Le réchauffement climatique menace la France

Les prévisions climatiques de référence pour la France ont été réalisées par Météo-France, le Centre Européen de Recherche et de Formation Avancée en Calcul Scientifique (CERFACS) et l’Institut Pierre-Simon Laplace pour le portail DRIAS. Ce dernier permet de visualiser de multiples indicateurs pour appréhender l’évolution du climat région par région. En particulier, il regroupe les échéances de projections futures en horizons : proche (2021-2050), moyen (2041-2070) et lointain (2071-2100).

Un réchauffement sur toute la France

Avec un réchauffement mondial de 1°C déjà effectif par rapport à l’ère préindustrielle (soit avant le XIXème siècle), la France s’est réchauffée de plus de 1,5°C. «Avec un réchauffement mondial de 2°C en 2100, la France métropolitaine accuserait un réchauffement d’environ 3°C», prévient David Salas Y Melia, chercheur et responsable de l’unité climat au Centre national de recherches météorologiques (CNRM) à Météo-France. Hormis la Guyane, les DOM-TOM quant à eux connaîtraient un réchauffement plus faible, typique des régions côtières et de l’ordre de 2°C.

En France métropolitaine, le portail DRIAS indique que l’augmentation moyenne des températures pour le milieu du siècle s’échelonnera d’environ 1°C pour la façade Atlantique à 2°C pour les territoires plus continentaux. D’ici la fin du XXIe siècle, le scénario le plus pessimiste prévoit une augmentation moyenne annuelle comprise entre 3 et 4°C pour la façade nord-ouest, et entre 4 et 5 °C pour le reste du territoire.

Des vagues de chaleur qui s’intensifient

En premier lieu, il faut s’attendre à une hausse de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur. «Depuis les années 2000, il y a eu des canicules presque tous les étés», rappelle le chercheur. Les pics de chaleur sont plus élevés avec des records de température et les projections montrent que la sévérité des canicules continuera à augmenter. «Sur les scénarios les plus forts, avec un réchauffement de 4 à 5°C en France, dès le milieu du siècle, on a une chance sur deux chaque été d’avoir une canicule plus intense que celle d’août 2003», ajoute-t-il.

Par ailleurs, l’intensité des valeurs les plus élevées de température augmente plus vite que la température moyenne du globe. «Si la température du globe se réchauffe de X°C, les extrêmes chauds se réchauffent en moyenne mondiale de 2X et les extrêmes froids de 3X», résume David Salas Y Melia. Alors que les vagues de chaud seront plus intenses et fréquentes, les vagues de froid se raréfieront et seront de moindre ampleur.

Une baisse des ressources en eau

Côté pluviométrie, la France se divise en deux. «En moyenne sur le pays, on assiste à une hausse d’environ 5 % des précipitations depuis les années 50, assure David Salas Y Melia. Il y a une tendance à une pluviométrie accrue dans le nord et en diminution dans le sud». Mais si l’on s’intéresse aux ressources en eau réellement disponibles, il faut prendre en compte l’évaporation. En effet, les précipitations qui contribuent aux ressources en eau sont celles qui s’infiltrent dans les nappes profondes ou ruissellent via les fleuves.

«Avec le réchauffement, on observe une hausse de l’évaporation depuis quelques décennies donc on a tendance à avoir des ressources en eau en baisse, même dans les régions où les précipitations évoluent peu», éclaire l’expert. Ainsi, la tendance est à l’assèchement du pays en été, mais les prévisions demeurent incertaines pour l’hiver. De même, il n’y a pas encore de message clair sur l’évolution de la fréquence des pluies extrêmes d’automne sur les régions méditerranéennes. Les cyclones pourraient devenir un peu plus violents et les pluies associées plus intenses, mais cela reste à confirmer. En revanche, Météo-France prévoit une hausse de la probabilité d’incendies sur une grande partie du pays. «Aujourd’hui, l’espace méditerranéen est particulièrement touché car il est plus sec, prévient le chercheur. La forêt des Landes devrait être de plus en plus touchée, certaines forêts du Nord de la France également.»

En 2012, le bureau d’études BRL Ingénierie, les centres Irstea d’Antony et Lyon et Météo-France ont mené le projet 2070. Objectif : étudier l’évolution des débits fluviaux du fait du changement climatique. Le projet Explore 2070 prévoit une baisse des débits des cours d’eau qui pourrait être très importante. «En fonction des connaissances actuelles, on prévoit une diminution du débit moyen de fleuves français et une réduction des débits minimum d’étiage quinquennaux qui peuvent aller jusqu’à 70% dans le pire des scénarios autour de 2070», projette David Salas Y Melia. Enfin, les projections climatiques prévoient au minimum une montée du niveau marin de 40 cm au niveau mondial d’ici 2100. Elle pourrait atteindre 80 cm dans le pire des cas. «40 cm, c’est déjà très problématique pour les côtes de basse altitude, notamment dans l’espace méditerranéen», prévient le chercheur de Météo-France.

Le recyclage des petits emballages en aluminium progresse

La plupart des centres de tri envoient encore au refus les petits emballages en aluminium et en acier. Citons pêle-mêle : dosettes, capsules de bouteilles, papiers d’aluminium, petits tubes métalliques et plaquettes de médicaments usagés. Ces petits emballages représentent tout de même un gisement de 43 000 tonnes d’aluminium chaque année. Soit presque la moitié du gisement total d’emballages en aluminium mis sur le marché en France chaque année (84 000 tonnes). Un gisement qui part donc majoritairement en enfouissement ou en incinération.

Pour mettre en place une filière de recyclage pour ces petits emballages légers en aluminium et en acier, le projet Métal a vu le jour en 2014. Il est né du rapprochement de Citeo (ex Eco-Emballages), de l’Association des Maires de France (AMF), du Club du recyclage de l’emballage léger en aluminium et en acier (CELAA) et du Fonds de dotation pour le recyclage des petits aluminiums créé par Nespresso. Fin 2019, 19 millions de français bénéficiaient d’une extension de consignes de tri pour ces emballages. C’est notamment le cas de l’agglomération parisienne, Rennes, Rouen, Strasbourg, Grenoble et Cannes. Dès la fin du premier semestre 2020, 3,75 millions de Français supplémentaires en bénéficieront, à Brest, Lens, Limoges, Lyon, Montpellier et Nantes. Pour cette population couverte, la consigne est simple : qu’il s’agisse d’emballages souples, complexes ou de petite taille, tous les emballages contenant un bout de métal vont dans la poubelle de tri.

Un projet Métal pour trier les petits emballages légers en aluminium et en acier

En 2018, le projet a permis de recycler 950 tonnes de petits emballages en aluminium supplémentaires, contre 660 tonnes en 2017. La barre des 1 000 tonnes recyclées a été franchie en 2019. Fin 2019, 28 centres de tri sont équipés en France sur les 200 que compte le pays. Les centres de tri modernisés captent en moyenne 50% d’aluminium et 10 % d’acier en plus. Le taux de recyclage des emballages en aluminium atteint désormais 44 % au niveau national, contre 32 % en 2009.

Comment se fait le financement ? Dans la réponse aux appels d’offres, les centres de tri répondant aux critères prévoient de s’équiper en vue du tri de ces emballages en aluminium et acier. Et en 2022, 60 centres de tri devraient avoir les équipements nécessaires. Alors, 30 millions de Français pourront trier leurs petits emballages en aluminium. «L’investissement est rentable pour tous les centres de tri traitant plus de 20.000 tonnes de déchets par an», assure Jean Hornain, directeur général chez Citeo. C’est-à-dire des centres collectant les déchets d’environ 400 000 habitants. Pour accélérer les décisions, Citeo finance 50 000€ sur un investissement de 175 000 € en moyenne pour l’installation d’une machine dite à courant de Foucault qui permet de récupérer les emballages en aluminium léger. L’éco-organisme rémunère 400€ par tonne de petits aluminiums recyclés, majorée de soutiens à la performance pouvant aller jusqu’à 200€ la tonne. Le Fonds de dotation pour le recyclage des petits aluminiums de Nespresso promet en complément 300€ pour chaque tonne d’aluminium sortie des centres grâce au tri de ces petits emballages.

L’Europe étudie une nouvelle ambition climatique

Dans le cadre de l’Accord de Paris, l’Union européenne fixe son propre objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Elle répartit ensuite l’effort entre les États avec des objectifs contraignants sur le climat pour 2030. «Il y avait déjà des objectifs de réduction pour 2020, rappelle Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau Action Climat. Dans ce système, le principal défaut était que le contrôle ne se faisait qu’en fin de période d’engagements, lorsqu’il était déjà trop tard pour réagir». Par exemple, l’Allemagne risque de rater son objectif climatique pour 2020, s’exposant à une importante amende.

L’ancienne Commission européenne a donc fait évoluer la gouvernance climatique européenne en 2018. Le nouveau système demande à tous les États membres de l’Union européenne de rendre un plan national énergie-climat à la Commission européenne. Ce plan doit comprendre la liste des mesures décidées pour atteindre les objectifs climatiques de 2030, à savoir une réduction de 40 % au niveau européen. Tous les deux ans, les pays devront fournir un rapport d’avancement. «Cela permet tout au long de la période entre 2020 et 2030 de vérifier que les États sont sur la bonne trajectoire et réalisent ce qu’ils ont promis», détaille Neil Makaroff. Le suivi sera ainsi plus régulier et plus contraignant.

La Commission veut vérifier le respect des engagements nationaux

Les États membres ont rendu leurs premiers plans énergie-climat à la Commission européenne en décembre 2018. Elle leur a renvoyé en juin 2019 en faisant un certain nombre de recommandations. Par exemple, elle a demandé à la France d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de 32% à 33% en 2030. Le gouvernement a intégré cette évolution dans la Loi Énergie-climat à l’automne dernier.

Tous les Etats membres devaient soumettre à nouveau leur plan final à la Commission avant le 31 décembre 2019. Mais plusieurs pays ont manqué le rendez-vous, note Euractiv, la Commission refusant de divulguer quels États membres étaient à la traîne. Elle attend les derniers plans dans les prochaines semaines au plus tard.

Une palette d’instruments à disposition de l’Europe

«Après analyse des plans finaux, la Commission européenne pourra, si besoin, demander aux États de faire plus ou prendra des mesures plus importantes à l’échelle de l’Union grâce à des instruments propres», expose Neil Makaroff. La Commission peut en effet prendre diverses mesures à l’échelle européenne sans forcément passer par des politiques nationales pour faire baisser les émissions.

C’est tout l’enjeu du Pacte vert. Il identifie secteur par secteur les mesures à mettre en place pour baisser les émissions de gaz à effet de serre. Il comprend des mesures au niveau des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, de l’énergie du bâtiment et du marché carbone européen. Il considère d’autres mécanismes législatifs à déployer comme la politique agricole commune, ou une stratégie industrielle européenne, l’un des rares secteurs en Europe qui ne baisse pas ses émissions alors qu’elles en représentent 19% du total européen. Enfin, la Commission réfléchit à instaurer une taxe carbone aux frontières pour protéger les industries européennes qui seraient exposées à une concurrence déloyale.

Un objectif européen actuellement insuffisant

L’objectif actuel de l’Union européenne est une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre pour 2030. Cet objectif n’est pas aligné avec celui de l’Accord de Paris d’une limitation du réchauffement climatique à 2°C, voire 1,5°C. «L’objectif de -40% a été fixé avant l’Accord de Paris en 2014 et est obsolète par rapport à ce que l’UE peut faire, rappelle Neil Makaroff. Si l’on veut respecter les 2°C, il faudrait que l’UE baisse ses émissions de -55% et si l’on veut respecter les 1,5°C, il faudrait qu’elle les baisse de -65%». Il reste donc un grand écart entre l’objectif actuel et la trajectoire fixée par l’Accord de Paris.

Des débats ont lieu depuis la mise en place de la nouvelle Commission européenne. Cette dernière propose de rehausser l’objectif à 50%, voire 55% si les conditions sont favorables. La Commission européenne doit rendre une étude d’impact sur l’augmentation de cet objectif d’ici juin prochain. Cette étude doit permettre aux chefs d’Etat et de gouvernement, réunis en sommet européen, de trancher sur un nouvel objectif. Si un nouvel objectif européen est fixé en 2020, les États auront jusqu’en 2022 pour fixer leurs nouveaux objectifs nationaux sur le même processus.

Pour éviter que les États bloquent l’augmentation des objectifs, il faudra un budget européen beaucoup plus solidaire sur la question climatique. Si l’on veut baisser les émissions entre -55 % et -65 % en 2030, il faudra en effet baisser drastiquement l’usage du charbon d’ici 2030. Il y aura un coût économique et social important, d’où l’importance que l’UE soit capable d’apporter des contreparties et d’aider les États via un fonds de transition juste, notamment pour accompagner les régions les plus dépendantes aux énergies fossiles, comme le charbon, à en sortir.

En mars, la première loi climatique européenne sera présentée. Elle fixera l’objectif climatique de long terme, à savoir la neutralité carbone pour 2050. Par ailleurs, elle renforcera les mécanismes de contrôle des politiques nationales et européennes et définira les moyens de vérifier la cohérence.

HOP, la jeune association française lutte contre l’obsolescence programmée

Depuis le 22 juillet 2015 et l’adoption de la loi sur la transition énergétique, l’obsolescence programmée est officiellement reconnue comme étant un délit passible de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Pour une entreprise, la sanction prévue peut aller jusqu’au versement de 5% de son chiffre d’affaire annuel. Selon l’article L.213-4-1 du Code de la consommation, l’obsolescence programmée correspond à «l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement».

Cette loi qui va dans le sens de la protection du consommateur est pourtant jugée insuffisante par certaines associations. À l’heure actuelle, il revient au consommateur lui-même d’apporter la preuve de l’obsolescence programmée. Or, ce dernier n’a pas nécessairement les capacités ou les moyens de le faire, comme le déplore la fédération des associations de protection de la nature France Nature Environnement. C’est pourquoi en 2015, Laetitia Vasseur, experte en économie circulaire et ancienne collaboratrice parlementaire, a décidé, «avec certains de [s]es collègues», de créer l’association Halte à l’Obsolescence Programmée, désignée par le sigle HOP. Elle en est actuellement la directrice générale.

Le Club de la durabilité

La volonté de l’association est de «fédérer et de sensibiliser les consommateurs et les citoyens» et de les orienter vers de meilleurs choix de consommation. Pour ce faire, une équipe de vingt-quatre personnes aux profils divers – juriste, spécialiste data, journaliste, ou encore responsable communication – entreprennent des actions ciblées contre des entreprises accusées d’enfreindre la loi sur l’obsolescence programmée. Se joignent à eux un comité d’experts composé de professionnels venus de divers secteurs, et 40 000 membres bénévoles. Toutes leurs actions ont pour but une application ferme de la loi de juillet 2015, et d’induire des changements dans les pratiques des entreprises.

Afin d’insuffler de bonnes pratiques dans la conception des produits, HOP a créé un Club de la durabilité avec une vingtaine d’entreprises. «Nous travaillons notamment avec Michelin, qui vise à fabriquer des pneus qui s’usent moins vite. Le groupe FNAC-Darty développe une politique de réparation plus efficace. Nous travaillons également avec Back Market qui reconditionne et donne une seconde vie à divers objets électroniques» explique Laetitia Vasseur. Le Club de la durabilité a remis en octobre 2019 un rapport compilant trente et une propositions pour favoriser la conception plus durable des produits proposés aux consommateurs.

Des plaintes contre Epson, Apple et Amazon

Par ailleurs, HOP présente un manifeste qui appelle à «repenser ensemble notre système et faire émerger un modèle économique alternatif écologique et social», «informer le citoyen» et à «agir localement et en justice». C’est dans ce cadre que les entreprises Amazon, Apple et Epson ont été visées par des plaintes auprès du procureur de Paris. Apple avait été pointé du doigt par l’association en 2018 du fait de mises à jour qui bridaient délibérément les capacités des batteries de certains smartphones. La même année, HOP avait porté plainte contre Epson qui faisait changer les cartouches d’encre des imprimantes de ses clients avant que ces dernières ne soient complètement vides.

La plainte contre Amazon date, quant à elle, de fin 2019. Dans ce cas, HOP dénonce le manque de transparence du géant américain quant à ses obligations en termes de garanties légales de conformité. «En France, les distributeurs ont l’obligation d’assurer que le produit vendu pourra fonctionner normalement pendant deux ans. Mais Amazon ne fait figurer cette mention nulle part» précise Laetitia Vasseur. À l’heure actuelle, aucune de ces entreprises n’a été condamnée en France pour les pratiques dénoncées par HOP. Mais ailleurs en Europe, de telles sanctions ont déjà été prononcées. «En décembre 2018, la Haute Autorité de la Concurrence italienne a condamné Apple et Samsung pour pratiques commerciales déloyales» rappelle la directrice générale de HOP.

Accord de Paris : où en est-on début 2020 ?

À ce jour, 197 pays ont signé l’Accord de Paris, 183 l’ont ratifié. «Les pays qui ne l’ont pas ratifié sont des pays qui sont soit en difficulté par déstabilisation interne comme l’Irak, soit en difficulté en termes de développement comme l’Angola, détaille Lucile Dufour, responsable Politiques internationales du Réseau Action Climat. Le seul grand pays qui ne l’a pas encore ratifié est la Turquie». Les États-Unis l’ont ratifié mais prévoient de sortir de l’Accord de Paris le 4 novembre 2020.

Du côté des pays ayant ratifié l’accord, les engagements adoptés en 2015 demeurent insuffisants. Ils mènent vers un réchauffement de +3°C d’ici la fin du siècle s’ils sont respectés. Il est donc prévu qu’en 2020, les pays soumettent de nouvelles contributions déterminées au niveau national (acronyme NDC pour nationally determined contribution). «Le problème est que l’on ne voit pas pour l’instant de volonté politique de fournir ces nouvelles contributions nationales», regrette Lucile Dufour.

Une nouvelle ambition qui peine à émerger

Selon Climate Action Tracker, les îles Marshall ont soumis leur nouveau NDC le 22 novembre 2018. Lors de la COP25, seul le Suriname a soumis un nouvel NDC. Le Chili et la Mongolie ont pour leur part mis en consultation au niveau national leur nouvelle contribution. Au total, selon Climate Watch,108 pays se sont engagés à revoir leur NDC cette année, représentant 15,1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. «Les pays actuellement engagés représentent peu d’émissions et sont peu responsables du dérèglement climatique actuel, analyse Lucile Dufour. À l’inverse, les pays les plus responsables, ceux du G20, qui représentent près de 80% des émissions mondiales, n’ont pris aucun engagement pour l’instant. Seule l’Union européenne, via la nouvelle commission européenne et le Parlement, a envoyé des signaux en disant qu’elle allait revoir à la hausse sa NDC.»

Il existe un décalage profond entre l’urgence à agir, la prise de conscience et la volonté politique des pays les plus responsables du dérèglement à adopter des objectifs adéquats. À ce jour, les États-Unis, le Japon, Singapour et l’Australie ont indiqué qu’ils ne mettraient pas à jour leur objectif 2030.

Où en est-on des règles d’application ?

Les grandes lignes directrices d’application de l’Accord de Paris ont été adoptées à la COP24 en Pologne. «Les pays sont encouragés à intégrer l’ensemble des émissions de gaz à tous les secteurs dans leur reporting et dans leurs objectifs», résume Lucile Dufour. À la COP25, les pays devaient discuter des détails et définir comment, concrètement, les nouvelles règles de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre s’ajusteront mais aucun accord n’a été trouvé. «Sur la question de la transparence, comme sur celle de l’ambition climatique et celle des marchés carbone, on est au point mort à l’issue de la COP à Madrid», regrette-t-elle.

Les marchés carbone étaient le grand sujet de la COP25. Comment les pays monétisent et échangent-ils des réductions de gaz à effet de serre ? «Il est très important que les marchés carbone soient bien construits pour être sûr que les réductions d’émissions achetées et échangées ne puissent pas être comptées deux fois, et que les projets financés via ces marchés respectent les droits humains», assure Lucile Dufour. À l’initiative du Costa Rica, la coalition de pays signataires des des «Principes de San Jose pour une ambition élevée et l’intégrité des marchés carbone internationaux» appelle donc à des règles robustes concernant les marchés des crédits de carbone. Elle regroupe de petits états insulaires, des pays d’Amérique latine et certains pays européens (liste complète ici). En 2020, le défi reste ainsi de définir de bonnes règles. «Sur ces marchés carbone, on joue la crédibilité de l’Accord de Paris», souligne Lucile Dufour.

Où en est-on de la solidarité ?

À Copenhague en 2009, les pays développés se sont engagés à fournir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 aux pays en développement afin de s’adapter au changement climatique et favoriser les technologies bas carbone. Dans ces 100 milliards, sont comptabilisés les fonds publics et les fonds privés mobilisés par des investissements publics.

L’OCDE a rendu son dernier rapport sur le suivi des 100 milliards en octobre 2019. Ainsi, 71,2 milliards de dollars de financements totaux ont été mobilisés en faveur de l’action climatique dans les pays en développement en 2017. Sur ce total, 54,5 milliards de dollars provenaient de financements publics. Il reste donc un effort encore substantiel à faire par les pays développés pour augmenter les financements publics.

L’enjeu dépasse la simple question de solidarité. Ces financements sont d’autant plus importants qu’une partie des engagements des pays en développement sont conditionnés à leur versement. «La question du financement et de l’ambition climatique sont intimement liées, conclut Lucile Dufour. Sans financement adéquat, l’ambition ne peut pas être adéquate.»

Revue du Web #130 : les vidéos les plus étonnantes du mois

Il recrée entièrement son appartement en VR

Un passionné de réalité virtuelle a recréé son appartement avec une grande précision grâce à la technologie du « hand-tracking » d’Oculus. A travers son casque, il peut naviguer sur Google Map, jouer au piano ; soit autant d’interactions effectuées avec des mouvements ultra-réalistes. Dans la vidéo, le monde de la VR a semble t-il franchi un nouveau cap.

Un mini bus modulable électrique et autonome

Présenté lors du CES 2020 de Las Vegas, cette navette pourrait bien représenter l’avenir de la mobilité urbaine. Entre livraison de biens et transports de personnes, ce nouveau véhicule modulable s’inspire des techniques de l’aviation et est capable d’atteindre 85 km/h.

Un pare-soleil « virtuel » qui prévient l’éblouissement au volant

Si vous êtes conducteur, il se trouve forcément des moments où vous prenez le soleil en pleine face. Des ingénieurs de l’entreprise Bosch ont développé une « visière virtuelle », constituée d’un écran LCD et d’une caméra pointée sur le visage du conducteur. À chaque instant, elle détermine quel endroit du pare-soleil assombrir afin d’éviter l’éblouissement. Une zone qui change constamment, en fonction des mouvements du véhicule et du conducteur.

Le robot Walker peut maintenant servir à boire

Présent l’an dernier au CES 2019, le robot Walker d’UBTech a fait pas mal de progrès ; il a prouvé qu’il était capable d’utiliser un ouvre-bouteille pour décapsuler du soda puis de le verser dans un verre. Grâce à des améliorations logicielles, ce robot connecté se déplace plus facilement avec une augmentation de sa vitesse de déplacement de 25 % (de 1,5 à 2 km à l’heure) ainsi qu’un meilleur équilibre.

Des maisons construites à partir de briques de plastique recyclé

En Colombie, une association vient de mettre sur pied un procédé inédit permettant de faire des briques à partir de plastique recyclé qui sont ensuite utilisées pour construire des maisons aux sans-abris. Chaque maison construite permet de recycler 4 tonnes de plastique. Tout en réduisant de 40 % le coût de construction d’une maison.

Des recherches pour valoriser les déchets viticoles

Depuis décembre 2017, un arrêté préfectoral interdit le brûlage à l’air libre des déchets agricoles dont ceux des activités viticoles en Savoie car ils polluent l’environnement. Les souches ainsi que les sarments de vignes et de pépinières viticoles, c’est-à-dire les tailles de l’année, sont traditionnellement brûlés dans ce département. Sur le territoire savoyard, ces déchets représentent chaque année un volume de 28 000 m3 et concernent 330 viticulteurs et 23 pépiniéristes. Aucune solution alternative ne leur a été proposée.

Christine Piot et Grégory Chatel, enseignants-chercheurs à l’Université Savoie Mont Blanc.

Alors, à l’initiative de l’Université Savoie Mont Blanc et en partenariat avec des professionnels du secteur, des services de l’Etat et des élus, le projet VITIVALO est né. Son objectif : transformer cette contrainte réglementaire en opportunité afin de développer de nouvelles filières valorisant les déchets viticoles. Au final, une cascade d’idées nouvelles pour valoriser les déchets ont été trouvées, dont certaines sont en cours de recherche. Entretien avec Christine Piot et Grégory Chatel, enseignants-chercheurs à l’Université Savoie Mont Blanc et coordinateurs de ce projet.

Techniques de l’Ingénieur : Quelles sont les pistes de valorisation les plus intéressantes ?

Christine Piot et Grégory Chatel : Il n’existait pas de données sur la valorisation chimique des déchets de vignes des cépages savoyards en particulier. Une thèse de doctorat a débuté dans le but d’extraire des molécules à haute valeur ajoutée. Une première molécule a été identifiée : le resvératrol. Elle a déjà fait l’objet de nombreuses études à travers le monde et est très utilisée dans les cosmétiques, les compléments alimentaires ou autres alicaments. Sur le plan de la santé, cette molécule est un puissant antioxydant et agit en médiateurs d’effets biologiques pour le traitement de la maladie d’Alzheimer par exemple. Elle a des propriétés anti-âge, anti-cancéreuse, anti-inflammatoire, anti-microbien et anti-fongique. Nous avons démontré que les deux principaux cépages savoyard (Jacquère et Mondeuse) avaient des niveaux de concentration élevés en resvératrol, compris entre 2 à 6 grammes par kg de matière sèche.

D’autres molécules présentent-elles un intérêt ?

Une seconde appelée la viniférine a été également identifiée. Elle est beaucoup moins étudiée que la première mais a aussi des propriétés antioxydantes et présente quasiment les mêmes effets positifs que le resvératrol. Beaucoup moins employée par l’industrie, le marché de cette molécule est donc moins important. Nous avons pour projet de travailler avec un laboratoire afin de la tester sur des cellules humaines et du sang. La viniférine présente le même niveau de concentration dans les déchets bois viticoles que le resvératrol. Nous étudions les paramètres tels que le temps de stockage, la nécessité de broyage, ainsi que les conditions d’utilisation de ces déchets afin d’obtenir des concentrations maximales en viniférine.

Quelles sont les pistes de valorisation pour les résidus de matière bois ?

Nous avons écarté la piste de la valorisation énergétique car une étude réalisée dans le Vaucluse démontre que ces déchets ont un rendement faible et que cette valorisation n’est pas viable économiquement vis-à-vis du coût de transport. En 2018 et 2019, nous avons testé la valorisation sous la forme d’amendement. Après des analyses de sol, nous avons identifié que ces déchets présentaient les mêmes propriétés que des déchets de bois de type feuillu, le fumier ou la paille. Par contre, nous avons détecté la présence de cuivre, classé dans la catégorie des métaux lourds. Sa présence est liée à l’utilisation de la bouillie bordelaise [un fongicide fabriqué à partir de sulfate de cuivre, de chaux et d’eau, NDLR] pour traiter les vignes. Nous avons alors testé le compostage avec la collaboration d’une plateforme industrielle en diluant ces déchets viticoles à raison d’un cinquième avec d’autres déchets végétaux. Résultat : le produit final respecte les normes de compost. Un temps de compostage de 4 mois est nécessaire avant que ce produit ne puisse être vendu en compost industriel à des jardineries et à des maraîchers.

Quels sont vos futurs axes de recherche ?

Nous travaillons actuellement avec un laboratoire sur les propriétés d’isolation phonique et thermique. Ces déchets pourraient être utilisés pour renforcer des matériaux biocomposites. Nous allons également poursuivre notre travail sur la qualité de l’air car nous manquons de données scientifiques sur les émissions de gaz et particules fines lors des brûlages. Cela servira à étayer les arguments et la pédagogie vers les viticulteurs. Actuellement et malgré l’interdiction, environ 15% de ces déchets bois viticoles sont encore brûlés. Nous estimons que ce brûlage représente annuellement les émissions de 225 kg de particules fines. En comparaison, si l’on souhaite transporter la totalité de ces déchets avec des camions à moteur diesel vers un centre de traitement situé à 15 km, seulement 300 g de particules seraient rejetés.

A présent, notre projet rentre dans une phase opérationnelle avec la mise en place d’un nouveau modèle économique et un extracteur des molécules va devoir être installé. En amont, nous devons aussi résoudre la question de la gestion de la collecte. Situés sur des coteaux, ces déchets sont parfois difficiles d’accès et l’une des pistes serait de travailler avec une entreprise d’insertion afin de les descendre au bas des vignes. Enfin, nos travaux vont pouvoir servir à d’autres régions puisque d’autres territoires sont concernés par l’interdiction de brûler les déchets viticoles. C’est le cas par exemple de la Bourgogne et nous savons que le pinot noir contient lui aussi des molécules à haute valeur ajoutée.

EDF : remaniement des ventes de la production nucléaire…et de l’entreprise

Actuellement, en vertu de la loi sur l’énergie (Nome) et de la réglementation européenne de 2010, EDF est contraint de céder jusqu’à 100 TWh/an de sa production nucléaire à ses concurrents à un prix fixe de 42 €/MWh). Le mécanisme appelé Arenh est prévu jusqu’à fin décembre 2025, même si la récente loi sur l’énergie et le climat prévoit certaines modifications. Mais le gouvernement français a souhaité proposer une modification plus profonde du mécanisme de marché pour protéger les clients français qui bénéficient, via les tarifs réglementés, du nucléaire auquel ils «ont participé par le passé». Mais aussi pour permettre à EDF de couvrir ses coûts et de reconstituer du «cash-flow», à l’aune des investissements à venir dans le parc existant, dans les démantèlements futurs (car EDF va devoir fermer des réacteurs dans le cadre de la loi pour passer à 50% du mix électrique, au lieu des 75%) comme prévu par le gouvernement, et aussi pour investir dans les énergies renouvelables, ont indiqué des responsables du ministère quelques jours plus tôt.

Dans le mécanisme existant, lorsque le prix fixe de l’Arenh est inférieur au prix du marché, le concurrent d’EDF a un avantage, EDF étant obligé de vendre le volume d’Arenh (à concurrence de 100 TWh) quel que soit le prix du marché. Lorsque le prix du marché est inférieur au prix d’Arenh, les concurrents d’EDF peuvent acheter sur le marché, et c’est une fois encore EDF qui «paie» la différence, a noté à plusieurs reprises EDF.

Le mécanisme destiné à remplacer Arenh obligerait EDF à vendre «toute» la production nucléaire du parc existant, y compris la future production de l’EPR de Flamanville-3, dans un «corridor» de prix, avec un plancher et un plafond. Il équivaudrait à des contrats pour différence (CfD, en initiales anglaises), utilisés au Royaume-Uni pour de nouveaux éoliens nucléaires et offshore.

«Les niveaux de prix plancher et plafond seraient fixés selon une méthodologie transparente et seraient mis en œuvre sous le contrôle du régulateur du marché de l’énergie, la CRE», insiste le document présenté aux journalistes. La fourchette de prix ne dépasserait cependant pas 6 euros/MWh, précise le document. Ce «corridor» permettrait à EDF de couvrir ses coûts et lui apporterait des revenus équitables.

Encore faut-il que ce nouveau mécanisme soit validé par l’Union européenne. C’est là qu’intervient la deuxième partie de cette modification. Il faudrait en effet dégrouper les ventes d’EDF de la production d’EDF (procéder à un «unbundling», selon la terminologie bruxelloise), afin de se conformer aux règles de l’UE relatives aux aides d’Etat et à la distorsion du marché, selon le document. La branche commercialisation d’EDF devrait donc acheter l’électricité nucléaire en utilisant le nouveau mécanisme, comme le feraient d’autres concurrents, en France et en Europe, insiste le document. Quant à la production nucléaire elle deviendrait un «service d’intérêt économique général», une dénomination que Bruxelles entend parfaitement… Le texte du document de consultation est clair : «Le producteur nucléaire (EDF donc, ndlr) serait obligé dans la durée de mettre à disposition le productible défini par la régulation, en cohérence avec la stratégie de long terme de la France sur son mix énergétique et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de la métropole continentale actualisée tous les 5 ans». Une réorganisation qui va dans le droit fil du projet Hercule de scission de l’entreprise EDF en deux entités, l’une réglementée, l’autre concurrentielle et active sur le marché…

Le gouvernement français a également indiqué dans son document qu’il souhaitait mettre en œuvre ce nouveau modèle d’ici 2022. Elisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire, chargée de l’énergie, doit prochainement rencontrer des responsables de la Commission européenne pour s’assurer de la compatibilité de ce mécanisme avec les règles communautaires.

Lewis Pugh nage en maillot dans un lac supraglaciaire en Antarctique

Lewis Pugh nage dans les écosystèmes les plus vulnérables de la Terre, équipé d’un simple maillot de bain, de lunettes de piscine et d’un bonnet. Rien ne lui résiste : Pôle Nord, lacs de glaciers, Mont Everest… Il a nagé 560 km le long de la Manche et effectué une nage de longue distance dans tous les océans du monde. Son nouveau défi ? Traverser à la nage un lac supraglaciaire sur 1 km dans l’Antarctique oriental ce jeudi 23 janvier.

Lewis Pugh fait partie de ces aventuriers qui veulent alerter l’opinion publique sur les risques liés au réchauffement climatique. «Je nage dans l’océan depuis plus de 30 ans et je l’ai vu changer, affirme-t-il. Pour moi il n’y a aucun doute : nous sommes confrontés à une urgence climatique. La glace fond à un rythme sans précédent aux deux extrémités de la Terre.»

Les lacs supraglaciaires, témoins du réchauffement climatique

Les lacs supraglaciaires sont des lacs qui se forment à la surface des glaciers. Leur nombre se multiplie à mesure que les températures augmentent. D’après une étude parue en septembre 2019 dans la revue Scientific Reports, 65 000 lacs supraglaciaires se trouvent sur l’inlandsis (ou calotte polaire) de l’Antarctique oriental où nagera Lewis Pugh. Ils peuvent atteindre plusieurs kilomètres de diamètre, plusieurs mètres de profondeur. Éphémères, ils peuvent persister plusieurs années ou se vider en quelques heures.

Lewis Pugh nagera ainsi dans des conditions extrêmes sans combinaison. Il affrontera une eau juste au-dessus de 0°C, soumise à un fort refroidissement éolien. Et rien ne lui garantit que le lac ne se videra pas soudainement par une fissure dans la calotte glaciaire…

Créer un réseau d’aires marines protégées autour de l’Antarctique

Le Droit international impose que 25 nations et l’Union européenne conviennent ensemble des mesures à prendre pour protéger l’Antarctique. Dans ce cadre, trois propositions d’aires marines protégées sont sur la table. Mais la Russie et la Chine bloquent le projet international de sanctuaires marins. Après sa traversée, Lewis Pugh se rendra donc à Moscou afin de convaincre les dirigeants politiques à soutenir la mise en place de ce réseau de zones marines protégées dans l’océan Austral autour de l’Antarctique.

Le nageur remercie la France pour son rôle dans cette campagne. «Je suis très reconnaissant au président Macron d’avoir encouragé toutes les nations à protéger les eaux autour de l’Antarctique, déclare Lewis Pugh. J’invite toutes les nations à se joindre à la France pour protéger ces dernières zones sauvages avant qu’elles ne disparaissent à jamais. Le temps est maintenant compté.»

Grâce à ses exploits passés, le parrain de l’ONU pour les océans a déjà participé à la protection de plus de 2,2 millions de km2 d’océan, une superficie plus grande que l’Europe occidentale. En particulier, il a contribué à la première aire marine protégée dans la mer de Ross, au large de l’Antarctique sur 1,5 million de km2, la plus grande zone protégée au monde à ce jour. Il travaille à la protection complète d’au moins 30 % des océans du monde d’ici 2030.

Photo de Une : Entraînement de Lewis Pugh en Antarctique / Kelvin Trautman.

L’intelligence artificielle française a son supercalculateur

Inaugurée vendredi, la machine, à pleine puissance, offre une capacité de calcul équivalente à celle de 40.000 ordinateurs personnels (16 pétaflops – 16 millions de milliards d’opérations par seconde), doublant la puissance de calcul de la France.

« Les GAFA se sont dotés très tôt de grands supercalculateurs (dédiés à l’IA), rapidement imités par les Etats-Unis », explique à l’AFP Jamal Atif, chercheur au CNRS.

Si l’entreprise britannique DeepMind a pu concevoir AlphaGo, dont la victoire contre le champion du monde du jeu de Go avait fait grand bruit en 2016, c’est parce qu’elle disposait de la puissance de calcul de Google.

Mais en France, « il n’y avait rien. Et sans calcul, nous restions dans des temps anciens », avoue le chercheur du Laboratoire d’analyse et modélisation de systèmes pour l’aide à la décision.

« La compétition est terrible dans ce domaine là, et les chercheurs français s’estimaient très désavantagés par rapport à leurs compétiteurs », raconte Denis Girou, ancien directeur de l’Institut du développement et des ressources en informatique scientifique (Idris) du CNRS.

– « au bout d’une semaine! » –

L’un des défis de l’intelligence artificielle consiste à donner aux ordinateurs la capacité d’apprendre à partir de données, le « machine learning » ou apprentissage profond.

Mais pour apprendre à réaliser une tâche spécifique (reconnaître une image, traduire un texte, jouer au Go …), un algorithme a besoin d’ingérer des milliards d’exemples.

« Traiter cette grande masse de données nécessite beaucoup de calculs », détaille le chercheur du Laboratoire d’analyse et modélisation de systèmes pour l’aide à la décision. Pareil pour tester ces algorithmes ou en concevoir des nouveaux.

Dans une grande salle toute blanche, une quarantaine d’énormes armoires noires renferment processeurs et disques de stockage. Rien de spectaculaire si ce n’est le bruit assourdissant.

Installé au centre de calcul Idris du CNRS sur le plateau de Saclay en région parisienne, Jean Zay, ce nouveau bijou technologique, d’un coût de 25 millions d’euros, dispose de processeurs particuliers (des GPU). « Ces accélérateurs sont absolument cruciaux pour les chercheurs en IA », explique Denis Girou.

« Beaucoup de choses sont attendues de ma communauté », reconnaît Jamal Atif, citant « la promesse de la voiture autonome », les assistants intelligents, la justice prédictive, l’aide automatique au diagnostic…

Mais avant tout cela, quelques mystères restent à éclaircir, notamment le problème de « l’explicabilité »: les opérations réalisés par les algorithmes sont tellement complexes qu’il est difficile d’expliquer comment l’algorithme est arrivé à telle ou telle décision.

Aux Etats-Unis, le logiciel COMPAS est utilisé pour prédire la récidive. « Mais nous ne savons pas sur quoi il se base exactement… », explique Jamal Atif.

Autre limite de l’apprentissage profond: il reste vulnérable aux attaques. Un minime changement sur une image, même imperceptible à l’oeil nu, peut tromper un algorithme, l’empêcher de reconnaître un panneau stop ou lui faire prendre un autobus scolaire pour une autruche.

Un problème de taille si l’on veut déployer des algorithmes de deep learning dans des véhicules autonomes ou des avions. « On comprend beaucoup de choses mais beaucoup de choses nous échappent », résume le chercheur.

Jean Zay sera également utilisé dans d’autres domaines également très gourmands en temps de calcul comme la climatologie, l’astrophysique, la dynamique moléculaire ou la génomique…

Notamment pour simuler l’évolution du climat, recréer l’environnement solaire ou visualiser le comportement de virus de la grippe selon différentes températures.

« Au lieu d’attendre des résultats un mois, nous les aurons au bout d’une semaine! », se réjouit Marc Baden, directeur du laboratoire de biochimie théorique du CNRS.

lc/ial/or

Hemeria, fer de lance de la filière nanosatellites française

Le programme Angels, qui a vu le lancement de son prototype le 18 décembre dernier, est le symbole d’une filière française qui cherche à passer un cap supérieur.

Nicolas Multan est le directeur général de Hemeria

Et ce cap, c’est la capacité à proposer des débouchés commerciaux grâce aux nouvelles applications que permettent l’usage de nanosatellite(s).

Pour Techniques de l’Ingénieur, Nicolas Multan a accepté de revenir sur l’histoire – récente – de Hemeria, ex Nexeya, et sur l’aventure démarrée avec le CNES, qui a pour finalité la mise en orbite d’une constellation de 25 satellites, Kinéis, en 2022.

E.T.I : Expliquez-nous comment a émergé Hemeria, qui est aujourd’hui l’acteur français majeur de la filière nanosatellites ?

Nicolas Multan : Il y a deux histoires qui se rejoignent et qui aboutissent à ce qu’est Hemeria aujourd’hui.

Il y a d’abord la genèse de l’aventure nanosatellites chez Nexeya, puis la genèse d’Hemeria à proprement parler.

L’idée de produire des nanosatellites à des fins industrielles et commerciales est née en 2009. A l’époque, les projets de nanosatellites donnaient de bons résultats, mais uniquement sur des thématiques étudiantes et scientifiques. L’approche, assez novatrice, a été de se dire que ces petits satellites pourraient offrir des débouchés au monde de l’industrie et du privé.

Nous avons alors développé plusieurs programmes de recherche et de développement, financés par les pouvoirs publics – BPI, régions, métropole – et qui nous ont permis de créer la base d’un consortium avec différentes sociétés, dont Nexeya était le pilier.

A partir de là, nous avons avancé doucement jusqu’à la mi-2016, où nous avons eu la chance de convaincre le CNES de lancer un programme de filière nanosatellites française. Le CNES s’est approprié l’idée et a décidé de lancer le programme Angels.

Ce programme a été contractualisé avec Nexeya au mois de mars 2017, et a abouti au lancement de Angels le 18 décembre dernier. Ce lancement et le démarrage du projet Kinéis marquent la volonté du CNES de constituer une véritable filière française du nanosatellite et cela a été déterminant.

Pour finir, début octobre 2019, Nexeya a été vendue. A cette occasion, certaines activités – spatial, vol, dissuasion nucléaire – ont été exclues du deal et ont été transférées au sein d’un nouvelle société, Hemeria. Hemeria, en tant qu’intégrateur, est aujourd’hui le fer de lance de la filière française des nanosatellites.

Comment avez-vous travaillé avec le CNES sur le programme Angels ?

Pour nous, il s’agissait de trouver des débouchés à nos programmes de développement. Nos discussions avec le CNES nous ont permis de nous mettre d’accord sur le développement par Hemeria d’un démonstrateur.

A partir de là s’est mis en place un tout nouveau mode de fonctionnement entre l’agence nationale et un industriel. En effet, le CNES a été à la fois spécificateur du besoin, mais a également oeuvré en codéveloppement avec nous sur la réalisation d’Angels. Jusqu’à 8 experts du CNES ont intégré les équipes d’Hemeria et ont challengé les propres spécifications du CNES, dans le but de mener à bien ce projet, dans des délais deux fois plus courts que ce qui est préconisé pour ce type d’entreprise… Au final, nous avons développé un satellite entièrement en deux ans et demi, du jamais vu.

D’autre part, les équipes du CNES qui ont spécifié le programme Angels et celles qui ont intégré nos équipes étaient indépendantes. C’est un approche tout à fait innovante.

Comment se comporte Angels depuis son lancement ?

Angels a été mis en orbite le 18 décembre dernier. Il fonctionne bien, s’oriente bien… nous avons allumé la charge utile il y a une semaine (le 8 janvier),  et cette charge fonctionne. Il s’agissait pour nous d’une deuxième étape de validation très importante et qui nous permet de dire aujourd’hui qu’Angels est un satellite bien né.

Une deuxième version du logiciel de vol doit être injectée au mois de mars et va rendre le satellite définitivement opérationnel. A partir de là, Angels pourra intégrer dès l’été prochain la constellation Argos – constituée de 6 satellites – opérée par CLS, une filiale du CNES. Le but étant, d’ici 2022, de remplacer l’actuelle constellation de satellites qui opèrent Argos par la constellation Kinéis composée de 25 nanosatellites.

Les analyses réalisées sur Angels vont-elles être utiles pour améliorer ce que seront les satellites de la constellation Kinéis ?

Angels est un démonstrateur opérationnel. Il faut qu’il fonctionne au moins deux ans. Comme c’est un prototype précurseur, toutes les informations que nous allons tirer de son fonctionnement vont alimenter le développement en cours de la constellation Kinéis. Un satellite de la constellation Kinéis aura des gènes d’Angels, mais sera profondément revu, car il s’agira d’un produit industriel avec une durée de vie de huit ans. Et dont la vocation ne sera plus scientifique mais commerciale.

Au-delà du programme Angels, quelle est la stratégie d’Hemeria sur le marché des nanosatellites ?

Il n’est pas exagéré de dire qu’aujourd’hui Hemeria est le pilier de la filière nanosatellites française. En tant que intégrateur fédérateur, Hemeria anime une communauté d’environ 15 entreprises qui intègrent de près ou de loin la filière française.

Kinéis représente bien sur un gros enjeu pour nous dans les années qui viennent, puisque nous devons livrer 25 satellites d’ici 2022.

Au-delà, nous avons signé avec Thalès d’un côté et Airbus de l’autre des lettres d’intérêts mutuels, qui nous permettent d’organiser régulièrement des comités de direction pour challenger les opportunités du domaine des nanosatellites. Cela nous a amené à développer des partenariats très pertinents sur des offres IoT et d’observation.

Le second point est la thématique de militarisation de l’espace. Une des étapes consiste à mettre des guetteurs en orbite géostationnaire, projet qui intéresse au plus haut point Hemeria.

Enfin, nous répondons à des appels d’offre à l’international en adoptant une stratégie ToT – Transfer of Technology – puisqu’il s’agit aujourd’hui d’une nécessité. Cet accompagnement local fait partie du package proposé par Hemeria sur l’export.

Propos recueillis par P.T

«Une société peut commencer avec deux satellites pour tester un modèle»

Anywaves fournit deux types d’antennes, avec pour chacune un usage bien spécifique.

L’antenne Band-S est destinée à piloter le satellite. Il s’agit donc d’être en lien permanent avec le satellite et de proposer une couverture tout autour de ce dernier, en continu.

L’antenne Band-S ©Anywaves. Reproduction interdite sans accord.

La seconde antenne, la Band-X, sert uniquement à rapatrier les données de la mission, provenant de la charge utile.

L’antenne Band-X ©Anywaves. Reproduction interdite sans accord.

Pour répondre aux défis de la miniaturisation Anywaves a choisi de développer – via l’impression 3D – des antennes à base de métamatériaux en céramique. Une spécialisation qui correspond au développement de cette filière hyper spécifique, comme nous l’explique Nicolas Capet.

E.T.I : Comment émerge la filière autour de la miniaturisation des satellites?

Nicolas Capet : L’apparition des cubsats s’est faite au Japon et aux Etats-Unis dans un premier temps, dans les années 2000. Il s’agissait alors de projets étudiants. L’idée était de concevoir des petits satellites, afin de permettre aux étudiants de se former sur ce qu’est le spatial, ses contraintes… La visée était donc principalement pédagogique.

Plusieurs universités ont donc développé des petits satellites. Certains ont été assemblés et envoyés vers l’ISS quand cela était possible, d’autres sont restés au sol. Les universités continuant à proposer des projets de satellites toujours plus performants, force a été de constater : plutôt que d’utiliser un gros satellite ultra performant, on peut également choisir un ensemble de petits satellites, moins performants mais offrant des services complémentaires. Et ces services intéressent des acteurs économiques.

Quels acteurs ?

Par exemple, cela peut concerner les acteurs de l’observation de la Terre en temps réel. Là où un gros satellite va avoir un taux de revisite de 4 à 5 jours, les constellations vont permettre des survols beaucoup plus fréquents. Cela va intéresser tout ce qui touche aux interventions en urgence, le suivi de la végétation, des activités industrielles…

Partant de là, on a vu apparaître des spin-offs issues des universités, qui ont commencé à exister sur ce nouveau marché et à proposer des services commerciaux.

Comment a évolué le marché des nanosatellites ?

Aujourd’hui je dirais que nous sommes dans une seconde phase, où le marché s’est développé et est en attente de services performants, de qualité et de retour sur investissement. Or, si les projets des universités ont permis de développer des satellites à des coûts compétitifs, les problématiques de qualité n’étaient pas suffisamment prises en compte. C’est cette seconde phase dans laquelle nous sommes : la professionnalisation de la filière, et dans ce domaine, la France dispose d’atouts redoutables. Si l’émergence d’une filière française s’est faite un peu tard, le pays dispose d’un savoir-faire dans le spatial qui va lui permettre de revenir rapidement dans la compétition.

On assiste aujourd’hui à une véritable montée en gamme en termes de qualité et de performance des équipements. Les acteurs commerciaux du secteur qui au début faisaient tout eux-mêmes commencent aujourd’hui à se concentrer sur leur métier d’intégrateurs. C’est ce que font des groupes comme Airbus ou Thales aujourd’hui, pour les satellites ou les avions, en achetant les équipements dont ils ont besoin chez des sociétés expertes.

Anywaves s’inscrit dans cette catégorie des équipementiers experts, en proposant spécifiquement des antennes pour les constellations de satellites.

Va-t-on assister à une compétition entre petits et grands satellites ?

Les constellations vont plutôt proposer un service de couverture globale en temps réel, là où un gros satellite sera beaucoup plus performant mais sur un temps donné. Donc on est plus sur de la complémentarité que de la compétition. Le choix d’un gros satellite plutôt que d’une constellation va vraiment dépendre de l’usage.

Quels autres avantages voyez-vous au développement des projets de constellations de satellites ?

Un avantage réel de ce type de solution est que l’on n’est pas obligé d’avoir une constellation complète pour commencer à proposer des services commerciaux. Cela permet de développer des business models complètement différents.

Une société peut commencer avec deux satellites pour tester un modèle et vendre une solution commerciale. Au fur et à mesure de l’avancement de la constellation, les satellites mis en orbite profitent des retours d’expériences réalisés sur les premiers lancers, pour offrir un service continuellement amélioré.

Qu’est-ce que la Newspace Factory ?

Anywaves fait partie de ce que nous avons appelé la Newspace Factory. Nous nous sommes regroupés avec plusieurs PME françaises du spatial, notamment pour développer des démarches beaucoup plus percutantes à l’export.

L’idée est de pouvoir proposer tout un catalogue de produits sur étagère auprès de tous les acteurs qui se mettent à développer des nanosatellites. Nous pensons notamment à des pays comme l’Inde, la Chine et beaucoup d’autres qui, devant les coûts relativement faibles, ont développé des projets de petits satellites.

Propos recueillis par P.T

Peut-on concilier nouvelles technologies et croissance durable ?

Les avancées technologiques ont-elles leur place dans une économie verte ? Cette question intéresse et interroge Léonard, la plate-forme de prospective et d’innovation de Vinci. La structure est partie du constat selon lequel durant les dernières décennies, le progrès a contribué à améliorer la vie des usagers dans de multiples secteurs. Mais ce confort a été gagné au prix de dépenses énergétiques et de consommations de ressources conséquentes. Or, la France, tout comme le reste de l’Union européenne à l’exception de la Pologne, tend à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Dans ces circonstances, le champ d’action et de développement des entreprises technologiques sera-t-il le même à l’avenir ? C’est pour répondre à ces questions que Léonard a décidé de réunir, le temps d’une table ronde, quatre experts en économie verte. Étaient présents Philippe Bihouix, directeur général adjoint d’AREP ; Stéphanie Chrétien, en charge du Paris Fonds Verts et partenaire chez Demeter ; Thomas-Olivier Léautier, directeur de l’Université Groupe de Management chez EDF ; et Christophe Tallec, partenaire et directeur marketing adjoint chez Hello Tomorrow. Le débat s’est tenu le 15 janvier dernier, dans les locaux parisiens de Léonard.

French Tech innovante et débat démocratique

«L’un des vrais enjeux est de faire émerger les nouvelles technologies. Et ce même si l’on ne sait pas encore quels seront les résultats exacts sur l’efficacité énergétique» a déclaré Christophe Tallec, avant de rappeler que «c’est la voie que suit la French Tech». Cette allégation dénote ainsi qu’en termes de technologie, la France donne actuellement la priorité à l’innovation. Mais selon lui, innovation et environnement ne sont pas incompatibles, et il avance qu’un développement des entreprises qui leur permettrait d’atteindre la «Série B» pourrait être bénéfique pour la croissance verte. Pourtant, questionné sur la capacité mondiale à aboutir rapidement à un réel verdissement de l’économie, ce dernier a concédé que «faire adopter de nouveaux usages sera quelque chose de complexe, même s’il suffit de 10% d’acteurs pour changer une culture».

Une pensée positive partagée par Thomas-Olivier Léautier, qui estime que du point de vue énergétique la France est en bonne posture. «Nous avons la chance d’avoir un parc nucléaire. C’est une technologie qui n’émet pas de carbone et qui produit des kilowatts, bien moins polluante que les centrales à gaz ou à charbon» se félicite-il en relativisant la problématique des déchets nucléaires. De façon plus générale, Thomas-Olivier Léautier veut croire à l’efficacité du débat démocratique, d’où émergeraient les solutions et les bonnes pratiques à mettre en place pour assurer un avenir écologique pérenne. «Un consensus politique sur l’importance du réchauffement climatique est nécessaire. Sans cela l’Australie va continuer de brûler, et d’autres pays auront de plus en plus chaud» assène-t-il.

Pour l’économie verte, donner un prix au carbone

Afin de parvenir à une efficacité énergétique mondiale, Thomas-Olivier Léautier estime qu’il est nécessaire de «mettre un prix au carbone». Selon lui, cette solution serait la condition sine qua non pour «aboutir à un mix entre nouvelles technologies et réductions des émissions de CO2». Ce dernier reste confiant quant aux réserves de ressources naturelles nécessaires aux progrès technologiques, qu’il s’agisse de ressources fossiles ou de terres rares. Christophe Tallec rappelle qu’actuellement «capter une tonne de carbone coûte trente euros», et que la problématique financière a tendance à freiner les entreprises dans leur verdissement.

C’est pourquoi Stéphanie Chrétien considère qu’il faut «savoir parler aux entreprises dans un langage qu’elles comprennent. Il faut leur parler en termes de création de valeur, et privilégier les solutions qui, à coût égal, sont plus bénéfiques». Elle rappelle également qu’il est nécessaire de les accompagner dans leur transition. C’est ce que fait Paris Fonds Vert, un fonds d’investissement créé par la mairie de Paris qui vise à soutenir le développement des PME et à accélérer la transition énergétique et écologique des grandes métropoles. «Le défi pour nous est d’orienter les financements vers la croissance verte, et rendre la croissance grise plus verte» explique-t-elle. Pour ce faire, Paris Fonds Vert travaille avec le cabinet Carbone 4, qui réalise une «due diligence» pour évaluer les points sur lesquels une structure doit travailler. L’accompagnement par Paris Fonds Vert doit durer dix ans.

Une accumulation technologique aux effets pervers

Philippe Bihouix faisait office de contradicteur durant cet échange. Le directeur général adjoint d’AREP considère que l’idée selon laquelle les progrès technologiques favoriseraient l’efficacité énergétique et écologique est biaisée car une nouvelle technologie ne vient pas nécessairement remplacer la précédente, et souvent s’y ajoute. Pour lui, «on n’a jamais su capter les biens technologiques. Blablacar n’a pas fait baisser le nombre de voitures sur les routes, et une ligne à grande vitesse ne suffirait pas pour désengorger l’aéroport de Blagnac». Il évoque également le cas de la 5G, qui en plus d’être plus énergivore que la 3G et la 4G, ne les remplacera pas mais viendra s’y ajouter. «On s’éloigne aujourd’hui de l’économie circulaire» craint Philippe Bihouix.

Au sujet d’une taxation mondiale des émissions de CO2, le directeur général d’AREP se montre encore dubitatif. «Je suis d’accord pour dire qu’un prix carbone universel serait diablement efficace. Le problème, c’est qu’on ne l’aura jamais car tous les pays n’ont pas les mêmes intérêts. Je ne sens pas une dynamique planétaire qui va en ce sens, je ne crois pas au consensus collectif» a-t-il répondu à Thomas-Olivier Léautier. Philippe Bihouix parle également d’une «fuite en avant» causée par les avancées technologiques, qu’il n’estime pas inéluctable. Selon lui, la transition écologique doit passer par une meilleure optimisation de l’existant. «On utilise très mal les bâtiments qu’on a, comme les écoles qui sont fermées le soir, ou les voitures qu’on remplace intégralement en fin de vie.»

«Angels préfigure ce que sera la constellation de nanosatellites Kinéis»

Le 18 décembre dernier était lancé le satellite Angels, un prototype destiné à démontrer la pertinence des nanosatellites. Un prototype qui est également le premier élément de la future constellation Kinéis, amenée à opérer le système Argos, un système mondial de localisation et de collecte de données géo-positionnées par satellite.

Le prototype Angels. ©CNES

Pour Caroline Laurent du CNES, la mission qui démarre avec le déploiement d’Angels va démontrer que les capacités des nanosatellites, dont les prix baissent, sont une solution pour développer des applications commerciales abordables et variées.

 

 

E.T.I : Le 18 décembre dernier était mis en orbite Angels. Expliquez-nous en quoi consiste Angels ?

Caroline Laurent : Angels est un prototype, qui préfigure ce que sera la constellation Kinéis. Deux enjeux ont conduit au développement des prototypes Angels.

D’abord, Angels embarque le système Argos. Actuellement, les équipements Argos sont embarqués sur différents satellites. Ces charges utiles sont opérées par le CNES et ensuite CLS, une filiale du CNES, prend en charge les usagers, la vente des balises et l’exploitation du système.

Nous avons voulu miniaturiser ces balises de plus en plus, et nous avons développé la charge utile Argos Neo, embarquée sur Angels. Le lancement d’Angels, le 18 décembre dernier, permettait donc d’avoir un instrument supplémentaire en orbite.

C’est important car dans les constellations de nanosatellites, plus on a de charges utiles, plus le système est performant. Il y a avait donc un besoin d’avoir un satellite supplémentaire.

Dans le même temps, le CNES et CLS ont imaginé une constellation – Kinéis – de nanosatellites. C’est le second enjeu. La baisse des coûts liée à la miniaturisation a permis de développer des programmes ambitieux – et qui ne sont pas excessivement chers – dont celui de se passer des plateformes étrangères pour faire fonctionner Kinéis.

Pour résumer, Angels fait à la fois la démonstration que la charge utile peut être miniaturisée et devient aussi le prototype pour la constellation Kinéis, dont le développement démarre.

Quel est l’objectif de Kinéis ?

L’objectif de Kinéis est de mettre en orbite 20 satellites. Cela permettra plus de passages et même si cela ne permet pas un suivi temps réel, on pourra avoir une transmission de données tous les quarts d’heure ce qui est déjà très bien. Nous sommes aujourd’hui en capacité d’exploiter le système Argos à partir de nanosatellites.

Kinéis servira également dans le domaine de l’IoT.

La localisation existait déjà avec le système Argos. Mais profiter des messages de localisation pour ajouter des informations plus importantes, cela finit par s’appeler de l’IoT. C’est le but, pouvoir échanger des informations de localisation en temps réel et ajouter d’autres informations sur n’importe quel objet : montre, moteur, machine industrielle…

Quels sont les avantages des constellations de satellites, en termes de développement de programmes ?

Ce qui fait la grande différence, c’est que l’usage d’une constellation permet d’accepter pour chaque satellite une probabilité de fonctionnement moindre que dans le cas d’un unique gros satellite. Vu que les coûts de fabrication sont également moins importants, on peut se permettre d’avoir un satellite de la constellation qui tombe en panne sans mettre en péril l’ensemble du système. On peut même envisager d’avoir une constellation qui fonctionne bien avec seulement 70% des satellites, par exemple. Donc cela change beaucoup de choses. Mais il faut bien garder à l’esprit que ces constellations vont également permettre de développer des usages différents. La miniaturisation limite les performances, et les gros satellites auront toujours leur utilité.

Qu’est-ce que Nanolabs ?2

Les très petits satellites permettent de développer de toutes petites applications opérationnelles sur un tout petit spectre. Ils permettent également de multiplier les tests, les “proofs of concept”… C’est pour cela que le CNES va mettre en commun tous ses laboratoires qui font de la miniaturisation et qui contribuent au développement de nanosatellites et travailler avec les universités et les écoles d’ingénieurs. Pour dans un premier temps et dans le cadre du projet Janus, travailler au successeur d’EyeSat, qui est un nanosatellite d’observation développé par des étudiants en partenariat avec le CNES.

Dans un second temps il s’agit aussi de soutenir les industriels qui se sont développés sur ce secteur, et qui commencent à se fédérer via un groupement comme la Newspace Factory par exemple.

Comment le CNES vient-il soutenir la filière française des nanosatellites ?

Il y a beaucoup de PME qui évoluent dans le domaine des nanosatellites et il faut les soutenir. Au niveau du CNES, nous essayons de rendre cohérentes nos actions, puisque nous finançons de la R&D avec les projets que nous menons. Par exemple, nous faisons en sorte que les moteurs que nous développons en R&D soient bien réutilisés par les maîtres d’oeuvre pour les lancements… A ce jour, la pérennité de cette filière passe encore par un peu d’aide publique.

Propos recueillis par P.T

Huit scénarios face à la montée du niveau de la mer d’ici 2100

L’Alliance nationale de recherche pour l’environnement a publié une étude prospective sur l’élévation du niveau de la mer à l’horizon 2100 afin d’alerter et fournir des outils pour anticiper et gérer les risques. A travers huit scénarios, du plus optimiste au plus pessimiste, elle analyse les conséquences environnementales, sociales et économiques du réchauffement climatique sur le littoral.

Des politiques coordonnées à l’échelle mondiale

Classées en trois familles, la première appelée «Adaptation littorale» part de l’hypothèse qu’une coopération internationale entre les États sera menée rapidement pour décarboner les activités. Dans le même temps, des actions seront réalisées au niveau local pour protéger le littoral. Cette famille regroupe quatre scénarios. Ce sont les plus vertueux de cette projection.

Le plus positif, nommé « Maîtrise climatique », décrit des villes côtières se transformant progressivement mais sans pour autant remettre en cause le modèle actuel de développement urbain. Elles seront malgré tout confrontées à des événements climatiques extrêmes. Et ponctuellement, d’importants impacts seront observés sur certains littoraux les plus exposés aux aléas.

Dans le scénario « Villes résilientes », là encore, l’élévation du niveau de la mer sera relativement limitée. Face aux événements climatiques extrêmes, des barrières artificielles ou naturelles seront construites le long des zones urbaines littorales. Ces dernières anticiperont aussi ces événements grâce aux technologies numériques. Les infrastructures énergétiques, de communication et de transport seront renforcées pour faire face aux aléas. Cependant, les zones à faible densité de population, délaissées et peu concernées par les mesures d’adaptation, seront très exposées aux risques de submersion.

La réaction sera plus marquée dans les scénarios « Sobriété et anticipation ». On assistera en effet à une stratégie de repli à l’intérieur des terres. Grâce au développement d’une culture de la sobriété dans l’ensemble des domaines d’activité économique, les émissions de gaz à effet de serre se réduiront. Au final, le niveau d’élévation de la mer sera limité.

Quant au scénario « Adaptation prioritaire et atténuation tardive », il se déroulera en deux temps. Jusqu’en 2060, chaque État agira isolément et concentrera ses efforts à l’adaptation de son littoral. Ensuite, face à l’intensité des conséquences du changement climatique, de fortes politiques seront coordonnées à l’échelle mondiale et permettront de limiter la hausse du niveau de la mer à 1m.

Un demi-siècle d’inaction

La famille nommée « Déni » regroupe trois scénarios. L’étude part des hypothèses que les États n’agiront pas avant 2050. Puis, les politiques publiques réagiront enfin face à la recrudescence des catastrophes. Le scénario du « Déni à la réaction » se traduira ainsi par une l’élévation du niveau marin et des événements extrêmes et dévastateurs. Face à cette réalité, la prise de conscience sera alors collective. Décideurs, société civile, citoyens jugeront que la lutte contre les conséquences du dérèglement climatique devient une priorité absolue. Bien que tardives, des actions d’atténuation du changement climatique seront engagées de manière durable. Et d’ambitieuses stratégies d’adaptation du littoral se développeront à l’échelle du globe.

Dans le scénario « Abandon du littoral », les élites organiseront un repli systématique de leurs intérêts les plus stratégiques vers l’arrière-pays. Elles délaisseront les franges littorales les plus vulnérables. Dépendantes des ressources locales et de l’accès aux terres, les populations les plus pauvres de ces territoires demeureront livrées à elles-mêmes. A la toute fin du siècle, face à la répétition des catastrophes humanitaires, des efforts minimaux d’adaptation du littoral seront consentis. L’objectif étant de prévenir des phénomènes de migrations massives vers l’intérieur des terres.

Le scénario « Passivité » conduit à des conséquences extrêmes. Face à l’inaction, des flux migratoires importants s’intensifieront au fur à mesure de l’élévation du niveau de la mer. Sous l’effet de l’emballement du moteur climatique, les écosystèmes se dégraderont de façon souvent irréversible. Et la vitesse de recul du trait de côte s’accélérera progressivement. La situation deviendra catastrophique. Des crises environnementales, économiques et humanitaires se répéteront. Les rapports sociaux se brutaliseront.

Une logique du « chacun pour soi »

Une dernière famille, « Monde fragmenté », se traduit par des politiques locales et nationales menées de manières différentes et parfois contradictoires. Elles conduiront à une dynamique à plusieurs vitesses selon la logique du «chacun pour soi». Cette famille regroupe un scénario unique nommé « Fragmentation persistante » dans lequel les États les plus riches mèneront de front une politique de lutte contre l’élévation du niveau de la mer. Ils réaliseront un retrait stratégique progressif des zones littorales les plus vulnérables. A l’inverse, les États les plus pauvres n’anticiperont pas les changements littoraux. Les mégalopoles côtières se développeront toujours et leur vulnérabilité s’accroîtra. Cette logique duale se maintiendra et s’accentuera durant le siècle avec de nombreuses variantes intermédiaires.

Pour les experts de cette étude, la gouvernance sera un levier majeur pour limiter la remontée du niveau de la mer. Ils restent neutre vis à vis du scénario le plus probable en l’état car de très nombreux paramètres rentrent en jeu dans le réchauffement climatique et la remontée du niveau de la mer. Sans être alarmiste, ils avertissent qu’en l’absence de politiques publiques volontaristes au niveau global d’ici 2040, des situations graves ou extrêmes pourront se développer.

Source : d’après le rapport d’étude réalisé par l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement

Techniques de l’Ingénieur participe à Intercut 2020

Les 11e Rencontres internationales de l’usinage auront lieu les 29 et 30 janvier 2020, à Cluses (74). Intercut est le rendez-vous de tous les professionnels de l’usinage. Durant 2 jours, ce sont plus de 250 participants qui sont attendus pour appréhender de manière concrète des opérations, dispositifs ou procédés innovants avec :

  • 12 conférences pour s’informer sur les avancées et innovations dans le domaine de l’usinage et enrichir sa veille technologique
  • 14 ateliers de démonstrations techniques en visite libre pour rechercher ensemble des solutions et innover dès à présent
  • 1 table ronde pour échanger sur l’évolution des marchés automobile et aéronautique
  • 1 espace d’exposition avec 25 exposants qui ont répondu présent afin de proposer un concentré de solutions technologiques innovantes et rencontrer les partenaires de l’industrie mécanicienne et du décolletage
  • des points de rencontre favorisant les échanges.

Gardez une longueur technologique d’avance en participant à Intercut 2020 !

Retrouvez toutes les informations sur http://www.intercut-expo.com

Véhicule électrique : montée en puissance en 2019, loin de l’objectif cependant !

«Nous avons atteint 70% de l’objectif annuel du contrat stratégique de filière, note ainsi Cécile Goubet, déléguée générale de l’Avere-France. Il faudra rattraper ce déficit tout en doublant le nombre de véhicules vendus en 2020 pour tenir la trajectoire» fixée par le contrat stratégique de filière. Une trajectoire qui vise à atteindre 1 million de véhicules légers électrifiés en 2022 et 170 000 dès 2020.

Et la responsable de l’Avere-France s’inquiète du «choix du gouvernement sur la réduction du bonus, en particulier pour la cible professionnelle, qui pose question quant à la capacité des clients à être au rendez-vous avec des véhicules qui restent encore aujourd’hui plus chers à l’achat que leur équivalent thermique ». Cette réduction a pris effet au 1er janvier 2020, et pourrait agir comme un frein.

Une bonne nouvelle cependant, la fin d’année a montré un boom des immatriculations. En décembre 2019, 4 803 voitures particulières (+8%), 640 utilitaires légers électriques (-29%), 2 437 hybrides rechargeables (+113%) et 10 BMW i3 dotées d’un prolongateur d’autonomie (-84 %) ont été mis à la route en France Métropolitaine, indique l’Avere. Cela représente un bond de 2 000 véhicules électrifiés de plus que le mois précédent et 1 000 de plus qu’en octobre. Mais c’est peut-être aussi une anticipation de la baisse à venir de la prime prévue en 2020.

La progression sur 2019

Selon le bilan de l’Avere, 50 884 véhicules légers électriques à batterie ont été immatriculés en 2019, soit +26% comparé à 2018. S’y ajoutent 18 582 hybrides rechargeables, pour un total de 69 466 véhicules électrifiés mis en circulation en 2019.

Le segment des véhicules particuliers affiche une hausse de 38%, avec 42 763 unités immatriculées. De même, le segment des véhicules hybrides progresse de 38%, avec 18 582 unités immatriculées l’an dernier.

Les ventes de véhicules électriques utilitaires ont en revanche reculé de 2% avec 7 958 unités immatriculées en 2019 contre 8 103 en 2018. C’est sur le segment des deux-roues électriques que la progression est la plus forte, avec 13 965 immatriculations l’année dernière, soit un bond de 43%.

Par ailleurs, les véhicules hydrogène se sont fait une petite place sur le marché avec 63 unités immatriculées en 2019, contre 36 en 2018, soit +43%.

En France, 275 565 véhicules électrifiés ont été mis en circulation depuis 2010 (218 249 véhicules électriques et 57 316 hybrides rechargeables). Côté points de charge, 28 666 points de charge publics étaient installés en France au 7 janvier (avec une progression de 15% en 2019). Néanmoins ce chiffre est loin des 100 000 points de charge publics qui devront être installés en 2022 pour atteindre l’objectif inscrit dans le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

Renault toujours en tête

En termes de modèles pour les particuliers, la Renault Zoé est la plus plébiscitée puisqu’elle représente 44% des immatriculations du segment (18 817 unités ; +10%), suivie de la Tesla Model 3 qui se hisse directement à la deuxième place : en 11 mois, 6 455 unités ont ainsi été livrées soit 15% de parts de marché. La Nissan Leaf se classe ensuite à la troisième position du classement avec 3 738 immatriculations enregistrées (-20%, en raison de l’adaptation de la stratégie commerciale globale du constructeur visant à assainir les canaux de distribution). Elle représente 9% des immatriculations du segment, indique l’Avere.

Renault conserve aussi premières places pour les véhicules utilitaires, avec 3 807 nouveaux Kangoo ZE (- 9% ; 48% de parts de marché) et 1 142 Zoé (+ 17% ; 14% de parts de marché). Le Nissan eNV200 prend la troisième position avec 925 immatriculations (+45% ; 12% de parts de marché).

Sur marché des hybrides, c’est le Mitsubishi Outlander qui prend la première place avec 3 131 immatriculations (+139 % ; 17% de parts de marché). Suivent ensuite la Mini Countryman (1 929 unités ; + 45% ; 10% de parts de marché) et le Land Rover Range Rover (1 917 ; + 216% ; 10% de parts de marché).

L’obsolescence planifiée : la faute aux logiciels ?

Depuis la Loi de transition énergétique pour la croissance verte, votée en 2014 et en vigueur depuis 2015, la loi française punit le délit d’obsolescence programmée. Elle est définie par «l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement». Elle est punie de 2 ans d’emprisonnement et de 300 000€ d’amende.

Mais les affaires sont rares. En septembre 2017, l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) avait déposé plainte contre les marques d’imprimantes (Canon, Brother, Epson et HP). C’est l’exemple le plus connu d’obsolescence : certaines cartouches d’encre sont équipées d’une puce qui bloque l’impression dès que le niveau d’encre atteint un certain niveau.

HOP avait aussi porté plainte, en décembre 2017, contre Apple sur l’obsolescence de ses modèles d’iPhone 6, 6 s, SE et 7. Selon HOP, «le ralentissement des appareils plus anciens semble avoir pour intention délibérée de pousser les clients d’Apple à l’achat du nouveau modèle.»

Pour l’instant, la justice continue d’enquêter sur ces sujets…

Le pire est à venir avec l’IoT…

Pour certains, cette usure prématurée serait donc programmée pour que des pièces ne tiennent pas éternellement. Mais selon le laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa), deux autres facteurs seraient déterminants.

Premièrement, la pression exercée sur les prix qui oblige les marques à faire des compromis avec certains composants de moindre qualité. Deuxièmement, les logiciels embarqués auraient un impact sur la durée de vie des appareils. En poussant au maximum de leurs capacités les équipements, des logiciels augmenteraient prématurément leur «usure».

C’est comme si l’on roulait tous les jours, pendant plusieurs centaines de kilomètres à 130 km/h, sur l’autoroute avec une citadine. Le moteur et ses composants vont être usés plus vite que s’il s’agit d’une routière.

«Ce facteur pèse probablement plus lourdement sur la perte de valeur des équipements que l’obsolescence programmée», estime l’Empa, qui prévient que ce phénomène risque de s’amplifier lorsque l’IoT (Internet des objets) «sera devenu une réalité».

Selon les scientifiques suisses, «l’IoT risque de nous mettre dans la situation où il sera nécessaire de remplacer un réfrigérateur qui refroidit parfaitement, mais dont l’électronique est prise de court par les nouveaux logiciels…»

Mais les logiciels eux-mêmes peuvent être «usés». Avec une augmentation importante de l’utilisation des systèmes programmables au cours des 25 dernières années, l’obsolescence des logiciels est devenue un problème majeur qui va continuer à croître.

Cela se manifeste de plusieurs façons :

  • des temps d’arrêt prolongés lorsque des pannes surviennent, car il faut beaucoup plus de temps pour restaurer le logiciel et le remettre en marche ;
  • des dépenses forcées et imprévues pour la mise à niveau du matériel et des logiciels ;
  • des problèmes de sécurité peuvent être soulevés par l’obsolescence des logiciels ;
  • des vulnérabilités de cybersécurité peuvent apparaître dans des logiciels obsolètes à mesure que de nouvelles cybermenaces sont découvertes et que les logiciels ne sont pas corrigés.

En attendant, la situation évolue dans le bon sens. En juillet 2018, le projet de loi anti-gaspillage présenté par le Gouvernement français contenait un indice de réparabilité obligatoire sous la forme d’une note allant de 1 à 10.  Cet indice de réparabilité devrait être transformé en un indice de durabilité à partir de 2024.

Enfin, il y a quelques mois, la Commission européenne a adopté des règles obligatoires pour augmenter la réparabilité. À compter de mars 2021, il sera obligatoire pour les fabricants de mettre à disposition des pièces détachées et de publier les informations nécessaires à la réparation de certains produits.

Les navettes autonomes cherchent leur place sur les routes françaises

L’étude sur le marché des “robotaxis” du cabinet PwC publiée en mars 2019 prévoit un développement important des véhicules partagés à la demande – la MaaS, pour “mobilité en tant que service”. Le cabinet estime que ce marché devrait représenter 1 400 milliards de dollars d’ici 2030, réparti entre les trois grandes zones géographiques que sont les Etats-Unis (250 milliards), l’Union européenne (451 milliards) et la Chine (656 milliards). Le marché européen des véhicules partagés à la demande augmentera de 25 % entre 2017 et 2030. À cette date, la MaaS pourrait représenter 22 % du chiffre d’affaires de l’industrie et 30% de ses bénéfices (contre respectivement 38% et 26% pour les véhicules neufs). Les premiers véhicules autonomes de niveau 4 seront déployés dans des cas précis à partir de 2021.

Selon les experts du cabinet, “c’est avant tout la politique plus que la technologie qui donnera le rythme du changement : les gouvernements ont beaucoup à perdre en Occident (taxes sur les carburants, emplois dans le secteur manufacturier) et beaucoup à gagner en Orient (réduction du smog [nuage de pollution atmosphérique, ndlr], leadership des technologies de batteries).”

2019, une année d’expérimentations

Dans la MaaS, on retrouve les navettes autonomes dont de nombreuses expérimentations ont débuté en 2019 en France. En janvier par exemple, l’agglomération lyonnaise a accueilli l’expérimentation d’une navette sur route ouverte. “Après avoir reçu l’autorisation ministérielle de mise en circulation dans un cadre expérimental mi-janvier, la navette Mia, du constructeur Navya, opérée par l’entreprise Berthelet, a été testée sur site pendant un mois, précise le communiqué. Cette première phase a permis d’ajuster et de finaliser les paramétrages de la navette en situation réelle, sur le terrain, afin de lui permettre d’acquérir une connaissance plus fine du parcours pour lequel elle a été programmée”. La navette est intégrée à la circulation sur 2,4 km avec le passage de deux ronds-points. “Conformément à la législation actuelle, la navette MIA circule avec la présence d’un agent de bord. Cet opérateur est formé pour répondre à toutes les questions et prendre les commandes du véhicule si besoin. Un soutien humain qui pourrait ensuite laisser place à un système de supervision à distance.” D’autres tests ont également eu lieu à Lyon, dans le quartier de la Confluence.

A Paris, les navettes de l’entreprise Easymile ont été testées par la RATP entre les gares de Lyon et d’Austerlitz, transportant 30 000 voyageurs. En avril 2019, Elisabeth Borne a annoncé le lancement de 16 nouvelles expérimentations de véhicules autonomes en France, dont 12 concernent des navettes. Pour ces dernières, les acteurs pilotes sont PSA, RATP, Transdev, Renault, Keolis, Oncopôle Toulouse, Communauté d’agglomération de Sophia Antipolis (CASA), Communauté de communes cœur de Brenne et Nantes Métropole.

La navette Mia (marque Navya) est en cours d’expérimentation sur route ouverte dans l’agglomération lyonnaise. SO DUPONTRENOUX

Un bilan mitigé à Paris La Défense

Dans le quartier de La Défense à Paris, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. De juillet 2017 à mai 2019, un service de navette autonome a été testé par Ile-de-France Mobilités, Keolis et le constructeur Navya. L’objectif de cette expérimentation était double : proposer une solution de mobilité et faire progresser la technologie en la testant dans un environnement très dense (piétons, vélos, véhicules techniques, etc.) avec un passage à terme 100 % autonome, sans opérateur à bord. Mais l’expérimentation n’a pas atteint cet objectif. “Au terme de l’expérimentation, le bilan global n’est pas satisfaisant, explique Paris La Défense dans un communiqué. D’une part, la technologie n’a pas su s’adapter aux mutations de l’environnement urbain. D’autre part, l’objectif de passage en “full autonome” n’a pas abouti. Enfin, la vitesse de circulation de la navette n’a pas réussi à progresser et donc à rendre le service attractif. Dans ces conditions et au vu de ce bilan mitigé, Paris La Défense ne souhaite pas reconduire l’expérimentation.”

Dans une interview accordée au Monde informatique, Patricia Villoslada, vice-présidente exécutive de transports autonomes chez Transdev, commente : “Il faut apporter de l’intelligence en implémentant des algorithmes de plus en plus complexes car la perception ne suffit pas. Il faut que la technologie soit capable d’identifier non pas qu’il y ait un obstacle sur la route mais sa nature, par exemple une personne qui marche à 4 km/h et suit tel chemin, pour être en mesure d’anticiper.”

Dans un communiqué de presse présentant ses nouvelles orientations stratégiques, la française Navya décrivait “un décollage du marché plus ciblé et plus long qu’initialement anticipé”. Elle “considère que le marché des navettes autonomes restera un marché d’expérimentation pour les 24 prochains mois avant un décollage lié au retrait de l’opérateur de sécurité”, et estime que “les systèmes de conduite autonome de niveau 4 pour les premier et dernier kilomètres dans un environnement maîtrisé à basse vitesse devraient être les premiers à se déployer pour le transport de passagers, ainsi que pour les véhicules à usage logistique et industriel”. L’entreprise présente un chiffre d’affaires en baisse de 30% au premier semestre 2019 par rapport à 2018.

L’évolution du cadre législatif

Le gouvernement fait évoluer le cadre législatif français pour permettre le développement du véhicule autonome. C’est le cas de la Loi Pacte, qui permet l’expérimentation des véhicules jusqu’au plus haut niveau de délégation de conduite, en précisant le régime de la responsabilité dans cette phase. Mais également de la loi d’orientation des mobilités (LOM) qui prépare le cadre de la libre circulation de véhicules autonomes sur les routes. “Au plan législatif et réglementaire, l’article 12 de la LOM habilite le gouvernement à établir par ordonnances le cadre de circulation des véhicules autonomes, qui vise notamment à définir les conditions d’autorisation de mise en service de systèmes de transports routiers collectifs publics ou privés à délégation de conduite, qui, outre l’homologation préalable des véhicules, impliquerait une forme à préciser de vérification préalable de la sécurité des parcours pour les véhicules concernés” détaille le rapport « Développement des véhicules autonomes« . Lors de la rédaction des orientations stratégiques pour l’action publique, le gouvernement visait la réalisation d’un cadre complet (textes législatifs et réglementaires, référentiels méthodologiques) d’ici fin 2020.

Les nanosatellites redéfinissent les usages du spatial

Il y a quelques jours, SpaceX effectuait avec succès son premier lancement de l’année. Il s’agissait de mettre en orbite 60 nanosatellites destinés à s’ajouter aux 120 déjà déployés. Ce sont donc désormais 180 nanosatellites qui orbitent pour tisser le réseau Starlink, qui doit permettre un accès à internet dans chaque recoin du monde. A termes ce sont des milliers de satellites – au moins 12 000 – qui permettront à l’entreprise d’Elon Musk d’atteindre ce but. D’ici là, Starlink devra trouver des clients susceptibles d’être intéressés par les offres de services déjà disponibles. On en saura plus dans le courant de l’année 2020, après le 24 ème lancement, à partir duquel Starlink devrait offrir une couverture mondiale d’internet.

Cet exemple illustre ce qui fait réellement la spécificité des nanosatellites : leur taille. Et leur coût, par ruissellement, si on peut dire. Il n’est pas question de concurrence avec les satellites de plus grande taille, car ces derniers offrent des informations – images, données – avec une précision incroyable. Et qui dit précision incroyable dit équipements volumineux. Pour ces usages là – par exemple l’imagerie de précision par satellite – la taille des équipements exclut de fait les nanosatellites.

Par contre, pour couvrir un réseau et proposer des passages de satellites les plus fréquents possible, une constellation de petits satellites sera plus performante qu’un gros satellite. Et moins chère. Et plus facile à améliorer au fur et à mesure des retours d’expériences réalisés lors des lancers précédents. Bref, les projets de constellations de nanosatellites ont cet avantage : ils peuvent être très évolutifs dans le temps, et la facilité croissante pour lancer des grappes de satellites leur permet aussi d’être réactifs dans les réajustements. Pour ainsi dire, ces projets ont une capacité forte à adresser toujours plus précisément une demande client dans le temps.

Localisation, suivi, temps réel… des applications nombreuses et variées

L’autre aspect remarquable des nanosatellites est leur démocratisation dans le secteur du spatial. Aujourd’hui, la plupart des nanosatellites sont constitués d’éléments produits par des fabricants très spécialisés : moteur, antenne, objectifs, charge utile… c’est une particularité du secteur. Quand le phénomène de miniaturisation a impacté les satellites, on a mis en place le standard cubsat, dont l’unité est un cube de 10 cm d’arête. Un nanosatellite peut être constitué d’un ou de plusieurs cubesats. Cette standardisation a spécifié le rayon d’action des nanosatellites, en termes de matériels embarqués en tout cas. Cela a également permis aux fabricants de s’orienter vers la production de matériels adaptés et de s’ouvrir les portes de nouveaux marchés potentiels à l’étranger.

Comme on le voit, un écosystème s’est mis en place autour de la production à bas coûts de nanosatellites. La notion de constellation est toujours un facteur démultiplicatif, puisqu’il permet d’envisager un rayon d’action et une performance à grande échelle. 

Mais la baisse des coûts de production et de lancement de nanosatellites aux performances limitées mais dédiées, ouvre un champ d’application sans précédent. C’est là le second avantage des nanosatellites. Le business model développé autour de leur usage autorise aussi bien le développement d’applications à grande échelle – via les constellations – que d’applications (ou des tests scientifiques) hyper spécifiques.

La France n’est pas en reste et va dans les prochaines années remplacer son système Argos actuel par une constellation de satellites, Kinéis. Pour l’instant, un premier nanosatellite a été lancé; le retour d’expérience réalisé sur Angels orientera la suite du programme, dont la finalité est de placer 20 satellites en orbite. Là où Argos est un système de localisation, Kinéis se voit aussi comme un outil destiné au marché de l’IoT, qui devrait être très demandeur dans les prochaines années.

Ainsi, c’est la combinaison entre des coûts de production qui baissent, et une quantité d’usages potentiels faramineuse, qui ouvre des marchés à de nouveaux acteurs hyper spécialisés.

Par P.T

Un mois dans l’espace #1

Découverte d’une nouvelle exoplanète en zone «habitable»

On pourrait se dire «encore une !». En effet les annonces de la NASA concernant la découverte d’exoplanètes situées à une distance de leur étoile permettant d’envisager la présence d’eau liquide sur la planète en question se sont multipliées ces dernières années.

TOI700d, c’est son nom, est à une distance de 100 années lumières de la Terre. C’est beaucoup, mais pas tant que ça aux dires du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Et ce n’est pas tout. TOI700d fait à peu près la même taille que la terre (20% de plus), et tourne autour de son étoile en 37 jours.

Cette étoile, TOI700, est plutôt petite, à peu près 40% de la taille du soleil. 4 planètes orbitent autour de TOI700, mais seule TOI700d est à bonne distance de son astre. Les autres (a, b et c) n’intéressent donc pas les astronomes. En termes d’habitabilité s’entend.

Système découvert par le satellite TESS comprenant 4 planètes orbitant autour d’une étoile. ©Nasa

Enfin, on sait que cette nouvelle exoplanète a une rotation synchrone, comme la lune. De fait, TOI700d présente toujours la même face à son étoile.

Toutes ces similitudes avec la Terre donnent beaucoup d’espoirs aux astronomes, qui prédisent qu’on trouvera bientôt des traces de vies sur ce type d’exoplanète.

Pour en savoir plus, voici un lien vers les explications fournies par la NASA dans un article publié sur le site exoplanets.nasa.

Blue Origin se rapproche du tourisme spatial

Le 11 décembre dernier, la firme aérospatiale américaine a lancé et récupéré avec succès son lanceur touristique New Shepard. Mission accomplie, le lanceur a réalisé un vol parfait de 10 minutes et 16 secondes, atteignant 105 km d’altitude.

Et comme prévu, l’étage et la cabine du lanceurs ont été récupérés.

Cette mission – baptisée NS 12 – transportait également sa centième charge commerciale.

Le replay de la mission NS 12 :

Mais la grande question qui se pose pour 2020 concerne les vols habités. Cela fait plusieurs années que des rumeurs prédisent des vols spatiaux touristiques imminents. Mais aujourd’hui les choses se précisent. Les sociétés Virgin Galactic et Blue Origin ont annoncé vouloir débuter une activité touristique spatiale dès la seconde partie de l’année 2020.

Virgin a en effet annoncé un premier vol en juin et un prix pour le fameux sésame : 226 000 euros. Blue Origin prépare encore sa capsule New Shepard pour un premier vol habité.

En savoir plus :

Le programme spatial chinois reprend sa marche en avant

Le 27 décembre dernier, le secteur spatial chinois a pu souffler un grand coup. En effet, le lancement réussi de la fusée lourde chinoise Longue Marche 5 – dite CZ 5 – a permis d’emmener en orbite le satellite militaire de télécommunication Shijian 20, amené à remplacer Shijian 18, perdu lors du fiasco de 2017. Cette année là, le lancement raté de la précédente Longue Marche 5 avait sérieusement entamé le crédit du programme spatial chinois. Voila qui est oublié.

Lancement de la fusée chinoise Longue Marche 5. ©Xinhua

La fusée Longue Marche 5 constitue le pilier du programme spatial chinois. Capable d’emmener jusqu’à 25 tonnes de matériel en orbite basse, elle devrait se révéler décisive pour être à la hauteur des ambitions de l’administration spatiale nationale chinoise (CNSA).

En effet, le CNSA prévoit pour 2020 deux missions vers la Lune et vers Mars. Rien de moins.

La microgravité pour combattre le cancer ?

De nombreuses expériences scientifiques sont menées dans l’ISS. Une équipe de chercheurs australiens prépare une expérience ayant pour finalité l’envoi sur l’ISS de cellules cancéreuses, afin d’étudier leur comportement dans des conditions de microgravité. Déjà étudié en laboratoire, le phénomène pourrait permettre de limiter l’expansion des cancers dans les organismes. Comment ? C’est assez simple. Un cancer apparaît lorsque des cellules d’un organisme se divisent de façon incontrôlée et colonisent un tissu. Par la suite, ces cellules cancéreuses vont s’agglomérer pour former des tumeurs, premier stade de l’expansion du cancer aux tissus encore sains de l’organisme. Mais pour s’agglomérer et former une tumeur, les cellules cancéreuses ont besoin de se repérer et de se diriger, grâce à des forces mécaniques. Ces forces sont étroitement liées à la gravité et elles n’existent donc pas dans les milieux où cette dernière est trop faible. Il s’agit donc d’une piste de recherche intéressante. Le lien vers l’article publié par l’Université australienne à propos de cette mission est disponible ICI.

Par P.T

L’étoile Bételgeuse pâlit, les astronomes en ébullition

Située dans la constellation d’Orion, cette « super géante rouge », presque mille fois plus grosse que le Soleil, brille intensément dans le ciel d’hiver, où elle est visible à l’oeil nu grâce à sa couleur orange.

L’étoile figurait parmi les 10 les plus brillantes de la galaxie, mais depuis la mi-novembre, « sa luminosité a chuté de manière drastique, de l’ordre de 70% », explique à l’AFP Pierre Kervalla, de l’Observatoire de Paris – PSL.

Alertés par des observateurs amateurs, des astronomes ont déclenché en décembre une vaste campagne d’observation, mobilisant les plus grands télescopes de la planète, dont le Very large télescope au Chili.

« C’est l’ébullition ! Nous avons monté un groupe de recherche à travers le monde pour utiliser tous les instruments capables d’imager la surface de Bételgeuse », témoigne Eric Lagadec, astrophysicien à de l’Observatoire de la Côte d’Azur.

Et des centaines d’astronomes amateurs sont mis à contribution, et « passent leurs nuits dans leurs jardins ou leurs sites d’observation favoris » afin d’apporter des mesures complémentaires, raconte ce chercheur CNRS.

Plusieurs hypothèses sont avancées: il pourrait s’agir d’une éjection de gaz formant de la poussière et cachant le rayonnement ou … de la mort de Bételgeuse.

Ce dernier scénario se solderait par une explosion en supernova. S’il semble peu probable dans un avenir proche, il fait rêver les astronomes: l’astre en fin de vie n’ayant plus de « carburant » (issu de la fusion nucléaire), son coeur s’effondrerait sur lui-même et formerait une étoile à neutrons, un objet très compact qui crée une onde de choc disloquant complètement l’étoile, le tout en quelques heures seulement.

– « Spectacle inoubliable » –
Depuis la Terre, on observerait alors à l’oeil nu un point aussi brillant que la Lune dans la voûte céleste diurne et nocturne. A cela s’ajouterait un joli spectacle, « celui d’un écho de lumière se propageant autour, comme des ronds dans l’eau », précise Pierre Kervalla.

Au bout de plusieurs semaines, ce point disparaîtrait et formerait une nébuleuse, visible dans le ciel pendant des milliers d’années, à l’instar de celle du Crabe, résidu de la supernova survenue en 1054 (qui fut rapportée par des astronomes chinois).

« Ce serait un spectacle inoubliable pour l’humanité entière. J’espère pouvoir voir une supernova de mon vivant », confie Eric Lagadec. Car ce phénomène n’arrive qu’une fois par siècle dans la Voie lactée, et la dernière formation de supernova observée remonte à 1604.

L’explosion de Bételgeuse est attendue puisque l’astre, âgé de « seulement » 10 millions d’années, est bel et bien en fin de vie.

Mais il est difficile de prédire précisément quand elle mourra, car il n’existe aucun signe annonciateur: « c’est un peu comme un séisme; la veille de l’explosion, l’étoile sera pareille », souligne Pierre Kervalla. Cela pourrait donc arriver dans les semaines qui viennent comme… dans 100.000 ans.

« Nous n’avons aucun moyen de le savoir », reconnaît Andrea Chiavassa, astrophysicien CNRS au laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur.

Quoi qu’il en soit, cela serait sans danger pour notre planète, dont Bételgeuse est distante de 600 années-lumière. « Si on la voit exploser d’ici, cela signifiera que l’explosion a eu lieu physiquement il y a 600 ans », rappelle Pierre Kervalla.

Sur le plan scientifique, l’évènement permettrait aux astronomes de suivre directement, et pour la première fois de l’histoire, les différentes phases de l’explosion, une précieuse jauge pour mesurer l’expansion de l’Univers. « On comprendrait aussi ce qui va arriver à la future génération d’étoiles », selon Andrea Chiavassa.

Les incendies touchent de plus en plus des zones préservées

En 2019, l’ensemble des incendies mondiaux ont engendré l’émission de 7 273 mégatonnes de CO2. C’est plus que les trois années précédentes mais moins que le record de 2003 avec près de 8 950 mégatonnes. «Globalement, 2019 est une année moyenne lorsque l’on regarde la totalité des émissions liées aux incendies de forêts, estime Mark Parrington, directeur scientifique au CAMS. La particularité est la survenue d’incendies puissants dans des endroits très inhabituels et hors des saisons où ils se manifestent généralement avec des feux qui ont produit beaucoup de fumées.»

Émissions annuelles des feux de forêts dans le monde entre 2003 et 2019. PHOTO//Copernicus

De nombreux incendies ont fait la Une des médias

Les feux de forêt ont été sans précédent en termes d’emplacement, d’ampleur et de durée dans tout le cercle polaire arctique, en Sibérie et en Alaska pendant une période prolongée entre juin et août. Puis, les incendies en Amazonie ont fait la Une des journaux du monde entier en août. Ensuite, les incendies très intenses en septembre en Indonésie, et les feux de brousse en Australie ont aussi fait parler d’eux. «Depuis que nous suivons les incendies mondiaux ces 17 dernières années, nous n’avions pas vu des incendies aussi étendus et persistants dans le cercle Arctique», note Mark Parrington.

En Indonésie, les feux de forêt ont été l’un des incidents les plus intenses depuis près de deux décennies entre août et novembre. En cause : la combustion de tourbières riches en carbone et des conditions plus sèches que la moyenne. Ainsi, l’intensité quotidienne totale des feux a été supérieure à la moyenne des 16 dernières années. Et des milliers de kilomètres carrés de terres importantes sur le plan écologique ont été brûlés, provoquant un brouillard toxique, menaçant la santé de la population locale ainsi que les forêts naturelles et la faune.

Un risque incendiaire qui devrait s’accentuer

Certains incendies moins connus ont également eu des effets importants sur l’environnement et la qualité de l’air, notamment en Colombie, au Venezuela, en Syrie et au Mexique. En Syrie par exemple, au printemps et au début de l’été, la puissance de feu totale détectée était largement supérieure à la moyenne de 2003-2018.

Le risque incendiaire devrait s’accentuer à l’avenir. Dans les cercles Boréal et Arctique, les scientifiques du CAMS ont surveillé plus de 100 feux de forêt en 2019. Ils ont principalement été causés par des conditions exceptionnellement chaudes et sèches dans la région. «Quand nous observons un certain nombre de hotspots incendiaires, nous voyons qu’ils arrivent normalement dans des lieux où les température de surface sont élevées, donc on s’attend évidemment à voir une hausse du risque d’incendies avec le changement climatique», prévient le chercheur.

Surveiller les feux de forêts tout au long de l’année

Les scientifiques du CAMS surveillent les feux de forêt actifs dans le monde entier au quotidien. Pour ce faire, ils utilisent les données provenant des instruments MODIS de la Nasa embarqués sur deux satellites. Ces «radiomètres spectraux pour imagerie de résolution moyenne» détectent la puissance radiative du feu, essentiellement le signal thermique, des incendies actifs.

Grâce à leur système global d’assimilation des incendies (GFAS), les scientifiques du CAMS déterminent ensuite l’emplacement, l’intensité et les émissions des incendies de forêt dans le monde entier. Enfin, en combinant ces émissions avec le système de prévisions météorologiques du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme pour le compte de l’Union européenne (CEPMMT), ils sont en mesure de fournir des informations vitales, par exemple sur la façon dont la qualité de l’air sera affectée, jusqu’à cinq jours en avance.

Que retenir de l’édition 2020 du CES ?

Voici quelques tendances : l’intelligence artificielle est désormais omniprésente et les constructeurs et équipementiers automobiles sont aux premières loges pour proposer des technologies nouvelles.

L’automobile : star incontestable du CES 2020

À l’instar de son édition précédente, le CES 2020 avait encore une fois des airs de salon de l’automobile. Hyundai, BMW, Audi, Mercedes-Benz, Nissan, Bosch… autant de grands noms réunis pour présenter concept cars et innovations plus modestes, mais tout aussi intéressantes.

  • Un pare-soleil transparent qui ne cache pas la vue

Les innovations les plus utiles sont parfois les moins spectaculaires. Bosch a ainsi présenté un pare-soleil qui ne gêne pas la conduite en n’obstruant pas le champ de vision du conducteur. Ce pare-soleil du XXIe siècle est un panneau LCD transparent qui assombrit le champ de vision de manière locale, à la manière d’un filtre dynamique. Doté d’une caméra, ce système très sophistiqué est capable de détecter les ombres provoquées par le soleil et d’adapter en temps réel le filtrage.

  • Un métamatériau pour l’insonorisation 4 fois plus léger

En plus de son nouveau concept appelé Ariya, Nissan a présenté un nouveau matériau acoustique dont les performances sont aussi bonnes que le caoutchouc, mais pour un poids quatre fois inférieur. Ce matériau, composé d’une association d’un film plastique et d’une structure en nid d’abeille, permet ainsi de réduire la transmission acoustique du bruit à large bande, sur la plage de fréquence 500 – 1200 Hz, autrement dit les bruits associés à la route et aux moteurs.

  • Cybersécurité des véhicules connectés

La problématique récurrente de la cybersécurité des véhicules connectés a également fait grand bruit cette année. Alors que les incidents liés au piratage des véhicules connectés se multiplient à travers le monde, l’entreprise israélienne GuardKnox a démontré en direct ses effets dévastateurs en prenant le contrôle à distance d’un poste de conduite. En effet, la multiplication des processeurs et applications des ordinateurs de bord démultiplie également le risque en fournissant plus de portes d’entrée aux hackers. Le directeur de GuardKnox n’a d’ailleurs pas mâché ses mots à ce sujet : il a évoqué un possible ”11 septembre sur roues” en cas de prise de contrôle d’un camion transportant du carburant.

Une foule d’objets connectés

Cette édition 2020 du CES regorgeait d’objets connectés pour toutes les applications. Dans le domaine du bien-être et de la santé, on pouvait notamment y trouver des objets capables d’améliorer notre sommeil. Ainsi, la startup française Withings a présenté une nouvelle montre connectée appelée “ScanWatch”. Ce dispositif est à la fois capable de mesurer l’activité électrique du cœur, de détecter la fibrillation auriculaire, mais aussi l’apnée du sommeil, grâce à la présence d’un capteur de mesure du taux d’oxygène.

Les entreprises françaises étaient d’ailleurs bien représentées dans ce domaine de la santé connectée qui nous fera bientôt entrer dans l’ère de la médecine prédictive et personnalisée.

Robotique

Ce CES 2020 était pour Samsung l’occasion de présenter “Ballie”, un petit robot domestique de forme sphérique. Ce robot original et utile joue ainsi un rôle de “chef d’orchestre” de la maison connectée, car il est aussi bien capable de contrôler les équipements de la Smart home que de servir de détecteur de chute pour personnes âgées ou encore de surveiller les animaux de compagnie durant votre absence à l’aide d’une caméra.

Enfin, toute une foule de robots plus ou moins utiles ou insolites ont pu être aperçus à ce CES 2020, comme un robot dont le seul rôle est de vous apporter du papier toilette lorsque vous n’en avez plus ou encore un exosquelette qui vous aide dans vos séances de fitness.

PlasticsEurope décortique les déchets plastiques en Europe

En 2018, le taux de recyclage des déchets plastique atteint 32,5% (+1,4 point par rapport à 2016) en Europe, et la valorisation énergétique 42,6% (+0,9 point). Si le recyclage augmente aussi en France, les déchets plastiques n’y sont encore recyclés qu’à hauteur de 24,2% (+1,3 point). Dans l’Hexagone, 43,4% des déchets plastiques sont valorisés énergétiquement (-1,1 point). La Norvège remporte la palme d’or européenne avec un taux de recyclage de 45%.

Encore 24,9% des déchets plastiques finissent en décharge en Europe (-2,4 point) et 32,5% en France (-0,2 point). Comparativement, la mise en décharge baisse beaucoup plus rapidement au niveau européen qu’en France. Sur les 12 dernières années, la mise en décharge a ainsi reculé de 44% en Europe, contre seulement 18% en France.

Évolution des tonnages (en millions de tonnes) collectés, recyclés, valorisés énergétiquement, mis en décharge et valorisation totale (recyclage + valorisation énergétique) en Europe entre 2006 et 2018. Source : Conversio Market & Strategy GmbH

Des efforts particuliers sur les emballages

Les politiques européennes de recyclage portent particulièrement sur les emballages. Représentant près des deux tiers des déchets plastiques européens, le taux de recyclage des emballages plastiques est de dix points supérieur à celui de l’ensemble des déchets plastique. Il atteint 42% en Europe, contre seulement 26,4% en France. La République Tchèque remporte ici la palme d’or européenne avec un taux de recyclage des emballages plastique de 52 %. Le recyclage des emballages s’accélère toutefois en France sur les deux dernières années : il a progressé de 4,2% par an entre 2016 et 2018, contre 2,9% par an en moyenne sur les 12 dernières années.

PlasticsEurope trouve tout de même quelques bonnes nouvelles pour le recyclage français. «Alors que le taux de recyclage des emballages en France reste toujours inférieur à la moyenne européenne, la France affiche de meilleures performances dans les autres secteurs, en particulier ceux de l’automobile (26,7% contre 19%) et de l’électrique et l’électronique (35% contre 24%)», relève l’organisme.

Généraliser la collecte séparée des plastiques

«Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les 48% de déchets plastique issus de collectes séparées sont recyclés à hauteur de 62% alors que les 52% de déchets collectés en mélange en Europe, ne sont recyclés qu’à hauteur de 6%», note PlasticsEurope. L’association appelle donc à la généralisation de la collecte séparée pour atteindre des taux élevés de recyclage.

La France est particulièrement concernée. En 2018, seulement 32% des déchets plastiques générés dans le pays ont été collectés séparément. «Il faut absolument basculer de la collecte en mélange à la collecte séparée», analyse Hervé Millet, directeur des affaires techniques et réglementaires de PlasticsEurope. L’extension des consignes de tri d’ici 2022 et un meilleur respect du tri 5 flux (papier/carton, métal, plastique, verre, bois) devraient améliorer la situation. 25 millions de français sont concernés par l’extension des consignes de tri début 2020 avec un objectif à 34 millions fin 2020. Par ailleurs, le projet de loi économie circulaire prévoit la généralisation de la collecte séparée des déchets d’emballages consommés hors foyers d’ici 2025 et une obligation plus stricte d’une collecte séparée par les acteurs économiques.

Augmenter la circularité des plastiques

Les plasturgistes européens utilisent près de 4 millions de tonnes de plastiques recyclés issus de déchets post-consommation. 46% sont utilisés dans le BTP, 24% dans l’emballage, 13% dans l’agriculture. D’autres secteurs peinent à intégrer des plastiques recyclés. C’est notamment le cas de l’automobile, des articles ménagers, de sport et de loisirs, de l’électrique et de l’électronique.

Selon les secteurs, le contenu en matières recyclées des produits varie de 2 à 20%. Par exemple, les emballages contiennent en moyenne 5% de plastiques recyclés, contre 14% pour les plastiques du bâtiment et 20% pour les plastiques agricoles.

De l’hydrogène progressivement injecté dans les réseaux gaziers britanniques

Les réseaux de distribution de gaz sont en effet, outre-Manche, assez âgés et des kilomètres de conduites devront être changés dans les années à venir. De plus, la stratégie climatique britannique prévoit de réduire de 80% les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2050 (par rapport à 1990) et une bonne part des rejets proviennent du gaz, notamment du chauffage au gaz. D’où l’idée des gestionnaires de réseau gazier de remplacer, par étapes d’ici à 2050, le gaz naturel par l’hydrogène. Et les GRD de rappeler que, jusque avant les années 1960, le «gaz de ville» contenait quelque 60% d’hydrogène.

Le gaz constitue la première énergie de chauffage britannique (80% du chauffage en pointe, et 320 TWh par an consommés par les particuliers, ainsi que 98 TWh/an par l’industrie). «Le chauffage destiné aux habitations et à l’industrie représente la moitié de la consommation d’énergie du Royaume-Uni et un tiers de ses émissions de CO2, avec 83 % des ménages qui se chauffent au gaz», rappelle Cadent dans un communiqué publié à l’occasion du lancement du projet de Keele.

Mais basculer d’un coup du méthane à l’hydrogène n’est pas possible, ni techniquement pour les réseaux (risques de fuite accrus, résistance des matériaux des conduites), ni financièrement pour les particuliers (il faut changer les chaudières).

Un vaste programme

Le programme dénommé H21 North of England est porté par les deux grands gestionnaires de réseau du Nord de l’Angleterre (donc au centre du Royaume-Uni), Cadent et Northern Gas Networks (NGN). Ils planchent depuis 2008 sur le sujet, s’interrogeant sur le bien-fondé d’un remplacement à l’identique des réseaux de gaz vétustes. Les gestionnaires de réseau ont livré en 2016, un rapport pour passer du réseau gazier actuel à un système capable d’abord d’accepter jusqu’à 20% d’hydrogène, puis à l’horizon 2050, 100% dans les conduites, et décarboner le secteur du chauffage.

Ainsi, la première phase d’H21 North of England débute par le test d’un an, financé par Ofgem à hauteur de 7 M£, avec 20% d’hydrogène qui vient d’être lancé dans le réseau privé du campus de Keele (17 bâtiments universitaires et une centaine de foyers). Test réalisé avec ITM Power (pour l’électrolyseur produisant l’H2), le Health and Safety Laboratory (HSL), qui autorise spécifiquement la montée à 20% d’hydrogène dans le réseau, contre les 0,1% réglementaires actuels, des consultants de Progressive Energy et l’Université de Keele. Ce taux de 20% est équivalent à celui du projet Grhyd porté par Engie à Dunkerque.

La deuxième phase, HyDeploy2 se déroulera à l’Est sur le cluster Liverpool-Manchester, desservi par Cadent et à Leeds, livré par NGN. C’est d’ailleurs H21 Leeds City Gate, qui a préludé à H21 North of England. Objectif : dès 2020, alimenter 750 clients dans chaque zone avec 20% d’hydrogène. Le projet mancuno-liverpuldien mené par Cadent devrait démarrer rapidement, puis, en 2026, une injection à hauteur de 100% est prévue pour alimenter des sites industriels. La bascule totale est prévue en 2034, touchant 5 millions d’habitants, 10% de la demande gazière britannique et 10% de la consommation industrielle. A Leeds, la deuxième phase concerne des foyers, avec une injection d’hydrogène dans le seul réseau de distribution à une pression inférieure à 7 bars, pour éviter la fragilisation par l’hydrogène des conduites, l’une des problématiques de l’injection d’hydrogène dans le réseau actuel.

Capture et stockage du CO2 pour rendre soutenable la bascule hydrogène

Cette deuxième phase verra partiellement la réutilisation des moyens de production d’hydrogène de la phase 1 (électrolyse), mais sera surtout fondée sur le vaporéformage du méthane. Une technologie émettrice de CO2 qu’il faudra remplacer à terme pour «verdir» l’hydrogène. Mais, pour les concepteurs de la bascule gaz/hydrogène, la pérennité du système se fonde sur un approvisionnement à long terme stable en méthane (du biométhane, voire en passant par les gaz de schiste) ainsi que sur la capture et le stockage du CO2 (CCS) issue du vaporéformage (s’il s’agit de gaz de schiste).

D’où le choix de zones proches des champs gaziers en mer, notamment pour Cadent. Ce dernier estime en effet que les champs déplétés de Hamilton, au large de Liverpool pourraient accueillir quelque 23 millions de tonnes de CO2 gazeux ou 130 Mt en phase dense. En outre, le passage à une phase 100% hydrogène impliquera des stockages pour pallier les variations saisonnières de demande. Là encore, les gestionnaires de réseau misent sur les cavités salines présentes dans la zone, qui stockent aujourd’hui le gaz naturel de l’offshore britannique.

737 MAX : 2020 toujours sous de mauvais auspices pour Boeing

Rien ne va plus pour la filière aéronautique de Boeing depuis le crash de deux 737 MAX. Le 29 octobre 2018, un avion appartenant à la compagnie aérienne Lion Air s’était échoué en mer de Java, en Indonésie, faisant 189 victimes. Quelques mois plus tard, le 10 mars 2019, seulement six minutes après son décollage, un appareil de la compagnie Ethiopian Airlines se crashait non loin de l’aéroport d’Addis-Abeba en Éthiopie. 157 personnes ont péri dans la catastrophe. En cause : des défaillances sur le logiciel anti-décrochage MCAS (Maneuvring Characteristic Augmentation System) des appareils. Au total, 346 personnes sont décédées des suites de ces catastrophes aériennes.

Des centaines d’appareils toujours au sol

À la suite du second accident, la Federal Aviation Administration (FAA) a retiré l’autorisation de vol de l’appareil. Dans un premier temps, l’ancien patron de Boeing, Dennis Muilenburg, avait décidé de ne pas cesser la construction des appareils, mais simplement de la ralentir. Longtemps sur la sellette, l’homme a fini par être poussé à la démission le 23 décembre dernier. Ses décisions sur les rythmes de production, tout comme sa réticence à endosser la responsabilité des crashs, ont largement contribué à son désaveu.

Ainsi, dès le mois de mars, le rythme de production avait été ralenti à 42 nouvelles unités sorties d’usines chaque mois, contre cinquante-deux avant le début de la crise. En octobre dernier, Dennis Muilenburg espérait même que la production puisse atteindre 57 unités mensuelles à la fin de l’année 2020. Une prévision que l’on sait désormais intenable, car à l’heure actuelle, bien qu’espérée pour le mois de février, aucune date de remise en circulation n’a encore été officiellement annoncée par la FAA.

Depuis le début de la crise, plus de 400 avions neufs stationnent sur des parkings en attendant d’obtenir une nouvelle autorisation de vol. S’ajoutent à ceux-là les 383 appareils qui étaient en circulation avant le drame d’Addis-Abeba. En effet, plusieurs compagnies aériennes ont lourdement pâti, et pâtissent encore, de ces immobilisations. Le PDG de American Airlines, Doug Parker évaluait début janvier que sa compagnie avait perdu 540 millions de dollars du fait de ces immobilisations. Cette dernière exploitait vingt-quatre appareils, et comptait même en avoir cinquante fin 2019. Situation similaire chez la compagnie concurrente Southwest, dont les trente-quatre 737 MAX sont cloués au sol, alors qu’ils en attendaient, à l’origine, quarante de plus.

AFP

Des pertes cumulées évaluées à plusieurs milliards de dollars

Depuis lors, Boeing peine à remonter la pente et enregistre des pertes financières colossales. Le Wall Street Journal estimait à la mi-décembre que les pertes de l’avionneur s’élevaient au moins à neuf milliards de dollars. En outre, il est peu probable que la firme parvienne à redresser la barre avant a minima 2021. Et parce que Boeing est un acteur prépondérant de l’économie américaine, ces chutes de revenus ont entraîné un déclin du PIB des États-Unis estimé à environ 0,3%.  «Boeing est sans doute la seule entreprise qui, en cessant de fabriquer un seul de ses produits, peut faire du tort à l’économie américaine» expliquait au Wall Street Journal Luke Tilley, économiste chez Wilmington Trust, société de gestion de portefeuilles.

En juillet dernier, Boeing avait chargé 5,6 milliards de dollars (5 milliards d’euros) en prévision des compensations à verser aux compagnies aériennes contraintes de remplacer leurs 737 MAX par d’autres appareils pour assurer leurs rotations. Les compagnies américaines Southwest et American Airlines ont ainsi été indemnisées par Boeing entre décembre et janvier. Si les sommes n’ont pas été officiellement divulguées, American Airlines a néanmoins annoncé dans la foulée que 30 millions de dollars (28 millions d’euros) seraient répartis entre les salariés au titre de la répartition des bénéfices. Chez Southwest, le montant à répartir s’élevait à 125 millions de dollars (111,7 millions d’euros).

Malgré cela, Boeing soutient que les emplois de ses 12 000 salariés de l’usine de Renton près de Seattle ne sont pas menacés. En revanche, la situation n’est pas aussi simple pour ses six cents sous-traitants, composés de nombreuses PME. Au sein de ces structures, des dizaines de milliers d’emplois pourraient être en jeu. Partie prenante de la fabrication des moteurs des 737 MAX avec l’américain General Electrics, Safran a subi les conséquences de la crise. En 2019, les défaillances du 737 MAX auraient coûté 800 millions d’euros à la société française.

La FAA très attendue, mais un nouveau défaut a été révélé

Dès aujourd’hui, le 13 janvier, David Calhoun, ancien directeur général chez Blackstone, société d’investissement, prend officiellement ses nouvelles fonctions de patron chez Boeing. «Le Conseil d’administration a décidé qu’un changement de direction était nécessaire pour restaurer la confiance dans la société, alors qu’elle s’efforce de rétablir les liens avec les autorités de réglementation, les clients et toutes les autres parties prenantes» avait alors annoncé Boeing dans un communiqué. Pour lui, l’objectif sera clair : obtenir une autorisation rapide de la part de la FAA. Dans tous les cas, l’avenir financier ne s’éclaircira pas immédiatement car en l’état actuel, le 737 MAX n’est pas parvenu à satisfaire.

De plus, suite à un audit interne réalisé en décembre, il est apparu qu’en plus du problème de MCAS, le 737 MAX a un autre défaut. Selon le rapport d’audit consulté par le New York Times, il semblerait que deux faisceaux de câbles seraient trop proches l’un de l’autre. Cette proximité pourrait engendrer de courts-circuits, qui pourraient eux-mêmes causer un crash. Boeing pourrait donc être potentiellement contraint de fournir (encore une fois) une nouvelle version de l’appareil, bien que rien ne soit à l’ordre du jour. «Il serait prématuré de spéculer sur la question de savoir si cette analyse entraînera des modifications de conception. Notre priorité absolue est de garantir que le 737 MAX répond à toutes les exigences réglementaires et de sécurité avant sa remise en service» a préféré tempérer Gordon Johndroe, porte-parole de Boeing, dans un communiqué.

Le Danemark en nette avance sur l’éolien

Le Danemark mise sur les énergies renouvelables depuis de nombreuses années et commence à en cueillir les lauriers. Son objectif : atteindre 100% d’énergies renouvelables pour sa production électrique et réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 70% en 2030 par rapport à 1990. Ainsi, la part des renouvelables (éolien et solaire) est passée de 19 % en 2009 à 50 % en 2019.

En 2017, l’éolien représentait 43% de la consommation électrique danoise. Après un recul de 2 points en 2018 avec des vents historiquement faibles, la production éolienne a atteint un nouveau record en 2019. L’année dernière, les éoliennes du pays ont couvert 47 % de sa consommation d’électricité, contre une moyenne de 14 % en Europe. Ces bons chiffres sont en partie à mettre en perspective avec la mise en service du parc éolien offshore Horns Rev 3 en mer du Nord en août 2019 par l’énergéticien suédois Vattenfall. Avec ses 49 éoliennes MHI-Vestas de 8,3 MW, il présente une puissance totale de 407MW, en faisant le plus grand parc de Scandinavie.

Le Danemark, nettement en avance sur la France

Pourrait-on imaginer un développement aussi important de l’éolien en France ? Dans l’Hexagone, le taux de couverture de la consommation électrique par l’énergie éolienne s’établit à 6,2 % sur le troisième trimestre 2019, proche de son taux moyen entre septembre 2018 et 2019 (6,7 %). Sur la même période, l’électricité renouvelable a couvert 21 % de la consommation électrique française.

En 2015, l’ADEME a publié une étude portant sur un mix électrique français composé à 100 % d’énergies renouvelable à l’horizon 2050. Dans son scénario de référence, l’agence imaginait un mix de production électrique composé à 63 % de l’éolien terrestre et en mer, 17 % de solaire, 13 % de l’hydraulique et 7 % de géothermie et biomasse. Le coût de ce mix était quasiment identique à un mix énergétique composé à 40 % de renouvelables (117 euros/MWh). Il serait donc théoriquement et économiquement possible de développer fortement l’éolien en France.

Toutefois, un tel scénario n’est pas du tout à l’ordre du jour en France. Simplement la France compte atteindre une part d’énergies renouvelables de 40 % dans sa production d’électricité en 2030. Le parc éolien a atteint 15,9 gigawatts (GW) fin septembre 2019. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit une puissance combinant éolien terrestre et en mer de près de 40 GW fin 2028. L’éolien couvrirait alors toujours moins de 20 % de la consommation électrique française. En attendant de nouveaux objectifs ambitieux, la consultation publique sur la nouvelle PPE 2019-2028 et la seconde Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) se tiendra du 20 janvier au 19 février 2020.

Téléportation quantique entre deux puces au silicium : une première mondiale

Ne vous méprenez pas : la téléportation quantique n’est en aucun cas un moyen de transférer instantanément de la matière à travers l’espace. Loin des clichés véhiculés par la science-fiction, ce phénomène consiste plutôt à téléporter des états quantiques en respectant la théorie de la relativité restreinte. Il s’agit en réalité d’un protocole de communication axé sur la physique quantique et qui sert de base à la fabrication des ordinateurs quantiques.

La téléportation quantique, comment ça marche ?

Pourquoi parler de “téléportation” ? Le terme de téléportation quantique est utilisé pour décrire l’obtention instantanée d’une information. Comment est-ce possible ? Grâce au phénomène d’intrication quantique. Sans rentrer dans les détails de la physique quantique, on peut dire que l’intrication décrit le fait que “l’information contenue” dans une particule soit liée à une autre particule éloignée. Plus précisément, ce sont les états quantiques de ces particules qui sont en corrélation.

Bien que les ordinateurs quantiques expérimentaux soient une réalité (par exemple, Sycamore de Google), cette technologie n’en est qu’à ses balbutiements. Ce qui freine actuellement le développement de l’ordinateur quantique est, entre autres, la nécessité d’utiliser des matériaux présentant un effet supraconducteur qui a l’inconvénient d’être observable à des températures très basses, souvent proches du zéro absolu. Cet obstacle impose ainsi d’utiliser un refroidissement cryogénique coûteux, incompatible avec un usage domestique !

Première téléportation quantique entre 2 puces au silicium

Les circuits au silicium sont l’élément essentiel de nos ordinateurs traditionnels. Parce que ces puces sont utilisées depuis longtemps, les procédés de fabrication sont ainsi maîtrisés à la perfection et leur coût est beaucoup plus faible qu’auparavant. Réaliser des ordinateurs quantiques à base de silicium serait donc une vraie révolution.

Heureusement, des recherches sont en cours, notamment au CEA à Grenoble avec le consortium «Quantum Silicon», dont le but est de concevoir des bits quantiques basés sur la microélectronique du silicium.

Cet axe de recherche semble donc extrêmement prometteur. On doit ainsi à une équipe de chercheurs (dont les membres proviennent en autres du Quantum Engineering Technology Lab de l’université de Bristol) cette découverte : la première téléportation quantique entre 2 puces au silicium.

D’après l’étude publiée récemment dans le journal Nature, les puces de type CMOS qu’ils ont utilisées sont capables de produire des paires de photons intriqués et même des paquets de quatre photons (donc portant 4 qubits). Les photons produits par ces puces ont ainsi été envoyés vers une autre puce à travers une fibre optique, ce qui a permis pour la première fois l’observation du phénomène de téléportation d’états quantiques entre 2 puces au silicium.

Les promesses des technologies quantiques sont énormes. Même si des obstacles restent à franchir, la téléportation quantique permettra un jour le transfert quasi instantané d’informations sécurisées et de réaliser en quelques minutes des calculs qui prendraient des milliers d’années aux supercalculateurs actuels.

Sources : pour en savoir plus, lisez l’étude “Chip-to-chip quantum teleportation and multi-photon entanglement in silicon” publiée le 23 décembre 2019 dans le journal Nature et l’article de Laurent Sacco, pour Futura Sciences