LocIndoor garantit la localisation sans GPS

La PME française Sysnav, fondée en 2008 et basée à Vernon (Eure), développe des solutions de géolocalisation et de capture du mouvement pour des environnements complexes (Mailpro).

Son cœur de technologie est la navigation « magnéto-inertielle », qui combine deux principes : la navigation à l’estime (mesure du mouvement à partir d’un point de départ, de la vitesse, de la trajectoire) et le positionnement absolu (via GPS, UWB, Bluetooth ou autres technologies de repérage).

Le projet distingué, appelé LocIndoor, intègre un capteur portatif – le Tachymètre Magnéto‑Inertiel (TMI) –, compact (environ 100 g) et abordable, capable de localiser un individu ou un véhicule léger avec une précision remarquable, même en l’absence d’infrastructures externes.

Le système affiche une performance technique de haut niveau, puisque l’erreur de localisation reste inférieure à 1 % de la distance parcourue, y compris en conditions difficiles (intérieur, souterrain, brouillage GNSS…).

Une reconnaissance institutionnelle et un enjeu pour la défense

Le 29 novembre 2025, Sysnav a reçu le Prix « AAT – Ingénieur généra Chanson », remis par le chef d’état-major de l’armée de Terre, reconnaissant l’innovation LocIndoor.

Cette récompense s’inscrit dans le cadre du programme Centurion de la Direction Générale de l’Armement (DGA), destiné à préparer l’équipement du combattant du futur. LocIndoor répond à un besoin critique, celui de la localisation fiable et continue des soldats, même dans des environnements intérieurs ou en cas de brouillage GPS, ces situations étant fréquentes en opération.

La possibilité de disposer en temps réel d’une « Blue Force Tracking » (suivi des forces amies) améliore la sécurité tactique, réduit les risques de tir fratricide et facilite l’intervention rapide en cas d’alerte « homme à terre ».

Vers de nouveaux usages industriels et de sécurité

Au-delà de la défense, la technologie de Sysnav se prête à d’autres applications critiques. Un des débouchés immédiats est la protection des travailleurs isolés, particulièrement sur les sites industriels ou dans les zones dites « blanches » (sans couverture GNSS ni réseau mobile).

Le dispositif SafeGuard de Sysnav intègre la géolocalisation haute précision avec une détection automatique d’incidents, tels que chute, immobilité prolongée, perte de verticalité, ou entrée dans des zones dangereuses, et déclenche une alerte lorsque nécessaire, sans générer de faux positifs intempestifs. Ainsi, en cas d’accident ou de détresse d’un travailleur isolé, les secours peuvent être localisés rapidement, y compris à l’intérieur d’un bâtiment ou dans un sous-sol, ce qui améliore fortement les chances d’une prise en charge efficace.

Par ailleurs, pour les sites industriels, cette solution peut contribuer non seulement à la sécurité, mais aussi à l’optimisation opérationnelle via notamment le suivi des déplacements des opérateurs, la localisation d’équipements, une cartographie des interventions ou encore la traçabilité des trajectoires.

Enjeux et perspectives

La feuille de route annoncée par Sysnav ouvre la perspective d’un déploiement à grande échelle. L’ambition affichée d’un développement massif à l’horizon 2031 pourrait conduire à une diffusion bien au-delà du champ de la défense et à une démocratisation progressive de ces solutions. Si cette dynamique se confirme, la navigation magnéto-inertielle pourrait devenir un standard pour l’ensemble des acteurs confrontés à des environnements complexes ou dépourvus de signal.

La distinction obtenue par Sysnav avec le Prix « AAT – Ingénieur général Chanson » met quant à elle en lumière l’importance croissante de la navigation magnéto-inertielle dans un environnement où le GPS peut être indisponible ou brouillé. L’innovation LocIndoor illustre comment une technologie initialement pensée pour la défense peut trouver des applications concrètes dans l’industrie, la sécurité des travailleurs isolés, la sûreté et la logistique.

Sous réserve de respect des réglementations et d’acceptation par les utilisateurs, ces technologies pourraient transformer la gestion de la sécurité et de la localisation dans des contextes critiques, laissant espérer des environnements de travail plus sûrs et plus efficaces.

Une stratégie de croissance ambitieuse

Sysnav a vu son chiffre d’affaires doubler entre 2020 et 2025, et vise un objectif de 50 millions d’euros d’ici 2031, avec une croissance organique moyenne de 15 % par an.

Pour accompagner cette ambition, l’entreprise prévoit de doubler ses effectifs (actuellement autour de 120 personnes) en recrutant sur l’ensemble des fonctions, avec un accent particulier sur les fonctions commerciales et opérationnelles. Un agrandissement des locaux en Normandie est également à l’étude.

Sysnav souhaite ainsi consolider sa position dans ses marchés historiques (défense, mobilité, localisation), tout en se développant dans les secteurs civils sensibles que sont l’industrie, la sécurité au travail, la santé, la logistique…

La revue de presse quotidienne du 4 décembre 2025 : matériaux, plastiques, automatisation

Les dernières avancées scientifiques et industrielles témoignent d’une accélération notable de l’innovation, qu’elle s’exprime dans les matériaux, l’énergie, la physique quantique, la santé ou l’organisation des usines. De nouvelles découvertes et technologies ouvrent ainsi des pistes prometteuses pour repenser la production, améliorer la performance énergétique, mieux comprendre le vivant et concevoir des solutions plus durables.

Vers des plastiques « programmables » qui se décomposent… quand on le décide

Des chercheurs ont récemment développé des plastiques capables d’être programmés pour se décomposer à des rythmes spécifiques, ce qui pourrait aider à diminuer la pollution plastique et faciliter le recyclage. Cette innovation ouvre la voie à un usage plus durable du plastique, sans attendre des siècles pour qu’il disparaisse (SciTechDaily).

Du PET recyclé pour capturer le CO₂ atmosphérique

Des chimistes ont synthétisé un nouvel adsorbant (nommé BAETA), fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées, capable de capturer le CO₂ dans l’air ou les gaz d’échappement, pour ensuite le libérer facilement sous chauffage modéré. Cette solution, peu énergivore et peu coûteuse, représente une avancée prometteuse pour le captage du carbone à grande échelle (Listverse).

Le « quantum spin ice » : état quantique confirmé dans la matière

Des physiciens ont confirmé l’existence d’un état quantique rare, le « quantum spin ice », caractérisé par des excitations quantiques très particulières dans un liquide de spins 3D. Ce type de matière pourrait avoir des implications pour l’informatique quantique ou les matériaux à propriétés magnétiques et électriques inédites (SciTechDaily).

Des super-condensateurs à base de graphène rivalisant avec les batteries

Des ingénieurs ont mis au point une nouvelle classe de supercondensateurs construite à partir de réseaux de graphène. Ces supercondensateurs atteignent des densités d’énergie et de puissance record, apportant des évolutions possibles dans le stockage d’énergie pour les transports électriques, la stabilisation des réseaux ou les appareils électroniques, en proposant des temps de charge ultra-rapides (ScienceDaily).

Des cellules cérébrales « silencieuses », mais essentielles pour la mémoire et la santé

De nouvelles recherches mettent en lumière le rôle crucial des cellules « silencieuses » du cerveau, longtemps négligées, dans le fonctionnement cérébral, notamment la mémoire et des fonctions cognitives. Mieux comprendre ces cellules pourrait ouvrir des voies inédites en neurologie et santé mentale (Nature).

Les usines passent à l’automatisation hyper-flexible

De plus en plus d’industriels adoptent des systèmes de production redéfinis, fondés sur des usines modulaires et reconfigurables quasi instantanément plutôt que sur des chaînes fixes et rigides, et capables de s’adapter à des changements de produit, de volume ou de demande. Ce passage à l’« hyper-flexibilité » permet de réduire les temps d’arrêt, d’augmenter l’efficacité, et de mieux répondre à des marchés incertains (The Economic Times).

Des chaînes de montage plus intelligentes grâce à l’IA et la maintenance prédictive

Des groupes majeurs (notamment dans l’automobile) ont notamment présenté récemment des innovations consistant à utiliser l’IA pour la maintenance prédictive, la reconfiguration virtuelle des lignes de production (via la réalité virtuelle), ou l’optimisation fine des procédés, comme le contrôle des fours de peinture, l’optimisation de l’épaisseur des matériaux, ou des processus de soudure innovants. Ces avancées permettent de gagner en efficacité, en qualité, et en adaptabilité (Stellantis Media).

Yann LeCun fait le pari de l’«Intelligence Avancée» face à l’illusion des LLM

Yann LeCun, figure de l’intelligence artificielle moderne et père des réseaux de neurones convolutionnels, a officialisé son départ de Meta (maison mère de Facebook).

Ce départ est l’aboutissement d’une divergence philosophique majeure avec Mark Zuckerberg. Alors que le géant de la tech mise son avenir sur les produits commerciaux dérivés des LLM (grands modèles de langage) comme Llama pour concurrencer ChatGPT, Yann LeCun choisit la voie de la recherche fondamentale.

Pour Yann LeCun, l’engouement mondial pour les IA génératives (GenAI) repose sur un malentendu. Il qualifie régulièrement les LLM d’« illusionnistes statistiques ». S’il reconnaît leur utilité économique immédiate pour rédiger du code ou du texte, il martèle une vérité qui dérange : ces modèles sont intrinsèquement limités. Ils fonctionnent de manière autorégressive, prédisant le mot suivant sans aucune compréhension du sens, de la logique ou de la réalité physique. C’est pourquoi ils « hallucinent » : ils n’ont aucun ancrage dans le réel.

L’IA et l’intelligence humaine

Pour LeCun, « croire que les LLM atteindront l’intelligence humaine est une bulle spéculative ». Selon lui, ces systèmes sont moins intelligents qu’un chat domestique, car incapables de comprendre la persistance des objets ou la gravité sans avoir lu des milliards de textes.

Pour dépasser ces limites, Yann LeCun ne veut pas plus de données, mais une meilleure architecture. C’est tout l’objet de sa nouvelle start-up qui se concentrera sur les World Models (modèles du monde) via une architecture qu’il a théorisée : JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture).

Il existe une différence significative entre les LLM (modèles génératifs) et le JEPA. Les LLM s’efforcent de prédire chaque détail, que ce soit chaque mot ou chaque pixel, ce qui est un processus lourd et énergivore, sujet à une erreur exponentielle. En face, nous avons le JEPA. Il ne cherche pas à reconstruire l’image, mais à en extraire le sens dans un espace de représentation abstrait.

Imaginez une voiture roulant sur une route. Un modèle génératif essaierait de prédire chaque feuille de chaque arbre sur le bas-côté (inutile et coûteux). Un modèle JEPA, lui, ignorera les détails imprévisibles pour se concentrer sur l’essentiel : la trajectoire de la voiture et la position des obstacles. C’est ainsi que fonctionne le cerveau humain : il modélise des concepts, pas des pixels.

L’ambition de cette nouvelle structure est de créer ce que Yann LeCun nomme l’AMI (Advanced Machine Intelligence). Contrairement aux chatbots passifs, ces systèmes seront capables de percevoir le monde via des capteurs (vidéo, son) et non plus seulement du texte. Ils pourront aussi raisonner et planifier. Enfin, ils pourront apprendre efficacement.

Là où un LLM a besoin de lire tout Internet, une architecture JEPA pourrait apprendre des lois physiques en visionnant quelques heures de vidéo, de manière beaucoup plus sobre énergétiquement.

Si le pari est risqué, les débouchés potentiels dépassent largement la génération de texte. Cette approche est le chaînon manquant pour la robotique et la conduite autonome.

Dans un contexte d’apprentissage par renforcement, un robot équipé de JEPA n’aura plus besoin de millions d’essais-erreurs dans le monde réel (ce qui est dangereux et lent). Il pourra utiliser son modèle interne pour prédire l’état futur de son environnement et optimiser ses actions vers un objectif précis.

L’imagerie médicale (comme la représentation en trois dimensions d’une tumeur plutôt que la génération de pixels) et l’aide domestique capable de nettoyer une table sans casser les verres sont des exemples d’applications qui cherchent à ancrer l’intelligence artificielle dans le monde physique.

Mais la start-up du français n’est pas la seule sur ce créneau. World Labs, fondé par Fei-Fei Li (une informaticienne et chercheuse américaine) a levé plus de 230 millions de dollars. C’est aujourd’hui le concurrent le plus visible et avancé dans ce domaine. Son premier produit commercial, Marble, permet de générer des environnements 3D persistants et éditables à partir de prompts textuels, d’images ou de vidéos.

DeepMind, de Google, mise également sur les « world models » avec des projets comme SIMA 2, un agent capable d’apprendre, de raisonner et d’interagir dans des mondes virtuels 3D.

La Chine, nouveau leader de l’action climatique internationale

Il n’aura échappé à personne que la Chine est un fournisseur majeur de matériaux et de composants nécessaires à la transition énergétique mondiale : terres rares, graphite, lithium, cobalt, sans oublier la majorité des modules photovoltaïques, des turbines éoliennes et des cellules et composants de batteries[1].

Sur le long terme, la Chine a donc tout intérêt à voir la transition énergétique se réaliser. Le succès des COP à venir est ainsi un enjeu stratégique, surtout que l’administration américaine actuelle a fait le choix d’abandonner, voire de saboter l’action climatique internationale.

La Chine comble le vide laissé par les États-Unis

Le premier retrait des États-Unis de l’accord de Paris, en 2017, a clairement amorcé un changement de leadership dans l’action climatique mondiale. Alors que le Brésil et l’Inde se sont fait les champions de la justice climatique, la Chine a mis l’accent sur la production massive d’énergies renouvelables et profite désormais de la perte d’enthousiasme des économies les plus avancées pour s’afficher comme défenseur zélé du climat.

Le pays s’est d’ailleurs fait remarquer en jouant à fond sa carte de nouveau leader lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre 2025. Preuve que l’action climatique revêt une importance stratégique pour la Chine, c’est le président Xi Jinping qui était intervenu en vidéo pour affirmer que « notre détermination doit être inébranlable » et que « la transition verte et bas carbone est la tendance de notre temps. »

Et le président chinois ne s’était pas privé de tacler les États-Unis au passage : « Même si certains pays vont contre ce courant, la communauté internationale doit persévérer dans la bonne direction, rester déterminée et continuer d’agir sans réduire l’effort. »

Quelques semaines avant l’ouverture de la COP30, les contours de la stratégie chinoise étaient donc clairs : faire du climat un puissant levier politique et économique.

Lors de cette COP30, la Chine n’a donc pas hésité à promouvoir ses industries de manière redoutablement efficace. Car si le pays demeure le premier émetteur de gaz à effet de serre (GES) de la planète et que ses engagements de réduction à dix ans sont insuffisants (- 7 % à – 10 % d’émissions de GES d’ici à 2035), le fait que sa production d’énergie renouvelable ait dépassé celle des énergies fossiles lui apporte, malgré tout, une certaine crédibilité.

Des relations tendues entre la Chine et l’Europe

Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris pouvait laisser espérer un rapprochement entre l’UE et la Chine autour des questions environnementales. Malheureusement, leurs divergences d’intérêts rendent ce rapprochement impossible.

Car lorsque Ding Xuexiang, le vice-premier ministre chinois, appelle à « supprimer les barrières commerciales et garantir la libre circulation des produits verts », il vise bien entendu l’UE, qui cherche à protéger son marché intérieur et ses producteurs de batteries et de véhicules électriques.

Et sur ce point, la situation est particulièrement tendue entre l’UE et la Chine, puisque Pékin menace d’un chantage aux produits indispensables à la fabrication des batteries électriques fabriquées dans nos gigafactories. Or, ce chantage, la Chine en a les moyens, puisqu’elle domine toute la chaîne de fabrication des batteries, depuis l’extraction des matériaux jusqu’à la fabrication des cellules et cathodes.

Par conséquent, l’Europe fait donc face à un dilemme : doit-elle applaudir les progrès fulgurants de la Chine, compte tenu des enjeux climatiques, ou voir d’un mauvais œil ses avancées sur le plan industriel ? Car pour l’UE, accélérer la décarbonation ne doit pas rimer avec un achat massif de produits chinois qui risquerait d’affaiblir encore un peu plus son industrie.


[1] La Chine représente 69 % de la production mondiale et 85 % du raffinage des terres rares en 2023, plus de 80 % des modules photovoltaïques, 60 % des capacités de fabrication d’éoliennes et 85 % des cellules de batteries. Sources : BloombergNEF, IEA, USGS

La revue de presse quotidienne du 3 décembre 2025 : robotique, intelligence artificielle, innovations

L’actualité du jour oscille entre évolutions réglementaires et avancées technologiques. Les enjeux liés aux emballages, aux transports et à la biomasse s’ajoutent aux bilans environnementaux de l’année. Parallèlement, l’intelligence artificielle et la robotique progressent dans la recherche, la protection du patrimoine et l’observation des milieux naturels, tandis que l’Europe renforce son ambition en matière d’IA. Cette sélection dresse un aperçu de notre avenir industriel.

Lancement officiel du hub AI Factory France

Le projet AI Factory France (AI2F) a été lancé officiellement à Station F. Il rassemble plus de 150 participants, incluant 20 partenaires majeurs, afin de créer un hub national et européen pour l’accès à des ressources informatiques (super-calcul, HPC), des services et des compétences en IA. Ce hub doit servir à dynamiser la recherche et les applications industrielles et publiques en intelligence artificielle (Inria).

L’emballage plastique au cœur des débats du Sénat

Le Sénat français examine actuellement une initiative visant à mieux encadrer les emballages plastiques, dans le cadre d’un renforcement des réglementations environnementales. Cette démarche s’inscrit dans une logique de réduction des déchets plastiques et de transition vers des matériaux plus durables (rsedatanews.net).

Les enjeux du prochain Conseil des ministres des Transports de l’Union européenne

Le Conseil des ministres des Transports de l’UE se réunit ce 3 décembre. À l’ordre du jour figurent le « paquet contrôle technique », la directive sur les poids et dimensions des véhicules, ainsi que les suites du report des mesures internationales de décarbonation du transport maritime.

Une biomasse durable au cœur des discussions autour du projet de loi DDADUE

Le projet de loi DDADUE, en cours d’examen, traite de l’usage de la biomasse en France et vise à encadrer de manière plus durable les usages énergétiques de cette ressource, notamment pour des applications industrielles ou de production d’énergie (Actu Environnement).

Bilan 2025 de la biodiversité marine et côtière en France en cette « Année de la mer »

Un rapport récent publié dans le cadre de l’initiative nationale invite à faire le point sur l’état de la biodiversité marine et littorale en France. L’évaluation met en lumière les pressions exercées sur les écosystèmes côtiers et les défis pour préserver la biodiversité marine dans un contexte de changements environnementaux.

Préserver le patrimoine face au changement climatique via l’IA : le projet COLISEUM

Le projet COLISEUM propose d’utiliser des modèles d’IA et des capteurs climatiques pour prédire la détérioration des matériaux du patrimoine (monuments, sites historiques) en fonction des scénarios de changement climatique. Trois sites français sont déjà suivis, combinant mesures in situ, analyses chimiques et modélisation du vieillissement (arXiv).

Robots et IA automatisent les laboratoires de chimie, faisant évoluer la recherche d’« usine à molécules »

Un article publié aujourd’hui décrit comment des robots pilotés par IA permettent d’automatiser des expériences de chimie et d’analyse en continu, 24h/24. Ces plateformes automatisées de recherche ouvrent la voie à des « hubs » chimiques pilotés par IA, capables de faire progresser la recherche de matériaux ou de molécules nouvelles avec rapidité, répétabilité et à l’échelle industrielle potentielle (Financial Times).

La robotique au service de la biodiversité et des milieux naturels

Une étude récente démontre que des robots à pattes combinés à l’intelligence artificielle peuvent être déployés en milieu alpin pour surveiller des habitats de montagne difficiles d’accès. En détectant et classifiant des espèces végétales, ces robots offrent une approche innovante pour le suivi de la biodiversité et l’impact du changement climatique sur des milieux sensibles (arXiv).

Pour l’adoption massive de l’IA européenne dans les entreprises et la science

L’Europe, avec le soutien de certains États membres dont la France, milite pour que l’IA utilisée soit « made in Europe », à la fois pour garantir la souveraineté technologique et favoriser les acteurs européens. Cette orientation pourrait encourager des développements d’IA et de robotique fortement ancrés sur le continent, pour l’industrie, la R&D, les matériaux, l’automatisation, etc. (sciencebusiness.net).

La chimie accélère sa mutation bas carbone

Au cœur d’un contexte énergétique instable, la transition bas carbone constitue désormais un déterminant majeur de compétitivité pour l’industrie chimique. Le secteur est directement exposé aux variations de prix de l’énergie et aux coûts croissants du carbone. Dans le même temps, il est attendu qu’il contribue à l’objectif national de réduction de 81 % des émissions industrielles d’ici 2050. La nouvelle analyse publiée par GreenFlex s’inscrit dans cette dynamique. Elle consolide trois années d’enquêtes menées sur 315 sites industriels, contre 205 l’année précédente, et offre une photographie précise des trajectoires engagées, des leviers activés et des obstacles rencontrés.

Les motivations des entreprises apparaissent clairement dans les résultats. La maîtrise des coûts énergétiques constitue un moteur majeur pour près de la moitié d’entre elles, suivie par la volonté de s’inscrire dans une stratégie de long terme cohérente avec les politiques nationales et les attentes des investisseurs. À l’inverse, les freins les plus fréquemment identifiés relèvent du manque de ressources financières ou humaines ainsi que des difficultés techniques liées à la transformation d’équipements ou de procédés. L’étude souligne notamment que 36 % des entreprises évoquent un manque de moyens financiers comme principal obstacle à la mise en œuvre de projets bas carbone.

Face à ces contraintes, la méthodologie proposée par GreenFlex s’impose comme un cadre structurant. Sélectionnée par l’ADEME dans le cadre des feuilles de route financées pour les industriels, elle s’appuie sur une approche graduelle qui permet d’agir d’abord sur les consommations avant d’engager un verdissement plus profond du mix énergétique. Les premières étapes reposent sur la sobriété et l’efficacité énergétique. Elles sont essentielles pour sécuriser des gains rapides et réduire la dépendance aux énergies fossiles.

La sobriété énergétique regroupe des actions simples fondées sur l’ajustement des consignes ou sur le questionnement des besoins. Elles concernent principalement le traitement de l’air, l’air comprimé ou la vapeur. Selon l’analyse réalisée, 83 % de ces actions ne nécessitent aucun investissement, ce qui en fait un levier immédiat. Leur potentiel reste significatif avec une réduction globale estimée à 409 gigawattheures et une baisse des émissions de près de 79 kilotonnes de CO2.

L’efficacité énergétique permet ensuite de moderniser les équipements et d’améliorer les performances des installations. Elle représente le plus grand volume d’actions identifiées. Plus de 2 500 gigawattheures d’économies d’énergie sont envisageables, avec un temps de retour inférieur à quatre ans pour deux tiers des projets. Les gains portent sur l’isolation, la réduction des fuites, la modernisation des moteurs, du froid industriel ou de l’éclairage. L’étude met également en avant le caractère réplicable d’un grand nombre d’actions standardisées qui peuvent être industrialisées à grande échelle.

Au-delà de ces mesures classiques, le design alternatif ouvre la voie à des transformations plus profondes des procédés. Il s’agit de repenser les vecteurs ou technologies utilisées pour répondre à un même besoin. Dans ce domaine, près de la moitié des projets concernent l’électrification des équipements, citée comme un levier doté d’un fort potentiel de réduction des émissions. Les changements de vecteurs énergétiques permettent à eux seuls de réduire les émissions de 23 % en moyenne. Ces actions sont cependant plus complexes, car elles touchent au cœur du système productif.

La récupération de chaleur occupe également une place centrale. L’étude identifie près de 2 000 gigawattheures pouvant être valorisés par la capture de chaleur fatale issue des utilités ou des procédés. Les solutions combinant récupération et rehaussement de température grâce à des pompes à chaleur affichent des bénéfices significatifs avec une réduction moyenne de 24 % des consommations et de 38 % des émissions. Ce levier devient d’autant plus stratégique qu’il peut être mutualisé avec d’autres acteurs industriels ou territoriaux.

Enfin, les énergies renouvelables et la valorisation des déchets complètent la trajectoire bas carbone. Elles représentent le levier le plus structurant pour réduire les émissions. L’étude recense plus de 7 000 gigawattheures potentiels via des projets de biomasse, solaire, biogaz, géothermie ou réseaux de chaleur. 64 % des scénarios analysés intègrent au moins un projet de ce type, confirmant leur rôle incontournable dans les stratégies industrielles à long terme. Ces solutions exigent toutefois un investissement conséquent et un approvisionnement durable et sécurisé, en particulier pour les filières biomasse et biogaz.

L’ensemble de ces leviers illustre la diversité des solutions disponibles pour accélérer la décarbonation du secteur de la chimie. La trajectoire repose sur un équilibre entre actions immédiates à faible investissement et transformations structurelles exigeant des moyens plus importants. Les données collectées montrent qu’un potentiel global de plus de 5 000 gigawattheures peut être activé au sein des sites analysés, pour un volume d’émissions évitées estimé à près de deux millions et demi de tonnes de CO2 sur vingt ans.

À l’heure où le secteur doit concilier impératifs économiques et contraintes environnementales, l’étude GreenFlex confirme la montée en puissance des démarches bas carbone et l’importance d’un accompagnement technique et financier pour transformer en profondeur les modes de production. Elle offre surtout un cap clair pour dépasser les freins identifiés et engager des trajectoires compatibles avec les objectifs nationaux.

Téléchargez l’étude complète menée par GreenFlex sur les trajectoires bas carbone des 315 sites industriels .

Neuralix : apprendre et gagner en compétences grâce aux neurosciences

Si le cerveau conserve encore une grande part de mystère, la recherche nous permet peu à peu de découvrir les secrets de son fonctionnement. Prendre en compte ces connaissances pourraient nous ouvrir de nouvelles portes, afin d’apprendre plus efficacement, comprendre et gérer nos émotions, améliorer notre communication… Autant de compétences qui peuvent être utiles dans le monde professionnel.

Charles Hernoux, fondateur de Neuralix
Charles Hernoux, fondateur de Neuralix

Charles Hernoux a fait du cerveau son objet d’étude. Après deux Masters en neurosciences et en management des innovations, il a réalisé une thèse sur la perception de la douleur en fonction de la conscience corporelle, en utilisant la réalité virtuelle. Il a ensuite quitté le monde académique pour lancer son entreprise Neuralix, avec laquelle il développe un dispositif permettant d’apprendre pendant le sommeil. Fort de ses apprentissages, le docteur en neurosciences intervient également en entreprises et anime des conférences pour donner des outils concrets aux managers afin d’adapter leurs pratiques et l’environnement de travail aux besoins des collaborateurs.

Techniques de l’Ingénieur : Pourquoi le monde des entreprises s’intéresse désormais aux neurosciences ?

Charles Hernoux : Pendant longtemps, le management a été une affaire de technique, où les travailleurs devaient s’adapter à certaines cadences et où tout était optimisé pour atteindre une certaine performance. Aujourd’hui, l’humain commence à devenir une donnée essentielle et c’est une très bonne chose. Les salariés ont envie d’être épanouis dans leur travail, d’être en raccord avec leurs propres convictions, et n’hésitent pas à quitter leur emploi s’ils ne se sentent pas écoutés, ce qui cause des difficultés de recrutement. Le management évolue, il devient nécessaire de replacer l’humain au centre de l’intérêt. C’est là qu’interviennent les neurosciences. Mieux connaître le fonctionnement de notre cerveau et nos besoins permet de créer un environnement plus adapté. Les neurosciences vont ainsi fournir des outils pour mieux se comprendre et ainsi mieux comprendre ses collaborateurs.

Dans quels domaines les neurosciences peuvent nous aider ?

Cela peut concerner divers sujets : comment réussir à motiver les équipes de façon intelligente ? Comment donner du sens au travail pour avoir des salariés plus investis ? Comment mieux prendre des décisions ? Humaniser, c’est aussi prendre en considération les émotions sans les nier, d’où l’importance de les comprendre. Les neurosciences nous renseignent aussi sur la gestion du stress, la communication, l’apprentissage, la mémorisation, la créativité… Le neuromanagement est alors performant puisqu’il va donner des pistes de réflexion et des outils pour optimiser ces différents points.

Prenons des exemples précis. Comment peut-on améliorer la prise de décision ?

Souvent, on a l’impression d’être très rationnel quand on prend une décision. On pèse le pour et le contre, et on choisit la meilleure option. Or, comme a pu le démontrer le professeur en neurosciences Antonio Damasio, toute décision est influencée par nos émotions. Et c’est extrêmement important de le prendre en compte. Si par exemple, on reçoit un candidat pour un entretien d’embauche, il est fort probable que notre avis sur cette personne diffère si on a reçu une excellente nouvelle juste avant l’entretien, ou si on vient d’avoir un accrochage sur la route. Pourtant, ça sera la même personne en face de nous, avec les mêmes compétences. Donc, dans une situation similaire mais avec un contexte différent, on va prendre deux décisions totalement opposées. Avoir des connaissances en neurosciences permet de disposer des bons outils pour faire abstraction de tous les biais qui influencent notre prise de décision.

L’idée ici n’est pas de mettre de côté nos émotions, mais plutôt de les comprendre, de les identifier et de savoir agir en conséquence. Ainsi, si on s’aperçoit qu’on est très joyeux, ou au contraire très en colère avant un entretien d’embauche ou un rendez-vous, on peut soit essayer de se calmer seul, soit décider de s’accompagner d’autres collègues. De manière générale, l’intelligence collective permet de supprimer les biais, d’où l’importance de prendre des décisions à plusieurs, avec des profils très différents.

Qu’est-ce que les neurosciences nous enseignent sur la gestion du stress ?

Les travaux en neurosciences démontrent qu’il y a là encore une forte implication des émotions. Elles ont beaucoup été mises de côté dans le monde du travail, or elles sont le centre de tout ! Déjà, il va s’agir de savoir identifier son stress et ses causes. Ensuite, il existe de nombreuses méthodes pour apprendre à gérer son stress et qui dépendent de chacun. Parmi elles, on peut citer la cohérence cardiaque, la méditation, la musique, la lecture… D’ailleurs, le fait de lire est l’une des méthodes les plus efficaces !

Du côté de l’entreprise, une solution simple et efficace pourrait être de créer une pièce dédiée, avec pourquoi pas un casque audio pour écouter de la musique ou des programmes courts de méditation, quelques livres… Ainsi, les personnes se sentant stressées pourraient s’accorder une pause d’une dizaine de minutes pour se calmer. Ce temps serait d’ailleurs bénéfique aussi pour l’entreprise car une personne stressée ne pourra pas travailler efficacement.

Comment peut-on booster notre créativité ou celle de nos équipes ?

Divers facteurs jouent sur la créativité. Tout d’abord, on a pu remarquer que les visioconférences bridaient la créativité. Pareil pour la surcharge cognitive, le stress et la fatigue. En revanche, d’autres facteurs la facilitent : certaines couleurs peuvent la stimuler par exemple. On peut alors décider de créer un environnement enrichi de ces couleurs, mettre certains sons, organiser des ateliers de groupe etc.

Comment implémenter ces connaissances et outils au sein de l’entreprise ?

Cela passe déjà par une petite formation en neurosciences, puis par une phase d’écoute pour identifier les problèmes et besoins, autant auprès des managers que des collaborateurs. La littérature scientifique nous informe sur ce qui fonctionne sur le cerveau mais ensuite, il faut se renseigner et voir comment l’appliquer au mieux dans le quotidien de l’entreprise. Il faut aussi une réelle volonté de changer les choses et d’humaniser le fonctionnement.

Il existe des outils très simples pour commencer. Par exemple, on entend de plus en plus parler de la météo des émotions. Le matin, un tour de table rapide permet d’évaluer comment chacun se sent. Cela nous permet déjà de réussir à identifier nos propres émotions, ce qui est une première étape. Ensuite, si une personne ne se sent pas bien, le manager pourra aller la voir, lui proposer de parler si elle le souhaite, ou adapter ensuite la journée avec des temps de pause par exemple. C’est une marque de considération importante, qui permet aussi aux collaborateurs de se sentir plus impliqués. Donc cet outil, qui peut presque paraître idiot, fonctionne très bien.

Parallèlement à ces formations, votre start-up Neuralix travaille sur un dispositif innovant permettant d’apprendre et de gagner en compétences durant le sommeil. De quoi s’agit-il exactement ?

Durant ma thèse, j’ai découvert le pouvoir incroyable du sommeil sur l’apprentissage. Nous sommes donc en train de créer un dispositif électronique sous forme de masque de nuit qui va stimuler l’apprentissage durant le sommeil. Lorsqu’une personne travaille un geste technique ou un apprentissage durant la journée, comme une nouvelle langue ou un morceau de piano, on va envoyer une odeur afin que le cerveau l’associe au nouveau geste. Puis, durant la nuit, le masque équipé de capteurs et un algorithme d’intelligence artificielle permettront d’analyser le sommeil en temps réel, et d’envoyer des stimulations odorantes à des moments clés du sommeil. Ces odeurs vont ainsi réactiver les apprentissages de la journée pour les retravailler et les intégrer.

Quelle est la cible de ce dispositif ?

Il y a deux cibles majeures. Une non-médicale qui va concerner les sportifs et les artistes, qui ont besoin de travailler des gestes techniques. Ainsi, en dormant, on utilise le potentiel de leur cerveau en les refaisant travailler, mais sans effets secondaires, ni fatigue supplémentaire. Je suis d’ailleurs en relation avec des équipes de football qui pourraient être intéressées par ce dispositif. La deuxième cible est cette fois purement médicale. Le dispositif pourrait permettre de lutter contre les addictions, ou d’optimiser la rééducation motrice par exemple.

Où en est l’avancée du projet ?

Pour l’instant, nous sommes en phase de R&D. Nous avons terminé de travailler sur notre algorithme d’intelligence artificielle pour détecter les moments clés du sommeil et les résultats sont très prometteurs. Maintenant, nous pouvons lancer les tests utilisateurs auprès de la cible non-médicale afin d’améliorer l’ergonomie du masque, vérifier l’efficacité et à terme lancer la commercialisation ! Le côté médical se fait en parallèle mais va prendre plus de temps car il s’agit d’un dispositif médical qui demande donc des essais cliniques plus longs. Depuis une trentaine d’années, il y a beaucoup de recherches sur ce sujet, et il reste encore plein de mécanismes de notre cerveau à comprendre, c’est un sujet vraiment passionnant !

Propos recueillis par Alexandra Vépierre

Un polymère 3D imprimable et extensible : vers la médecine régénérative… et de meilleures batteries

Le polyéthylène glycol (PEG) est un polymère largement utilisé en médecine (ingénierie tissulaire, délivrance de médicaments, revêtements biocompatibles) grâce à sa bonne tolérance biologique et à sa capacité à retenir l’eau. Mais lorsqu’on crée des réseaux à base de PEG via les méthodes classiques – réticulation de chaînes linéaires en milieu aqueux puis élimination du solvant –, le résultat est trop souvent un matériau rigide, cristallin et fragile. Ces réseaux cassent facilement dès qu’on tente de les déformer.

Cette rigidité limite fortement les usages, surtout lorsque l’on a besoin d’un matériau souple, déformable, pouvant suivre les mouvements des tissus vivants ou résister à des contraintes mécaniques.

L’astuce moléculaire : l’architecture « foldable bottlebrush »

Pour dépasser ces limites, le laboratoire de l’Université de Virginie dirigé par le chercheur Li-Heng Cai mise sur un concept moléculaire déjà exploré : l’architecture dite « bottlebrush pliable » (foldable bottlebrush). L’idée est de concevoir des macromolécules dont la structure interne stocke de la longueur, une chaîne principale (backbone) sur laquelle sont greffées de nombreuses chaînes latérales flexibles. Ces chaînes latérales se replient comme un accordéon, stockant ainsi de la longueur utilisable, et peuvent se déplier sous tension, libérant cette longueur pour permettre une déformation importante sans rupture.

Concrètement, le matériau est obtenu en mélangeant trois types de précurseurs. Dissous dans l’eau, ce mélange reste limpide et de faible viscosité, et parfaitement adapté à la photopolymérisation. Quelques secondes d’exposition aux UV suffisent à déclencher la formation d’un réseau bottlebrush, stable à l’air ambiant et sans solvant.

Des propriétés mécaniques impressionnantes

Les hydrogels et élastomères résultants présentent des résistances comparables à ceux des tissus mous (entre 1 et 100 kPa) et des allongements pouvant atteindre 1 500 %. Autrement dit, c’est un matériau souple, élastique, qui peut se déformer énormément sans céder, ce qui est très rare pour des polymères à base de PEG. Et, surtout, compatible avec des procédés de fabrication additive (impression 3D), un critère fondamental pour les applications biomédicales.

Vers des implants, des organes artificiels et des dispositifs bioimprimés

L’équipe a déjà montré qu’il est possible d’imprimer en 3D des structures complexes avec ce matériau, hydrogels souples ou élastomères sans solvant, selon les paramètres choisis.

Des PEG à l’architecture « bottlebrush pliable »
Les PEG produits par l’Université de Virginie suivant l’architecture dite « bottlebrush pliable » offrent de nombreuses perspectives notamment dans le domaine du médical pour la création d’organes artificiels © Liheng Cai/Softbiomatter Lab/University of Virginia

De plus, quand ces constructions sont mises en contact avec des cellules, celles-ci y adhèrent et survivent, preuve que le matériau est cytocompatible. Ces résultats ont été publiés dans la revue Advanced Materials.

Ces aspects ouvrent la voie à la création d’implants souples, voire à des organes artificiels en 3D. Par ailleurs, la possibilité d’imprimer des géométries complexes avec des rigidités et microstructures variées, tout en conservant l’élasticité, constitue un atout essentiel pour le design de tissus biomimétiques ou de dispositifs médicaux sur mesure.

Au-delà du médical : batteries solides et électrolytes polymères

Un autre intérêt majeur de ce nouveau PEG « bottlebrush » réside dans ses propriétés électriques. Les chercheurs ont montré qu’il peut servir de polymère électrolyte solide, avec une conductivité respectable (~1.2 mS·cm⁻¹) et une extensibilité élevée (~900 % de déformation) à température ambiante.

Cela le rend particulièrement attractif pour la prochaine génération de batteries lithium-ion solides, flexibles ou même étirables, utiles pour l’électronique portable, les dispositifs implantables, ou des systèmes nécessitant un couplage entre résistance mécanique, conductivité et biocompatibilité.

Un autre avantage non négligeable est le coût modéré des précurseurs utilisés, leur disponibilité commerciale, et la simplicité du procédé (photopolymérisation à l’air, eau comme solvant, pas de conditions extrêmes).

Cela ouvre la voie à une fabrication à grande échelle, potentiellement recyclable, modulable et compatible avec d’autres matériaux : composites, matériaux conducteurs, biomatériaux hybrides…

Au final, l’architecture moléculaire « foldable bottlebrush » appliquée au PEG marque une avancée majeure dans le design de polymères souples, imprimables et biocompatibles. Avec des allongements extrêmes, des propriétés proches des tissus vivants, une imprimabilité 3D, et des perspectives aussi bien médicales qu’énergétiques, ce matériau incarne un pont entre la science des polymères, la bio‑fabrication et les technologies de l’énergie.

Ce travail illustre la puissance d’une approche architecturale moléculaire pour repousser les limites des matériaux traditionnels.

Ingénieurs, maîtrisez le pitch et l’éco-innovation grâce à nos nouveaux modules

Réussir son pitch produit
Ce module en 7 séquences vous guide pas à pas pour créer un pitch percutant. Vous apprendrez à : 

  • Formuler votre proposition de valeur de manière claire et impactante 
  • Structurer votre message pour captiver votre audience 
  • Concevoir un support visuel pertinent 
  • Mettre en avant des preuves solides et crédibles 
  • Construire une narration engageante 
  • Maîtriser votre prise de parole et votre posture 
  • Gérer l’après-pitch pour transformer vos présentations en leviers de décision 

Tester le module

Faire de l’éco-innovation un atout stratégique
Ce module en 8 séquences vous permet de passer d’une approche réactive à une démarche proactive face aux enjeux environnementaux. Vous découvrirez comment : 

  • Transformer les contraintes réglementaires (CSRD, ESPR…) en opportunités 
  • Réduire vos coûts d’exploitation et de production 
  • Sécuriser vos projets grâce à une stratégie d’écoconception 
  • Valoriser votre impact environnemental et améliorer l’image de votre entreprise 
  • Développer votre rôle de leader dans l’éco-innovation 

Explorer le module 

Chaque module est constitué de séquences, vous pouvez avancer à votre rythme : commencer, interrompre et reprendre quand vous voulez. Une fois toutes les séquences terminées, le module est validé et vos compétences renforcées !

Quand les algues redessinent les matériaux du bâtiment

Dans un contexte de recherche croissante sur les biomatériaux, les algues se profilent comme l’une des ressources les plus prometteuses. Un article publié le 25 novembre 2025 fournit des explications sur certaines espèces d’algues, traditionnellement rejetées comme des déchets et parfois même à l’origine de nuisances sur les côtes, possèdent des propriétés naturelles qui en font de sérieuses candidates pour l’architecture et la construction.

Les atouts des algues pour le bâtiment sont multiples. Elles offrent une isolation thermique et acoustique, elles sont ininflammables et leurs qualités antibactériennes contribuent à des environnements sains. Des maisons étaient d’ailleurs déjà construites au XIXᵉ siècle dans l’île de Læsø, au Danemark, dont les toitures traditionnelles reposaient sur des algues.

Depuis, plusieurs projets contemporains visent à remettre les algues au cœur du débat constructif. Au Mexique, Sargablock a permis de fabriquer des briques en mélangeant sargasses, argile, eau et paille. Ces briques ont servi à bâtir des logements, montrant que les algues peuvent servir de base à une construction économique et durable.

En France, le projet Terre d’algues, conduit par un cabinet d’architecture et plusieurs partenaires et avec le soutien de l’ADEME, explore la combinaison de sargasses et de terre crue pour produire des briques dont l’isolation serait deux fois supérieure à celle d’un isolant pétrochimique classique. Selon les porteurs du projet, mille tonnes d’algues suffiraient à produire près de dix millions de briques. Ces chiffres démontrent ainsi l’ampleur du gisement potentiel que représentent ces biomasses lorsqu’elles sont valorisées.

Plus largement, des recherches sont en cours pour exploiter d’autres algues (telles que les laminaires) en les combinant à des liants à base d’eau pour créer des blocs constitués à 98 % d’algues. Ces matériaux pourraient ainsi présenter une résistance supérieure à celle de poutres en bois dur et annoncés comme adaptés pour des structures porteuses.

En dehors du bâtiment, le potentiel des algues dépasse largement le cadre des isolants ou des briques. Des entreprises et des designers développent des « néo-matériaux » rigides ou souples, utilisables dans le mobilier, le design ou l’architecture intérieure. Dans d’autres secteurs, les algues servent à produire des pigments naturels, des emballages biodégradables ou des objets divers, ce qui témoigne de la polyvalence des biomatériaux algaux.

Cependant, le chemin vers un usage massif reste semé d’embûches. Plusieurs défis techniques doivent encore être surmontés, tels que le dessalage des algues, la standardisation des procédés de transformation, la garantie de la durabilité et des performances des matériaux, ainsi que la mise en place d’une chaîne logistique adaptée pour collecter, traiter et distribuer ces biomasses.

Malgré ces obstacles, l’enthousiasme est réel parmi les acteurs de l’innovation, de l’architecture et de l’environnement. À mesure que les contraintes techniques seront levées, les matériaux à base d’algues pourraient émerger comme des alternatives sérieuses aux matériaux traditionnels issus de la pétrochimie ou au bois, notamment dans des contextes où la durabilité, la circularité et la résorption des déchets côtiers sont prioritaires.

En redonnant une valeur aux algues rejetées sur les plages, ces projets participent aussi à une évolution culturelle et industrielle. Ils reflètent le désir de repenser nos modes de construction en tirant parti de ressources renouvelables, locales, et souvent sous-exploitées. Lorsque les technologies seront au point, l’échelle de production pourrait devenir compatible avec les besoins du secteur du bâtiment, tant pour le logement que pour les infrastructures.

L’exploitation des algues comme matériau de construction illustre dès lors une tendance croissante, celle d’une industrie cherchant à innover non seulement pour la performance ou l’efficacité, mais aussi pour la circularité et la durabilité. Si les obstacles techniques sont encore nombreux, les premiers retours d’expérimentation (briques, isolants, blocs porteurs) montrent qu’il s’agit d’un axe à suivre, susceptible de redéfinir le bâtiment de demain sous les traits d’un « bâtiment bleu » qui sera écologique, adapté aux contraintes environnementales et aux ressources marines.

La revue de presse quotidienne du 2 décembre 2025 : énergie, environnement, intelligence artificielle

La transition industrielle s’accélère avec la montée en puissance de l’IA, qui transforme les usages et les performances énergétiques. Les dynamiques internationales se renforcent, qu’il s’agisse de l’extension d’acteurs français à l’étranger ou de nouveaux financements européens dans l’éolien en mer. Dans le même temps, les perspectives économiques, les évolutions fiscales et les textes réglementaires redessinent les conditions d’action pour les entreprises. Les territoires poursuivent leurs démarches climat tandis que le solaire consolide sa place dans le mix énergétique.

Adoption croissante de l’Intelligence artificielle dans l’industrie française pour la transition écologique

Un rapport récent souligne que 30 à 40 % des entreprises industrielles en France utilisent désormais des outils d’IA, une proportion en hausse constante. L’IA est mobilisée dans la maintenance préventive, le contrôle qualité automatisé, et l’optimisation des flux logistiques. Ainsi, la transition écologique se conjugue avec la transformation numérique, l’IA permettant aux entreprises de réduire leur empreinte carbone, d’améliorer l’efficacité énergétique et de repenser l’organisation des processus industriels (OPCO 2i).

Renforcement international d’un acteur français de la gestion de l’eau et des infrastructures environnementales

La société Odyssée Environnement annonce qu’elle poursuit l’extension de son réseau mondial, la part de son activité à l’étranger atteignant désormais 50 %. L’un de ses récents développements concerne un produit anti-tartre, ce qui illustre l’importance stratégique des technologies de traitement de l’eau et de gestion des infrastructures à l’échelle globale (Le Journal des Entreprises).

Les nouvelles perspectives économiques de l’OCDE

Ce mardi 2 décembre 2025, l’OCDE publie ses dernières Perspectives économiques, un document attendu pour ses analyses et projections macro-économiques mondiales et européennes, potentiellement cruciales dans l’anticipation des tendances des secteurs de l’énergie, de l’industrie et des investissements technologiques.

Baisse de la taxation sur l’électricité, hausse sur le gaz

Le Sénat français a adopté un amendement prévoyant une réduction de la taxation sur l’électricité et, en contrepartie, une augmentation de celle appliquée au gaz. Ce rééquilibrage intervient dans un contexte énergétique tendu et pourrait influencer les comportements de consommation, les coûts pour les ménages et les choix d’investissement dans l’efficacité énergétique (Connaissance des Énergies).

Nouveaux financements pour un parc éolien en mer en Pologne

Un consortium incluant Engie a bouclé le financement de son premier parc éolien en mer au large de la Pologne, illustrant la dynamique renouvelée de l’éolien offshore en Europe. L’éolien en mer confirme donc son statut de pilier stratégique de la transition énergétique, notamment en continuant d’attirer capitaux et ambition industrielle (Connaissance des Énergies).

L’Agence Internationale de l’Énergie trace des perspectives contrastées en matière d’énergie mondiale

Un récent rapport d’analyse prospective de l’AIE suggère qu’à l’échelle globale, les émissions de CO₂ pourraient diminuer de près de 40 % d’ici dix ans, mais réintroduit aussi des scénarios « pessimistes » dans lesquels le rythme des transitions ralentit fortement. Malgré les progrès, le chemin vers la neutralité carbone reste dès lors fragile et très dépendant des choix politiques, industriels et géopolitiques (rsedatanews.net).

Un guide sur les risques d’atmosphère explosive en entreprise

L’INERIS vient de publier un guide destiné aux entreprises pour mieux comprendre et maîtriser les risques liés aux atmosphères explosives (ATEX), un enjeu clé dans de nombreux secteurs industriels : chimie, mécanique ou énergie.

Politiques publiques et développement durable

Plusieurs textes récents parus au Journal officiel de la République française et de l’Union européenne concernent la régulation environnementale, la gouvernance et les obligations en matière d’énergie, climat, déchets, etc. (actu-environnement.com).

Consultations locales pour un plan climat-air-énergie-eau

Le 1er décembre 2025, un appel à consultation publique a été lancé pour un « Plan Climat Air Énergie Eau Territorial » à Montauban. Cette démarche locale favorise l’adaptation des politiques environnementales aux territoires, en intégrant énergie, qualité de l’air, gestion de l’eau, aménagement et résilience (montauban.com).

Le solaire continue son expansion en France

Selon les données 2025, l’éolien en mer se développe, mais le solaire photovoltaïque reste l’un des moteurs majeurs des renouvelables. On constate en revanche un ralentissement du biogaz (actu-environnement.com).

Filière bio : une croissance encourageante, mais qui reste encore fragile

Après trois années de turbulences, le bio respire à nouveau. Au premier semestre 2025, l’Agence Bio, dans son évaluation de la consommation alimentaire biologique, observe un rebond inattendu des ventes. Premier signe encourageant : la grande distribution semble sortir de sa longue traversée du désert puisque les ventes de produits porteurs d’un code-barres progressent de 0,1 %, une hausse minime mais symbolique après quatre années de repli. L’essentiel de la dynamique provient des produits vendus sans code-barres (fruits et légumes en tête), qui affichent une croissance de plus de 6 %. Résultat : la consommation bio en GMS (Grandes et moyennes surfaces) affiche +1,4 % en valeur sur le semestre.

La reprise est encore plus nette dans les magasins spécialisés et les épiceries bio, qui enregistrent une croissance de 6,2 %. Ces enseignes, fragilisées par les fermetures de 2022 et 2023, semblent avoir trouvé un nouveau souffle grâce à une politique de prix plus serrée et à un recentrage sur les produits essentiels, comme les fruits et légumes, plébiscités par les consommateurs réguliers. Quant à la vente directe, elle confirme son statut de moteur structurel du marché avec +8,8 % sur le semestre. Cette croissance illustre l’attachement des Français aux circuits de proximité et à la transparence sur l’origine des produits.

Plusieurs facteurs conjoncturels ont nourri ce renouveau. La modération de l’inflation alimentaire, nettement moins forte qu’en 2024, a permis à une partie des ménages de réorienter une fraction de leur budget vers des achats bio. À cela s’ajoute une sensibilité accrue aux questions de santé et d’environnement, qui continue de tirer la demande vers des aliments moins transformés et plus vertueux. Les conditions météorologiques ont également pesé, notamment la canicule de juin 2025, qui a stimulé la consommation de boissons fraîches, de glaces et de surgelés, dont les références bio progressent régulièrement.

Cette reprise de la consommation a été facilitée par une amélioration de la production dans certaines filières, telles que les fruits, les légumes, et les productions avicoles, qui montrent des signes de redressement après plusieurs campagnes compliquées. Mais si l’amont se stabilise, il reste encore très contrasté. L’élevage bovin bio demeure sous forte tension, avec une part importante des animaux écoulés en conventionnel faute de débouchés. Les cultures de maïs et de tournesol ont, elles aussi, été fragilisées par les aléas climatiques, rappelant la vulnérabilité structurelle de ces productions.

Environ 10 % des surfaces agricoles sont exploitées en bio

Dans ce contexte, la question du renouvellement agricole prend une importance particulière. Selon l’Agence Bio, l’agriculture biologique représente désormais environ 10 % des terres agricoles françaises, mais ces surfaces ont de nouveau reculé en 2024 pour la deuxième année consécutive. Paradoxalement, le nombre de producteurs continue d’augmenter, avec un solde net positif de 1 %, ce qui témoigne d’un attrait réel pour l’agriculture biologique.

Malgré l’embellie, les acteurs de la filière restent prudents. Les prix, bien que plus stables, demeurent un frein important pour les ménages les plus modestes. À cela s’ajoute la concurrence croissante de produits conventionnels premium, qui s’approprient une partie des arguments traditionnellement associés au bio, comme la naturalité, le local ou encore la traçabilité, à des prix plus abordables. La question de l’accessibilité financière apparaît désormais comme un enjeu central pour assurer la continuité de la croissance.

Les perspectives pour les mois à venir restent encourageantes, mais marquées par des tensions géopolitiques, la volatilité des matières premières et un climat économique incertain. Beaucoup d’acteurs du secteur alertent sur un manque de lisibilité des politiques publiques, alors que des aides supplémentaires pourraient consolider la filière à un moment charnière. La FNAB (Fédération nationale d’agriculture biologique) dénonce la forte baisse des aides environnementales octroyées aux producteurs bios avec la nouvelle PAC. Le marché bio reprend des couleurs, mais il reste de nombreux défis à surmonter.

Vol de données de santé : le jackpot pour les cybercriminels !

Une intrusion ciblée et coordonnée. Il y a quelques semaines, plusieurs régions françaises, dont les Hauts-de-France et la Normandie, ont été victimes d’une cyberattaque contre leurs services numériques de santé.

Les pirates ont réussi à s’introduire dans les serveurs hébergeant des données personnelles de patients, en usurpant l’identité d’un professionnel de santé. Les comptes compromis ont été immédiatement bloqués. Des mesures de sécurité renforcées ont été déployées pour éviter de nouvelles intrusions.

Selon les premières investigations, seules les données d’identité (nom, prénom, âge, numéro de téléphone, adresse e-mail) des patients auraient été exposées, mais pas les dossiers médicaux eux-mêmes.

Ces attaques deviennent de plus en plus fréquentes. Elles font partie d’une série d’incidents similaires. Il y a quelques semaines, le logiciel Weda, utilisé par des milliers de médecins, avait subi une cyberattaque, paralysant des cabinets et exposant les données de patients.

Fin 2024, un utilisateur anonyme avait mis en vente sur un site internet un fichier contenant les données personnelles de près de 759 000 personnes, incluant des informations médicales sensibles, comme l’identité du médecin traitant ou des ordonnances. Quelques mois plus tôt, l’Assurance retraite avait également été victime d’un vol de données concernant 370 000 personnes, bien que les informations bancaires n’aient pas été compromises.

Un marché noir lucratif et organisé

Les cybercriminels ne sont plus des amateurs isolés, avec sweat à capuche comme on le voit encore trop souvent dans des films ou séries. Comme des PME, ces bandes doivent être vues comme des opérateurs économiques rationnels, dotés de budgets de recherche et développement pour contourner les antivirus et de spécialistes dans différents domaines.

Leur objectif ? Maximiser le retour sur investissement. Or, les données de santé, qui ne peuvent pas être modifiées à l’instar d’un numéro de carte bancaire, sont très convoitées.

Sur le Dark Web, leur valeur varie selon leur « fraîcheur » et leur origine. La valorisation de ces données sur le Dark Web obéit à une logique de marché très précise : l’offre et la demande. Ce qui détermine le prix n’est pas tant le « secret » de l’information que sa capacité à générer du cash rapidement.

Un dossier médical complet peut se vendre de 50 à 500 euros. C’est le « Graal », car il contient tout (antécédents, adresse) et permet des arnaques complexes (crédits, fausses ordonnances). Un compte Ameli/ Mutuelle (vendu entre 20 € et 60 €) permet de commander des cartes Vitale, de changer des RIB pour détourner des remboursements, ou de lancer du phishing ciblé.

En citant des détails médicaux précis, ils gagnent la confiance de leurs victimes et les incitent à divulguer des informations bancaires. Aux États-Unis, la fraude aux médicaments, établie à partir des ordonnances obtenues frauduleusement, devient un business lucratif qui gagne l’Europe.

« Avec toutes ces informations, on peut créer des bases de données qui sont de plus en plus précises et qui sont certainement le meilleur moyen de connaître sa future victime pour lui faire de l’hameçonnage ciblé, pour lui faire peut-être un faux appel bancaire », explique Benoit Grunemwald, expert cybersécurité chez ESET, un éditeur slovaque de logiciels de cybersécurité.

Ces multiples cyberattaques mettent en évidence la fragilité des systèmes de santé ainsi que l’ingéniosité des criminels. Pour contrer cette menace, la sensibilisation de tous les acteurs (médecins, patients, laboratoires, etc.) et le renforcement des mesures de sécurité sont essentiels.

La revue de presse quotidienne du 1er décembre 2025 : énergie, hydrogène, mobilité

L’actualité du jour reflète l’accélération des transitions climatiques et industrielles, à travers le lancement des travaux du prochain rapport mondial sur le climat, de nouveaux jalons pour les infrastructures hydrogène en Europe et l’évolution du cadre français en matière de vigilance environnementale et d’efficacité énergétique. Les filières aéronautique et mobilité poursuivent, elles aussi, leur mutation, avec l’essor de solutions bas carbone et l’expérimentation de fonctions de conduite automatisée.

Le Giec lance son prochain rapport à Saint-Denis

La France accueille dès ce lundi près de 600 experts du climat de l’ONU réunis à la Tour Pleyel à Saint-Denis pour lancer les travaux du septième rapport du Giec, attendu en 2028 ou 2029. Le contexte est très politique avec des tensions entre pays qui souhaitent accélérer le calendrier pour le prochain bilan mondial de l’Accord de Paris et d’autres États producteurs d’énergies fossiles qui freinent sur les échéances et la mention de la sortie des combustibles fossiles (Sud Radio).

Un pipeline Barcelone-Marseille validé pour l’hydrogène vert

Le projet BarMar, futur gazoduc sous-marin entre Barcelone et Marseille, vient de franchir une étape clé avec la confirmation de sa faisabilité technique. Long d’environ 400 kilomètres, ce corridor énergétique doit transporter à partir de 2032 jusqu’à deux millions de tonnes d’hydrogène vert par an, soit près de 10 % de la consommation européenne estimée à cet horizon, afin d’alimenter l’industrie et les transports. Labellisé projet d’intérêt commun par la Commission européenne, BarMar est au cœur de l’initiative H2Med qui reliera aussi le Portugal à l’Espagne via le projet CelZa (Made in Marseille).

TotalEnergies sommée de renforcer la transparence de son plan de vigilance

Un jugement du tribunal judiciaire de Paris impose à TotalEnergies des obligations accrues de transparence dans le cadre de son devoir de vigilance, à la suite d’une action portée par des associations. L’entreprise doit mieux documenter les risques et les mesures associées dans son plan de vigilance, notamment sur les impacts environnementaux et climatiques de ses activités. Cette décision s’inscrit dans une série de contentieux stratégiques qui cherchent à préciser l’application de la loi française sur le devoir de vigilance aux grands groupes énergétiques (Actu Environnement).

La sixième période des CEE se précise pour 2026-2030

Un décret publié début novembre fixe les règles de la sixième période des certificats d’économies d’énergie qui prendra le relais de la période actuelle à partir du 1er janvier 2026. Le niveau d’obligation théorique est porté à 5 250 TWhc sur cinq ans, avec un renforcement des contrôles, une baisse des seuils d’obligation pour certains carburants et une part dédiée à la précarité énergétique de 1 400 TWhc. Ce dispositif concernera directement les fournisseurs d’énergie et de carburants et orientera une partie des investissements d’efficacité énergétique dans l’industrie, le tertiaire, le transport et le résidentiel.

En parallèle de la mise en place de la sixième période des certificats d’économies d’énergie, les pouvoirs publics publient plusieurs textes qui ajustent les dispositifs d’aides comme MaPrimeRénov et le chèque énergie. Les évolutions annoncées pour 2025 et 2026 visent à cibler davantage les travaux de rénovation performante et à articuler les aides budgétaires avec les obligations imposées aux fournisseurs d’énergie via les CEE, dans la perspective des objectifs européens de baisse de consommation et de hausse de la part des renouvelables à l’horizon 2030 (hellio.com).

Aura Aero ouvre son premier site industriel aux États-Unis

Le constructeur toulousain Aura Aero qui développe des avions biplaces de nouvelle génération et un avion régional hybride électrique inaugure son premier site nord-américain à Daytona Beach, au sein du parc de recherche de l’université Embry Riddle. Ce premier hangar de 1 000 m2 accueille désormais le siège américain et une unité de production. Il doit préfigurer une usine de 50 000 m2 en Floride d’ici 2028, soutenue notamment par Space Florida et EDF. L’objectif est d’industrialiser la gamme ERA du constructeur sur le marché américain tout en consolidant la filière de l’aviation décarbonée entre Europe et États-Unis (La Gazette du Midi).

Tesla lance des essais de conduite autonome avec passagers en France

À partir du 1er décembre 2025, Tesla engage en France une phase de tests en conditions réelles de son système de conduite autonome avec des passagers à bord. Cette expérimentation, très médiatisée, relance les débats sur la sécurité routière, la responsabilité en cas d’accident et le cadre réglementaire applicable aux systèmes d’aide avancée à la conduite et aux fonctions automatisées. Elle intervient dans un contexte où les constructeurs misent sur les logiciels et l’IA embarquée comme nouveau terrain de différenciation sur le marché européen de l’électromobilité (Autoplus).

Le Luxembourg désigne son gestionnaire de réseau d’hydrogène

Le Luxembourg officialise la création de Creos Luxembourg Hydrogen qui est désigné gestionnaire national du futur réseau d’hydrogène avec effet au 1er décembre 2025. Cette nouvelle entité aura pour mission de planifier et d’exploiter les premières infrastructures de transport d’hydrogène du pays, en coordination avec les réseaux voisins et les projets européens de corridors hydrogène. Il s’agit d’un jalon important dans la structuration d’un marché régional de l’hydrogène renouvelable au cœur de l’Europe (creos-net.lu).

La photonique française ouvre une nouvelle ère dans les communications entre la Terre et l’espace

La photonique française s’invite au premier plan de l’innovation spatiale. Cailabs, entreprise issue de la recherche académique rennaise, développe une technologie de communication laser entre la Terre et les satellites qui pourrait modifier durablement la manière dont circulent les données dans l’espace. Portée par les travaux de la Banque européenne d’Investissement, cette avancée entre dans une dynamique de réindustrialisation technologique et de quête de souveraineté au sein du secteur spatial français.

Un changement d’échelle technologique

Les communications entre satellites et stations au sol reposent depuis des décennies sur les ondes radio. Cette technologie éprouvée montre toutefois ses limites. Elle reste sensible aux brouillages, est vulnérable aux congestions de bande de fréquence et dépendante d’une infrastructure de plus en plus sollicitée. Les chaînes radio sont par nature plus faciles à intercepter ou perturber, ce qui constitue un enjeu majeur dans un contexte géopolitique marqué par une hausse des tensions et une multiplication des opérations spatiales à vocation militaire ou stratégique.

La solution de communication laser proposée par Cailabs répond à plusieurs de ces défis. En utilisant des signaux optiques à grande cohérence, la transmission s’effectue dans un faisceau ciblé et très difficile à brouiller. Cette propriété constitue un avantage décisif pour les communications critiques, qu’il s’agisse de données militaires sensibles, d’informations scientifiques ou de flux utilisés par les constellations commerciales en essor rapide. L’interception d’un faisceau laser étant considérablement plus complexe qu’un signal radio omnidirectionnel, les communications gagnent en robustesse et en confidentialité.

La photonique apporte également une nette amélioration en termes de débit. Les capacités théoriques des liaisons laser permettent d’envisager des volumes de données bien plus élevés que ceux des systèmes radio classiques. Pour l’industrie spatiale, qui voit croître le nombre de capteurs en orbite, la taille des images haute résolution et le besoin de synchronisation en temps réel des constellations, cette perspective représente un changement d’échelle.

Une technologie adaptée aux contraintes opérationnelles spatiales

Le défi principal des communications optiques concerne la précision de pointage et la stabilité du faisceau. L’atmosphère déforme la lumière, ce qui rend difficile la réception d’un signal laser en provenance d’un satellite en mouvement. Cailabs a construit ses technologies autour de cette contrainte grâce à son expertise en mise en forme de la lumière. La société utilise des composants capables de reconfigurer des faisceaux optiques complexes et d’améliorer significativement la tolérance aux turbulences atmosphériques.

Cela permet de maintenir une communication stable même dans des conditions météorologiques difficiles. Dans des infrastructures terrestres classiques, ce savoir-faire est déjà utilisé pour optimiser les réseaux fibrés de centres de données ou accompagner la transition vers la fibre multigigabit. Transportée dans l’espace, cette maîtrise ouvre la voie à des systèmes plus fiables et plus simples à déployer pour les opérateurs satellitaires.

L’un des points forts de cette innovation réside dans sa capacité d’intégration. La miniaturisation des composants optiques développés par Cailabs facilite leur installation sur des plateformes de petite taille, comme les nanosatellites ou les satellites de constellations. Cette modularité laisse entrevoir un élargissement du marché, notamment pour les opérateurs souhaitant augmenter le débit entre leurs satellites sans multiplier les infrastructures au sol.

Un enjeu stratégique pour la souveraineté industrielle française

Au-delà de la performance technologique, l’initiative illustre un mouvement plus large de transformation du secteur industriel spatial en France. Plusieurs États, confrontés à des dépendances croissantes vis-à-vis de technologies étrangères, cherchent à renforcer leur autonomie. Dans ce contexte, les innovations issues de la photonique française, domaine où l’écosystème national est particulièrement actif, prennent une dimension stratégique.

La solution de Cailabs s’inscrit dans cet effort de consolidation de la souveraineté technologique. En développant en France des technologies de communication spatiale avancées, le pays renforce sa capacité à maîtriser ses infrastructures critiques. Cette avancée contribue également à l’attractivité d’un secteur spatial en pleine mutation, où les projets mêlant innovation, cybersécurité et autonomie industrielle bénéficient d’un soutien croissant au niveau européen.

La Banque européenne d’Investissement souligne que le financement accordé à Cailabs accompagne une vision industrielle fondée sur la construction d’alternatives locales dans des domaines à forte valeur ajoutée. Les communications optiques en font partie, car elles sont au cœur des applications d’observation, de défense, de navigation ou de connectivité globale.

Un horizon prometteur pour la photonique spatiale française

L’essor des constellations de satellites, l’augmentation du volume des données scientifiques et l’importance croissante de la cybersécurité devraient accroître la demande pour des solutions de communication laser fiables et souveraines. Grâce à son expertise en mise en forme de la lumière, Cailabs se positionne comme un acteur en avance sur un marché en construction, où les solutions visualisées aujourd’hui pourraient devenir la norme opérationnelle de demain.

Cette technologie ouvre ainsi des perspectives nouvelles pour l’industrie spatiale française, qui voit s’affirmer une compétence clé à l’intersection de la photonique et du spatial. Elle répond à des enjeux techniques, industriels et stratégiques qui structurent déjà les prochaines étapes de la connectivité entre la Terre et l’espace.

La confiance en la puissance industrielle de la France s’érode

Les résultats de la deuxième édition de l’Observatoire Arts & Métiers des Industries Responsables ont été présentés récemment dans le cadre de la 14e édition de la Semaine de l’Industrie.

À l’initiative de la Société des ingénieurs Arts et Métiers et en partenariat avec l’IFOP, l’Observatoire a tenté, cette année, d’apporter une réponse à la question suivante : « La France est-elle en train de rater sa réindustrialisation ? ».

La méthodologie employée repose sur une double enquête menée en septembre dernier :

  • un sondage IFOP réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français ;
  • une enquête en ligne interrogeant des professionnels de l’industrie (ingénieurs, étudiants, jeunes diplômés des Arts et Métiers).

Nous nous proposons d’en résumer les principaux résultats.

Effet de la désindustrialisation : la démoralisation

Moins de la moitié des Français (47 %) voient la France comme une grande puissance industrielle. Révélateur d’un malaise profond, ce chiffre est en recul de 9 points par rapport à 2024. Ce scepticisme est partagé par les ingénieurs qui ne sont que 43 % à avoir une opinion favorable à ce sujet.

Concernant la réindustrialisation, 32 % des Français estiment qu’elle est « en bonne voie ». Un constat pessimiste qui s’exprime de manière plus accentuée pour les acteurs de terrain (16 %).

Signe d’un manque de confiance en l’avenir de l’industrie, 47 % seulement des Français recommanderaient à un proche de travailler dans ce secteur. Une perte d’attractivité significative puisque c’est le plus bas niveau observé depuis quinze ans[1].

Un soutien insuffisant des pouvoirs publics

Le premier frein à la réindustrialisation est l’instabilité politique. En effet, pour près d’un ingénieur sur deux (47 %) le manque de vision à long terme a des répercussions directes sur leur activité (ralentissement de projets, difficultés à planifier les investissements et incertitude réglementaire). Un constat préoccupant, car la régénérescence de l’industrie se construit sur la durée et doit s’appuyer sur des engagements solides. Sans surprise, les dirigeants d’entreprises industrielles émettent un avis plus sévère : ils sont 69 % à considérer être freinés par l’instabilité politique.

Alors que l’industrie est un pilier de la souveraineté nationale, il est paradoxal de noter que huit ingénieurs sur dix ne se sentent pas suffisamment soutenus par les pouvoirs publics.

Ils estiment aussi que la simplification des normes et des démarches administratives est la priorité absolue.

Des leviers d’actions prometteurs

Admettant le caractère conjoncturel des blocages (inflation, instabilité politique…), les ingénieurs sont capables de reconnaître la solidité du socle industriel français (qualification de la main-d’œuvre, qualité de la recherche). La formation est centrale pour la relance : pour 45 % des répondants, il est impératif de donner davantage envie aux jeunes de rejoindre l’industrie.

L’intelligence artificielle est considérée comme une opportunité à saisir : 70 % des ingénieurs jugent qu’elle changera en profondeur l’industrie et 32 % déclarent l’utiliser régulièrement dans leur travail. L’aéronautique, secteur en pointe dans l’IA, est d’ailleurs le secteur jugé le plus prometteur (74,5 %).

Le moment est décisif selon Stéphane Gorce, le Président de la Société des ingénieurs Arts et Métiers : « (…) si la France ne prend pas les bonnes décisions aujourd’hui, elle manquera sa fenêtre de réindustrialisation. Les signaux sont clairs, il faut agir sans délai. »

À noter : les Journées Usines Ouvertes reviennent le 20 et 21 mars 2026. Avec plus de 230 usines et 20 000 visiteurs lors de la première édition en 2025, cet évènement est une occasion de recréer un lien direct entre citoyens et entreprises.


[1] Sondage IFOP pour l’Usine Nouvelle réalisé en 2010

Comment la France peut réduire sa dépendance aux terres rares

Les terres rares, ces métaux indispensables à une multitude de technologies modernes, sont devenues des ressources stratégiques incontournables. À l’heure où les tensions géopolitiques sur leur approvisionnement montent en flèche, la France se trouve dans une position précaire. Malgré une demande en constante augmentation, le pays ne dispose d’aucun gisement exploitable à court terme et dépend largement de l’importation, principalement depuis la Chine. Face à ce défi, le CNRS a publié une étude dans laquelle il met en lumière trois approches complémentaires pour limiter la dépendance et répondre aux enjeux environnementaux associés à leur utilisation.

Le premier axe vise à réduire la demande en terres rares, en favorisant leur substitution par des matériaux alternatifs et en adoptant une approche plus sobre dans leur utilisation. L’idée est de revoir la manière dont ces métaux sont utilisés dans la fabrication de dispositifs technologiques, en les remplaçant par des éléments moins critiques ou en réduisant la quantité de terres rares nécessaires sans altérer la performance des produits.

Dans le cas des aimants permanents, utilisés dans les moteurs de véhicules électriques ou les générateurs d’éoliennes, des solutions existent pour limiter la proportion de terres rares, notamment le néodyme. Par exemple, des technologies de substitution et des réagencements dans la conception des moteurs peuvent permettre de réduire l’usage des terres rares. Cette substitution n’est malgré tout pas sans inconvénients, puisque utiliser des aimants sans terres rares nécessiterait d’augmenter leur masse de quatre à cinq fois pour maintenir les mêmes performances.

Le recyclage constitue une autre réponse stratégique face à la dépendance croissante aux terres rares. Cependant, bien que cette solution présente une empreinte carbone nettement inférieure à celle de l’extraction primaire, son taux global reste alarmant : moins de 1 % des terres rares sont recyclées à l’échelle mondiale. Le principal obstacle réside dans la complexité logistique et technique du recyclage, notamment en raison de la dispersion des terres rares dans des produits électroniques de petite taille, tels que les téléphones mobiles.

Les déchets électroniques sont un gisement encore largement inexploité

Pourtant, les experts du CNRS soulignent que des avancées importantes sont possibles. Grâce à des innovations technologiques, comme l’amélioration des procédés métallurgiques et la mise en place de boucles de recyclage plus courtes et plus efficaces, le potentiel de récupération des terres rares issues des déchets électroniques est considérable. Par exemple, un calcul montre qu’il faudrait recycler 2 millions de téléphones pour obtenir la même quantité de terres rares que celle présente dans une seule éolienne offshore. Bien que ce chiffre soit impressionnant, il souligne la difficulté de structurer un système de recyclage efficace à grande échelle.

Enfin, le CNRS explore la possibilité d’extraire les terres rares de manière plus responsable, en se tournant vers des sources alternatives comme les déchets miniers ou industriels, ainsi que les ressources marines. La France dispose de stocks considérables de terres rares dans ses résidus industriels, tels que les boues rouges issues de l’extraction de l’alumine à partir de la bauxite ou les cendres de charbon provenant des centrales thermiques, qui représentent une ressource sous-exploitée. Bien que leur extraction soit encore limitée par des défis techniques et économiques, ces ressources secondaires pourraient jouer un rôle clé dans la diversification des approvisionnements.

Les fonds marins, riches en nodules polymétalliques contenant des terres rares, sont également considérés comme une source potentielle. Cependant, leur exploitation soulève des préoccupations environnementales majeures, et des débats politiques se sont engagés sur la nécessité d’un moratoire pour protéger ces écosystèmes vulnérables. De plus, l’exploitation minière, qu’elle soit terrestre ou marine, pose des questions sociales et éthiques, en particulier sur la gestion des impacts environnementaux et les droits des populations locales.

Si la France ne peut se passer des terres rares à court terme, l’économie circulaire offre déjà des pistes concrètes pour limiter sa vulnérabilité. Réduire la demande, renforcer le recyclage et développer des modes d’extraction plus durables pourraient amorcer un tournant vers une utilisation plus responsable. Mais cette transition ne pourra aboutir qu’au prix d’un engagement politique fort et d’une coopération internationale capable de sécuriser ces ressources stratégiques.

Revue du Magazine d’Actualité #56 du 24 au 28 novembre

Une actualité riche qui illustre la transition technologique et environnementale en marche.


✈️ INDUSTRIE & TRANSPORT

Version agrandie de l’A350 : signe d’un retour des avions gros-porteurs ?

Airbus prépare une version allongée de l’A350, signe d’un regain d’intérêt pour les gros-porteurs. Cette évolution répond à la demande des compagnies aériennes pour des appareils plus capacitaires, malgré la tendance récente aux monocouloirs.
🛬 Les enjeux du marché des gros-porteurs

Innovation : un ralentisseur qui récompense le chauffeur et sanctionne le chauffard

Un dispositif inédit adapte sa résistance selon la vitesse : il facilite le passage des conducteurs respectueux et pénalise les excès. Une approche qui mêle sécurité routière et incitation comportementale.
🛣️ Comment la technologie change la route


🌱 ÉNERGIE & ENVIRONNEMENT

Le biométhane, une solution circulaire pour décarboner l’industrie verrière

Le biométhane s’impose comme une alternative durable pour réduire l’empreinte carbone des fours verriers. Cette solution circulaire valorise les déchets organiques et s’inscrit dans une logique d’économie circulaire.
Explorer la voie du biométhane pour l’industrie

L’E85 gagne en stabilité, FFED transforme l’essai

Le carburant E85, longtemps critiqué pour son instabilité, bénéficie d’améliorations techniques qui renforcent sa fiabilité. Une avancée qui pourrait accélérer son adoption dans la mobilité durable.
Comprendre l’évolution du E85


🔬 MATÉRIAUX & EMBALLAGE

Et l’emballage se met à penser

Les emballages deviennent intelligents grâce à des capteurs et des matériaux innovants. Objectif : améliorer la traçabilité, la sécurité et l’expérience utilisateur, tout en réduisant le gaspillage.
📦 Découvrir l’emballage connecté

Des nanotubes d’argiles pour l’électrolyse de l’eau

Des chercheurs exploitent des nanotubes d’argiles pour améliorer l’efficacité de l’électrolyse, clé de la production d’hydrogène vert. Une innovation qui pourrait réduire les coûts et accélérer la transition énergétique.
💧 Plonger dans la chimie des nanotubes


💻 NUMÉRIQUE & CYBERSÉCURITÉ

Des pirates chinois ont-ils utilisé une IA américaine pour mener des attaques ?

Une enquête révèle que des cyberattaques sophistiquées pourraient avoir été facilitées par des outils d’IA développés aux États-Unis. Cette affaire soulève des questions sur la régulation et la souveraineté numérique.
🧠 Analyser les risques liés à l’IA en cybersécurité


📰 Bon weekend et à la semaine prochaine !

Pluq accélère le déploiement de la recharge électrique dans l’immobilier français

Créé en 2019 aux Pays-Bas, Pluq s’est imposé sur le marché européen de la recharge grâce à un modèle simple. En effet, l’entreprise finance, installe et exploite les bornes de recharge en prenant en charge la totalité du cycle de vie des équipements. Les propriétaires d’actifs n’ont ni dépenses d’investissement ni coûts de fonctionnement à assumer. Cette approche attire particulièrement les bureaux, hôtels, centres commerciaux, hôpitaux et plateformes logistiques qui doivent répondre à des obligations réglementaires de plus en plus exigeantes et qui cherchent à maintenir l’attractivité de leurs sites.

Un marché français en pleine transformation

L’arrivée de Pluq en France intervient notamment dans un contexte où les exigences légales imposent aux bâtiments non résidentiels d’équiper une partie de leurs parkings en bornes de recharge ou de prévoir leur précâblage. Ces dispositions, issues de la loi d’orientation des mobilités (LOM), renforcent la pression sur les propriétaires, qui doivent mettre leurs infrastructures en conformité tout en maîtrisant leurs budgets. Pour nombre d’entre eux, cette mise en conformité représente un défi à la fois financier et technique. Le modèle proposé par Pluq offre une réponse immédiate qui supprime ces obstacles et permet de déployer rapidement un service attendu par les utilisateurs.

L’entreprise prend en effet en charge l’ensemble du déploiement, depuis les équipements jusqu’au raccordement. Elle assure ensuite l’exploitation du réseau sur la durée. Cette organisation garantit une conformité rapide avec la LOM tout en offrant une capacité de recharge évolutive. Les installations peuvent ainsi suivre la progression du nombre de véhicules électriques et l’augmentation des besoins liés à leur usage.

Vers un réseau intelligent et évolutif

Pluq cible en priorité les lieux où les usagers ont l’habitude de stationner longtemps ou de manière récurrente, ainsi que les sites confrontés à des besoins de recharge soutenus. Les systèmes installés s’appuient sur une gestion intelligente qui ajuste la puissance en fonction des capacités du site. L’offre couvre à la fois les chargeurs en courant alternatif pour les stationnements de longue durée et les solutions haute puissance en courant continu pour les sites affichant une forte rotation.

L’entreprise inscrit également son développement français dans une stratégie de croissance plus large à l’échelle européenne. Pluq ambitionne notamment de déployer 30 000 points de recharge à l’horizon 2030. En misant sur un modèle d’investisseur opérateur, elle contribue à structurer un réseau de recharge au plus près des besoins du quotidien. Cette approche facilite l’adoption des véhicules électriques et soutient la transition vers une mobilité moins carbonée.

Pour les acteurs de l’immobilier, l’arrivée de Pluq représente une opportunité de se mettre en conformité sans complexité technique ni coût additionnel tout en donnant de la valeur à leurs actifs. Pour les usagers, elle ouvre l’accès à un service de recharge fiable et adapté aux rythmes de déplacement. Pour l’écosystème de la mobilité électrique, elle constitue un levier supplémentaire en faveur d’un déploiement massif des infrastructures en Europe.

La revue de presse quotidienne du 28 novembre 2025 : compétitivité, innovation, industrie du futur

Dans un contexte économique encore marqué par les incertitudes, émergent pourtant des initiatives capables de redonner souffle et perspective à l’écosystème français. De nouvelles structures prennent leur essor, portées par l’innovation, la relocalisation et une volonté affirmée de bâtir des modèles plus résilients. Elles incarnent un mouvement qui, sans promettre de miracle, nourrit un véritable espoir de dynamisme et de renouveau pour l’économie nationale. Cette sélection met en lumière ces signaux encourageants, révélateurs d’un paysage entrepreneurial en mutation.

Retour de la production industrielle via des start-ups bâtisseuses d’usines

L’Essentiel de l’Éco met en lumière des start-up françaises qui ne se contentent pas de services numériques, mais bâtissent de véritables usines sur le territoire national. Ces entreprises visent la production locale, la fabrication et l’industrie « réelle », ce qui nourrit l’espoir d’une renaissance de l’industrie manufacturière en France. Ces initiatives montrent qu’au-delà de la tech pure, le modèle de l’usine repensé, modernisé, vertueux, trouve à nouveau des défenseurs dans un contexte de relocalisations et de recherche de souveraineté industrielle.

Les start-up restent créatrices d’emplois

Selon un bilan 2025, l’emploi direct au sein des start-up françaises a d’ailleurs progressé de 4,6 % sur le premier semestre, pour atteindre environ 450 000 personnes. Ce mouvement confirme que, malgré un contexte économique parfois difficile, l’écosystème des jeunes entreprises continue de contribuer à la création d’emplois en France (Le Monde.fr).

Ainsi, même si le rythme de création de start-up a diminué (1 200 créées entre juillet 2024 et juin 2025, contre 3 500 l’année précédente), les start-up existantes semblent se consolider, embaucher, et avoir des effets tangibles sur l’économie (ey.com).

Une filature du XIXᵉ siècle renaît en Cité du textile durable

À Bolbec (Seine-Maritime), l’ancienne usine textile Desgenétais, fondée en 1850 et autrefois emblématique de l’industrie du tissu, est en cours de reconversion. Un projet public-privé transforme le site en Cité du Textile de Demain, un pôle combinant production, recherche, formation et innovation, basé sur des principes de circularité, de durabilité et de relocalisation. Ce consortium réunit une trentaine de partenaires (industriels, chercheurs, acteurs de la chimie verte, spécialistes du lin ou du chanvre) pour inventer un modèle textile nouvelle génération, loin de la fast fashion et tourné vers l’économie circulaire.

Souhaité pour 2028, le site vise à réconcilier héritage industriel et innovation écologique, en misant sur des matériaux biosourcés ou recyclés, des procédés sobres en ressources et une production plus locale et responsable (La Tribune).

Une sélection de sociétés « à suivre » en 2025

Dans le cadre de classements récents, plusieurs sociétés françaises ressortent comme particulièrement intéressantes, que ce soit en IA, green-tech, deep-tech ou industrie du futur. Parmi elles, on cite notamment des acteurs comme Alice&Bob (informatique quantique), Brevo (SaaS / marketing digital), ou encore des start-up positionnées sur l’industrie du futur, l’énergie, la mobilité, etc. Ces jeunes pousses incarnent l’espoir d’une innovation « made in France » capable d’allier performance économique, numérique et compétitivité internationale (Sesamers).

Europe : progrès notables dans la transition énergétique, mais un besoin massif d’investissements

Un rapport 2025 de la Commission européenne estime que l’Union européenne progresse vers ses objectifs climat-énergie à l’horizon 2030, en particulier via le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la modernisation des réseaux. Le rapport ajoute que la proportion d’énergie finale renouvelable doit passer d’environ 23 % aujourd’hui à environ 32 % d’ici 2034, ce qui suppose d’énormes flux d’investissements (près de 695 milliards d’euros par an de 2031 à 2040).

Technologies climatiques, IA, défense : vers un tournant stratégique pour l’écosystème technologique européen ?

Selon un rapport de la firme de capital-risque Atomico publié en novembre 2025, l’Europe se trouve à la croisée des chemins. Pour maintenir la dynamique de son secteur technologique, elle doit notamment fortement investir dans les technologies climatiques, l’IA et la défense. Ce constat met en lumière l’interdépendance croissante entre enjeux climatiques, souveraineté technologique et industrie high-tech, ce qui peut influencer les priorités d’innovation et de R&D dans les années à venir (euronews).

Surveillance environnementale renforcée : les nouvelles capacités européennes

Deux nouvelles missions spatiales de l’initiative Copernicus, baptisées Sentinel-1D et Sentinel-5A, ont renvoyé leurs premières données. Ces missions vont améliorer les capacités de surveillance de l’atmosphère, du climat et des risques environnementaux en Europe. Ces nouvelles observations devraient renforcer les capacités de recherche, de modélisation climatique et de réaction face aux crises environnementales, ce qui a un intérêt direct pour la politique climatique, l’industrie, et la recherche, notamment en matière de matériaux, d’énergie, ou d’impact environnemental (Open Access Government).

Transition énergétique globale : vers des systèmes plus diversifiés, mais le défi reste énorme

Un rapport récent de l’International Energy Agency (IEA) plaide pour un système énergétique mondial plus diversifié et résilient. Les énergies renouvelables (solaire, notamment) devraient être largement majoritaires dans les nouvelles capacités installées, tandis que le nucléaire et le stockage d’énergie gagnent en pertinence. Le rapport souligne néanmoins que la demande en énergie, due à l’électrification des transports, aux datacenters (IA, cloud) ou aux nouvelles industries, va croître fortement, ce qui rend indispensable un effort massif d’infrastructures, de flexibilité et d’investissements intelligents (AP News).

Des systèmes électroniques intégrés élastiques et déformables

Les circuits intégrés sont essentiels pour des systèmes en pleine émergence tels que les moniteurs de santé portatifs, la robotique molle et les appareils médicaux implantables. En effet, ils requièrent des composants électriques qui ne connaissent pas de perte de performance, même confrontés à des déformations mécaniques. Pour le moment, il existe des circuits semi-conducteurs métal-oxyde basés sur des membranes de silicone. Mais ces matériaux sont rigides et ne peuvent donc pas être utilisés avec des tissus biologiques mous ou des surfaces à déformation dynamique. Le développement de circuits intégrés élastiques est tout juste naissant, s’étant longtemps vu confronté au déséquilibre entre les transistors de type p (à potentiel positif) et de type n (à potentiel négatif). Dans un papier publié le 7 novembre 2025 dans Science Advances, le professeur d’ingénierie à l’University of Illinois Urbana-Champaign (États-Unis) Cunjiang Yu et son équipe ont présenté leur propre circuit intégré « caoutchouteux »…

Des circuits « caoutchouteux » mêlant deux types de transistors

Plus précisément, les scientifiques ont surnommé leur découverte le « CMOS caoutchouteux » – CMOS signifiant complementary metal-oxide-semiconductor. Comme son nom l’indique, le CMOS est constitué de matériaux rigides et d’oxydes se brisant facilement sous la contrainte mécanique, qu’il s’agisse d’une torsion ou d’un étirement. Il a fallu de nombreuses années pour espérer parvenir à obtenir des appareils de nouvelle génération capables de se mouvoir à la façon des tissus biologiques. Dans le cas de cette nouvelle étude, Cunjiang Yu et ses collègues ont combiné des transistors n basés sur des nanotubes de carbone-oped poly{[N,N’-bis(2-octyldodecyl)-naphthalene-1,4,5,8-bis(dicarboximide)-2,6-diyl]-alt-5,5′-(2,2′-bithiophene)} avec des transistors p utilisant des réseaux de nanotubes de carbone semi-conducteurs.

Le résultat est une architecture en couches élastomère/semi-conducteur/élastomère fournissant aux deux types de transistors une stabilité et des caractéristiques électriques proches. Et ce, même face à un étirement allant jusqu’à 50 % ! Pour valider définitivement leur invention, les chercheurs en ont usé avec des portes logiques (des circuits numériques réalisant des opérations logiques sur une séquence de bits) dans le but de mettre au point une fine couche électronique déformable pouvant adhérer à la peau humaine. Cette preuve de concept a montré des capacités électriques stables, et ce jusqu’à 30 % d’étirement. À l’avenir, le « CMOS caoutchouteux » pourrait être employé dans des applications allant de la bio-intégration aux interfaces robotiques.

Innovation : Un ralentisseur qui récompense le chauffeur et sanctionne le chauffard

Les ralentisseurs classiques mis en place pour lutter contre les vitesses excessives pourraient-ils bientôt appartenir au passé ?

La stratégie employée par les communes et agglomérations ces dernières décennies pour contrôler la vitesse des automobilistes reposait sur l’utilisation de trois types de ralentisseurs : les coussins berlinois, les plateaux et les dos d’âne. Bien qu’ils remplissent leur rôle, leur déploiement s’est accompagné d’effets négatifs importants. Leur mode de fonctionnement qui impliquait un ralentissement brutal pouvait endommager la carrosserie, causer des impacts sur les suspensions des véhicules et augmenter les risques de blessures pour les usagers plus fragiles. Des effets délétères accentués par l’imposition de ce procédé à tous les automobilistes sans discriminer ceux qui ne dépassent pas les vitesses.

En outre, selon les associations de conducteurs, 90 % des 450 000 ralentisseurs installés en France contreviendraient aux normes légales fixées par le décret de 1994 qui pose les modalités techniques de leur implantation et signalisation (hauteur trop élevée par exemple).

La solution pour limiter les inconvénients de ces casse-vitesse serait-elle de restreindre leur application aux automobilistes en excès de vitesse ? Par ce ciblage, les freinages inutiles seraient par exemple évités.

Un dos d’âne liquide créé en Espagne

Ce nouveau genre de ralentisseur capable de s’adapter à la vitesse des véhicules est apparu en Espagne en 2017. Il s’agit des dos d’âne liquides. Leur principe : un revêtement constitué de liquide qui conserve une texture molle pour les véhicules roulant à la vitesse autorisée, mais dont les particules se durcissent si une voiture s’en approche à une vitesse excessive. L’impact provoqué alors par les pneus crée une résistance qui freine immédiatement le véhicule. Imaginé par la société Badennova, ce mode de fonctionnement s’inspire d’une propriété physique des fluides non newtoniens. En effet, la viscosité de ces derniers varie selon la force qui leur est appliquée. C’est le cas par exemple du sable mouillé.

Un ralentisseur modulaire développé à Nancy

Ce ralentisseur a, comme son prédécesseur espagnol, la particularité de fluidifier le trafic en ne s’appliquant qu’aux contrevenants.

Baptisé BumpGuard’s, ce dispositif intègre un radar placé en amont qui mesure en temps réel la vitesse des véhicules en approche. Un ralentisseur mécanique se déploie uniquement dans le cas d’un dépassement de la limitation de vitesse. Ce dispositif modulaire peut se poser directement sur la chaussée, ce qui lui permet d’être très simple et peu coûteux à installer ; un atout de taille pour faciliter son adoption par les collectivités. En outre, lorsqu’il est installé à proximité d’un passage piéton, la circulation d’une voiture trop rapide est indiquée par un signal lumineux aux piétons.

Conçu par deux étudiants de Nancy, Théo Hoffmann et Louis Marconnet, ce ralentisseur a été sélectionné aux James Dyson Awards. Le duo avait auparavant obtenu la 3e place du classement et une subvention de 3 000 € à la 9e édition du Concours Innovation de la Sécurité routière. Ils envisagent de créer leur entreprise en 2026 et commencent à solliciter des communes volontaires pour tester leur invention sur le terrain.

En Suède, un ralentisseur au fonctionnement similaire a été développé par l’entreprise Edeva AB. Nommé Actibump, le dispositif utilise également un radar qui mesure la vitesse de la voiture, mais, dans ce cas, un module s’enfonce dans la chaussée quand la voiture roule au-delà des limitations.

Une loupe solaire pour transformer les déchets en matériaux durables

Créée en 2020, Heliosand développe depuis cinq ans un procédé breveté de vitrification solaire capable d’atteindre 4 000 degrés et de traiter des déchets considérés aujourd’hui comme quasi impossibles à recycler. Avec cette approche, elle veut proposer une alternative industrielle à la mise en décharge et à l’incinération, tout en contribuant à une économie plus circulaire. La construction d’une première station de 100 m2 marquera le passage au stade pilote et doit permettre de valider les performances à l’échelle industrielle.

Une technologie solaire conçue pour les déchets les plus difficiles

La loupe solaire d’Heliosand se présente comme une grande structure capable de concentrer l’énergie lumineuse sur un point focal pour générer des températures extrêmes. Ce procédé permet la vitrification des déchets, c’est-à-dire leur transformation en un matériau minéral stable et entièrement décarboné. L’entreprise affirme avoir obtenu plus de vingt études positives certifiant la qualité des matériaux produits en sortie, notamment pour les déchets amiantés.

Les validations menées par ALS Global, laboratoire certifié Cofrac, ont par exemple confirmé l’absence totale d’amiante résiduel après vitrification. Les fibres sont intégralement fondues et transformées en un matériau réutilisable, ouvrant ainsi la voie à une valorisation dans la construction.

Selon Heliosand, la technologie peut traiter quatre grands types de déchets issus d’industries variées. Ainsi, outre l’amiante, l’entreprise cite les boues sédimentaires provenant de ports ou de chantiers de tunnels, les déchets ultimes et les résidus de bauxite également appelés boues rouges. Ces catégories représentent aujourd’hui un défi majeur pour les collectivités et les entreprises, alors même que plus d’un tiers des déchets produits en France seraient non recyclables.

Sur son site, Heliosand met également en avant les performances énergétiques de la technologie. La loupe solaire ne nécessite aucune combustion et n’émet pas de CO₂ lors du traitement. Elle fonctionne uniquement à partir du rayonnement solaire, ce qui permet de réduire drastiquement l’empreinte carbone du processus et d’envisager des installations mobiles dans des zones fortement ensoleillées.

Un positionnement à la croisée de l’innovation industrielle et de la gestion des déchets

Avec cette technologie, Heliosand se positionne sur un segment encore peu exploré de l’industrie du traitement des déchets. La vitrification existe depuis plusieurs décennies mais reste énergivore et coûteuse lorsqu’elle repose sur des procédés conventionnels au gaz ou à l’électricité. En utilisant exclusivement l’énergie solaire concentrée, l’entreprise veut démontrer qu’il est possible de réduire les coûts énergétiques tout en réintroduisant sur le marché des matériaux aujourd’hui classés comme dangereux ou non valorisables.

Le projet s’inscrit en outre dans un contexte de pression croissante sur la gestion des déchets industriels et de renforcement des réglementations européennes relatives à la pollution des sols et à l’élimination des substances dangereuses. Plusieurs secteurs, du BTP à la construction d’infrastructures, cherchent des solutions à la fois plus propres et plus économiques pour réduire leur empreinte environnementale.

Si la phase pilote confirme les performances annoncées, la loupe solaire pourrait apporter une réponse innovante à ce besoin, en ouvrant une nouvelle voie dans la valorisation de matières jusque-là considérées comme perdues. L’entreprise met déjà en avant la possibilité de produire localement des matériaux de construction neutres en carbone, qui pourraient remplacer une partie des matériaux traditionnels dont la production reste fortement émettrice.

En choisissant de coupler innovation technologique et financement citoyen, Heliosand joue une stratégie ambitieuse mais cohérente avec son objectif de transformer la gestion des déchets industriels. La réussite du pilote de Lyon, attendue pour 2026, constituera une étape décisive pour valider la maturité de la solution et évaluer son potentiel d’industrialisation.

La loupe solaire d’Heliosand témoigne dès lors de la vitalité des initiatives françaises cherchant à mobiliser l’énergie solaire pour repenser les modèles industriels et répondre aux enjeux environnementaux les plus complexes.

Une étape d’industrialisation soutenue par un financement citoyen

Pour accélérer la phase industrielle, l’entreprise a ouvert une campagne de financement participatif destinée à compléter les investissements nécessaires. L’objectif affiché est de réunir 500 000 euros d’ici le 10 décembre, sur un total des 1,5 million d’euros requis pour la construction du pilote. Cette démarche se veut complémentaire du soutien déjà apporté par plusieurs partenaires industriels implantés en France.

La levée de fonds a également une dimension de mobilisation autour d’un projet que ses fondateurs présentent comme un outil de transition environnementale. Elle doit permettre d’installer le premier prototype opérationnel chez un client dès le second trimestre 2026 et de poser les bases d’un déploiement plus large. Heliosand prévoit la construction d’une centaine de stations de recyclage mobiles d’ici 2035, capables de se déplacer au plus près des gisements de déchets pour limiter les transports et maximiser l’efficacité opérationnelle.

Plus d’info ici.

 

Ces nanofils révèlent les mystères des astrocytes

Les astrocytes sont des cellules présentes dans le cerveau et la moelle épinière et ayant une forme étoilée. D’où leur nom, le grec astro signifiant étoile et cyte cellule. Les astrocytes jouent un rôle essentiel dans la préservation de l’homéostasie du système nerveux central. Elles régulent ainsi l’activité des synapses et interagissent également avec le milieu extracellulaire à l’aide de leur morphologie si particulière. Ces cellules ont beau être les plus abondantes du cerveau, elles restent très mal connues. En effet, leur phénotype in vivo est à la fois difficile à reproduire in vitro et à quantifier à l’aide de techniques d’imagerie conventionnelles. C’est donc une grande première que sont parvenus à réaliser les chercheurs de la Johns Hopkins University (Baltimore, États-Unis) et du National Research Council of Italy en observant la morphologie stellaire d’astrocytes cultivés des substrats nanostructurés. Leur découverte est décrite en détail dans le journal Advanced Science en date du 3 novembre 2025.

Une « pantoufle » de verre pour astrocytes

En fait de substrats, les scientifiques ont mis au point une plate-forme en nanofils de verre désordonné. Pour les obtenir, ils sont partis de nanofils de silicone qu’ils ont oxydés thermiquement à une température de 980°C dans une atmosphère riche en oxygène durant 8 heures. Le résultat formait des nanofils de verre amorphe d’un diamètre légèrement supérieur (entre 80 et 180 nm contre 50 à 80 nm auparavant). Pour observer la réaction des astrocytes face à ce nouveau substrat, l’équipe de recherche s’est appuyée sur l’holotomographie à faible cohérence. Cette technique laser permet la mesure du tomogramme d’indice de réfraction tridimensionnel d’un échantillon microscopique comme une cellule. Les chercheurs ont alors noté des astrocytes issus de cellules corticales de rat ayant une morphologie similaire au cas in vivo.

Plus précisément, les astrocytes ne présentaient pas une bête forme arrondie, mais bien un corps principal (soma) de 200 à 250 µm2 d’où partaient jusqu’à 6 branches primaires. 48 % d’entre elles présentaient des branches secondaires, et 9 % allaient même jusqu’aux branches tertiaires. La longueur totale de l’ensemble se trouvant en majorité entre 100 et 150 µm. Les astrocytes montraient donc un état proche de leur état naturel de maturation avancée. Cette avancée devrait permettre de mieux comprendre le fonctionnement ainsi que les dysfonctionnements du cerveau, des astrocytes défaillants étant connus pour être liés à des maladies comme Alzheimer ou Parkinson. Dans le futur, les recherches pourraient obtenir davantage d’informations cruciales quant aux origines des troubles neurodégénératifs.

La revue de presse quotidienne du 27 novembre 2025 : énergie, innovations, matériaux

L’actualité de ces derniers jours met en lumière des avancées et des tensions au cœur de la transition industrielle et environnementale, témoignant de choix stratégiques en cours tandis que de nouveaux projets européens confirment l’élan en faveur d’une industrie plus sobre et plus innovante.

Bonus à l’achat de véhicules électriques en hausse, mais… ?

Le gouvernement français va fortement rehausser l’aide financière à l’achat d’un véhicule électrique dès 2026. Le bonus, qui variait jusqu’ici selon les marques, revenus et conditions, pourra atteindre 5 700 €. Cette décision suscite cependant des interrogations sur son financement. En effet, l’État a délégué la charge aux « obligés » via les certificats d’économie d’énergie (CEE), ce qui pourrait se traduire par des hausses dans les prix de l’énergie… (L’Automobile Magazine).

Robots et drones accélèrent le démantèlement des centrales nucléaires

La robotique s’impose comme une technologie clé pour sécuriser et optimiser les chantiers de démantèlement, illustrant la convergence entre sûreté, innovation et automatisation (EnergieRecrute).

La méthode d’évaluation environnementale des textiles remise en cause

La démarche française qui évalue l’impact environnemental des textiles est actuellement attaquée devant le Conseil d’État. Cette contestation marque une vigilance accrue sur la crédibilité des méthodes d’évaluation environnementale, un enjeu crucial pour l’économie circulaire, la durabilité des matériaux, et la transparence écologique du secteur textile et industriel (rsedatanews.net).

L’aviation légère se tourne vers la décarbonation

General Aviation Days 2025, les 26 et 27 novembre à l’aéroport de Pau-Pyrénées, rassemble acteurs industriels, pilotes et chercheurs autour des solutions sobres pour une aviation légère, telles que propulsion électrique, hydrogène, carburants durables, systèmes embarqués, afin d’évaluer les innovations, les essais et les perspectives pour une aviation plus verte (aquitaineonline.com).

L’impact économique du trafic aérien remis en question par une étude européenne

Contrairement aux idées reçues, plus de trafic aérien ne s’accompagne pas systématiquement d’une meilleure performance économique régionale, selon une large analyse géographique.

L’Europe met la souveraineté énergétique au cœur de ses relations internationales

Lors du sommet UE-Union africaine à Luanda (Angola), les deux continents ont convenu d’investissements importants dans les énergies renouvelables, les infrastructures et les matières premières critiques. L’objectif est de sécuriser les ressources pour l’industrie européenne tout en soutenant une transition énergétique solidaire (Euronews).

Le Mécanisme carbone aux frontières devient un point de friction politique global

Un article du Monde démontre comment le CBAM (mécanisme d’ajustement carbone) européen exacerbe les tensions entre climat et commerce, notamment avec des pays émergents qui craignent une pénalisation de leurs exportations.

Bioplastiques : l’Europe s’apprête à franchir un cap technologique et industriel

L’European Bioplastics Conference 2025 (2 et 3 décembre à Berlin) analysera les progrès des matériaux biosourcés et circulaires, de plus en plus soutenus par les politiques européennes de durabilité des matériaux.

14 projets français lauréats du Fonds Innovation européen pour la décarbonation industrielle

Les projets couvrent des innovations de rupture dans la chimie, l’industrie lourde, l’énergie et les transports, confirmant le positionnement stratégique de la France dans la transformation industrielle de l’UE.

Les thèses du mois : « Le CCUS, une nécessité industrielle en quête d’un modèle économique »

Pour notre dossier de septembre, « Le CCUS, une nécessité industrielle en quête d’un modèle économique », voici les thèses sélectionnées par le REDOC SPI. Retrouvez le résumé de ces thèses ainsi que les thèses des mois précédents sur le site de notre partenaire.

Politique climatique dans le secteur agricole : efficacité, coûts de surveillance, séquestration du carbone et risque
Roxane Photinodellis
Sciences économiques
Paris-Saclay Applied Economics

Séquestrer du CO2 dans les sols agricoles : de l’émergence de l’idée à la vente de crédits controversés
Alain Roux
Économie
Centre de Recherche Interdisciplinaire Économie Gestion

Produits résiduaires organiques issus de déchets périurbains : évaluation des potentialités et impacts agro-environnementaux en maraîchage périurbain
Lelenda Kebalo
Sciences du sol
Écologie fonctionnelle et écotoxicologie des agroécosystèmes

Contribution des tourbières françaises à l’objectif national de neutralité carbone d’ici à 2050
Lise Pinault
Biologie des populations et écologie
Laboratoire chrono-environnement

Capture et Biotransformation de gaz à effet de serre
Jeanne Gallard
Sciences des Agroressources
Laboratoire de Chimie Agro-industrielle

Impact des traits des arbres et des microorganismes associés sur la dynamique du carbone dans des arboretums européens, sous influence de l’utilisation passée des terres et des conditions pédo-climatiques
Fadwa Khalfallah
Biologie et écologie des forêts et des agrosystèmes
Interactions Arbres Micro-organismes

Evaluation du potentiel d’émissions négatives des technologies d’utilisation du CO2
Sibylle Duval-Dachary
Génie des Procédés
ITAP Information et Technologie pour les Agro-Procédés

Les carbonates microbiens, un avenir pour la capture et le stockage du CO2 (CARBOSTOCK)
Pierre Boussagol
Géodynamique des enveloppes supérieures
Biogéosciences

Quel est le rôle des crédits carbone pour le secteur privé dans le financement de l’élimination du CO2 ?
Projet de thèse
Coline Seralta
Ingénierie économique
Laboratoire Génie Industriel

Molécules et matériaux innovants pour la capture directe du CO2 atmosphérique
Projet de thèse
Disha Bhattacharjee
Chimie
Laboratoire de Chimie Moléculaire

Captage et stockage du CO₂ : un enjeu clé de la transition énergétique

Un extrait de « Captage et stockage du CO2 dans le contexte de la transition énergétique », par Ludovic RAYNAL, Sina TEBIANIAN

L’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, largement documentée depuis les premières observations systématiques menées sur le site de Mauna Loa, illustre l’ampleur du défi climatique. Les mesures montrent une concentration atmosphérique de CO2 qui dépasse désormais 400 ppm, un seuil jamais atteint au cours des 800 000 dernières années selon l’analyse des carottes glaciaires. Cette accélération coïncide avec une succession d’années particulièrement chaudes à l’échelle mondiale, conséquence directe du renforcement de l’effet de serre lié aux activités humaines. Les impacts, visibles sur l’élévation du niveau des mers, la fonte des glaces ou encore les modifications régionales des précipitations, témoignent d’une dérive climatique profonde et largement documentée.

Réchauffement mondial et inertie de la transition énergétique

Les secteurs les plus émetteurs restent ceux qui dépendent fortement des combustibles fossiles. La production d’électricité à partir du charbon, du gaz ou du fioul représente une part écrasante des émissions mondiales. À elle seule, la production électrique à base de charbon génère plusieurs gigatonnes de CO2 par an et demeure la source d’énergie dominante dans de nombreux pays.

Cette situation persiste malgré le déploiement progressif des énergies renouvelables, dont les limites sont notamment rappelées par leur caractère intermittent. Les besoins en électricité continuent par ailleurs de croître, notamment dans les régions en développement, rendant impossible une substitution rapide et totale des énergies fossiles.

Les scénarios climatiques analysés montrent que, même si les politiques actuelles étaient pleinement respectées, les émissions mondiales resteraient trop élevées pour contenir le réchauffement sous les 2 °C. Les projections de l’Agence internationale de l’énergie indiquent qu’à l’horizon 2040, les énergies fossiles pourraient encore représenter entre 58 et 78 % des besoins selon les trajectoires. L’inertie du système énergétique impose donc l’usage combiné de plusieurs leviers pour réduire les émissions. Parmi ces leviers, le captage et stockage du carbone occupe une place essentielle puisqu’il peut, à lui seul, contribuer à près d’un cinquième de la réduction totale nécessaire dans les scénarios les plus ambitieux.

Place centrale du CCUS dans la transition énergétique

Le captage, stockage et utilisation du CO2, regroupés sous le terme CCUS, offre un moyen de réduire massivement les émissions industrielles tout en maintenant un approvisionnement énergétique compatible avec les besoins mondiaux. Cette technologie consiste à extraire le CO2 des fumées industrielles, à le compresser puis à l’injecter dans des formations géologiques profondes considérées comme sûres durant plusieurs siècles. Bien que le captage entraîne une augmentation de la consommation énergétique des installations concernées, il permet de diminuer les émissions de façon spectaculaire, jusqu’à atteindre des taux de captage proches de 90 %. Les pertes énergétiques associées restent compatibles avec la poursuite de la transition grâce à l’abondance des ressources fossiles encore disponibles.

Les secteurs prioritaires identifiés pour le déploiement du CCUS sont les centrales au charbon, les cimenteries, les raffineries, la pétrochimie ou encore les aciéries, qui figurent parmi les plus gros émetteurs mondiaux. Le captage appliqué aux centrales thermiques au charbon apparaît comme une cible stratégique, car ces installations émettent d’importantes quantités de CO2 à une concentration favorable à l’extraction. Le rendement relativement faible, au regard du nucléaire, notamment de ces centrales accentue d’ailleurs la pertinence d’un équipement en technologies de captage afin de réduire leur empreinte carbone sans interrompre leur fonctionnement.

Le stockage du CO2, autre pilier de la chaîne CCUS, repose principalement sur des aquifères salins profonds ou des gisements d’hydrocarbures déplétés. Les expériences menées en Norvège, en Algérie ou au Canada ont validé la faisabilité de stockages sûrs durant de longues périodes. Un suivi rigoureux du panache de CO2 injecté est possible, consolidant ainsi la confiance dans cette technologie.

Malgré ces avancées, des obstacles persistent, principalement liés au coût du captage et à la nécessité d’un cadre juridique et sociétal clair. L’AIE identifie plusieurs priorités pour accélérer le déploiement du CCUS, notamment le développement de technologies moins coûteuses, la mutualisation des infrastructures de transport, l’amélioration des cadres réglementaires et le renforcement des partenariats internationaux. Il ne s’agit pas de trouver une solution unique, mais d’exploiter simultanément l’ensemble des leviers compatibles avec une réduction rapide des émissions.

Le CCUS apparaît ainsi comme un outil stratégique pour accompagner la transition énergétique et répondre simultanément aux impératifs climatiques et à la croissance de la demande en énergie. Sa mise en œuvre à grande échelle nécessite des engagements politiques forts et un soutien continu à la recherche et au développement. En combinant les technologies de captage, l’essor des renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique, il devient possible de réduire les émissions tout en maintenant la stabilité énergétique mondiale.

La revue de presse quotidienne du 26 novembre 2025 : environnement, industrie du futur, énergie

L’actualité industrielle et environnementale du jour met en évidence un paysage en pleine mutation, où innovations technologiques, transformations énergétiques et évolutions réglementaires se répondent. Entre avancées concrètes dans l’industrie du futur, alertes internationales sur l’équilibre énergétique mondial et initiatives majeures en matière de décarbonation, les signaux se multiplient et dessinent des trajectoires contrastées. Les enjeux liés au climat, aux ressources, à la robotique ou encore à l’intelligence artificielle s’entrecroisent, révélant des dynamiques qui redéfinissent les priorités des secteurs industriels, en France comme à l’international.

Au BE 5.0 – Industries du futur, la robotique mobile et l’automatisation collaborative sont à l’honneur

La 9ᵉ édition du Salon BE 5.0, qui se tient les 25 et 26 novembre 2025 à Mulhouse, met en lumière des innovations dans l’industrie du futur, entre IA, robotique, automatisation, cybersécurité, solutions énergétiques, etc. Parmi les démonstrations, un robot mobile développé par la « Communauté des offreurs de solutions du Grand Est » (COS-GE) circule dans les allées du salon, illustrant la montée en puissance de la robotique mobile autonome dans la logistique, la manutention ou les usines (tracesecritesnews.fr).

Publication des « Perspectives de l’environnement 2025 »

L’OCDE publiera ce mercredi une nouvelle édition de son rapport « Perspectives de l’environnement », lequel examine la triple crise planétaire que constituent le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Le rapport met en lumière les liens entre crises environnementales et facteurs socio-économiques, ainsi que les synergies possibles entre différentes politiques publiques pour y répondre.

Transition énergétique industrielle dans la zone Marseille-Fos

Le pôle énergétique régional Capenergies a piloté onze études visant à modéliser plusieurs scénarios de transformation énergétique pour la zone industrielle Marseille-Fos. Ces travaux visent à décarboner un territoire industriel majeur, ce qui implique des changements d’infrastructures, des innovations technologiques et une réorganisation des usages énergétiques.

Énergie et climat, des signaux contradictoires en 2025

L’International Energy Agency (IEA) estime dans un rapport que les choix faits aujourd’hui en matière de politique énergétique et d’investissements détermineront profondément la trajectoire des émissions, de la sécurité d’approvisionnement et des systèmes industriels à venir. Malgré des progrès en matière d’énergies renouvelables et une forte croissance des technologies bas-carbone, le rapport souligne les incertitudes liées à l’accès aux minerais critiques nécessaires aux technologies vertes, et appelle à des politiques volontaristes pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement tout en garantissant la résilience énergétique.

Première grande initiative CCS offshore en mer du Nord, un tournant pour le stockage de CO₂ en Europe

La société INEOS lance le projet « Greensand Future », visant à injecter du CO₂ liquéfié à 1 800 mètres sous le plancher de la mer du Nord, dans un ancien champ pétrolier. Ce site ambitionne de devenir la première installation opérationnelle de stockage de CO₂ en mer à l’échelle de l’Union européenne. Le projet prévoit d’atteindre, à terme, plusieurs millions de tonnes de CO₂ stockées annuellement. Ce type d’initiative pourrait ainsi s’imposer comme un pilier de la stratégie de secteurs pour lesquels la décarbonation est compliquée. Toutefois, des voix s’élèvent pour rappeler qu’il ne doit pas servir d’alibi à un maintien prolongé des émissions fossiles (AP News).

Vers la fin des polluants éternels ?

Plusieurs grands industriels de la chimie commencent à abandonner progressivement la production des PFAS, substances persistantes dans l’environnement et potentiellement toxiques, face aux risques juridiques croissants et aux futures interdictions réglementaires en Europe. Des acteurs majeurs du secteur, comme BASF, Ecolab ou 3M, prévoient ainsi des sorties ou réductions importantes de ces composés d’ici à 2025-2026, et développent des substituts potentiellement moins dangereux. Cette tendance marque un tournant dans la chimie mondiale, en réponse aux préoccupations environnementales et sanitaires (Financial Times).

Les enjeux et limites de la décarbonation du transport maritime face à l’inaction internationale

À l’issue de la conférence climatique COP30 tenue à Belém (Brésil), les discussions autour du transport maritime ont mis en lumière les difficultés à imposer un cadre contraignant. Malgré les ambitions affichées par le secteur, le recours aux énergies fossiles dans le transport maritime reste largement dominant (The Washington Post).

Intelligence artificielle et régulation : un tournant transatlantique

The Guardian revient sur le rapprochement de fait entre régulateurs et acteurs de la technologie. La Commission européenne envisagerait ainsi d’assouplir certains aspects de la régulation sur l’IA pour encourager les investissements, tandis qu’aux États-Unis, des mesures récentes cherchent à empêcher les États de promulguer leurs propres lois sur l’IA, dans un contexte de forte concurrence technologique. Cette évolution signale un possible rééquilibrage entre contrôle législatif, compétitivité des entreprises et accélération des déploiements technologiques. Pour l’industrie, l’IA reste un levier stratégique et la manière dont les cadres réglementaires évolueront déterminera largement les usages et les enjeux futurs en Europe.

L’E85 gagne en stabilité, FFED transforme l’essai

La décision récente de l’Assemblée nationale de maintenir la fiscalité avantageuse du Superéthanol-E85 constitue un signal fort pour l’ensemble de la filière. En protégeant ce carburant renouvelable d’une hausse de taxation, les députés assurent la pérennité d’un prix bas, condition essentielle à son attractivité et au développement de solutions alternatives aux carburants conventionnels. Pour les acteurs industriels, cette stabilité est un levier de planification, d’investissement et de montée en puissance des capacités installées.

Cette orientation politique donne également une visibilité nouvelle aux professionnels chargés de la conversion des véhicules. Elle soutient la modernisation du parc roulant, un enjeu central pour réduire rapidement les émissions des usages quotidiens sans dépendre exclusivement de la motorisation électrique. Dans un secteur automobile en pleine recomposition technologique, où cohabitent électrification accélérée et optimisation des motorisations thermiques existantes, l’E85 s’impose comme une solution de transition immédiatement opérationnelle.

Dans ce paysage consolidé, FlexFuel Energy Development renforce son rôle d’acteur structurant au sein de cette transition. Depuis 2008, l’entreprise développe des technologies destinées à optimiser les performances et réduire les consommations des moteurs, pour les véhicules particuliers comme pour les flottes industrielles. Ses solutions de décalaminage à l’hydrogène se sont imposées comme des outils d’entretien préventif, contribuant à maintenir l’efficacité énergétique des motorisations thermiques, un enjeu toujours stratégique pour les constructeurs comme pour les exploitants.

FFED s’est surtout distingué par son avance dans les boîtiers de conversion au Superéthanol-E85 pour moteurs à injection électronique. L’entreprise a développé une expertise solide en électronique embarquée, en calibration moteur et en homologation des équipements, autant de compétences devenues indispensables dans une industrie automobile où la maîtrise logicielle et le contrôle moteur prennent une place croissante. Son réseau d’installateurs formés et agréés contribue par ailleurs à diffuser rapidement ces solutions sur le territoire, contribuant à structurer un écosystème cohérent autour de l’E85.

À l’heure où l’industrie automobile cherche à conjuguer décarbonation, accessibilité économique et pragmatisme technologique, l’E85 et les équipements associés portés par des entreprises comme FFED trouvent ainsi une place stratégique dans le paysage industriel français.

« Le CCUS n’est pas du techno-solutionnisme, c’est une nécessité climatique et industrielle »

Ce terme CCUS désigne l’ensemble des procédés permettant de capturer le CO₂ émis par les installations industrielles, de le transporter, puis de le réutiliser dans des applications chimiques ou énergétiques, ou encore de le stocker durablement dans le sous-sol. Loin d’être une innovation émergente, le CCUS repose en partie sur des technologies existantes depuis plusieurs décennies, aujourd’hui réinventées et améliorées pour répondre aux défis énergétiques et climatiques du moment. Encore perçu comme coûteux et complexe, il va devenir pourtant incontournable pour les secteurs à fortes émissions, tels que la cimenterie, la métallurgie ou la production d’énergie.

Fabien Michel, Fondateur de la société d’ingénierie et de conseil Voltigital et spécialiste du CCUS, a expliqué aux techniques de l’Ingénieur en quoi le CCUS offre à l’industrie des solutions pour décarboner leurs activités, en complément des stratégies déjà établies pour réduire leurs émissions.

Techniques de l’Ingénieur : Qu’entend-on exactement par CCUS ?

Fabien Michel : Le CCUS – pour Carbon Capture, Utilization and Storage – désigne l’ensemble des technologies permettant de capturer, transporter, utiliser ou stocker le CO₂ émis par les activités industrielles. En pratique, on capte un CO₂ souvent dilué dans les fumées de combustion pour l’enrichir jusqu’à un taux proche de 99 %. Cette étape est énergivore et elle nécessite de purifier les gaz et d’éliminer des composés traces comme l’eau ou l’oxygène. Certaines sources, comme la méthanisation ou les distilleries, produisent déjà un CO₂ concentré et plus simple à valoriser. L’enjeu technologique est donc d’optimiser la capture pour en réduire les coûts et la consommation énergétique et favoriser sa diffusion à grande échelle.

Où se situent les principaux défis dans cette chaîne de valeur ?

La chaîne de valeur du CO₂ comporte plusieurs maillons : la capture, la compression ou liquéfaction, le transport, puis l’utilisation ou le stockage. Chacun présente ses propres verrous. Le transport, par exemple, peut s’effectuer par canalisation ou par camion, selon les volumes et les infrastructures existantes.
L’usage du CO₂, lui, peut être marchand – dans les serres, l’agroalimentaire ou la métallurgie par exemple – ou plus innovant, comme la production de carburants de synthèse, les e-fuels, ou la minéralisation, qui permet de piéger le CO₂ dans des matériaux. Ces technologies combinent souvent usage et stockage : traiter du béton recyclé au CO₂, par exemple, permet à la fois de séquestrer du carbone et d’améliorer la qualité du matériau.

Ces technologies sont-elles réellement matures ?

Contrairement à une idée répandue, beaucoup ne datent pas d’hier. Les procédés de capture au moyen d’amines, ou de cryogénie, existent depuis des décennies. Ce qui change aujourd’hui, c’est leur optimisation qui est nécessaire pour permettre un déploiement à grande échelle : il faut consommer moins d’énergie, adapter les procédés aux contextes industriels variés et réduire les coûts.
Certaines technologies sont donc matures et d’autres sont émergentes. Dans tous les cas, il faut les optimiser pour les nouveaux usages. C’est un peu comme l’électromobilité : la voiture électrique existe depuis le début du XXᵉ siècle, mais il a fallu un siècle pour qu’elle devienne viable. Pour le CCUS, nous vivons en quelque sorte la même phase d’adaptation.

Quelles sont les installations pionnières les plus représentatives aujourd’hui ?

En France, plusieurs projets d’ampleur ont été mis en œuvre ou annoncés. Très récemment, Veolia a par exemple annoncé un projet de capture de CO₂ sur un incinérateur au Mans, et Lab (groupe PAPREC) en déploie un autre à Pontivy.
Ici, les technologies utilisées restent classiques – lavage aux amines – mais elles ouvrent la voie à la décarbonation de plus de 120 incinérateurs qui devront intégrer le système européen d’échange de quotas carbone, et peut-être dès 2028. D’autres initiatives illustrent la diversité des approches : le projet DMX testé chez ArcelorMittal à Dunkerque vise par exemple à réduire la consommation énergétique de la capture. La start-up Revcoo, en France, développe une technologie cryogénique d’un nouveau genre et ne consommant pas de chaleur. Des projets de minéralisation in situ, comme en Islande avec Carbfix, transforment quant à eux le CO₂ dissous dans l’eau en carbonates stables injectés dans les roches.

Quels sont les grands projets structurants pour la logistique du CO₂ ?

La question du transport est cruciale. Sans réseau, impossible de massifier l’utilisation et la séquestration.
En France, NATRAN porte le projet GOCO₂ (Grand Ouest CO₂) : un futur réseau reliant plusieurs sites industriels de production de chaux et de ciment, jusqu’au port de Saint-Nazaire, d’où le CO₂ pourra être utilisé pour la production de e-fuel ou expédié vers des stockages géologiques massifs, en particulier en mer du Nord.
D’autres projets, à Dunkerque ou dans le Sud-Ouest  visent également à créer de véritables autoroutes du carbone. Ces infrastructures mettront une dizaine d’années à voir le jour, mais elles seront structurantes : elles permettront aussi à de plus petits émetteurs de se raccorder et d’entrer dans la boucle. Sans ces réseaux, les industriels ne pourront pas se décarboner. Ils ne peuvent pas, seuls, construire leur logistique de CO₂.

Quelles innovations se distinguent dans la valorisation du CO₂ ?

Plusieurs voies prometteuses se dessinent. D’un côté, l’électro-réduction du CO₂, qui permet de produire des molécules utiles à forte valeur ajoutée comme l’éthylène ou l’éthanol à partir d’électricité et de CO₂ : c’est la voie explorée par les startups françaises e-ethylène, Dioxycle ou Carbonéo.
De l’autre, la minéralisation, qui est le cœur de notre activité CARBOROK (marque de VOLTIGITAL), et qui consiste à faire réagir le CO₂ avec des matériaux comme le béton recyclé pour réduire sa porosité et améliorer ses performances. Cette approche combine usage et stockage : on recarbonate les matériaux tout en diminuant leur empreinte carbone. Avec le soutien de GRDF, de la Région et du Ministère (dans le cadre du programme France 2030) CARBOROK déploie actuellement un pilote de minéralisation sur la plateforme de Colas à Chauvé en Loire Atlantique, pour tester un nouveau concept de réacteur à l’échelle pré-industrielle.

Le coût reste un frein majeur. Peut-on vraiment rendre le CCUS compétitif ?

Aujourd’hui, capturer et séquestrer une tonne de CO₂ peut coûter entre 80 et 250 euros, alors que la tonne de CO₂ sur le marché européen des quotas se situe autour de 80 euros. L’arbitrage économique est donc évident : beaucoup préfèrent payer pour l’instant la taxe plutôt que d’investir. Mais d’une part il est prévu que le prix du quota CO2  augmente dans le futur et par ailleurs les coûts peuvent chuter  grâce à l’innovation. Par exemple, remplacer la combustion classique par l’oxy-combustion permet d’obtenir des fumées beaucoup plus concentrées en CO₂, donc plus simples et moins coûteuses à traiter.

Quelle place le CCUS peut-il occuper dans la stratégie climatique ?

Malheureusement, on ne décarbonera pas uniquement par la sobriété ou l’efficacité énergétique. Le CCUS fait partie des solutions de “deuxième vague”, à mettre en œuvre une fois les leviers classiques engagés. Il permet de traiter les émissions résiduelles, dites « difficiles-à-réduire »,  celles qu’on ne peut pas éviter dans la sidérurgie, le ciment, la verrerie ou les déchets pour ne citer que ces activités.
Ces technologies du CCUS ouvrent aussi la voie à des émissions négatives, en captant du CO₂ biogénique ou atmosphérique pour le séquestrer durablement. C’est le principe des projets BECCS (Bio-Energy Carbon Capture and Storage) ou des Direct Air Capture (DAC). Dans ce cas, on peut réduire la concentration de CO2 de l’atmosphère et non pas juste freiner son augmentation.

Certains accusent le CCUS d’être du techno-solutionnisme. Que leur répondez-vous ?

C’est un procès d’intention injuste. Le CCUS ne prétend pas remplacer la réduction des émissions, mais il la complète.
Notre monde industriel est construit depuis 150 ans sur la combustion d’énergie fossiles. On ne changera pas cela en un claquement de doigts, en particulier à l’international. Ces technologies ne sont pas un alibi, mais un outil indispensable pour atteindre le net zéro. D’ailleurs, les cimentiers l’ont bien compris : sans captage du carbone, leur production restera trop émettrice pour être commercialisable à long terme.

Mais le CCUS n’est pas non plus la solution à tous les problèmes : il présente des enjeux techniques, des surcoûts, des transformations industrielles. 

On peut retenir que le CCUS a une efficacité et un coût élevé. Si d’autres actions permettent de prévenir les émissions de CO2 (efficacité, sobriété), il faut les mettre en œuvre. Quand ce n’est pas possible, il faudra capturer.

Quelles sont les perspectives pour la filière française ?

La France dispose d’atouts considérables : un tissu industriel dense, des chercheurs actifs et des zones géologiques favorables au stockage. Mais pour accélérer, il faut des infrastructures communes, un cadre réglementaire clair et une valorisation économique du CO₂ capté. Il faut que le CCUS sorte de la catégorie des projets expérimentaux pour devenir un outil industriel. Enfin, il faut un consensus clair à l’échelle de la société. Le CCUS est un outil très puissant pour décarboner nos activités, à utiliser en combinaison avec d’autres approches. Quand il y a un consensus scientifique clair, utilisons toute notre énergie à décarboner, sans opposer les solutions.

Propos recueillis par Pierre Thouverez