La concurrence sur les ravitailleurs spatiaux se met en place

Le magazine Challenges se faisait l’écho, le 15 novembre dernier, de la présentation du projet Space Start de Thales Alenia Space. Présenté à des représentants de l’ESA le 8 novembre dernier sur le site cannois de l’entreprise, Space Start est un projet de ravitailleur orbital déjà bien avancé, selon les déclarations faites par Jean-Loïc Galle, le pdg de Thales Alenia Space. Fruit de déjà deux ans de recherche, l’engin est destiné à effectuer des missions de ravitaillement de satellites, d’inspection d’objets spatiaux voire de retrait de débris ou de désorbitation de satellites. Le premier vol de démonstration est prévu en 2022. Nous voilà donc en plein « New Space » : nouveaux besoins, nouveaux marchés. Les services spatiaux se développent donc pour soutenir et maintenir les hordes de satellites qui sont lancés et dont les réserves de carburant sont limitées, ainsi que pour trouver des solutions afin d’assurer que l’espace reste libre en supprimant le plus de débris spatiaux, lesquels constituent une menace grandissante pour toute l’industrie aérospatiale.

Airbus : « Services en orbite » depuis un an

Avant cette annonce discrète de Thales, d’autres se sont déjà positionnés. Comme Airbus Defence and Space, le 27 septembre 2017, annonçant qu’il travaillait sur une gamme de véhicules de services aux satellites, capables d’assurer des missions de maintenance et de logistique sur des satellites, ainsi que de nettoyage de débris spatiaux. Le département « On-orbit servicing » était né. L’entreprise explique que « Airbus O. CUBED Services » sera la branche qui s’occupera des « SpaceTug », des ravitailleurs, réparateurs et remorqueurs spatiaux. Les véhicules dédiés à ces tâches pourront opérer soit pour l’inspection et la maintenance des satellites de télécom en orbite géostationnaire, soit pour la logistique des satellites tant en géostationnaire qu’en orbite basse, ainsi que pour le nettoyage actif de débris spatiaux. Aucune date de lancement n’a encore été fixée pour ces différents services ; cependant on peut noter que les technologies de nettoyage de l’espace sont déjà en test dans le cadre du projet RemoveDebris. Le déploiement d’un filet de capture a ainsi été testé avec succès le 16 septembre dernier.

Un premier lancement dès 2018

Les remorqueurs ou ravitailleurs spatiaux ont pour l’instant fait l’objet de recherches dans le cadre de stations spatiales et leur développement y a été étroitement lié. Les tailles des engins étaient aussi à cette mesure. Mais c’est maintenant à une tout autre échelle que les recherches se sont tournées. Sans surprise, on retrouve donc comme tête d’affiche sur ce marché l’américain Orbital ATK (devenue Northrop Grumman Innovation Systems depuis juin 2018) et qui a déjà à son actif une partie du ravitailleur de l’ISS Cygnus ou la conception de sondes interplanétaires comme Dawn. Il propose un modèle de véhicule baptisé « Mission extension vehicles » (MEV) dont le premier lancement est programmé à la fin de cette année. Le deuxième véhicule sur ce modèle est prévu pour 2020. C’est Intelsat qui a commandé ces deux premiers véhicules, conçus pour durer 15 ans et capables de s’arrimer de nombreuses fois durant leur durée de vie. Pour le moment, il ne s’agit que de remorqueurs : ils s’arriment aux satellites et rectifient, changent ou réorientent leurs orbites et trajectoires, venant ainsi en aide aux satellites à cours de carburant et permettant alors de prolonger leur durée de vie. En mars 2018, Northrop Grumman a aussi présenté deux véhicules complémentaires : MEP (mission extension pod) et MRV (mission robotic vehicle) qui doivent pouvoir assurer un ravitaillement en carburant pour le premier, des tâches de maintenance et réparation pour le second. Les premiers vols pourraient avoir lieu dès 2021.

De son côté, Space Systems/Loral (SSL), une société du groupe Maxar Technologies, a annoncé le 1er octobre dernier qu’elle était sélectionnée par la Nasa, pour développer les technologies clés liées à la conception de véhicules spatiaux capables de ravitailler et réparer des satellites à propulsion électrique en orbite. Il faut dire que SSL est bien placée sur ce créneau avec une très grande expérience de la propulsion électrique et de la robotique spatiale, puisque c’est elle qui a fourni les bras robotisés des différents rovers martiens, dont Insight lander. Elle est en outre partenaire privilégiée sur les missions de ravitaillement et maintenance en orbite géosynchrone de la Darpa du Pentagone (Defence Advanced Research Projects agency) et travaille sur des concepts de démonstration pour l’assemblage d’habitat en orbite dans le programme NextStep de la Nasa.

D’autres acteurs, plus humbles, sont aussi actifs, comme par exemple la société israélo-britannique, Effective Space Solutions, qui a conçu Space Drone™, un drone spatial de maintenance et de réparation. Sur le modèle des petits satellites, ce petit véhicule (1mx1mx1,25m) ne pèse que 400 kg et est alimenté par une propulsion électrique. Il peut positionner, maintenir et monitorer des objets spatiaux avec une durée de vie annoncée de 15 ans. Ses premières missions sont déjà planifiées pour 2020 sur deux satellites de communications.

Sophie Hoguin

Espionnage économique : les États-Unis de plus en plus curieux

Une note de six pages de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) transmise au gouvernement français, et révélée par Le Figaro, confirme que l’espionnage économique est une réalité. Pas un scoop. Mais les opérations menées par les Américains auraient sensiblement augmenté depuis l’élection de Donald Trump.

Selon la DGSI, les services de renseignement américains « déploient une stratégie de conquête des marchés à l’export qui se traduit, à l’égard de la France en particulier, par une politique offensive en faveur de leurs intérêts économiques ».

Chevaux de Troie : les avocats et Microsoft

Les principales cibles restent toujours les mêmes : l’aéronautique, la santé et « plus globalement le monde de la recherche » peut-on lire dans cette note. Dans certains cas, ces opérations d’espionnage passent par des chevaux de Troie, en l’occurrence un cabinet d’avocats américains. Dans le cadre d’audits de conformité « en matière de lutte contre la corruption », ces avocats auraient mis la main sur des données stratégiques de l’avionneur Airbus : liste de ses intermédiaires, contacts et partenaires à l’international.

Ce n’est pas la première fois qu’Airbus est espionné. Une opération américaine avait été menée en 1990, au profit de McDonnell Douglas/Boeing.

Autre technique employée : les solutions bureautiques de Microsoft. Dans sa note, la DGSI insiste : « le déploiement de solutions bureautiques proposées par Microsoft dans les universités et grandes écoles françaises induit un risque accru de captation de données et d’informations sensibles ».

Dans un entretien accordé à SecuriteOff, Éric Filiol, Directeur du laboratoire Confiance Numérique et Sécurité, avait indiqué qu’il existait de nombreuses techniques d’espionnage, dont une repose sur une fonctionnalité de Windows et non pas sur une vulnérabilité. « Même si l’on désactive les macros d’Office, il y a en effet une fonctionnalité qui permet de les activer à l’insu de l’utilisateur. Cette technique marche avec toutes les versions d’Outlook. Sans entrer dans le détail de cette attaque, il suffit d’envoyer des pièces jointes avec un certain type de macros, selon un type de scénario bien précis, ayant certaines propriétés, pour passer outre leur désactivation. Pour bloquer cette attaque, il n’y a pas d’autre solution que de remplacer Office de Microsoft par LibreOffice. Tout le monde connaît l’existence de cette technique. Nous avons publié nos travaux en 2011 ».

La Chine est également très curieuse et de tente de « recruter » des sources d’informations notamment via le réseau social LinkedIn.

Cette note de la DGSI doit inciter tous les décideurs et chercheurs à moins de naïveté. La concurrence ne ressemble pas au monde des Bisounours, comme le rappellent des experts de l’Intelligence économique ou de la cybersécurité.

Chiffrer ses informations confidentielles

D’ailleurs, l’espionnage généralisé remonte… à 1941 avec le traité UKUSA associant les USA, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, élargi un peu plus tard à d’autres pays incluant la France. Avant le programme PRISM (actif depuis 2007 et révélé en 2013 par Snowden), plus d’une vingtaine de programmes d’espionnage majeurs ont été mis en œuvre depuis 1945 par les États-Unis.

Rappelons que PRISM est un programme d’entente entre la NSA (National Security Agency), l’agence de renseignement, et des sociétés américaines (en situation quasi monopolistique) pour la collecte des données (loi FISA- Foreign Intelligence Surveillance Act). C’est la plus grosse source de données brutes utilisée par la NSA, provenant de Microsoft, Yahoo, Google, Facebook…

Par ailleurs, la NSA a piégé physiquement près de 100 000 ordinateurs d’entreprises, de décideurs… (projet TAO-Tailored Access Operations).

Plus que jamais, tous les décideurs et chercheurs qui disposent de données sensibles doivent chiffrer leurs emails et leurs dossiers. Échanger des informations sur un projet R&D en utilisant Outlook ou Gmail, ou une autre messagerie sans chiffrement, revient à envoyer une carte postale sans enveloppe : tout le monde ou presque peut lire son contenu !

Philippe Richard

Nicolas Hulot ne «regrette pas» d’avoir démissionné

«Non, aucun regret, mais une tristesse» a soupiré le fondateur de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH). «Je n’ai pas regretté, d’autant que je crois que cette décision a été comprise et que j’ai le sentiment qu’elle a provoqué une forme de sursaut. J’ai vu beaucoup d’initiatives, des gens dire, on est là, on va prendre le relais. Et puis il y a un certain nombre de messages qui sont sortis de ma bouche, en disant il faut acter que le problème c’est le modèle dominant».

Pour Nicolas Hulot c’est le modèle capitaliste, sans aucun scrupule sur le plan environnemental et social, qui est la source de la crise actuelle et qui s’aggrave d’année en année. Ce modèle business-centré exploite les ressources naturelles comme il exploite les êtres humains, notamment avec des contrats de travail de plus en plus précaires. Les conséquences sont graves, comme le montre le conflit des gilets jaunes avec ses 2 morts, sa dizaine de blessés graves et ses plusieurs centaines de blessés. Et ce n’est pas fini. Un dialogue de sourds a émergé durant l’émission entre Nicolas Hulot et un « gilet jaune ». «Allons-y comme cela, on va aller tous dans le mur, moi je vous le dis» a souligné avec grande lucidité l’écologiste. «Moi cela ne me fait pas rire, je n’ai pas l’humeur à rire».

«Je me suis battu, et notamment les semaines qui ont précédé mon départ, pour qu’on change complètement d’échelle dans l’accompagnement social de la transition énergétique et écologique, avec des propositions concrètes» a ajouté Nicolas Hulot, soulignant avoir milité en faveur d’un accompagnement social «digne de ce nom».

Bientôt un «Airbus des batteries en Europe» selon le Ministre allemand de l’économie

« Nous voulons créer dans les prochains mois les conditions pour une production à grande échelle de batteries en Europe » a affirmé M. Altmaier dans le cadre d’une rencontre avec Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, chargé de l’union de l’énergie. La bataille face à l’Asie, et dans une moindre mesure face à l’Amérique, s’annonce particulièrement difficile. « Nous n’allons probablement pas gagner la course aux batteries les moins chères, mais celle des meilleures batteries n’est pas encore décidée, et nous nous lançons dans celle-ci » a estimé avec lucidité Altmaier.Cela tombe à pic: le PDG du géant français TOTAL a déclaré qu’il veut faire construire dès 2023 une usine géante de batteries de nouvelle génération, dites « solid-state ». Total a d’ailleurs investi, via sa filiale Saft, tout comme Renault, dans une start-up américaine spécialiste en la matière. Si l’Europe est clairement larguée face à l’Asie dans le domaines des batteries lithium de génération actuelle, elle peut, si elle s’en donne vraiment les moyens, prendre les devants avec une nouvelle technologie de batteries plus performantes.

Il en va probablement de l’avenir même de l’industrie automobile européenne, voire même de l’avenir de l’Europe tout court. C’est une thématique extrêmement stratégique car vitale. Les stratégies de diversion, comme par exemple les agitations médiatisées et lourdement subventionnées sur la très coûteuse et inefficiente voiture à hydrogène, relèvent en réalité de la fuite face à la puissance asiatique. Il est grand temps de se concentrer sur les technologies véritablement disruptives.

Pour Maros Sefcovic « le marché européen des batteries pourrait atteindre 250 milliards d’euros par an à partir de 2025 ». Mais « l’ampleur et la rapidité des investissements demandés est tel qu’aucun acteur de l’industrie ou pays européen ne peut les prendre en charge ». Il a donc promis la construction d’un « Airbus européen des batteries ». Lorsqu’il était président de la République François Hollande avait aussi fait cette promesse.

Quand cet albatros made in Europe décollera-t-il ?

Les GAFA dans le secteur des transports

Le secteur industriel des transports se compose de nombreuses industries et de leurs fournisseurs, des énergéticiens, des opérateurs de transports publics et des collectivités pour permettre aux citoyens de se déplacer afin de réaliser leurs activités. Chaque citoyen gère en général lui-même tout ou partie de sa mobilité, en marchant, en utilisant sa voiture ou son vélo, en prenant les transports en commun.

Congestion, pollution, GES, dépendance énergétique

Pour la logistique, des chargeurs alimentent les transporteurs dans une chaîne entièrement gérée par des professionnels. Ces filières historiques se sont construites au fil des cent dernières années en établissant des processus, en gérant des métriques. Ces acteurs s’appuient sur une ressource abondante et bon marché : le pétrole. L’État y joue également un rôle important via sa participation dans plusieurs opérateurs comme la SNCF, par son lien avec les autorités organisatrices des transports et au niveau des infrastructures et des réglementations.

Au fil du temps, l’expérience de mobilité s’est progressivement dégradée en raison d’une augmentation du trafic automobile, d’une offre insuffisante dans certains territoires en matière de transports publics . Pour la logistique, jusqu’à présent, les flux de produits augmentent proportionnellement à notre richesse. Ces tendances s’accompagnent d’une augmentation des externalités négatives (pollution, congestion, émissions de gaz à effet de serre).

La révolution numérique et l’émergence des grandes plateformes

En parallèle, de puissantes industries numériques ont émergé issues d’investissements publics dans de nouvelles infrastructures : l’Internet et le GPS. Éloignées au départ du secteur des transports, les plateformes des GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) ont progressivement créé des monopoles. Outre de grandes ressources financières, de larges équipes de recherche, ces acteurs ont noué une relation singulière avec le citoyen à grande échelle. La révolution numérique a eu lieu dans les années 2000 et nous en observons les conséquences dans plusieurs secteurs dont les transports et la logistique.

Les acteurs du numérique entrent en relation avec les citoyens par une application, de plus en plus utilisée sur un terminal mobile. L’obsession de ces acteurs est d’impliquer l’utilisateur dans son application pour nouer avec lui une relation forte. L’acteur numérique qui réussit cette étape cherche alors à étendre son application dans d’autres champs en ouvrant une plateforme présentant plusieurs « faces ».

Le principe des plateformes biface ou multiface consiste à rassembler des producteurs et des utilisateurs, à faciliter leurs échanges et à prélever une partie des bénéfices directement ou indirectement. Ce mécanisme, quand il est réussi, permet d’engager des mécanismes dits à rendement croissant.

Le numérique change alors radicalement les effets d’échelle de l’industrie fordiste. En prenant l’exemple d’un logiciel embarqué ou d’une application, trois effets se combinent pour accroître la position dominante et renforcer les effets d’échelle traditionnels qui continuent d’exister :

  • Les effets de réseau : plus il y a de logiciels installés dans un grand nombre de véhicules, plus il sera performant car la plateforme pourra « apprendre » en réseau et de façon cumulée. Il sera également possible de comparer le retour des utilisateurs pour plusieurs versions en même temps,
  • l’apprentissage : plus le logiciel sera installé dans un grand nombre de véhicules, plus les logiciels d’apprentissage seront nourris en données fraîches et variées issues d’une multitude de contextes. Et plus les algorithmes pourront s’enrichir, plus le logiciel sera performant et attractif,
  • la viralité, c’est-à-dire la capacité à se rependre rapidement, et la connexion aux usagers : plus le logiciel sera performant, plus il sera capable de fournir des services adaptés à une multitude de contextes d’usage et de territoires avec des interfaces adaptées et séduisantes, plus il sera plébiscité par les usagers. Ces derniers se chargeront d’une grande partie de la communication pour renforcer sa position et amener les derniers industriels à le choisir, nouant une relation singulière avec l’industriel en charge du logiciel.

GAFA : des stratégies de développement variées

Les GAFA exploitent tous des plateformes, mais avec des stratégies de développement différentes. Google a commencé par le moteur de recherche, l’indexation par les requêtes, le ciblage de la publicité pour ensuite s’étendre sur un ensemble de logiciels liés à Drive, Chrome, Maps… Android acheté en 2005 par Google montre l’importance de positionner un Operating System le plus vite possible dans les terminaux physiques pour garder le contact avec la Multitude. Apple a ouvert une plateforme majeure iTunes puis a conçu simultanément hardware et plateforme dans un environnement fermé spécifique. Amazon a débuté avec une plateforme de vente en ligne d’abord pour les livres puis progressivement pour d’autres produits. Quant à Facebook, le réseau social n’a été au début qu’une simple application pour devenir maintenant une plateforme de services à la fois pour les professionnels, particuliers, personnes et groupes. Facebook n’a cessé de faire progresser sa taille, ses fonctionnalités pour servir plusieurs acteurs (entreprises, groupes, citoyens) via une plateforme multiface mondiale avec plus de 2 milliards d’utilisateurs.

Ces entreprises numériques ont maintenant des tailles et des capacités d’action considérables. Plusieurs secteurs économiques ont déjà été transformés par la puissance de leurs plateformes : musique, médias, télécommunications notamment. D’autres filières industrielles, comme celle des transports, se voient, à leur tour, contraintes d’évoluer.

Exclusif ! L’article complet dans les ressources documentaires en accès libre jusqu’au 6 juin !

Les GAFA dans le secteur des transports- La calèche, l’automobile et après, un article de Gabriel PLASSAT

Le programme national pour l’IA prend forme

MIAI@Grenoble-Alpes à Grenoble pour les applications santé, environnement et énergie, 3IA Côte d’Azur à Nice pour la santé et le développement des territoires, PRAIRIE à Paris pour la santé, les transports et l’environnement et ANITI à Toulouse pour le transport, l’environnement et la santé. Voici les sites retenus le 7 novembre dernier par un jury international composé de 14 personnalités scientifiques reconnues dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). « Les 4 sites présélectionnés pour les instituts permettront de former un réseau avec les meilleures institutions de recherche mondiale en IA », estime Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Le 29 mars dernier, Emmanuel Macron annonçait son programme national pour l’intelligence artificielle, reprenant une large série de préconisations du rapport Villani en faveur de la technologie. Dans ce cadre, pour éviter la fuite des cerveaux et accélérer la croissance l’écosystème, il projetait la mise en place d’ « un réseau emblématique de quatre ou cinq instituts dédiés, ancrés dans des pôles universitaires et maillant le territoire français ». Ces instituts auront pour vocation d’être en interaction permanente et développer des chaires d’excellence pour attirer les meilleurs talents.

Quatre label 3IA bientôt décernés

C’est le résultat de l’appel à manifestation d’intérêt lancé le 25 juillet dernier par le gouvernement. Ouvert aux pôles de recherche, de formation et d’innovation, il avait vocation à décerner le label 3IA à « quatre à cinq » sites. Les quatre sites présélectionnés doivent désormais déposer un projet détaillé avant le 15 janvier 2019, afin d’obtenir leur labellisation 3.I.A. définitive après examen par le jury international. Il apparaît toutefois peu probable désormais qu’un projet soit recalé lors de cette dernière étape. Le processus permettra également de choisir les premières chaires individuelles de recherche au sein de chaque 3IA. Une enveloppe de 100 millions d’euros est disponible d’ici 2022 pour le soutien aux 3IA. L’ANR indiquera à chaque projet le montant attribué.

Selon l’appel à manifestation d’intérêt, les 3IA ont pour mission de développer la recherche, la formation et l’innovation en IA et d’en multiplier les applications. Ils se donner un objectif chiffré ambitieux de création de startups. Chaque site retenu impliquera entre 100 et 200 personnels avec un budget cible consolidé se situant, à titre indicatif, entre 10 et 20 million d’euros par an.

La France met en place sont programme IA

La première réunion du conseil de l’innovation, instance de pilotage stratégique, qui orientera l’action du Gouvernement, s’est tenue le 18 juillet dernier. Cela a été l’occasion de sélectionner deux grands défis prioritaires pour l’IA : l’amélioration des diagnostics médicaux et la sécurisation, la fiabilisation et la certification des algorithmes utilisés.

L’ANR a par ailleurs renforcé les moyens de ses appels à projet dédiés à l’intelligence artificielle : +10 millions d’euros par an, dès 2018. La constitution du réseau des Instituts 3IA. Constitue ainsi le troisième élément structurant du programme national en IA dont la coordination a été confiée à Inria.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Le renouveau de l’agroalimentaire français par l’innovation

Selon l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), l’agroalimentaire est le premier secteur industriel français. Il compte 17 647 entreprises, dont 77 % de TPE et 21 % de PME, pour un chiffre d’affaires de 180 milliards d’euros. C’est également le premier employeur industriel avec plus de 429 000 salariés. En face de ces entreprises, la guerre des prix que se livrent les quatre enseignes majoritaires de la grande distribution depuis 2013 contribue à l’érosion des marges et menace la capacité d’investissement des TPE-PME.

Ce combat a fait perdre 6 milliards d’euros en cinq ans aux entreprises alimentaires. Leurs taux de marges sont au plus bas niveau depuis 40 ans: ils ont perdu 7 % depuis 2007. La loi EGAlim votée début octobre souhaite mettre fin à cette situation. Elle encadre les promotions et met fin à la vente à perte.Face aux nouvelles attentes des consommateurs en termes de santé, d’authenticité, de transparence et de bien manger, la loi veut également faire passer le renouveau de la filière par l’innovation.

Les défis des entreprises agroalimentaires

Dans cette perspective, le contrat stratégique de la filière alimentaire a été signé le 16 novembre dernier par l’Ania, Coop de France et le gouvernement. Ce contrat propose une feuille de route pour une alimentation plus sûre, saine, durable, et accessible à tous. Il vise à répondre aux attentes des consommateurs ainsi qu’aux besoins de compétitivité et de modernisation du secteur. Il entend notamment accélérer la numérisation des informations sur les produits alimentaires, pour répondre aux demandes de transparence des consommateurs et accélérer la transition digitale des entreprises.

Suite aux Etats généraux de l’alimentation et des plans de filière, l’appel à candidature pour rejoindre le premier accélérateur PME agroalimentaire est ouvert. Un programme d’accompagnement d’une durée de 24 mois pour répondre aux cinq besoins de modernisation et d’innovation identifiés au sein de cette filière. Il s’attachera à structurer la montée en gamme de l’offre des PME dans un contexte global de développement de la RSE dans la filière. Il aidera les entreprises à sécuriser leurs approvisionnements en amont et à diversifier les débouchés en aval, notamment à l’export. Enfin, il aidera à valoriser les métiers et à assurer la transition digitale.

Cap sur l’exportation

Si les opportunités à l’export sont nombreuses, seules deux entreprises françaises sur dix exportent contre huit sur dix en Allemagne. Et l’international ne représente que 21 % du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises agroalimentaires. L’Ania estime donc que la marge de progrès demeure immense avec de nombreux marchés extérieurs largement sous-exploités. Plus de 66 % des exportations agroalimentaires sont à destination de l’Union-Européenne contre 14 % vers l’Asie et 10 % vers les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

Afin d’identifier les freins qui limitent le développement des exportations, l’Ania a lancé une grande enquête qui pointe plusieurs difficultés. En premier lieu, un manque de moyens humains, et notamment de commerciaux. Face à ces constats, l’Ania lancera en 2019 un « plan Marshall de l’export » pour aider les entreprises à passer le cap. L’association mettra en œuvre des programmes collectifs opérationnels et renforcera son Club export co-animé avec Business France. Enfin, elle lancera de nouveaux dispositifs d’accompagnements individuels des entreprises avec le déploiement des équipes de TEAM France en régions.

« Ce plan Marshall ouvre une nouvelle dynamique, un nouvel état d’esprit plus offensif qui va permettre à nos entreprises petites, moyennes et grandes, présentes dans toutes les régions, de remonter sur la plus haute marche du podium des exportateurs alimentaires », prévient Richard Girardot, Président de l’Ania.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Comment votre entreprise encourage-t-elle l’innovation ?

Peter Drucker affirmait : « L’innovation est, par nature, risquée, de même que toute activité économique. Mais défendre ce qui a été fait hier est beaucoup plus risqué que de construire le monde de demain. » Par conséquent, la création et le maintien d’une culture du lieu de travail propice à l’innovation sont essentiels au succès d’une organisation. « La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le créer »

L’un des principaux facteurs contribuant à l’innovation est la culture du lieu de travail qui relie émotionnellement les personnes à la direction stratégique d’une organisation et encourage un flux continu d’idées pouvant soutenir les efforts d’innovation. Ces cultures reposent sur un niveau de confiance élevé, comme en témoignent les liens étroits que les employés entretiennent avec leurs dirigeants, leurs liens étroits avec leurs collègues et leur capacité à fonctionner dans une atmosphère propice à la prise de risques.

Une culture agile pour libérer l’innovation

Faut-il être une startup pour pouvoir innover ? Non car, Google, Facebook, Apple, IBM, Proctor & Gamble, 3M et General Electric ont fait la preuve que l’innovation ne se limite pas à un profil particulier. Toutes ces organisations très différentes ont démontré leur capacité à se réinventer au fil du temps.

Lorsque les personnes ont la permission, se sentent en sécurité et habilitées au sein de leur environnement professionnel, pour faire avancer les choses en sachant comment :

  • Accepter rapidement le changement, y réagir, s’adapter et y faire face en sécurité,
  • Repartir d’une feuille blanche et partager une même soif de découverte et d’apprentissage,
  • Gérer les niveaux d’egos, d’inconfort et de résistances inconscientes au changement,
  • Improviser, jouer et expérimenter de nouveaux concepts et de nouvelles idées pour apprendre rapidement en échouant rapidement,
  • Avoir confiance en soi pour prendre des risques intelligents et courageux,
  • Bousculer les idées reçues, faire preuve de provocation et perturber en toute sécurité le statu quo,
  • Collaborer et travailler en réseau à travers les barrières conventionnelles,
  • Être curieux de tout et de rien,
  • Découvrir, explorer et résoudre généreusement les problèmes,
  • Être empathique et bienveillant.

….Alors le terrain est fertile pour l’innovation.

Un leadership agile pour une culture agile de l’innovation

Pour stimuler l’innovation, les dirigeants doivent adopter des stratégies de leadership stimulantes, libératrices, osées, afin que la force de travail soit une force de créativité illimitée.

Créer autant de points de contact que possible pour l’échange d’idées favorise non seulement la création de sens entre le leadership et les employés, mais renforce également la stratégie organisationnelle et la manière dont les individus peuvent proposer des idées qui soutiendront les efforts d’innovation.

Les cultures agiles cultivent l’élasticité du leadership (et réciproquement) ainsi que l’habilité des dirigeants à devenir le changement qu’ils désirent créer.

Plus que la structure, l’âge ou d’autres caractéristiques d’une organisation, c’est cet état d’esprit fondé sur la conviction que l’on peut changer les choses qui permet à l’innovation de prendre racine.

Favoriser l’innovation dans la pratique

Avoir une culture innovante nécessitera d’adopter une approche plus expérimentale du travail. Lors de l’exploration d’idées, du prototypage et des tests, le taux d’échec est intrinsèquement plus élevé. La culture d’entreprise doit savoir accepter et tirer parti de ces échecs.

Les entreprises souhaitant se positionner pour plus d’innovation peuvent commencer par examiner ces trois domaines simples mais d’une importance vitale :

  1. Leur engagement à rechercher des idées et à y répondre,
  2. Le degré de promotion du travail d’équipe et de la collaboration sociale
  3. L’appétence pour le risque.

En vous concentrant sur ces aspects de votre culture, l’innovation peut devenir l’un des avantages concurrentiels de votre entreprise.

Comment votre entreprise encourage-t-elle l’innovation ?

Vous l’avez compris, pour favoriser l’esprit d’innovation, les entreprises doivent faire quelques réglages sur leur culture. Certains secteurs d’activités sont peut-être mieux préparés que d’autres. C’est ce que nous vous proposons de vérifier avec nous en participant à notre enquête : Quelle est la culture idéale de votre entreprise ?

Vos réponses nous permettront de souligner les forces et les faiblesses de la culture de votre secteur d’activité et de répondre de façon plus précise à cette question : « Comment votre entreprise encourage-t-elle l’innovation ? »

Pour accéder à la mesure de la culture idéale de votre organisation :

Cliquer ici

Revue du web #119 : les 7 vidéos scientifiques les plus étonnantes

Un robot élève des bébés coraux pour repeupler la Grande Barrière de corail

LarvalBot est capable de semer des centaines de milliards de larves de coraux. Son but : réparer les barrières de corail abîmées.

 

DelFly Nimble, le nouveau robot insecte

Comme d’autres petits robots avant lui, certains lui prédisent déjà une carrière de pollinisateur de fleurs ou, encore plus héroïque, d’aide au repérage lors de catastrophes naturelles.

 

Un robot qui change sa morphologie selon son environnement

Des chercheurs américains ont développé un robot capable de changer automatiquement sa morphologie pour s’adapter à son environnement et éviter les obstacles sur son parcours.

Des kits solaires pour les zones rurales africaines

Un partenariat entre EDF et  Off-Grid Electric (OGE) a donné le jour à des kits solaires faciles à installer et abordables. Le but de cette initiative : rendre accessible la production locale d’électricité.

 

Bientôt commercialisé : un robot cueilleur de tomates

Après le robot récolteur de laitues, voici le robot cueilleur de tomates développé par Panasonic.

 

Des modules photovoltaïques imprimés

Fonctionnant aussi bien avec la lumière naturelle que la lumière artificielle, cette solution d’impression de modules photovoltaïques organiques développée par une entreprise française pourrait alimenter nos futurs objets connectés.

 

Insolite : un chewing-gum (salé) qui ne perd pas son goût

Son secret ? Des impulsions électriques qui trompent notre cerveau.

 

Par I. T.

Espagne: 70% d’électricité renouvelable en 2030. 100% en 2050

70% d’électricité renouvelable dans 11 ans ? ¡Sí, Señor! Avec parallèlement un gain d’efficacité énergétique de 30% explique le quotidien britannique The Guardian. 100% de renouvelables en 2050. Et plus du tout de véhicules émetteurs de CO2 à cet horizon.  C’est le  projet de la Loi de changement climatique et transition énergétique (LCCTE) qu’a dévoilé le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, le 13 novembre 2018. Il a été conçu par Teresa Ribera, Ministre de l’écologie et ex-directrice de l’Institut de développement durable et de relations internationales (Iddri) en France. Pour y parvenir une approche très décentralisée a été retenue.

Bien sûr, en toute cohérence, le projet de Loi interdit toute exploration pétrolière ou gazière (y compris des gaz de schistes souligne le média espagnol RTVE) sur le territoire national mais aussi dans les eaux espagnoles. La France va-t-elle s’en inspirer, notamment pour la Guyane ? La vente et l’immatriculation de voitures diesel, essence, gaz ou hybrides sera interdite dès 2040. Les lobbies sont dès à présent à l’œuvre pour tenter de saboter ce projet éco-responsable.

En France, alors que le gouvernement tarde à agir, des citoyens passent à l’action. C’est le cas d’Alexandra Perfettini,  architecte Corse, et Rémi Pillot, ingénieur lyonnais qui bénéficie d’une expérience chez Peugeot et Airbus. Ce couple solaire a équipé un van Volkswagen de batteries Tesla (80 kWh, récupérées sur une Model S accidentée) capables d’offrir une autonomie de 400 kilomètres, et de 10 kW de panneaux photovoltaïques ultra-minces déployables à l’arrêt pour les recharger. Un tour du monde va commencer au printemps 2019 à bord de ce véhicule 100% électrique, ceci uniquement avec l’énergie solaire qu’ils collecteront. Au programme de ce parcours de 50.000 kilomètres: l’Espagne, l’Amérique du sud, l’Indonésie mais aussi l’Asie du sud-est ou encore le Kazakhstan.

Le site du projet: https://www.evwt.org

De vieux véhicules carburant au pétrole peuvent devenir électro-solaires. Quand on veut, on peut. Si la totalité du parc automobile français passait au 100% électrique, la demande d’électricité du pays n’augmenterait que de 15%. C’est donc à portée de roues. Et de photons.

O.D.

Startups : venez participer au challenge « Industrie du futur » !

Mardi 20 novembre, Jean-Marie Simon et Luc Graux, les dirigeants des entreprises Atos et SKF ont lancé la nouvelle édition du challenge « Industrie du futur » destiné aux startups, en partenariat avec Techniques de l’Ingénieur. Grande nouveauté de l’édition 2019 : Ariane Group fait désormais partie des organisateurs du concours.

Selon Hervé Gilibert, Directeur Technique Ariane Group, « participer à ce second challenge en tant que partenaire est une formidable opportunité de « speed dating » avec des startups qui vont nous aider à booster notre innovation. D’une certaine façon, nous sommes nous-mêmes une startup car nous sommes nés d’une fusion il y a trois ans. Nous sommes une joint-venture entre les groupes Airbus et Safran, fondée au lendemain de la décision des Etats européens membres de l’ESA de lancer Ariane 6. Le premier vol est prévu en 2020, il nous reste donc deux ans pour produire les premiers exemplaires du nouveau lanceur européen.

Pour réussir ce challenge, l’usine 4.0 est un outil indispensable, surtout que notre usine s’étend en réalité sur treize pays européens.

Il nous faut travailler sur les évolutions futures du lanceur, avec des usines toujours plus performantes, compétitives, propres et connectées. Dans un secteur aussi concurrentiel que le secteur spatial, notre succès s’inscrit dans l’innovation.

Les startups nous aident à stimuler notre créativité. En échange, nous leur apportons notre expertise industrielle et spatiale. »

Soutenir l’innovation dans l’industrie

Le challenge a pour vocation de mettre en lumière et d’accompagner les jeunes entreprises qui innovent dans le monde de l’industrie, afin de créer une usine du futur plus performante, connectée, et écoresponsable.

Jean-Marie Simon, Directeur Général ATOS France

Selon Jean-Marie Simon, Directeur Général ATOS France, il s’agit de « mettre en place un écosystème permettant d’ouvrir nos expertises séparées et conjointes au monde des startups à fort contenu innovant avec lesquelles nous souhaitons collaborer afin de déployer leurs innovations dans nos organisations.

C’est ce que l’on appelle l’open innovation. Nous veillons à mettre à disposition notre expertise métiers et nos connaissances internes pour que les startups puissent valider leur business model et leur technologie, afin qu’elles gagnent en crédibilité pour pouvoir ensuite s’ouvrir à d’autres acteurs industriels. »

Cinq prix seront décernés selon des thématiques précises : le prix SKF se concentrera sur les matériaux et procédés du futur ; le prix Atos récompensera les projets en cybersécurité et  data sciences, et le prix Ariane Group –nouveauté de l’édition 2019 – sera destiné à l’usine connectée, l’humain au centre de l’usine et l’écologie dans l’industrie. Chacun de ces lauréats recevra un chèque de 3 000€.

En parallèle, le Grand Prix Industrie 4.0 distinguera le meilleur projet et sera accompagné d’un chèque de 6 000€. Enfin, Techniques de l’Ingénieur et le Campus de l’espace décerneront le prix « Coup de cœur », déterminé en partie grâce aux votes des abonnés de Techniques de l’Ingénieur. Le vainqueur gagnera un abonnement d’un an aux ressources documentaires de T.I. d’une valeur de 3 000€, ainsi que la possibilité d’interroger les experts.

Une aide concrète pour les startups

Comme l’explique Luc Graux, président SKF France,  « il y a des retombées concrètes, c’est très important. Actuellement, deux projets en développement sur nos sites, Picomto et Energiency. »

Luc Graux, président SKF France

Présents lors du lancement, les lauréats de la première édition se sont exprimés sur les retombées du challenge.

« Une association très bénéfique, pour Benoît Gourdon, CEO TellMePlus, lauréat 2017 catégorie » cybersécurité & datascience », nous avons utilisé les ressources de SKF pour monter de nouveaux projets. Travailler avec SKF et ATOS nous a boosté et offert de nouvelles opportunités, comme Airbus. »

Arnaud Legrand, Energiency

Arnaud Legrand, CEO Energiency, lauréat 2017 catégorie « Industrie 4.0 » assure quant à lui que « SKF est une très belle référence. Cela nous a donné de la crédibilité dans notre secteur. »

De la crédibilité, et de la visibilité, comme l’explique Geoffrey Bruno, Directeur Général d’ENOVASENSE, lauréat 2017 gagnant du prix « coup de coeur » : « On a parlé de nous. Sans SKF, nous n’aurions pas eu autant de visibilité, c’est certain, c’est le début d’une grande histoire. »

Sébastien Chevalier, co-fondateur et Directeur produit PICOMTO, lauréat 2017 catégorie « Usine 4.0 » en a fait également l’expérience : « Quand on commence à être reconnu par ses pairs, c’est un plus. C’est vraiment un échange bivalent. Nous avons acquis plus de légitimité dans notre domaine et une meilleure compréhension de notre potentiel. »

Sébastien Chevalier, PICOMTO

Ouverture de la plateforme d’inscription

Les dirigeants de SKF, Atos et Ariane Group ont lancé en direct la plateforme Agorize qui permet aux startups de s’inscrire. Pour cette deuxième édition, le concours élargit ses frontières et s’ouvre également aux entreprises européennes et israéliennes.

« Une des nouveautés cette année, explique Jean-Marie Simon, Directeur Général ATOS France, est l’élargissement du recrutement des startups au-delà de nos frontières. Nous étendons en effet les candidatures à l’Europe et l’Israël.

Le talent ne se limite pas à nos frontières et nous connaissons des éco-systèmes très actifs dans ces pays. Il est donc particulièrement intéressant de les associer à nos groupes sur des thématiques différentes mais souvent complémentaires dans la révolution 4.0.

Par exemple, nous pourrions  intégrer différentes innovations issues d’une startup française en Intelligence Artificielle pour optimiser un moyen de production associé à une startup allemande spécialisée dans les nouveaux capteurs de contrôle qualité secondée par une startup suédoise qui travaille sur de nouveaux moyens de production, sécurisés grâce aux innovations en cybersécurité venant d’Israël.

Cette association peut déboucher sur de nouveaux business models. »

Les startups intéressées ont jusqu’au 15 février 2019 pour candidater et envoyer une présentation de leur projet. Les douze entreprises sélectionnées seront annoncées le 1er mars et recevront pendant trois mois un accompagnement personnalisé afin d’affiner leur projet et de l’adapter aux attentes des entreprises partenaires.

Les lauréats seront désignés le 6 juin 2019 au Campus de l’Espace de Vernon en présence du ministre chargé des collectivités territoriales Sébastien Lecornu.

Posez dès maintenant vos candidatures sur la plateforme Agorize.

Un traitement de texturation laser rend les métaux super-hydrophobes

Ces recherches, menées principalement par des chercheurs du laboratoire pour les matériaux et la technologie laser (IWS) de l’institut Fraunhofer (Dresde) et de la TU de Dresde (école polytechnique de Dresde), dans le cadre du projet européen LASER4FUN, visent à créer des surfaces d’aéronefs nanostructurées qui repoussent l’eau, les insectes, la poussière et les impuretés en général. Soutenu activement par Airbus, les recherches se sont par exemple portées sur un alliage de titane (Ti-6Al-4V) très utilisé en aéronautique. Le traitement de surface est opéré par une technique de structuration par interférence laser directe (DLIP – Direct Laser Interference Patterning). Ce procédé s’appuie sur l’utilisation d’un système optique divisant un faisceau laser en plusieurs faisceaux partiels qui se recombinent ensuite sur la surface métallique à graver. Des motifs lumineux très précis sont ainsi créés : sur les zones lumineuses, le laser à haute énergie fait fondre et disparaître le matériau et le laisse intact dans les zones sombres.

La recherche de l’effet Lotus

Nombre de revêtements s’inspirent aujourd’hui des connaissances acquises sur le pouvoir autonettoyant des feuilles de Lotus sur lesquelles l’eau roule et emporte avec elle poussières et saletés. Cette propriété, qui provient de la structure microscopique et nanoscopique complexe de la surface des feuilles, a été étudiée et est imitée pour fabriquer des surfaces qualifiées d’hydrophobes ou superhydrophobes (qui repousse l’eau).

Les revêtements couramment utilisés aujourd’hui sont fabriqués par une alliance entre des méthodes de texturation et l’ajout de revêtements chimiques. Ils présentent l’avantage de pouvoir traiter facilement de grandes surfaces, mais s’altèrent avec le temps et la plupart et ne sont pas compatibles avec les nouvelles normes environnementales de l’Union européenne. Le procédé utilisé par les chercheurs allemands permet une durabilité des propriétés sur des années sans préoccupation environnementale.

Record de vitesse en DLIP

Les technologies laser pour texturer des surfaces souffrent d’une grande lenteur, comparées aux autres procédés. En effet, le laser doit « dessiner » chaque colonne ou rainure successivement, comme avec un crayon. C’est beaucoup trop long pour une surface aussi grande qu’une aile d’avion par exemple. Mais l’institut Fraunhofer et la TU Dresde ont réussi à augmenter significativement la vitesse du procédé. Selon que l’on travaille sur du titane, des polymères ou d’autres matériaux, le DLIP réussit à traiter presque un mètre carré par minute : « un record du monde ! » s’exclame le Pr. Andrés Lasagni, aujourd’hui professeur de méthodes laser pour la structuration à grande échelle à l’université TU Dresden, insistant sur le fait que désormais « les têtes lasers DLIP développées à Dresde sont intégrables sur des machines industrielles standard, permettant même à des PME d’accéder à cette technologie. »

Les premiers essais effectués en laboratoire ont été très probants. Désormais, Airbus se charge de tester ces métaux texturés sur des ailes d’avions. En parallèle, les chercheurs étudient d’autres applications possibles : méthode de signature contre la contrefaçon, amélioration de la biocompatibilité d’implants chirurgicaux, lutte contre la colonisation microbienne de canalisation etc. ainsi que la création de surfaces mouillable à l’eau ou aux huiles de manière sélective.

Sophie Hoguin

Le Cetim organise son Forum Innovation pour l’industrie mécanique

Jeudi 6 décembre, le Centre Technique des Industries Mécaniques (Cetim) organisera à Senlis son premier forum  pour favoriser l’innovation dans le secteur de l’industrie mécanique.

Après ses services d’accompagnement auprès des PME dans la mise en œuvre de leurs projets et le dépôt de nombreux brevets chaque année, le Cetim poursuit sa quête du renouveau technologique en mécanique grâce à un forum dédié à l’innovation. Le centre souhaite ainsi mettre en relation les industriels et les startups qui apportent des solutions novatrices pour le monde de l’industrie.

Une cinquantaine de startups seront présentes et auront l’occasion d’exposer leurs projets face aux industriels. Les jeunes entreprises choisies répondent à des besoins technologiques précis :

  • objets connectés/IOT,
  • intelligence artificielle/machine learning,
  • mobilité du futur,
  • organisations innovantes,
  • maintenance prédictive,
  • procédés/matériaux/fluides du futur,
  • usine du futur,
  • relations clients/fournisseurs
  • modèles économiques.

En parallèle des rencontres entre startups et entreprises, des conférences liées à l’innovation seront organisées.

En plus de l’événement, le Cetim a mis en place une interface pour vous permettre d’accéder aux descriptifs des start-ups présentes.

Pour vous inscrire : http://www.cetim.fr/fr/Formulaires/Forum-Innovation

Nous, Techniques de l’Ingénieur, en tant que partenaires de cet évènement, serons présents aux côtés de différents acteurs le 6 décembre prochain. Nous vous ferons un retour sur cette journée.

 

 

 

Pesticides au Nicaragua : une procédure hors-norme

Le DBCP, un pesticide à la toxicité reconnue

Plus de 1 200 ouvriers agricoles de plantations de bananes nicaraguayens ont saisi la justice française, début novembre, afin de contraindre trois multinationales de l’agrochimie (Shell, Dow Chemical et Occidental Chemical) à leur verser une réparation pour les préjudices subis suite à leur exposition à un pesticide très toxique, le dibromo-chloropropane (DBCP) utilisé au Nicaragua pour tuer un vers microscopique (nématode) s’attaquant aux racines des bananiers.

Le but de ces 1234 anciens ouvriers de bananeraies n’est pas de voir le fond de l’affaire rejugé mais de faire appliquer une décision déjà rendue dans leur pays et de mettre ainsi fin au litige qui les oppose via la justice française (le code civil nicaraguayen est largement inspiré du code civil français). En effet, au terme d’un long procès confirmé en appel, puis devant la Cour suprême du Nicaragua, et sur la base de documents internes révélant leur connaissance de la grande toxicité des produits, les trois multinationales ont été reconnues responsables en 2006 et ont été condamnées à verser 805 millions de dollars d’indemnisation aux victimes nicaraguayennes. Cependant, cette décision n’a toujours pas été appliquée puisque les multinationales avaient alors soldé tous leurs actifs au Nicaragua, empêchant ainsi toute tentative de saisie.

Une histoire frauduleuse

Dès les années 1950 et avant même sa commercialisation, l’effet nocif de ce pesticide sur la santé des utilisateurs avait été souligné par des études réalisées chez l’animal, qui avaient mis en évidence des effets cancérigènes particulièrement sévères sur les fonctions reproductrices ainsi qu’une toxicité rénale. Pourtant, les géants mondiaux de l’agrochimie ne renoncent pas à la commercialisation du produit qui arrive sur le marché américain sous les marques Nemagon ou Fumazone à la fin des années 50.

Il aura fallu attendre la découverte fortuite, en 1977, de nombreux cas de stérilité chez des ouvriers agricoles pour que le risque soit reconnu. Dans la foulée, le DBCP a été interdit aux Etats-Unis. Cependant, les multinationales, soucieuses de limiter leurs pertes et de rentabiliser leurs stocks, continuent à écouler le produit au Nicaragua où le DBCP a continué à être massivement utilisé jusqu’en 1983 sans aucune mise en garde des ouvriers qui n’utilisaient alors aucune protection (ni gants, ni bottes, ni combinaisons).

Vers une jurisprudence retentissante ?

Pour obtenir réparation, les victimes du DBCP recourent aujourd’hui à la justice française, via une procédure dite d’exequatur. Cette procédure permet non seulement d’obtenir l’exécution en France d’une décision de justice rendue par un tribunal étranger, mais peut entraîner également une application dans l’Europe entière. Ainsi, les dommages et intérêts, qui avoisinent près d’un milliard de dollars aujourd’hui avec les intérêts de retard, pourraient être réclamés aux trois sociétés sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Selon les avocats, en cas d’issue favorable, l’affaire du DBCP pourrait faire jurisprudence dans d’autres affaires liées à la pollution et en particulier dans les plantations de bananes.

Aliye Karasu

Revue de presse anglophone #22 : les 10 news de la semaine

Google : fini les robots !

Google a décidé de fermer Schaft, son unité de développement de robots bipèdes.

Source : techcrunch.com

 

Biométrique : de fausses empreintes plus vraies que nature

Des chercheurs viennent de prouver qu’il est possible de tromper les systèmes  biométriques d’identification avec de fausses empreintes digitales.

Source : The Guardian

 

Tim Berners-Lee lance une campagne pour sauver le Web

Fausses informations, préjugés, haine… Le fondateur du World Wide Web n’en veut plus !

Source : The Guardian

 

Un phare suffisamment puissant pour attirer les extraterrestres

Une étude du MIT suggère que la technologie laser pourrait être suffisamment puissante pour attirer l’attention des extraterrestres, même à 20 000 années-lumière.

Source : Science Daily

 

Des coraux plus robustes ?

Certains coraux résisteraient mieux au blanchiment que les autres. Leur secret : un acide aminé essentiel

Source : Science Daily

 

Transformer le CO2

De nouvelles cellules électrochimiques pourraient recycler le dioxyde de carbone. Les chercheurs pensent déjà utiliser cette découverte pour faciliter certaines missions spatiales.

Source : Science News

 

Machine learning : apprendre comme un enfant

Des chercheurs du MIT ont mis au point un « analyseur sémantique » qui apprend à imiter le processus d’acquisition du langage d’un enfant.

Source : Science Daily

 

Un mini drone capable de tirer 40 fois son poids

Pour réaliser cet exploit, le robot utilise un câble qui enroule les objets.

Source : Science News

 

Réchauffement climatique : les plus mauvais élèves

L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, montre du doigt la Russie, la Chine et le Canada.

Source : The Guardian

 

Bonus insolite :

Café ou thé ? La réponse pourrait être dans vos gènes

Ce choix pourrait être lié à notre perception personnelle de l’amertume.

Source : The Guardian

 

Par I. T

L’Usine Extraordinaire : programme

Faire tomber les murs de l’usine pour révéler à tous son fonctionnement et ses transformations. Voilà l’objectif de la Fondation « Usine extraordinaire », qui organise un événement du même nom au Grand Palais à Paris, du 22 au 25 novembre.

Si l’industrie est actuellement en pleine évolution et recrutement, elle reste néanmoins méconnue du grand public. Grâce à cet événement, les visiteurs pourront s’immerger au cœur de l’usine et apprendre son histoire, découvrir les machines et lignes de production, et se défaire des idées reçues. Quatre univers –Connecter, Fabriquer, Inventer et Partager- permettront au public de comprendre le fonctionnement et les défis de l’usine du futur.

En parallèle, une programmation riche permettra aux visiteurs de s’approprier le monde de l’industrie à travers ses acteurs. De nombreuses conférences inviteront les spectateurs à s’interroger sur l’industrie du futur, l’utilisation des nouvelles technologies, la parité et l’écologie au sein l’usine.

Le programme :

  • Jeudi 22 novembre

o 11h / Inauguration officielle de l’Usine Extraordinaire en présence d’Edouard Philippe, sous la grande nef

o 11h15 / Dôme : conférence L’Industrie Européenne à la conquête du futur en présence de Jean-Bernard Lévy (Groupe EDF), Jean-Dominique Sénard (Michelin), Olivier Brandicourt (Sanofi), Jean-March Chery (STMicroelectronics), Frédéric Sanchez (Fives), Stephan Timmermann (KSB), Paolo Pozzi (Agrati Group), Nicolas Dufourcq (BPI France) et Didier Leroy (Toyota).

Après-midi / Dôme :

o remise de prix du Concours de photos extraordinaires de l’association Elles Bougent, et challenge Onisep « Pitch ton usine extra ! »

o Début des illuminations de façade

o Projection d’un « mapping vidéo » sur le Grand Palais, en lumière et en couleurs, ode aux révolutions industrielles et leurs figures de proue

  • Vendredi 23 novembre

o 11h10 / Agora Connecter : « Les Deeptechs au service de l’industrie » en présence de Thomas Neveu et Stanislas Borowski (Daher).

o 11h30 / Agora Partager : « L’œil et la 3D » en présence de Gilles Wackenheim (Edixia Automation)

o 16h10 / Dôme : « Comment inventer une usine plus propre ? » avec Alexis Gazzo (EY), Bruno Bellamy (Dalkia), Frédéric Coirier (Groupe Poujoulat), Antoine De Saint Amand (EDF)

o 17h10 / Dôme : « Homme et Machine : qui mène la danse ? » avec Grégory Martin (CFDT), Yves Gelon (Stäubli), Bénédicte Blot (Biomérieux), Cyril Jacquelin (CETIM), Vincent Hingot (Sanofi Pasteur)

  • Samedi 24 novembre

o 11h30 / Agora Fabriquer : « Mon métier, mon avenir : le top 10 des métiers dans l’industrie de l’efficacité énergétique » en présence de Stéphane Randretsa, Directeur des Ressources Humaines de ENGIE France B2B.

o 12h00 / Dôme : « Quelle égalité des chances dans l’industrie ? » en présence de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, Alain Roumilhac, Vice-Président de FACE et Aline Aubertin, Présidente de Femmes Ingénieurs

o Après-midi / Sous la nef : performance musicale inédite avec l’artiste Jacques. Un mix électro créé en live à partir de sons collectés dans les usines EDF

o 19h / Dôme : soirée TCHATCHE, par The Boson Project et Yellow Lab / La Poste. Un show oratoire d’un nouveau genre aux confins de l’université populaire, du catch, du cirque et du concours d’éloquence. Des intellectuels de tous bords s’affrontent sur un ring pour questionner des sujets chauds de société : le futur de la condition ouvrière et l’usine de demain. Des happenings, du son, un public chauffé à blanc, des DJs et un jury façon The Voice.

  • Dimanche 25 novembre

o 10h50 / Agora Inventer : « Démonstration de lunettes connectées » en présence de Didier Rubert, responsable activités de sites et innovation, Groupe EDF.

o 13h50 / Dôme : Regards croisés sur le thème « L’Industrie haute voltige »… ou quand l’usine rencontre le monde de la performance sportive.

o 12h50, 14h et 15h45 : « Robot Party », un show robotisé présenté par les étudiants de l’IUT de Cachan.

Plastiques : les collectivités entre doutes et rentabilité

« Les élus sont préoccupés et inquiets », explique Sylviane Oberle, responsable prévention des pollutions à l’association des maires de France, à l’occasion d’un débat organisé avec le magazine Valeurs Vertes le 5 novembre dernier. Ces derniers mois, de nombreux débats concernent le plastique ainsi que ses impacts sanitaires et environnementaux, en France et en Europe. L’interdiction des plastiques dans les cantines scolaires a fait douter les élus. «  L’interdiction a été le résultat d’un débat parlementaire extrêmement bref, avec une absence d’arguments et de propositions sur les solutions de remplacement et les coûts », estime Sylviane Oberle. Si les migrations, la pollution et les risques de disséminer toutes sortes de pollution inquiètent les élus, ils sont rapidement rattrapés par les réalités économiques.

Protéger la rentabilité des centres de tri

Jean-Yves Menou, président du SMITRED (syndicat mixte pour le tri, le recyclage et l’élimination des déchets) Ouest Armor s’interroge sur le recyclage des plastiques. Sa peur est de voir les efforts des 20 dernières années anéantis, alors que le syndicat aurait atteint un taux de collecte sélective de 80 %, bien supérieur à la moyenne nationale. « Nous sommes allés très loin sur la collecte sélective en disant à nos concitoyens qu’il s’agissait là d’un geste vertueux, rappelle-t-il. Désormais, on nous dit en quelque sorte qu’il faut abandonner tout ce que l’on a fait hier, parce que le plastique devient dangereux ».

La bouteille en plastique sera certainement la prochaine à être remise en cause. Tout responsable de centre de tri et recycleur redoute ce moment. En effet, les bouteilles sont collectées à hauteur de 56 %, contre 25 % en moyenne pour les plastiques. Les procédés sont bien définis et participent à l’équilibre économique des centres de tri. Les collectivités craignent que les investissements consentis pour la modernisation des centres de tri soient difficilement rentabilisés si la consigne devait revenir au goût du jour, et avec de plus en plus d’interdictions à venir. Jean-Yves Menou appelle donc à la protection des centres de tri. « Il faut réduire les plastiques à usage unique autant que faire se peut, mais à chaque fois, il ne faut pas que l’on remette en cause nos outils, nos centres de tri, les gestes passés aux citoyens. »

Quelles sont les interdictions en question ?

Il y avait l’interdiction de la vaisselle plastique et des cotons-tiges en France d’ici 2020. La Commission européenne prévoit des mesures d’interdiction ou de restriction pour dix objets à usage unique supplémentaires d’ici 2022. En octobre 2018, la loi Egalim a élargi les interdictions à venir en France. Elle prévoit également l’interdiction, au 1er janvier 2020, des « pailles, couverts, piques à steak, couvercles à verre jetables, plateaux-repas, pots à glace, saladiers, boîtes et bâtonnets mélangeurs pour boissons » en plastique, sauf ceux compostables en compostage domestique, et constitués, pour tout ou partie, de matières biosourcées. Par ailleurs, les cantines scolaires ne devront plus utiliser des bouteilles d’eau plate en plastique d’ici au 1er janvier 2020. Des exceptions sont prévues pour les « territoires non desservis par un réseau d’eau potable ou lorsqu’une restriction de l’eau destinée à la consommation humaine pour les usages alimentaires est prononcée par le représentant de l’état dans le département. »

Plus largement, les services de restauration collective des établissements scolaires et universitaires ainsi que des établissements d’accueil des enfants de moins de six ans ne pourront plus utiliser de vaisselle en plastique ni des contenants alimentaires pour cuire ou réchauffer les aliments, au plus tard le 1er janvier 2025. Un sursis jusqu’en 2028 est accordé aux collectivités territoriales de moins de 2 000 habitants.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Le marc de raisin fait rouler les autocars

Un autocar d’une soixantaine de places, biocarburant au marc de raisin, sera testé durant un mois par la Région Nouvelle-Aquitaine, la Régie régionale des transports landais et la SPL Trans-Landes sur la ligne Dax – Mont-de-Marsan. Fabriqué par Scania, le bioéthanol avancé est produit par Raisinor France en Nouvelle-Aquitaine.

Avec une flotte véhicules de 250 autocars et autobus, la Régie et la SPL testent des carburants alternatifs. Deux expérimentations ont déjà été menées : en novembre 2017, un car alimenté avec de l’ED95 circulait déjà entre Bordeaux et Blaye ; en avril 2018, un car électrique reliait La Rochelle à l’île de Ré. Selon les orientations stratégiques retenues à l’issue des phases expérimentales, dès 2020, le plan de renouvellement de la flotte intégrera l’achat de véhicules équipés pour l’ED95, le BioGNV ou des bus à batteries.

Un carburant renouvelable

L’E85 est une essence contenant jusqu’à 85% de bioéthanol. L’ED95 va encore plus loin. Il s’agit d’un biocarburant composé à 95 % de bioéthanol et de 5 % d’additif non pétrolier, homologué en France en 2016. La différence ? Ici, le bioéthanol ne provient pas de la canne à sucre ou de la betterave sucrière, mais de la distillation de résidus de viniques. En clair, il s’agit de marcs de raisin, de lies de vin, donc de peaux et de pépins de raisins. Ce biocarburant avancé valorise, dès lors, un déchet agricole qui n’avait jusqu’ici pas de débouchés économiques. Il ne concurrence donc pas les productions alimentaires.

L’analyse de cycle de vie de ce carburant a été mené dès 2013. L’indicateur rendant compte du changement climatique permet d’évaluer les gaz à effet de serre émis lors du procédé de transformation, mais également lors de la fabrication des intrants de procédé (gaz naturel, électricité, intrants, etc.). Selon cet indicateur, utiliser le carburant ED95 permet une réduction de 85 % des émissions de gaz à effet de serre et de 50 % d’oxydes d’azote (Nox) en comparaison du diesel conventionnel. La différence d’émissions s’explique par le fait que les deux carburants émettent du CO2 comptabilisé différemment. Pour l’ED95, le CO2 est dit « biogénique », c’est-à-dire issu du végétal et n’est pas comptabilisé dans l’indicateur de changement climatique. En revanche, pour le diesel fossile, le CO2 est d’origine fossile et est comptabilisé.

Un produit local, aux avantages fiscaux

Le bioéthanol est ici un produit local. Produit par la société coopérative Raisinor France, le marc de raisin est collecté sur des rayons de 50 à 200 km autour des distilleries. De plus l’usine est ici proche de la ligne de cars concernée. Toutefois, si l’E85 est déjà distribué dans plus de 1 000 stations en France, l’ED95 est pour le moment réservé uniquement aux entreprises de transport possédant leur cuve de carburant. Les capacités de production situées entre 25 000 et 30 000 m3 par an ne pourront alimenter que de 1 500 à 2 000 véhicules.

Il faut rappeler qu’un bus roulant au bioéthanol consomme entre 10 % et 60 % de carburant en plus qu’un bus classique. Toutefois, L’ED95 est peu coûteux à produire et a obtenu les avantages fiscaux liés aux carburants renouvelables. « Nous garantissons un tarif de 0,85 euro par litre au moins sur les cinq prochaines années », a affirmé Jérôme Budua, le directeur général de Raisinor France, à l’AFP. Dans ces conditions, il reste attractif pour les collectivités gestionnaires des transports publics et les compagnies de transport, dans le contexte de hausse de prix des carburants.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les énergies renouvelables variables ne perturbent pas le réseau électrique allemand

«La transition énergétique et la part croissante de la capacité de production décentralisée continuent à n’avoir aucun impact négatif sur la qualité de l’offre», a déclaré l’agence BNetzA dans un communiqué de presse récent. En réalité, selon cette agence, l’augmentation du nombre de phénomènes météorologiques extrêmes tels que tempêtes, inondations et neige a prolongé la durée moyenne de la panne de courant en Allemagne. Il s’agit donc d’une cause qui n’a rien à voir avec le solaire ou l’éolien. L’interruption moyenne par consommateur d’énergie est passée de 12,8 minutes en 2016 à 15,14 minutes en 2017.  En 2006, elle était de 21,53 minutes, pour tomber à 15,91 minutes en 2012.

Alors qu’il y a une décennie nombreux sont ceux qui pensaient qu’il était impossible de dépasser 5% d’électricité provenant des énergies renouvelables variables (solaire et éolien) dans un mix électrique, un nombre croissant de pays, de l’Uruguay au Danemark, a depuis démontré concrètement que leurs croyances étaient fausses.

Comme l’a rapporté le média spécialisé RenewEconomy, selon un rapport du Conseil Européen des Régulateurs de l’Energie (CEER), la Suisse a le réseau électrique le plus stable d’Europe. L’Allemagne est deuxième et le Danemark troisième, ceci alors que ces deux pays ont fortement développé solaire et éolien. La France, où l’électricité est très majoritairement produite à partir du nucléaire, est 8ème au classement, derrière le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Autriche et la Grande-Bretagne. Et presque à égalité avec l’Espagne, autre pays européen qui a fortement développé l’éolien et le solaire. La Roumanie et la Pologne, pays où l’électricité provient essentiellement du charbon, sont dernières au classement.

Dans un monde devenu de plus en plus hostile, y compris de la part des USA dont le président Donald Trump a rappelé que les Français étaient en train d’apprendre la langue allemande avant que les Américains n’interviennent durant la seconde guerre mondiale, la France veut construire une grande armée européenne avec l’Allemagne. Harmoniser les sanglots longs des violons sur le plan énergétique serait probablement un préalable bienvenu.  C’est le 18 octobre 1945 que le Général De Gaulle a crée le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

O.D

Le futur des amortisseurs passera par les métamatériaux

Dans un article paru dans les Scientific Reports de Nature, des chercheurs de l’université de Californie (Irvine – USA), de l’université John Hopkins (Baltimore – USA)  et de l’université du Surrey (Guildford – Royaume-Uni) présentent un métamatériau métallique qui allie la rigidité des métaux ou des céramiques aux capacités d’amortissement du caoutchouc. Cette dernière propriété provient de la structure 3D du tissage. Cette classe de métamatériau d’amortissement peut potentiellement être utilisée dans de très nombreuses applications qui nécessitent une atténuation des vibrations haute fréquence et qui sont sensibles au poids, à commencer par tous les moyens de transports.

Comment ça marche ?

Dans ce matériau, le métal est tissé de manière orthogonale avec des fils de chaîne et des fils de trame, auxquels viennent se rajouter des fils en Z qui entourent les derniers fils de trame supérieurs et inférieurs, puis qui courent dans l’épaisseur pour relier l’ensemble. Des joints de brasage sont ensuite ajoutés, mais seulement à certains endroits choisis du treillis, laissant ainsi « flottants » les autres contacts entre fils métalliques. Cette liberté de mouvement confère à la structure une capacité d’amortissement comparable à celles des polymères en termes de coefficient d’amortissement, mais ces matériaux – contrairement aux polymères – restent poreux et peuvent supporter une température maximale d’utilisation beaucoup plus élevée.

Schémas issus de l’article de Nature qui est en accès libre. (Crédit Nature)
(a) Le matériau 3D tissé est composé d’un fil de chaîne (rouge), d’un fil de trame (bleu) et de fils en Z (vert) (b) les points jaunes indiquent les joints de brasage (c) Coupe transversale du réseau tissé laissant apparaître le squelette rigide représentée par la partie brasée en haut et en bas et des éléments flottants au sein de la structure. (d) image en MEB (microscopie électronique à balayage) d’une face brasée confirmant les liens métallurgiques qui se sont créés dans la structure en treillis.

L’essor des métamatériaux phoniques et mécaniques

Cette recherche illustre de nouveau le dynamisme autour des métamatériaux, dont l’étude a commencé avec des métamatériaux électromagnétiques pour la photonique et qui se développent maintenant dans les domaines de la transmission des sons et des vibrations (lutte antisismique par exemple), ainsi que de répartition et maîtrise des forces mécaniques, à l’image de ces travaux sur un métamatériau transformant une force de pression rectiligne en torsion , ou ceux sur le stockage de l’énergie dans des matériaux auxétiques.

Sophie Hoguin

Forte diminution des investissements pour protéger l’environnement

Chute de 17 % des investissements et augmentation de 5 % des dépenses d’études

L’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) révèle que la somme dépensée dans le cadre des investissements et des études pour la protection de l’environnement, par les entreprises employant 20 salariés ou plus, a baissé de 13 % en 2016 par rapport à 2015, atteignant un montant de 1,4 milliard d’euros. Les investissements et les dépenses sont par ailleurs plus nombreux dans les entreprises qui comptent 500 salariés ou plus, puisque 86 % d’entre elles se sont engagées dans des contributions antipollution, contre 25 % des entreprises de 20 à 49 salariés.

Les investissements des établissements industriels employant 20 salariés ou plus constituent l’essentiel de la dépense (80 %) à hauteur de 1,1 milliard d’euros, soit un recul de 17 % par rapport à 2015. Ce chiffre illustre une nette accélération de la baisse puisque le recul n’était que de 2 % en 2015 et de 3 % en 2014 d’après l’INSEE. En revanche, les dépenses pour les études liées aux enjeux environnementaux sont en hausse de 5 % en 2016 par rapport à 2015, avec un montant qui s’établit à près de 300 millions d’euros.

40 % des investissements pour protéger l’air ou le climat

Les sommes destinées aux investissements et aux études sont plus élevées dans les secteurs susceptibles d’avoir les activités les plus polluantes. Ainsi, quatre secteurs français se distinguent et concentrent 69 % des dépenses et des investissements pour protéger l’environnement : l’énergie, qui arrive en tête avec 397 millions d’euros (et qui finance à lui seul 50% des dépenses d’études), la chimie, qui a dépensé 219 millions d’euros, l’agroalimentaire avec un montant de 206 millions d’euros et enfin, la métallurgie qui a investi 133 millions d’euros.

Dans le détail des types d’investissements par domaine, l’INSEE précise qu’en 2016, 40 % des investissements antipollution ont visé la préservation de la qualité de l’air, premier poste de dépenses avec 447 millions d’euros investis en 2016 (288 millions d’euros pour éviter ou limiter les effets de l’activité sur la qualité de l’air et 159 millions d’euros pour réduire les émissions de gaz à effet de serre). Ces investissements sont réalisés dans le cadre de la loi de transition énergétique de 2015 qui vise une diminution de 40 % des émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Les autres dépenses importantes concernent le traitement des eaux usées (197 millions d’euros), des déchets (145 millions d’euros), la protection et la dépollution des sols (123 millions d’euros). L’INSEE précise que 46 % des dépenses étaient destinées au prétraitement, au traitement ou à l’élimination de la pollution, tandis que 40 % étaient dédiées à la prévention des pollutions.

Par ailleurs, en 2016, les entreprises ont consacré 2,9 milliards de dépenses courantes en faveur de l’environnement, soit une baisse de 12 % par rapport à 2013. Au sein de ces dépenses courantes, près de 50 % correspondent au paiement de redevances, de cotisations et de taxes., et 61 % de ces paiements étant dédiés à la récupération et au traitement des déchets.

Aliye Karasu

High-Tech : les fatalités et craintes du Gartner

Automatisation d’objets de plus en plus interconnectés, amélioration du développement des logiciels grâce à l’intelligence artificielle, expérience immersive avec la réalité virtuelle, augmentée et mixte, analyse des données grâce au machine learning…

Voici quelques-unes des tendances majeures repérées par Gartner et présentées à son Symposium Itxpo d’Orlando. Mais d’autres pourraient avoir un impact plus profond et durable.

Cyber-intimidation : multiplication des procès

Le harcèlement et la discrimination sur le lieu de travail font régulièrement la une des médias ces deux dernières années. Gartner prévoit que d’ici 2019, les poursuites fédérales aux États-Unis liées au harcèlement au travail augmenteront de 44 % par rapport à 2017. Un plus grand nombre d’organisations feront donc signer à leurs employés un contrat afin de s’assurer qu’ils ne se livrent pas à la cyber-intimidation et de prévenir les actions qui auraient un impact négatif sur leur réputation.

D’ici 2023, un quart des entreprises high-tech appliqueront de telles procédures. Mais selon le cabinet, 70 % de ces initiatives échoueront, car beaucoup d’entre elles ne s’accompagneront pas d’un changement de culture.

Vie privée et réseaux sociaux : explosion des fuites

Comme Forrester, Gartner affirme que jusqu’en 2021, les scandales concernant les réseaux sociaux et les fuites de données (et de façon générale, les attaques informatiques) auront très peu d’effets négatifs sur l’engagement des consommateurs et des internautes.

Gartner cite le cas de Facebook et de ses récents scandales dont le principal concerne Cambridge Analytica. En mars dernier, des enquêtes du Guardian et du New York Times avaient révélé que le réseau social avait laissé les données de 87 millions de ses utilisateurs se faire indirectement aspirer par SCL, maison-mère de Cambridge Analytica, une entreprise britannique spécialisée dans l’influence politique et proche de Donald Trump.

Principale conséquence, le 25 octobre, le gendarme britannique des données personnelles a condamné le réseau social à une amende de 565 000 d’euros, pour « infractions sérieuses à la loi sur la protection des données ». Mais selon le cabinet d’analystes, cette affaire et les autres scandales qui touchent Facebook ont peu d’impact sur ses résultats financiers. « L’une des principales raisons est le manque de choix et de concurrence », explique un expert du Gartner.

 Blockchain et insécurité

« Les entreprises qui mettent en œuvre de tels systèmes sans maîtriser, dès la conception, les problématiques liées à la confidentialité des données courent le risque de stocker des données personnelles qui ne peuvent être supprimées sans compromettre l’intégrité de la chaîne », explique Gartner. Ces mêmes entreprises courent aussi le risque d’être sanctionnées pour non-respect du RGPD. Le Règlement général sur la protection des données précise en effet que toute entreprise doit mettre en place des procédures de sécurité dès l’ébauche d’un projet. C’est le principe dit « privacy by design ».

Philippe Richard

Un matériau propose une conductivité thermique réversible intégrable aux textiles

En s’inspirant des anneaux du calmar, des chercheurs en mécanique et en ingénierie des matériaux de l’université de Virginie, en collaboration avec des équipes de Penn State (université de Pennsylvanie), de l’université du Maryland et du National Institute of Standards and Technology, ont mis au point un biopolymère capable de réguler de manière dynamique ses propriétés thermiques : il peut en effet basculer de l’isolation au refroidissement en fonction de la quantité d’eau présente.

Leurs travaux, publiés dans Nature Nanotechnology innovent dans le sens où le facteur entre la conductivité thermique en position « ON » et en position « OFF » est de l’ordre de 4, ce qui représente un ratio au moins trois fois supérieur à ce que l’on sait faire aujourd’hui. Les applications les plus évidentes concernent l’industrie textile. On pourrait ainsi facilement imaginer des vêtements qui laissent sortir la chaleur quand le porteur transpire et qui la bloquent quand l’humidité redescend – donc après l’effort.

Une conductivité programmable

Le biopolymère de base provient des dents ou crochets tranchants qui ornent les anneaux des ventouses de certaines espèces de calmars. Les biopolymères de ces calmars présentent une structure qui se répète en tandem. Des recherches précédentes avaient montré qu’en faisant varier des paramètres de la structure de ce matériau via des séquences d’ADN synthétisées spécialement, on pouvait changer les caractéristiques mécaniques de ces biopolymères. Cette fois, les scientifiques ont orienté leurs recherches sur leur conductivité thermique. Ils ont découvert que cette conductivité variait en fonction de l’hydratation et que celle-ci pouvait servir d’interrupteur On/Off. Ainsi, la conductivité pouvait être prédite et programmée via les changements de structure du biopolymère.

Outre les applications textiles, d’autres applications sont envisageables comme « un recyclage plus efficace de la chaleur perdue pour produire de l’électricité », précise les chercheurs dans leur communiqué de l’université de Virginie, évoquant aussi de nouvelles voies pour la production d’énergie éolienne et hydroélectrique. En outre, soulignent-ils, ces biopolymères peuvent être soit extraits des calmars, soit synthétisés à partir de ressources biologiques renouvelables. Les découvertes relatives aux propriétés des protéines des calmars ont été réalisées grâce à l’imagerie neutronique (faisceau de neutrons). L’un des chercheurs, Madhusudan Tyagi, pense que « ces travaux vont changer la manière dont on étudie les propriétés thermiques de la matière molle comme les protéines et les polymères » et que l’imagerie neutronique permettra des avancées dans ce domaine.

Sophie Hoguin

Logiciels : les éditeurs français, des champions de la croissance

L’écosystème français des éditeurs de logiciels est dynamique. Il affiche une nouvelle fois une croissance à deux chiffres, avec 12 % enregistrés sur 2017. Mieux, les entreprises de moins de 5 millions d’euros de chiffres d’affaires enregistrent près de 50 % de croissance sur deux ans.

C’est le premier constat du dernier baromètre Top 250 de Syntec Numérique et EY. Réalisé auprès de 341 éditeurs français de logiciels, il dresse un panorama précis de cet écosystème qui a généré un chiffre d’affaires cumulé de 15 milliards d’euros. Cette croissance est tirée notamment par les éditeurs sectoriels (193 éditeurs parmi lesquels deux poids lourds, Dassault Systèmes et Criteo) et par les éditeurs « particuliers et jeux vidéo » (+28 % de croissance entre 2015 et 2017).

« Nous assistons à l’émergence progressive d’acteurs capables de franchir les paliers de 10 et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, en s’appuyant notamment sur des financements externes significatifs, des investissements R&D massifs et une stratégie marquée de développement à l’international », constate Jean-Christophe Pernet, Associé EY.

Résultat, entre 2015 et 2017, les effectifs totaux ont augmenté de 16 % sur l’ensemble du panel, soit près de 25 000 emplois créés en deux ans, dont près de 10 000 emplois chez les pure players.

Le SaaS et la transformation numérique

Cette consolidation du secteur s’explique aussi par le fait que la moitié (57 %) des éditeurs de logiciels français âgés de moins de huit ans dégagent un bénéfice d’exploitation en 2017. Cela démontre leur capacité à créer des modèles économiques viables, ce qui rassure certainement le secteur de la banque/assurance qui occupe la première place (l’industrie et le secteur public, respectivement sur la seconde et troisième marche de ce podium) des secteurs d’activité des clients des éditeurs de logiciels.

Autre fait marquant, la croissance du SaaS (Software as a Service). Ainsi la part du chiffre d’affaires de ce panel réalisée en SaaS atteint 31 % en 2017 contre 26 % en 2015. En entamant leur transformation numérique, de nombreuses entreprises migrent en effet une partie de leur Système d’information (SI) dans le Cloud en souscrivant à des abonnements plutôt que d’acheter des licences perpétuelles. Principale motivation : plus de flexibilité dans la gestion du parc informatique afin de répondre précisément à l’évolution de leur activité.

Dernier constat majeur : l’internationalisation. La part du chiffre d’affaires réalisée à l’international progresse de manière relativement linéaire selon la taille des sociétés : de 15 % chez les plus petits éditeurs (moins de 5 millions d’euros) à 59 % chez les plus gros acteurs (plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires).

Mais attention à ne pas tomber dans trop de triomphalisme sur la conquête du monde. L’Hexagone reste pour bon nombre d’éditeurs de logiciels le principal moteur de la croissance.

Philippe Richard

Un engagement mondial contre la pollution plastique

L’Engagement Mondial de la Nouvelle Economie des Plastique entend mettre en mouvement des acteurs de tous horizons pour éliminer la pollution plastique à sa source. Il est d’ores et déjà signé par 290 organismes, dont les plus grandes entreprises du marché de l’emballage, des producteurs de plastiques, des industries de collecte et recyclage, des entreprises de biens de consommation et des investisseurs, des villes et gouvernements.

Qui signe cet engagement ?

Les 72 entreprises signataires représentent à elles seules 20 % du marché mondial des emballages plastiques. On retrouve des noms bien connus, parmi marques utilisant le plus de plastiques : Coca-Cola, Colgate-Palmolive, Danone, Johnson & Johnson, Mars, Nestlé, PepsiCo, et Unilever.

Les gouvernements de France, du Chili, de l’Écosse et du Royaume-Uni et les ministères de l’environnement de la Nouvelle-Zélande, du Pérou, du Portugal et de la République des Seychelles rejoignent cet engagement. Plus de dix institutions financières y souscrivent également et plus de 200 millions de dollars ont été alloués par cinq fonds de capital-risque pour créer une économie circulaire du plastique.

À quoi s’engagent les signataires ?

Dans le cadre de cette nouvelle alliance mondiale, les engagements des organismes signataires reposent sur trois objectifs : éliminer, innover et circuler. Ils s’engagent ainsi à éliminer tous les emballages plastiques problématiques ou inutiles grâce à de nouveaux modèles de distribution et l’éco-conception. Les marques devront innover pour que tous les emballages plastiques commercialisés soient réutilisés, recyclés ou compostés, facilement et sans danger, d’ici 2025. Elles s’engagent à augmenter de manière significative la part de plastiques réutilisés et recyclés dans de nouveaux emballages ou produits.

Les organismes signataires s’engagent par ailleurs à découpler la production des plastiques de la consommation de ressources finies. Enfin, il s’agit que tous les emballages plastiques soient exempts de produits chimiques dangereux. Les objectifs seront réévalués tous les 18 mois et les entreprises s’engagent à publier les résultats obtenus autour de ces différents points chaque année.

Ces engagements sont-ils sincères ou relèvent-ils du greenwashing ? Dans un rapport récent, Greenpeace Canada révèle que les grandes entreprises, comme Coca-Cola, Colgate-Palmolive, Danone, Johnson & Johnson, Mars, Nestlé, PepsiCo et Unilever, n’ont aucun objectif chiffré de réduction ou d’élimination progressive du plastique jetable. Ils n’ont pas plus de stratégie visant à créer de nouveaux modèles de distribution ou de livraison. Ces entreprises se focalisent sur des objectifs de recyclage ou d’incorporation de matières recyclées dans leurs produits à moyen-terme, d’ici 2025. De quoi douter de la sincérité de leurs nouveaux engagements.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Le Bitcoin : un coût énergétique excessif ?

Des chercheurs de l’Oak Ridge Institute de Cincinnati (Ohio) ont comparé le coût énergétique pour fabriquer un dollar des quatre principales cryptomonnaies à celui nécessaire pour extraire un dollar de différents métaux précieux.

Publiée dans la revue Nature Sustainability, leur étude estime que le minage du Bitcoin, de l’Ethereum, du Litecoin et du Monero nécessite en moyenne et respectivement 17, 7, 7 et 14 MJ (mégajoules) pour produire un dollar. Leur étude relève aussi que le coût de l’extraction conventionnelle de l’aluminium pour générer la même somme est encore plus important : 122 MJ.

Ce n’est pas la première étude à pointer du doigt les coûts du Bitcoin et autres monnaies virtuelles. En novembre 2017, une estimation avançait que la consommation d’électricité du réseau Bitcoin était équivalente à celle de l’Irlande. Une autre étude affirmait qu’il produisait par an autant d’émissions de carbone qu’un million de vols transatlantiques.

C’est le minage qui serait la cause de cette consommation démentielle. Les bitcoins sont en effet générés par un algorithme et des « mineurs ». Il s’agit de particuliers ou d’entreprises qui prêtent de la puissance de calcul de leurs ordinateurs pour valider les transactions.

Pour ce service, ils touchent des bitcoins en récompense. À moins de disposer de nombreux ordinateurs, les internautes ne peuvent espérer gagner un kopeck ! Ainsi, ce service n’est plus rentable pour eux, car ils doivent faire face à des coopératives ou des entreprises qui s’appuient sur d’importantes capacités de calcul (Cloud mining).

 Le Bitcoin, responsable du réchauffement ?

Les récompenses peuvent être virtuelles, mais le coût de l’énergie est très réel. Cependant, quelle est la consommation énergétique du Bitcoin ? Il est difficile de procéder à des évaluations précises car il n’existe pas de traçabilité du registre des mineurs donc pas de dénombrement précis, de la typologie de leur équipement, de leur emplacement géographique…

Malgré ces inconnues, les scientifiques de l’Oak Ridge Institute ont cherché un angle original en examinant le « minage » d’un point de vue du coût de l’énergie par dollar.

Pour tenir compte des fluctuations des cours des cryptomonnaies, et donc de l’effort consacré par les mineurs, les chercheurs ont utilisé une médiane de toutes les valeurs entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin dernier. Ils ont également tenu compte de leur dispersion géographique, ce qui peut être surprenant puisqu’il n’y a pas un « cadastre » précis et exhaustif des mineurs…

Les chercheurs ont notamment constaté que les émissions de carbone provenant du minage vont de 3 à 15 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans le monde. « N’importe quelle cryptomonnaie extraite en Chine générerait quatre fois plus de CO2 qu’au Canada », indiquent-ils.

Les émissions de carbone sont également pointées du doigt par des chercheurs de l’université d’Hawaï à Mānoa qui ont publié un article  dans Nature Climate Change. Selon eux, l’émission et les échanges de Bitcoins pourraient produire suffisamment de CO2 pour faire passer le réchauffement au-dessus de la barre des 2 °C.

Ces comparaisons sont-elles pertinentes ? Plusieurs experts connaissant bien la problématique des cryptomonnaies optent plutôt pour une comparaison avec des systèmes traditionnels couvrant le même service, par exemple entre le coût du Bitcoin et celui des transactions bancaires Visa. Plusieurs études comparatives ont été réalisées.

Pour le Bitcoin, la consommation énergétique par transaction s’échelonne entre 100 kWh et 634 kWh par transaction. La consommation énergétique serait autour de 169 kWh pour 100 000 transactions VISA. Mais ce calcul n’intègre pas l’ensemble des coûts énergétiques du système Visa (automates, serveurs…).

De son côté, Katrina Kelly-Pitou, chercheuse en Ingénierie électrique et informatique à l’Université de Pittsburgh, rappelle que « les banques consomment environ 100 térawatts d’électricité par an ».

Philippe Richard

Impression 3D plastique : l’aérospatial et le médical s’emparent des polycétones

Les plastiques sont sans conteste les matériaux les plus matures et les plus couramment utilisés en impression 3D. Leur utilisation a largement dépassé l’unique objectif du prototypage et les fabrications en série se focalisent maintenant sur des produits à haute valeur ajoutée, grâce aux développements de matériaux à hautes performances, aux premiers rangs desquels on retrouve la famille des polyaryléthercétones (PAEK). Ces thermoplastiques, développés depuis les années 1980, sont en train de voir leurs applications se multiplier dans des secteurs de pointe comme l’aéronautique, le spatial et le médical grâce à l’arrivée de l’impression 3D. Il faut dire que passé leurs spécificités de mise en œuvre et leur prix, ils présentent des propriétés vraiment attractives pour ces secteurs.

Des propriétés de l’extrême

Les deux PAEK les plus en vogue sont les PEEK et les PEKK, respectivement polyétheréther cétone et polyéther cétone cétone. Ils présentent tous deux des propriétés exceptionnelles : résistance aux températures élevées (260°C), forte résistance à la traction et aux déformations, résistance à l’abrasion et à la plupart des attaques chimiques, isolant et dissipant des charges électrostatiques, autoextinguible, biocompatible et stérilisable.

Certains fabricants en proposent même des versions améliorées avec par exemple l’intégration de fibres de carbone permettant d’augmenter encore les propriétés mécaniques. Ces composés ne sont pas amorphes comme la plupart des thermoplastiques, ils sont semi-cristallins ; une partie de leur masse cristallise en effet lors de la fabrication et c’est ce qui leur confère leurs propriétés si particulières.

Dans le domaine médical, leur structure est très proche des os humains ; les implants ostéoarticulaires montrent pour le moment des guérisons plus rapides et des complications diminuées.
Leurs propriétés mécaniques sont encore meilleures que l’Ultem™ (famille des polyétherimides), la référence la plus répandue parmi les plastiques à haute performance. Cependant, ce dernier présente pour le moment l’avantage d’un prix bien moindre.

Une mise en œuvre particulière

Ces thermoplastiques ont la particularité de nécessiter une impression à haute température, ce qui les rend plus difficiles à mettre en œuvre que les simples PLA. En outre, lors de l’impression, une partie de la masse cristallise ; le matériau change alors de densité puis se contracte au refroidissement. Ces changements induisent beaucoup plus de difficultés pour bien maîtriser le processus de fabrication. La mise en forme 3D se fait pour le moment via deux procédés : soit par dépôt de fil fondu (FDM – fused deposition modeling), soit par SLS (selective laser sintering – c’est-à-dire un frittage de poudre couche par couche sous la puissance d’un laser).

La différence entre le PEKK et le PEEK tient notamment au fait que le deuxième est uniquement semi-cristallin alors que le premier est amorphe et semi-cristallin. Sa mise en œuvre est un peu plus simple car on peut le modeler comme un matériau amorphe et le cristalliser pour lui donner ses propriétés de résistances par une cuisson secondaire.

Un marché qui se structure

Ces derniers mois, de nombreux partenariats industriels et de recherches, ainsi que des pièces marquantes, ont fait parler des PAEK. Les fabricants d’imprimantes se lient avec les fournisseurs de matières premières et les industriels pour développer des solutions clés en mains, tels qu’Arkema avec EOS pour la mise en œuvre de poudres de son PEKK Keptstan par exemple. Citons encore l’annonce, en avril 2018, par 3D Stratasys que son PEKK Antero™ 800NA allait permettre, en partenariat avec la société d’ingénierie Phoenix Analysis and Design Technologies (PADT) et Lockheed Martin, de fournir une centaine de pièce imprimées en 3D pour le premier module de mission lunaire Orion de la Nasa.

De leur côté, les grands acteurs de la chimie ont commencé à investir massivement dans la production. Ainsi, Arkema prévoyait pour 2018 le doublement de sa capacité de production de PEKK en France ainsi que l’installation d’une unité de production aux Etats-Unis et a lancé, en octobre 2018, une nouvelle plate-forme commerciale dédié à la fabrication 3D. Solvay, quant à lui, a aussi lancé en 2018 la construction d’une unité de production de PEKK outre-Atlantique afin de répondre aux demandes du secteur de l’aéronautique et noue des partenariats pour soutenir les industriels. Le géant de la chimie s’est ainsi allié à e-Xstream engineering, développeur du logiciel de simulation de fabrication additive Digimat®, pour qu’il intègre les caractéristiques de son filament PEEK KetaSpire® dans la version 2018 du logiciel.

Sophie Hoguin

Un nouveau robot modifie sa configuration pour déjouer les obstacles

Dans un article publié le 31 octobre par Science Robotics, des chercheurs des universités de Cornell et de Pennsylvanie ont présenté un nouveau robot modulaire auto-reconfigurable (ou MSRR) capable de changer de forme et de réaliser des tâches complexes.

Composé de différents éléments cubiques équipés de roues et connectés les uns aux autres grâce à des aimants électro-permanents, le robot se reconfigure automatiquement et s’adapte à un environnement inconnu. De multiples caméras placées sur un des modules et un petit ordinateur permettent de collecter les données puis un algorithme caractérise l’environnement : plat, escalier, tunnel ou hauteur. Enfin, l’ordinateur modifie la structure des modules via des signaux WiFi et le robot prend différentes formes -scorpion, serpent, voiture ou bras- selon l’environnement et la tâche à réaliser.

Une reconfiguration dure une minute, contre 5 à 15 minutes pour les précédents MSRR. En changeant sa morphologie, le robot est alors capable de se déplacer sur terrain plat, se faufiler dans des espaces étroits, grimper des escaliers ou des terrains pentus et manipuler des objets. Dans la vidéo publiée en fin d’article, le robot doit délivrer un objet dans un bac placé en haut d’un escalier. Il évite d’abord les obstacles sur son passage, avant de préférer sa forme « serpent » pour gravir un escalier.

 

Alexandra Vépierre

Patrick Pouyanné (TOTAL): «un petit pays comme la France n’a pas les moyens de développer deux réseaux (hydrogène et électricité) et de miser sur deux technologies»

Le 25 octobre 2018 se déroulait au sein du Département de mécatronique de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure de Rennes (Ex « Antenne de Bretagne de l’ENS Cachan ») une très riche journée de conférences sur le thème des «Défis de la soutenabilité énergétique» (DSE2018) en l’honneur du Professeur des Universités Bernard Multon, véritable phare breton dans le domaine du rayonnement des connaissances relatives aux énergies renouvelables et à l’électro-mobilité. Les conférences peuvent être visionnées gratuitement depuis la chaîne Youtube de l’ENS Rennes.

Durant la première conférence menée par Cédric Philibert, analyste senior spécialiste des énergies renouvelables au sein de l’Agence Internationale de l’Energie, un message clé a été transmis: si l’Hydrogène a un intérêt immédiat pour des applications industrielles (par exemple pour produire de l’acier ou des engrais), y recourir pour faire rouler les voitures (et même des camions) a peu de sens pour des raisons d’efficacité énergétique et économique. La seconde conférence, animée par Olivier Sidler, co-fondateur de l’association negaWatt, portait précisément sur le thème de l’efficacité énergétique. Tandis que la troisième, celle de Bernard Multon, après avoir montré dans une autre intervention que la voiture à hydrogène a vraiment peu d’intérêt comparativement à la voiture à batterie, proposait un nouvel indice, l’ERoEIsust, le taux de retour énergétique (ERoEI) soutenable (Sust). Enfin une quatrième conférence, animée par Serge Pelissier, directeur du Laboratoire Transports et Environnement (LTE, IFSTTAR) et ancien élève de Bernard Multon, mettait l’accent sur la nécessité d’adopter une approche pluri-disciplinaire.

Le même jour, 25 octobre 2018, avait lieu à huis-clos une réunion très stratégique à l’Elysée. Le président de la République avait réuni les PDGs des principales entreprises françaises impliquées dans le secteur de l’énergie dans la perspective de l’annonce de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie) mi-novembre. Manifestement il y a eu un phénomène de télépathie, de capture de pensées, de résonance entre le cerveau de Cédric Philibert à Rennes et celui de Patrick Pouyanné à Paris, qui est très écouté par Emmanuel Macron. En effet BFM rapporte que «le patron d’Air Liquide, Benoit Pottier, a évidemment vanté les mérites de l’hydrogène pour la mobilité quand celle d’Engie, Isabelle Kocher, préférait le biogaz, avant que le PDG de Total, Patrick Pouyanné ne tente d’élever le débat en précisant qu’un petit pays comme la France n’avait pas les moyens de développer deux réseaux et de miser sur deux technologies. Au mieux, les bus pourraient être alimentés à l’hydrogène et les véhicules des particuliers à l’électricité. Mais lui aussi plaidait pour sa paroisse alors que Total pousse les feux sur l’électricité

Ce n’est pas seulement « plaider pour sa paroisse », et d’ailleurs TOTAL est membre du Conseil de l’Hydrogène (HC). Mais plus fondamentalement d’adopter une approche rationnelle dans la perspective de construire une stratégie énergétique nationale cohérente, reposant sur des équations énergétiques et économiques solides. Avec ses arbres à vents, ses routes solaires et ses vélos à hydrogène la France donne aujourd’hui l’impression d’être un peu perdue, désorientée, ne sachant plus séparer le bon grain de l’ivraie. Une stratégie de diversion ? Ceci pour tenter de masquer un retard massif dans deux domaines hautement stratégiques, celui du photovoltaïque standard et celui des batteries ? La voiture à hydrogène offre la perspective que les emplois dans les motorisations diesel soient convertis en emplois dans la chaîne hydrogène. Tandis que 40% de la chaîne de valeur d’une voiture à batterie est en Asie. Mais la première n’est-elle pas un peu comme la ligne Maginot qui était censée protéger les français de l’invasion ennemie ?

C’est le 12 novembre 2018, lendemain de la célébration par le président de la République dans l’est de la France de la fin de la première guerre mondiale (1914-1918), que seront faîtes «des annonces fortes dans la stratégie énergétique, des décisions structurantes et historiques» a déclaré Emmanuel Macron. La ligne Maginot a été édifiée entre 1928 et 1940. Elle était considérée par les meilleurs experts militaires français comme infranchissable, ils en étaient très fiers. Pendant ce temps-là l’Allemagne nazie a mis en place la Luftwaffe, son armée de l’air. Résultat : il n’a fallu à Adolf Hitler que 6 semaines pour conquérir Paris. «Les politiques, les insiders et les experts qui pensaient que le futur était linéaire, incrémental, juste une extension du passé, ont sous-évalué l’arrivée d’une disruption technologique (l’aviation) et ont fait des choix pour le futur basés sur des notions mainstream du passé, avec des conséquences massives pour l’Europe et le monde pour les générations à venir» analyse le professeur Tony Seba de l’Université Stanford, qui lui aussi explique via ses conférences pourquoi la voiture à hydrogène n’a rien de disruptive et «n’est même pas propre».

Peut-être que grâce aux qualités visionnaires de Patrick Pouyanné et de Carlos Ghosn (champion mondial de la voiture électrique), qui ont notamment le projet de faire construire en Europe dès la première moitié de la décennie 2020 une Giga-Usine de production de batteries solid-state, la France évitera de construire une nouvelle ligne Maginot, version hydrogénée, pour à l’inverse se concentrer sur une technologie véritablement disruptive: la voiture électrique à batterie alimentée en électricité 100% renouvelable. Le groupe Renault a précisément un projet-phare au sud de la Bretagne: libérer Belle-île-en-mer (et sa célèbre citadelle Vauban) du pétrole grâce aux voitures à batteries en autopartage et alimentées par de l’électricité provenant de toitures photovoltaïques, aux batteries stationnaires recyclées et au V2G-G2V (Vehicule-to-grid / Grid-to-Vehicule). Nom de code ? FlexMob’île.

A l’extrême-ouest de la Bretagne, au pied du « phare de la France libre« , une thématique de débat a émergé par la voix de Patrick Saultier, fondateur d’IDSE (Ile De Sein Energies) qui s’interroge sur le bilan écologique des batteries et qui roule au biogaz: «Le gaz n’est-il pas trop négligé pour les transports ? Personnellement, j’ai opté pour une voiture gaz GNV. Il faut en vouloir vu le faible nombre de station. Même si le réseau gaz existe. La production de gaz peut être très intéressante pour les territoires et le développement local je suis souvent content de faire mon plein sur ma route pour l’île de Sein à la station Liger de Locminé (Morbihan) avec du bio gaz… Aller à Sein avec une voiture nucléaire me contrarierait un peu.» Le biogaz n’est-il cependant pas un peu comme l’éthanol que l’on mélange à l’essence, un soupçon de verdeur dans un océan de combustibles fossiles importés et sources de conflits ? A Belle-île-en-mer les voitures électriques rouleront principalement au solaire photovoltaïque. Du micro-éolien serait bienvenu compte-tenu de la parfaite complémentarité des deux ressources à l’échelle saisonnière.

Marc Théry, ingénieur polytechnicien très regretté qui a œuvré dans la perspective que la Communauté de communes du Mené au nord de la Bretagne passe aux 100% Energies Renouvelables, l’avait bien compris: «la planète-Terre, elle aussi, est une île» avait déclaré ce passionné de musique bretonne, de chant grégorien, et inventeur du mot «Energéthique». Le développement soutenable n’est pas seulement à la confluence des sphères environnementale, sociale et économique. Il a aussi une dimension spirituelle qui assure la cohérence des trois autres. En 2009 Nicolas Hulot préfaçait le livre «La Nature, source de spiritualité». Deus sive Natura. «La mer n’est que le véhicule d’une surnaturelle et prodigieuse existence» écrivait Jules-Gabriel Verne dans son roman 20.000 lieues sous les mers. «Les gens hors normes que je rencontre sont souvent des religieux. Je ne crois pas en Dieu, mais il faut admettre qu’ils ont un truc en plus» a remarqué le photographe Yann-Arthus Bertrand, auteur du film Home (Om̐). Bernard Multon, qui a énormément donné pour transmettre à ses étudiants, à ses collègues et aux institutions l’esprit de la soutenabilité, a été présenté par l’ENS Rennes comme fruit du «croisement entre Mère Theresa et l’Abbé Pierre». Est-ce vraiment catholique ?

Communauté du Mené ? La Mana est l’énergie vitale des îles de l’océan Pacifique, l’émanation de la puissance spirituelle du groupe. «Belle-île-en-mer, c’est déjà l’outre-mer» avait confié, le sourire aux lèvres tout en lissant sa moustache druidique, Marc Théry. Awen.

Olivier Daniélo