filière EEE en filière REP – responsabilité élargie du producteur – a permis la mise en place et l’agrément, pour la période 2021-2027, d’éco organismes, financés par les producteurs de DEEE, qui vont assurer les opération de tri, collecte, dépollution, recyclage et valorisation des DEEE. A l’heure actuelle ces éco organismes sont au nombre de quatre : Ecosystem, Ecologic, Srelec (cartouches d’encre) et Soren (panneaux photovoltaïques). Leurs objectifs, à savoir la prise en charge de la responsabilité des producteurs concernant la fin de vie de leurs produits mis sur le marché et le développement de dispositifs de collecte et de traitement des déchets, principalement, les place au centre d’un écosystèmes d’acteurs : producteurs, distributeurs, importateurs, installateurs, acteurs de l’ESS, associations de consommateurs… dont il faut parvenir à coordonner les actions pour atteindre les ambitions de collectes des DEEE fixés au niveau européen. 

Au-delà, l’entrée en vigueur de la loi AGEC étend la responsabilité des filières REP aux activités de réparation, réutilisation, et de réemploi des produits électroniques et électroménagers. Afin de limiter au maximum la production de déchets en amont. Pour favoriser ces pratiques, les outils pédagogiques à destination des entreprises se multiplient, et des méthodologies viennent bousculer les habitudes des entreprises. Ainsi, pour faciliter le reconditionnement des appareils électroniques et leur réemploi, la mise en place de gestes simples doit se généraliser : il faut ainsi éviter de benner les DEEE, car cela risque de les endommager de manière irrémédiable. Second point, le stockage des écrans doit se faire de manière adaptée, en évitant absolument de les entreposer sous d’autres déchets lourds, ce qui pourrait abîmer leurs composants. Et en les plaçant écran contre écran, pour éviter les rayures. L’utilisation des cartons d’emballage d’origine est également recommandée pour protéger les appareils. Enfin, éviter d’entreposer les produits électroniques en extérieur, ce qui apparaît logique.  

La mise en place de ces pratiques, qui sont de l’ordre du bon sens, ne sont pourtant pas forcément simples à mettre en place. A titre d’exemple, conserver les emballages des produits électroniques afin de les réutiliser pour les protéger en fin de vie nécessite de disposer d’un espace de stockage spécifique, ce qui n’est pas forcément évident pour les entreprises, à fortiori celles qui disposent d’un parc électronique important. 

Les pratiques de réemploi, réutilisation et réparation doivent permettre de mettre en place une économie circulaire pour les produits électroniques et électroménagers, avec potentiellement à la clé des baisses substantielles d’émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, un smartphone reconditionné permet de réduire l’impact carbone annuel de ce produit de 70 à 80 % par rapport à l’achat d’un appareil neuf. Le smartphone reconditionné évite également l’extraction de près de 80 kg de matières premières.

Womed, au service de la santé des femmes

En 2013, plusieurs chercheurs, dont la Dr Stéphanie Huberlant, gynécologue au CHU de Nîmes, réalisent une thèse au sein du laboratoire de biopolymère du Pr Garric à l’Université de Montpellier. Elle s’intéresse aux synéchies, une pathologie résultant d’un traumatisme de l’utérus (au cours d’un curetage à la suite d’une fausse couche ou d’une IVG par exemple) qui entraîne un accolement des parois internes de l’utérus. Cela a des conséquences importantes sur la fertilité des femmes : elles sont plus à risque d’avoir des fausses couches et ont plus de mal à être enceintes. Lors de sa thèse, la Dr Stéphanie Huberlant développe un biopolymère qui agit comme un pansement après une procédure chirurgicale.

En 2018, Gonzague Issenmann, entrepreneur en technologie de la santé, découvre cette innovation et décide d’en faire une société, baptisée Womed. « Dès 2019 nous avons lancé une première étude sur des femmes de différents pays en Europe (France, Pays-Bas et Belgique) pour nous assurer que le dispositif est sûr et qu’il ne provoque pas de réactions indésirables », explique Pauline Chirouze, directrice des affaires cliniques chez Womed. Un an plus tard, le dispositif médical, appelé Womed Leaf reçoit le marquage CE médical qui correspond à l’autorisation de mise sur le marché. À partir de cette date, il commence à être utilisé dans certains centres hospitaliers. « En 2021, nous débutons une deuxième étude clinique, randomisée, pour démontrer l’efficacité de notre produit. 160 patientes en Europe et en Chine ont participé à l’étude jusqu’en novembre 2023. Nos résultats viennent tout juste d’être publiés dans un journal scientifique », se félicite Pauline Chirouze. Ce traitement s’adresse aux femmes qui prévoient d’avoir une aspiration après une IVG ou une fausse couche, ou une chirurgie intra-utérine et permet de prévenir le développement des adhérences. Aujourd’hui l’entreprise est basée à Montpellier et regroupe une dizaine de personnes, qui travaillent principalement sur la R&D.

Un polymère biocompatible

Le dispositif Women leaf est composé d’une membrane d’acide polylactique (PLA) et d’oxyde de polyéthylène d’une épaisseur de 0,5 mm. « Ce sont deux polymères connus pour être biocompatibles. L’innovation réside dans la chimie entre les deux : il faut leur donner des propriétés de gonflement, une structure mécanique et une capacité de dégradation », précise Pauline Chirouze. Cette feuille est pliée pour entrer dans un tube qui permettra son insertion via le col de l’utérus de la patiente, comme on le fait d’un stérilet. « Dès que le dispositif est en contact avec les fluides de l’utérus, il se déploie telle une éponge pour épouser la forme de la cavité. Cela empêche que les parois ne soient en contact pendant la phase de cicatrisation et ne forment des synéchies. Il reste en place environ une semaine avant d’être hydrolysé et fragmenté. Il est ensuite évacué naturellement dans les pertes vaginales », explique Pauline Chirouze.

Des traitements ciblés

« Nous savons produire un polymère capable de rester un temps dans l’utérus avant de s’éliminer. On pourrait donc l’utiliser pour apporter des médicaments directement dans l’utérus et traiter des pathologies comme les fibromes par exemple », ajoute la docteure en gynécologie. La start-up travaille justement sur ces thématiques et crée une nouvelle forme de polymère susceptible de faire de la délivrance locale, notamment pour réduire les saignements provoqués par les fibromes. « À long terme, nous envisageons de nous attaquer aux douleurs liées à l’endométriose. Un polymère pourrait délivrer en local un médicament permettant de soulager ces douleurs », conclut Pauline Chirouze.

Mini-réacteurs nucléaires : EDF revoit sa stratégie pour le projet NUWARD

Dans un article de l’Usine Nouvelle, Ludovic Dupin, directeur de l’information de la Société française d’énergie nucléaire (Sfen) soutient la décision d’EDF et la qualifie même de « courageuse et saine », car « le réacteur n’était pas prêt pour répondre au marché et aux demandes des prospects européens. »

Selon lui, « revenir à un modèle plus simple de chaudière classique va dérisquer le projet et faire gagner du temps plus tard ».

Une volonté d’avancer de manière plus sereine

Le premier modèle de Nuward doit voir le jour en 2030. Si ce revirement peut apparaître aujourd’hui comme un échec, il traduit surtout une volonté de ne pas foncer tête baissée, particulièrement quand les signaux négatifs s’accumulent et que le design actuel ne semble pas faire l’unanimité. Deux exemples récents : en mai, la Pologne sélectionnait Rolls-Royce pour la construction de trois SMR. En juin c’était le suédois Vattenfall qui annonçait préférer les solutions de Rolls-Royce et de GE Hitachi Nuclear Energy, malgré les déclarations prometteuses du Premier ministre suédois un an plus tôt.

Car le développement de ces mini-réacteurs est une affaire complexe. Il y a bien entendu les multiples défis technologiques, mais aussi une forte concurrence, notamment avec les Chinois, les Russes et les Américains. Or, avec 80 projets de ce type recensés dans le monde, il est important pour EDF de garder la tête froide et d’avancer de manière sereine, en prenant les meilleures décisions au moment où elles s’imposent.

Or, il est compréhensible qu’avec un coût de développement qui avoisine le milliard d’euros, EDF veuille maximiser ses chances de succès. En choisissant de miser sur des technologies éprouvées, EDF va donc jouer la carte de la fiabilité maximale, ce qui pourra aussi lui permettre de se différencier de ses nombreux concurrents !

Espérons que cette décision pragmatique permettra à EDF de rester dans la course aux SMR.

Le – très – long chemin vers une économie circulaire

Ce modèle économique, appelé à supplanter dans les années à venir le modèle actuel linéaire, implique un bouleversement des pratiques, notamment industrielles. Car c’est en modifiant les méthodes de production industrielle, sur l’ensemble du cycle de vie des produits, que l’on pourra réellement « circulariser » notre économie.

Prenons les choses dans l’ordre. l’économie circulaire à l’oeuvre dans nos sociétés depuis le début de l’ère industrielle se décompose en quatre étapes : l’extraction des matières premières, la production, la consommation, et enfin la fin de vie, qui consiste à jeter les produits hors d’usage. Ensuite, on achète un nouveau produit. Le principe de circularité fonctionne à l’inverse, et fonde ses vertus sur le recyclage, la réparation et le reconditionnement des produits, en une boucle la plus fermée possible. Pour y parvenir, le travail à réaliser doit s’opérer sur l’ensemble de la chaîne de valeur du produit, et pas seulement sur ce qui se passe à l’usine. En effet, la phase de production d’un produit ne représente, en moyenne, que 5 à 10 % de son impact environnemental global.

Les leviers d’action pour réduire – voire annuler – l’impact environnemental sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit sont nombreux. Tout d’abord, il est fondamental de repenser tout ce qui touche au design des produits. Ce travail en amont de la production passe par l’éco-conception, c’est-à-dire intégrer à la conception des produits la notion de réparabilité, de réutilisation et de recyclabilité. De durabilité également, en banissant l’obsolescence programmée, pratique qui a eu sa justification jadis, mais qui est incompatible par nature avec l’économie circulaire.

Ensuite, les ressources. La nécessité d’optimiser leur utilisation, pour limiter tout au long de la chaîne de production l’accumulation de déchets et la perte de matière, aura pour conséquence la limitation de l’extraction de ces ressources, à l’heure de la raréfaction de nombre d’entre elles. Dans un schéma d’économie circulaire idéal, la matière entre dans une boucle fermée, et l’extraction de nouvelle matière n’est alors liée qu’à l’augmentation de la consommation, et au fait que certains matériaux ne peuvent pas être recyclés à 100%, comme le plastique par exemple.

La réutilisation et la réparation doivent également se penser au niveau de la gestion des déchets. L’upcycling consiste à mettre en oeuvre des systèmes efficaces de collecte et de recyclage, avec pour finalité de transformer le déchet en ressource.

Dans l’absolu, les déchets non recyclables doivent alors être utilisés comme source d’énergie.

En périphérie de la chaîne de production, les modèles économiques doivent aussi évoluer. Le passage à une économie de la fonctionnalité, qui s’illustre par la possibilité de louer au lieu d’acheter, et de partager les ressources entre utilisateurs, est une étape nécessaire au développement de l’économie circulaire dans certains secteurs de consommation.

Enfin, et c’est tout le sens de la création des filières REP – Responsabilité Elargie du Producteur -, il est nécessaire que toutes les parties prenantes soient impliquées à leur niveau dans l’avènement de l’économie circulaire. Les entreprises se doivent de revoir leurs stratégies de production, mais cela n’a de sens que si les consommateurs intègrent dans leurs comportements de consommation les notions de durabilité, de réutilisation et de recyclage dans leurs habitudes d’achat. Cette évolution du comportement des consommateurs ne se fera pas si facilement. L’éducation et la formation sont les piliers de cette transformation. Sans oublier, évidemment, le rôle des Etats dans l’« incitation » à jouer le jeu de l’économie circulaire, via les réglementations et les normes, les incitations fiscales, mais aussi la mesure et le suivi des performances. Et les mesures coercitives in fine, pour les producteurs comme pour les consommateurs.

On le voit, l’économie circulaire supplantera l’économie linéaire au prix d’une transformation globale des pratiques, et de la systématisation de ces évolutions, sans concessions.

Energy Observer : du concept à la phase industrielle

Il y a plus de quatre ans, en février 2020, Techniques de l’ingénieur vous annonçait le départ de la nouvelle traversée d’Energy Observer pour une durée de quatre ans, après une première expédition de trois ans. Désormais, après une odyssée de sept ans autour du monde, le navire laboratoire de la transition énergétique, a retrouvé le 14 juin dernier Saint-Malo, son port d’attache. Ce navire emblématique aura parcouru plus de 68 000 milles nautiques (126 000 km), soit plus de trois fois le tour de la Terre.

Un bateau autonome zéro émission

En sept ans, le navire zéro émission a visité 50 pays et effectué 101 escales, en combinant trois sources d’énergie renouvelable – solaire, éolien et hydrolien. Le navire les associe à un double système de stockage. À court terme, la production renouvelable est stockée grâce au parc de batteries Li-ion. Pour stocker l’électricité à plus long terme en prévision des périodes aux conditions météorologiques dégradées, le bateau dispose de 8 réservoirs d’hydrogène totalisant 62 kg, remplis grâce à l’électrolyse de l’eau de mer. Ils alimentent une pile à combustible fournie par Toyota de 70 kilowattheures (kWh).

Energy Observer compte désormais développer un nouveau bateau pour expérimenter de nouvelles briques technologiques. La construction du navire devrait démarrer au deuxième semestre 2025, avec un objectif de mise à l’eau à l’été 2026.

EODev et EO Concept : deux filiales pour accélérer

Pour accélérer la transition énergétique, Energy Observer a créé deux filiales. D’abord EODev en 2019, pour fabriquer des groupes électro-hydrogène. Puis, EOConcept, qui veut développer le navire de charge le plus bas carbone au monde, fonctionnant avec des piles à combustible et de l’hydrogène liquide.

EODev conçoit, produit et commercialise en France et à l’international deux groupes électro-hydrogène. Le premier, le GEH2, est un générateur électrique à hydrogène, pour la production d’électricité décarbonée hors réseau ou en soutien au réseau. « Ils sont donc adaptés aux enjeux de nombreux secteurs dont les opérations sont éphémères et les activités essentiellement nomades : le BTP, l’événementiel, les télécoms, la mobilité durable ou encore la production audiovisuelle », avance l’entreprise.

Le second générateur, le REXH2, permet de convertir l’hydrogène stocké à bord d’un navire en électricité. Conçu autour de la même pile à combustible qu’Energy Observer, il est destiné à alimenter la propulsion et les systèmes de bord de tout type de navire ou installation offshore. Comme pour Energy Observer, il peut alimenter le moteur électrique, mais aussi les auxiliaires de bord, pour tous types de navires, professionnels ou de plaisance.

Créée en 2023, EOConcept est un bureau d’études spécialisé en architectures énergétiques navales et portuaires. Précurseur de solutions maritimes bas carbone, il développe son projet Energy Observer 2, un petit navire propulsé à l’hydrogène liquide, destiné à transporter des marchandises. « Energy Observer promet ainsi d’établir un nouveau standard environnemental dans l’industrie qui permettra de prouver que l’hydrogène liquide est une solution complémentaire viable aux biocarburants et e-fuels pour une transition énergétique efficace du secteur maritime à horizon 2035 », espère l’entreprise. L’investissement initial est estimé à plus de 100 millions d’euros, couvrant les études et la construction du navire.

Une baisse historique pour la moisson française de blé tendre

C’est officiel depuis ce vendredi 9 août : la production de blé tendre est en baisse de près de 25 % par rapport à 2023. En effet, les données statistiques publiées par l’Agreste[1] rapportent qu’« en 2024, la production de blé tendre est estimée à 26,3 millions de tonnes (Mt) » ; c’est une quantité en recul de près de 24 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

À 62,4 quintaux par hectare, le rendement est en baisse de 15,5 % par rapport à celui de 2023 ; 2024 est ainsi une des trois plus petites récoltes de blé tendre des 40 dernières années.

Ce recul de près d’un quart de la production n’atteint cependant pas le niveau observé en 2016 qui reste, dans les mémoires, une année noire pour la récolte de la céréale du pain.

Les conditions météorologiques en cause

Le facteur expliquant cette faible récolte relève principalement de la situation météorologique du pays. L’hiver 2023 a été marqué par une abondance de pluie d’une durée exceptionnelle touchant l’ensemble du territoire ; le printemps peu ensoleillé s’est traduit, quant à lui, par un manque de luminosité.

Le mois de mars a connu un excédent pluviométrique qui a atteint environ 85 % (par rapport aux normales 1991-2020) ; c’est le 5e mois de mars le plus pluvieux enregistré depuis le début des mesures en 1958.

Ces fortes précipitations ont perturbé la réalisation des semis à l’automne puisque les champs étaient inondés. Les surfaces consacrées à la culture du blé tendre ont donc été réduites de près de 11 % en un an, selon la note de l’Agreste. Cet important repli des surfaces cultivées explique une grande part des mauvais résultats de la production de blé.

L’agriculture face aux enjeux environnementaux

La principale ressource en eau pour l’agriculture en France est l’eau de pluie ; il s’agit d’une agriculture pluviale qui est à distinguer de l’agriculture irriguée. L’agriculture est un domaine pour lequel la gestion de l’eau, qu’elle soit surabondante ou insuffisante, est capitale pour garantir une stabilité des récoltes.

Pour atténuer l’impact engendré par les oscillations de la pluviométrie, il est impératif de développer des procédés pour stocker l’eau quand elle est excédentaire afin de permettre son utilisation lors des années de sécheresse. Cela peut être effectué par un canal en dérivation d’un cours d’eau ou par un barrage. Les sécheresses, plus fréquentes ces dernières années, rendent les systèmes d’irrigations de plus en plus nécessaires pour sécuriser la régularité des productions.

Même si cette baisse historique de la récolte de blé tendre demeure conjoncturelle, son origine peut aussi relever de problèmes structuraux.

La France possède les champs parmi les plus fertiles au monde et est le cinquième plus gros producteur mondial de blé, avec près d’un hectare sur six consacré à la culture du blé. Sa production excédant la demande intérieure, la France fait partie de la dizaine de pays exportateurs de blé dans le monde avec plus de la moitié de sa récolte destinée à l’export. Ces gigantesques productions vont de pair avec une agriculture très industrialisée et hyperspécialisée. Or, la monoculture induit un épuisement et un appauvrissement des terres sur le long terme contraignant à l’utilisation de fertilisants chimiques qui polluent les sols et les eaux.

En outre, favoriser l’implantation d’arbres et de haies au sein des champs de blé permettrait d’améliorer la circulation et le stockage de l’eau. Or, « depuis 1950, 70 % du linéaire de haies ont disparu des bocages français ». Il est donc primordial de replanter, car l’agroforesterie permet de lutter contre la sécheresse en créant un microclimat qui évite l’évapotranspiration.


[1] Service de statistiques du ministère de l’Agriculture

Climadiag Chaleur en ville : la surchauffe urbaine révélée

En France, près de 80 % de la population habite en ville. Mieux comprendre les vulnérabilités de la ville au changement climatique devient donc capital pour définir les meilleures stratégies d’adaptation possible. Et en premier lieu, les villes cherchent à s’adapter aux vagues de chaleur et donc lutter contre le phénomène d’îlot de chaleur urbain.

Météo-France travaille ainsi aux côtés des collectivités pour modéliser les microclimats urbains afin d’aider les acteurs de la ville à prendre les meilleures décisions d’adaptation. C’est le service Climadiag Chaleur en ville qui permet de caractériser la surchauffe urbaine sur le territoire d’une collectivité et de modéliser l’impact de scénarios d’adaptation sur cette surchauffe en climat futur. Entre autres, la collectivité peut ainsi tester les effets d’une augmentation d’espaces végétalisés, de la création d’espaces aquatiques, d’utilisation de matériaux réfléchissants afin de retenir les stratégies les plus efficaces.

Diagnostiquer la surchauffe urbaine

Pour simuler le climat urbain, Météo-France s’appuie sur une plateforme de modélisation. Celle-ci permet de diagnostiquer le phénomène d’îlot de chaleur urbain à très haute résolution (100 m) à l’échelle de l’ensemble d’une agglomération, partage l’organisation. Météo-France explique : « Cette plateforme tient compte de la situation météorologique et de la description la plus précise possible de la surface terrestre notamment de la ville. Cela permet ainsi de calculer les interactions de ces surfaces avec l’atmosphère et la prise en compte du pouvoir rafraîchissant de la végétation à l’intérieur ou à l’extérieur de la ville. Les conséquences de politiques d’aménagement pour lutter contre la chaleur en ville peuvent également être simulées, afin d’éclairer ces choix. »

Concrètement, Météo-France modélise l’évolution du nombre de nuits chaudes et très chaudes, quartier par quartier, aux horizons 2030, 2050 et 2100. L’institution complète : « Un des atouts de la modélisation employée par Météo-France est de pouvoir modifier les données décrivant l’occupation du sol en entrée du modèle, afin d’évaluer l’impact de scénarios d’adaptation comme l’ajout/l’augmentation de végétation, la création d’espaces aquatiques ou la pose de matériaux réfléchissants sur les toits ou les murs extérieurs par exemple ».

Adapter la ville à la surchauffe urbaine

Plusieurs collectivités comme Lille, Nice, Reims ou Strasbourg ont déjà fait appel à Météo-France pour diagnostiquer leur îlot de chaleur urbain et étudier les effets des solutions d’adaptation sur la surchauffe.

Ce service complète le service numérique gratuit « Plus fraîche ma ville », lancé en 2023 par l’Ademe, l’agence de la transition écologique. Ce service constitue une première étape d’aide à la décision pour les villes qui veulent mettre en place des solutions de rafraîchissement, avant une étude sur-mesure menée par un bureau d’étude. Qu’il s’agisse de rafraîchir un rond-point, un bâtiment, un parking, une rue, une place, une cour d’école ou encore un parc, le service Plus fraîche ma ville partage de nombreux retours d’expériences pour faciliter la prise de décision et trouver la solution la plus adaptée à son territoire.

En ville, l’Ademe et le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) s’accordent sur quatre catégories de solutions. Les solutions dites « vertes » et « bleues » reposant sur l’apport de végétation et de points d’eau en ville. Selon l’Ademe, ces deux catégories sont parmi les plus efficaces. La troisième catégorie est celle des solutions dites « grises ». Elles consistent à repenser les villes en elles-mêmes, par exemple en utilisant des matériaux absorbant moins de chaleur. Enfin, la dernière catégorie est celle des solutions dites « douces ». Par exemple, la réduction du trafic routier et de la climatisation ou l’application des mesures de prévention contre la canicule.

Gérôme Billois : « Dans la cybersécurité, ce ne sont pas les usages qui consomment le plus, mais le matériel. »

Aujourd’hui, la cybersécurité représente une part significative et croissante de l’IT des entreprises, avec en moyenne 6,6 % du budget IT dédié à la sécurité selon le Cyber Benchmark réalisé par Wavestone en 2024.

Gérôme Billois
Crédit photo : Wavestone / Serge Bouvet

Gérôme Billois est associé au sein du cabinet Wavestone sur la cybersécurité et la confiance numérique. Diplômé de l’INSA de Lyon, il travaille depuis plus de vingt ans dans ce domaine. Il a rejoint Wavestone en 2004 et y a développé l’activité cybersécurité. Il intervient aujourd’hui auprès des comités de direction des plus grandes entreprises et organisations publiques afin de les aider à définir leur stratégie cybersécurité ou à gérer leurs crises cyber. Il est également administrateur du Campus Cyber, le lieu totem de la cybersécurité en France, et du CLUSIF (Club de la sécurité de l’information français), l’association de référence de la sécurité du numérique en France, réunissant tous les secteurs d’activité de l’économie.

Techniques de l’ingénieur : Quels sont les principaux constats que vous avez tirés de votre méthodologie ?

Gérôme Billois : Pour établir notre méthodologie, nous avons analysé l’ensemble des mesures de sécurité exigées par les référentiels internationaux comme le NIST Cybersecurity Framework. Nous avons identifié les exigences les plus émettrices. Après ce premier filtrage, plus de 50 mesures impactantes ont été isolées. Leurs émissions ont ensuite été évaluées, sur des périmètres réels et de tailles variées, pour identifier les premiers résultats et les pistes d’amélioration concrètes.

Et les résultats de notre étude invalident plusieurs clichés : les pratiques cyber les plus gourmandes en énergie et en ressources ne sont pas toujours les plus évidentes… Dans le numérique, ce ne sont pas les usages qui consomment le plus, mais le matériel. Nous avons réussi à identifier les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5 à 10 % tout en maintenant un niveau de risque équivalent. Pour l’instant, nous ne pouvons pas dire par exemple si un antivirus classique est moins consommateur en CO2 qu’un XDR (schématiquement, un super antivirus, NDLR), car cette mesure ne correspond qu’à quelques pourcentages de consommation du processeur sur un ordinateur. Les gains larges se situent ailleurs.

Quelles sont les principales actions permettant d’optimiser son impact environnemental sans augmenter le niveau de risque ?

La première est de repenser la redondance. La résilience est la mesure la plus carbonée, avec 36 % du total des émissions liées à la cybersécurité. L’optimisation des redondances et des sauvegardes permet de réduire ce poste et, ainsi, gagner plusieurs tonnes de CO2 par an.

La seconde concerne les entreprises fournissant des postes de travail à leurs prestataires externes. Lorsque des prestataires interviennent dans une grande entreprise, on leur prête un ordinateur pour qu’ils n’utilisent pas le leur. Cela semble une bonne mesure en termes de sécurité informatique. Mais dans d’autres cas, sans prendre de risques démesurés on pourrait accepter que ces prestataires utilisent leur propre ordinateur.

La troisième consiste à rationaliser l’IAM (Identity and access management) c’est-à-dire la gestion des accès des salariés à des sites ou des logiciels. Les entreprises utilisent parfois plusieurs solutions qui assurent les mêmes services. Mais certaines s’appuient sur de vieilles technologies et d’autres sur des technologies d’une entreprise que l’on vient d’acquérir… Toutes ces solutions tournent en continu et cela entraîne une forte consommation. À lui seul, l’IAM représente 10 % du total des émissions.

Enfin le dernier axe d’amélioration consiste à réduire les volumes. L’optimisation des journaux techniques générés par les applications et l’infrastructure est cruciale, compte tenu de leur potentiel de réduction et la facilité de mise en œuvre.

Quelle est la position des RSSI (Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information) concernant cette problématique environnementale ?

Ce sont des démarches très personnelles, mais de manière générale ils sont réactifs si on leur demande quelque chose. Cette étude montre aussi que les RSSI peuvent aller au-delà et être proactifs. Ils ont la capacité de ne pas être que des suiveurs dans ce domaine GreenIT. Ils ne doivent pas se contenter d’exécuter le plan numérique responsable de leur entreprise, mais l’enrichir. Car ces professionnels gèrent les politiques de sécurité définissant comment on va renforcer son niveau de cybersécurité et donc combien de serveurs seront déployés, combien de serveurs seront dupliqués.

Mais comme nous l’avons vu précédemment, la résilience, les différents mécanismes de secours (serveurs dupliqués, serveurs de sauvegarde et PC de secours) et les périphériques utilisateurs spécifiques représentent près de 50 % des émissions de la cybersécurité. Les RSSI peuvent rationaliser ces solutions. Il faut savoir précisément quel est l’usage des logiciels et des systèmes déployés. Pour des raisons de continuité d’activité, le RSSI souhaite dupliquer des serveurs au cas où il y aurait un sinistre ou une cyberattaque. C’est légitime, mais parfois, il est préférable de mutualiser un certain nombre de choses.

Quelles sont les prochaines évolutions de votre méthodologie ?

Dans un premier temps, il s’agira de la solidifier pour qu’elle soit utilisée par beaucoup plus d’entreprises. Pour l’instant, notre méthodologie doit aussi être testée par des PME. Les responsables informatiques et de cybersécurité des PME peuvent consulter nos résultats pour savoir s’ils sont concernés par certaines problématiques trop consommatrices en CO2. Enfin, nous envisageons de proposer une méthodologie par secteurs d’activité. La banque, l’industrie, la santé… n’ont pas tout à fait les mêmes systèmes d’information et les mêmes exigences en termes de continuité d’activité.

Le boum exceptionnel des installations d’énergies renouvelables en Chine

Une croissance exceptionnelle des énergies renouvelables. Selon une étude publiée par l’ONG américaine Global Energy Monitor (GEM), la Chine a démarré en 2023 la construction de l’équivalent de 180 GW (Gigawatt) d’énergie solaire et de 159 GW d’énergie éolienne sur son territoire, soit plus du double de l’ensemble des projets débutés dans le reste du monde. Elle se positionne clairement comme leader mondial dans ce domaine et un autre chiffre illustre à lui seul la nature active de son engagement : le taux de construction. Alors qu’au niveau mondial, 7 % des projets solaires et éoliens à grande échelle programmés sont en cours de construction, la Chine en a démarré un tiers.

D’après l’administration chinoise, la capacité totale des énergies solaires et éoliennes du pays atteindrait 1 120 GW au premier trimestre 2024. De son côté, le GEM estime qu’elle se situe à 758 GW. Malgré ce niveau de développement moins important qu’annoncé, les énergies renouvelables représentent désormais 37 % de la capacité électrique totale du pays, soit une augmentation de 8 % par rapport à 2022. Et elles devraient largement dépasser la capacité du charbon en 2024, dont le niveau se situe actuellement à 39 %.

La capacité de production du solaire a dépassé pour la première fois celle de l’éolien en 2022 et depuis l’écart ne cesse de se creuser. Cette forte attractivité du solaire sur le marché des énergies s’explique par des coûts d’investissement réduits, des facilités d’installation ainsi qu’un fort soutien politique. En 2023, près de la moitié de l’énergie solaire supplémentaire a été installée sur les toits de bâtiments résidentiels.

Grâce à cette forte expansion, la Chine pourrait facilement atteindre 1 200 GW de capacité éolienne et solaire installée d’ici la fin de l’année 2024, soit six ans avant l’engagement pris par le président Xi Jinping et un an plus tôt que les prévisions de GEM annoncées l’année dernière. Même si le pays n’a jamais signé l’engagement de tripler les énergies renouvelables lors de la COP28, le GEM estime que « si les énergies éolienne et solaire continuent d’augmenter au rythme de 200 GW par an, comme l’affirment les autorités chinoises, tripler la capacité du renouvelable d’ici fin 2030, sur la base d’une référence de 934 GW en 2020, est tout à fait à portée de main, et ce même sans aucun nouvel ajout d’énergie hydroélectrique. »

Le pic des émissions de CO2 en Chine a possiblement été atteint en 2023

L’ampleur des capacités potentielles en cours de développement en Chine vient confirmer la prévision selon laquelle les émissions de carbone du secteur de l’électricité pourraient atteindre un sommet plus tôt que le calendrier promis, dont l’échéance était fixée à « avant 2030 ». Selon une étude réalisée par une chercheuse de l’Asia Society Policy Institute et du Centre for Research on Energy and Clean Air, 90 % de la demande supplémentaire en électricité est actuellement compensée par la production éolienne et solaire, ainsi que par la baisse de l’activité de construction de logements. Elle suggère même que : « le pic des émissions de CO2 en Chine a possiblement été atteint en 2023, à condition que la construction de sources d’énergie propres est maintenue aux niveaux records de l’année dernière. »

Cette intense croissance des énergies renouvelables se heurte malgré tout à certaines difficultés, dont l’une concerne l’augmentation des capacités de stockage pour faire face à l’intermittence de la production de ces énergies. Il apparaît que le réseau chinois dépend encore fortement de centrales à charbon pour atténuer les fluctuations de la production d’électricité. « Par exemple, le plan de construction de la deuxième vague de mégabases éoliennes et solaires sur la période 2021 à 2025 prévoit que 30 % de la capacité prévue doit provenir de l’énergie au charbon, dont 28 GW lié à l’ouverture de nouveau site d’extraction, parmi lesquels 10 GW sont déjà en construction », détaille le GEM.

Le transport de l’électricité représente un autre défi pour la Chine puisque les énergies solaire et éolienne sont largement déployées dans les régions du nord et du nord-ouest et dépendent fortement de lignes à ultra haute tension pour fournir l’électricité dans le centre, le sud et l’est du pays. Or, actuellement seules dix lignes de transport sont en cours de construction ou se préparent à l’être, un nombre loin d’être suffisant pour faire face à la montée en puissance des énergies renouvelables. Les retards dans l’achèvement des lignes de transport représentent donc un goulot d’étranglement pour le transport de l’énergie éolienne et solaire.

La stratégie de l’Europe pour sécuriser son approvisionnement en graphite

Alors que le lithium est inscrit sur la liste des matières premières critiques de l’Union européenne (UE) depuis 2020, le graphite en fait partie bien avant, dès 2011. Moins connu, il est pourtant essentiel à la fabrication de batteries électriques de type lithium-ion. Pour preuve, une voiture Tesla modèle S en contient davantage, avec une quantité estimée à 54 kg. Dans une note1, l’Ifri (Institut français des relations internationales) dresse un panorama mondial de la production de cette substance minérale et fait le point sur la stratégie de l’UE, qui importe près de 97 % de ses besoins, afin de sécuriser son approvisionnement.

Dans un contexte où la demande mondiale pour le secteur de la mobilité pourrait plus que doubler d’ici à 2040 selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), le marché est actuellement dominé par la Chine qui extrait 77 % du graphite naturel dans le monde. Mais ce pays a mis en place des mesures de contrôle de ses exportations et sa domination n’est pas exempte de certaines vulnérabilités, comme le souligne Raphaël Danino-Perraud, chercheur associé au Centre énergie et climat de l’Ifri et auteur de la note : « la production issue des mines de graphite située dans le nord de la Chine souffre des hivers rigoureux. Ces mines sont souvent mises à l’arrêt sur des périodes plus ou moins longues. À cela s’ajoutent les impacts négatifs de l’exploitation minière de graphite, tant sur le plan environnemental que sanitaire. »

L’UE peut aussi se tourner vers des pays de l’Afrique de l’Est, dont la production monte en puissance, mais reste fragile. « Aux côtés du producteur historique qu’est Madagascar, le Mozambique est devenu producteur de graphite à partir de 2015 et la Tanzanie en 2018, observe Raphaël Danino-Perraud. Ces trois pays tentent de développer non seulement leur ressource minière, mais également l’ensemble de la filière avec plus ou moins de succès, les contextes géopolitiques locaux et régionaux restant délicats. » Le Brésil et l’Inde sont aussi des acteurs incontournables en devenir, le premier ambitionne par exemple de monter en puissance sur la filière des matériaux de batterie.

Une production de graphite synthétique non négligeable en Europe

À travers notamment le CRM Act (Critical Raw Materials Act), l’UE s’est fixé l’objectif d’extraire sur le sol européen 10 % du graphite consommé en Europe d’ici à 2030. Actuellement, elle ne possède pas ou peu de capacités d’extraction minière, mais deux projets sont en cours en Suède avec la réouverture d’une mine et l’ouverture d’une autre. « Il est évident que la mine européenne, notamment suédoise, ne pourra pas couvrir tous les besoins de l’industrie en graphite, écrit le chercheur de l’Ifri. Il est cependant nécessaire que les campagnes d’exploration en cours en France et en Europe recherchent du graphite afin de disposer de réserves à mettre en exploitation en cas de nécessité.

Les Vingt-sept peuvent aussi compter sur une production intérieure de graphite synthétique non négligeable pour réduire leur forte dépendance, notamment en Autriche et en Allemagne. Cette substance a d’ailleurs été ajoutée à la liste des matériaux critiques en novembre 2023. Pour augmenter les volumes produits, la société norvégienne Vianode a reçu l’an dernier 90 millions d’euros de la part d’un fonds européen pour construire une usine de production de graphite de synthèse. Plus largement en Europe, certains pays comme la Suisse et l’Ukraine sont également producteurs de graphite synthétique.

L’UE s’est aussi fixée comme objectif de raffiner 40 % du graphite et d’en recycler 25 %. Selon Raphaël Danino-Perraud, « le recyclage du graphite, sa faisabilité technique et la rentabilité financière des procédés doivent être étudiés avec soin, afin que la production secondaire puisse contribuer plus amplement aux approvisionnements. »

C’est en adoptant une stratégie de diversification de ses chaînes d’approvisionnement que l’UE pourra sécuriser ses besoins. Par ailleurs, un enjeu spécifique se joue autour du graphite sphérique revêtu, utilisé dans la fabrication des anodes de batteries destinées à la mobilité propre. Pour le chercheur de l’Ifri, il est nécessaire de développer le maillon clé de sa production, car ce produit a la particularité d’être « le plus sensible industriellement et technologiquement. »

1 Raphaël Danino-Perraud, « Le graphite, un enjeu européen d’autonomie stratégique pour la mobilité propre », Briefings de l’Ifri, Ifri, 20 juin 2024

Véhicules autonomes : développer des méthodes d’essai, une condition nécessaire à leur homologation

Il existe cinq niveaux d’autonomie pour les véhicules. On ne commence à parler de conduite automatisée qu’à partir du niveau 3, le niveau 1 relevant de la conduite assistée (régulateur de vitesse, anti-blocage des roues, etc.) et le niveau 2 de l’autonomie partielle (aide au stationnement, correction de trajectoire, etc.).

Les véhicules autonomes sont déjà autorisés en France !

La France fait partie des pays d’Europe les plus avancés sur la question des véhicules autonomes, un cadre législatif ayant été adopté le 1er septembre 2022.

Ce cadre législatif implique-t-il que les véhicules autonomes sont autorisés en France ? C’est en effet le cas ! Du moins, en théorie, et sous des conditions très particulières. Car pour être autorisé à circuler :

  • le véhicule doit se trouver sur une route avec séparation physique des voies opposées, où les piétons et cyclistes sont interdits ;
  • sa vitesse est limitée à 60 km/h ;
  • le conducteur doit être en permanence en position de reprendre la main.

Par ailleurs, très peu de modèles homologués et commercialisés sont actuellement disponibles aux conducteurs qui seraient tentés par ce type de véhicule. En effet, dans le monde, deux modèles de niveau 3 seulement ont reçu une homologation : la Mercedes class S en Allemagne et la Honda Legend au Japon.

En revanche, si des expérimentations sont en cours, aucun modèle de niveau 4 n’a encore été homologué et pour ce qui est du niveau 5, il en est encore au stade de l’idée !

La sécurité : le principal frein à l’essor des véhicules autonomes

Faire circuler des véhicules autonomes transportant des passagers dans des zones à fort trafic pose d’évidents problèmes de sécurité, que les véhicules soient terrestres ou même aériens d’ailleurs.

La faisabilité technologique n’est donc pas le principal frein, surtout que les récents progrès en matière d’intelligence artificielle permettent d’envisager de faire rouler des véhicules de manière autonome dans des environnements de plus en plus complexes.

À l’heure actuelle, on sait faire circuler des véhicules autonomes en milieu fermé, avec des conditions connues et contrôlées. Mais faire rouler ces véhicules en environnement « ouvert » en garantissant un niveau de sécurité acceptable sans pour autant tomber dans l’excès de sécurité (freinages intempestifs) est loin d’être évident.

Par ailleurs, démontrer la sécurité de ces véhicules en conditions réelles en prenant en compte un nombre infini de situations est impossible en pratique. Surtout qu’il faudrait tester ces véhicules sur des milliards de kilomètres !

La simulation numérique est un outil précieux, en complément des essais sur route

Aujourd’hui, le comportement des véhicules autonomes est testé en restreignant leur Operational Design Domain (ODD), autrement dit leurs plages de fonctionnement : type de route, de trafic, luminosité définie, etc. Mais comment s’assurer que le comportement du véhicule reste sans danger en dehors de ces conditions particulières ?

La simulation numérique apparaît alors comme une solution complémentaire pour garantir l’exhaustivité des conditions de test, sans pour autant faire exploser les coûts et le temps de réalisation des essais.

En France, différents projets de ce type sont en cours, impliquant des acteurs de référence comme le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE), le CEA ou encore l’IRT SystemX. On peut citer le projet 3SA, en cours de finalisation et qui réunit ces trois acteurs ainsi que plusieurs industriels dont Renault et Stellantis.

L’objectif de 3SA est de développer des méthodes et outils de simulation impliquant la modélisation des capteurs, la mise à disposition d’une bibliothèque de scénarios, le développement d’une méthode d’analyse des résultats de simulations ou encore la constitution d’un référentiel méthodologique.

Selon Rémi Régnier, Ingénieur de recherche au Département Évaluation de l’intelligence artificielle et Cybersécurité du LNE, « dans ce cadre, le LNE a développé des références, définissant ce que doivent être les réponses appropriées d’un véhicule autonome, ainsi qu’un cadre d’évaluation permettant d’établir si le test est valide ou non. Le tout, en s’assurant d’une couverture totale de l’ODD, et en travaillant à la fois sur la robustesse des systèmes, c’est-à-dire leur stabilité et leur résistance aux perturbations environnementales, et leur résilience. »

Le LNE est également impliqué dans d’autres projets, notamment :

  • PRISSMA[1], qui vise à créer des méthodologies d’homologation des composants IA pour le véhicule autonome ;
  • TEF[2] (Testing and Experimentation Facilities), dont le but est notamment de rendre accessibles au tissu industriel européen des méthodes et des moyens d’essais pour qualifier la performance, la fiabilité et la robustesse des systèmes IA.

La démocratisation des véhicules autonomes n’est donc pas pour tout de suite, mais une chose est certaine : elle repose principalement sur la mise en œuvre de méthodes d’essais adaptées à leur homologation, qui relèvent encore du domaine de la recherche.


[1] Porté par le ministère chargé des Transports, supervisé par l’UTAC et l’Université Gustave Eiffel (UGE)

[2] Financé par l’UE et les États membres et via la Stratégie nationale pour l’IA, pour la France

Toulouse se rafraîchit pour contrer le réchauffement climatique

Toulouse fait partie des villes les plus exposées au dérèglement climatique en France. Le 23 août 2023, le record absolu de température de la Ville Rose y a été battu. Le thermomètre affichait alors 42,4°C, pulvérisant le dernier record, datant de 2003 (40,7°C). Pour protéger ses habitants des fortes chaleurs, la municipalité compte donc parmi les premières villes françaises à s’adapter. Face aux canicules appelées à se multiplier, la mairie a lancé en avril dernier son plan Toulouse + fraîche, qui comprend 30 actions pour lutter contre la canicule et adapter la ville au dérèglement climatique. Le dispositif se met progressivement en place.

À l’été 2023, la ville avait lancé un plan de rafraîchissement de la ville. « En s’appuyant sur les retours d’expérience tant au niveau des mesures de températures que du ressenti et des attentes des habitants recueillis du 15 juin au 15 octobre 2023 et lors d’une enquête IFOP sur la transition écologique, la Mairie de Toulouse reconduit ce plan cette année et va encore plus loin », annonce la Mairie. Ces actions s’intègrent désormais dans le cadre du plan « Cap 2030 – Adaptation au réchauffement climatique » et ses dix axes. Ces derniers visent notamment à éclaircir la ville, rendre les sols plus perméables, préserver l’eau et développer le patrimoine végétal.

30 actions pour rafraîchir Toulouse

Parmi les actions phares du plan Toulouse + fraîche, la ville compte planter 20 000 arbres cette année, ouvrir 11 parcs jusqu’à 23h, les musées et équipements publics jusqu’à 20h. Elle va en plus installer 20 ombrières, accélérer la désartificialisation dans les quartiers prioritaires de la ville. « En 2024, ce seront 51 730 m2 de sols désartificialisés, soit l’équivalent de plus de huit terrains de rugby », avance la Mairie.

Par ailleurs, la ville va expérimenter de nouvelles technologies ou pratiques : réseau de froid, peinture blanche sur les toits, murs végétalisés, réutilisation des eaux pluviales sur Toulouse Aerospace. En plus, la ville va tester la « climatisation adiabatique »  procédé naturel qui repose sur l’évaporation de l’eau pour refroidir l’air – sur des sites dédiés aux seniors et aux jeunes. Le procédé permettrait de descendre à 25°C, lorsqu’il fait 30 à 35 degrés, espère la ville.

Diminuer l’albédo de la ville

La ville souhaite diminuer l’albédo de ses surfaces dès que possible. Elle teste pour cela différentes pistes : création de fresques artistiques de couleurs et pose de revêtements clairs à la place de sols foncés, de nouveaux parasols plus protecteurs sur les terrasses…

En parallèle, Toulouse développe des points de rafraîchissement avec l’installation, à titre expérimental, de huit fontaines à gourde. Un QR Code à l’entrée des parcs, aires de jeux et stations de métro permet la géolocalisation et la cartographie en ligne des 364 fontaines de la ville. Et pour les jeunes et les plus fragiles, la ville installe des brasseurs d’air supplémentaires dans les écoles et les centres de loisirs dans l’optique de les généraliser dans toutes les classes d’ici 2026. L’objectif est également de créer une quarantaine de cours Oasis supplémentaires d’ici 2026, dont une quinzaine cette année.

Climat : la fourniture des plans énergie-climat (PNEC) prend du retard

Les PNEC finaux de chaque État membre doivent permettre à l’UE d’atteindre ses objectifs à l’horizon 2030 :

Pour sa part, la France a envoyé le sien[1] le 10 juillet dernier, avec 10 jours de retard. Par ailleurs, il n’aura échappé à personne que la France vit une situation politique particulièrement tendue qui a perturbé les travaux en cours et retardé l’envoi du PNEC.

Des PNEC qui prennent du retard ou qui ne sont pas totalement conformes

La France n’est pas le seul pays à avoir pris du retard. L’an dernier, seuls 16 pays avaient respecté la date butoir du 30 juin 2023 pour l’envoi des premières versions de leur PNEC et ils étaient seulement 5 à respecter la date du 30 juin 2024 pour l’envoi des versions finales. Au 31 juillet 2024, un tiers seulement des États membres avaient ainsi fourni une version finale : le Danemark, la Finlande, la France, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède.

Mais au-delà des délais non respectés, il y a aussi de vrais problèmes de fond, puisque fin 2023, la Commission constatait par exemple « que pratiquement aucun pays n’avait intégré de dialogues multilatéraux dans le processus de rédaction des PNEC. »

Car les PNEC ne sont pas de simples rapports : ils ont été pensés dans le but de faire émerger des consensus dans les États membres, sur les moyens à mettre en œuvre pour répondre à des objectifs climatiques ambitieux. Or seul un dialogue continu des États avec les autorités locales, la société civile, les entreprises, les investisseurs et le grand public permettra ce consensus.

Un désaccord en toile de fond, entre la France et la Commission européenne au sujet du nucléaire

En novembre 2023, la France avait déjà envoyé une première version de son PNEC, là aussi avec du retard, mais celle-ci ne cadrait pas avec les exigences des traités européens en matière d’inscription d’objectifs « énergies renouvelables ».

En décembre, 11 États membres de l’UE, dont la France, avaient alors demandé que la prochaine révision de la directive sur le déploiement des énergies renouvelables devienne une directive «bas-carbone» qui intégrerait donc le nucléaire comme solution de décarbonation. Une demande qui coïncidait d’ailleurs avec la reconnaissance historique du nucléaire lors de la COP28.

Il reste du temps pour rectifier la barre et atteindre les objectifs de 2030

Selon une récente étude de Transport & Environment, 12 pays de l’UE échoueront à atteindre leurs objectifs climatiques nationaux, dans l’état actuel des choses. Pour arriver à ce constat, l’étude s’est basée sur les versions des PNEC mises à jour en juin 2023. Les pays les plus en difficulté seraient l’Allemagne et l’Italie. La Belgique semble également mal partie, ainsi que de nombreux États d’Europe centrale et de l’Est, dont le manque d’ambition des PNEC est dénoncé par certaines ONG.

Mais il n’est pas trop tard pour redresser la barre et les PNEC font justement partie des outils qui permettront la mise en place de politiques capables d’atteindre ces objectifs. Espérons que les versions finales des PNEC encore attendues seront à la hauteur des enjeux.


[1] Les plus courageux auront de quoi lire, puisque le document fait plus de 300 pages !

L’extraction de lithium dans l’Allier en bonne voie

Les questions qui se posaient fin 2022 sur l’extraction de lithium en France commencent à trouver des réponses. En tout cas des avancées industrielles. Récemment, le projet d’usine de raffinerie de lithium en Alsace a été confirmé par la société Viridian Lithium, avec un objectif de production de 28 500 tonnes par an dès 2027. Quant au site d’extraction Emili d’Imerys dans l’Allier, il a été désigné projet d’intérêt national majeur par un décret du 5 juillet 2024.

Ce statut, rendu possible par la loi sur l’industrie verte d’octobre 2023, permet de faciliter l’implantation de sites industriels, notamment par une simplification de la procédure d’autorisation environnementale. Avec ce dispositif, la France s’inscrit dans le cadre des démarches lancées par l’Union européenne, comme le Net Zero Industry Act, visant à placer l’Europe à hauteur de la Chine et des États-Unis qui soutiennent fortement leurs industries.

Trouver un minimum de souveraineté

En matière de lithium, l’enjeu est en effet crucial. C’est un des composants clés pour passer à l’électrification des transports routiers. La brique technologique des batteries électriques de type lithium-ion va être la solution majoritaire de sortie des énergies fossiles dans la mobilité, en plus de la sobriété et du recours à d’autres « carburants » (bioGNV, hydrogène). Pour éviter d’être totalement dépendante d’importations et de trouver un minimum de souveraineté sur cette brique, la France veut pouvoir compter sur ses ressources minières. Pour mieux les connaître, le BRGM est d’ailleurs engagé dans la réalisation d’un inventaire d’une cinquantaine d’éléments, avec des techniques inédites.

Mais identifier des ressources en lithium ne veut pas dire systématiquement les exploiter. Non seulement les conditions techniques et économiques doivent être réunies pour transformer un projet en réussite industrielle, dans le cadre d’une concurrence internationale qui va s’exacerber, mais il faut également mettre en œuvre des solutions respectant l’environnement et approuvées socialement.

Pour le projet Emili d’Imerys dans l’Allier, sur son site de Beauvoir où des kaolins sont déjà exploités, l’échange avec la population sur ces sujets a démarré par un débat de la Commission nationale du débat public (CNDP). Il s’est terminé le 31 juillet, au bout de 5 mois. Le bilan sera officiellement fait le 30 septembre, à l’issue duquel Imerys et RTE (également partie prenante pour le renforcement d’une ligne électrique) auront trois mois pour répondre aux propositions faites par la CNDP.

Plusieurs enjeux soulevés pour Emili

Lors des 43 événements organisés par la CNDP, plusieurs sujets ont été mis sur la table, nourris par 39 cahiers d’acteurs des organisations politiques, syndicats, sociétés savantes, associations nationales et locales, représentants des entreprises et des collectivités. Alors que l’enjeu de souveraineté paraît important pour la France, les oppositions locales ont pourtant été vives, principalement sur la base des potentiels impacts environnementaux. Du point de vue de l’emploi, le projet semble plutôt bien accueilli puisqu’environ 600 personnes pourraient travailler sur les sites concernés, auxquels Imerys ajoute une estimation d’un millier d’emplois indirects. Une aubaine dans un département à forte dominante agricole et où le taux de chômage frôle les 8 %.

Le projet se répartirait sur quatre sites. La mine en elle-même, sur la commune d’Échassières, serait réalisée en souterrain, à plus d’une centaine de mètres de profondeur, évitant trop d’impacts paysagers. Au même endroit s’élèverait l’usine de concentration où le minerai serait broyé, mélangé à de l’eau, concentré et neutralisé sous forme de mica lithinifère. Ce produit serait ensuite transporté par canalisation souterraine sur 16 km vers les communes de Saint-Bonnet-de-Rochefort et de Naves, où serait construite une station de chargement pour wagons. De là, il parcourrait une cinquantaine de kilomètres par voie ferroviaire jusqu’à l’usine de conversion de La Loue, près de Montluçon. Dans cette usine, le mica subirait des opérations de calcination, de lixiviation, de purification, de précipitation en carbonate de lithium et finalement de conversion en sel d’hydroxyde de lithium de qualité pour les batteries. À terme, Imerys envisage d’en produire 34 000 tonnes par an.

L’exploitant compte minimiser les impacts environnementaux. La mine souterraine, la valorisation des co-produits, l’utilisation d’une friche industrielle pour l’usine de conversion devraient éviter la mobilisation d’une centaine d’hectares. Les canalisations souterraines et le transport par rail se substitueraient à une centaine de camions par jour. Les procédés de concentration et de conversion sont envisagés avec un fort taux de recyclage de l’eau, un recours à l’eau d’une station d’épuration, ce qui devrait minimiser les captages dans la Sioule et dans le Cher.

Les études doivent se poursuivre sur ces aspects, ainsi que sur la biodiversité et sur les impacts acoustiques. Imerys a tout intérêt à continuer les concertations et recourir aux meilleures techniques disponibles pour faire de cette mine de lithium un projet exemplaire tant industriellement qu’environnementalement et socialement. En ce sens, la précipitation du Gouvernement à le désigner comme projet d’intérêt national majeur avant la fin du débat de la CNDP était assez indélicate. En tout cas, les facilités administratives qui vont en découler ne devraient pas être une excuse pour minimiser l’impératif d’exemplarité.

Plus d’une espèce menacée sur deux n’est pas protégée

Pendant deux ans, une centaine d’experts de la Commission sauvegarde des espèces du Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a cherché à comprendre si la législation française protégeait suffisamment les espèces menacées. Le moins que l’on puisse dire est que la protection juridique fait défaut : plus de 1 600 espèces, soit 56 % des espèces menacées de disparition en France, ne sont pas protégées sur le territoire, relève l’UICN.

La Liste rouge constitue l’état des lieux scientifique de référence qui fait office de baromètre de l’état de la biodiversité. Sur les neuf catégories de classement, trois concernent les espèces menacées d’extinction : En danger critique (CR), En danger (EN), Vulnérable (VU). Cette liste donne une indication sur le risque de disparition des espèces et les menaces auxquelles elles sont confrontées, mais n’a pas de portée réglementaire.

L’outil juridique : les arrêtés de protection d’espèces

Côté réglementation, ce sont les arrêtés ministériels ou préfectoraux, couramment appelés « arrêtés de protection d’espèces », qui font référence. « Pour chaque espèce inscrite, le texte précise une série d’interdictions, comme la destruction des individus, la destruction et l’enlèvement des œufs ou des nids, la collecte ou la capture des spécimens, leur commercialisation, la dégradation de leurs habitats naturels, etc. », résume l’UICN.

Les experts relèvent une protection inégale selon les groupes d’espèces. Les mesures de protection favorisent plutôt les mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens. Mais très peu de poissons, invertébrés ou plantes bénéficient de telles mesures

Pour une protection systémique des espèces menacées

L’association de protection de la biodiversité dresse quatre recommandations pour mieux protéger les espèces menacées en France. L’UICN appelle à « étendre la couverture des arrêtés de protection à toutes les espèces classées dans les catégories “En danger critique”, “En danger” et “Vulnérable” de la Liste rouge ». À commencer par les territoires d’Outre-mer comme la Guadeloupe, la Martinique, et la Polynésie française, où les arrêtés de protection d’espèces demeurent l’exception.

En plus, l’association appelle à inclure dans les arrêtés de protection les espèces « quasi menacées » qui « présentent des facteurs de vulnérabilité ou de forts besoins de conservation ». Cela peut concerner des espèces à croissance lente, présentant un faible taux de reproduction ou encore une maturité sexuelle tardive, dont les populations peuvent rapidement décliner. Mais aussi des espèces endémiques dont les enjeux de conservation sont particulièrement importants.

Afin d’améliorer la protection, l’UICN recommande en plus d’« intégrer systématiquement la protection des habitats essentiels aux espèces dans les arrêtés » et ce « pour réduire les pressions et renforcer significativement l’efficacité du dispositif réglementaire ». Enfin, l’association appelle à mieux actualiser ces arrêtés pour mieux répondre à l’état des connaissances scientifiques et mieux prendre en compte les besoins de protection.