Revue de presse anglophone #5 : Elon Musk, Donald Trump, Mark Zuckerberg, voiture connectée…

Zuckerberg président ?

zuckerberg-250Une rumeur persistante aux Etats-Unis veut que le fondateur de Facebook se soit donné comme objectif de devenir président des Etats-Unis. Mark Zuckerberg y a répondu lui-même.

Source : Techcrunch

Une application vous prévient si Donald Trump tweete à propos d’une société dans laquelle vous avez investi

tweet-trump-250Suite à ses multiples frasques sur le réseau social star Twitter, une application a vu le jour pour venir en aide aux investisseurs qui ont peur que certaines sorties du nouveau Président ne leur fassent perdre de l’argent…

Source : Washington Post

 

Pourquoi les orques sont-elles ménopausées ?

orque-250une étude suggère que les orques passent par la ménopause en raison du conflit mère-fille apparaissant lors de la reproduction…

Source : New York Times

Retour sur l’accident d’une Tesla en Floride

tesla-accident-250Il y a quelques mois le premier accident grave impliquant une voiture Tesla faisait la Une de l’actualité. Retour sur cet événement et l’analyse des données liées à cet incident.

Source : Popular Science

 

Réalité virtuelle

rv-200La tendance « réalité virtuelle » pousse les fabricants à innover pour proposer toujours plus d’application… en oubliant parfois quelles sont les spécificités de la réalité virtuelle, pour proposer du tout virtuel… grave erreur !

Source : https://techcrunch.com/2017/01/24/its-called-virtual-reality-for-a-reason/

Elon Musk parle de l’hydrogène

Une vidéo datant de 2013, mais dont le contenu est très actuel.

 

Le potentiel commercial de la voiture connectée

voiture-connectee-250Focus sur les signaux qui font de la voiture connectée dans son ensemble un marché gigantesque pour les années qui viennent.

Source : Techcrunch

 

Trump ou le retour en arrière

trump250Ce n’est pas la première analyse mettant en avant le climato-scepticisme de Donald Trump, mais depuis son élection le nouveau Président américain met ses promesses à exécution…

Source : Science Blogs

La science peut-elle prouver l’existence de Dieu ?

dieu-des-savants-250LA question qu’on se pose tout… et à laquelle la science apporte aujourd’hui de nouvelles réponses…

Source : Science Blogs

Un collège de Los Angeles paie en bitcoins une rançon suite à une cyber-attaque

bitcoin-stock-250Pour la première fois un collège vient de payer une rançon en bitcoins… une première mondiale !

Source : Washington Post

Revue du web #99 : les innovations technologiques les plus étonnantes du mois

Une montre connectée qui se recharge grâce à la chaleur corporelle

Aller racheter des piles pour votre montre ? N’y pensez plus ! Bientôt, les montres pourront se recharger grâce à la chaleur dégagée par votre corps. En tout cas, les inventeurs de la montre Matrix PowerWatch y croient dur comme fer.

Pour financer leur projet, ils avaient besoin de 100 000 $. Leur compteur affiche déjà 700 000 $ sur le site de financement participatif Indiegogo.

Sa commercialisation est prévue entre septembre et novembre 2017. A suivre.

 

Un détecteur de radioactivité dans votre smartphone

Un jeune physicien lyonnais a eu l’idée de créer un petit boîtier connecté qui permet de réaliser une cartographie des émissions radioactives autour de soi.

Rium est capable de déterminer la nature (Uranium 235, Césium 137, etc. ) et la source du rayonnement (environnement naturel ou dispositif médical par exemple).

Déjà disponible en pré-commande sur le site de financement participatif Indiegogo, il devrait être commercialisé dès 2017 au prix de 400€.

 

Un robot qui ne parle qu’en GIFs

Peeqo n’est pas qu’un petit robot peu loquace.
Mais celui qui en parle le mieux, c’est son constructeur, Abhishek Singh :

«Il a une caméra qui peut être activée par la voix, a un haut-parleur sur la tête et des micros dans ses oreilles. […] Peeqo est activé pour écouter quand il entend son nom, comme Alexa. Mais Peeqo peut aussi se redresser et cligner des yeux sur son écran. Il possède un exosquelette mou et bouge légèrement pour montrer qu’il écoute. »

Mais, surtout, Peeqo sera bientôt open source, ce qui vous permettra de fabriquer le vôtre !

 

Une voiture volante testée par Airbus

Airbus souhaite tester un premier prototype de voiture autonome volante avant la fin de l’année.

Lors de la conférence DLD (Digital Life Design) organisée en Allemagne, Tom Enders, le PDG d’Airbus, a déclaré « Il y a une centaine d’années, les transports urbains sont passés sous terre. À présent, nous avons les moyens technologiques pour nous élever dans les airs ».

Le but : proposer un service de taxis (comme dans le film Le Cinquième élément).

 

Après la voiture, le sous-marin volant !

Une université américaine développe actuellement un prototype de sous-marin capable également de voler, une double compétence qui intéresserait particulièrement le département américain de la Défense…

 

Avion du futur : les cockpits connectés

L’interface homme-machine doit évoluer selon Thalès.  Le programme Avionics 2020 engagé en 2013 fait la part belle à l’écran tactile. Mais surtout : Internet débarque dans le cockpit !

Le but : une meilleure circulation de l’information.

 

Energy Observer, le premier bateau électrique à hydrogène

Solar Impulse a volé, Energy Observer va voguer !

Comme son aîné, il fera le tour du monde propulsé par des moteurs électriques. L’énergie sera produite par des panneaux solaires et des hydrogénérateurs qui alimenteront les batteries ainsi qu’une unité de production d’hydrogène.

Le catamaran du futur s’apprête à partir ! Son voyage devrait durer six ans.

Par Iris T.

La France manque d’experts en sécurité informatique

Le chômage est encore élevé en France, mais il y a des secteurs qui ne demandent qu’à embaucher ! C’est le cas de la sécurité informatique. Selon l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), le secteur représente 40 000 emplois en France, tous métiers confondus. Mais ce n’est pas suffisant. La multiplication des attaques et des réglementations toujours plus contraignantes et complexes obligent les entreprises à recruter à tour de bras des professionnels. Les offres sont émises par les grands comptes comme EADS, Thales, Orange, Sogeti, Alcatel-Lucent, Cassidian, Capgemini, etc. Dans le public, l’ANSSI est le principal recruteur.

« Mais la tendance au recrutement de responsables de la sécurité des systèmes d’information est très forte dans les entreprises de taille moyenne », précise Alain Bouillé, le président du Cesin (Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique).

Résultat, les étudiants qui sortent de ces écoles n’ont aucune difficulté à trouver une entreprise pour les accueillir. Tous les profils sont recherchés, mais ils sont généralement très techniques. Si un bac+3 peut suffire, les entreprises misent principalement sur des jeunes diplômés de niveau bac+ 5. « Les diplômes d’ingénieurs sont particulièrement appréciés, surtout lorsqu’ils sont colorés d’une spécialité “sécurité et systèmes d’information” », précise Martine Tertulliani, responsable des ressources humaines chez Thalès.  Il existe près de 50 formations aux différents métiers de la cybersécurité en France. Elles vont du niveau bac+2 aux Mastères spécialisés comme c’est le cas à l’ESIEA à Laval.

Avec un tel bagage en poche, les étudiants pourront à terme occuper différents postes selon leurs affinités et compétences : testeurs d’intrusion, auditeurs, techniciens, développeurs, mais également Responsables de la sécurité et des systèmes d’informations (RSSI), analystes, enquêteurs « post mortem » qui analysent les attaques après coup. Sans oublier des architectes, des juristes et des formateurs.

« Mais la pénurie continuera pendant au moins 5 ans », estime David Majorel, directeur Audit & Conseil, IS&T, Digital et Cybersécurité au sein du cabinet de recrutement Michael Page. Cette pénurie explique les salaires assez élevés : un technicien support de niveau 1 dans un Security Operations Center (SOC) peut toucher autour de 40 000 euros, un analyste de niveau 3 peut prétendre à 65 000 euros, tandis que le responsable du SOC n’aura pas de mal à trouver un poste autour de 80 000 euros.

Philippe Richard

Des déchets alimentaires pour produire du graphite et de l’hydrogène

Le projet de recherche européen PlasCarb a tenu ses promesses en validant le process permettant de transformer des déchets alimentaires en graphite et en hydrogène. Le process est constitué de plusieurs étapes. “La première, bien maîtrisée est celle qui permet de transformer des déchets alimentaires en biogaz (méthane et dioxyde de carbone) dans un digesteur anaérobie. Ensuite, après une étape de purification, ce biogaz est passé dans un réacteur à plasma micro-ondes à basse température, le GasPlas, pour produire le graphite (que les chercheurs ont baptisé PlasCarbon renouvelable) et l’hydrogène”, explique Neville Slack, le coordinateur du projet au UK’s Center for Process Innovation (CPI).

Des perspectives intéressantes

Le pilote, fabriqué pendant le projet, a fonctionné pendant cinq semaines à l’été 2016. Il a permis de valider la technologie et de montrer que le graphite ainsi produit est de bonne qualité.

Le projet qui s’est officiellement achevé en novembre 2016 se poursuit néanmoins par des partenariats permettant de démontrer les applications possibles du PlasCarb (notamment via son utilisation sous forme de nanoparticules) et par la caractérisation plus précise de ses propriétés et de sa structure 3D. A ce jour, le PlasCarb a été testé avec succès dans des encres conductrices à base de nanoparticules égalant celles fabriquées avec des nanocarbones d’origine fossile et prouvant qu’il pouvait être une alternative à cet approvisionnement. Il a aussi été intégré dans des composites pour la reconstruction osseuse dont il améliore un certain nombre de propriétés et a fait l’objet d’une étude de marché pour remplacer du carbone traditionnel dans les batteries.

Sophie Hoguin

Treize grands groupes industriels s’unissent autour de l’hydrogène

La première réunion de ce “Conseil de l’hydrogène” (Hydrogen Council) a donc accueilli les réprésentants d’Air Liquide, Alstom, AngloAmerican, BMW, Daimler, Engie, Honda, Hyundai, Kawasaki, Shell, Linde Group, Total, et Toyota. Des multinationales couvrant donc toute la filière d’exploitation potentielle de l’hydrogène : mines, gaz industriels, automobile, énergie.
Objectifs: favoriser la recherche sur l’hydrogène pour en faire une réelle filière viable pour la transition énergétique. Et pour cela les entreprises participantes ont annoncé qu’elles investiraient 1,4 Md d’euros cumulés par an dans la recherche et la commercialisation de l’hydrogène. Elles souhaitent établir un cadre réglementaire favorable et créer des standards internationaux. Mais elles attendent aussi que les pouvoirs publics les soutiennent dans cette initiative et c’est là aussi l’objectif de ce conseil: établir un lobby fort et visible pour la filière hydrogène.

Les débouchés de l’hydrogène ne sont pas seulement ceux d’une alternative aux carburants actuels pour les voiture mais aussi une moyen possible de stocker les énergies renouvelables produites mais non utilisées. Reste à relever les défis de l’utilisation de masse et de la baisse des coûts encore nécessaire à la viabilité d’une telle filière.

Sophie Hoguin

Une nouvelle thérapie pour réparer et consolider les os

Osteogrow est un projet européen collaboratif coordonné par une équipe de cliniciens croates à Zagreb dont l’objectif était de mettre en place des essais cliniques pour une nouvelle thérapie régénératrice à faible coût. Il s’agit notamment d’utiliser à peu près 10 cl de sang du patient pour créer des caillots. Ces caillots sont ensuite injectés comme dispositifs autologues pour apporter une protéine morphogénétique osseuse (BMP6) au point où l’os neuf doit être fabriqué lorsque le patient est au bloc opératoire. En utilisant le sang du patient lui-même on diminue les réactions inflammatoires courantes qui apparaissent avec les autres dispositifs actuels.

Des essais cliniques de phase 2

Après des tests sur des lapins et des moutons qui ont donné d’excellents résultats, le traitement Osteogrow a été suivi avec succès par dix patients à l’Hôpital des Sœurs de la Charité à Zagreb pour des formes sévères de fracture du radius et des fractures du tibia non consolidées à répétition. Aucune complication, ni effet secondaire n’ont été enregistré. À Vienne, des chirurgiens utilisent la nouvelle thérapie pour traiter des patients atteints de pathologies dégénératives de la colonne vertébrale. Les essais cliniques se poursuivent et au total, 75 patients auront suivi ce nouveau traitement.

Devant les résultats très prometteurs, l’équipe de recherche cherche à présent des débouchés commerciaux pour son traitement qui pourrait arriver sur le marché dans les deux ou trois ans.

Un marché prometteur puisque les chercheurs estiment que le nombre de fractures osseuses éligibles à cette technique devrait passer de près de 2 millions de cas par à an à 5 millions dans les 20 ans.

Sophie Hoguin

L’ESA résolue à élargir ses partenariats en 2017

Globalement reconduite dans ses budgets à l’occasion de la réunion ministérielle de ses membres à Lucerne début décembre 2016, l’agence spatiale européenne (Esa) a toujours de nombreux programmes en cours dont certains devraient faire l’actualité tout au long de l’année 2017. Que ce soit dans le domaine de l’observation de la Terre, des télécommunications ou de l’exploration spatiale. Mais, d’un point de vue stratégique, l’Esa vise surtout à s’intégrer dans le nouvel environnement du secteur spatial qui s’annonce: un nouveau terrain de jeu où les acteurs se multiplient et se diversifient (entreprises privées, nouvelles puissances économiques, participation des citoyens etc.) au sein d’un espace digitalisé et global. Un nouvel âge que l’Esa qualifie de Space 4.0 en résonance avec le concept en vogue d’industrie 4.0.

space

Les PPP ont une place au soleil

Au centre de ce nouvel axe de développement stratégique,un encouragement fort aux partenariats publics-privés (PPP) a expliqué Jan Woermer, le directeur général de l’Esa. Mais aussi une ouverture à des coopérations plus larges et plus diverses: pays hors UE, universités, acteurs privés ou institutionnels du secteur spatial ou non auprès desquels l’Esa pourrait jouer des rôles différents selon les projets (coordination, organisation, financement ou simple facilitateur ou soutien technique etc.).

Pour assurer son entrée dans l’ère Space 4.0, l’Esa travaille aussi sur la gestion de ses données : stockage, conservation, mode de partage, ergonomie d’accès… Objectif: offrir un espace de Big Data contenant des informations commercialisables.

De Galileo à SmallGEO

Depuis mi-décembre 2016, le système de navigation européen Galileo est officiellement opérationnel. Malgré des dysfonctionnements apparus sur une dizaine d’horloge équipant certains satellites, la bonne marche du système est garantie a assuré le directeur général. Selon ce que révèlera l’enquête en cours, des changements pourraient intervenir dans la suite du programme.

En matière de télécommunication, le premier événement marquant interviendra dès le 28 janvier prochain avec le lancement d’Hispasat 36W-1. Ce satellite commercial de télécommunication espagnol sera le premier à utiliser la plateforme européenne polyvalente géostationnaire SmallGEO. Issu d’un partenariat public-privé entre l’Esa, Hispasat, OHB System, et le DLR (centre aérospatial allemand), cette mise en service doit prouver que l’Europe peut jouer un rôle significatif sur ce marché compétitif.

Par ailleurs, même si le programme GlobeNet (extension du programme de relais de données utilisant le laser – EDRS) n’a pas réussi à boucler la totalité de son budget, le deuxième noeud EDRS devrait être lancé par Ariane 5 au dernier trimestre 2017 (voir cet article http://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/le-laser-sinstalle-dans-les-communications-par-satellite-31618/).

La Terre, scrutée sous tous les vents

2017 verra plusieurs lancement de satellites Sentinelle (2B, 5P, 3B) qui viendront compléter la constellation du programme Copernicus d’observation de la Terre. Premier lancement prévu le 7 mars. En fin d’année, le lancement attendu est celui d’ADM Aeolus. Ce satellite sera le premier au monde à fournir quotidiennement des profils de vent à l’échelle du globe. Des données utiles pour le climat et pour le suivi de la pollution.

Exploration: de la Lune à Mercure

L’Esa devrait logiquement poursuivre sa coopération avec la Nasa sur la station spatiale internationale d’où reviendra le français Thomas Pesquet et où sera envoyé l’italien Paolo Nesposi. Côté exploration, une conférence internationale présentera BepiColombo, la mission conjointe avec les japonais à destination de Mercure (lancement programmé pour fin 2018) et un centre de simulation de l’environnement lunaire devrait être inauguré à Cologne au deuxième semestre. Il s’inscrit dans le concept de “village lunaire” développé par l’Esa. Jan Woermer a ainsi expliqué que ce concept recouvre aujourd’hui le regroupement de plusieurs intérêts (activités minières, astronomie, transport de charges…) mais ne s’inscrit dans aucun programme. Il s’agit plutôt d’une initiative ouverte à toutes les parties prenantes intéressées et pour laquelle l’Esa se place en coordonnateur et facilitateur.

Sophie Hoguin

En Chine, les énergies renouvelables produisent moins que prévu

La Chine a marqué les esprits en 2015 en installant, sur cette seule année, 30 GW éoliens devenant ainsi le premier parc mondial avec 145 GW, sur les 432 GW au total dans le monde. Une performance d’autant plus grande que les objectifs du pays n’étaient « que » de 100 GW en 2015. Le parc photovoltaïque est plus modeste (54 GW), mais reste le plus puissant au monde devant l’Allemagne (près de 40 GW).

20% de pertes

Malgré ces capacités installées importantes, la Chine ne tire pas le meilleur parti de ses énergies renouvelables. Selon une étude de la National Energy Administration (NEA), près de 21% de la capacité de production éolienne du pays n’a pu être utilisée sur les six  premiers mois de l’année 2016. Le photovoltaïque ne fait pas bien mieux : 19,7% de pertes en moyenne sur la même période dans les provinces de Gansu et du Xinjiang. L’institution publique explique cette sous-utilisation par un déficit manifeste d’échanges physiques entre les différents gestionnaires de réseaux de ce vaste pays. Une situation certes liée à l’insuffisance des lignes haute tension, mais pas seulement.

« De plus en plus, vous voyez des gouvernements locaux essayer de protéger leurs intérêts, ce qui signifie qu’ils ont tendance à acheter de l’énergie renouvelable produite sur leur territoire au lieu de l’importer », explique Patrick Dai, analyste chez Macquarie, à RechargeNews. Une logique clientéliste qui va jusqu’à faire démarrer des centrales thermique au charbon plutôt que de faire venir d’autres provinces de l’électricité propre cherchant un débouché. Une situation qui a poussé les autorités centrales à réagir.

Verticalité

Le gouvernement chinois est résolu à développer les échanges d’électricité verte entre provinces, quitte à redonner de la verticalité dans la politique énergétique. Une première directive impose aux GRT de contracter des volumes définis d’énergies renouvelables dans leur mix électrique. Une mesure qui devrait précéder une série d’autres. Ainsi, les gouvernements locaux devront faire le point annuellement sur leurs efforts à intégrer davantage d’Enr. Ils seront notés par Pékin et pourront faire l’objet de sanctions financières en cas d’échec. Concernant le volet technique des interconnexions, un mécanisme d’échange de certificats verts est actuellement à l’étude pour offrir un cadre réglementaire unique aux gestionnaires de réseau.

Le cas chinois montre qu’en matière de transition énergétique, les capacités installées ne sont qu’une brique, nécessaire mais pas suffisante, de l’édifice. La gestion des réseaux prend une place cruciale dans l’équation énergétique. Une problématique qui s’accentue à mesure que les Enr représentent une part toujours plus importante du mix électrique.

Romain Chicheportiche

La pêche en eau profonde mieux encadrée

Voté en juin 2016, le réglement européen n°2016/2336 encadrant le chalutage en eau profonde est entré en vigueur le 12 janvier 2017. Il répond au cadre légal mis en place par les Nations Unies pour la pêche profonde en eaux internationales.

Ce réglement n’interdit pas l’intégralité de la pêche dans les eaux profondes. Il interdit néanmoins le chalutage de fond, au-delà de 800 mètres de profondeur. Cette interdiction était attendue depuis des années par les ONG du secteur, pour empêcher une destruction des fonds marins, qui s’opère jusqu’à 2.000 mètres. Par ailleurs, les zones abritant ou susceptibles d’abriter des écosystèmes marins vulnérables devront être fermées à la pêche de fond à moins que la pêche puisse être gérée sans générer d’impacts négatifs importants.

Des fonds marins mieux protégés

Les navires, à l’exception des chaluts de fonds, pourront continuer à pêcher en eaux profondes, dans les zones historiquement pêchées. Des études d’impact environnemental seront nécessaires pour pouvoir pêcher en dehors de la zone de pêche historique, mais uniquement pour les navires classés comme « ciblant » les espèces profondes. Les autres pourront pêcher sans faire d’étude d’impact préalable.

Tout navire pratiquant la pêche à des profondeurs supérieures à 400 mètres et rencontrant des écosystèmes marins vulnérables devra s’éloigner des zones concernées d’au moins 5 miles nautiques. Son devoir sera de les signaler aux autorités en vue de leur fermeture.

Ces dispositifs de protection s’accompagnent de mesures renforcées sur le contrôle des activités de pêche, la collecte de données et l’observation scientifique à bord des navires.Des observateurs scientifiques seront notamment obligatoires sur 20% des navires ciblant les espèces profondes.

Un succès en demi-teinte

Les espèces profondes vivent longtemps, grandissent lentement et atteignent tardivement la maturité sexuelle. Leur biologie les rend donc plus vulnérables à la pêche que les espèces de surface. Le réglement ne prend finalement aucune mesure concernant la gestion des stocks de poissons. Pas plus que sur les « prises accessoires » d’espèces profondes, comme les requins.@

Notons que le texte se limite aux seules eaux européennes et aux eaux internationales de l’Atlantique Centre-Est. Selon l’association Bloom, cette disposition a été mise en place sous la pression de l’Espagne pour que ses navires, pêchant principalement en eaux internationales, ne soient pas impactés par le règlement.

Les chalutiers sont des bateaux allant de 6  à plus de 50 mètres et qui pêchent grâce à un filet conique (chalut) qu’ils traînent dans l’eau. Le chalut de fond ne pénètre pas le sédiment, mais il détériore les habitats et les organismes posés sur le fond.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La Marine américaine teste un projet off-grid

Micro-réseau

Le projet consiste à mettre en place un mode d’alimentation en électricité et en chaleur fiable pour les 121 bâtiments de l’île de Parris, en Caroline du sud, où réside le Marine Corps Recruit Depot (MCRD). Il reposera sur un parc photovoltaïque de 6,7 MW, couplé à un système de stockage par batteries d’une capacité de 8 MWh. La centrale à gaz existante sera modernisée pour la transformer en une unité de cogénération (électricité/chaleur) de 3,5 MW. Enfin, des générateurs diesel de secours seront installés en cas d’urgence. Le contrat, valorisé à 91,1 millions de dollars, prévoit l’intégration d’un système de contrôle du réseau pour optimiser la production renouvelable.

L’énergie la moins chère et la plus propre étant celle que l’on ne consomme pas, de nombreuses initiatives d’efficacité énergétique seront entreprises : remplacement de 29 000 éclairages par LED, domotique, modernisation du système de climatisation, etc. « Ce projet fournira au MCRD une source fiable de chaleur et d’énergie combinée à des contrôles avancés et à une technologie de stockage d’énergie pour permettre au site de fonctionner de manière autonome en cas de perte de connexion avec le réseau assurant le fonctionnement des systèmes critiques. Par-dessus tout, le projet vise à revitaliser l’infrastructure énergétique existante de Parris Island », s’est félicitée la compagnie. Les travaux doivent débuter ce printemps pour s’achever à l’été 2019.

Enjeu stratégique

L’armée américaine s’intéresse de près à la technologie dite « off-grid », soit hors-réseau. L’alimentation énergétique est historiquement un enjeu majeur de toutes les  forces armées, surtout lorsqu’elles se projettent hors de leurs frontières. L’organisation et les ressources qu’elle nécessite sont non négligeables incitant à la recherche de solutions alternatives. Cette expérience n’est pas une première pour l’armée américaine qui multiplie les recherches et prototypes. Dès 2014, l’US Navy a fait un test de micro-réseau à Port Hueneme, en Californie. En 2016, elle a lancé pour la première fois 4 navires propulsés par des biocarburants, Techniques de l’Ingénieur s’en était fait l’écho. L’US Air Force n’est pas en reste et étudie quant à elle les technologies de micro-grid mobiles et déployables rapidement en environnement hostile. Un essai est en cours de réalisation avec des installations encore de faible capacité (8 kW), couplées à un système de stockage. La solution n’est pas encore compétitive face aux groupes électrogènes, mais la baisse des coûts est déjà amorcée dans ce secteur de niche.

Romain Chicheportiche

Les trains hollandais carburent à l’éolien !

En 2014, le producteur d’électricité néerlandais Eneco remportait l’appel d’offres lancé par la société nationale des chemins de fer des Pays-Bas (NS) et les transporteurs ferroviaires regroupés au sein de la coopérative VIVENS. D’ici 2018, 100% des trains électriques des Pays-Bas devaient être alimentés par de l’électricité d’origine éolienne, avec des points d’étapes à 70 % en 2016 et 95 % en 2017. Le 10 janvier dernier, la NS a annoncé avoir atteint l’objectif  avec un an d’avance.

Pour transporter chaque jour plus de 600.000 passagers, le contrat comprend la fourniture de 1,4 terawattheures (Twh) par an, dont 1,2 pour le leader NS et 0,2 pour les autres transporteurs ferroviaires. Cela correspond à 1% de la consommation électrique nationale ou encore à la consommation annuelle des habitants d’Amsterdam.

De nouvelles fermes éoliennes

Pour rendre cela possible, Eneco a investi dans de nouveaux parcs éoliens aux Pays-Bas, mais se fournit aussi auprès de producteurs voisins. La moitié de l’électricité nécessaire est ainsi produite par de nouveaux parcs aux Pays-Bas. L’autre moitié est importée de Belgique, de Norvège et de Suède.

Eneco trace l’électricité à la source grâce à l’achat de garanties d’origine. Il garantit ainsi aux entreprises ferroviaires que le volume d’électricité utilisé par leurs trains chaque année est bien couvert par la production annuelle des parcs éoliens partenaires. Selon Eneco, une éolienne fonctionnant pendant une heure permet de faire avancer un train sur 200 kilomètres.

Les transporteurs ferroviaires viennent également de conclure un contrat avec le fournisseur de gaz Essent. Ce nouveau contrat devrait permettre de chauffer les locaux de la NS, mais aussi une grande partie des 400 gares du pays, avec du biométhane issu de la fermentation de déchets. Cela pourrait-il donner des idées à la SNCF et aux autres sociétés de réseaux de transport en commun?

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Pourquoi parlons-nous “bébé” aux chiens ?

Le visage attendrissant d’un chiot pourrait expliquer notre comportement, cependant une étude vient de montrer que nous continuons de parler “bébé” à des chiens adultes. De plus, alors que les chiots sont très réactifs au “parler bébé”, les chiens plus âgés n’y prêtent pas plus attention qu’au langage normal. Ces résultats, auxquels ont contribués des chercheurs de l’Institut des neurosciences Paris-Saclay (CNRS/Université Paris-Sud) basés à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne, sont publiés dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Ils suggèrent que le “parler bébé” est utilisé pour interagir avec un être vivant ne maîtrisant pas la parole. Si nous parlons ainsi à notre chien, c’est parce que nous aimerions qu’un jour il nous réponde… en parlant ! (photo: M.Gallego-Abenza)

Lorsqu’ils parlent à leurs bébés, les adultes humains utilisent un registre de parole particulier, caractérisé par un ton plus aigu et plus variable, un tempo plus lent et une articulation plus claire des voyelles. Les raisons pour lesquelles les adultes utilisent ce « parler bébé » ne sont pas clairement établies. L’émotion provoquée par les caractéristiques du visage du bébé (face ronde, petit nez…) peut être à l’origine de ce comportement. Une autre hypothèse suggère que les adultes facilitent ainsi l’apprentissage du langage et cessent d’employer ce registre quand le bébé devient capable de parler. En étudiant la manière dont les humains parlent à leurs chiens et la réponse des chiens, la présente étude apporte des éléments de réponse.

Voici des milliers d’années que le chien est devenu le meilleur ami de l’Homme et cette intimité se reflète à travers de multiples aspects de compréhension mutuelle et d’empathie. Lorsque nous parlons à nos chiens, nous utilisons souvent un registre de langage proche du « parler bébé ». De même que pour les bébés, ce « parler chien » pourrait constituer une réponse spontanée à des caractéristiques juvéniles ou représenter une tentative pour engager une interaction avec un être vivant non doué de langage. Dans le premier cas, nous devrions restreindre l’utilisation du « parler bébé » aux chiots. Tandis que dans le second, nous devrions continuer de parler ainsi aux chiens adultes. Ce sont ces hypothèses que des scientifiques américains, britanniques et français viennent de tester.

Dans une première expérience, les chercheur(e)s ont présenté des photographies de chiens d’âges divers à des adultes humains qui avaient pour consigne de dire les phrases suivantes : « Alors le chien ! Comment ça va le doudou ? C’est qui le bon chien ? Viens ici mon chien ! Ah il est gentil le chien. Ça c’est un gentil chien ! ». Les personnes devaient ensuite prononcer ces mêmes phrases sur un ton neutre. L’analyse de la structure acoustique des enregistrements montre que notre manière de parler face à des chiots est très semblable au « parler bébé »… et que nous continuons d’utiliser ce registre quel que soit l’âge du chien !

Dans une seconde expérience, les scientifiques ont fait écouter ces enregistrements à des chiens, chiots et adultes. Le chien était placé dans une pièce confortable, en présence du chercheur placé face au mur pour ne pas attirer son attention. Un haut-parleur posé sur le sol émettait successivement la phrase prononcée en « parler chien » et la même phrase en langage normal. La réponse du chien a été filmée pour être analysée.

Les résultats des expériences sont clairs : lorsque la phrase émise par le haut-parleur est prononcée de manière normale, aucun des chiens testés ne manifeste d’intérêt pour l’enregistrement. Au contraire, lorsqu’ils entendent du « parler chien », les chiots deviennent très excités, aboient et s’approchent du haut-parleur, tandis que les chiens adultes… ignorent l’enregistrement, continuant de vaquer à leurs occupations !

En montrant que les humains utilisent le « parler chien » pour communiquer avec des chiens de tous âges, cette étude suggère que ce registre particulier est utilisé pour engager des interactions avec un individu non doué de langage. Il est donc fort probable que le « parler bébé » utilisé avec notre progéniture soit motivé par notre désir de rendre notre communication plus efficace avec un être qui ne maîtrise pas encore le langage et/ou dont on pense qu’il a des difficultés à nous comprendre. Si le « parler bébé » accélère effectivement l’apprentissage du langage chez les nouveau-nés, nous aurions donc tort de nous en priver !

Du côté des chiens, les résultats montrent que le « parler chien » est très efficace pour engager une interaction avec un chiot, mais perd de son intérêt avec des chiens plus âgés. Ceux-ci attendent probablement d’autres signaux de notre part, par exemple gestuels, et/ou ne répondent qu’à des voix familières. Nous continuons pourtant de leur parler comme à des bébés, car de manière consciente ou non, nous ressentons que le chien risque de ne pas bien comprendre et nous espérons qu’il fasse des progrès… en devenant capable de nous parler !

Référence : Ben-Aderet T., Gallego-Abenza M, Reby D, Mathevon N. in press. Dog-directed speech: why do we use it and do dogs pay attention to it? Proceedings of the Royal Society of London, series B. (Une copie pdf de cet article peut être demandée par email à [email protected])

Source : cnrs

Les restrictions contre le bisphénol A se confirment

Un règlement de l’Union européenne adopté au titre de Reach fixe une restriction pour la mise sur le marché des papiers thermiques contenant du bisphénol A (BPA). Cette interdiction, qui entre en vigueur le 2 janvier 2020 concernera les papiers thermiques contenant cette substance dans une concentration égale ou supérieure à 0.02% en poids. C’est la France qui est à l’origine de cette proposition via une demande déposée en mai 2014. La France a d’ailleurs aussi fait une demande afin de classer le bisphénol A comme substance extrêmement préoccupante (SVHC). Demande à laquelle l’Echa a fait suite en classant le BPA (CAS 80-05-7) sur la liste des substances candidates à cette appellation et à la réglementation qui y est liée début janvier 2017.

D’autres bisphénols sont susceptibles d’être sur la sellette à l’avenir. En particulier le bisphénol S (BPS), envisagé comme substitut pour le bisphénol A par certains industriels. En effet, la Commission européenne a déjà demandé à l’Echa de déterminer si le BPS dans les papiers thermiques pouvait présenter des risques pour la santé en juin 2016. Les résultats sont attendus courant de l’année 2017.

Un label sans phénols ajoutés

Dans le cadre de cette suspicion envers les bisphénols et les phénols en général, l’Ineris a de son côté développé un label “sans phénol ajouté” à destination des fabricants et utilisateurs de papiers thermiques. Ce label garantit l’absence de quinze phénols dont les bisphénols A, S et F. Il vient compléter le label “tickets sans BPA” qui avait été développé dans le cadre de la stratégie nationale contre les perturbateurs endocriniens. Ce nouveau label s’appuie sur un référentiel mis au point par l’Ineris. Les mesures permettant de garantir l’absence des composés dans le papier sont effectuées “à partir de techniques d’analyses chimiques reconnues et largement pratiquées par les laboratoires”, précise l’Ineris. Les premiers labels viennent d’être attribués à Carrefour, Lidl, Système U et au fabricant de papier Koelher.

Plastics Europe contre DGCCRF : match nul ?

Côté justice, l’association Plastics Europe avait déposé une requête auprès du Conseil d’Etat pour faire annuler une note de la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) du 8 décembre 2014. Cette note fournissait des précisions concernant certaines dispositions de la loi de juin 2010 modifié en décembre 2012 suspendant la commercialisation de tout conditionnement comportant du bpa et destiné à recevoir des produits alimentaires pour les enfants en bas âge et les nourrissons.

Le Conseil d’Etat a rendu son verdict le 7 décembre 2016: il approuve la mesure de sauvegarde, estimant que cette restriction “ n’apparaît ni disproportionnée ni incohérente” mais il a tout de même annulé une partie de la note de la DGCCRF concernant les conditions d’application de la loi aux matériaux plastique fabriqués à partir de matières recyclées car la DGCCRF excède ses pouvoirs en fixant de nouvelles règles au lieu de seulement interpréter celles édictées dans la loi.

Sophie Hoguin

L’Arctique connait de lourds bouleversements

L’Arctique connait un nouveau record. En novembre et décembre 2016, l’étendue de la banquise arctique a connu quotidiennement ses niveaux les plus bas depuis le début des observations par satellites en 1979. Mi-novembre, la banquise a peiné à se reformer. La glace de la mer arctique a même diminué pendant plusieurs jours, au lieu de croître.

Selon le Centre américain de données sur la glace et la neige (NSIDC), en décembre, la glace de mer gagnait 90.000 kilomètres carrés (km2) par jour. Une vitesse de croissance beaucoup plus rapide que la moyenne à long terme (64.100 km2). Ainsi, après un gel tardif de la saison et des niveaux exceptionnellement bas en novembre, la vitesse avec laquelle la glace s’est étendue a permis d’éviter un record d’étendue moyenne mensuelle.

De nouveaux records en Arctique

Pour le NSIDC, l’étendue moyenne mensuelle des glaces de mer dépend non seulement de la moyenne quotidienne du mois, mais aussi de la vitesse de croissance des glaces. Bien que les niveaux quotidiens pour décembre 2016 aient atteint un minimum record, l’étendue moyenne mensuelle s’est élevée à 12,1 millions de km2. C’est tout juste 20.000 km2 de plus que le minimum historique atteint sur le mois de décembre 2010. Mais c’est surtout 1,03 million de km2 en dessous de la moyenne à long terme de décembre entre 1981 et 2010. Depuis décembre 1978, la glace de mer a perdu 3,4% par décennie, soit 44.500 km2.

Sur l’année 2016, une vague de nouveaux creux historiques ont été atteints en Arctique, que cela concerne l’étendue des glaces de mer, en moyenne quotidienne ou mensuelle. De nouveaux records pour janvier, février, avril, mai, juin, octobre et novembre ! Par ailleurs, l’étendue minimale de la glace de mer en fin d’été, enregistrée le 10 septembre, est au coude-à-coude avec 2007 pour être le deuxième niveau le plus bas enregistré (4,14 millions de km2). Le triste record de 2012 reste pour le moment inégalé avec ses 3,38 millions de km2.

banquise-arctique
Etendue de la glace de mer entre le 1er novembre et le 31 décembre. Ligne rouge: 2016. Ligne bleue : 2010. Ligne pointillée: 2012. La ligne grise indique l’étendue moyenne de 1981 à 2010 pour la journée indiquée,+/- 2 écart-types. Source : NSIDC.

Des températures de plus en plus chaudes

L’Arctique est la région du monde qui subit le plus rapidement le réchauffement climatique : la région se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. L’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) a annoncé courant décembre que l’Arctique venait de connaître ses 12 mois les plus chauds depuis le début des relevés de températures dans cette région.

D‘octobre 2015 à septembre 2016, la température annuelle moyenne de l’air au-dessus du sol  était ainsi supérieure de 3,5°C à celle de 1900. Dans certaines zones de l’Arctique, l’air extérieur a même atteint des températures de -5°C, au lieu de -25°C, en novembre et décembre.

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Températures moyennes quotidiennes (en Kelvin) dans la région de l’Arctique au-dessus du 80e parallèle nord en 2016 (rouge), comparées aux températures moyennes sur la période 1958-2002 (vert). L’axe horizontale correspond aux jours de l’année.  Source : DMI

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Oled flexibles : en route pour l’intégration industrielle

Pi-Scale est un projet européen qui intègre des infrastructures de recherches et des partenaires industriels de toute la chaîne de valeur des Oled flexibles. A travers Pi-Scale, ce consortium vise à fournir aux PME et industriels un accès libre à des chaînes pilotes de production pour tester la faisabilité de leurs projets et intensifier la commercialisation des produits intégrant cette technologie.

Premiers démonstrateurs, premières productions

Les premiers démonstrateurs ont été présentés en fin d’année 2016 à l’occasion de plusieurs forums ou conférences dont le 23e International Display Workshops au Japon. Il s’agissait en l’occurrence de bandes d’Oled en verre ultra-fin de 15m avec une performance de 30lm/W et un rendement proche de 100% qui avaient été produites par un procédé de dépôt d’anode R2R (roll-to-roll).

Mais, Pi-Scale offre beaucoup d’autres possibilités aux entreprises intéressées: fabrication feuille-à-feuille S2S (sheet-to-sheet) et R2R sur support verre ou plastique, barrières spéciales conditions extrêmes (haute et basse température, immersion… [voir vidéo]), toutes formes et tous design, toutes couleurs (rouge, bleu, vert, cyan, jaune, blanc…), encapsulation flexible, intégration à des produits, haute flexibilité (rayon de courbure 10mm), très faible épaisseur (0,2 mm) etc. pour des tests de production pré-industrielle de l’ordre de 5000m2 d’Oled/an.

Bientôt les premières commercialisations

Si les différentes lignes pilotes seront disponibles à partir de juillet 2017 pour tous, quatre industriels, parties prenantes du projet testent déjà leurs produits sur les démonstrateurs. Il s’agit d’Audi, de Rehau pour toutes applications à base de polymères, de Pilkington pour les applications à base de verre et de Emdedesign pour le secteur des l’éclairage des bâtiments. L’architecture, l’aéronautique et l’automobile devraient donc être les premiers secteurs à bénéficier des infrastructures issues du projet Pi-Scale mais bien d’autres secteurs sont susceptibles de s’intéresser aux Oled flexibles : télécommunications, dispositifs de santé, objets de grande consommation…

Par Sophie Hoguin

Droit de réponse

Cité plusieurs fois dans un article du 17 octobre 2016 (100% d’énergie renouvelable en France : un projet «délirant» ?), Philippe Hansen a souhaité bénéficier d’un droit de réponse.

Le voici :

Peu à peu, depuis quarante ans, la communication sur l’approvisionnement énergétique de la France a été confisquée aux ingénieurs pour se trouver partiellement, si ce n’est pas totalement aux mains d’une mouvance politique.

Pour défendre une politique énergétique qui puisse éviter à notre pays une future crise pétrolière et qui lui permette de réduire ses émissions de CO2 en conservant la croissance économique nécessaire à la cohésion sociale,  je me suis attelé sur mon site énergie-crise.fr (initialement énergie-gouv.fr) à une comparaison qui se veut objective des sources d’énergie. Une lecture critique m’a ainsi permis de démonter les principales impostures de la mouvance antinucléaire. N’étant pas professionnel du secteur, une telle publication ne peut reposer  que sur des erreurs logiques, physiques ou économiques fondamentales et non sur des points spécialisés. Seules des critiques sur la forme ont pu être opposées aux arguments avancés. Mes principaux adversaires n’ont pas répondu à mes propositions de débats en école d’ingénieurs.

Mark Jacobson propose un scénario de déploiement mondial de l’éolien et du solaire, et comme il le répète lui-même, sans système de stockage de l’électricité (autre que le solaire thermodynamique et l’hydraulique de barrage). Ce scénario repose sur une surproduction électrique et une gestion de la demande, dont il prétend ainsi pouvoir en effacer les 2/3 ! Est-ce vraiment possible pour une durée assez longue ? Testé à l’échelle des 48 états connexes des Etats-Unis, le scénario a été approuvé comme une étude théorique. Compte-tenu de la taille du pays considéré qui bénéficie d’une large variété de conditions météorologiques, l’étude pourrait être réaliste techniquement si ce n’est économiquement. Maintenant, Mark Jacobson en déduit un modèle énergétique pour 139 pays de la planète.

jacobson_hiver_2013

Testé sur la France à partir des productions éoliennes et solaires mesurées par RTE entre 2012 et mars 2016, ce mix énergétique n’assure même pas l’approvisionnement électrique hors transport pendant 23% du temps (2000 heures par an). Les simulations sur deux mois ont été publiées. Une telle constatation est en accord avec les études parues sur l’éolien ; Aucune puissance éolienne n’est garantie (Nifenecker, Techniques de l’ingénieur ! 2014), la production éolienne décroît avec la température (Flocard, 2012), la distribution de la production éolien-solaire et celle de la consommation ne peuvent coïncider (Wagner 2013). Faut-il aller chercher aussi un auteur à Stanford pour affirmer que le photovoltaïque produit, dans notre pays, quatre fois moins en hiver qu’en été et que la demande de chaleur en Europe y est maximale à cette période-là ? Pourquoi nier que la somme d’une fonction aléatoire et d’une fonction périodique ne donne pas une fonction à peu près constante ?

Il est assez curieux, dans une revue technique, de voir opposer à des mesures en accord avec la littérature théorique une publication non encore validée au seul motif que l’auteur appartient à une université réputée et partage les opinions de la rédaction.

D’autant plus que Mark Jacobson a modifié son mix énergétique, le jour même où il a pris connaissance de la simulation pour la France en introduisant 130 TWh de solaire thermodynamique à concentration. Ainsi les sources modulables passent de 3 à 14 %, un aveu de la faiblesse de son plan ? Une telle production représenterait une surface de 2000 km2 de miroirs dans le sud de la France et un surcoût annuel de 35 milliards d’euros . Mais en restant dans des puissances et des stockages raisonnables, le CSP (Concentrating Solar Power ) ne peut combler les failles du scénario : un déficit de 80 GW pendant 15 jours, durée de référence pour les périodes sans vent en Europe de l’Ouest. La situation serait pire dans les grands pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne, qui ne reposent que sur des sources électriques fluctuantes.

Il est étrange de faire appel au scénario ADEME pour justifier Jacobson. En effet, cette étude exploratoire en montre plutôt les limites. Elle se donne un objectif deux fois plus faible de production électrique, pour profiter d’une plus grande part d’hydraulique. Elle utilise le report de consommation, le stockage et, malgré tout, nécessite encore des importations d’électricité de centrales  thermiques.

Un travail d’ingénieur ne se limite pas à utiliser des densités surfaciques, sur un coin de table. Il existe un territoire sur lequel il y a d’autres activités, un patrimoine immobilier et naturel. Les études d’impact vont bien au-delà de la zone des 500 mètres, utilisée pour déterminer la surface consommée par les parcs éoliens. Le potentiel éolien calculé par l’ADEME consiste en 17 000 parcs. En considérant les lumières clignotantes la nuit aux sommets des mâts, il y a de quoi transformer un pays millénaire en sapin de Noël. L’ADEME est partie, elle, de 10 000 parcs éoliens dans le scénario de référence, puis s’est replié sur 6000 (dans un le cas d’une acceptabilité modérée), puis sur 4000 (dans le cas d’une acceptabilité très contrainte). Lorsque les autorités régionales ont voulu déterminer leur potentiel éolien, elles ne trouvent que 1700 à 3000 parcs possibles. Que de contradictions avec une étude qui s’affranchit du stockage et envisage un déploiement éolien délirant. Il ne faut pas lire que le titre des études.

Pour poursuivre sur cette dernière remarque, dans la seule publication (Scénario Message Supply–N) qui décrit un scénario énergétique mondial  permettant de stopper le réchauffement climatique, nous ne proposons pas « de construire 7000 GW entre 2060 et 2100 », ce qui est la description du scénario IIASA mais 17 000 à 20 000 GW entre 2020 et 2100, ainsi que 1500 centrales solaires de 100 km2 et 2 millions d’éoliennes.

Il est étonnant de lire, dans le pays qui a recyclé plus de trois fois le plutonium dans le réacteur Phénix, que le nucléaire ne serait pas renouvelable. C’est le cas politiquement, mais physiquement, le caractère renouvelable du nucléaire a été démontré dès 1983 par Cohen (publication téléchargeable sur le site de l’université de Stanford !) : il s’agit d’extraire une partie de l’uranium apporté par les fleuves dans la mer. Aujourd’hui les études américaines, japonaises et chinoises sur l’extraction de l’uranium de l’eau de mer se poursuivent et on arrive à des retours énergétiques entre 20 et 1000, alors que les publications récentes de Hall, Pietro et Weissbach  ramènent celui du solaire en Europe à un intervalle 4-6 à partir des seuls facteurs physiques. Bien sûr, on peut contester ces études, mais alors il faut expliquer pourquoi.

Enfin comme la production solaire est en opposition de phase avec la consommation énergétique, il est faux de prétendre qu’il est possible de répondre à une demande énergétique par la même quantité d’électricité solaire produite annuellement par un autre mix énergétique. Il faudrait investir dans 1600 GW solaires tous les vingt-ans. Pour sortir des fossiles le compte est vite fait : 3200 milliards d’euros jusqu’en 2050 sans les batteries ; au lieu de 300 pour le nucléaire. On peut se demander pourquoi sacrifier des milliers de kilomètres carrés contre le risque d’en perdre quelques centaines par une fusion de cœur sur un réacteur nucléaire.

La faible performance de l’éolien-photovoltaïque n’est pas due à des contraintes techniques, mais à des facteurs physiques immuables : la hauteur du soleil en hiver ou en été, la pente des toits, le rendement maximal des transitions électroniques, la puissance en fonction de la vitesse du vent, etc… La vérité est donc qu’un pays à notre latitude et notre densité de population ne peut reposer très majoritairement que sur l’atome pour produire une électricité sans  carbone. L’intérêt du solaire et de l’éolien est faible pour le réseau électrique, c’est ce qui fait  la faillite du système électrique de Jacobson, qui ne résisterait pas à des hivers exceptionnellement froids.

En France, le photovoltaïque et l’éolien coûtent plus de 5 milliards d’euros par an à la collectivité, bien plus que les ratés du nucléaire, dont le bilan est globalement très positif. Les éoliennes et le photovoltaïque sont importés, et il nous restera des éoliennes et des panneaux usés sur les bras lors de leur fin de vie. Avec le nucléaire nous accumulons de la matière fissile réutilisable chaque année et des platinoïdes pour nos descendants dans les colis vitrifiés. Lors de l’accident de Fukushima, il n’y a pas eu d’impact des radiations sur la population civile, alors que les réacteurs étaient beaucoup moins sûrs que les nôtres. Ils n’avaient pas de recombineurs passifs d’hydrogène, qui auraient évité l’explosion, ni de filtres à sable qui auraient limité les rejets. L’accident n’aurait pas eu cet impact avec nos réacteurs. En parallèle, on ne montre pas les techniciens brulés au sommet des éoliennes ou les installateurs de photovoltaïque qui tombent des toits. Lorsque des journalistes indépendants, comme ceux de Forbes récemment, reprennent des études scientifiques, le nucléaire dépasse les autres énergies, mêmes dans les bilans sanitaires. Nous pouvons donc continuer dans le nucléaire sans regretter qu’une meilleure alternative ne soit disponible et il n’est pas normal d’être mis publiquement en cause pour l’avoir défendu.

L’article à l’origine de ce droit de réponse est disponible ICI.

Philippe Hansen

Dans les Droits de réponse, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.

Des leviers d’actions gagnants pour les démarches qualité des TPE PME

L’existant est-il optimisé ?

On constate souvent deux angles morts dans la conduite des démarches qualité, notamment dans les TPE PME :

  • La place de l’humain et du champ social, question escamotée comme si la dimension sociale de l’entreprise n’était pas légitime dans une démarche qualité ;
  • La compréhension systémique de l’entreprise, souvent sommaire ou simpliste et donc peu opérante pour aider l’entreprise face à ses enjeux.

Ces deux angles morts sont d’ailleurs liés par la même croyance malheureusement largement partagée dans l’entreprise, que la performance est avant tout question de technique et d’outils bien utilisés ! Cette croyance s’accompagne souvent d’une certaine méfiance vis-à-vis de ce qui n’est pas tangible et quantifiable.

Ce ne serait pas grave si le tabou dont semblent frappés ces sujets n’avait des conséquences dommageables pour les performances des entreprises :

  • Inefficacité relative de la démarche qualité par faiblesse du modèle de fonctionnement (faiblesse d’analyse systémique) ;
  • Faible implication du personnel faute de prise en compte réaliste de l’humain (faiblesse du champ social).

Et pourtant nombreux sont ceux qui ont alerté sur la question. Déjà dans les années 1970 Joseph JURAN avait alerté sur la double dimension du changement, technique et culturel, et sur la nécessité de prendre en compte les répercussions sociales si l’on veut que le changement technique soit accepté.

Quarante-cinq ans plus tard, Philippe Lorino redit presque la même chose, comme si aucun progrès n’avait été fait sur cette question : « A la philosophie de base, qui date des années 30, on peut tout à fait ajouter une dimension qui prenne en compte le dialogue social et les organisations représentatives des salariés. C’est en effet le principal angle mort de la méthode Lean historique » (Cf. article de Philippe LORINO (Professeur Eminent ESSEC) dans l’article donné à l’Usine Nouvelle en octobre 2014).

Ne pourrait-on pas mieux prendre en compte la réalité de l’entreprise et sa complexité dans les démarches qualité et élargir le modèle techniciste qui prévaut encore ?

Peut-on s’extraire du modèle classique ?

L’évolution du référentiel ISO 9001 en 2015 offre des ouvertures à explorer.

Ainsi par exemple, dans l’ISO 9000, la définition de système de management de la qualité (« SMQ » dans la suite ou simplement « système » pour ne pas alourdir la lecture) s’enrichit et précise sa relation avec les processus.

§ 3.5.3 – Système de management : ensemble d’éléments corrélés ou en interaction d’un organisme, utilisés pour établir des politiques, des objectifs et des processus de façon à atteindre lesdits objectifs. (rappel : SMQ = partie d’un SM relatif à la qualité).

Cette définition suggère que les processus sont établis et déterminés par des éléments du système de management. Que sont ces éléments constitutifs du système de management ?

Monsieur Nigel CROFT, chef du comité technique de l’ISO en charge de la rédaction des référentiels ISO 9000, 9001 et 9004, a répondu à cette question lors d’une de ses conférences de présentation de l’ISO 9001 en regroupant ces éléments en trois catégories désignées par :

  • « Hardware » : équipements, installations, réseaux …,
  • « Software » : connaissances formelles, brevets, procédures …,
  • « Humanware » : humains, valeurs, expériences, savoirs, comportements …

Ces trois éléments se rencontrant et interagissant notamment lors de la mise en œuvre des processus d’une l’entreprise.

En France, une pratique largement répandue consiste à considérer qu’un système de management de la qualité est composé uniquement d’un ensemble de processus. Pour cela, les tenants de cette approche n’hésitent pas à tordre la définition de l’ISO 9000, pour aboutir à ce que les éléments du système, qui créent et établissent les processus, soient finalement phagocytés par ces derniers, à l’instar de la figure de l’humanoïde de Science-Fiction qui se retourne contre son créateur !

Pour s’en convaincre, citons la note 2 de la définition de système de management qui précise :

« Les éléments du système de management comprennent la structure, les rôles et responsabilités, la planification, le fonctionnement de l’organisme, les politiques, les pratiques, les règles, les convictions, les objectifs et les processus permettant d’atteindre ces objectifs. »

Ne serait-il pas alors possible et utile de considérer que le système de management de la qualité est composé d’autres éléments que les seuls processus dont les finalités opérationnelles et économiques, pour importantes qu’elles soient, ne recouvrent pas la totalité des enjeux des parties intéressées de l’entreprise ?

Une entreprise est un système qui créé de la valeur pour les parties intéressées. Selon les parties intéressées considérées on sera enclin à considérer l’entreprise de différents points de vues :

  • d’un point de vue économique : clients, activités, produits et services, chiffre d’affaires, rentabilité, investissement …,
  • d’un point de vue social : emplois, rémunérations, conditions de travail, relations sociales …,
  • d’un point de vue stratégique : compétition, changement, alliances, pouvoir, décisions …

Nous avons beaucoup agit dans les démarches qualité, s’appuyant sur les finalités satisfaction clients et conformité des produits et services du SMQ, comme s’il suffisait de prendre en compte la dimension économique de l’entreprise, siège des activités productives de biens et de services fournis aux clients, pour obtenir un fonctionnement optimisé.

De plus, il a souvent été considéré que les deux autres dimensions de l’entreprise devaient finalement se mettre au service du champ économique pour l’intérêt de tous !

Le modèle largement répandu de système de management de la qualité fondé sur des processus (champ économique) peut se lire de cette façon, comme un modèle réducteur, éclipsant et bridant les deux autres dimensions de l’entreprise :

  • La dimension stratégique, en la réduisant aux principes de leadership et de prise de décision fondée sur les preuves comme si les affects, les essais-erreurs, la chance, les égos … n’entraient pas dans la compétition économique et les prises de décision ;
  • Le social, en le réduisant aux principes d’implication du personnel et à la gestion des « ressources humaines », appellation souvent mal acceptée par ceux qu’elle désigne, comme si les personnes appartenaient à l’entreprise et n’avaient pas, individuellement, un parcours professionnel à construire, à entretenir et à valoriser.

C’est un peu comme si pour obliger un véhicule à aller le plus loin possible en avant, on limitait son rayon de braquage pour l’empêcher de dévier à droite ou à gauche et qu’on supprimait la marche arrière et le frein pour l’obliger à avancer coûte que coûte. Cela ne serait pas efficace n’est-ce pas ?

Et bien, toutes choses égales par ailleurs, c’est pourtant ce que l’on peut voir dans de nombreuses entreprises pour ses dimensions bridées.

Comment faire évoluer le modèle classique ?

Nous savons pourtant depuis longtemps, grâce à la théorie des systèmes élaborée dans les années 1950-60 que « la régulation d’un système n’est efficace que si elle s’appuie sur un système de contrôle aussi complexe que le système lui-même » (in. « Le Macroscope » J. de Rosnay – 1975). Cela est connu sous le nom de « loi de la variété requise » proposée par Ross Ashby en 1958 et jamais démentie depuis, à ma connaissance.

Il ne paraît donc pas déraisonnable de s’interroger sur la variété requise des modèles de systèmes de management de la qualité associés aux démarches qualité dans les entreprises !

Le SMQ, par définition outil permettant d’orienter et diriger un organisme en matière de qualité, peut-il s’acquitter efficacement de sa tâche sans prendre en compte les trois champs d’actions principaux existant dans l’entreprise : économique, stratégique et social ?

Notre réponse est non ! Et c’est cette prise en compte systémique que nous proposons dans notre méta-modèle de système de management de la qualité illustré par la figure associée à cet article :

iso9001

Ce modèle s’est construit progressivement dans la confrontation de l’expérience pratique dans les entreprises et la réflexion à partir des approches existantes des démarches qualité, incluant la perception des angles morts présentés au début de cet article.

La plus grande difficulté a été d’identifier, à côté de l’élément « processus » – représentant la projection du champ « Economique » sur le SMQ –, les éléments qui pourraient représenter efficacement les champs Stratégique et Social de l’entreprise tout en faisant partie du SMQ. Autrement dit, trouver une projection pertinente des champs Stratégique et Social dans le SMQ.

Un résultat possible, testé avec succès dans plusieurs TPE – PME, propose les éléments concrets suivants :

  • Les instances de pilotage et de décisions, représentant le champ Stratégique projeté au niveau du SMQ ;
  • Les métiers, représentant une projection du champ Social sur le SMQ.

Dans la pratique, ce modèle s’est avéré opérant car il traduit des réalités et permet de rendre compte de l’existence de champs d’actions et de logiques spécifiques aux acteurs de l’entreprise, logiques qui ne sont pas naturellement convergentes et qui interagissent en permanence dans une succession temporelle de compromis et d’équilibres à établir.

S’il est compréhensible que d’un point de vue Economique on puisse souhaiter que les décisions prises et les compétences des acteurs soient entièrement consacrées à la performance des processus, la réalité du terrain nous montre quotidiennement que c’est un tout petit peu différent et plus complexe. Continuer à faire semblant n’est pas un crime mais ça n’est probablement pas la voie optimale !

Comment introduire ce modèle dans l’entreprise ?

En pratique, dans entreprise, les rappels théoriques ne sont pas indispensables, et nous posons directement la question suivante aux acteurs : « De quoi dépend la performance de votre entreprise ? »

Ce brainstorming conduit généralement aux réponses suivantes :

  • de la réussite commerciale,
  • de la qualité des prestations et produits,
  • des personnes,
  • des moyens matériels mis à disposition
  • de la direction,
  • de la bonne circulation des informations,
  • des moyens financiers,
  • du climat social,
  • etc.

Nous leur disons : « Vous avez raison ! Et ce que l’on va faire ensemble va intégrer tout cela autour de trois domaines ou leviers d’actions :

  • les processus pour développer l’esprit d’équipe et l’efficacité des activités (commerciales, techniques, administratives) au service des clients ;
  • les métiers pour développer d’une part les savoir-faire et les compétences nécessaires aux processus et d’autre part votre capital-emploi ;
  • le pilotage et les décisions parce que sans cela il n’y a pas de réussite possible ! ».

Pour conclure, c’est grâce à ces trois leviers de notre modèle et à ses déclinaisons et variations opérationnelles, intégrant notamment mais pas uniquement l’approche risques et le principe d’action PDCA, que nous construisons des systèmes de management de la qualité partagés par les acteurs de l’entreprise, contribuant efficacement aux performances et aux objectifs stratégiques des TPE – PME qui nous font confiance.

Par Olec Kovalevsky, Consultant en organisation et démarches qualité Pilote du groupement Performance Qualité TPE PME

 

Postface pour les sceptiques

Terminons, à l’attention de ceux qui pourraient douter de la pertinence de distinguer les éléments « Instances de pilotage et de décisions », « Processus » et « Métiers », par deux extraits de Michel Crozier et Erhard Friedberg dans « L’acteur et le système ».

« Le décideur ne cherche pas l’optimum, la meilleure solution dans l’absolu, qui est de toute façon hors de sa portée, mais il cherche pourtant toujours une solution « rationnelle ». Qu’elle sera-t-elle ? La première solution qui répond aux critères de rationalité qui sont les siens. L’homme n’est pas un animal qui cherche l’optimisation mais la satisfaction. » (cf. modèle de rationalité limitée introduit par Herbert Simon).

« Accepter de penser que c’est au niveau des capacités seulement que l’action sur les hommes ou pour les hommes a un sens pratique permet d’éviter ce piège de la morale éternelle : faire le bien des hommes sans leur demander leur avis. Agir sur les motivations, quelles que soient les intentions, entraîne à toutes les complaisances. Aider les hommes à développer des capacités nouvelles dont on accepte qu’elles puissent s’exercer contre vous offre un pari plus difficile mais raisonnable, et d’autant plus raisonnable qu’il est moins dangereux moralement. Ce pari est associé naturellement à la vision de rationalité limitée, de coopération impossible sans conflit et de relations de pouvoir universelles et inévitables. »

 

Références :

  • « Le Macroscope » Joël de Rosnay – 1975 – Editions du Seuil
  • « L’acteur et le système » Michel Crozier et Erhard Friedberg – 1977 – Editions du Seuil
  • « Réconcilier la stratégie et l’opérationnel – l’approche « processus – compétences » René Demeestere, Vincent Genestet et Philippe Lorino – 2006 – Editions ANACT
  • « Règles, Métier et Processus – trois explorations » Laurent Chiozzotto, Dominique Fauconnier, Michel Raquin – Editions L’Harmattan – 2013
  • « Mettre à niveau son système de management de la qualité avec l’ISO 9001 : 2015 » Olec Kovalevsky – 2016 – Techniques de l’Ingénieur (Livre blanc téléchargeable)

Présidentielles 2017 : les acteurs du numérique veulent faire entendre leurs voix

L’ACSEL, Cap Digital, la FEVAD, France Digitale, Renaissance Numérique, le SNJV, Syntec Numérique, Systematic Paris-Region et Tech In France ont créé en décembre 2016 le collectif France Numérique 2017. Cette action vise à sensibiliser les partis politiques et les candidats a l’élection présidentielle de 2017 aux enjeux du numérique, et au levier qu’il représente pour l’emploi et la croissance économique en France.

Comparer les programmes en ligne

Sur leur plateforme internet, un questionnaire permet de recueillir les propositions des candidats sur sur cinq thématiques liées au numérique : Financement de l’innovation et croissance numérique ; Juridique-Régulation-Réglementation ; Économie de plateforme et modèles collaboratifs ; Éducation et formation ; Numérique et volet social. A terme, les réponses au questionnaire permettront de comparer les programmes de chacun sur la question du numérique. Le collectif annonce par ailleurs l’organisation de débats au cours de la campagne qui seront retransmis sur cette plateforme. En attendant, le Think Tank Renaissance Numérique recueille les propositions et petites phrases des candidats dans une tribune hebdomadaire publié sur l’Usine Digitale.

Revoir le financement de la Tech

Le financement est au coeur des enjeux pour les sociétés du numérique française. Tech In France (ex Afdel) qui veut rassembler les éditeurs et les sociétés d’internet, a présenté son recueil de propositions pour “renforcer l’écosystème du numérique en France”. Elles visent notamment à favoriser l’investissement des particuliers dans le PME innovantes via les FCPI (fonds Professionnels de Capital-Investissement), à orienter l’épargne existante vers les PME innovantes et à développer le corporate venture en le rendant plus attractifs pour les entreprises qui s’y investissent.

Pour Bertrand Diard, président de Tech In France, “notre chaîne de financement comporte des maillons faibles […] et il manque encore des acteurs de l’investissement susceptibles d’accompagner jusqu’à la phase de maturité les prochaines licornes”.

Des propositions qui sont aujourd’hui largement partagées par d’autres acteurs de l’innovation comme France Biotech par exemple (voir cet article).

Par Sophie Hoguin

L’ombre des pirates sur les élections ?

Pour truquer une élection, le « bourrage des urnes » est connu. Mais ce grand classique de la fraude semble aujourd’hui désuet à l’heure d’internet et de l’hyper connexion. Le résultat d’une élection se joue-t-il à distance, via l’Internet ? C’est ce qu’affirme l’administration d’Obama. Selon les services de sécurité américains, les Russes ont « misé » sur Trump en lançant l’opération Grizzly Steppe.

L’objectif de cette attaque informatique aurait consisté à pirater le parti démocrate afin de faire « fuiter » (à destination de WikiLeaks) des documents échangés par emails par John Podesta. Les courriers électroniques du chef de campagne d’Hillary Clinton font mention notamment de trois discours de l’ex-secrétaire d’État rémunérés par la banque Goldman Sachs et mettant ainsi en lumière ses liens avec Wall Street.

Cette opération aurait été menée par un groupe de pirates russes appelé APT29. Il aurait envoyé des emails contenant des liens malveillants à plus de 1 000 destinataires. Évidemment, des personnes ont cliqué sur ces adresses, ce qui a entraîné une infection et une prise de contrôle à distance de leur ordinateur.

Mais est-ce la réalité ? « Les preuves présentées par les Américains sont un rapport de 13 pages, dont 5 qui concernent des méthodes d’attaques utilisées par de nombreux groupes de cybercriminels et 8 qui ne servent à rien. Finalement, on n‘a pas la preuve formelle de cette attribution. C’est le problème du cyberespace : il est très facile de masquer ses traces ou d’utiliser les outils d’attaques des autres », a rappelé fort justement sur BFMTV Gérôme Billois, Cybersecurity Senior Manager chez Wavestone, un cabinet de conseil, notamment en sécurité informatique.

Rien ne dit que ces fuites ont influencé les grands électeurs américains. En réalité, la menace est ailleurs. Elle se trouve principalement dans les machines à voter. Il existe plus de 50 modèles différents aux États-Unis. Et selon les chercheurs de l’université du Michigan, spécialistes du vote électronique, ils sont tous piratables ! Un constat confirmé d’ailleurs fin décembre en Allemagne lors du Chaos Computer Congress, grand-messe des hackers.

Pour rassurer les électeurs, les fabricants de ces appareils exposent un mauvais argument : ils ne sont pas connectés à Internet. Mais l’on sait depuis longtemps qu’il est possible d’infecter une machine sans liaison. Par ailleurs, une carte mémoire contenant les paramètres du vote est insérée dans chaque machine avant chaque scrutin. Or, les ordinateurs qui les configurent sont fréquemment raccordés à Internet…

Par Philippe Richard

Premiers signes de l’étrange propriété quantique du vide ?

L’analyse, au moyen du Very Large Telescope de l’ESO, de la lumière émise par une étoile à neutrons caractérisée par une extrême densité et un puissant champ magnétique, a peut-être conduit une équipe d’astronomes à mettre en évidence les toutes premières preuves de l’existence d’un étrange effet quantique, envisagée au cours des années 1930. La polarisation de la lumière observée suggère que l’espace vide situé en périphérie de l’étoile à neutrons est l’objet d’un effet quantique baptisé biréfringence du vide.

Une équipe pilotée par Roberto Mignani de l’INAF Milan (Italie) et de l’Université de Zielona Gora (Pologne) a utilisé le Very Large Telescope (VLT) de l’ESO installé à l’Observatoire de Paranal au Chili pour observer l’étoile à neutrons RX J1856.5-3754 distante de quelque 400 années-lumière de la Terre.

Bien qu’elle figure parmi les étoiles à neutrons les plus proches de la Terre, RX J1856.5-3754 se caractérise par une luminosité extrêmement faible. Pour pouvoir observer cette étoile dans le domaine visible, les astronomes ont donc été contraints d’utiliser l’instrument FORS2 qui équipe le VLT, poussant le télescope à sa limite technologique.

Les étoiles à neutrons constituent les vestiges des noyaux extrêmement denses d’étoiles massives – de masse supérieure à 10 masses solaires – qui ont explosé en supernovae à la fin de leur vie. Elles sont par ailleurs dotées de champs magnétiques extrêmes, des milliards de fois plus puissants que celui du Soleil, qui transpercent leur enveloppe externe et baignent leur environnement proche.

Du fait de leur intensité, ces champs affectent les propriétés de l’espace vide situé en périphérie de l’étoile. En règle générale, le terme vide désigne un espace totalement vierge, que la lumière peut traverser sans subir la moindre perturbation. En électrodynamique quantique (QED) toutefois, cette théorie quantique qui décrit l’interaction entre particules de lumière et corpuscules chargés tels les électrons, l’espace est rempli de particules virtuelles qui apparaissent et disparaissent à chaque instant. Les champs magnétiques très intenses sont susceptibles de modifier cet espace, et donc de modifier la polarisation de la lumière qui le traverse.

Mignani de préciser : “Selon la QED, un vide fortement magnétisé se comporte à l’image d’un prisme vis à vis de la propagation de la lumière, et produit un effet baptisé biréfringence du vide.”

La QED a donné lieu à la formulation de nombreuses hypothèses qui se sont avérées exactes. Toutefois, le concept de biréfringence du vide n’a pour l’instant pas trouvé le moindre écho expérimental. Les expériences de laboratoire menées ces 80 dernières années – depuis sa formulation au sein d’un article co-signé par Werner Heisenberg (auteur du célèbre principe d’incertitude) et Hans Heinrich Euler – n’ont effectivement pas permis de le mettre en évidence.

“Cet effet ne se manifeste qu’en présence de champs magnétiques extrêmement puissants, tels ceux qui règnent en périphérie d’étoiles à neutrons. Ce qui témoigne, là encore, des formidables laboratoires d’étude des lois fondamentales de la nature que constituent les étoiles à neutrons” précise Roberto Turolla (Université de Padoue, Italie).

Après avoir effectué l’analyse minutieuse des données du VLT, Mignani et son équipe ont détecté un effet de polarisation linéaire – d’environ 16%, ce qui est significatif – qu’ils ont interprété comme la résultante directe de la biréfringence du vide qui se produit au sein de l’espace vide situé en périphérie de RX J1856.5-3754 [2].

Vincenzo Testa (INAF Rome, Italie) d’ajouter : “Il s’agit de l’objet le plus faiblement lumineux dont la polarisation du rayonnement qu’il émet a jamais été mesurée. Cette mesure a requis l’utilisation de l’un des télescopes les plus grands et les plus performants au monde, le VLT, ainsi que l’emploi de techniques d’analyses de données très précises, capables d’amplifier le signal en provenance d’une étoile si peu brillante.”

“Nos modèles ne peuvent rendre compte de la polarisation linéaire élevée que nous avons mesurée au moyen du VLT, qu’à la condition d’y inclure les effets de biréfringence du vide prédits par la QED”, précise Mignani.

“Cette étude réalisée avec le VLT apporte le tout premier élément de preuve observationnelle en faveur de ces types d’effets QED censés se produire au sein de champs magnétiques extrêmement puissants” ajoute Silvia Zane (UCL/MSSL, Royaume Uni).

Mignani est enthousiaste à l’idée que la prochaine génération de télescopes contribue à des avancées dans ce domaine de recherche : “Les mesures de polarisation effectuées au moyen de télescopes plus perfectionnés, tel l’E-ELT, l’European Extremely Large Telescope de l’ESO, pourraient permettre de tester les prédictions de la QED relatives aux effets de la biréfringence du vide dans la périphérie d’un plus grand nombre d’étoiles à neutrons”.

“Cette mesure, effectuée pour la toute première fois en lumière visible, ouvre la voie à de semblables détections dans le domaine des rayons X”, conclut Kinwah Wu (UCL/MSSL, Royaume-Uni).

Notes

[1] Cet objet fait partie intégrante d’un ensemble d’étoiles à neutrons baptisé Les Sept Magnifiques. Ce sont des étoiles à neutrons isolées (INS), dépourvues de tout compagnon stellaire, qui n’émettent aucun rayonnement radio (à la différence des pulsars) et ne sont pas environnées de matière issue d’une supernova.

[2] D’autres processus peuvent polariser la lumière stellaire au cours de son déplacement. L’équipe a soigneusement examiné ces autres hypothèses – la polarisation résultant de la diffusion par les grains de poussière par exemple – avant de les éliminer une à une, aucune d’elles ne leur apparaissant susceptible d’avoir généré le signal observé.

Plus d’informations

Ce travail de recherche a fait l’objet d’un article intitulé “Evidence for vacuum birefringence from the first optical polarimetry measurement of the isolated neutron star RX J1856.5−3754”, par R. Mignani et al., à paraître au sein de la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society.

Source : eso

Piratage des appareils médicaux : panique au bloc

Jusqu’à présent, les rappels organisés par les industriels ou les distributeurs concernaient des anomalies dans le fonctionnement d’un appareil ou d’une voiture ou la détection de traces suspectes (comme des bouts de métal dans des boites de conserve). Il faut maintenant s’habituer aux rappels à propos de failles de sécurité dans les équipements médicaux !

La réalité a rejoint la fiction. Dans la série Homeland, le vice-président Walden est assassiné à distance au moyen de son pacemaker déréglé par un pirate. Cette attaque n’est pas un délire de scénariste ; comme la majorité des appareils connectés, ce type d’équipement intègre un faible niveau de sécurité, voire une absence totale de mécanismes de protection.

Fin décembre, le laboratoire pharmaceutique Johnson&Johnson est entré en contact avec 114 000 patients aux États-Unis et au Canada. L’un de leurs modèles de pompe à insuline présente une vulnérabilité. Exploitée malicieusement, elle permet d’injecter une dose potentiellement mortelle pour son porteur.

Cet exemple n’est pas unique. Depuis quelques mois, les révélations sur les vulnérabilités de ces équipements se multiplient. Jay Radcliffe, chercheur en sécurité chez Rapid7, lui-même diabétique, a par exemple démontré que le flux de connexion de sa pompe à insuline n’était pas chiffré. En clair, cela signifie qu’il peut être intercepté pour y injecter des données altérées.

Face à ces menaces, la FDA (Food and Drug Administration) a commencé à prendre des mesures drastiques dès 2015. A cette époque, elle avait ordonné le retrait du marché des pompes à perfusion Symbiq de l’américain Hospira. Raccordées en wi-fi, elles pouvaient être modifiées à distance. Pas de cas identique en France. Mais la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié un guide de 101 bonnes pratiques afin de concevoir des objets connectés médicaux plus sûrs.

Ce guide est d’autant plus important que la menace concerne aussi les équipements hospitaliers comme les scanners et les IRM qui sont aujourd’hui raccordés au web ou à des réseaux. Comme un PC, ils peuvent donc être infectés par un code malveillant via une liaison internet ou une clé USB. La situation commence à être prise au sérieux par les autorités et les fabricants car le nombre d’incidents déclarés volontairement par les établissements s’est élevé à 1300 en 2015. Mais à la différence de l’informatique de bureau, la problématique est plus compliquée à gérer. « Si un client applique une modification d’un tel système comme la mise en place d’un correctif, cela entraîne la perte d’agrément de santé », signale Philippe Loudenot, Fonctionnaire de sécurité des systèmes d’information au ministère des Affaires sociales.

Philippe Richard

Corps humain : un nouvel organe entre dans le dictionnaire

Dans un article publié dans la revue Lancet Gastroenterology & Hepatology*, une équipe de scientifiques de l’université de Limerick (Irlande), menée par J. Calvin Coffey, a en effet montré que le mésentère est en fait une structure continue et délimitée.

Qu’est-ce que le mésentère ?

Le mésentère est une membrane qui fait la jonction entre les intestins et la partie postérieure du péritoine (paroi abdominale). Cette membrane crée une sorte de tube qui abrite notamment les artères et les nerfs assurant vascularisation et innervation des intestins. Le mésentère joue aussi le rôle de maintien des intestins à leur place et dans une conformation optimale. Selon la section de l’intestin considérée sa largeur et son épaisseur sont variables. Si fin et si collé à la paroi intestinale sur certaines portions que l’on a cru qu’il était compartimenté en plusieurs structures distinctes.
Sa continuité a pu être prouvée grâce à des opérations de chirurgie (excision totale de certaines parties de l’intestin) ou sur des études post-mortem.

Un nouvel organe et alors ?

Le fait de prouver la continuité de cette structure et de le classer comme nouvel organe va changer le regard que la médecine et la recherche médicale porte sur le mésentère. Car on étudie les organes pour les fonctions particulières qu’ils assument et du coup les mal-fonctions ou les maladies qui leur sont propres. L’article du Lancet liste certaines de ces pathologies pour lesquelles un nouvel angle d’attaque pourrait voir le jour: outre les pathologies primaires du mésentère comme les défauts de rotation de l’intestin, les volvulus (torsion d’une anse de l’intestin), les hernies intestinales (dues à une absence du mésentère) etc., l’article suggère par exemple, que la maladie de Crohn pourrait provenir d’une pathologie touchant d’abord le mésentère et s’étendant à l’intestin et non l’inverse. En conclusion, les chercheurs soulignent que le rôle du mésentère est aujourd’hui largement méconnu dans les systèmes lymphatiques, neurologiques, vasculaires pour lesquels il occupe une place centrale. Il reste donc à étudier les propriétés des cellules qui lui sont propres et le rôle qu’elles peuvent jouer par exemple dans les phénomènes inflammatoires par régulation des protéines C-réactives.

Par Sophie Hoguin

*Volume 1, No. 3, p238–247, November 2016

La route solaire suscite l’indignation de riverains en Normandie

Durant l’émission « Energie: comment passer de l’atome au renouvelable ? » (ça vous regarde, LCP), le journaliste Arnaud Ardoin a posé cette question: « on bloque autant qu’on peut le développement des renouvelables en France ? ». « Mais bien sûr » répond Corinne Lepage.

« Par quels biais ? » Réponse de l’ex-Ministre de l’environnement (Minute 19’10 » de la vidéo): « Une règlementation absolument impossible. Madame Royale a inauguré (le 22-12-2016 NDLR) une route solaire, avec une communication d’enfer autour de ce truc là. Je pense que c’est typiquement une fausse bonne idée. Pourquoi ? Parce qu’on a dépensé beaucoup d’argent pour faire cela. Cela rapporte finalement assez peu de kWh, on en prévoyait 17000 il va y en avoir 500 ou 700. Cela va concerner 50 maisons, on a dépensé 5 millions pour faire cela, c’est affreusement cher et pendant ce temps là vous ou moi si l’on veut faire un toit solaire c’est extrêmement compliqué. Et le gouvernement refuse de permettre que cela soit aux individus, aux entreprises  ou aux collectivités locales d’investir massivement sur le renouvelable et l’autonomie énergétique. »

Les critiques les plus dures viennent du terrain: « C’est infect ! » tonne un riverain de la route solaire de Tourouvre dans un reportage LCI intitulé: « la route solaire: un coup de com ? »«Notamment à cause du bruit » explique une journaliste de LCI. Mais peut-être pas que…

En savoir plus :
Dossier – La Route (solaire) du Rhum

Olivier Daniélo

Le 100% Renouvelable est possible pour la région PACA dès 2030 selon ENGIE. Et cela coûtera 20% moins cher

Dans le cadre d’une interview pour Bloomberg publiée le 20 décembre 2016, Thierry Lepercq, Directeur Général adjoint du géant français, en charge de la Recherche & Technologie et de l’Innovation, a déclaré qu’« en France Engie a récemment conduit une étude de modélisation très approfondie (« very deep modeling ») de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur où vivent 5 millions de personnes, montrant qu’elle peut fonctionner entièrement avec les énergies renouvelables dès 2030, ceci à un coût 20% moins élevé que le système énergétique actuel » dominé aux trois quarts par le nucléaire d’ancienne génération.

« Le solaire, l’éolien, le biogaz, les batteries à grand échelle et l’hydrogène seront des éléments clés » a ajouté Thierry Lepercq.

Lepercq a par ailleurs dressé un tableau à la fois lucide et enthousiasmant pour le futur de l’Humanité: dans les régions très ensoleillées de la planète le coût du photovoltaïque pourrait  en 2025 passer en dessous de 1 cent le kWh (1 US cent = 0,95 centimes d’€). Autrement dit moins de 10 dollars le MWh.

« Le solaire, le stockage batterie, les véhicules électriques à batterie ou hydrogène ainsi que les objets connectés sont dans une courbe en « J ». » En conséquence ce dirigeant estime que le prix du baril de pétrole pourrait s’effondrer à 10 dollars si le marché anticipe une baisse significative de la demande ». Pour Lepercq « la promesse d’une énergie quasi-infinie et gratuite est là ». 

Des chercheurs finlandais ont mis en ligne un outil pédagogique (Global Internet of Energy Model) montrant que le 100% renouvelable est possible partout sur Terre. Les chercheurs soulignent que leur objectif est de «  débunker les mythes sur les énergies renouvelables » colportés par les défenseurs des énergies non durables.

Vers un pétrole photovoltaïque

L’électricité solaro-éolienne peut servir à alimenter l’électrolyse de l’eau en dihydrogène. Ce dernier permet ahors d’obtenir du CH4 par méthanation. Contacté par Techniques-ingénieur.fr le chercheur Christian Breyer, professeur de « Solar Economy » au sein du MIT finlandais, la Lappeenranta University of Technology, a déclaré que  « l’électricité solaire et éolienne peut tout à fait alimenter les transports aériens et maritimes longue distance ».  Une concrétisation de la vision Solar Impulse du psychothérapeute suisse Bertrand Piccard.

En Novembre 2016 Breyer a co-publié une étude montrant que l’Europe pourrait alors mettre en place une coopération fructueuse dans le domaine du pétrole solaire, de type win-win, avec les pays d’Afrique du nord, du Maroc à l’Egypte. C’est la vision DESERTEC, mais sans les difficultés d’ordre géostratégique que pose la construction d’un grand réseau électrique HVDC sous-marin.

Si le prix de l’électricité tombe en dessous de 1 centime dès 2025 les pays très ensoleillés de la planète pourraient devenir les nouveaux rois du pétrole. Un pétrole qui sera disponible pour les 5000 millions d’années à venir. Ce qui est assez satisfaisant dans une perspective de durabilité.

Par Olivier Daniélo

Expérience#10: « Lâcher prise et finitude »

Le lâcher prise est une démarche difficile car elle nous confronte au sentiment de finitude. En effet, cette attitude consiste à décider d’arrêter de vouloir tout contrôler. Lâcher prise ne veut pas dire renoncer mais se libérer de contraintes excessives. Il ne s’agit pas d’une faiblesse mais au contraire d’une confiance en sa capacité à faire face et à s’ajuster en temps réel.

Voici deux exemples illustrant le lâcher prise en milieu professionnel.

1) Arrêter de vouloir devenir quelqu’un d’autre

Lionel, responsable adjoint du service client, aime se définir comme un manager humaniste. Il accorde un grand soin aux relations interpersonnelles avec ses collaborateurs du service clients, et entretient un climat de saine émulation avec les membres de son équipe.

Il décrit Natacha, son manager, comme une experte volcanique, plutôt expéditive et autoritaire. Lionel admire Natacha pour ses grandes compétences et aussi, il l’avoue, pour son caractère trempé. Le problème c’est la quantité de reproches que cette dernière adresse à Lionel au sujet de sa « familiarité » vis-à-vis des collaborateurs. Avec toute cette brutalité qui la caractérise, et sans y mettre les formes, il arrive même à Natacha de désavouer publiquement certaines options managériales de Lionel. Elle juge notamment « trop amicale » sa manière de traiter les conflits au sein du service.

Lionel a toujours su tenir ses objectifs et ses entretiens annuels ont toujours récompensé sa loyauté, et la qualité de ses compétences professionnelles. Bien que ses opinions, sur l’inefficacité du coaching semblent bien arrêtées, Natacha -pragmatique- a quand même fini par accepter d’accorder à Lionel le support d’un accompagnement individuel afin de l’aider à « tremper » son management. « Après tout certains placebos – comme l’homéopathie- peuvent produire des résultats ; alors pourquoi pas un coaching » a-t-elle ébruité pour couvrir sa décision.

Au cours de ses entretiens de coaching, Lionel prend conscience que la relation qu’il a laissé se développer avec Natacha lui a fait perdre confiance en lui. Il prend également conscience que sa nature humaniste est en ligne avec ses valeurs profondes. Cette observation renforce, à ses yeux, la légitimité de son style managérial.

Il se rend compte qu’il ne pourra pas donner satisfaction à Natacha : Il ne peut, ni ne veut, « durcir » son management. Au contraire, pour améliorer son impact managérial sur les autres, il comprend qu’il doit cesser de vouloir ressembler à Natacha mais au contraire, permettre davantage l’expression de son propre style managérial. Lionel estime que la réussite du projet de développement de son propre style managérial nécessite un investissement personnel incompatible avec la relation installée entre lui et sa responsable.

Pour se protéger désormais de ce qu’il identifie comme une forme de toxicité, Lionel prend alors une décision courageuse et une décision audacieuse :

  1. Il choisit de renoncer au confort de sa fonction actuelle, parfaitement maitrisée, au sein du service client.
  2. Il se lance de nouveaux défis et se porte candidat pour d’autres postes managériaux ouverts au sein de sa société.

Il est à la fois soulagé et fier de la manière avec laquelle il a réussi à traverser sa dévalorisante relation avec Natacha. En acceptant de se concentrer sur le projet de devenir ce qu’il est, Lionel s’est engagé sur une autoroute de changements possibles ; il reprend confiance en lui.

2) Arrêter de vouloir contrôler son image

Martine exerce, en profession libérale, une activité professionnelle de services à la personne. Ambitieuse, consciencieuse, douée, débordant de bonnes idées, Martine souhaite donner une dimension plus industrielle à son activité et s’associe au projet de deux hommes d’affaires de son réseau professionnel. Elle engage ses biens personnels et obtient le financement dont elle a besoin auprès de sa banque pour l’intégration de sa petite société dans le groupe industriel de ses deux associés. Après 18 mois de pratique, Martine regrette déjà. Son affaire tourne assez bien, mais ses valeurs humanistes sont mises à mal. Les comportements de ses deux associés sont arrogants, insensibles, opportunistes, dénués de chaleur et semblent exclusivement motivés par la seule logique financière. Elle ne supporte plus de devoir chaque jour vivre en désaccord avec ses valeurs profondes et n’ose pas se confronter à ces deux associés hommes d’affaires, des « requins » comme elle les qualifie, de peur de paraître non-professionnelle. À l’issue de quelques séances de coaching, Martine s’autorise à s’accepter comme elle est, c’est-à-dire humaniste avant toute autre considération financière. Cet éclairage lui permet de lâcher son projet de développement. Elle rencontre ses deux associés et leur fait connaître sa décision de se désengager. En acceptant de lâcher son acharnement sur ce projet – où elle est pourtant patrimonialement engagée– Martine accède, à sa plus grande surprise, à une renégociation des conditions du partenariat avec ses associés qui ne veulent pas la voir partir. Cette renégociation lui laisse le champ beaucoup plus libre, elle intègre de nouveaux locaux, allège sa contribution aux charges financières du groupe de sociétés, et n’a plus à supporter les comportements de ces deux « machines à sous ». Ils la découvrent même si déterminée qu’ils la qualifient du titre peu enviable de « Martine Thatcher » … Sans doute une marque de respect ! Le lâcher prise de son acharnement à vouloir ressembler à une businesswoman aguerrie lui a permis de devenir davantage l’entrepreneur humaniste qu’elle est réellement. Un acharnement aveugle lui aurait probablement couté sa santé …et son âme.

  • Qu’en pensez-vous ? Ces deux exemples vous inspirent-ils ?
  • Quelles limites voyez-vous dans cette stratégie du lâcher prise ?
  • Cette attitude vous paraît-elle conciliable avec un management efficace ?

Nous vous invitons à prolonger cet article via la zone commentaire (ci-dessous), en nous proposant vos réponses aux problématiques évoquées par l’auteur

12 expériences de management réelles

  1. Expérience #1 : « Je ne vaux plus rien »
  2. Expérience #2 : « Je sais ! Je sais ! Du savoir à la compétence »
  3. Expérience#3: « ça ne marche pas«
  4. Expérience#4 : Managers attention : le succès rend aveugle !
  5. Expérience#5 : Passe-droits, privilèges et courage
  6. Expérience#6 : Justice pour les collaborateurs, solitude pour les managers
  7. Expérience#7 : Le soi du Gestalt consultant comme outil d’observation des processus
  8. Expérience#8 : Perfectionnisme : une coûteuse erreur de management
  9. Expérience#9: « Licenciement : échéance de fin de moi »

CES de Las Vegas 2017 : une pédale de vélo qui mesure la puissance du cycliste

Les visiteurs du CES de Las Vegas, le rendez-vous mondial des acteurs de l’innovation dans les technologies numériques, pourront essayer trois démonstrateurs de technologies les plus avancées du CEA-Leti, institut de CEA Tech.

Push : une pédale de vélo intelligente

Push est la première pédale de vélo innovante qui mesure la puissance en divisant le coût par un facteur 10 par rapport aux systèmes actuels, le prix visé est moins de 100 $ : cette pédale est simple d’utilisation et  adaptable sur tout type de vélo (roulant ou fixe), elle mesure la force appliquée sur la pédale et la cadence de pédalage, puis les combine pour calculer et afficher la puissance du cycliste en temps réel. Une seule pédale Push fournit des mesures de puissance fiables et fonctionne quel que soit la face d’appui de la pédale. Le sportif amateur ou le professionnel du vélo peut ainsi suivre ses performances et améliorer sa technique de pédalage. Cette innovation rend accessible la mesure de la puissance et ouvre des champs d’applications nombreux (coaching, bien-être, gaming).

Quoi de neuf ?
Pédale Push présentée par le CEA-Leti au CES 2017
Pédale Push présentée par le CEA-Leti au CES 2017

Les capteurs de la pédale Push sont couplés à des algorithmes de fusion de données qui permettent une estimation de la puissance délivrée par le cycliste à 8 % près. Le dispositif intègre une communication sans fil  permettant de coupler la pédale à un smartphone. Sa faible consommation d’énergie permet une autonomie de plus 10 000 km sans recharge.

Pédale Push présentée par le CEA-Leti au CES 2017
Pédale Push présentée par le CEA-Leti au CES 2017

Relax : un casque pour mesurer l’état de relaxation

Relax est le casque qui présente le meilleur compromis entre simplicité d’utilisation et précision de la mesure de l’activité cérébrale. Il est très simple à installer ce qui le rend utilisable par tout le monde. Grâce aux informations fournies par le casque et son application sur smartphone ou tablette, l’utilisateur de Relax peut vérifier son état de relaxation. Dans le futur, la technologie pourra être adaptée aussi pour commander des applications informatiques comme la réalité virtuelle, les jeux vidéo, ou les systèmes d’assistance aux personnes en situation de handicap.

Quoi de neuf ?
Relax est le premier système de mesure de l’activité cérébrale par électroencéphalographie (EGG) fonctionnant avec des électrodes sèches (sans gel de contact). Il a vocation à constituer un nouveau standard pour développer et diffuser des applications médicales (il est compatible avec les certifications médicales) et de confort ou de loisir.
casque relax
Casque Relax présenté par le CEA-Leti au CES 2017 © CEA
 Basé sur une technologie très innovante, Relax fonctionne sans gel de contact, et avec précision chez presque tous les individus (en fonction de la masse de cheveux et de l’épaisseur du cuir chevelu). Il mesure les ondes du cerveau mais n’interagit pas en retour sur l’organe. Sa mise en œuvre peut se faire à la maison comme au bureau, et ne nécessite pas un environnement médical.

Sigma Fusion : composant embarqué dans les véhicules autonomes

A bord d’un véhicule autonome, Sigma Fusion est un composant numérique embarqué capable d’interpréter les signaux d’une caméra stéréoscopique et de deux Lidars. En temps réel, il fournit au système de pilotage automatique de la voiture des données précises et fiables sur la position des obstacles et les espaces de sécurité autour de la voiture. Il peut également équiper des drones ou des dispositifs de surveillance, de secours ou de sécurité.

Quoi de neuf ?
Sigma Fusion consomme moins de 1 watt, il est donc 100 fois plus efficace que les systèmes équivalents actuellement disponibles. Il est compatible avec une large gamme de capteurs standards. De faible encombrement et de faible coût, il peut être mis en œuvre sur les chaines de production de tout type de véhicule.
Sigma-fusion-1.jpg
Détecteur d’obstacles pour la voiture autonome Sigma-Fusion présenté par le CEA-Leti au CES 2017 © CEA
Source : cea

Le taux de retour énergétique, une mesure de l’efficacité sociétale des sources d’énergie

Cette importance est manifeste si l’on rapporte l’évolution du PIB mondial depuis les années 1960 à la consommation d’énergie primaire, exprimée non pas en dollars, mais en quantité physique : en million de tonnes-équivalent pétrole (Mtep). On voit que le PIB, en réalité, peut être vu comme un proxy de la consommation d’énergie [1], et que la pente moyenne a été d’environ 7000 $/tep.

tableau1

Le formidable développement humain que les fossiles ont permis est dû à ce qu’ils décuplent les facultés de transformation de la matière. Un humain peut développer en une journée environ 0,5 kWh de travail, alors que la combustion d’un litre d’essence libère environ 10 kWh, et cela pour 1,5 € ! Il convient donc de mesurer, pour les sources d’énergie alternative aux fossiles, ce qu’elles sont capables de délivrer pour le développement des sociétés.

Le concept d’EROI (Energy return on [energy] invested), ou taux de retour énergétique, permet de quantifier les choses. Comme il faut de l’énergie pour en produire, ce qui est mis à disposition pour la société doit tenir compte de ce que le secteur énergétique lui-même consomme pour son propre fonctionnement. Désignons par Eout l’énergie produite, par Ein l’énergie investie pour cette production, l’EROI est défini par EROI = Eout/Ein. Il est intéressant d’introduire également, suivant Euan Mearns, l’énergie nette relative, (Eout-Ein)/Eout = 1- 1/EROI, et de la tracer en fonction de EROI. Voici ce qu’on obtient :

tableau2

Pour une valeur donnée de l’EROI, la partie rouge représente l’autoconsommation du secteur énergétique, et la partie bleue ce qui est reversé aux autres secteurs d’activité. On voit que tant que l’EROI est élevé, sa diminution éventuelle ne change pas vraiment le bilan, mais qu’en dessous d’environ 10, le fonctionnement normal de nos sociétés n’est plus assuré, car de moins en moins d’énergie, en pourcentage, est disponible pour la satisfaction de nos besoins. Précisons que les sociétés développées fonctionnent avec un EROI moyen supérieur à 20 [2].

Une question délicate et controversée, pour l’évaluation de l’EROI, concerne le périmètre à prendre en compte pour calculer l’énergie investie. Prenons l’exemple du pétrole. Ne prendre que l’énergie nécessaire à son extraction n’est pas satisfaisant, car le pétrole n’est intéressant que dans la mesure où il est une promesse d’essence. Pour que cette promesse se réalise, il faut transporter ce pétrole, le raffiner, transporter l’essence, le diesel ou le fioul obtenus jusqu’au réseau de distribution, lequel doit exister. Il convient également de tenir compte des salaires des personnels travaillant dans le domaine, car ces salaires ont une contrepartie énergétique consommée par les salariés.  Toutes ces étapes sont consommatrices d’énergie, et à chaque étape correspond une valeur de l’EROI. Tous ces coûts énergétiques pris en compte, ce qui reste peut enfin servir à différents besoins (mobilité, chauffage, industrie, agriculture, culture et loisirs). Cette problématique vaut évidemment quelle que soit la source d’énergie considérée.

Dans une étude remarquable publiée en 2013, Charles Hall et Pedro Prieto ont analysé les performances du photovoltaïque espagnol correspondant aux trois années de production 2009-2010-2011. L’intérêt de cette étude tient à son exhaustivité et à ce qu’il s’agit de données réelles (Pedro Prieto est un ingénieur qui a passé trente ans de sa vie à installer toute sorte de systèmes photovoltaïques). En effet, s’agissant de l’énergie produite Eout, toutes sortes d’effets viennent la réduire : les poussières, le mismatch de modules, les pertes angulaires, les effets de température, les pertes inverteurs, celles du circuit basse tension et de tension intermédiaire, les pertes d’évacuation du courant et de la dégradation temporelle des modules. Concernant l’énergie investie Ein, la fabrication des panneaux et leur installation ne représente qu’environ un tiers de la dépense énergétique, les deux autres tiers étant dus à des aspects souvent négligés mais bien réels : coûts énergétiques associés accès, fondations, canalisations, lignes d’évacuation, fonctionnement et maintenance, lavage et nettoyage, auto-consommation, surveillance et sécurité, transport du matériel et du personnel, vol et vandalisme, matériel défectueux, restructuration du réseau électrique,  lissage d’une production par nature variable, obsolescence prématurée, administration, travail direct et indirect, taxes, marketting… Hall et Prieto évaluent ainsi l’EROI du PV espagnol à 8,3 :1 lorsqu’ils restreignent au minimum le périmètre de l’énergie investie et négligent la plupart des pertes, et cette valeur tombe à 2,5 :1 lorsque tous les coûts énergétiques du secteur sont pris en compte !

C’est à cette étude que j’ai fait allusion dans une note postée sur mon blog de Mediapart, et c’est ce qui m’a valu les critiques d’Olivier Daniélo. Il me reproche de me fonder sur une étude dont les données sont obsolètes, dans un domaine où les progrès technologiques sont extrêmement rapides, au point qu’à l’échelle de 10 ans le bilan énergétique est à revoir totalement. Avant de voir ce qu’il en est exactement, remarquons tout de même qu’il est difficile d’analyser les données sur trois ans de parcs construits aujourd’hui, voire demain – causalité oblige – et que la durée de vie d’un parc est estimée à environ 25 ans. De ce point de vue, l’analyse de Hall et Prieto est toujours d’actualité aujourd’hui pour le parc espagnol. Les industriels se sont jetés tête baissée dans le photovoltaïque dans les années 2000 – assurés de faire des bénéfices grâce aux tarifs d’achat avantageux garantis – savaient-ils qu’ils installaient une source dont l’EROI était si bas ?

Olivier Daniélo se fonde sur une étude très intéressante de Rembrandt Koppelaar, de l’Imperial College London, dont le but est de « reproduire et d’harmoniser 29 études, et d’examiner l’influence de l’âge des données, du périmètre du système et des configurations technologiques » sur l’évaluation des performances du photovoltaïque. Trois conclusions saillantes de cette étude de 2016 : i) l’EROI « harmonisé » est de 8,6 :1 et 9,2 :1 pour les panneaux mono- et poly-cristallins, ii) les valeurs obtenues en utilisant les données postérieures à 2008 sont doubles de celles utilisant les données antérieures et iii) en tenant compte d’améliorations technologiques récentes, les valeurs passent à 9,7 :1 et 11,4 :1 respectivement, bien au dessus de la valeur de Hall et Prieto.

En quoi consiste cette « harmonisation » effectuée par Koppelaar ? Parmi les hypothèses qu’il utilise, citons : i) la production d’électricité a été recalculée en prenant comme donnée d’ensoleillement la valeur de 1700 kWh/m2/an, ii) l’énergie correspondant aux salaires et aux coûts d’investissement obtenue au moyen d’une conversion de l’intensité énergétique des économies a été ôtée des études qui l’ont prise en compte et iii) l’énergie investie dans les batteries, les services auxiliaires, la restructuration du réseau a été ôtée des études qui l’ont incorporée.

La première hypothèse est valable pour l’Espagne, mais elle surestime d’un facteur presque 2 l’ensoleillement en Allemagne, qui a installé environ 40 GW de PV, ou en Suisse. Passons sur ce point, qui n’est pas le plus important. La seconde hypothèse n’est pas justifiée. De quoi s’agit-il ? Dans le coût énergétique des panneaux, par exemple, est comptée la consommation énergétique des travailleurs qui les fabriquent (c’est implicite dans le salaire qu’ils reçoivent) : de quoi assurer leur métabolisme, celui de leur famille, leur transport, l’éducation de leurs enfants etc. Pourquoi ne pas tenir compte de celle des travailleurs qui opèrent et maintiennent les installations ? Une façon approchée de calculer ce coût est de partir de la consommation totale moyenne d’énergie par salarié, puis de tenir compte du nombre de salariés du secteur. Hall et Prieto obtiennent ainsi 5% de Eout. Ce n’est pas négligeable. Il n’y pas plus de raison de ne pas tenir compte, dans l’énergie … investie,  des coûts d’investissement ! La troisième hypothèse n’est valable que si la part du PV ne représente qu’une petite partie du mix électrique, mais elle ne l’est plus si l’on envisage un déploiement important de cette source d’énergie (par exemple, les scénarios 100 % renouvelables). Un réseau adapté pour une production centralisée ne l’est plus pour une multitude de producteurs décentralisés : les coûts énergétiques d’adaptation du réseau doivent être pris en compte. De plus, les réseaux électriques fonctionnent avec de la puissance garantie, pas avec de la puissance variable ou intermittente. Le pilotage de la demande peut prendre en charge une partie des fluctuations, mais certainement pas la totalité en cas de déploiement massif. Il faut donc disposer de puissance de back-up ou de stockage, dédiés au lissage de la production PV. Aujourd’hui, en Allemagne, ce back-up est assuré par les fossiles – charbon et lignite – mais si l’on prétend sortir des fossiles, le problème est entier.

Un rapport récent de la FNH envisage le stockage par batterie (page 51 du rapport). Mais les auteurs du rapport font une erreur grossière.

Ils commencent par remarquer que, d’après les experts, il faut de l’ordre de 350-400 kWh d’énergie pour « fabriquer » 1 kWh de batterie, ce qui, a priori, parait prohibitif. Mais, poursuivent-ils, ce kWh va être utilisé 4000 fois (nombre de cycles), voire le double (progrès). Le cout énergétique passera donc rapidement à 0,01 kWh pour 1 kWh stocké. Cela aura donc un effet négligeable sur l’EROI du PV.

L’erreur consiste à ne raisonner qu’en relatif (coût énergétique par kWh de stockage) sans évaluer le besoin total de stockage, en valeur absolue. Prenons le cas allemand. Nos voisins ont installé environ 40 GW de PV. Aujourd’hui, le back-up est fourni par les fossiles – charbon et lignite. Mais s’il s’agissait de batteries (pour sortir des fossiles), il faudrait pouvoir assurer une large fraction de cette puissance pendant une dizaine d’heures où le soleil est faible ou absent. Disons 20 GW pendant 10 heures, soit 200 GWh. Or l’énergie mondiale totale stockée dans les batteries est d’environ de 500 GWh !

Et je n’ai pas pris ici en compte les besoins de stockage associés à l’éolien. Dans ce cas, le besoin cumulé de stockage peut correspondre à un excédent ou un déficit de plusieurs jours, et une étude récente [3] indique, pour la France, un besoin de l’ordre de 10 TWh, pour un mix électrique renouvelable optimal (PV + éolien) correspondant à une réduction à 50 % de la part du nucléaire. Dix TWh, c’est  20 fois la capacité mondiale des batteries – pour un seul pays. On voit bien que cette technologie ne constituera jamais une solution pour du stockage massif.

Il est temps de conclure. Il ne fait aucun doute que la filière PV fait des progrès technologiques rapides, qu’elle continuera d’en faire, qui se traduiront par une augmentation de l’EROI de la filière. Je pense que c’est une très bonne chose, et que cette évolution est attendue car le photovoltaïque est loin d’être une technologie mature : d’importants progrès peuvent être encore accomplis.

Mais, d’une part, cela n’invalide en rien le besoin de caractériser les performances énergétiques d’installations faites dans un passé récent – car elles sont installées pour 25 ans. Fallait-il, d’ailleurs, en installer tant ? N’aurait-il pas mieux valu mettre l’accent sur la recherche et, en attendant de meilleures performance, développer le PV là où l’absence de réseau favorise l’auto-consommation ? La CSPE coûte aujourd’hui 7 milliards d’euros par an aux consommateurs français, elle augmente de 10 % par an, alors que les laboratoires, y compris ceux qui travaillent dans le solaire, se battent pour des budgets se chiffrant en millions d’euros.

Et, d’autre part, il est naïf – ou puéril, comme on veut – de gonfler les chiffres en restreignant le périmètre du calcul de l’énergie investie dans le secteur. Il convient de garder à l’esprit ce que l’EROI cherche à caractériser : la part du secteur énergétique – de tout le secteur énergétique – parmi l’ensemble des activités productrices de biens et de services. La discussion est parfois polluée, hélas, par des considérations idéologiques : toute analyse qui peut être perçue comme une critique du PV – ou de l’éolien – est immédiatement soupçonnée d’être une forme déguisée de promotion du nucléaire, même s’il ne s’agit que de faire un état des lieux. Pour ma part, cet état des lieux me conduit à penser qu’il est dangereux de décider de se passer du nucléaire, car c’est la seule source d’énergie peu chère capable de délivrer de grandes quantités d’énergie pilotable[4]. L’exemple allemand le confirme à contrario. La première économie européenne a dépensé plus de 300 milliards d’euros pour installer ces 15 dernières années environ 80 GW de PV et d’éolien, ne délivrant que 20 % de son électricité, à un prix du kWh double du prix français pour les particuliers, et en diminuant très peu ses émissions de gaz à effet de serre : le kWh produit en Allemagne émet 7 fois plus de CO2 que le kWh produit en France. Et c’est la nation qu’on donne en exemple de bonne conduite pour le climat ! Comprenne qui pourra.

Pour ma part, je pense qu’il est important de développer l’approche EROI auprès de tous ceux qui s’intéressent à l’énergie et à la substitution de sources décarbonées d’énergie aux sources fossiles. L’article de Koppelaar montre qu’il est urgent de définir des protocoles précis et unifiés du calcul de l’EROI, faute de quoi toutes les manipulations sont possibles et difficiles à démêler. C’est en ce sens que fut organisée au mois de mars dernier une session de l’Ecole des Houches, dont toutes les contributions sont accessibles – powerpoints et vidéos – sur le site Science-and-energy.org. D’autres initiatives similaires seront prises dans les prochains mois.

Par Jacques TreinerPhysicien, chercheur associé au LIED, Université Paris-Diderot

Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.

[1] La pente de la courbe représente le « contenu énergétique du PIB » et augmente si l’ « efficacité énergétique » s’améliore. Ce genre d’évolution se voit si l’on fait une analyse détaillée pays par pays, mais on constate aussi que si l’on agrège mondialement les données, cette efficacité énergétique moyenne n’a pas changé en 50 ans.

[2] Cf., par exemple, la contribution de Jessica Lambert à l’Ecole des Houches du mois de mars 2016 : science-and-energy.org

[3] Intermittence des énergies renouvelables et mix électrique, D. Grand, C ; Lebrun et R. Vidil, Techniques de l’Ingénieur, 10/7/2015.

[4] Je précise ici que je n’ai jamais travaillé, ni de près ni de loin, dans le nucléaire français – ce qui ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de respect pour les gens qui ont fait fonctionner un secteur essentiel pour le confort et le bien-être de tous, avec un sens du service public remarquable.

Transformation numérique : le rôle des cadres est-il en recomposition ?

La transformation numérique suscite plus d’envie que d’inquiétude : le pari d’une mutation favorable à l’entreprise et aux collaborateurs

87% des cadres et 95% des RH estiment que cette transformation a un impact global positif (dont respectivement 13% et 21% très positif). La mutation est pour les cadres synonyme et promesse d’efficacité, de surcroît de liberté par rapport aux contraintes de temps et de lieu (travail en mobilité, gestion autonome de son temps), de créativité encouragée et de temps travaillé recentré sur la valeur ajoutée (question ouverte, aucun item de réponse suggéré) : « Elle permet une meilleure qualité de travail et une économie de temps pour les tâches les moins intéressantes », « Cela transforme mon métier en le rendant plus performant et beaucoup plus fluide ».

Résolument optimistes, les cadres font le pari d’une transformation au bénéfice de leur entreprise et de leur quotidien professionnel.

– Plus de 8 sur 10 affirment que la plupart des effets de la transformation sont ou seront une bonne chose (dont 20% à 37% une très bonne chose) : information et communication au sein de l’entreprise, efficacité au travail, mais également nouvelles pratiques d’organisation et de formation, dont l’expérience est pourtant partielle et occasionnelle pour plus d’1 cadre sur 3.

– Le plébiscite pour l’horizontalité et le collaboratif est manifeste, de la part des cadres comme des RH. 86% des cadres affirment que la mise en place d’une organisation en mode projet est une bonne chose (dont 22% une très bonne chose).

– La comparaison des expériences alimente ce constat: un tiers à 48% des cadres qui évoluent dans une organisation pyramidale et hiérarchique jugent que ce modèle est défavorable à la performance de l’entreprise, la qualité des relations interpersonnelles, la circulation de l’information, la prise d’initiative personnelle, la créativité et l’innovation. Les RH sont beaucoup moins sévères, mais également beaucoup moins positifs que leurs alter ego travaillant dans des entreprises ayant fait le choix du mode projet (+ 6 à 14 points sur ces mêmes items, + 10 à +24 points parmi les cadres sur le total « L’organisation de mon entreprise en mode projet est très favorable ou plutôt favorable à … »). Bien que minoritaires, la transformation cristallise également des difficultés et des craintes pour 13% des cadres. Ils décrivent une déshumanisation des relations, une inflation des processus et une injonction à l’immédiateté.

– Si le rapport aux outils numériques n’est pas l’unique facteur explicatif des difficultés et craintes exprimées, leur maîtrise (objective ou perçue) a un impact mécanique sur la perception et l’expérience de cette transformation : 36% des cadres qui expriment le sentiment de ne pas être « à l’aise » avec les outils informatiques jugent que ces évolutions ont un impact négatif.

– Enfin, si ces cadres représentent une petite minorité de la population totale des cadres français (7%, contre 93% qui affirment se sentir à l’aise, dont 38% très à l’aise), leur accompagnement à l’acquisition de compétences numériques est sans aucun doute indispensable pour leur permettre d’évoluer au sein d’organisations en transformation. Leur identification est un enjeu majeur pour les entreprises : aucun critère sociodémographique objectif ne les caractérise (âge, niveau de diplôme, métier).

Au sein de ces organisations en transformation, le rôle des cadres est-il en recomposition ?

Encadrement, autonomie, expertise, organisation, mobilisation, transmission et prise de décision restent des marqueurs forts du rôle des cadres dans l’entreprise, quel que soit son mode d’organisation. Vecteur de la création de valeur dans les organisations, le cadre est garant de la qualité et de l’efficacité des interactions au sein de l’entreprise.

– 67% des cadres déclarent avoir une fonction d’encadrement, dont 44% avec un lien hiérarchique et 29% en mode projet (6% encadrent des équipes avec un lien hiérarchique ET, ponctuellement en mode projet, des collaborateurs avec lesquels ils n’entretiennent aucun lien hiérarchique). Mais ce sont près de 8 cadres sur 10 (soit 10 points de plus que les cadres affirmant avoir une fonction d’encadrement) qui considèrent avoir des missions d’encadrement : organisation du travail au sein d’une équipe et mobilisation des collaborateurs pour atteindre un objectif. 69% accompagnent également la montée en compétence des collaborateurs (sans écart significatif entre les encadrants en mode projet et avec un lien hiérarchique, l’organisation du travail n’ayant donc pas d’impact sur l’exercice de cette mission). L’exercice de cette fonction se fait, pour 61% des encadrants, sans avoir suivi une formation au management. 19% en ont bénéficié après avoir pris cette fonction. Seuls 22% ont suivi une formation dédiée à l’acquisition de la compétence managériale avant leur prise de fonction.

– 8 cadres sur 10 complètent ce portrait du cadre par l’expertise (83%, dont 42% pour lesquels c’est une mission prioritaire), la prise de décision et son application (78% dont 41% une mission prioritaire). A ces fonctions et missions dont l’importance pour les organisations est réaffirmée, la transformation en cours ajoute un impératif d’adaptabilité.

L’injonction à la polyvalence et l’apprentissage de nouveaux équilibres sont les principaux défis identifiés :

– Cadres et RH sont convaincus qu’un cadre en entreprise doit désormais d’abord faire preuve d’une grande polyvalence, avant le développement d’une expertise forte.

« Face à ces évolutions, c’est la nécessité d’être polyvalent dans la gestion des dossiers, du rôle d’encadrant. En fait, être une personne qui s’adapte en permanence pour en sortir la meilleure efficience. »

L’exigence d’adaptabilité est rendue nécessaire par la gestion quotidienne de différences ou de contradictions à concilier :
• temps long et temps court (interruptions fréquentes,
immédiateté de la réponse d’une part et réfl exion ou
projet de long terme d’autre part),
• expertise et polyvalence,
• horizontalité et verticalité (coexistence de la hiérarchie et du mode projet dans de nombreuses entreprises),
• pluridisciplinarité et « intergénérationnalité » des équipes.

Lire l’étude de l’Apec : Cadres et entreprises – étude des 50 ans.pdf

Notre vie quotidienne impactée par le piratage

Les habitants de San Francisco n’ont pas eu besoin de prendre leur voiture le 26 novembre. Ce jour-là, et durant tout le week-end, les tramways de la ville étaient gratuits. Ce n’était pas une promotion lancée par l’agence de transport, mais la conséquence d’une attaque informatique. Un code malveillant avait paralysé les ordinateurs gérant les tickets et le trafic. Objectif de cette « prise d’otage » numérique : récupérer une rançon de 73 000 dollars (réglable en bitcoins, une monnaie virtuelle, pour éviter de remonter jusqu’à la personne récupérant cette somme).

L’agence de transport ne l’a pas versée, car elle avait préféré utiliser les serveurs de secours qui contenaient des sauvegardes. Finalement, seul un quart des ordinateurs de l’infrastructure avaient été infectés (2 112 sur les 8 656 existants, selon Hoodline).

Quelques semaines plus tard, c’est au tour de l’opérateur Deutsche Telekom d’être visé par des pirates. Environ 900.000 foyers sur les 20 millions d’abonnés fixes avaient du mal à se connecter au web, à téléphoner et à regarder les chaînes de télévision avec leur box. Selon un porte-parole, il y a eu « une intervention extérieure sur les routeurs » : en clair, un logiciel malveillant rendait impossible la liaison du routeur avec le réseau de l’opérateur. Les pirates ont exploité une version dérivée du ver informatique Mirai, utilisé en octobre dernier pour paralyser l’activité de nombreux sites mondiaux.

Ce piratage outre-Rhin risque de se reproduire. Ce ver informatique Mirai se répand très rapidement en scannant continuellement les connexions Internet des objets connectés qui fonctionnent encore avec la protection installée en usine ou avec des noms d’utilisateur et mots de passe par défaut. Demain, les pirates s’attaqueront peut-être à notre foyer en nous privant de lumière. Des chercheurs israéliens ont réussi à infecter des ampoules connectées commercialisées par Philips sous le nom de Philips Hue. Reposant sur le protocole sans fil Zygbee, elles intègrent des clés de chiffrement identiques pour communiquer entre elles. Cette faille a été corrigée par Philips.

Jusqu’à la prochaine…

Philippe Richard

L’Open source pour casser le prix des médicaments

Le prix des médicaments a de quoi donner mal à la tête ! « En 2005, un nouvel anticancéreux apparaît — l’Avastin — et son fabricant, Roche, réclame 44 500 euros par traitement. Un prix élevé pour un gain de trois mois d’espérance de vie. Six ans plus tard, arrive un autre anticancéreux, Yervoy. Le fabricant, BMS, réclame 105 000 euros. Je ne peux pas croire que les coûts de recherche et développement ont été multipliés par 2,5 en six ans… », déclarait récemment Agnès Buzin, la nouvelle présidente de la HAS (Haute Autorité de Santé) et qui fut auparavant présidente de l’Institut du cancer.

Comme pour l’informatique, la baisse des coûts pourrait venir de projets open-source. C’est ce qu’a démontré un groupe d’étudiants de Sidney. Ils ont recréé un médicament pour baisser son prix et le rendre accessible. Le Dataprim, un traitement destiné aux malades du SIDA, est devenu hors de prix depuis que Martin Shkreli, le directeur d’un fonds d’investissement spécialisé dans le rachat de brevets (Turing Pharmaceuticals), l’a augmenté de… 5000 % en 2015 pour le vendre 710 euros. Son seul objectif : augmenter sa rentabilité de ce traitement classé comme essentiel par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Martin Shkreli n’en est pas à son premier coup d’éclat. En mettant la main sur un laboratoire pharmaceutique, Retrophin, il avait décidé de multiplier les prix de certains traitements. Depuis, il est accusé d’avoir utilisé Retrophin pour rembourser les dettes de ses fonds d’investissement.

Participant à un projet de l’Open source malaria consortium, intégré à l’Université de Sidney, des étudiants ont cassé les prix. À partir de 17 grammes pur de 2,4-chlorphényl-acétonitrile, achetés en ligne au prix de 36,50 dollars (34 euros) les 100 grammes, les adolescents de 16 ans ont produit 3,7 grammes de Daraprim. Résultat, leur médicament ne coûte que 12,70 euros.

Pendant toute la conception du médicament, les étudiants ont partagé leurs progrès en ligne sur une plate-forme ouverte afin que les scientifiques du monde entier puissent avoir accès à leurs données et les aider à avancer.

Ce n’est pas le premier projet open-source concernant la santé. Depuis 2011, la Fondation suisse Medicines for Malaria Venture (MMV) distribue gratuitement à 200 laboratoires dans 30 pays, une « Malaria Box » (cette pandémie concerne encore la moitié de la population mondiale). Il s’agit d’un kit contenant 400 composés chimiques présentant une activité antipaludéenne.

Plus d’une douzaine de projets de développement de médicaments sont déjà en cours. « L’Institut national américain du cancer travaille actuellement sur un médicament contre le cancer du côlon, lui aussi découvert par ces recherches collaboratives » précise un responsable de cette fondation qui repose sur un partenariat public-privé à but non lucratif, avec des partenaires chez Novartis, GSK ou Sanofi-Aventis. Elle est financée par d’autres fondations privées (Fondation Bill & Melinda Gates ou le Wellcome Trust), des industriels (ExxonMobil’s) et des fonds gouvernementaux (USA, Espagne, Australie…).

Philippe Richard