Le biométhane, une solution circulaire pour décarboner l’industrie verrière

En accord avec le scénario de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), l’industrie verrière prévoit de réduire de 33 % ses émissions de CO2 d’ici 2030, et de 88 % d’ici 2050, par rapport à 2015. Dans sa feuille de route pour la décarbonation de la filière, le gouvernement identifie plusieurs leviers matures, dont le recyclage du verre, l’amélioration de l’efficacité énergétique, l’électrification de procédés, la capture/stockage du carbone, et l’utilisation de combustibles alternatifs comme le biométhane ou l’hydrogène.

Saint-Gobain teste le biométhane : quels résultats ?

L’usine EuroFloat, détenue par Saint-Gobain Glass et Riou Glass, est devenue la première usine européenne spécialisée dans la fabrication de verre plat par procédé « float glass », à expérimenter l’utilisation de biométhane local.

Cette expérimentation s’est faite en deux temps. La première opération a eu lieu en août, dans le cadre d’un appel à projets porté par GRDF et visant à soutenir le développement de solutions innovantes d’équilibrage du réseau gaz. Concrètement, il s’agissait de prélever le gaz renouvelable via une station BioGNV[1] reliée au réseau de distribution de gaz et située à proximité du site industriel de Salaise-sur-Sanne (38).

Sur son site, le groupe Saint-Gobain affirme que cette étape préliminaire « a permis d’accroître l’injection de biométhane sur une partie du réseau qui peut ponctuellement être saturée, par manque de consommation, les week-ends d’été. »

La seconde opération, réalisée en octobre, en collaboration avec le fournisseur de gaz et expert en méthanisation agricole Methagora, consistait cette fois à valoriser le biométhane issu de déchets agricoles et produit par des méthaniseurs locaux (Auvergne-Rhône-Alpes), mais non raccordés au réseau de gaz. Après collecte, épuration et compression, le gaz a ensuite été transporté et livré par camion-citerne les 7, 9, 14 et 16 octobre.

Quel est le bilan de ces deux mois d’expérimentation ? Dans un article pour le média Verre et Menuiserie Actualités, Matthieu Jourdier, directeur industriel Saint-Gobain Glass Industry, déclare que ces expérimentations ont « prouvé qu’il est possible de concilier production industrielle et sobriété énergétique sans compromis sur la qualité. »

Le biométhane, un modèle d’industrie circulaire

Au-delà de la faisabilité technique, l’objectif était aussi de prouver qu’un approvisionnement en biométhane local et acheminé par la route (gaz porté) pouvait se concrétiser. Car ce qui importe ici est avant tout le modèle d’industrie circulaire proposé et la logistique à mettre en œuvre.

Comme l’affirme Methagora, ce projet représente ainsi une étape clé pour la filière du biométhane, puisqu’il démontre que « les solutions techniques, la logistique et la coopération territoriale sont déjà en place pour alimenter les sites industriels en gaz vert. »

De son côté, Saint-Gobain Glass entend poursuivre ses expérimentations sur d’autres sites industriels, en accord avec sa feuille de route visant à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Par ailleurs, au-delà du verre plat, le groupe investit dans différentes énergies de substitution pour ses multiples activités, notamment l’hydroélectricité. C’est le cas dans son usine de laine de verre de Forssa en Finlande (+ Biogaz), mais aussi de ses usines de plaques de plâtre de Sainte-Catherine (Canada) et de Fredrikstad (Norvège).

Car, comme le rappelle Matthieu Jourdier, le directeur de Saint-Gobain Glass, dans un article du journal Le Monde, « aucune énergie ne réglera à elle seule les besoins de toutes nos industries, l’avenir sera forcément un mix énergétique décarboné mêlant électricité, biogaz, hydrogène, etc. »


[1] En France, en 2025, on compte déjà plus de 380 stations GNV/BioGNV publiques et 350 stations privées

Semaine de l’industrie 2025 : quand l’industrie se dévoile et se renouvelle

La Semaine de l’industrie 2025 a confirmé son statut de grand rendez-vous national dédié à la découverte des métiers et des enjeux industriels. Plus de huit mille événements ont animé les territoires et réuni une large diversité de publics, avec une attention accrue pour les jeunes, les personnes en reconversion et les publics traditionnellement éloignés des filières techniques. Cette édition aura également mis en lumière une industrie innovante, engagée dans la décarbonation et fortement ancrée dans les territoires, avec l’objectif de montrer qu’elle répond aux besoins du quotidien, qu’il s’agisse de mobilité, de construction ou de services numériques.

Les formats proposés ont mêlé visites d’usines, ateliers de réalité virtuelle, rencontres avec des ingénieurs, job-datings ou encore immersions en établissements scolaires. Au fil de la semaine, plusieurs domaines se sont nettement distingués par leur attractivité auprès du public. Les technologies numériques et l’intelligence artificielle ont suscité un vif intérêt, portées par l’essor de l’industrie du futur et des outils digitaux embarqués dans la production. Les métiers liés aux villes intelligentes ont également attiré de nombreux visiteurs, notamment grâce à une journée thématique organisée autour de la Smart City, qui associait construction durable, mobilité connectée, gestion énergétique et domotique. Enfin, les initiatives centrées sur la mixité dans l’industrie, en particulier celles visant à faire découvrir les parcours scientifiques et techniques aux collégiennes et lycéennes, ont rencontré une forte mobilisation.

Enjeux et enseignements : entre compétences, transitions et image

Au-delà de la dynamique événementielle, cette édition a mis au jour trois grandes tendances structurantes.

La première concerne le besoin urgent de compétences dans un secteur qui prévoit plus de 250 000 recrutements dans l’année à venir. La participation élevée aux ateliers d’orientation et aux visites immersives souligne l’importance de rendre l’industrie plus lisible et plus accessible, notamment pour les jeunes qui envisagent leur avenir professionnel.

La seconde tendance porte sur la transformation profonde des outils industriels. Les événements consacrés à la décarbonation, aux procédés bas carbone, à la robotique et à la numérisation des ateliers ont été parmi les plus fréquentés. Ils illustrent la manière dont l’industrie cherche à répondre aux attentes environnementales tout en modernisant ses chaînes de production. Le public, notamment étudiant, s’est montré particulièrement sensible à ces enjeux, confirmant que la transition écologique reste un argument d’attractivité déterminant pour les métiers techniques.

Enfin, cette semaine a rappelé à quel point le travail sur l’image du secteur demeure central. L’industrie souffre encore de représentations datées, souvent associées à des conditions de travail difficiles ou à un manque d’innovation. Or, les indicateurs relayés durant l’événement montrent une évolution positive. Une enquête citée par le réseau des Chambres de commerce et d’industrie indique que les jeunes perçoivent désormais l’industrie comme un univers innovant et porteur de sens. La multiplication d’ateliers pratiques, de démonstrations technologiques et de témoignages de jeunes professionnels contribue à nourrir cette perception renouvelée.

La Semaine de l’industrie 2025 aura donc été un moment d’ouverture, d’échanges et de découvertes, révélant une industrie française active, engagée et résolument tournée vers l’avenir. Si l’édition a mis en lumière une forte appétence pour les domaines du numérique, de l’IA, de la ville intelligente et de l’innovation durable, signes que les transformations en cours captent largement l’attention des nouvelles générations, le défi reste immense. Attirer les compétences, accompagner les transitions technologiques et écologiques, renforcer la visibilité des métiers et ancrer l’industrie dans les territoires exigent une action continue.

Cette semaine aura porté un élan, mais c’est sur la durée que se jouera la capacité du pays à faire de son industrie une force d’avenir.

La revue de presse quotidienne du 25 novembre 2025 : matériaux, innovations, énergie

Les derniers jours ont été marqués par une actualité dense pour les secteurs industriels et technologiques, entre innovations européennes, transformations d’usines, évolutions réglementaires et nouvelles orientations énergétiques. Les débats autour de la souveraineté, qu’elle soit énergétique, industrielle ou matérielle, se croisent avec les enjeux de formation, de relocalisation et de montée en puissance des technologies avancées. Notre sélection revient sur quelques initiatives et signaux récents qui dessinent les priorités économiques et stratégiques du moment.

L’industrie européenne appelle à trois stratégies pour relancer sa compétitivité

Emag présente les vues de dirigeants de Siemens, Eramet et AtmosGear sur la façon dont l’Europe et la France peuvent reconquérir leur souveraineté industrielle via l’innovation, la relocalisation et la montée en production de technologies stratégiques.

Le secteur logistique plaide pour le bio‑GNV en vue de la souveraineté énergétique

Lors d’une table ronde organisée à l’occasion du salon Solutrans, la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) a affirmé que, au-delà de la décarbonation, il fallait raisonner en termes de souveraineté énergétique. Le transport routier, tout en évaluant les solutions électriques, place le bio-GNV parmi les options pragmatiques, mobilisant aussi le secteur agricole français pour produire du biogaz et développer des stations de ravitaillement (Gaz-Mobilite.fr).

Une usine chimique en Alsace achève une phase de modernisation de 30 millions d’euros

L’usine du groupe Tronox à Thann (Haut-Rhin) vient de terminer une étape « historique » de son plan de transformation sur dix ans, après un investissement de 30 millions d’euros. Elle produit des composés de dioxyde de titane et vise à conforter sa place dans les produits de spécialité, tout en intégrant des volets technologiques et environnementaux (Traces Écrites News).

L’importance de la formation et des compétences dans la transition écologique et industrielle

Un rapport publié par The Shift Project souligne que la transition écologique appelle une profonde évolution des savoir-faire et des compétences, et que la formation continue doit être mobilisée pour répondre aux enjeux industriels et environnementaux.

L’European Innovation Council (EIC) bénéficiera d’un appui de 1,4 milliard d’euros pour stimuler les start-up européennes

L’EIC voit son budget renforcé afin d’accélérer l’innovation des start-up industrielles en Europe, notamment dans les technologies avancées et les matériaux. Ce soutien vise à permettre un passage plus rapide du prototype au marché.

La Commission européenne lance une consultation publique sur le futur « Advanced Materials Act »

La Commission européenne a ouvert jusqu’en janvier 2026 une consultation afin d’établir un cadre législatif pour les matériaux avancés (composites, biomatériaux, matériaux légers), l’objectif étant d’accélérer l’innovation et la production en Europe et de réduire les dépendances stratégiques (Net Zero Compare).

La Finlande renforce son rôle dans les microélectroniques et lignes pilotes semi-conducteurs en Europe

La Finlande s’impose comme une plate-forme clé pour les technologies de microélectronique (radiofréquence, MEMS, photonique intégrée) en Europe, créant de nouvelles opportunités pour l’industrie des semi-conducteurs (InnovationNewsNetwork).

Simplifications réglementaires en Europe pour soutenir l’innovation numérique et l’IA

Le 19 novembre 2025, la Commission européenne a présenté un rapport visant à réduire la bureaucratie pour les entreprises tech et à retarder certaines obligations du règlement IA, afin d’accélérer l’innovation numérique en Europe, laquelle constitue un enjeu majeur pour les industries technologiques (Le Monde).

 

« Chaque filière industrielle doit trouver sa propre équation »

Si le CO₂ est longtemps resté perçu comme un déchet à éliminer, il tend aujourd’hui à être considéré comme une ressource, voire une matière première.

Encore faut-il en maîtriser la capture, la pureté, le transport et l’usage. Laurent Dumergues, chef de projet évaluation impacts environnementaux à l’APESA, fait le point pour Techniques de l’Ingénieur sur les voies actuelles – physiques, chimiques et biologiques – et sur les conditions réelles de leur mise en œuvre dans les filières industrielles.

Techniques de l’Ingénieur : On parle aujourd’hui de plus en plus de « valorisation du CO₂ ». De quoi s’agit-il exactement ?

Laurent Dumergues : L’idée est de ne plus considérer le CO₂ uniquement comme un résidu à éliminer, mais comme une matière première réutilisable. Ce gaz, incolore et inodore, est très stable chimiquement, mais il contient du carbone, un élément essentiel pour la chimie. Ses propriétés physiques et chimiques ouvrent plusieurs voies de valorisation.
On distingue trois grands types d’utilisation : la valorisation directe (ou sans transformation de la molécule deCO₂), la valorisation chimique, et la valorisation biologique.

Pouvez-vous détailler ces trois voies ?

La valorisation directe consiste à réutiliser le CO₂ tel quel. Il existe de multiples applications industrielles qui sont matures technologiquement (avec des niveaux de TRL de 9). On l’exploite par exemple dans les silos à grains pour l’inertage, dans les boissons gazeuses, dans les procédés de réfrigération, ou encore sous forme de neige carbonique pour le nettoyage à sec des surfaces sensibles.
Ces usages sont bien établis, mais leur rentabilité dépend du coût comparé à d’autres alternatives : faire du froid avec du CO₂ par exemple, est généralement plus coûteux et moins efficace que l’usage de fluides frigorigènes classiques, même si ces derniers sont bien plus « nocifs » pour le climat.

La valorisation chimique vise à réutiliser le carbone contenu dans la molécule. C’est plus complexe, et énergivore lorsqu’il s’agit de casser la liaison carbone-oxygène du CO₂ qui est très stable. Cependant, elle peut servir de précurseur dans certaines synthèses chimiques. C’est le cas de la production d’urée ou d’acide acétylsalicylique, où le CO₂ s’intègre à des réactions bien maîtrisées.
Des recherches se poursuivent aussi sur des voies comme la méthanation, qui permet de produire du méthane à partir de CO₂ et d’hydrogène vert. Le procédé n’est pas neutre énergétiquement, mais il répond à un besoin, le stockage des énergies renouvelables intermittentes.

Enfin, la valorisation biologique s’appuie sur la photosynthèse naturelle : le CO₂ est capté par des plantes ou des algues pour être transformé en biomasse. Cette voie est explorée, par exemple, dans les serres agricoles où l’enrichissement de l’air en CO₂ améliore la croissance des cultures.

Certaines applications, comme la récupération assistée d’hydrocarbures, permettent également le stockage du CO₂. Comment ?

C’est une technique bien connue dans le secteur pétrolier : on injecte du CO₂ dans un réservoir pour augmenter la pression et extraire davantage d’hydrocarbures. Cela permet d’augmenter de l’ordre de 10 % l’exploitation du gisement. Une partie du CO₂ reste piégée dans la roche, ce qui contribue à son stockage partiel. Cependant, cette pratique n’a guère de sens dans des pays comme la France, où l’extraction d’hydrocarbures est limitée. En revanche, elle est courante au Canada ou aux États-Unis, où les volumes manipulés sont conséquents.

Le séchage du bois ou la géothermie profonde sont également des pistes technologiques intéressantes bien que peu mâtures. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le séchage du bois au CO₂ a fait l’objet d’expérimentations, notamment en Finlande, pour limiter la dégradation et la porosité du matériau. Ce sont des procédés encore marginaux.
Quant à la géothermie profonde, le principe serait d’utiliser le CO₂ comme fluide caloporteur. Mais les projets restent à un TRL intermédiaire, autour de 5. Les contraintes géologiques et la rareté des sites adaptés limitent encore leur déploiement industriel.

Qu’est-ce qui détermine la faisabilité d’une voie de valorisation du CO₂ ?

Il y a plusieurs paramètres : la pureté du CO₂, la concentration et le volume disponible, la localisation du site par rapport aux débouchés, ou encore la saisonnalité de la demande, comme pour les boissons gazeuses par exemple.
Transporter du CO₂ comprimé ou liquéfié coûte cher et demande de l’énergie. C’est pourquoi les projets les plus viables sont souvent ceux qui réutilisent le gaz sur place, à proximité immédiate du point d’émission.

Les technologies de CCUS font-elles partie intégrante des stratégies industrielles aujourd’hui ?

Oui, surtout chez les gros émetteurs. Les cimentiers, par exemple, travaillent sur la minéralisation du CO₂ dans leurs matériaux, ce qui a du sens avec leur cœur de métier. D’autres secteurs, comme l’agriculture, s’intéressent à l’enrichissement de serres ou à la méthanisation.
Les programmes européens soutiennent activement ces recherches, même si l’élan politique s’est un peu affaibli. Globalement, les projets engagés continuent d’avancer, ce sont des investissements de long terme.

Et pour les plus petites entreprises ?

Pour les PME, c’est plus compliqué. La captation et la valorisation du CO₂ demandent des volumes suffisants pour justifier les coûts d’installation et de traitement. La plupart ne sont pas productrices de CO₂, mais plutôt utilisatrices, comme c’est par exemple le cas dans l’agroalimentaire.
Pour elles, il est souvent plus pertinent de travailler sur la réduction des consommations énergétiques que sur la revalorisation directe du CO₂. Les technologies de captage restent coûteuses et difficiles à rentabiliser à petite échelle.

La revalorisation du CO₂ ne repose pas sur une solution universelle, mais sur une adaptation fine aux contextes locaux, aux volumes, à la pureté du gaz et aux usages possibles à proximité. Chaque filière industrielle doit trouver sa propre équation entre faisabilité économique, pertinence technologique et sens environnemental.

Propos recueillis par Pierre Thouverez

Des pirates chinois ont-ils utilisé une IA américaine pour mener des attaques ?

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une annonce présentée comme étant innovante, voire « révolutionnaire », ne fasse la Une des médias. Dernière en date : des pirates chinois auraient organisé une campagne de cyberespionnage en profitant des performances du chatbot Claude d’Anthropic.

Selon les rapports publiés par cette entreprise américaine d’intelligence artificielle fondée en 2021 par d’anciens membres d’OpenAI, un groupe soutenu par l’État chinois a utilisé Claude Code pour automatiser jusqu’à 90 % du travail. L’intervention humaine n’était nécessaire « que de manière sporadique (peut-être 4 à 6 points de décision critiques par campagne de piratage) ».

Anthropic a précisé que ces pirates informatiques avaient utilisé les capacités des agents IA à un degré « sans précédent ». « Cette campagne a des implications considérables pour la cybersécurité à l’ère des “agents” IA ».

L’IA est donc capable d’automatiser le meilleur… et le pire. On savait que les derniers modèles d’intelligence artificielle pouvaient aider les cybercriminels dans leurs opérations malveillantes, cependant cette affaire pousse le curseur beaucoup plus loin.

Mais est-ce vraiment ce qui s’est passé ? De nombreux experts en cybersécurité ont émis des doutes. Premièrement, à la différence d’autres rapports sur des cyberattaques ou des pannes (lors d’une panne mondiale le 20 octobre dernier, Amazon Web Services a publié avec de nombreux détails techniques la source du problème), Anthropic est resté très vague.

Son rapport ne présente pas les fameux indicateurs de compromission qui sont considérés comme des preuves tangibles et très utiles aux experts en cybersécurité pour corriger des failles ou repérer les signes d’une attaque similaire.

Les hallucinations des chatbots IA

Par exemple, l’Agence américaine pour la cybersécurité et la sécurité des infrastructures (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency) s’est récemment associée à des agences gouvernementales spécialisées dans la cybersécurité à travers le monde afin de publier des informations sur les activités de cyberespionnage menées actuellement par l’État chinois, y compris des indicateurs détaillés de compromission.

Autre motif de scepticisme, Anthropic émet l’hypothèse que les agresseurs auraient pu inciter Claude à accomplir des tâches de manière plus fiable et régulière qu’il ne le fait d’habitude. Les experts ne nient pas que les outils d’IA peuvent améliorer le flux de travail et réduire le temps nécessaire à certaines tâches, telles que le triage, l’analyse des journaux et la rétro-ingénierie. Mais la capacité de l’IA à automatiser une chaîne complexe de tâches avec une interaction humaine aussi minimale reste difficile à atteindre. Les chatbots ont encore du mal à exécuter des tâches complexes sans erreurs et sont encore sujets aux hallucinations ! Or Anthropic martèle que l’attaque est « majoritairement automatisée » par Claude.

Selon le rapport, des humains ont choisi les cibles, décidé ce qu’ils souhaitaient exploiter et exfiltrer (des données sensibles notamment), et ont approuvé chaque résultat. En un mot, l’attaque n’aurait pas été menée de façon « autonome » par Claude. Le chatbot aurait permis d’automatiser des actions.

Enfin, on peut se poser plusieurs questions. Pourquoi un groupe chinois aurait-il choisi une solution d’IA américaine, alors que le pays possède Deepseek et Qwen, et qu’il développe actuellement des puces très performantes ? De plus, si ces pirates chevronnés avaient vraiment travaillé sur ce projet, ils auraient laissé des « traces » derrière eux… mais, là encore, Anthropic ne mentionne pas les noms de groupes de hackers chinois, ni de preuves techniques. Cette affaire rappelle une pratique bien connue des éditeurs antivirus qui décrivent des menaces les plus effrayantes possibles pour mieux vendre leur solution.

En conclusion, une campagne de cyberespionnage a peut-être eu lieu et peut-être que des attaquants testent vraiment des agents LLM à grande échelle. Toutefois, ce rapport ne fournit aucune preuve, aucun détail, ni aucune transparence, contrairement aux attentes qu’on devrait avoir pour un véritable travail de « Threat Intelligence ».

La revue de presse quotidienne du 24 novembre 2025 : matériaux, robotique et intelligence artificielle

L’actualité industrielle de ces derniers jours met en lumière la diversité des dynamiques qui transforment les territoires et les filières. Ces avancées se mêlent à de nouvelles orientations publiques, dessinant un paysage où la modernisation technique s’articule étroitement avec les enjeux de compétitivité et de résilience. À l’échelle internationale, plusieurs signaux montrent également une accélération des innovations et des stratégies industrielles susceptibles de redessiner l’équilibre technologique mondial.

Efficacité des pompes à chaleur en France

Une étude inédite de l’ADEME confirme l’efficacité réelle des pompes à chaleur, dès lors qu’elles sont correctement installées.

Prévention des risques majeurs liés aux territoires

Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a publié le 20 novembre 2025 « Tous responsables », un Guide permettant de mieux se préparer et de sensibiliser aux risques majeurs, dans un contexte d’enjeux de résilience industrielle, territoriale et environnementale.

La nouvelle filière REP pour les emballages

Le Décret n° 2025‑1081 du 17 novembre 2025 instaure une filière de REP (responsabilité élargie des producteurs) pour les emballages consommés ou utilisés par les professionnels. Il prévoit notamment la collecte, le réemploi, le recyclage et la valorisation des déchets d’emballages, ainsi que les obligations pour les acteurs concernés (producteurs, commerçants, éco-organismes). Ce texte fixe également les modalités pour les commerces de plus de 400 m² afin d’augmenter la part de vente de produits sans emballage primaire d’ici 2030 (Institut Économie Circulaire).

La robotique souple « made in France » avance fort

La jeune deeptech française Compliance Robotics, installée dans les Hauts-de-France, se spécialise dans la robotique « souple », c’est-à-dire des robots aux structures déformables, flexibles et collaboratives. Elle travaille également sur le logiciel open source SOFA pour simuler les interactions physiques complexes, ce qui permet de modéliser ses robots souples ou de former des IA à travailler avec ces mécanismes (HDFID).

Investissement massif de la BEI dans les matériaux composites

La Banque Européenne d’Investissement (BEI) a accordé un prêt à risque de 25 millions d’euros à la deeptech française Fairmat, active dans le recyclage des matériaux composites à fibres de carbone de nouvelle génération.

Un robot au parfum

Le groupe International Flavors & Fragrances a dévoilé un robot de dosage intelligent qui permet de produire des lots d’échantillons de parfums « à la demande » en quelques minutes. Ce système automatisé repositionne fortement les procédés dans l’industrie des arômes/parfums, en combinant robotique industrielle et formulation chimique-matière (morningstar.com).

Accélération des matériaux ultra-performants

Le marché mondial des composites en fibre de carbone continue + résine PEEK connaît une forte accélération. Ces matériaux ultra-performants (légers, résistants à haute température) remplacent progressivement les métaux et plastiques conventionnels dans l’aéronautique, l’automobile, l’outillage lourd et l’automatisation industrielle (openPR.com).

Composites avancés et jumeau numérique pour le spatial

Une PME australienne (SME) basée à Canberra développe des structures composites pour le spatial (corps de fusée, télescopes) avec jumeau numérique et vient de réussir des tests de vibrations selon les normes NASA pour des corps de fusée (spaceanddefense.io).

Vers un basculement de l’équilibre technologique mondial ?

Une étude américaine alerte sur la montée en puissance industrielle de la Chine, laquelle renforce très rapidement sa capacité à intégrer l’innovation, les chaînes de production, les matériaux avancés, la robotisation et l’intelligence artificielle dans une stratégie cohérente qui pourrait lui offrir un avantage technologique décisif à l’échelle mondiale.

Les performances observées sous canopée agrivoltaïque renforcent l’idée d’un modèle agricole plus résilient

Les sites pilotes accueillant l’expérimentation TSE, situés notamment dans la Somme, la Haute-Saône, la Côte-d’Or et le Calvados, sont équipés d’installations de 2,4 à 2,9 MWc. La configuration dite « canopée » repose sur des panneaux positionnés à environ cinq mètres de hauteur, permettant le passage des engins agricoles et le maintien des pratiques culturales classiques.

Un microclimat nettement plus stable

Les données les plus récentes montrent que ces installations modifient sensiblement le microclimat des parcelles. Lors des journées les plus chaudes, la température sous canopée baisse en moyenne de 1,4 °C, avec des écarts beaucoup plus marqués lors des épisodes extrêmes : des pointes de –7 °C ont été enregistrées, notamment les 30 juin et 18 juillet 2025 à Amance et Brouchy. Cette réduction de surchauffe diurne s’accompagne d’un effet inverse la nuit, puisque la zone protégée reste environ 2 °C plus chaude. Sur l’année, l’amplitude thermique journalière sous canopée se trouve ainsi réduite d’environ 1 °C.

Ces variations, bien que modestes en apparence, ont des conséquences agronomiques fortes. À Souleuvre-en-Bocage, une exploitation a ainsi observé, lors des épisodes de chaleur intense, un quasi-doublement de la matière sèche récoltée sous ombrière par rapport à la zone témoin. Ces résultats confortent l’idée que la canopée agit comme un dispositif anti-stress thermique, capable d’amortir les pics de chaleur auxquels les cultures sont de plus en plus exposées. De fait, la stabilisation du microclimat est aujourd’hui l’un des bénéfices les plus robustes et systématiques des systèmes agrivoltaïques élevés.

Des rendements stabilisés, parfois améliorés

Les résultats agronomiques obtenus en grandes cultures apparaissent quant à eux globalement encourageants. À Verdonnet, les données de 2025 indiquent une progression d’environ 18 % du rendement dans la zone sous pilotage, comparée à une zone non couverte. La tendance la plus marquante est toutefois la résilience. D’une année sur l’autre, les rendements restent comparables entre zones témoins et zones protégées, mais la canopée tire son avantage dans les années chaudes et sèches. Sur plusieurs sites, les cultures abritées conservent un niveau de production supérieur ou plus stable, là où les cultures à découvert subissent davantage l’impact des stress hydriques et thermiques.

Les retours de terrain montrent ainsi que la canopée ne génère pas de perte structurelle de rendement sur les grandes cultures. En revanche, elle apporte un véritable différentiel de performance lorsque les conditions deviennent défavorables, ce qui renforce son positionnement comme outil d’adaptation plutôt que comme dispositif strictement productif.

Une forte amélioration du bilan hydrique

La question de l’eau constitue l’un des enjeux les plus documentés. Sur le site de Verdonnet, l’évapotranspiration a diminué en moyenne d’environ 35 % en 2025. À Amance, une culture de soja conduite en 2022 sous canopée a bénéficié d’une réduction spectaculaire du stress hydrique. Le nombre de jours affectés a en effet été réduit de 75 % par rapport à la parcelle témoin.

Ces résultats tiennent principalement à trois mécanismes cumulés : l’ombrage réduit l’intensité du rayonnement solaire, la baisse de la température du sol limite l’évaporation, et la réduction de la chaleur diurne diminue la demande en eau des plantes. Cette diminution de l’évapotranspiration est l’effet le plus constant observé dans les systèmes agrivoltaïques de grande hauteur.

Un effet positif sur le bien-être animal

Sur plusieurs sites associant élevage et cultures, un comportement très clair a par ailleurs été observé lors des canicules de 2025 : les animaux se sont systématiquement regroupés sous la canopée pendant les pics de chaleur, tandis que les troupeaux situés en zone non protégée se réfugiaient dans les bâtiments. La structure agrivoltaïque agit ainsi comme une zone d’ombre fonctionnelle, améliorant le confort thermique des animaux sans perturber l’organisation de la parcelle. Pour les exploitations mixtes, cet usage devient un atout supplémentaire, qui s’ajoute aux bénéfices agronomiques.

Des limites encore identifiées

Les résultats ne sont cependant pas uniformes pour toutes les cultures. Certaines espèces sensibles à l’ombre, comme la caméline, peuvent subir une baisse de rendement pouvant atteindre 30 % lorsque l’intensité lumineuse est trop réduite. Les Chambres d’agriculture rappellent d’ailleurs la nécessité de veiller à l’équilibre entre production agricole et production énergétique, l’objectif étant d’éviter tout ombrage excessif qui dégraderait les itinéraires techniques.

Si la France s’oriente aujourd’hui vers un agrivoltaïsme « 2.0 », plus encadré et plus technique, la généralisation du modèle nécessitera encore un élargissement des données disponibles. Les résultats varient selon les régions, les cultures, les sols et les modes de pilotage. Les scientifiques insistent donc sur l’importance de dispositifs multiparcelles et multirégions pour définir des recommandations vraiment généralisables.

En réunissant ces observations, les expérimentations menées par TSE montrent que la canopée agrivoltaïque peut stabiliser le microclimat des cultures, réduire de façon significative la demande en eau et préserver, voire renforcer, les rendements lors des années les plus difficiles. Ce modèle apparaît dès lors aujourd’hui comme l’un des outils d’adaptation les plus prometteurs pour les grandes cultures face à l’accélération du changement climatique.

Et en Europe ?

Dans toute l’Europe, l’agrivoltaïsme – et plus particulièrement les systèmes de grande hauteur permettant le passage des engins agricoles – gagne en maturité. Une étude publiée en 2025 montre que si seulement 1 % de la surface agricole utile de l’Union européenne était couverte par des systèmes agrivoltaïques, cela pourrait suffire à dépasser les objectifs photovoltaïques de l’UE pour 2030. Cette projection illustre l’ampleur du potentiel, tant d’un point de vue énergétique qu’agronomique.

Une revue souligne également que les systèmes agrivoltaïques peuvent combiner production électrique, production agricole et gestion de l’eau, tout en créant des microclimats plus favorables. Les auteurs insistent sur le fait que l’ombrage modéré et contrôlé est un facteur clé de réussite. Il réduit en effet les excès thermiques et l’évapotranspiration, tout en maintenant la lumière utile pour les plantes.

Sur le plan de la diffusion commerciale, un rapport indique que la taille du marché de l’agrivoltaïsme en Europe a été estimée à 278 millions de dollars en 2024, mais pourrait atteindre 2 493 millions de dollars d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel de l’ordre de 45 %. Autrement dit, l’agrivoltaïsme dépasse désormais le stade de simple pilote et commence une phase de montée en puissance.

Dans une synthèse parue en septembre 2025, il est également mentionné que le déploiement global d’agrivoltaïsme est passé de 14 GW en 2024 à environ 18,4 GW à mi-2025. Ce chiffre regroupe différents types de systèmes (ombres légères, ombrières élevées, systèmes de culture mixte), mais il montre que l’intégration agricole du photovoltaïque se confirme.

Plus précisément, dans l’étude de revue (Pekk et al., 2025) publiée dans Cleaner Engineering and Technology (ResearchGate), les auteurs analysent de nombreux projets et notent que, pour que l’agrivoltaïsme devienne pleinement opérationnel, il faut dépasser les expérimentations locales et accumuler des jeux de données multi-cultures, multi-sols, multi-climats. Ils soulignent aussi que la conception technique (hauteur des panneaux, densité d’ombre, orientation) joue un rôle déterminant dans la performance agronomique.

Ces éléments récents permettent de replacer les résultats obtenus par TSE dans un cadre plus large : ils ne sont pas isolés mais s’inscrivent dans un mouvement européen où l’ombre partielle et le fonctionnement dual (culture + énergie) commencent à être davantage quantifiés. Ils renforcent la conclusion selon laquelle, dans les années à venir, l’agrivoltaïsme de type canopée pourrait devenir un levier réaliste d’adaptation agricole face au changement climatique, à condition que les dispositifs soient finement dimensionnés et que l’on dispose des données adaptées.

Des nanotubes d’argiles pour l’électrolyse de l’eau

Des chercheurs du CNRS au Laboratoire de Physique des Solides et de l’Institut de Chimie Physique (CNRS/Université Paris-Saclay) ont réussi à concevoir un matériau imitant la nature pour réaliser l’électrolyse de l’eau. Cette réaction décompose l’eau en ses constituants : l’hydrogène et l’oxygène. Un premier pas pour produire de l’hydrogène vert, carburant « décarboné ».

Pour leur matériau, les scientifiques se sont inspirés de l’imogolite, un minéral naturel de type argileux en forme de nanotube. Ils ont ensuite remplacé certains éléments chimiques de la structure par du fer. Pour Erwan Paineau, un des chercheurs de l’étude, « nous avons choisi d’utiliser des métaux de transition abondants et peu coûteux pour améliorer les propriétés optoélectroniques des nanotubes. La littérature montrait qu’il était possible d’insérer du fer dans ces nanotubes. Quelques recherches suggéraient l’effet bénéfique des sites Fe dans l’imogolite dopée pour les applications électrocatalytiques, lesquelles n’avaient à ce jour pas été analysées en profondeur ». L’addition du fer dans la structure est réalisée via une synthèse hydrothermale en une étape. C’est-à-dire que les précurseurs chimiques sont placés en solution aqueuse et chauffés sous pression dans un autoclave. Cette étape permet d’intégrer de manière homogène le fer, lors de la croissance des nanotubes.

Un hydrogène vert

L’électrolyse de l’eau, et notamment pour obtenir de l’hydrogène vert, est un défi majeur dans un contexte de réduction des émissions de carbone. Aujourd’hui cette réaction nécessite des catalyseurs à base de métaux rares comme l’iridium ou le ruthénium. Développer une alternative à moindre prix représente un enjeu important. « Notre étude est une preuve de concept du potentiel de ces nanotubes dopés pour l’électrocatalyse. Nous n’avons pas fait d’analyse de coûts par rapport aux autres catalyseurs actuellement utilisés sur le marché », explique Erwan Paineau. Toutefois, le prix de ce catalyseur reste élevé puisqu’il contient du germanium, mais qui, à terme, pourrait être remplacé par du silicium, moins onéreux. Il poursuit : « Les avantages sont avant tout l’absence de métaux nobles ou de ressources critiques, sauf pour le germanium. L’efficacité sur les tests électrocatalytiques montre que notre matériau est meilleur que l’oxyde d’iridium, servant de référence dans le domaine. Il existe d’autres matériaux plus performants pour l’électrolyse de l’eau, mais qui emploient du cobalt et/ou du nickel, deux ressources critiques ».

Pour l’instant, la technologie conçue par les chercheurs reste au stade de démonstration expérimentale de faisabilité (TRL3). Avant de pouvoir l’utiliser pour la catalyse de l’eau, il faudra passer par un développement technologique à plus grand volume, impliquant un changement d’échelle en termes de production du matériau et de sa mise en forme sur des électrodes. Mais il reste encore des freins à son déploiement industriel : « Nous devons encore optimiser le temps de synthèse du matériau et les volumes d’eau nécessaire à sa production et purification en masse. Il faut également prendre en compte le risque de toxicité de notre objet nanométrique. Cela demande la mise en place de protocoles spécifiques pour la manipulation à grande échelle », conclut le chercheur.

Black Friday : une semaine pour explorer les Parcours Pratiques

Conçus par des experts et organisés autour de problématiques concrètes, les Parcours Pratiques offrent un accompagnement structuré pour aider les professionnels à monter rapidement en compétence. Chaque parcours propose une progression étape par étape, associant fiches didactiques, solutions prêtes à l’emploi, outils téléchargeables et quiz pour consolider les acquis.

Cette mise en avant exceptionnelle constitue l’occasion idéale de découvrir une méthode claire, opérationnelle et accessible pour avancer efficacement dans vos projets… tout en profitant d’une offre limitée réservée à cette semaine spéciale.

À vous de choisir votre (ou vos) Parcours Pratique(s) :

Constitués de modules numériques, ils sont pensés pour une approche flexible et autonome et permettent d’aborder sereinement des sujets complexes et de progresser à son rythme. Les 8 Parcours Pratiques, reflets des enjeux des organisations industrielles,  garantissent l’acquisition de compétences opérationnelles, en compléments de vos connaissances techniques et scientifiques.

Les limites actuelles du CCUS industriel

Si l’Agence internationale de l’énergie présente le CCUS comme une brique essentielle pour traiter les émissions « incompressibles » du ciment, de l’acier ou de la chimie, deux observations persistent. D’abord, le CCUS ne doit pas être utilisé comme un outil permettant aux industriels de retarder la transformation nécessaire de leurs procédés. Aussi, la maturité technologique de certains procédés de CCUS pose la question de leur mise en œuvre effective, et questionne sur leur rentabilité.

Il faut dans un premier temps se pencher sur la manière dont les CCUS sont déployés aujourd’hui. La quasi-totalité de la cinquantaine de projets de captage et de stockage opérationnels dans le monde est aujourd’hui liée à la production ou à l’usage d’hydrocarbures, et 80 % des volumes captés servent à la récupération assistée de pétrole. Ainsi, une grande part du CO₂ capté sert encore à extraire plus de pétrole.

Ce qui fait dire à certains que le CCUS peut être aujourd’hui utilisé comme un argument pour prolonger l’exploitation d’infrastructures fossiles, alors que dans le même temps de nombreux projets de récupération et de stockage de CO₂ sont abandonnés, faute de performances suffisantes et de business model pérenne.

Dans de nombreux secteurs pour lesquels les émissions sont très difficiles à faire baisser sans revoir complètement les modèles de production, les industriels mettent en avant l’absence de solutions alternatives pour justifier des plans très dépendants du CCUS. Pourtant, d’autres options émergent depuis de nombreuses années : sobriété, substitution de procédés, électrification, entre autres.

Le cas de la sidérurgie illustre bien cette ambivalence. Dans ce secteur, le CCUS ne jouera probablement qu’un rôle marginal dans la décarbonation mondiale de l’acier, en raison de coûts élevés, de taux de capture limités et de performances décevantes, alors que des voies technologiques comme la réduction directe du minerai, associée à l’hydrogène vert progressent rapidement.

Pas de neutralité carbone sans le CCUS

Pour le dire vite, certaines industries voient dans le CCUS un moyen de réduire leurs émissions sans changer leurs pratiques. Pour autant, réduire le CCUS à un simple alibi paraît aujourd’hui caricatural. Un rapport de l’AIE rappelle qu’atteindre la neutralité carbone sans CCUS dans certains segments comme la cimenterie par exemple, où une partie des émissions provient directement de la chimie du procédé, impliquerait des coûts bien plus élevés ou des ruptures technologiques au TRL encore trop faible.

Il ne s’agit donc pas d’être pour ou contre le CCUS mais bien de distinguer les usages qui en sont faits par les acteurs industriels. Tandis que les uns intègrent cette solution dans une stratégie globale de réduction des émissions, d’autres s’en servent comme substitut pour repousser des décisions structurelles à impact pour leurs activités.

Sur le plan économique, la promesse du CCUS est aujourd’hui fragile. En Europe par exemple, les projets présentent un coût moyen du tryptique capture-transport-stockage de près de 200 euros par tonne de CO₂, soit presque le double du prix du carbone actuel. Ainsi, une augmentation importante du prix du carbone sur les marchés, ou un soutien massif des États, la plupart des projets de CCUS ne trouvent pas de modèle économique viable.

Prenons l’exemple bien connu du projet norvégien Longship. Ce dernier, financé à hauteur de 2,2 milliards d’euros sur les 3,4 milliards nécessaires à la réalisation du projet, permettra d’ici 2029 de capter 400 000 tonnes de CO₂ par an issus des cimenteries. Un investissement énorme, mais qui reste dérisoire par rapport aux 2,5 milliards de tonnes émises chaque année par ce secteur dans le monde.

Pour résumer, il convient aujourd’hui d’encadrer l’usage du CCUS, qui permet à certains secteurs aux émissions incompressibles de réduire leur impact, tout en prenant garde à contraindre les secteurs qui le peuvent à modifier leurs pratiques pour réduire leurs émissions à la source.

Revue du Magazine d’Actualité #55 du 17 au 21 novembre

Entre innovations audacieuses et défis énergétiques, cette semaine illustre la volonté de concilier compétitivité et transition durable.


🏭 INDUSTRIE & SOCIÉTÉ

L’industrie ouvre ses portes et mise sur les talents pour bâtir l’avenir

Dans le cadre de la Semaine de l’industrie, les entreprises multiplient les initiatives pour séduire de nouveaux profils : visites d’usines, partenariats avec les écoles et campagnes de sensibilisation. Objectif : répondre à la pénurie de compétences et préparer la relève dans un contexte de transformation numérique et écologique.
👷‍ Voir comment la Semaine de l’industrie attire les talents

Choose France 2025 : entre ambitions industrielles et doutes persistants

Le sommet met en avant des projets d’investissement majeurs pour renforcer l’attractivité du territoire. Mais des interrogations subsistent sur la capacité à concrétiser ces annonces face aux contraintes réglementaires et énergétiques.
💶 Les ambitions industrielles françaises décryptées

Réindustrialiser : une ambition française freinée par ses propres règles

Malgré des plans ambitieux, la complexité administrative et les délais d’autorisation ralentissent les projets. Une situation qui interroge sur la cohérence entre objectifs stratégiques et réalité opérationnelle.
⚙️ Les obstacles à la réindustrialisation expliqués


🤖 TECHNOLOGIES & INNOVATION

Un nouveau robot humanoïde industriel prêt à transformer les chaînes de production

Conçu pour travailler aux côtés des opérateurs, ce robot promet flexibilité et gains de productivité. Une avancée qui illustre la montée en puissance de la robotique collaborative dans l’industrie.
🦾 La révolution des robots humanoïdes en marche

Vers un « métal vivant » : quand le monde biologique et l’électronique se rencontrent

Des chercheurs développent des matériaux hybrides capables de s’auto-réparer et d’interagir avec leur environnement. Une innovation qui ouvre la voie à des applications inédites en électronique et biomimétisme.
⚙️ L’avenir des matériaux intelligents dévoilé


ÉNERGIE & ENVIRONNEMENT

Machines agricoles : un chantier colossal pour réduire les émissions de CO₂

Le secteur agricole s’engage dans une transition énergétique avec des équipements plus sobres et des motorisations alternatives. Une mutation essentielle pour atteindre les objectifs climatiques.
🚜 Comment l’agriculture réduit son empreinte carbone

Carburants d’aviation durables : une intégration très lente, mais qui se poursuit

Malgré des avancées technologiques, la production reste limitée et les coûts élevés freinent la généralisation. Une problématique clé pour décarboner le transport aérien.
Les défis des carburants durables expliqués


❄ Bon weekend et à la semaine prochaine !

Et l’emballage se met à penser

L’édition 2025 du salon Prod&Pack, qui se tenait du 18 au 20 novembre à Lyon, confirme une tendance de fond. Désormais, l’emballage cesse d’être un simple contenant pour devenir un support d’information, de contrôle et d’interaction. Cette évolution est portée par des technologies numériques en pleine maturité et par des exigences croissantes en matière de durabilité, d’authenticité et de transparence. Selon une analyse publiée par Emerald, l’emballage intelligent répond ainsi aujourd’hui à une nécessité stratégique, permettant de renforcer la traçabilité, d’améliorer la sécurité alimentaire et de créer de nouveaux liens avec le consommateur.

Les solutions de connectivité intégrées dans les emballages constituent une première rupture majeure. Packaging Insights souligne que les technologies QR, NFC, RFID et les marques invisibles s’imposent comme les principaux vecteurs de développement des emballages numériques. Elles permettent d’associer chaque produit à un identifiant unique renvoyant vers des informations de provenance, d’impact environnemental ou de conseils d’usage. Cette évolution s’inscrit pleinement dans la dynamique observée à Prod&Pack, où la traçabilité connectée figure parmi les thèmes centraux.

Parallèlement, le secteur progresse rapidement dans le domaine des « emballages actifs ». Ceux-ci n’assurent plus uniquement la conservation du produit, mais surveillent en continu son état, sa fraîcheur ou son exposition à des conditions environnementales défavorables. Prepared Foods décrit ainsi une nouvelle génération d’emballages capables d’intégrer des indicateurs de fraîcheur, des agents antimicrobiens ou des capteurs autonomes communiquant sans batterie. Ces systèmes contribuent à prolonger la durée de vie des produits alimentaires et à améliorer la sécurité du consommateur.

Certaines recherches ouvrent des perspectives particulièrement avancées. Une étude publiée sur arXiv décrit notamment un emballage totalement autonome, flexible et extensible intégrant un capteur de gaz, une antenne NFC et un dispositif de libération active d’agents antibactériens, permettant de suivre l’état du produit et de réagir en cas de dégradation. Une autre publication présente des circuits électroniques ultraminces, imprimés sur des substrats recyclables et conçus pour être facilement récupérés en fin de vie, marquant une avancée significative en matière de circularité des technologies embarquées.

La dimension durable est d’ailleurs devenue indissociable des nouveaux usages. Les innovations exposées sur l’Allée des Tendances Durables de Prod&Pack illustrent une volonté forte d’associer technologies intelligentes et matériaux responsables. Une analyse sectorielle sur les emballages intelligents et durables rappelle que l’enjeu est d’intégrer les fonctionnalités numériques sans pénaliser la recyclabilité ou l’empreinte environnementale. Le guide des tendances 2025 publié par Inuru souligne pour sa part la croissance des matériaux biosourcés, des films compostables, des papiers techniques et même de supports lumineux OLED ultrafins intégrés à l’emballage, l’objectif étant de combiner impact visuel et sobriété matérielle.

Mais ces innovations s’accompagnent d’obstacles techniques et économiques importants. Selon Bioleader, l’intégration d’indicateurs, de capteurs ou de modules de traçabilité se heurte encore à la complexité industrielle, notamment en matière de coûts, de compatibilité avec les lignes d’emballage existantes et de standardisation des formats numériques. Packaging Digest rappelle quant à lui que la transition vers les identifiants 2D, comme le GS1 Digital Link[1], progresse rapidement mais nécessite une coordination globale entre producteurs, distributeurs et systèmes logistiques.

Les acteurs de l’agroalimentaire, particulièrement concernés, voient dans ces innovations un levier opérationnel majeur. L’emballage connecté permet d’améliorer la maîtrise de la chaîne du froid, d’optimiser les flux logistiques grâce au suivi numérique, d’augmenter la qualité perçue par le consommateur et d’apporter des garanties renforcées en matière de sécurité sanitaire. Pour les marques, il devient également un outil relationnel, capable de prolonger l’expérience d’achat et d’ouvrir de nouvelles formes d’interaction via des contenus augmentés.

À l’heure où Prod&Pack 2025 met en avant l’innovation et la durabilité, l’emballage connecté apparaît clairement comme une technologie pivot. Son développement dépendra de la capacité de l’industrie à concilier matériaux responsables, électronique ultralégère, intégration industrielle et adoption par le consommateur. Mais sa trajectoire est déjà tracée puisqu’il s’impose désormais comme un élément central de la transformation numérique et environnementale de l’emballage.


[1] GS1 Digital Link : standard international permettant de structurer une adresse internet pour accéder à plus d’informations sur les produits

La revue de presse quotidienne du 21 novembre 2025 : automobile, robotique et environnement

L’actualité industrielle de ce jour met en lumière des signaux contrastés : d’un côté, plusieurs indicateurs économiques se dégradent, affectant des secteurs clés comme l’automobile et le bâtiment ; de l’autre, la dynamique technologique se poursuit avec des avancées majeures en intelligence artificielle et en robotique. À l’échelle européenne, des évolutions réglementaires importantes viennent également bousculer les filières de l’environnement et de la chimie. Voici les principaux faits à retenir.

Forte baisse du marché automobile français

Le site du Journal de l’Automobile indique que le marché automobile français est en plein recul, à des niveaux « jamais vus depuis 50 ans ». Les réseaux de distribution sont particulièrement touchés, ce qui impose une réinvention du modèle économique de la filière.

Valeo sanctionné après un plan 2028 peu convaincant

Toujours dans l’automobile, le média Autoactu.com rapporte que l’équipementier Valeo a vu son cours chuter de 13 % suite à l’annonce de son Plan de croissance 2028, qui ne prévoit pas d’objectif de croissance pour 2026. Pourtant, son positionnement sur les technologies d’avenir et ses prises de commandes lui garantissent une croissance régulière bien au-delà de 2030.

Yann LeCun quitte Meta Platforms pour lancer une start-up d’IA

Le célèbre chercheur français en intelligence artificielle annonce son départ de Meta après douze ans au sein du labo FAIR. Il souhaite créer une entreprise focalisée sur des modèles d’IA capables de « comprendre le monde physique » plutôt que de simplement produire du texte (ZDNET).

Le climat des affaires dans l’industrie française recule en novembre

Zonebourse indique que le climat des affaires pour l’industrie en France affiche un recul ce mois-ci, signalant un ralentissement notamment dans le secteur du bâtiment.

Autorisations « éternelles » pour certains pesticides et feuille de route climatique européenne

rsedatanews.net rapporte que certaines autorisations de pesticides sont désormais attribuées pour une durée illimitée. De même, la Commission européenne publie ses feuilles de route climatiques pour les entreprises tandis que le parlement a rejeté une taxe plastique.

Une entreprise chinoise veut concurrencer les robots de Tesla avec des androïdes « qui font des câlins »

Lu sur Yahoo Actualités : une société chinoise développe des robots humanoïdes concurrents des modèles de Tesla, avec pour particularité une orientation centrée sur l’interaction sociale (« câlins ») plutôt que purement utilitaire.

Version agrandie de l’A350 : signe d’un retour des avions gros-porteurs ?

Le groupe Airbus a fait parler de lui au Dubaï Airshow, le salon aéronautique qui s’est tenu tout au long de cette semaine à Dubaï. Non seulement le constructeur européen a profité de cet événement pour engranger les commandes auprès de plusieurs compagnies aériennes (200 engagements pris avec des clients tels qu’Etihad Airways, flydubai, Air Europa ou Ethiopian Airlines), mais il a aussi saisi cette occasion pour faire une annonce importante concernant l’A350.

À l’ouverture du salon, Airbus a ainsi affirmé par la voix de Christian Scherer, le directeur général de la division avions commerciaux, qu’une version agrandie de l’avion gros-porteur était en phase d’étude selon des propos recueillis par Reuters.

Ce projet vise à satisfaire un client en particulier : la compagnie aérienne Emirates basée à Dubaï. Une annonce sur fond de rivalité avec le constructeur américain Boeing puisque le président d’Emirates, Tim Clark, a demandé à Boeing de mener une étude de faisabilité pour développer une version allongée de son gros-porteur à savoir le 777-9. Il a affirmé, ce mardi, être confiant quant à la capacité de Boeing à mener ce projet.

Le marché des gros-porteurs relancé par les compagnies du Golfe et d’Asie

Les gros-porteurs seraient-ils de nouveau en vogue ? Surnommé la « Reine des cieux », le dernier 747 a été livré en 2023. Boeing avait été contraint d’arrêter la production de son quadrimoteur en raison d’une demande insuffisante.

Dans les années 2000, le plus gros avion de transport de passagers avait été détrôné par l’Airbus A380 ; ce dernier s’est finalement révélé être un échec commercial et sa production a cessé depuis 2021 faute de commandes. Ces dernières années, ce sont plutôt les avions bimoteurs plus petits et moins gourmands en carburants qui ont été privilégiés.

Selon Christian Scherer, l’élargissement de l’A350 est une réponse aux demandes faites par les compagnies du Golfe et d’Asie. Ces dernières sont en pleine phase de croissance et cherchent à contourner les contraintes liées à la saturation des créneaux ou à l’obtention des droits de trafic en recourant aux avions à grande capacité. Un A350, parfois désigné sous le nom d’A350-2000, pourrait leur offrir l’avantage d’une capacité de plus de 400 sièges.

D’autant plus qu’Emirates se prépare à remplacer sa flotte d’Airbus A380. Avec 116 appareils en service, l’A380 a fortement contribué au succès des hubs de Dubaï ou de Doha et au prestige de la compagnie. Cette dernière se tourne désormais vers le modèle concurrent, le 777-9 de Boeing d’une capacité de 500 passagers et qui est toujours dans l’attente d’une obtention d’une certification (prévue pour fin  2025 ou début 2026).

Défis technologiques

Même si les enjeux commerciaux sont importants, le volet technologique n’en demeure pas moins stratégique : un développement industriel soutenu est attendu de la part des motoristes qui devront s’assurer que cette version agrandie sera équipée d’un moteur assez puissant pour la propulsion de l’avion.

En 2023, évoquant les délais beaucoup trop courts entre chaque maintenance du moteur Rolls-Royce Trent XWB-97 de l’A350-1000, le président d’Emirates n’avait pas finalisé la commande et lui avait préféré l’A350-900. Selon Christian Scherer, Rolls-Royce, le motoriste britannique, cherche à remédier à ce problème pour offrir de meilleures performances de maintenance de son moteur.

Pour mettre toutes les chances de son côté, il est impératif pour Airbus de s’aligner sur les exigences des compagnies du Golfe, principaux clients de ces modèles.

La canopée photovoltaïque, une innovation de TSE au service de la transition agricole

Denis Burtin, Directeur Général Délégué du Pôle Innovation & technologies TSE
Denis Burtin, Directeur Général Délégué du Pôle Innovation & technologies TSE (Crédit : TSE)

 TSE Energy est un producteur français indépendant d’énergie solaire.

TSE développe, finance, construit et exploite des centrales solaires photovoltaïques sur différents types de foncier.

Grâce à ses installations agrivoltaïques de pointe, TSE est reconnu comme une référence de l’énergie solaire et de l’agrivoltaïsme.

Techniques de l’ingénieur : Comment cette idée de canopée agricole a-t-elle germé ?

Denis Burtin : L’objectif était de créer un système qui permette d’installer des panneaux solaires sur les terrains agricoles sans perturber le passage des engins, en permettant tous types de grandes cultures, comme le maïs, le bambou, le blé, l’orge ou le soja, etc. Nous sommes donc partis d’une feuille blanche avec cette idée simple.

Comme je suis originaire de Grenoble, je suis né avec les skis au pied et j’ai toujours été fasciné par les remontées mécaniques avec leurs câbles tendus. J’ai repris le principe en installant, au-dessus des champs agricoles, des câbles munis de panneaux capables de suivre la course du soleil. C’est donc comme ça qu’est né le concept de canopée.

Avec le président de TSE, Mathieu Debonnet, nous avons alors posé le premier brevet et nous avons continué à affiner le système pour aboutir à la mise en service, en 2022, de notre premier projet démonstrateur, situé à Amance, dans l’est de la France.

Canopée agricole de Brouchy - TSE
Canopée agricole de Brouchy (crédits : Julien Bru TSE)

Avez-vous surmonté des défis techniques particuliers ?

Ce produit embarque de nombreuses innovations technologiques. Au niveau structurel déjà : les portées entre deux poteaux sont très grandes, autour de 27 mètres, et on a toujours au minimum 5 mètres utiles pour le passage des machines, quelle que soit la configuration d’angle du panneau. Or, cette structure complexe doit être capable de supporter les conditions climatiques les plus extrêmes, avec un ancrage au sol minimum.

Nous avons codéveloppé, avec l’École des Mines, un logiciel de simulation permettant de simuler toutes les conditions météorologiques et de vérifier leur interaction avec la structure. Ceci nous permet d’établir les positions de mise en sécurité à adopter, afin que la canopée puisse essuyer tout type de tempête.

Chaque canopée est ainsi bardée d’instruments de mesure. Les premières contiennent environ 800 capteurs (accéléromètres, inclinomètres, sondes tensiométriques, thermomètres, etc.) qui nous servent notamment à vérifier les hypothèses de notre jumeau numérique et à améliorer le dimensionnement structurel de l’installation.

Nous allons jusqu’à affiner le mode opératoire de vibration de la structure et les déplacements en fonction de la température, puis on vient incrémenter nos jumeaux numériques via des réseaux de neurones qu’on entraîne pour obtenir des modèles les plus fiables possibles.

L’idée était aussi de développer un pilotage actif des panneaux en fonction des conditions climatiques. C’est-à-dire placer les panneaux à la verticale lorsqu’il pleut, ou les orienter de manière à créer le maximum d’ombrage lorsque la température dépasse 28°C et qu’il n’y a plus de photosynthèse. Même chose lors des périodes de gel printanier : les panneaux apportent une couverture nocturne qui apporte quelques degrés et évite le gel.

Sur la partie agricole, comment fonctionne ce pilotage de la canopée ?

Grâce à un logiciel spécialement développé, nous arrivons à estimer la quantité d’eau qu’il va falloir apporter à la plante dans les prochaines 24 heures. Ce pilotage prend en compte les données récoltées par les sondes (hygrométrie, température, etc.) placées sur le terrain, à différentes profondeurs et qui permettent d’estimer la réserve hydrique du terrain et les besoins réels de la plante.

Il devient donc possible de proposer un programme d’irrigation 100 % automatique capable de fonctionner la nuit et totalement adapté à la parcelle de l’agriculteur. Avec ce système, les économies d’eau sont de l’ordre de 30 %, ce qui n’est pas négligeable !

Nous avons aussi développé différentes stratégies, basées sur le couplage entre plusieurs jumeaux numériques, concernant les données agricoles, la simulation de l’ombrage et les données de production photovoltaïque. Grâce à cet assemblage d’informations, nous sommes ainsi capables de piloter les panneaux pour améliorer à la fois le rendement agricole et la production d’énergie solaire.

Les canopées développées par TSE sont-elles proches du stade industriel ?

Les quatre canopées installées (3 hectares, en France, et 3 MW chacune) sont 100 % opérationnelles, mais ce sont encore des pilotes industriels. En effet, ce produit étant une innovation majeure, nous avons choisi de travailler par étapes.

Nous avons actuellement une trentaine d’ingénieurs qui travaillent sur les différents sujets associés à la canopée : jumeaux numériques, volet agronomique, conception de la structure, pilotage, sans oublier la partie électrique.

Car TSE cherche bien évidemment à optimiser la production d’énergie, en utilisant notamment des panneaux solaires de dernière génération. Nous utilisons ainsi des panneaux bifaciaux, capables de capter l’énergie solaire directe sur la face avant, mais aussi les rayons lumineux issus de la réflexion provenant du sol, sur la face arrière (albédo). Avec ces panneaux bifaciaux, nous gagnons à peu près 5 à 10 % de production supplémentaire.

La prochaine canopée, qui sera terminée en février-mars 2026, sera la 3e version d’évolution et la 4e et dernière version avant industrialisation sera terminée en juin. Nous en sommes donc au stade final de la R&D.

Pour en savoir plus au sujet de l’agrivoltaïsme, nous vous invitons à lire également l’interview de Bertrand Drouot L’Hermine.

La revue de presse quotidienne du 20 novembre 2025 : matériaux, automatisation et climat

Les filières se transforment simultanément sur les plans technologique, environnemental et économique et plusieurs signaux forts dessinent les priorités industrielles du moment. Voici quelques points essentiels à retenir de l’actualité industrielle de ce jour.

Il n’y a jamais eu de meilleur moment pour investir dans l’automatisation des flux de matériaux

ien.eu indique que, lors du Linde Material Handling, la combinaison d’équipements automatisés (tracteurs, chariots automatisés, bras robotisés) et de scanners 3D a été plébiscitée en tant qu’outil de planification et de réduction des délais de mise en œuvre de projets d’automatisation. L’investissement dans les flux de matériaux industriels est donc jugé particulièrement opportun à l’heure actuelle.

La recherche appliquée ainsi que l’innovation dans l’agroalimentaire et les matériaux au Breizh Carnot Tech

Le réseau des instituts Carnot organise le 20 novembre 2025 à Rennes la 3ᵉ édition de Breizh Carnot Tech. Cette journée permet de découvrir des projets de R&D à fort potentiel, de rencontrer chercheurs et industriels, et d’explorer les transitions dans les filières agri-agro-aqua. Elle est l’occasion de suivre les innovations dans les matériaux, procédés, capteurs, et industrialisation des technologies.

L’usine du futur et l’emballage connecté au cœur de l’industrie

Du 18 au 20 novembre 2025, à Lyon (Eurexpo), Prod&Pack rassemble plus de 600 exposants autour des procédés, de l’emballage, de l’automatisation et de la robotique dans les industries de produits emballés. Le salon met en lumière comment l’industrie du conditionnement s’adapte à la durabilité, à la logistique intelligente, aux matériaux nouveaux et aux lignes automatisées.

Les Français, leaders en Europe de la consolidation des groupes de distribution automobile

Autoactu.com indique que, selon le dernier classement Top 50 d’ICDP, les groupes français de distribution automobile ont été les plus dynamiques en Europe en matière de fusions-acquisitions. Cet élément témoigne non seulement d’un mouvement de concentration dans l’automobile mais aussi d’une mutation de la chaîne de distribution.

Un agriculteur belge poursuit TotalEnergies pour dommages liés au climat

Un agriculteur belge porte plainte contre le groupe français TotalEnergies, estimant que quatre épisodes extrêmes liés au changement climatique (tempête, sécheresses) entre 2016 et 2020 ont causé des pertes sur son exploitation. Le procès, soutenu par des ONG environnementales, pourrait ouvrir une voie juridique pour responsabiliser les industriels des combustibles fossiles.

Le marché solaire C&I (Commercial & Industrial) en Europe entre dans une nouvelle phase

pv magazine International souligne que le segment solaire « commercial & industriel » en Europe se réoriente vers de plus grandes installations, une intégration accrue de stockage, et une focalisation renforcée sur l’innovation et la confiance ESG (environnementale, sociale, gouvernance) auprès des fabricants, des EPC et des acheteurs industriels. Les projections pour 2025 montrent environ 68 GW de nouvelles capacités photovoltaïques pour l’UE / UK / Norvège / Suisse, avec une forte hausse du stockage.

Réindustrialiser, une ambition française freinée par ses propres règles

Dans le cadre de la Semaine de l’Industrie 2025, le MEDEF s’est penché sur la place de l’industrie dans l’économie française actuelle, en posant une question : « L’industrie, un eldorado pour la France ? » Ce contexte constitue un terrain privilégié pour dresser un état des lieux du ressenti des industriels, à l’heure où les tensions sur la compétitivité, les coûts de l’énergie et les impératifs de transition écologique influencent fortement les trajectoires productives.

Un secteur en légère reprise, mais fragilisé

L’industrie manufacturière française montre en 2025 des signes contrastés. Selon une analyse conjoncturelle du Trésor, la valeur ajoutée industrielle a progressé de +0,5 % au premier semestre par rapport à fin 2024, une hausse modérée qui masque toutefois des différences importantes selon les filières. La fabrication de matériels de transport affiche par exemple une progression notable de +4,4 %, tandis que d’autres segments, comme les biens d’équipement, stagnent.

L’enquête de conjoncture de l’INSEE renforce ce constat d’équilibre précaire. Les industriels anticipent en effet une légère hausse de leurs prix de vente (+0,1 %), mais signalent une capacité de production souvent insuffisante. Le taux d’utilisation des capacités atteint 81 %, en retrait par rapport à la moyenne historique. Par ailleurs, les investissements prévus dans la fabrication de biens d’équipement seraient revus à la baisse, traduisant une prudence persistante.

Du point de vue territorial, le premier semestre 2025 enregistre un solde positif de +9 usines ouvertes, selon le baromètre industriel de la DGE, ce qui confirme un mouvement de relance, mais à un rythme encore trop faible pour inverser la trajectoire de long terme du secteur.

Un moral en berne, entre pressions structurelles et attentes fortes

Au-delà des chiffres, les sondages publiés ces dernières semaines témoignent d’un scepticisme profond. Selon une étude IFOP pour la Société des ingénieurs Arts et Métiers, seuls 32 % des ingénieurs considèrent que la réindustrialisation de la France est « en bonne voie ». Ils sont 84 % à estimer que ce n’est pas le cas, un signal clair envoyé aux décideurs publics. Cette perception trouve un écho dans l’opinion générale : 83 % des Français pensent que l’industrie est en déclin, d’après une étude sur l’image de l’industrie réalisée par les Forces Françaises de l’Industrie.

Les raisons de ce pessimisme sont multiples et documentées. Le coût du travail dans l’industrie reste élevé en comparaison internationale, et la densité réglementaire constitue un frein régulièrement cité. L’économiste Patrick Artus soulignait récemment dans Le Monde que la compétitivité française pâtit en partie de ces contraintes, tout en rappelant la responsabilité des acteurs eux-mêmes dans certaines dérives de coûts et d’organisation.

À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques et la forte compétition européenne et internationale. Le quotidien Le Monde signalait récemment qu’« une crise industrielle plane à nouveau sur la France », malgré les plus de 30 milliards d’euros d’investissements annoncés à l’occasion de Choose France 2025.

Pour autant, des espoirs demeurent. Les ingénieurs interrogés dans l’étude IFOP identifient plusieurs leviers de transformation. L’intelligence artificielle est notamment perçue comme un facteur de changement majeur, avec un impact potentiel estimé à 86 % sur l’ensemble du tissu productif dans les cinq prochaines années. Ils évoquent également la nécessité de renforcer l’attractivité des métiers, de simplifier les démarches administratives et d’alléger la fiscalité industrielle.

Certaines filières apparaissent en meilleure posture, notamment l’industrie du transport, la robotique, les technologies de l’énergie ou encore les segments soutenus par le plan France 2030. Le crédit d’impôt pour l’industrie verte constitue également un levier cité comme incitatif et potentiellement structurant.

En définitive, la situation industrielle française reste intermédiaire : les fondamentaux ne sont pas effondrés, certains signaux sont positifs, mais les doutes exprimés par les industriels et les citoyens traduisent un besoin de réformes structurelles profondes. Les mois à venir permettront de vérifier si les engagements publics et privés peuvent réellement transformer les intentions de réindustrialisation en dynamique durable.

Région et réindustrialisation à Chalon‑sur‑Saône : un modèle d’engagement concret

Le territoire du Grand Chalon, en Saône-et-Loire, illustre parfaitement comment l’appui d’une collectivité peut transformer un tissu industriel en mutation. Grâce à l’engagement fort de la région et à la mise en œuvre d’un programme spécifique de reconquête industrielle, la zone de SaôneOr est devenue un « site industriel clé en main France 2030 » accueillant plus de 360 entreprises et avec 6 450 emplois recensés, ce qui témoigne concrètement de la régénération productive du territoire.

Si cette réussite s’appuie sur un dispositif territorial réfléchi et une disponibilité foncière aménagée, elle reste aussi la conséquence d’un accompagnement permanent de la collectivité régionale, à travers des investissements ciblés, des infrastructures modernisées, ou encore une coopération public-privé renforcée.

L’exemple chalonnais démontre que, quand la volonté publique rejoint les acteurs privés locaux, la relance industrielle peut sortir du discours et prendre forme.

Une énergie à bas prix : l’arme de la Chine pour gagner la bataille de l’IA

C’est une certitude : la disponibilité d’une énergie abondante et bon marché est la clé de la réussite en matière de stratégie de développement industriel. C’est d’autant plus vrai dans la course à l’IA et la Chine semble l’avoir bien compris.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les chiffres, car avec 9 000 TWh d’électricité produite en 2022 (toutes sources confondues), soit le double de la production américaine, la Chine est désormais le premier producteur mondial. Et pour en arriver là, le pays a multiplié les investissements publics dans le solaire, l’éolien, l’hydroélectrique et le nucléaire nouvelle génération, puisque 11 nouveaux réacteurs ont été annoncés en 2024 !

La Chine mise énormément sur les énergies renouvelables

C’est le paradoxe actuel de la Chine : bien que le pays soit critiqué pour sa dépendance au charbon (30,5 GW de nouvelles capacités de centrales à charbon ont été mis en service en 2024), cela ne l’empêche pas, en parallèle, de se positionner en tant que champion de la transition énergétique.

Car, bien qu’elle soit partie de zéro il y a 20 ans, la Chine est désormais le leader mondial incontesté des énergies renouvelables. Là encore, les chiffres ne trompent pas, puisque le pays a doublé sa capacité solaire et éolienne entre 2021 et 2024 (+80 GW d’éolien et +277 GW de capacité solaire de plus rien qu’en 2024).

En outre, si les immenses champs photovoltaïques visibles depuis l’espace témoignent déjà des ambitions gigantesques de la Chine en matière de solaire, le pays ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisque le président Xi Jinping a confirmé l’engagement de neutralité carbone de la Chine pour 2060.

Et pendant ce temps, le coût de l’électricité explose à l’Ouest

Si la Chine est actuellement en situation de surplus d’électricité par sa planification centralisée à long terme des investissements, l’état des lieux est bien différent outre-Atlantique.

Une enquête de Deloitte (2025), réalisée aux États-Unis auprès de dirigeants des secteurs de l’énergie et des centres de données, indique ainsi que « les projets d’expansion des centres de données avancent plus rapidement que la mise en service de nouvelles sources de production électrique. »

Compte tenu du fait que « la demande énergétique des centres de données pour l’IA pourrait être multipliée par 30 d’ici 2035 », les développeurs se retrouvent donc devant un dilemme : freiner leurs investissements ou produire leur propre électricité.

Pour éviter la panne et ne pas perdre de retard dans la course à l’IA, les géants du secteur, notamment OpenAI et Meta, n’hésitent plus à construire des centrales énergétiques locales, souvent alimentées au gaz naturel, des solutions d’appoint qui reposent donc sur des énergies fossiles.

En outre, cet accroissement de la demande en électricité n’est pas sans conséquences sur le reste de l’économie américaine, notamment sur les ménages, puisque des hausses mensuelles de 15 à 30 $ ont été observées dans certains états cette année, selon le Washington Post.

Le prix et la disponibilité de l’énergie vont conditionner les progrès de l’IA

Il est donc clair que l’électricité est le nerf de la guerre en matière de développement de l’IA. Et sur le plan énergétique, la Chine est en train de prendre une longueur d’avance sur les États-Unis.

Et si d’aventure les États-Unis réussissent à rattraper leur retard, ce ne sera pas en misant sur des fermes solaires géantes et encore moins sur de l’éolien. Du moins pas avec des fonds publics, car l’hostilité de l’administration Trump envers les renouvelables est désormais suivie de mesures concrètes, la Maison-Blanche ayant détaillé un décret exécutif pour mettre fin aux subventions pour l’énergie éolienne et solaire.

Le CCUS, levier industriel pour atteindre la neutralité carbone

En piégeant le CO₂ à la source, puis en le valorisant ou en le stockant durablement sous terre, le CCUS offre une alternative réaliste pour atteindre la neutralité carbone sans bouleverser les chaînes de production existantes. Attention ! Le CCUS n’est pas la solution miracle qui permettra à l’industrie de devenir vertueuse environnementalement parlant sans faire évoluer drastiquement ses pratiques. Mais il peut, au cas par cas, permettre de compenser des émissions inévitables liées aux activités industrielles. Le CO2 émis par les avions pendant les vols aura encore longtemps du mal à être capté.

Le principe du CCUS repose sur trois étapes, à savoir capturer, transporter et stocker le dioxyde de carbone. La première phase de captage consiste à isoler le CO₂ présent dans les gaz de combustion, soit par un procédé de post-combustion, de pré-combustion ou d’oxy-combustion. Si ces techniques permettent de piéger jusqu’à 95 % des émissions, elles restent énergivores et coûteuses, pouvant absorber jusqu’à 40 % de la production d’une centrale.

Une fois capté, le CO₂ peut être compressé et transporté, le plus souvent par gazoduc, jusqu’à des sites de stockage géologique situés à plus de 800 mètres de profondeur. Ces réservoirs naturels – gisements d’hydrocarbures épuisés, aquifères salins ou veines de charbon – garantissent la conservation du CO₂ à l’état supercritique pendant des siècles, à condition de disposer de formations géologiques adaptées.

Des solutions technologiques au cas par cas

En France, la stratégie nationale CCUS, publiée en juillet 2024, vise à capter entre 4 et 8 millions de tonnes de CO₂ par an d’ici 2030. Elle cible les grands bassins industriels : Dunkerque, Fos-sur-Mer, Le Havre et Saint-Nazaire. À Dunkerque, ArcelorMittal teste un pilote capable de capter un million de tonnes par an, tandis que GRTgaz et Equinor développent le projet CO₂ Highway Europe, qui doit relier des sites français aux stockages norvégiens en mer du Nord. Dans le Grand Ouest, le projet GO CO₂ prévoit quant à lui une capacité d’exportation de 2,6 millions de tonnes par an depuis Saint-Nazaire.

Dans le même temps, l’IFPEN et le BRGM évaluent le potentiel de stockage du sous-sol français, tandis que plusieurs projets de captage sur les déchets et la biomasse ouvrent la voie au BECCS (bioénergie avec captage et stockage), capable de générer des émissions négatives. L’objectif est d’en séquestrer près de dix millions de tonnes par an d’ici 2050.

Au-delà du stockage, le CCUS ouvre la voie à une valorisation du CO₂ en tant que ressource. Il peut être utilisé pour produire des carburants de synthèse, des polymères ou renforcer les bétons recyclés par minéralisation. Des start-up comme NetCarbon, combinent observation satellitaire et intelligence artificielle pour certifier le carbone stocké naturellement dans les forêts et sols agricoles, une donnée qui restait jusqu’à présent souvent théorique et quasiment impossible à évaluer de manière crédible.

Reste que le CCUS demeure aujourd’hui un pari économique. Capturer une tonne de CO₂ coûte entre 250 et 350 euros, ce qui est trois ou quatre fois supérieur au prix actuel du carbone.

Cette équation limite son déploiement, malgré la maturité technique et les besoins croissants de décarbonation. L’agence internationale de l’énergie estime pourtant que le CCUS devra contribuer à 15 % de la réduction mondiale des émissions d’ici 2050. Un objectif qui suppose la mise en place de milliers d’installations et de réseaux transfrontaliers.

La France, grâce à son expertise industrielle et à ses ressources géologiques, dispose d’atouts certains pour construire une filière compétitive. Mais son essor dépendra de trois conditions : un signal-prix carbone fort, une réduction des coûts grâce à l’innovation, et une acceptation sociale du stockage souterrain.

Tout cela afin de représenter, au-delà d’une solution ponctuelle, une véritable brique technologique dans les stratégies net zéro des entreprises industrielles.

Choose France 2025 : entre ambitions industrielles et doutes persistants

Ce lundi, à la Maison de la Chimie, le gouvernement a inauguré une version inédite du sommet Choose France, exclusivement tournée vers les investissements réalisés par des entreprises françaises sur le territoire national. Un événement qui se veut la vitrine d’une réindustrialisation portée par les acteurs tricolores, dans un contexte économique et politique en tension. Selon les chiffres dévoilés, 151 projets ont été recensés pour un total de 30,4 milliards d’euros d’investissements.

Parmi eux, 9,2 milliards concernent des initiatives réellement nouvelles, dans des secteurs jugés essentiels comme les data centers, le recyclage, la santé et la mobilité. Les 21,2 milliards restants correspondent à des projets déjà dévoilés au cours de l’année, parfois en cours d’exécution depuis des mois. Plusieurs groupes emblématiques ont été fortement mis en avant : Sanofi revendique une enveloppe d’un milliard d’euros sur 2025-2026, principalement destinée à des opérations déjà programmées. Safran investira plus de 430 millions dans une unité de freins carbone dans l’Ain, dont la mise en service est prévue en 2030. Danone programme 300 millions pour relocaliser une partie de sa production d’ici 2028. Enfin, EDF et OpCore vont construire un data center pour un montant de 4 milliards d’euros à Montereau-Vallée-de-la-Seine (Seine-et-Marne).

L’édition 2025 a aussi révélé un foisonnement d’initiatives illustrant la diversité de l’investissement productif tricolore. Ainsi, Urgo, marque emblématique du pansement, prévoit d’investir 60 millions dans une nouvelle usine dans la Loire. Dans l’Est de la France, Arverne déploie son ambitieux projet Lithium de France, misant sur la géothermie pour massifier une filière stratégique (2 milliards d’euros). D’autres investissements structurants sont prévus sur le territoire : l’extension du campus Cloud & HPC (High Performance Computing) de Sesterce à Valence (1,5 milliard d’euros), ou encore la future usine de recyclage de terres rares de Carester à Lacq (185 millions d’euros), mais aussi sept projets de recyclage portés par Derichebourg (130 millions d’euros).

Les inquiétudes du milieu patronal face à l’instabilité de la situation politique

Pour accompagner cette dynamique, l’État et Bpifrance activent un arsenal d’outils publics : le crédit d’impôt industrie verte, déjà doté d’une trentaine d’agréments, le plan France 2030 et ses 54 milliards mobilisés sur cinq ans, ou encore de nouveaux instruments financiers comme les Obligations Transition, la Garantie Fonds Propres Relance et l’extension du dispositif Tibi, désormais porté à 15 milliards d’euros pour soutenir le capital-risque français. Autant de leviers destinés à transformer les annonces du sommet en investissements pérennes et à renforcer la compétitivité du tissu industriel.

Mais au-delà des annonces, l’initiative porte aussi une signature éminemment politique. L’exécutif entend rappeler que la souveraineté économique ne se décrète pas et qu’elle se construit grâce à l’engagement des entreprises françaises. Pourtant, la dynamique affichée peine à dissiper les inquiétudes. Selon Le Monde, « ce sommet sert surtout de prétexte à l’exécutif pour tenter de renouer le lien avec un milieu patronal sidéré par l’instabilité de la situation politique et ses conséquences désastreuses sur la marche économique du pays ». D’après un bilan réalisé par L’Usine nouvelle, un indicateur ne trompe pas : pour la deuxième année consécutive, la France devrait compter davantage de fermetures que d’ouvertures d’usines en 2025.

Le traitement des annonces normandes a également suscité son lot de critiques. Présentée par l’Élysée comme avant-dernière en nombre de projets mais cinquième en montants investis, la région s’est retrouvée au cœur d’un classement contesté par Le Journal des entreprises. Ce décalage entre communication officielle et réalité économique ravive une critique récurrente : une partie notable des annonces Choose France relève davantage de réengagements que de véritables créations nouvelles. La transformation industrielle du pays demeure ainsi un chantier encore incertain, dont les résultats peinent à se matérialiser.

La revue de presse quotidienne du 19 novembre 2025 : consommation, énergie et aéronautique

L’actualité industrielle et technologique du jour reflète un paysage européen en pleine recomposition, entre investissements massifs dans l’énergie, accélération des dynamiques environnementales, interrogation sur la trajectoire industrielle française, percée continue de l’IA et avancées stratégiques dans l’aéronautique et la défense. Les annonces et analyses publiées ce 19 novembre témoignent de l’intensité des transformations en cours, entre recomposition des acteurs, pressions réglementaires et nouveaux défis technologiques.

Les multiples investissements du milliardaire tchèque Daniel Křetínský dans l’énergie et la distribution en Europe

Le groupe EPH de Daniel Křetínský va devenir « l’un des premiers actionnaires » de l’acteur français TotalEnergies SE via une émission d’actions d’un montant équivalent à 5,1 milliards d’euros. L’opération inclut une co-entreprise dans la production d’électricité (centrales gaz/biomasse, batteries) en Europe de l’Ouest (Connaissance des Énergies).

Veille environnementale : auto-consommation, étiquetage, RDC…

Le site RSE Data News signale plusieurs points saillants dans l’actualité environnementale et industrielle, notamment le triplement du nombre de ménages en auto-consommation en France en deux ans, et un report à 2028 des nouvelles règles européennes d’étiquetage des produits chimiques.

Éthique de l’IA, explicabilité, durabilité dans les systèmes industriels et sociétaux

IA Info publie ce jour un panorama des enjeux actuels de l’IA, insistant sur l’éthique, l’explicabilité, la robustesse, la durabilité, l’inclusion et la fiabilité dans des usages variés tels que la santé, la sécurité et l’éducation.

L’Industrie : promesse ou mirage ?

Un article paru sur le site de Présences Grenoble interroge les perspectives de l’industrie française, en vue de l’événement du MEDEF qui se tient ce 19 novembre. Il rappelle que l’industrie représente près de 13 % du PIB et 3,3 millions d’emplois en France, et s’interroge quant à la capacité de l’Hexagone à réindustrialiser dans un contexte de transition écologique et de souveraineté technologique.

Safran s’allie au Technology Innovation Institute pour une nouvelle génération de renseignement géospatial

Safran et le Technology Innovation Institute ont annoncé une collaboration stratégique visant à développer une plateforme de renseignement géospatial intégrant des capacités d’intelligence artificielle avancées. Présentée au Dubai Airshow 2025, cette technologie doit améliorer l’analyse multi-sources et la détection automatique de signaux d’intérêt, ouvrant la voie à des applications militaires et civiles de haut niveau.

Un nouveau robot humanoïde industriel prêt à transformer les chaînes de production

Le robot AgiBot G2 représente selon son constructeur un tournant dans la robotique humanoïde appliquée à l’industrie. Fabriqué par la start‐up chinoise Agi Robotics, ce modèle est présenté comme « puissant, agile et interactif », avec pour ambition d’intervenir sur des lignes de production, de logistique et de contrôle qualité (Futura).

Architecture mécanique et capteurs

Le dispositif repose sur trois innovations majeures, selon le texte de présentation. D’abord, il intègre des actionneurs à haute performance associés à de multiples capteurs, qui lui confèrent une capacité d’évitement d’obstacles omnidirectionnelle, un atout essentiel pour évoluer de façon sécurisée dans un environnement complexe, potentiellement dangereux ou très fréquenté. Ensuite, sa structure comprend un « squelette » en fibre composite et une architecture « à trois degrés de liberté », composée de trois articulations fonctionnant en parallèle. Cette conception lui permet d’imiter des mouvements fluides et proches de ceux d’un humain, par exemple se pencher, se balancer latéralement. Enfin, un bras articulé incorporant des capteurs de haute précision répartis sur toute sa longueur peut détecter les forces extérieures en temps réel et ajuster ses mouvements en conséquence. Le robot est également équipé d’un système de double batterie remplaçable, muni d’un mécanisme de recharge autonome, ce qui lui garantit un fonctionnement continu 24 h/24 et 7 j/7.

Intelligence embarquée et interaction

Au-delà de la mécanique, AgiBot G2 se distingue par ses capacités d’intelligence artificielle avancée. Il mobilise une architecture de perception multimodale (vision stéréoscopique, lidar miniature) et un modèle de type « vision-langage » (VLM) capable d’analyser le contexte, d’interpréter des instructions verbales et de planifier des tâches complexes. Le cœur de calcul retenu est la plateforme Nvidia Jetson Thor T5000, revendiquant jusqu’à 2 070 TFLOPS (FP4), ce qui positionne ce robot dans la catégorie des machines à forte capacité de traitement embarqué. Grâce à cette architecture, le robot peut par exemple détecter une anomalie sur une pièce détachée ou anticiper la charge de travail d’un atelier et ajuster son comportement en conséquence.

Domaines d’application et adaptabilité

AgiBot G2 a déjà été validé via plus de 130 tests en conditions réelles, selon la communication de la start-up. Ses usages envisagés couvrent plusieurs domaines industriels. Dans l’automobile, il peut collaborer avec des opérateurs pour l’assemblage et la manutention. Dans l’électronique de précision, il est capable, après formation assistée par IA, d’effectuer des opérations délicates telles que l’insertion de modules mémoire (RAM) en moins d’une heure. En logistique, sa main de grande dextérité lui permet de manipuler des objets fragiles ou aux formes variées, tout en se déplaçant de façon autonome dans l’usine. Enfin, grâce à une interface SDK, il est adaptable et personnalisable selon les besoins de l’utilisateur industriel.

Enjeux et contexte industriel

Ce robot s’inscrit clairement dans la dynamique de l’« industrie 5.0 », où la notion de collaboration homme-machine prend le pas sur la simple automatisation. Le concept n’est plus seulement de remplacer des opérateurs par des machines, mais de créer des synergies entre l’humain et le robot pour gagner en productivité, en flexibilité et en qualité. Sur le plan technologique, cela conforte l’idée selon laquelle la conception même des robots humanoïdes – forme humaine, mobilité, intelligence contextuelle – est un levier essentiel pour pénétrer des environnements conçus pour des humains.

Limites et perspectives

Bien que très prometteur, ce type de robot humanoïde ne remet pas en cause les défis classiques de la robotique industrielle, tels que sécurité des interactions, fiabilité des mouvements dans des environnements non structurés, coûts d’investissement, maintenance et intégration dans les processus existants. L’International Federation of Robotics rappelle pour sa part que la diffusion massive des robots humanoïdes dépendra non seulement de la performance technique, mais aussi de l’adjonction d’une architecture logicielle robuste, de systèmes de sécurité et de l’acceptation sociale. Le fait que ce robot soit déjà testé en conditions industrielles représente cependant une avancée notable vers une utilisation opérationnelle.

Agi Robotics propose ainsi un modèle humanoïde qui combine hardware avancé, intelligence embarquée et adaptabilité aux chaînes de production modernes. Il symbolise le passage d’un robot programmé à un robot autonome, capable de coopérer avec l’humain dans un environnement industriel complexe. Si les défis restent nombreux, notamment en matière de déploiement à grande échelle et de coûts, cette annonce témoigne d’un tournant pour la robotique industrielle.

Vers un « métal vivant » : quand le monde biologique et l’électronique se rencontrent

La frontière entre les systèmes biologiques et les systèmes électroniques est en passe d’être repensée de façon radicale. Une équipe de chercheurs de la Binghamton University (États‑Unis) vient de publier, dans Advanced Functional Materials, une étude introduisant une toute nouvelle classe de matériaux composites : des métaux liquides contenant des endospores de bactéries électrogéniques. Ces matériaux ouvrent des pistes inédites pour l’interface bioélectronique, en combinant conductivité, adaptabilité et fonction biologique.

Allier électronique et tissus biologiques, un défi

Les dispositifs bioélectroniques actuels reposent souvent sur des polymères conducteurs. Toutefois le comportement de ces polymères ne satisfait pas totalement les scientifiques : homogénéité imparfaite de l’interface et surtout, manque de conductivité par rapport aux métaux. « De plus, explique Seokheun Choi, auteur principal de l’étude, la plupart des dispositifs bioélectroniques sont déployés dans des environnements très hostiles et sont donc exposés à des dommages mécaniques. Ils doivent impérativement disposer d’une capacité d’autoréparation. »

Dans ce contexte, les métaux liquides comme l’alliage eutectique gallium‑indium (EGaIn) présentent un potentiel intéressant : haute conductivité, souplesse et adaptabilité. Il existe cependant deux obstacles majeurs à leur intégration dans des systèmes biologiques : d’une part, la formation d’une couche d’oxyde à leur surface lorsqu’ils sont exposés à l’air ou à l’eau, ce qui réduit la conductivité et donc la communication entre les systèmes électroniques et biologiques ; d’autre part, une hydrophobicité qui entraîne une mauvaise adhérence aux substrats électroniques (films polymères, verre, circuits flexibles…) ou biologiques.

Pour qu’une interface électronique puisse dialoguer pleinement avec un système biologique – où la communication se fait souvent via des ions, des molécules ou des signaux électriques –, il faut donc un pont matériel capable de jouer les deux rôles : conduire des électrons, mais aussi s’intégrer dans un contexte ionique et biologique. C’est précisément ce défi que l’étude se propose de relever.

Innovation : intégrer des endospores de bactéries dans un métal liquide

Le concept développé par les chercheurs repose sur l’incorporation d’endospores inactives de Bacillus subtilis – des bactéries électrogéniques capables de générer de faibles flux d’électrons – dans une matrice d’alliage EGaIn. Ces endospores disposent en effet à leur surface de groupes fonctionnels chimiques qui interagissent avec la couche d’oxyde du métal liquide. Cette interaction rompt localement la couche d’oxyde et permet un contact métallique plus direct, améliorant ainsi la conductivité du composite.

Le « métal vivant » est composé de l’alliage métallique EGaln et d’endospores de Bacillus subtilis
Vue au microscope du « métal vivant » composé de l’alliage métallique EGaln et d’endospores de Bacillus subtilis © Binghamton University

Les auteurs montrent que cette approche permet non seulement de contourner le problème de l’oxyde de surface, mais aussi de déployer de nouvelles propriétés. Le composite est ainsi intégrable dans des substrats souples (papier, tissus) tout en conservant les propriétés du métal. De plus, lors de la germination des spores, la conductivité électrique s’améliore encore, ce qui suggère une dynamique « vivante » – le matériau n’est plus passif mais « s’active ». Enfin, le matériau présente une capacité d’autoréparation. Lorsqu’une défaillance ou une fracture apparaît, le composite comble ainsi de lui‑même la fissure.

Un « métal vivant »

L’article décrit la stratégie de formulation de ce composite vivant, les mesures électriques (résistance, comportement après activation) et les tests mécaniques (cyclicité, autoguérison) réalisés. Par ailleurs, des tests de germination, de viabilité et d’intégration des spores ont été conduits, attestant de la compatibilité biophysique du matériau.

La biologie des spores est particulièrement utile ici : à l’état dormant, elles tolèrent des conditions extrêmes (température, dessiccation), ce qui permet l’incorporation dans un métal liquide sans que la cellule soit immédiatement détruite. Puis, en environnement favorable, elles peuvent se réactiver, conférant au métal une dimension vivante.

De nombreuses applications dans le domaine biomédical

Les implications de ces résultats sont vastes. Sont ainsi envisagés des dispositifs portables ou implantables, capables de communiquer directement avec des tissus vivants, grâce à une interface robuste, conductrice et biologiquement compatible. Par exemple : capteurs biomédicaux vestimentaires, neuro‑interfaces, dispositifs de réparation tissulaire ou encore robots souples bio‑hybrides. Les propriétés d’autoréparation sont un atout majeur pour les environnements difficiles ou l’usure prolongée. Le mariage du métal liquide et du vivant ouvre aussi la voie à une nouvelle génération d’électronique adaptative où les matériaux ne sont plus de simples objets passifs mais des systèmes dynamiques.

De plus, le fait que la germination des spores améliore la conductivité suggère qu’il est possible d’envisager des matériaux « activables », capables de répondre à des stimuli biologiques ou environnementaux, et ainsi de se comporter comme un pont réellement actif entre deux mondes.

De nombreux défis à relever avant une éventuelle mise sur le marché

Malgré ces avancées prometteuses, plusieurs défis restent à relever.

  • La stabilité à long terme du composite : en particulier, la tenue des spores et de leur activité après des cycles de fonctionnement ou en conditions biologiques réelles, reste à démontrer.
  • Le contrôle fin de la germination des spores dans un dispositif, afin d’éviter une activation prématurée ou non désirée.
  • La biocompatibilité et la sécurité : en vue d’applications implantables, des études toxicologiques et immunologiques seront nécessaires.
  • L’intégration à grande échelle, la fiabilité, la reproductibilité de ces composites dans un contexte industriel ou clinique.

Les auteurs eux‑mêmes reconnaissent que ce matériau est à ce jour un jalon technologique, et non encore un produit « prêt pour le marché ».

Cette étude marque une étape clé vers l’« électronique vivante » : un paradigme où la matière non seulement conduit, mais participe, s’adapte et interagit. Ces résultats jettent les bases d’un pont potentiel entre microbiologie, électronique et science des matériaux, à la croisée de l’ingénierie biomédicale et des interfaces bioélectroniques. À l’aube de cette nouvelle ère, la question n’est plus seulement de connecter le vivant à l’électronique, mais de les fondre en un seul système intégré.

Carburants d’aviation durables : une intégration très lente, mais qui se poursuit

Le règlement ReFuelEU Aviation[1] a fixé un mandat d’approvisionnement minimal en SAF[2] de 2 %, pour 2025. Cette valeur évoluera progressivement pour atteindre 6 % en 2030, 20 % en 2035 et 70 % en 2050. D’après l’agence, si ces chiffres sont respectés « les émissions nettes de CO2 pourraient diminuer d’au moins 65 millions de tonnes (47 %) en 2050. »

Quels sont les freins identifiés à l’essor des SAF ?

Comme le reconnaît l’AESA, l’aviation se trouve à la croisée des chemins dans sa transition vers la décarbonation. Néanmoins, le caractère anecdotique de l’utilisation des SAF au niveau mondial indique que nous sommes encore loin d’une adoption massive de ces carburants alternatifs.

Par ailleurs, l’Europe ne dispose pas encore des moyens de production lui permettant d’atteindre des volumes importants. En effet, on estime qu’actuellement, la capacité annuelle de production de SAF en Europe est d’un peu plus de 1 million de tonnes. Ce chiffre peut sembler important, mais c’est très peu, en comparaison des 50 millions de tonnes de carburant d’aviation consommés par an dans l’UE.

Malheureusement, les scénarios d’évolution ne permettent pas, pour le moment, d’atteindre les objectifs du règlement ReFuelEU Aviation. Même en incluant les usines en construction, la capacité européenne pourra atteindre au mieux 3,5 Mt en 2030, soit un peu plus de la moitié de l’objectif fixé !

Mais il existe aussi d’autres freins à l’adoption des SAF, le principal étant leur prix au minimum trois fois plus élevé (jusqu’à dix fois pour certaines filières émergentes), comparé au kérosène.

Par ailleurs, intégrer les SAF à grande échelle nécessite aussi de surmonter certains défis techniques et logistiques. Sur ce point, le rapport souligne néanmoins que « certains aéroports soutiennent l’adoption des carburants durables pour l’aviation par des investissements dans la production, la chaîne d’approvisionnement, la sensibilisation, les incitations financières et l’engagement politique. » En clair : l’intégration des SAF est aussi une affaire de volonté !

Les recommandations de l’AESA pour accélérer leur intégration

Pour réduire l’écart de prix entre les SAF et les carburants d’origine fossile et atteindre les objectifs d’approvisionnement, l’AESA propose de s’appuyer sur trois dispositifs : le plan industriel du Pacte vert, les recettes du marché carbone (quotas alloués par le SEQE[3]) et les mesures de soutien du règlement ReFuelEU Aviation.

L’AESA souligne aussi l’importance d’accompagner l’industrie et les États dans le financement des projets SAF et préconise « d’accroître les ressources et la coordination de la recherche au niveau de l’UE » afin de soutenir l’innovation. Le rapport cite notamment Horizon Europe ainsi que le Fonds européen pour l’innovation comme principaux leviers.

Le rapport insiste ainsi sur la nécessité d’intensifier les efforts de R&D, et encourage aussi la mobilisation de financements privés « verts », par exemple via la taxonomie européenne des investissements durables, dans le but d’orienter des capitaux vers les projets SAF.

Pas de résultats sans action concertée !

En outre, la dernière section du rapport de l’AESA est consacrée à la coopération internationale, car il ne peut y avoir de transition bas carbone du secteur aérien sans action concertée de la part de l’ensemble des parties prenantes : législateurs, industries pétrolières et chimiques, compagnies aériennes, aéroports.

Pour relever les défis, notamment ceux liés à l’intégration des SAF, l’AESA propose trois actions permettant de stimuler la coopération.

  • Le levier diplomatique : « intensifier la diplomatie verte et la collaboration technique avec les États partenaires afin de relever les défis de durabilité de l’aviation mondiale » ;
  • Faciliter la création d’entreprises pérennes dans le domaine des carburants durables pour l’aviation ;
  • Maximiser l’utilisation des ressources de la coopération internationale, par une coordination efficace des mesures européennes avec les États partenaires.

Pour des informations plus détaillées, nous vous invitons à lire le rapport complet de l’AESA.


[1] Le règlement (UE) 2023/2405 est entré en vigueur au 1er janvier 2025. Il vise à garantir que le transport aérien de l’UE respecte les objectifs climatiques pour 2030 et 2050.

[2] SAF : Sustainable Aviation Fuels, ou carburants d’aviation durables (CAD)

[3] SEQE : Système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne

La quotidienne : revue de presse du 18 novembre 2025

L’édition Choose France 2025, 100 % française, a accéléré plusieurs décisions stratégiques, en confirmant une dynamique d’investissement qui touche aussi bien les filières technologiques que les secteurs historiques. Parmi la multitude de projets dévoilés, les initiatives que nous avons retenues illustrent un mouvement de réindustrialisation ciblée, structuré autour de nouveaux investissements, de capacités renforcées et d’enjeux de souveraineté dans les filières clés.

Dans les technologies numériques et les infrastructures de calcul, plusieurs entreprises renforcent les capacités françaises dans des domaines critiques. Soitec étend son site de Bernin pour soutenir l’essor européen de la microélectronique. À l’autre bout de la chaîne numérique, Eclairion prépare le déploiement de nouveaux sites en Moselle pour développer des infrastructures de calcul haute densité dédiées à l’intelligence artificielle. La start-up Sesterce confirme quant à elle un vaste programme d’investissements pour renforcer ses centres de calcul, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, afin de répondre à la demande croissante en calcul haute performance. Dans la robotique appliquée à l’industrie, Exotec développe de nouvelles lignes de fabrication pour accélérer la production de robots autonomes destinés aux entrepôts.

Les industries de la santé et du dispositif médical connaissent également un mouvement d’accélération. Urgo renforce ses unités de production françaises pour accroître la fabrication locale de dispositifs médicaux innovants. Opella modernise son site de Compiègne et augmente ses capacités pour répondre à la demande en solutions médicales. Le groupe Sanofi, de son côté, prévoit de nouveaux investissements afin de renforcer ses capacités nationales en production pharmaceutique et en bioproduction.

Dans le champ de l’énergie et des transitions industrielles, plusieurs projets structurent l’émergence de capacités souveraines. Coriance développe de nouvelles infrastructures de chaleur bas-carbone destinées aux territoires et aux industriels. Holosolis poursuit la montée en puissance de sa giga-usine photovoltaïque, avec l’ambition de consolider une filière européenne de production de cellules et modules solaires. Les huit projets industriels soutenus en région Provence-Alpes-Côte d’Azur s’inscrivent également dans cette dynamique, qu’il s’agisse d’extensions d’usines, de créations de sites ou du développement de nouvelles capacités dans l’énergie, l’électronique ou la santé.

L’aéronautique et la défense confirment un cycle d’investissement massif. Safran modernise plusieurs lignes de production liées à la propulsion, aux équipements et aux systèmes aéronautiques, afin d’améliorer les performances industrielles tout en réduisant les impacts environnementaux. Ces renforcements visent également à sécuriser des chaînes d’approvisionnement critiques pour l’industrie européenne.

Les industries agroalimentaires et cosmétiques ne sont pas en reste. Lactalis modernise plusieurs unités françaises de transformation laitière pour améliorer les performances techniques et la qualité des procédés. L’Oréal poursuit la modernisation de ses sites industriels, notamment sur les lignes de conditionnement et de formulation, avec un accent sur l’efficacité énergétique et la flexibilité opérationnelle.

Enfin, un ensemble de start-up industrielles françaises mène ses premiers pas vers l’industrialisation à grande échelle, en lançant la construction d’unités pilotes ou de premières usines commerciales. Leurs projets couvrent des domaines allant de l’hydrogène aux biomatériaux, en passant par le recyclage avancé, l’électronique ou la santé, illustrant la montée en puissance d’une nouvelle génération d’acteurs deeptech.

Elyse Energy : accélération de deux projets structurants dans les carburants durables

Elyse Energy se distingue cette année par l’accélération de deux projets industriels majeurs dans les carburants bas-carbone, portés par un financement de 70 millions d’euros soutenu par la Garantie des Projets Stratégiques de Bpifrance Assurance Export.

BioTJet / E-CHO (Pyrénées-Atlantiques)

Ce projet vise la mise en service d’une unité de production de carburants d’aviation durables (SAF) reposant sur la technologie française BioTfueL®. L’installation exploitera un mix d’électricité renouvelable et nucléaire, de biomasse, d’agri-déchets et de bois-énergie. Implantée sur un ancien site industriel du bassin de Lacq, l’unité ambitionne de produire jusqu’à 87 000 tonnes/an à l’horizon 2030.

eM-Rhône (Isère)

Installé sur la plateforme chimique des Roches-Roussillon, ce projet prévoit la production de 150 000 tonnes/an d’e-méthanol destiné à la chimie et au transport maritime. Il s’appuie notamment sur un partenariat avec Lafarge, qui fournira le CO₂ capté sur la cimenterie du Teil. Soutenu par le Fonds européen pour l’innovation, le projet vise une mise en service en 2029.

En consolidant ces deux initiatives dans les SAF et les e-carburants, Elyse Energy contribue à structurer une filière française souveraine des carburants durables, au cœur des besoins de décarbonation du transport maritime et aérien.

Choose France – Édition France 2025 : un sommet qui confirme le retour de l’investissement industriel national

Le sommet Choose France – Édition France 2025 s’est tenu hier en présence du président de la République et du Premier ministre. Cette édition a marqué une évolution stratégique majeure. En effet, pour la première fois, l’événement a mis spécifiquement à l’honneur les entreprises françaises qui décident d’investir en France, et non seulement les investisseurs étrangers comme lors du sommet traditionnel de Versailles.

Cette réorientation vers l’investissement domestique répond à la volonté politique d’ancrer davantage la souveraineté industrielle et d’accélérer la dynamique de réindustrialisation.

Dès l’ouverture, le gouvernement a annoncé 9,2 milliards d’euros de nouveaux investissements, engagés par environ 150 entreprises françaises. Ces montants interviennent dans un contexte économique encore fragile, marqué par une croissance ralentie et des tensions budgétaires persistantes. Malgré cela, les entreprises montrent l’intention claire de moderniser leurs outils productifs, d’investir dans les technologies critiques et de renforcer leur compétitivité industrielle. Ces 9,2 milliards constituent en réalité la part « nouvelle » d’un total plus large, 30 milliards d’euros d’investissements français ayant été annoncés sur les douze derniers mois, correspondant à 151 projets recensés par l’Élysée (Le Point).

Parmi les annonces emblématiques figure la création d’un gigantesque data center, portée par une alliance entre Iliad, EDF et Infravia, pour un montant estimé à 4 milliards d’euros. Cette infrastructure de calcul, destinée à devenir l’une des plus puissantes d’Europe, représente un enjeu majeur pour la souveraineté numérique française. Elle doit permettre d’héberger des capacités de calcul massives indispensables à l’intelligence artificielle, au cloud de confiance et aux services industriels à haute criticité.

Le renforcement des capacités françaises en matière d’IA s’illustre également dans l’annonce de la start-up Sesterce, qui doublera la puissance de son site d’Alixan, dans la Drôme, via un investissement d’environ 1,5 milliard d’euros. En développant une infrastructure de calcul avancée en région, ce projet ancre la dynamique de l’intelligence artificielle dans les territoires et soutient la création d’écosystèmes industriels locaux.

D’autres investissements importants concernent des secteurs industriels essentiels. Le groupe Derichebourg prévoit ainsi 130 millions d’euros pour déployer sept nouveaux sites de recyclage destinés au cuivre, au plomb, aux déchets électroniques et aux batteries. Ces installations doivent contribuer à sécuriser des gisements de matières premières secondaires, devenus stratégiques dans le contexte de développement des technologies électriques.

Le secteur agroalimentaire bénéficie lui aussi de projets structurants. Danone prévoit environ 300 millions d’euros pour relocaliser plus de 45 000 tonnes de production en France d’ici 2028, ce qui devrait permettre la création de 500 emplois supplémentaires. Cette démarche reflète la réorganisation progressive des chaînes de valeur alimentaires, avec une volonté accrue de produire localement dans un secteur sensible à la question de la souveraineté.

Dans son ensemble, le sommet montre que les investissements se concentrent dans des secteurs considérés comme stratégiques tels que l’énergie et la transition écologique, l’intelligence artificielle et le numérique, la santé, la chimie, le spatial et les filières industrielles fondamentales. Le gouvernement souligne que l’enjeu n’est plus seulement de faire venir des capitaux étrangers, mais de permettre aux entreprises françaises d’investir davantage dans l’économie nationale plutôt qu’à l’étranger.

L’édition 2025 met aussi en évidence une dimension territoriale essentielle. Les investissements annoncés se répartissent sur de nombreuses régions, y compris des territoires en reconversion ou en recherche de diversification économique. Cette répartition participe à renforcer des écosystèmes industriels régionaux qui pourront ensuite attirer de nouveaux projets, en particulier dans la fabrication avancée, l’énergie bas carbone et les technologies numériques.

Au-delà des montants et des projets, Choose France – Édition France 2025 envoie un message clair : la France peut compter sur ses propres entreprises pour consolider son appareil productif, accompagner la transformation technologique et renforcer sa souveraineté économique. Les projets annoncés devront être suivis de près pour mesurer leur mise en œuvre effective, mais la dynamique enclenchée souligne la volonté collective d’accélérer la modernisation industrielle du pays et de se positionner dans la compétition mondiale sur les technologies clés.

Machines agricoles : un chantier colossal pour réduire les émissions de CO₂

Deuxième source d’émissions de gaz à effet de serre en France, l’agriculture a émis en 2022 environ 74 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 18 % des émissions nationales. À eux seuls, les engins agricoles représentent 18 % des rejets de ce secteur et 2,5 % des émissions nationales. Pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, la filière des agroéquipements doit donc engager une mutation profonde. C’est tout l’objet d’une étude prospective publiée par Axema, l’association française des industriels du machinisme agricole, qui a analysé plusieurs trajectoires possibles de décarbonation du parc d’automoteurs français.

Ce dernier compte 1,3 million d’unités, dont 75 % de tracteurs, mais son renouvellement est lent, à un rythme de 2,5 % par an. Et pour l’heure, la quasi-totalité de ces véhicules utilise encore du GNR (gasoil non routier). L’objectif fixé par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) est ambitieux : réduire les émissions de ces engins agricoles de 18 % d’ici 2030 et de 46 % d’ici 2050, par rapport à 2015. Pour y parvenir, Axema a élaboré un calculateur de décarbonation, un outil capable de simuler l’évolution du parc et les surcoûts d’investissement associés en fonction de quatre énergies alternatives.

La première concerne les biocarburants ou les e-fuels, qui présentent l’avantage majeur de pouvoir remplacer à court terme le GNR, sans modifier les moteurs existants. Mais leur déploiement dépend toutefois de la disponibilité en biomasse et en hydrogène nécessaires à la fabrication des e-fuels, et de la concurrence avec d’autres secteurs comme l’aérien. Deuxième solution : le biogaz, qui possède un bon compromis entre autonomie et émissions, mais qui reste 20 % plus cher que le diesel et suppose d’investir dans des stations d’avitaillement, dont le coût varie de 40 000 à 200 000 €.

Avec un rendement trois fois supérieur au thermique, l’électricité apparaît comme une solution adaptée aux machines légères et aux tâches courtes, mais est inopérante pour les engins lourds. Dernière alternative : l’hydrogène, qui répond aux usages intensifs, mais son coût d’acquisition (jusqu’à quatre fois celui d’un tracteur classique) et l’absence d’infrastructures freinent toute généralisation avant 2030.

La transition énergétique pourrait coûter près de 150 milliards d’euros

L’adoption de ces nouvelles énergies reposera sur quatre leviers principaux. D’abord, de l’adéquation entre les usages et les technologies déployées, en considérant par exemple que les batteries conviennent aux engins légers, mais restent inadaptées aux travaux intensifs. Ensuite, de la disponibilité de l’énergie, qui va limiter le déploiement du biogaz ou de l’hydrogène, tandis que le réseau électrique doit encore se densifier. Le troisième facteur concerne l’offre de motorisations alternatives des constructeurs, qui est freinée par des contraintes réglementaires et les coûts d’homologation. Enfin, les surcoûts d’achat et de carburant pèseront sur la capacité des agriculteurs à adopter ces solutions.

En considérant tous ces éléments, Axema estime que pour atteindre un taux de décarbonation de 43 % d’ici 2050, l’investissement supplémentaire devrait être compris entre 77 et 149 milliards d’euros sur 25 ans, soit entre 3 et 6 milliards par an. Cette charge est jugée insoutenable pour les agriculteurs, en sachant qu’ils investissent aujourd’hui environ 5 milliards par an dans leurs équipements. Face à la diversité des usages agricoles, les experts concluent qu’aucune énergie ne pourra, à elle seule, répondre à tous les besoins. Ils privilégient donc un scénario « multi-énergies », combinant biocarburants, biogaz et électricité, mais sans hydrogène, en raison des contraintes techniques et économiques trop fortes. Ce scénario permettrait une réduction de près de 20 % des émissions, pour un surcoût estimé à 18 milliards d’euros.

Le rétrofit, qui consiste à adapter les machines existantes à de nouvelles motorisations, apparaît également comme une piste prometteuse pour limiter les coûts et prolonger la durée de vie du matériel. Mais les réglementations actuelles et à venir rendent la procédure complexe, puisque toute intervention impose une ré-homologation complète. Parmi ses recommandations, Axema préconise d’assouplir le cadre réglementaire pour que la notion de « modification substantielle » ne s’applique que partiellement aux opérations de rétrofit.

Freinage et émission de particules fines : un enjeu sanitaire majeur et sous-estimé

Dans son rapport de 2022 sur la qualité de l’air, l’Agence européenne pour l’environnement déclarait que « l’exposition à des concentrations de particules fines supérieures au niveau de référence fixé par l’Organisation mondiale de la santé a entraîné, en 2021, 238 000 décès prématurés dans l’UE. »

Or, selon les chiffres officiels, en France, le transport routier reste le mode de transport le plus émetteur de polluants dans l’air[1] :

  • 76 % des émissions de cuivre, tous secteurs confondus ;
  • 55 % des émissions de zinc ;
  • 8 % des particules de diamètre inférieur à 2,5 µm (PM2,5).

Les émissions hors échappement : de quoi s’agit-il ?

Si la généralisation progressive des filtres à particules (FAP) depuis la norme Euro 5 (2011) a considérablement réduit la pollution atmosphérique du transport routier, force est de constater qu’elle n’a pas réduit les émissions de cuivre et de zinc. Sur la courbe ci-dessous, la décorrélation est d’ailleurs flagrante !

Depuis 2014, la pollution atmosphérique du transport routier est en diminution, mais les émissions de cuivre et de zinc restent relativement stables.

Mais alors d’où vient cette pollution atmosphérique ? On sait qu’aujourd’hui, au moins 80 % des émissions de particules des voitures sont dues à l’usure des pneus, des freins, des revêtements routiers et également de la remise en suspension de la poussière. Et on sait aussi que les plaquettes de frein contiennent des métaux, notamment du cuivre et du zinc, et que l’oxyde de zinc est un agent de vulcanisation essentiel à la fabrication des pneumatiques.

La norme Euro 7 : un problème de taille !

Comme nous le disions en préambule, à partir de 2026, ces émissions hors échappement seront, en théorie, prises en compte par la future norme Euro 7, contrairement aux précédentes normes Euro qui ciblaient uniquement les gaz d’échappement.

Elle fixera notamment des limites d’émissions de particules fines (PM10) issues du freinage et des restrictions sur l’abrasion des pneus. Malheureusement, cette norme est imparfaite, car les limites d’émissions ciblent justement les particules de diamètre inférieur à 10 µm.

Or, des études ont démontré que la taille des particules issues du freinage est en réalité bien inférieure. Dans sa note d’avril 2022 dédiée aux particules hors échappement (PHE), l’ADEME nous apprend ainsi que cette taille varie plutôt entre 10 nm et 2 µm.

Bien que les études toxicologiques et épidémiologiques soient encore trop peu nombreuses pour donner une vision claire des risques sanitaires engendrés par ces PHE (notamment en termes de concentrations), le danger de respirer des particules tellement fines qu’elles sont capables d’atteindre les alvéoles pulmonaires ne fait aucun doute.

Un défi pour les fabricants de freins

Malgré ses défauts, la norme Euro 7 va néanmoins pousser les fabricants et constructeurs à innover afin de réduire les émissions de particules liées au freinage. Trois stratégies peuvent ainsi être mises en place :

  • modifier les matériaux des plaquettes et disques ;
  • installer des filtres à particules, à la source, autour des disques de frein ;
  • développer de nouvelles technologies de freinage.

Par ailleurs, si les technologies de freinage régénératif utilisées en mobilité électrique permettent de réduire ces émissions de particules, la masse plus importante des véhicules semble augmenter les émissions de particules provenant de l’abrasion des pneus et de la chaussée.

Après le freinage, reste le problème de l’usure des pneumatiques

Malheureusement, les émissions de particules liées au freinage ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la pollution automobile. Car pour ce qui est des volumes d’émissions (tous milieux confondus), l’usure des pneus est de loin bien plus polluante.

En effet, selon une étude d’Emissions Analytics, une berline familiale émettrait environ 5,8 grammes de particules par kilomètre à cause de l’usure des pneus : c’est 1 000 fois plus que les limites d’émission des gaz d’échappement !

Et si une partie de ces particules se retrouve dans l’air, la majorité finit en réalité sa vie au fond des océans. D’après une étude[2] de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), les pneus représenteraient ainsi la deuxième source de microparticules primaires de plastique, le lavage des textiles synthétiques occupant la première place.

Des solutions pour réduire cette pollution, mais pas de miracle !

Même si des solutions technologiques existent pour réduire ces émissions de particules liées à l’usure, il est néanmoins clair qu’il est urgent de revoir nos pratiques de transport. Dans sa note de 2022, l’ADEME propose ainsi des actions en totale synergie avec les objectifs de neutralité carbone en 2050 :

  • allègement des véhicules -> afin d’utiliser des pneus moins larges, donc avec moins d’usure ;
  • véhicules électriques -> freinage régénératif ;
  • écoconduite -> accélération et décélération moins fortes ;
  • réduction des vitesses limites autorisées -> freinage moins fort ;
  • baisse des déplacements en véhicule individuel -> diminution globale de la circulation ;
  • privilégier les modes de transport actifs (vélo, marche) -> rupture dans les émissions de particules d’abrasion.

[1] Chiffres clés des transports – mars 2025. Chiffres de 2023.

[2] Microplastiques primaires dans les océans, IUCN 2017 et Sources of microplastics relevant to marine protection in Germany, UBA, Report N°(UBA-FB) 002147/E, 2015

 

La quotidienne : revue de presse du 17 novembre 2025

Tandis que l’État renforce sa stratégie de réindustrialisation et que les régions accélèrent la formation aux métiers techniques, plusieurs signaux d’alerte émergent, tels que la fragilité du leadership spatial ou encore la dépendance persistante aux carburants du maritime. Mais, simultanément, des appels à projets pour soutenir l’innovation environnementale sont lancés. À cela s’ajoutent une forte dynamique autour de l’IA responsable et des évolutions dans la recharge électrique, reflétant l’ampleur des transformations en cours.

Une stratégie industrielle nationale renforcée dans un contexte international tendu

Au fil des communiqués et articles d’analyse, intervient un réajustement de la politique industrielle française : le sommet « Choose France » et la Semaine de l’industrie s’inscrivent dans un cadre plus large de soutien à la fabrication, aux technologies vertes, à l’IA, à la transition énergétique. Certains médias s’interrogent cependant quant à la réalité derrière les annonces, dans un contexte où la concurrence mondiale est forte, les coûts de l’énergie élevés, et les filières traditionnelles (chimie, sidérurgie) sous pression.

Pour sa part, la Région Île‑de‑France a annoncé le « Parcours Industrie », un nouveau dispositif destiné à accompagner 10 000 demandeurs d’emploi vers les métiers de l’industrie, en lien avec les besoins de compétences des entreprises industrielles de la région.

L’industrie spatiale française est menacée de perdre son leadership historique en Europe

Le Monde met en lumière le risque pour l’industrie spatiale hexagonale (qui représente près de 40 % des emplois de l’industrie spatiale en Europe) de se faire dépasser par l’Allemagne, avantageuse sur ses marges budgétaires et ses orientations stratégiques.

L’empreinte carbone du secteur de la pêche toujours très dépendante des carburants

Une étude de l’association Bloom et du cercle de réflexion The Shift Project, relayée dans Le Monde, évalue les émissions du secteur de la pêche maritime française à environ 961 000 t éq CO₂ pour 2022, soit environ 0,2 % de l’empreinte carbone française. Le bilan inclut le cycle de vie des navires et des installations frigorifiques.

Appels à projets Environnement, Climat, Biodiversité

Fimeco Walter France recense plusieurs appels à projets (AAP) dont certains ciblent l’industrie, la R&D ou l’innovation dans des systèmes technologiques, notamment « Résilience et robustesse des systèmes » (industrie/R&D) ou infrastructures d’irrigation.

Une forte activité autour de l’IA responsable, de la cybersécurité et de l’industrie 4.0

IA‑Info souligne que la journée du 17 novembre est marquée par une « très forte densité d’événements autour de l’IA responsable, de la cybersécurité, de l’inclusion, de la régulation européenne et des innovations industrielles ». Parmi les temps forts : le lancement de la conférence European Cyber Week à Rennes (sécurité, IA embarquée), un salon de l’IA à Saint-Lô focalisé sur les usages industriels, et une conférence à Londres sur le futur règlement européen de l’IA. Cette symbiose entre industrie, IA et cybersécurité est à suivre de près.

La recharge des véhicules électriques en France

L’opérateur français Enedis a publié deux études récentes sur la mobilité électrique et le comportement de recharge. Elles montrent qu’au niveau des particuliers, seulement 11 % continuent de recharger entre 17 h et 21 h (période de tension pour le réseau), en recul de 4 points par rapport à 2024.

Par ailleurs, la moitié des entreprises disposent désormais d’un point de charge par véhicule électrique et 45 % autorisent la recharge des véhicules personnels sur site (+ 12 pts en un an). En parallèle, la réforme tarifaire « TURPE 7 » entrée en vigueur le 1er novembre 2025 modifie les plages horaires d’heures creuses pour mieux coller à la production solaire, un signe clair que la recharge véhicule est de plus en plus intégrée aux enjeux de réseau et d’énergie.

Réindustrialisation : Choose France met les projecteurs sur les investissements nationaux

Et si l’avenir de l’attractivité française passait désormais par celles et ceux qui ont déjà choisi la France ? C’est le pari assumé du prochain sommet Choose France profondément remanié. Rebaptisée « Choose France – Édition France », cette rencontre rompt avec la vocation initiale du rendez-vous lancé par Emmanuel Macron en 2018 et largement tourné vers les investisseurs internationaux. Cette formule place pour la première fois les entreprises françaises au cœur de l’événement, puisque la scène est réservée aux start-ups, PME, ETI et grands groupes français qui ont fait le choix d’investir sur le territoire.

Cette réorientation marque une inflexion stratégique. Cette édition de novembre ne cherche plus seulement à attirer des capitaux étrangers, mais à mettre en lumière les réussites nationales et les décisions d’investissement prises par des entreprises déjà ancrées en France. L’accent est notamment mis sur les créations ou extensions de sites industriels, les investissements fléchés vers les entreprises françaises et les contrats ou accords structurants avec des partenaires locaux. En clair, les annonces ne se joueront plus à l’international, mais dans le tissu économique national, là où l’État souhaite amplifier l’impact concret de son effort de réindustrialisation.

Cet événement s’inscrit dans un calendrier très chargé, puisqu’il est organisé à la suite de la 5e édition de la Grande Exposition du Fabriqué en France et en ouverture de la 14e Semaine de l’industrie, et s’ajoute donc à un mois de novembre totalement consacré à la valorisation du savoir-faire productif français. Ce positionnement tranche avec les éditions précédentes, dont celle de mai 2025, qui avait mis en avant plus de 40 milliards d’euros d’investissements étrangers répartis sur 53 projets. Ici, l’objectif est tout autre : célébrer les entreprises françaises qui, loin des projecteurs internationaux, contribuent chaque jour à l’attractivité du pays.

Mobiliser les forces industrielles et innovantes de la France

Derrière ce choix, l’exécutif assume son ambition de développer sa souveraineté économique et industrielle. Selon les communiqués officiels, ce rendez-vous vise à valoriser celles et ceux qui « choisissent d’investir en France », dans une logique d’ancrage productif durable. Ce recentrage s’inscrit directement dans la continuité des politiques de réindustrialisation et de relocalisation menées depuis plusieurs années, appuyées notamment par le plan France 2030. En réunissant l’État, les financeurs français et l’ensemble des acteurs économiques nationaux, le sommet entend illustrer la volonté de bâtir une autonomie stratégique fondée sur la mobilisation des forces industrielles et innovantes du pays.

Pour l’exécutif, le message est également politique. En mettant les entreprises françaises au centre du récit, il s’agit de montrer que l’attractivité ne se joue pas seulement dans la compétition mondiale pour capter l’investissement, mais aussi dans la capacité à soutenir et à consolider ses propres champions. Près de 200 PME, ETI et grands groupes seront ainsi appelés à témoigner, tandis que des dispositifs publics en faveur de l’export, du financement et de l’innovation seront présentés en détail pour démontrer que l’accompagnement de l’État ne relève pas seulement du discours, mais d’une stratégie opérationnelle.

Ce basculement s’inscrit enfin dans une volonté affichée de transformer les promesses en actes. Après plusieurs éditions marquées par des annonces spectaculaires, l’exécutif souhaite désormais mieux suivre la concrétisation des projets, leur déploiement territorial et leur impact sur l’emploi. Choose France – Édition France entend ainsi valoriser ce qui existe déjà, ce qui fonctionne, ce qui produit et ce qui crée de la valeur sur le sol national. Reste désormais à savoir si cette édition inédite parviendra à convertir l’élan symbolique en dynamique durable.