Pour une sobriété de tous les jours

Les tenants de la sobriété énergétique ont de quoi se réjouir : ce 6 octobre, le Gouvernement français a présenté un plan de mobilisation générale pour consommer moins d’énergie. La hausse des prix du gaz due à la crise géopolitique avec la Russie, les tensions sur l’approvisionnement en carburants et la perte de puissance du parc de production électronucléaire national créent une situation d’urgence à la hauteur du choc pétrolier des années 1970. La sobriété, rejetée encore il y a quelques mois, est ainsi devenue un maître-mot de la politique publique.

Mais quelle sobriété ? Les spécialistes de l’Association négaWatt ont présenté 50 mesures pour réduire la consommation d’énergie de 10 % en deux ans : dans leur analyse, ces actions peuvent et doivent être mises en œuvre tout de suite par le plus grand nombre. Elles s’inscrivent dans une vision de long terme où d’autres mesures de sobriété plus générales (sur les biens de consommation, sur l’alimentation, sur les déplacements) se couplent à des solutions d’efficacité énergétique, à des fiscalités et des réglementations adaptées, à une répartition équitable des efforts, etc. pour que la division par deux des consommations d’énergies d’ici 2050, incontournable pour atteindre la neutralité carbone, soit synonyme de justice sociale. Cet impératif de solidarité dans la sobriété a d’ailleurs encore été rappelé récemment par des chercheurs de l’IDDRI.

Un plan d’urgence sur la base du volontariat

Les dispositions prises par le Gouvernement semblent-elles aller dans le même sens ? La Première ministre Élisabeth Borne a reconnu dans son discours que « peu d’entre nous étaient familiers de ce concept », mais que la sobriété « s’impose comme une nécessité », que « chacun doit agir selon ses moyens » et que « c’est une affaire de collectif ». Elle souhaite que « cette prise de conscience » permette « d’inscrire la réduction de la consommation dans le temps long ». L’État veut être exemplaire et incite entreprises, collectivités et citoyens à faire de même. Mais le positionnement est clair, il n’y aura pas d’obligation : il s’agit de « miser sur la responsabilité collective et non sur la contrainte », a rappelé Élisabeth Borne. En ligne avec la position du président Emmanuel Macron, elle a aussi précisé qu’il faut atteindre « des baisses maximales sans pénaliser l’économie » et qu’être « sobre, ce n’est pas produire moins ». La décroissance attendra.

L’objectif premier est donc « d’éviter les consommations inutiles et de ne pas consommer tous au même moment ». Par cette chasse au gaspillage, le Gouvernement entend en premier lieu passer l’hiver (spécialement les pointes de consommations électriques), mais aussi faire de la sobriété énergétique un « pilier de la planification écologique », « un levier essentiel pour sortir de la dépendance des énergies fossiles », et une manière pour les Français de retrouver du pouvoir d’achat.

Les mesures du plan gouvernemental sont nombreuses et se nourrissent d’engagements pris par plusieurs fédérations professionnelles, organisations syndicales et collectivités. Les 15 principales touchent :

  • Le secteur du bâtiment : respecter la consigne de chauffage de 19°C, décaler la période de chauffe de 15 jours, réduire l’usage voire arrêter l’eau chaude sanitaire dans les bureaux, lorsque c’est possible régler son chauffe-eau à 55°C, inciter au télétravail les agents de l’État (avec une augmentation de 15 % de leur indemnité forfaitaire), regrouper les services publics dans les locaux les mieux adaptés pour réduire le nombre de mètres carrés chauffés, diminuer ou arrêter la ventilation des bureaux en période d’inoccupation.
  • Le secteur du transport : favoriser le covoiturage, inciter les agents de l’État à limiter la vitesse à 110 km/h.
  • Les collectivités : réduire voire éteindre l’éclairage public, réduire le chauffage des équipements sportifs de 2°C, et en lien avec les fédérations sportives, réduire les temps d’éclairage avant et après les matchs.

Un plan de suivi, prévu, mais pas encore bien détaillé, devrait permettre de savoir si les efforts portent leurs fruits.

Quelques mesures de soutien

Pas de contraintes, mais quelques aides vont faciliter certaines actions. Ainsi la prise en charge des frais liés aux services de location de vélo électrique par les employeurs sera élargie à des loueurs privés dès janvier 2023. L’aide à l’installation d’un programmateur sur la chaudière sera maintenue (via le dispositif des certificats d’économies d’énergie). Dans les bâtiments tertiaires, la mise en place d’un système d’automatisation et de contrôle verra son aide multipliée par deux en 2023. Le programme Baisse les Watts de La Poste peut accompagner les TPE/PME à améliorer leur performance énergétique. D’autres soutiens, plutôt de l’ordre de l’efficacité énergétique, vont aussi s’ajouter à l’existant. Ainsi, dans le cadre de MaPrimeRénov’, l’aide pour le remplacement d’une chaudière gaz par une pompe à chaleur en logement individuel ira jusqu’à 9 000 euros, et le raccordement d’un bâtiment de logement collectif à un réseau de chaleur sera aidé afin que le reste à charge soit de 200 euros par logement. Du côté des bâtiments de l’État, un nouveau programme de 150 millions d’euros permettra des travaux d’économies d’énergie rapides. Enfin, les projets de transition écologique des collectivités seront soutenus par un fonds vert qui sera doté de 1,5 milliard d’euros lors de sa création prévue en 2023.

L’engagement des entreprises est également de mise, certaines adhérant même à une charte du plan sobriété. Les fournisseurs de gaz et d’électricité devraient spécialement proposer des offres donnant une prime ou un bonus aux clients maîtrisant leur consommation d’énergie. Les sociétés de services énergétiques, au sein de la Fedene, se sont également engagées à aller voir tous leurs clients pour relayer les écogestes, au premier chef desquels elles considèrent comme prioritaires la consigne de la baisse de chauffage, l’examen des appareils de chauffage, la purge des radiateurs, l’équilibrage et le désembouage des réseaux d’eau chaude.

Convaincre une majorité

Même si beaucoup d’actions de sobriété paraissent des mesures de bon sens, encore faut-il convaincre la population d’agir. Le Gouvernement compte y arriver grâce à une campagne de communication lancée le 10 octobre. Elle va décliner trois messages clés : baisser (le chauffage, la vitesse, etc.), éteindre (l’éclairage public, les veilles des appareils électriques, etc.) et décaler (via un thermostat pour les radiateurs et en évitant les usages des appareils électriques lors des périodes de pointe entre 8h et 13h et entre 18h et 20h).

Il en faudra probablement un peu plus. En effet, le matin même de l’annonce gouvernementale, la Fedene présentait un sondage* : il en ressort qu’un tiers à une moitié des Français disent déjà faire certaines actions (programme éco des appareils électroménagers, baisse de la température la nuit, utiliser les heures creuses de consommation électrique, maintenir la température à 19°C, etc.) et qu’un autre tiers se dit prêt à s’y engager. Ils veulent néanmoins que l’État (à 52 %), les grands magasins (31 %), les grandes entreprises (30 %) et les collectivités (26 %) montrent l’exemple. Mais ils manquent cruellement d’informations ciblées : 81 % disent avoir besoin d’un suivi de consommation et 70 % d’un conseil personnalisé de la part d’un professionnel. À l’heure où 44 % d’entre eux (et 64 % chez les 25-34 ans) ont déjà des difficultés à payer leurs factures et que deux tiers pensent que celles d’énergie vont augmenter fortement, il est temps que le concept de sobriété devienne tangible pour tout le monde.


* étude menée pour la Fedene par Kantar Public auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population, en ligne du 14 au 16 septembre 2022.

Réduire l’impact environnemental des truites d’élevage grâce à un aliment écoresponsable

Les poissons d’élevage et en particulier les espèces carnivores telles que les salmonidés (saumon, truite…) sont nourris avec des aliments qui contiennent de grandes quantités de farine et d’huile de poisson. Ces matières premières couvrent parfaitement leurs besoins, mais présentent l’inconvénient d’être pêchées dans le milieu naturel, et impactent donc les ressources halieutiques. Sous l’effet du développement de l’aquaculture, ces matières font par ailleurs l’objet d’une demande accrue de la part des fabricants d’aliments, alors que la production de farine et d’huile de poisson stagne, car elles sont issues d’espèces soumises à des quotas de pêche. À travers un projet nommé Ecoae, l’Inrae a testé un nouvel aliment écoresponsable sur des truites d’élevage.

« À la genèse de ce projet, il y a aussi le fait que 65 et 90 % de l’impact environnemental du kilogramme d’animal d’élevage, de type monogastrique dont font partie les poissons, et produit sur une ferme provient de l’alimentation, complète Aurélie Wilfart, ingénieure de recherche à l’Inrae et coordinatrice du projet Ecoae. Ce domaine constitue donc un levier important pour réduire son empreinte écologique ».

Pour mener à bien ce travail de recherche, les scientifiques ont repris les résultats d’un précédent projet baptisé Ecoalim. Celui-ci a consisté à développer une base de données dans laquelle l’impact environnemental de chaque matière première utilisée en nutrition animale a été déterminé. Cet impact a été évalué de manière détaillée grâce à une analyse du cycle de vie (ACV), selon huit catégories différentes, à savoir : le changement climatique, la consommation d’énergie non renouvelable, l’acidification des milieux, l’eutrophisation de l’eau, l’occupation des sols, la consommation de phosphore, la demande en ressources biologiques naturelles et la demande en eau.

Les quantités de farine et d’huile de poisson divisées par deux

Dans ce précédent projet, une nouvelle méthode de formulation des aliments a été construite, comme l’explique Sandrine Skiba, directrice de recherche à l’Inrae : « Classiquement, on formule à moindre coût, c’est-à-dire qu’on essaie de couvrir les besoins des animaux tout en ayant comme objectif un coût des aliments le plus faible possible, car celui-ci représente entre 60 et 80 % du coût de production. À l’aide du développement d’un algorithme mathématique, une formulation multiobjectif a été mise au point, qui vise à un compromis entre moindre coût et moindre impact environnemental. »

Un nouvel aliment écoresponsable à destination des truites a ainsi été conçu. Ses apports nutritionnels sont identiques à ceux d’un aliment commercial ; il comprend notamment 47 % de protéines et 23,7 % de lipides. Pour réduire son impact sur l’environnement, l’algorithme a, entre autres, divisé par deux les quantités de farine et d’huile de poisson contenues dans cet aliment éco-formulé. Pour compenser cette perte, des coproduits issus de l’abattage d’animaux monogastriques ont été introduits tels que des farines de plume ainsi que des farines de sang. Et pour compléter les sources de protéines, des levures de bière ont aussi été ajoutées. Au total, parmi plus d’une centaine de matières premières disponibles, l’algorithme en a sélectionné 23 pour fabriquer cet aliment éco-formulé, alors que l’aliment commercial n’en contient que 16.

Dans le cadre du projet Ecoae, ce nouvel aliment a été testé sur des truites arc-en-ciel. Le choix de cette espèce n’est pas anodin, car elle est particulièrement sensible aux changements de la composition de ses aliments. Un essai a été mené sur des truites dont le poids initial est d’environ 50 grammes. Elles ont été nourries pendant 12 semaines pour atteindre un poids final d’environ 200 grammes. « On a comparé la croissance entre les truites nourries avec cet écoaliment et d’autres nourries avec l’aliment commercial, et nous avons constaté de très faibles écarts de croissance, révèle Sandrine Skiba. Et statistiquement, il n’y a aucune différence. »

Une meilleure préservation des ressources halieutiques

Sur le plan environnemental, les chercheurs ont constaté une baisse, en moyenne, de 25 % de cet impact, ramené au kg de truite produit. Sur les huit catégories d’impact prises en compte dans l’analyse du cycle de vie, sept ont été réduites ; seule l’eutrophisation de l’eau ne l’est pas. « Par exemple, on observe une diminution de 44 % des prélèvements en ressources naturelles et de 40 % de la consommation en eau », ajoute Aurélie Wilfart. Sur le plan du changement climatique, cet écoaliment se révèle plus vertueux. Cela s’explique, entre autres, par le fait qu’il ne contient plus de soja, une matière première importée du Brésil et qui contribue à la déforestation dans ce pays. Sur le plan économique, les scientifiques ont eu la bonne surprise de découvrir que cet aliment écoresponsable coûte 8 % moins cher que l’aliment commercial.

« Dans le cadre du projet Ecoae, une démarche équivalente a été réalisée en production porcine, précise Florence Garcia-Launay, ingénieure de recherche à l’Inrae. Un écoaliment a été fabriqué grâce à la méthode de formulation multiobjectif, et a ensuite été testé sur des porcs. Comme pour la truite, nous avons constaté des performances zootechniques identiques entre les animaux nourris avec cet aliment écoresponsable et les autres nourris avec l’aliment commercial. »

Les chercheurs souhaitent à présent poursuivre ce travail de recherche et mener des essais de plus grande envergure, en condition réelle, en partenariat avec la filière aquacole. « C’est un mode de formulation que l’on peut potentiellement élargir à l’ensemble des productions animales, les enjeux en termes environnementaux sont donc très importants », conclut Florence Garcia-Launay.

Le réchauffement climatique impactera la population française de manière inégale

En partenariat avec Météo-France, l’Insee a publié une étude dans laquelle l’Institut a croisé des données liées à l’évolution du climat et d’autres sur la démographie. L’objectif principal de ce travail étant de mesurer les conséquences de la hausse des températures en été sur la population française, et en particulier sur les personnes les plus fragiles et les plus exposées. Pour mener à bien cette étude, un indicateur a été retenu, celui du nombre de journées et de nuits anormalement chaudes. Car même si ces journées ou ces nuits ne constituent pas en soi un phénomène à risque, leur multiplication et surtout leur succession traduisent la survenue d’épisodes critiques de canicule. Les résultats de ce travail s’appuient sur la répartition de la population en France métropolitaine en 2019, sans chercher à estimer les évolutions dans les prochaines décennies, notamment sous l’effet du réchauffement climatique.

Il en résulte qu’au cours des trente prochaines années, près de 80 % de la population actuellement en place sur le territoire national subira entre 16 et 29 journées anormalement chaudes en été. En comparaison, elle était exposée à moins de 16 au cours des années 1976-2005. Les températures nocturnes seront également plus souvent anormales, et certains territoires connaîtront jusqu’à 19 nuits anormalement chaudes, alors que le maximum était de 7 sur la période de référence. Ces anomalies de température seront davantage situées dans de nombreux espaces de basse montagne, comme le Massif central et son pourtour, des territoires à proximité du Jura, des Vosges et d’une partie des Alpes. Elles seront moins fréquentes sur le littoral, à l’exception de celui méditerranéen.

880 000 personnes âgées particulièrement exposées

Actuellement, 14 % de la population de France métropolitaine, soit 9,3 millions de personnes, habitent dans des territoires où les anomalies de chaleur concerneront plus de 20 jours par été au cours des trente prochaines années. Dans le détail, cela concerne 68 % des habitants d’Auvergne-Rhône-Alpes et 47 % de ceux de Bourgogne-Franche-Comté, alors que sur la période 1976-2005, aucun habitant ne l’était. Il en sera de même pour 20 % des habitants d’Occitanie. Autre estimation de cette étude : « Près des deux tiers de la population de France métropolitaine (65 %) résident au sein des territoires, majoritairement en plaine, où l’on comptera de 16 à 20 journées anormalement chaudes. Ainsi, presque tous les habitants d’Île-de-France et du Centre-Val de Loire, une large majorité de ceux des Pays de la Loire (89 %) et du Grand Est (86 %) et les trois quarts de ceux des Hauts-de-France (77 %) et de Nouvelle-Aquitaine (74 %) résident actuellement dans l’un de ces territoires. »

Les températures anormalement élevées auront pour conséquence d’accroître les risques sanitaires, notamment sur les personnes âgées, qui sont plus fragiles. Actuellement, 880 000 personnes de 75 ans ou plus, soit 16  % d’entre elles, habitent dans les territoires qui seront les plus exposés en journée. En se restreignant aux territoires qui cumuleront en plus les anomalies nocturnes les plus importantes, elles sont 360 000, soit 7 % des personnes de 75 ans ou plus.

Les jeunes enfants, peu autonomes pour s’hydrater, représentent une autre catégorie de la population présentant une vulnérabilité. L’étude démontre que 400 000 enfants de moins de 6 ans, soit 13 % d’entre eux, habitent dans un des territoires qui seront les plus exposés à ce phénomène. « Comme observé en 2019 et 2020, ces fortes chaleurs pourront aussi se produire en période scolaire, ce qui pose la question de l’adaptation thermique des bâtiments scolaires, analysent les auteurs de cette étude. C’est ainsi que lors de la vague de chaleur de juin 2019, les épreuves écrites de l’examen du diplôme national du brevet ont été reportées et certaines municipalités ont décidé de fermer leurs écoles. »

Les ménages aux revenus modestes sont également à risque

Les personnes les plus modestes sont aussi davantage vulnérables face aux fortes chaleurs, notamment en raison de leurs conditions de logement. Leurs habitations présentent des performances énergétiques souvent moins élevées que la moyenne, en partie à cause d’une moins bonne isolation. Logiquement, ces ménages sont aussi moins nombreux à engager des dépenses de rénovation énergétique. « Actuellement, 1 180 000 personnes pauvres (soit 13 % d’entre elles) résident dans un territoire parmi les plus exposés aux chaleurs inhabituelles en journée. Parmi elles, 510 000 personnes (soit 6 % des personnes pauvres) habitent dans des territoires qui, de plus, sont les plus exposés aux anomalies de chaleur nocturnes. » À noter que les personnes les plus marginalisées, comme les populations sans domicile ou habitant dans un logement insalubre, ne sont pas comptabilisées dans cette étude.

Certains professionnels travaillant en extérieur sont également plus exposés que d’autres à la chaleur. C’est le cas des travailleurs agricoles, des saisonniers estivaux, ou des ouvriers de la construction. Dans les trois régions les plus exposées aux journées anormalement chaudes (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-France-Comté et Occitanie), près de 462 000 emplois relèvent de la construction en 2020 et près de 193 000 personnes travaillent dans l’agriculture.

La multiplication des journées estivales anormalement chaudes soulève aussi la question de l’impact sur la présence des touristes, notamment sur le pourtour méditerranéen. En 2019, 56 millions de nuitées touristiques étaient enregistrées sur ce littoral, soit 18 % de la fréquentation estivale en France métropolitaine. Sur ce littoral, la population exposée aux journées anormalement chaudes est ainsi bien plus nombreuse que la seule population résidente évoquée jusqu’ici. L’étude souligne que : « L’adaptation des dispositifs de prévention est aussi un enjeu important dans la mesure où une partie de ces estivants sont moins habitués aux températures élevées du sud-est de la France, donc plus vulnérables que les populations locales. »

Éteindre la lumière la nuit ?

Trente-trois communes autour de Lyon ont participé le 23 septembre 2022 à l’opération « La nuit est belle ». En éteignant totalement ou partiellement les lumières artificielles, elle vise à sensibiliser les citoyens au besoin de retrouver une plus large part d’obscurité pendant les périodes nocturnes. Besoin ? Nous sommes tellement habitués à ce que les zones d’habitation et d’activité, les monuments et les routes soient éclairés la nuit qu’il paraît incongru de remettre en cause l’éclairage, associé à l’idée de progrès depuis l’apparition de la Fée électricité au début du XXe siècle. Pourtant, à n’en plus douter, il y a effectivement la nécessité de revoir nos modes d’éclairage public*.

Cela est même urgent, pour trois raisons. Tout d’abord, le poste d’éclairage public est un des plus consommateurs pour les collectivités. Il représente en moyenne 42 % de leur consommation d’électricité et 20 % de leur facture énergétique ! Dans une perspective globale d’économie d’énergie, et particulièrement dans le contexte actuel de crise sur les prix de l’électricité et de passage de l’hiver, moins éclairer pour moins consommer est un levier réel de résilience. Deuxièmement, l’impact de la pollution lumineuse sur la biodiversité est de mieux en mieux quantifié et se révèle très important, même loin des zones urbaines, au risque de fragiliser de nombreuses populations d’animaux (voir par exemple cette conférence). Parmi les nombreuses mesures de protection des espèces animales, limiter voire supprimer l’éclairage nocturne est incontournable. Enfin, il semble raisonnable de redonner le goût de la nuit sombre aux humains. Un tiers de l’humanité ne voit plus la Voie lactée, les astronomes ont du mal à percevoir les étoiles et l’impact des lumières artificielles sur la santé et le sommeil est avéré. Comme le propose Nicolas Houel, spécialiste de sobriété lumineuse et créateur de l’Observatoire de la nuit, il est temps de produire des ambiances raisonnées et adaptées, et de resituer l’éclairage au cœur des usages.

Être dans le noir ou moduler l’éclairage ?

Quelles solutions sont envisageables ? Certaines collectivités, comme Lissieu dans le Rhône, se lancent pour tester pendant un an l’extinction de l’éclairage public. Hormis trois voies routières fréquentées nécessitant une vidéo surveillance, le noir (presque) complet va être expérimenté par les habitants, de minuit à 5 h. La majorité dormira durant ce créneau. La mise à niveau des armoires de commande des lampadaires va permettre cette opération et son coût (environ 30 000 euros) sera compensé en un an par les économies d’électricité. Néanmoins, ce choix de sobriété ne peut se faire sans une bonne information des habitants. Dans une autre commune, à Givors, la mise en place de l’extinction a été mal vécue par les citoyens et les élus ont décidé de revenir à l’éclairage pour mettre plus progressivement en place des mesures d’efficacité énergétique : remplacement des anciennes lampes par des LEDs et installation de systèmes de modulation de puissance de l’éclairage. Ces deux solutions, dans la ville de Chaponost, ont permis de baisser la facture d’éclairage public de 70 % !

L’apprentissage de l’obscurité est à refaire. Certaines approches territoriales peuvent y aider, comme la création de trames noires dans certaines zones (en particulier les parcs naturels) pour s’assurer qu’elles ne subiront plus aucune lumière artificielle. En milieu urbain, des solutions peuvent participer de l’éclairage public de demain : modulation de puissance selon les périodes de fréquentation ou les saisons, détection de présence y compris avec des LEDs, guidage nocturne grâce à de la peinture bioluminescente (par exemple pour les pistes cyclables).

Différentes prescriptions réglementaires

Quoiqu’il en soit, partant d’une situation de sur-éclairement nocturne, il est difficile de trouver tout de suite un équilibre entre l’usage social de lumière et la protection de l’environnement. Le respect de la réglementation s’avère donc un préalable pour s’engager dans la bonne direction. En effet, un arrêté du 27 décembre 2018 donne déjà de nombreuses pistes. Pour neuf catégories d’éclairage (public, mais aussi patrimonial, sportif, chantiers, etc.), il fixe des prescriptions de différentes natures pour prévenir, réduire et limiter les nuisances lumineuses. Tout d’abord, des recommandations temporelles qu’on pourrait qualifier de « bon sens » sont données, comme l’extinction des lumières des magasins quand ils sont fermés… Ensuite viennent des prescriptions techniques concernant :

  • une valeur maximum de l’URL (upward light ratio) pour éviter d’éclairer le ciel ;
  • une température limite de couleur (3 000 K) afin de ne pas émettre dans des spectres « bleus » qui ont des effets perturbateurs sur la santé des êtres vivants ;
  • des valeurs maximums pour les densités surfaciques de flux lumineux installé, selon les zones concernées.

Enfin, la réglementation prévoit des conditions encore plus protectrices pour les parcs naturels régionaux, marins, les aires d’adhésions aux parcs nationaux, les réserves naturelles et les périmètres de protection, par exemple avec des températures de couleur qui doivent être inférieures à 2 400 K. De plus, pour protéger les populations animales des zones humides, l’éclairage direct est interdit (sauf exception) sur les cours d’eau, plans d’eau, lacs, étangs, domaines publics fluvial et maritime.


* Une matinale a été organisée à ce sujet le 13/09/2022 par le syndicat de gestion des énergies de la région lyonnaise en regroupant plusieurs experts et élus sur le sujet.

SmartDigiCat : catalyse, sciences des données et IA… L’union fait la force

La chaire SmartDigicat – pour catalyse digitale intelligente – est portée par l’équipe VAALBIO (Valorisation des alcanes et de la biomasse) de l’UCCS (Unité de Catalyse et Chimie du Solide – UMR CNRS 8181) en partenariat avec le Centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille CRIStAL (UMR CNRS 9189), Inria et les sociétés Solvay, Horiba et Teamcat Solutions.

Financée notamment par la Métropole européenne de Lille et l’Initiative d’excellence Université de Lille, elle a pour but de promouvoir l’innovation ainsi que les partenariats public-privé noués autour d’un défi scientifique et technique : la catalyse digitale. Une approche particulièrement prometteuse pour la recherche, la formation et le développement économique du territoire.

Elle vise en effet à développer des procédés catalytiques plus sûrs et plus respectueux de l’environnement, en combinant plusieurs aspects : le criblage haut débit, destiné à accélérer l’acquisition des données expérimentales, la chimie théorique, vouée à améliorer les prédictions des performances des catalyseurs, l’intelligence artificielle, qui va permettre de réduire le temps d’analyse de la masse de données à traiter, ainsi que les sciences humaines, vouées quant à elles à mesurer les impacts sociétaux des procédés développés.

Ces nouveaux procédés se destinent ainsi à des domaines variés tels que ceux des matériaux, de la chimie et de la formulation chimique, pour des applications possibles en santé, alimentation, bioéconomie ou encore énergie. C’est ce que nous explique en détail Sébastien Paul, professeur à Centrale Lille, responsable de l’équipe VAALBIO à l’UCCS, mais aussi porteur de cette chaire industrielle SmartDigiCat qui vient d’être mise sur les rails.

Techniques de l’Ingénieur : Commençons, si vous le voulez bien, par quelques définitions… Tout d’abord, qu’est-ce qu’une chaire industrielle ?

Sébastien Paul, professeur à Centrale Lille et porteur de la chaire SmartDigiCat
Sébastien Paul, professeur à Centrale Lille, responsable de l’équipe VAALBIO à l’UCCS et porteur de la chaire industrielle SmartDigiCat. ©Centrale Lille

Sébastien Paul : C’est une bonne question, car il existe effectivement plusieurs définitions en fonction de la perception que l’on a de ce concept. Une chaire industrielle, pour moi, est un consortium d’académiques et d’industriels qui se rassemblent autour d’une thématique d’intérêt, qu’ils vont alors s’atteler à développer ensemble. Cela inclut la recherche, mais aussi un volet formation. Bien entendu, le financement est lui aussi commun. Il est réalisé par des investisseurs publics et privés. Ici, pour SmartDigiCat, c’est la Métropole européenne de Lille et l’Université de Lille qui co-financent pour la partie publique.

Le nom de cette chaire associe la catalyse à deux autres mots clés : smart et digital. Pouvez-vous définir chacun de ces termes ?

L’acronyme vient en effet de l’idée d’associer l’aspect sciences des données – smart et digital – avec la chimie – la catalyse. Le catalyseur est une entité chimique ou biologique qui accélère une réaction, sans pour autant être consommé au cours de cette réaction. Le « SmartDigi » dans l’acronyme du nom du projet est là, quant à lui, pour signifier que l’on va mettre en œuvre des méthodes issues de l’intelligence artificielle, de la science des données, ce qui est un peu une révolution dans le domaine. On ne combinait en effet généralement pas les deux secteurs.

Comment l’idée de créer cette chaire est-elle née ?

C’est quelque chose qui s’est construit progressivement. Il y a à peu près 10 ans, nous imaginions une plate-forme robotisée, parallélisée, qui allait nous permettre d’accélérer très fortement l’acquisition des données expérimentales ; un aspect qui reste vraiment très important dans notre secteur de recherche. Nous avons pour cela eu la chance de recevoir un important financement dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir pour cet « Equipex[1] » baptisé REALCAT. Cela a représenté 9 millions d’euros d’investissement, c’était vraiment un très très gros projet. La plate-forme est complètement opérationnelle depuis 2015. Tous ces robots génèrent donc maintenant des données expérimentales qui nous prenaient au moins dix voire cent fois plus de temps à acquérir auparavant. Nous pouvons donc désormais aller très vite sur l’acquisition de ces données. Ce qui est devenu limitant, en revanche, dans le process, est donc l’analyse, le traitement de ces données. Nous nous attachons en effet à comparer les performances de ces catalyseurs avec leurs propriétés. Nous essayons de dresser une sorte de carte d’identité des catalyseurs à partir de multiples analyses, chimiques ou biologiques. Le travail des chercheurs consiste ensuite à comprendre comment on relie les deux jeux de données : la partie entrée et la partie sortie. C’est là notamment que l’IA peut nous aider à accélérer ce processus. Aujourd’hui, une semaine d’acquisition de données sur la plate-forme REALCAT implique environ trois semaines de travail d’analyse des données avec les outils actuels.

Quels gains de temps espérez-vous obtenir grâce à l’IA ? Quels sont les intérêts de cette accélération ?

Je pense que l’on pourrait quasiment atteindre du temps réel. Dans un volet du projet SmartDigiCat, on trouve l’objectif d’optimiser le fonctionnement d’un réacteur catalytique chimique. Il s’agit justement dans ce cas d’analyser presque en temps réel les données de sortie de ce réacteur, et en fonction de ce qui sort, de réajuster les paramètres d’entrée du réacteur en temps réel. Ceci permettrait d’éviter la production de déchets, mais aussi d’entrer dans des conditions qui remettraient en cause la sécurité du procédé. Tout cela en temps réel grâce à une analyse immédiate des données, traitées par des algorithmes d’IA. Aujourd’hui cela n’est pas fait : seule une analyse humaine permet de traiter ces données. S’il fonctionne, ce concept pourrait à terme être extrapolé à l’échelle industrielle.

Qui sont les différents partenaires, académiques et industriels, de cette chaire SmartDigiCat ?

J’entretiens notamment une collaboration très ancienne avec la société Solvay, qui a créé avec le CNRS un laboratoire commun basé à Shanghai. Ce laboratoire s’appelle E2P2L et il est spécialisé dans le développement de procédés éco-conçus, basés sur le renouvelable, la biomasse notamment. La plupart de leurs procédés sont catalytiques. Nous avons donc plus d’une dizaine d’années de collaboration. J’ai eu l’occasion de les rencontrer souvent, et un sujet se révélait très important pour Solvay : la digitalisation. Le partenariat avec Solvay est donc né de l’idée de coconstruire un projet autour de la digitalisation. Progressivement, d’autres acteurs sont venus se greffer sur le projet, à commencer par Horiba. Cette société possède un important centre de R&D qui vient d’être installé dans la région lilloise. Elle est experte sur des aspects tels que la métrologie et l’instrumentation permettant d’analyser les produits chimiques, dont les catalyseurs. Le troisième et dernier acteur industriel de ce consortium est Teamcat Solutions, une toute petite entreprise que j’ai cofondée avec trois associés il y a sept ans et qui se consacre à l’instrumentation pour le criblage catalytique, donc à la partie acquisition des données expérimentales, et ce en haut débit.

Nous avons également quatre partenaires académiques, qui s’ajoutent ainsi à ces trois premiers partenaires industriels. Le premier d’entre eux est l’Unité de catalyse et chimie du solide[2], le laboratoire dans lequel j’exerce. Notre expertise concerne la catalyse et la chimie verte, pour faire simple. Notre contribution va être importante, car les catalyseurs sont au centre des procédés… Ces catalyseurs, il faut les analyser, les caractériser, comme je l’évoquais. Un autre partenaire académique va donc intervenir sur ce plan : l’Institut Michel-Eugène Chevreul. Il s’agit d’une Fédération de recherche CNRS[3] qui pilote des plates-formes. Toutes ces plates-formes vont être mises à contribution pour le projet. L’UCCS fait d’ailleurs elle-même partie de cette Fédération de recherche… Les deux derniers partenaires académiques sont ceux qui apporteront leur expertise sur les aspects sciences des données et IA. Il s’agit du laboratoire CRIStAL[4] d’une part, et d’autre part d’Inria[5], reconnu pour ses recherches dans le domaine du numérique et qui dispose d’un site lillois. Les chercheurs de ces deux entités sont associés dans les différents lots de la chaire, à toutes les étapes : de la préparation du catalyseur jusqu’à sa caractérisation et sa mise en œuvre dans les réacteurs.

Que sont ces « lots » que vous évoquez ?

Le projet a été construit de manière à suivre les étapes de développement d’un catalyseur. On va donc avoir d’abord le choix du catalyseur, sa sélection. Il existe en effet de très nombreuses familles de catalyseurs. Aujourd’hui, la plupart du temps, le choix est basé sur les connaissances issues de la littérature et de l’expertise du chercheur. Dans cette étape de sélection, la chimie théorique devient de plus en plus précise, elle permet de véritables prédictions. Elle évite ainsi de réaliser des expériences pour rien en nous indiquant le chemin à suivre. On utilise donc cette chimie théorique comme outil d’aide à la décision. Cela est quelque chose de relativement nouveau, et qui s’est fortement développé ces cinq dernières années : aller jusqu’à la prédiction fiable demande des temps de calcul très longs. L’IA va permettre de ne pas faire tous ces calculs, réduisant ainsi considérablement le temps nécessaire pour obtenir ces prédictions. C’est tout ce volet que nous allons développer dans le premier lot scientifique de la chaire. Cela va notamment bénéficier à Solvay, en permettant d’améliorer le procédé de production d’eau oxygénée, qui représente un très gros enjeu pour l’entreprise. Nous allons tenter d’améliorer le catalyseur utilisé aujourd’hui industriellement. Cela pourrait avoir un impact très important sur les performances du process.

Le deuxième lot porte quant à lui plutôt sur la caractérisation, l’analyse des catalyseurs. L’enjeu principal va consister à améliorer l’analyse de ces catalyseurs par microscopie et par spectrométrie Raman. Nous voulons développer un réacteur équipé d’une sonde Raman, dans lequel se déroulera la réaction de synthèse du catalyseur. En fonction des signaux mesurés par la sonde, nous allons modifier les paramètres de température, de concentration des réactifs, afin d’agir en temps réel sur ce qui se produit dans le réacteur. La partie microscopie va quant à elle s’attacher à comprendre comment la science des données peut nous aider à traiter la masse d’informations qui vient de la microscopie collaborative. Horiba a en effet développé un « nano-GPS », qui permet de pouvoir scruter toujours la même zone d’un échantillon, même en passant d’un microscope à un autre. L’idée est donc de pouvoir compiler les différentes informations provenant des différentes analyses, ce qui génère beaucoup de données, notamment des images. Le traitement de ces images va donc être amélioré, accéléré grâce à l’IA.

Le lot 3 concerne la mise en œuvre des catalyseurs. Il s’agit là de la boucle de rétroaction entre l’entrée et la sortie du réacteur. Teamcat solutions va être l’acteur le plus impliqué sur ce volet. L’entreprise a en effet développé un système multiréacteurs qui permet d’effectuer une acquisition sur quatre réacteurs en parallèle. Cela permet donc d’accélérer le processus et de générer plus de données pour nourrir les algorithmes.

Enfin, deux autres lots s’ajoutent à ces trois premiers : le quatrième porte sur l’élargissement des champs d’application, alors que le cinquième est axé sur l’analyse sociologique de l’usage de l’IA dans le secteur de la chimie.

Cette association entre chimie, IA et sociologie est plutôt surprenante… Pourquoi avoir inclus cette discipline des sciences sociales dans ce programme scientifique ?

Il était important pour moi de ne pas associer uniquement les sciences « dures » dans le projet, mais d’avoir également un regard du côté sciences humaines et sociales. Dans le cadre du label Initiative d’excellence française « I-SITE » dont bénéficie l’Université de Lille, nous avons la chance d’avoir dans mon équipe une philosophe des sciences, Michèle Friend, qui développe un outil qui s’appelle la boussole institutionnelle. Il est difficile d’expliquer cela en deux mots, mais, très simplement, il s’agit d’un outil d’aide à la décision qui permet de voir dans quelle direction on va en fonction de choix qui ne sont pas uniquement économiques, mais aussi environnementaux et sociétaux. Cela peut s’appliquer à tout type de système et permet par exemple de comparer des procédés chimiques, bio- ou pétro-sourcés. L’idée est donc d’utiliser l’outil pour comprendre comment la société, monsieur ou madame Tout-le-monde, va percevoir le fait d’associer les développements en chimie avec de l’IA. L’image de la chimie pour le grand public n’est en effet, malheureusement, pas toujours très positive, alors qu’elle rend d’immenses services au quotidien, sans que l’on s’en rende compte. Au contraire, on ne la met en avant que pour les risques d’accident, de pollution… Le fait d’ajouter à cela de l’IA, qui peut elle aussi faire peur, implique donc d’étudier la façon dont tout cela est perçu.

Je pense qu’il est important de combiner les expertises des chercheurs en sciences dures et en sciences humaines, afin de faire les bons choix, d’aller dans les bonnes directions. On peut être persuadé, en tant que chercheurs en chimie et en sciences des données, que l’association chimie-IA va être porteuse et va amener très rapidement à des découvertes très intéressantes… Mais si, derrière, il existe une mauvaise acceptation de la part du public, pas sûr que les industriels franchissent le pas et utilisent ces méthodes. Il est donc important d’étudier tout cela en amont.

En matière de calendrier, quels sont les grands jalons qui vont marquer ce projet de chaire industrielle ?

En fait, la chaire a déjà démarré depuis un an environ. Un certain nombre de travaux sont déjà lancés sur les différents lots. Après le lancement officiel de la chaire le 31 août dernier, le prochain évènement marquant sera un premier workshop, qui sera sans doute organisé au 2e trimestre de 2023, très probablement sur le thème de l’hydrogène vert. À la même époque, mais en 2024, un autre workshop aura lieu, mais son thème n’est pas encore défini. Entretemps, fin 2023, on aura un creative lab, un évènement un peu particulier. Les workshops vont en effet associer les professionnels de la chimie et du numérique, alors que ce creative lab sera plutôt un évènement centré sur l’innovation, associant en plus les étudiants aux professionnels, aux chercheurs. L’objectif est de phosphorer ensemble pour donner naissance à des innovations.

La clôture de cette chaire est prévue pour 2024. Qu’adviendra-t-il après cette date butoir ?

L’idée de base, avec cette chaire, est de lancer des travaux communs entre les experts du numérique et de la chimie, de manière à asseoir sur le site lillois une expertise reconnue sur la catalyse digitale. Si l’on atteint cet objectif, cela devrait déboucher sur de nouveaux développements, de nouveaux partenariats, avec les industriels partenaires ou d’autres… L’idée n’est pas de lancer un projet de trois ans, puis de le stopper brusquement. Nous voulons développer une expertise qui puisse être pérenne et faire de ce projet une véritable rampe de lancement.

Donné le 31 août dernier à Centrale Lille, le coup d’envoi officiel de cette chaire industrielle a été l’occasion pour Sébastien Paul de présenter les retombées attendues du projet. ©Centrale Lille

Lors du kick-off de cette chaire, vous avez souligné à plusieurs reprises l’importance de la formation. Pour quelles raisons ?

Il est effectivement très important de ne pas voir que le côté recherche de la chaire. J’ambitionne également de passer un message aux étudiants, notamment des masters de l’Université, en leur expliquant ce qu’est l’approche SmartDigiCat. Cela sera également important pour les étudiants des écoles d’ingénieur comme Centrale Lille. J’ai à cœur de sensibiliser les jeunes qui seront les chercheurs ou les ingénieurs de demain sur ce qui est en train de se produire dans le secteur où ils exerceront bientôt.

Cela pourrait-il également avoir un impact en matière d’emploi… ?

Bien sûr, à commencer par les perspectives d’embauche chez les partenaires industriels de la chaire. Les jeunes chercheurs formés à l’interface entre chimie et numérique sont en effet extrêmement recherchés actuellement sur le marché de l’emploi. La plupart des post-doctorants seront ainsi par exemple embauchés par les entreprises avant même la fin de leur stage post-doctoral. Les thèses pourront être financées ou cofinancées par les partenaires industriels. Nous allons ainsi recruter dans le cadre de cette chaire SmartDigiCat quatre doctorants, trois post-doctorants, deux ingénieurs et cinq masters. La création de la chaire a d’ailleurs permis de lever d’autres financements par effets leviers. Cela va notamment permettre d’embaucher ces jeunes chercheurs, de les former. Ils seront tous co-encadrés par des acteurs académiques et industriels, de manière à leur permettre de comprendre les contraintes des industriels dans le développement de la recherche académique. De cette manière, on ne développe pas des recherches académiques hors-sol par rapport au monde réel. Cela existe, malheureusement, et on peut le faire sans même s’en rendre compte. En revanche, la recherche ne peut pas être uniquement dictée par le monde industriel. C’est donc en faisant se rencontrer ces deux mondes que l’on peut faire avancer les choses. Les recherches fondamentale et appliquée se nourrissent, il ne faut pas les opposer. Tous les jeunes ainsi co-encadrés seront, j’en suis persuadé, très recherchés sur le marché du travail.


[1] Equipex : équipement d’excellence. Il s’agit de projets financés par le Programme d’investissement d’avenir (PIA) et destinés à améliorer les équipements des laboratoires de recherche scientifique français.

[2] Unité de Catalyse et Chimie du Solide : UCCS – UMR CNRS 818

[3] FR2638

[4] UMR CNRS 9189

[5] Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique

Plastic Odyssey veut former 300 entrepreneurs au recyclage du plastique

Le grand départ est arrivé ! Après cinq ans de préparation, le bateau de Plastic Odyssey a largué les amarres au port de Marseille ce samedi 1er octobre. Pendant trois ans, les 20 membres d’équipage parcourront trois continents – Afrique, Amérique du Sud et Asie Pacifique – et feront plus de 30 escales de trois semaines pour lutter contre la pollution plastique.

L’expédition cible « les 30 villes au monde qui croulent le plus sous ces déchets, notamment parce qu’ils manquent d’infrastructures de traitement », explique Simon Bernard, officier de marine marchande, président et cofondateur de l’entreprise. Les premières escales : Beyrouth au Liban mi-octobre, puis Alexandrie en Égypte début novembre.

Former près de 300 entrepreneurs

Le navire embarque un atelier équipé de sept machines « low tech ». À chaque escale, Plastic Odyssey fera la démonstration de ces équipements et les commercialisera. L’équipage organisera aussi des campagnes de sensibilisation pour réduire le plastique et présentera des alternatives.

À chaque escale, une dizaine d’entrepreneurs seront formés à bord pour lancer un centre de recyclage des plastiques adapté aux besoins locaux. L’atelier servira de banc d’essai pour les formations et le prototypage des produits recyclés. « L’idée est de créer une filière de recyclage qui fonctionne et d’identifier le débouché qui répond localement à un besoin et qui pourra être vendu », précise Simon Bernard. Avec 30 escales, c’est donc 300 entrepreneurs qui devraient être formés à bord.

Des machines accessibles en « open source »

Les machines ont été développées afin qu’elles soient simples à répliquer partout dans le monde. Leurs plans sont accessibles en open source. Elles broient le plastique, le lavent, le sèchent, le fondent, l’extrudent, le compressent pour l’injecter dans des moules et fabriquer des objets. Ces solutions mises bout à bout permettront par exemple de fabriquer des meubles, des briques de construction, des pavés ou encore de la tuyauterie.

Lors des escales, l’équipe organisera des collectes de déchets plastiques. Les déchets recyclables seront valorisés grâce à ces machines, les autres seront transformés en carburant grâce à la pyrolyse du plastique située dans un container à l’arrière du bateau. « Un moteur dédié relié à un groupe électrogène sert de banc d’essai à partir du carburant de pyrolyse », partage Simon Bernard.

En plus de la formation aux entrepreneurs, les escales permettront de chercher des modèles existants efficaces de valorisation des plastiques et de les documenter. L’équipage diffusera aussi les plans de ses solutions pour que les acteurs locaux s’en emparent. « À la fin du tour de monde, on aura un vrai catalogue de modèles économiques qui ne demandera qu’à être répliqué », prévoit Simon Bernard.

Revcoo : une technologie basée sur le froid pour valoriser le CO₂ d’origine industrielle

La capture et valorisation de carbone (CCU, pour carbon capture & utilization) fait partie des approches mises en avant par le GIEC pour limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2 °C, comme le prévoit l’Accord de Paris. Avec sa technologie CarbonCloud, Revcoo entend ainsi contribuer à « relever ce défi vital ». Brevetée, cette technologie utilise le froid extrême pour isoler le CO₂ des autres gaz contenus dans les fumées des industriels. L’innovation réside avant tout dans la mise en contact direct de ces effluents avec de l’azote liquide produit directement à partir de l’azote présent dans ces mêmes fumées. Grâce à sa technologie, Revcoo revendique ainsi des coûts opérationnels parmi les plus bas du marché.

Alors qu’elle compte actuellement une première unité pilote d’une capacité de capture de 2 tonnes de CO₂ par jour, l’entreprise fondée en 2019 a annoncé en juillet dernier une levée de fonds de 3,5 millions d’euros qui devrait lui permettre d’installer d’ici le premier semestre 2023 une seconde installation capable de capter quotidiennement 20 tonnes de CO₂. Le premier pas vers un déploiement industriel à grande échelle, comme nous l’explique Hugo Lucas, co-fondateur et Directeur général de Revcoo.

Techniques de l’Ingénieur : Avant d’en venir précisément à la technologie que vous avez développée, pouvez-vous nous présenter Revcoo en quelques points clés ?

Hugo Lucas co-fondateur et Directeur général de Revcoo
Hugo Lucas, co-fondateur et Directeur général de Revcoo. ©Revcoo

Hugo Lucas : Revcoo a été fondée en 2019 par Paul Taton et moi-même. La société a débuté ses activités autour de la seule thématique du CO₂. Mais ensuite, petit à petit, nous avons commencé à nous tourner vers la capture de CO₂ sur site industriel, dans le but de décarboner les effluents industriels. En 2020, nous avons ainsi déposé le premier brevet de notre technologie de captation de CO₂ par cryogénie. Nous l’avons baptisée CarbonCloud. En 2020 toujours, nous avons poursuivi nos travaux de R&D en labo, afin de produire un prototype. Mi-2021, nous avons installé un premier pilote sur un site du grand groupe de BTP Eiffage. Depuis, nous continuons à améliorer la technologie et nous menons des tests en environnement réel. Nous sommes aujourd’hui cinq, et nous devrions d’ici à la fin de l’année atteindre les dix personnes dans l’équipe.

Vous évoquiez le nom de la technologie dont vous avez déposé le brevet, CarbonCloud. Qu’est-ce qui se cache derrière cette appellation… ?

Notre technologie est basée sur la cryogénie : nous utilisons le froid pour geler et isoler le CO₂. Pour y parvenir, nous séparons l’azote présent dans les fumées, que nous liquéfions à -196 °C. Cet azote est utilisé comme réfrigérant, afin de geler le CO₂. Ce CO₂ va ainsi se transformer en flocons de neige, d’où le nom de la technologie, CarbonCloud. Ces flocons de CO₂ sont ensuite repassés à l’état liquide, afin de pouvoir les stocker dans des cuves.

Quelles sont les capacités de cette technologie ?

Il est pour l’instant encore compliqué de donner des chiffres précis, car ils vont dépendre du type d’installation. Le pilote que nous avons mis en place chez Eiffage est en tout cas capable de capter 2 tonnes de CO₂ par jour, pour une emprise au sol de 70 m². Au niveau énergétique, la technologie demande de la puissance électrique : 60 % de la consommation d’électricité est liée à l’extraction et à la liquéfaction de l’azote. Le bilan énergétique va ainsi dépendre de deux paramètres : le coût énergétique et la concentration en CO₂ dans les fumées de l’industriel. Ces deux paramètres vont faire varier le coût total d’exploitation de notre solution. Pour 20 % de concentration de CO₂ et huit centimes le kWh d’électricité, nous prévoyons un coût de 30 à 35 € par tonne de CO₂ captée.

En matière d’impact carbone, en scope 2[1] et pour le mix électrique français, le bilan est de 49 kg de CO₂ émis pour une tonne captée. Le bilan est donc largement positif. En scope 3, nous sommes à 100 kg de CO₂ émis pour une tonne captée si nous revalorisons le dioxyde de carbone à 300 km de son site de production, via un transport par poids-lourd.

Nous souhaitons d’ailleurs proposer, au sein de notre offre, un accompagnement auprès de l’industriel pour l’aider à valoriser le CO₂ capté sur ses installations. Aujourd’hui, avant même d’envisager le déploiement d’un système de captation, les grands groupes pensent déjà aux moyens de valoriser leur CO₂. Les petites entreprises, en revanche, n’ont pas forcément d’idées précises des solutions de valorisation de CO₂ qui seraient pertinentes pour elles.

Nous avons aussi intégré un système de recyclage de froid : le CO₂ glace qui est généré puis repassé sous forme liquide n’entraîne pas une déperdition du froid directement dans la nature. Le froid est recyclé tout au long du process à l’aide d’échangeurs de chaleur.

Première unité pilote Revcoo chez un grand acteur du BTP
Mise en place en 2021 chez un grand acteur du BTP, la première unité pilote de Revcoo est capable de capter 2 tonnes de CO₂ par jour, pour une emprise au sol de 70 m². ©Revcoo

À quels types d’industries votre solution se destine-t-elle ?

Nous sommes prêts à répondre à tout projet industriel. D’un point de vue économique, en revanche, la technologie se révèle avantageuse à partir d’une concentration de 8 % de CO₂ dans les fumées de l’industriel. Nous pouvons aller jusqu’à 25, 30 voire 40 %, mais plus on monte dans les concentrations, plus nous avons de la concurrence… Là où nous sommes très performants, c’est avant tout sur les basses concentrations, de 8 à 25-30 %. Cela est lié à notre technologie cryogénique et à l’utilisation d’azote liquide.

Nous ciblons donc principalement l’industrie cimentière, la production de chaux, la sidérurgie, la métallurgie, le raffinage… Mais aussi les chaudières gaz de tout industriel. Cela va de la verrerie à la papeterie en passant par l’agroalimentaire.

Quelle place votre technologie pourrait-elle occuper selon vous, face aux autres innovations qui émergent sur ce même créneau de la capture de CO₂ ?

Nous sommes complémentaires sur certains axes. Si l’on prend l’exemple de la technologie de capture par amines, celle-ci nécessite d’avoir des fumées chaudes, ce qui n’est typiquement pas le cas des cimenteries par exemple. Contrairement à cette technologie basée sur l’utilisation d’amines, notre solution CarbonCloud ne nécessite pas de consommables. La technologie par amines, en revanche, n’est pas sensible à la concentration de CO₂ dans les fumées. Elle peut donc être mise en œuvre en dessous de 8 %, par exemple dans le cadre d’installations de production d’électricité, un secteur sur lequel nous n’interviendrons pas. D’où notre complémentarité.

Si l’on prend un autre exemple, celui de la technologie développée par Air Liquide, celle-ci se destine plutôt, au contraire, à des concentrations élevées, comme c’est le cas pour la production d’hydrogène ou la méthanisation. Des domaines où notre technologie n’est donc pas forcément la plus pertinente.

Comme je l’évoquais, nous nous fixons donc un périmètre précis de domaines industriels dans lesquels nous pourrons mettre en œuvre notre technologie.

Un autre paramètre est également à prendre en compte : le débit de fumées. Nous pouvons, de notre côté, répondre à de petits débits de fumées, contrairement à d’autres technologies qui, elles, ne sont rentables qu’à partir de plusieurs centaines de milliers de tonnes de CO₂ captées par an.

Vous poursuivez un travail de R&D ainsi que des tests en environnement réel. Quel est aujourd’hui le degré de maturité de votre technologie ?

Nous sommes actuellement à un niveau de maturité situé entre 6 et 7 sur l’échelle TRL[2]. Il ne nous manque plus aujourd’hui qu’à adapter la technologie à un fonctionnement en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nous espérons pouvoir faire aboutir ce travail d’ici moins d’un an.

Vous avez annoncé en juillet dernier une levée de fonds de 3,5 millions d’euros. Quel est l’objectif de ce que vous qualifiez de « tournant » pour Revcoo ?

Nous prévoyons l’installation d’une seconde unité d’ici au premier semestre 2023. Il s’agira toujours d’un pilote, mais dix fois plus gros que l’unité actuelle déployée chez Eiffage. Cette mise à l’échelle devrait permettre de capter 20 tonnes de CO₂ par jour.

Nous commençons également à avoir des demandes pour de petites unités comparables à celle que nous avons aujourd’hui… Cela ne nous semblait pas forcément pertinent, au départ, en termes d’ordre de grandeur, mais l’émergence de ces demandes va certainement nous amener à industrialiser ce type de petite unité, dès que nous aurons adapté la technologie pour un fonctionnement continu. Nous allons ainsi développer une offre de test, qui permettra de prouver aux industriels, grâce à cette petite installation, que notre technologie fonctionne très bien sur leurs propres fumées, qui sont toutes très spécifiques, avant de passer à des unités de taille supérieure par la suite.

Quels sont vos objectifs de déploiement industriel pour les années à venir ?

Nous visons le déploiement de 40 unités d’ici à 2025, en France, mais aussi plus largement, en Europe. En France, le marché que nous visons à terme représente un maximum de 100 millions de tonnes de CO₂. En Europe, ce chiffre devrait s’élever à environ 900 millions.


[1] Il existe trois grandes catégories d’émissions de gaz à effet de serre (GES) : les émissions directes produites par l’entreprise (Scope 1), les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie (Scope 2) et les autres émissions indirectes (Scope 3).

[2] Technology readiness level (Niveau de maturité technologique) : système de mesure à neuf niveaux permettant d’évaluer la maturité d’une technologie.

Square Sense propose de réduire de 15 à 30% la consommation énergétique des bâtiments tertiaires

Fondée en 2018, Square Sense est une jeune start-up de la « proptech », un secteur en pleine émergence qui vise l’application des technologies de l’information et de l’économie des plateformes aux marchés immobiliers.

Antoine Ziliani est le co-fondateur de Square Sense (Crédit : Square Sense)

Elle accompagne ses clients promoteurs et opérateurs dans les phases amont de conception des bâtiments et lors de la définition des programmes « smart service » et « smart energy », mais également ses clients investisseurs comme partenaire opérationnel de la gestion de leurs actifs.

Square Sense ambitionne de mener la transformation digitale du secteur immobilier, par la collecte et l’analyse de toutes les données produites par l’usage d’un bâtiment.

Antoine Ziliani en est le co-fondateur et directeur des opérations (COO).

Techniques de l’ingénieur : Avez-vous constaté un regain d’intérêt pour les questions énergétiques ces derniers temps ?

Antoine Ziliani : Compte tenu du contexte actuel, l’énergie est un sujet transverse qui monopolise l’attention de plus en plus d’acteurs économiques. Nous avons constaté que, depuis quelques mois, les priorités de nos clients ont changé. Auparavant, on faisait surtout appel à nous pour des problématiques de performance financière liées à des investissements immobiliers. Dorénavant, la performance énergétique des bâtiments devient aussi un centre d’intérêt.

Ce regain d’intérêt a-t-il également un lien avec le « décret tertiaire » ?

C’est en effet le cas. Le décret tertiaire, dont la première échéance arrivait cette année, impose notamment aux propriétaires d’actifs immobiliers de déclarer les consommations énergétiques des bâtiments, ceci dans le cadre de la trajectoire de réduction des émissions de CO2 pour 2030 à 2050.

Square Sense a un impact assez fort sur les trajectoires de décarbonation imposées par le décret tertiaire, car nous pouvons aider les propriétaires à réduire les consommations liées à la gestion opérationnelle de l’immeuble.

Sur quels leviers peut-on jouer pour réduire rapidement la consommation des bâtiments tertiaires ?

Un immeuble surconsomme de l’énergie pour deux raisons. D’une part, il consomme parce qu’il est exploité et cette exploitation n’est pas forcément optimale.

D’autre part, il consomme trop d’énergie lorsque sa performance thermique n’est pas suffisante.

Par conséquent, pour réduire la consommation énergétique d’un bâtiment, on peut agir sur les deux leviers.

Malheureusement, agir sur le bâtiment en lui-même (améliorer la performance thermique, etc.) impose de faire des investissements conséquents. Si faire de tels investissements est nécessaire pour atteindre les objectifs de décarbonation fixés par le décret tertiaire, il y a une manière plus rapide de réduire la consommation.

En agissant sur la gestion opérationnelle de l’immeuble, on peut identifier rapidement les postes de consommations principaux et agir sur ceux-ci.

Quels sont ces postes de consommation ?

Nous nous sommes rendu compte que l’occupation des espaces était un facteur prépondérant. En effet, la gestion technique des systèmes de ventilation et de chauffage constitue la principale source de consommation des bâtiments, notamment de bureaux. Or, depuis la période Covid et la mise en place du télétravail, on constate une sous-occupation massive des espaces de bureaux.

Malgré cette baisse d’occupation importante, la gestion opérationnelle des systèmes de ventilation et de chauffage n’a pas vraiment changé. En clair, même si les espaces ne sont utilisés qu’à 20 % de leur capacité, la consommation d’énergie reste identique.

Par ailleurs, la réglementation concernant la ventilation impose bien de souffler 25 m³ d’air frais par heure et par personne. Il n’y a donc aucune règle qui empêche de réduire ce flux.

Malheureusement, comme les immeubles de bureaux ne disposent pas de systèmes capables de prédire le taux d’occupation des espaces, les équipements sont donc réglés à leur capacité maximale.

Je vous laisse imaginer les économies que l’on pourrait réaliser si on arrivait à ajuster en temps réel la quantité d’air soufflée par rapport au taux d’occupation !

Si nous n’en sommes pas encore là, pour le moment, en donnant simplement des consignes de reprogrammation régulières aux facility managers, nous arrivons à faire économiser entre 15 % et 30 % sur la ventilation. Cela représente tout de même jusqu’à 5 € d’économies au mètre carré.

Ceci à un impact direct sur la rentabilité de l’immeuble, sur sa valorisation et sur les charges du locataire, donc sur sa satisfaction.

Quelle est l’approche de Square Sense vis-à-vis du Smart Building ?

Aujourd’hui, le Smart Building est principalement un ensemble de solutions techniques qui s’adressent aux opérateurs techniques des immeubles. Néanmoins, au-delà de la gestion technique des bâtiments, on constate que les cas d’usage ne remontent pas dans la chaîne de valeur, qu’il s’agisse de la gestion d’actifs, du portefeuille ou de la prise de décision concernant l’investissement.

Les acteurs du Smart Building ont actuellement du mal à valoriser ces technologies auprès des investisseurs, faute de pouvoir estimer les bénéfices réels. Notre approche originale permet de rendre ces bénéfices plus concrets et de mettre en évidence les économies réalisables sur la commercialisation du bien, la gestion des biens locatifs et aussi de limiter la vacance locative.

Au final, les investisseurs peuvent espérer atteindre 10 % à 15 % de gain lors de la cession de l’actif. Par cette approche concrète, Square Sense est ainsi à même de parler aux directions générales des investisseurs institutionnels et des fonds d’investissement, afin de les « embarquer » dans cette transformation de la gestion d’actifs grâce à la donnée.

Les réseaux sociaux, terrain de jeux de l’industrie fossile

Greenpeace Pays-Bas a récemment commandé à l’Université de Harvard le rapport Trois nuances de green(washing). En juin et juillet, l’université a ainsi analysé plus de 2 300 publications sur les réseaux sociaux publiées par une vingtaine d’entreprises européennes. Parmi elles, les plus grandes marques automobiles, compagnies aériennes et sociétés pétrolières et gazières, dont TotalEnergies. Leurs publications ont été scrutées sur Twitter, Instagram, Facebook, TikTok et YouTube.

Le rapport souligne des tactiques subtiles pour détourner l’attention de leur cœur d’activité. Dans un post sur cinq, elles parlent plutôt de sport, de mode ou abordent des causes sociales. Dans deux tiers des messages, elles donnent une image d’« innovation verte » à leurs activités commerciales. Dans un communiqué, Hélène Bourges, responsable des campagnes énergies fossiles de Greenpeace France, dénonce « un nouveau type de greenwashing qui combine des images de personnes appartenant à des minorités à des messages sur l’innovation verte, et des paroles d’experts pour accompagner leurs récits techno-optimistes ». Elles cherchent ainsi à « légitimer l’acceptabilité sociale de l’industrie fossile en reléguant leurs responsabilités sur le crash climatique aux oubliettes », poursuit-elle.

Verdir son image et faire oublier son cœur d’activité

Les entreprises étudiées évitent de parler de l’impact de leurs activités sur le changement climatique. À coup d’images de nature, de personnes racisées, de jeunes, de célébrités et de sportifs, les entreprises se donnent une image plus respectueuse des humains et du vivant que la réalité. « Les réseaux sociaux sont le nouvel eldorado de la tromperie et du retardement de l’action contre le changement climatique », conclut Geoffrey Supran, le chercheur associé au département d’histoire des sciences de l’université de Harvard et auteur principal du rapport.

Greenpeace appelle à une interdiction de toute publicité et de tout parrainage en faveur des entreprises liées au secteur des énergies fossiles dans toute l’Europe. En France, la loi Climat et résilience a interdit la publicité pour les énergies fossiles depuis le 24 août 2022. Sont concernés les produits pétroliers, les énergies issues du charbon minier et l’hydrogène carboné. Les entreprises peuvent continuer à faire de la publicité pour le gaz jusqu’au 30 juin 2023.

Le réseau des CCI adopte un nouveau plan stratégique

(Image de Une – Crédit : Chambre de Commerce et d’Industrie)

C’est un plan inédit par son ampleur et sa vitesse de réalisation qui s’appuie sur une démarche profondément entrepreneuriale. Concrètement, ce plan se traduit par 30 engagements et plus de 70 projets prioritaires, dont le déploiement commence dès maintenant.

Une démarche participative de grande ampleur

Pour les CCI, ce plan est le fruit d’une démarche inédite, aussi bien par son ampleur que par le volume d’acteurs ou la quantité de données mobilisées.

En effet, celui-ci a mobilisé pas moins de 23 000 entrepreneurs, élus et collaborateurs qui ont déposé 1 360 propositions sur la plateforme participative make.org. 150 000 votes ont ensuite été enregistrés sur les propositions et 50 entretiens qualitatifs ont été menés.

Un engagement qui repose sur trois obsessions

C’est la principale ambition des CCI : « S’affirmer comme le premier réseau public de proximité, accélérateur de l’économie et de la croissance durable des entreprises en France et à l’international. »

Cette volonté clairement affichée repose sur trois obsessions :

  • Faire de la France un pays d’entrepreneurs forts et engagés.
  • Agir pour des territoires intelligents, agiles et durables au service de l’économie.
  • Être réseau pour inspirer et performer.

Autour de ces trois thématiques, les CCI ont ainsi défini les principales pistes à renforcer, accélérer et explorer. Parmi ces 30 engagements figurent notamment l’accélération du déploiement d’expertises et offres à forte valeur ajoutée, l’accélération de l’engagement des CCI dans une démarche RSE ou encore l’exploration de la transformation des systèmes de ressources.

Plus de 70 projets, dont 8 projets « totem »

Cette trajectoire stratégique s’appuie sur 70 projets qui vont être lancés entre le deuxième semestre 2022 et 2024.

Parmi ces 70 projets, le réseau des CCI a identifié 8 projets « totem » :

  • CCI France 2030
  • CCI Académie
  • CCI Transitions
  • CCI Compétences
  • CCI Économie de proximité
  • CCI Commerce extérieur
  • CCI Transmission-Reprise
  • CCI Data

Après avoir été votée et partagée au réseau dès l’automne de cette année, la stratégie sera déployée vers la fin de l’année et les premiers projets seront lancés, dont les 2 totems « CCI France 2030 et CCI Académie ». Leur déploiement se poursuivra ensuite sur l’année 2023 puis un pilotage et un suivi de projet seront mis en place.

Sur la période 2024-2027, l’ensemble des projets seront enclenchés et des indicateurs de pilotage seront monitorés afin de mesurer les écarts éventuels. Bien entendu, ce plan stratégique sera actualisé pour tenir compte du contexte et de la conjoncture française et internationale.

Si vous souhaitez plus de détails sur ce nouveau plan stratégique du réseau des CCI, nous vous invitons à consulter le rapport de synthèse.

Négawatt propose 50 mesures chiffrées de sobriété énergétique

Alors que le Gouvernement a fixé pour objectif de réduire de 10 % la consommation énergétique d’ici 2 ans, l’association négawatt qui travaille sur la sobriété énergétique depuis plus 20 ans veut être force de proposition. Elle dévoile une cinquantaine de mesures de sobriété énergétique, à déployer en priorité dans le secteur du bâtiment résidentiel, du bâtiment tertiaire et des transports.

-13% de la consommation française en priorité grâce aux bâtiments

Avec ces 50 mesures, « on atteint 13 % de réduction de la consommation d’énergie française sur le gaz, l’électricité et le pétrole », prévient Stéphane Chatelin, directeur de l’Association négawatt. L’accent est principalement mis sur le gaz (-20 %) et l’électricité (-17 %). « On déduit de plus de la moitié les importations de gaz russe et on peut se passer de l’équivalent de la production de 12 réacteurs nucléaires », prévient Samuel Martin, membre de la Compagnie des négawatts et expert bâtiment tertiaire.

« L’objectif de -10 % est parfaitement atteignable et on peut même aller au-delà », assure dans ces conditions Stéphane Chatelin. Dans le détail, négawatt a évalué un gisement de réduction de consommation d’énergie de 30 % pour les secteurs des bâtiments résidentiels et tertiaires et de 3,5 % pour les transports. Le rapport n’a pas évalué de mesures chiffrées pour l’industrie et l’agriculture et n’a évalué que trois mesures pour les transports. Des mesures complémentaires dans ces secteurs pourraient donc aboutir à des réductions de consommation encore plus importantes.

Des mesures mobilisables à court terme

Le secteur résidentiel représente 30 % de la consommation d’énergie en France avec 450 térawattheures (TWh) dont 162 TWh d’électricité, 125 TWh de gaz et 50 TWh de produits pétroliers. Les gains potentiels majeurs de réduction portent sur le chauffage (60 % du gisement total). En particulier, le fait de respecter la consigne de chauffage des logements à 19°C permettrait d’économiser jusqu’à 23,5 TWh. Des gisements importants portent aussi sur l’eau chaude (18 TWh mobilisables), la cuisine et les consommations électrodomestiques, notamment l’extinction des appareils en veille (-11,4 TWh) et l’extinction des box internet et box TV (-3,1 TWh). Le fait de poser des limiteurs de débit (« mousseurs ») sur les robinets et douches économiserait jusqu’à 8,2 TWh.

Le secteur tertiaire représente pour sa part 16 % de la consommation d’énergie en France avec 245 TWh dont 128 TWh d’électricité, 63 TWh de gaz et 32 TWh de produits pétroliers. Négawatt a identifié 27 mesures pour le secteur. Là encore, les gains potentiels majeurs de réduction portent sur le chauffage (52 % du gisement total). De nombreux leviers existent, notamment sur la ventilation, l’éclairage ou la climatisation. En tête des gisements mobilisables, on retrouve le fait de respecter la consigne de chauffage des logements à 19°C qui permettrait d’économiser jusqu’à 22 TWh. Ici, le fait d’arrêter la ventilation en période d’inoccupation économiserait jusqu’à 18 TWh.

Enfin pour les transports, la mesure la plus efficace serait de réduire la vitesse sur autoroute à 110 km/h sur autoroute et 100 km/h sur voie rapide. Elle économiserait 6 % de la consommation totale de carburants des voitures.

Les mesures retenues ont été sélectionnées « sur la base d’une mise en œuvre réaliste à l’horizon de 2 ans », assure Samuel Martin. « Leur faisabilité a été éprouvée sur des cas de terrain réel », « les coûts sont nuls ou faibles » ou relèvent « d’investissements avec des faibles temps de retour », avec « une acceptabilité citoyenne et politique jugée satisfaisante », poursuit-il. Il s’agit de mesures prêtes à l’emploi comprenant les acteurs à mobiliser, les freins à lever, les leviers à activer. Elles excluent de fait les cas où les mesures ne paraissent pas applicables, notamment les logements de personnes âgées, en situation de précarité énergétique, les hôpitaux ou les crèches.

Une mobilisation collective et le rôle de l’État

Pour espérer une adhésion de la population à « l’effort de sobriété », négawatt souligne l’importance de l’exemplarité des entreprises et des collectivités. Elle propose ainsi la mise en œuvre de mesures relativement moins impactantes d’un point de vue énergétique, mais hautement symboliques. À ce titre, les mesures comme l’arrêt des panneaux publicitaires auraient un effet d’entraînement sur les autres mesures.

Le gisement réellement mobilisé dépendra des choix collectifs. « Le rôle de pilotage et d’orchestration de l’État va être déterminant dans ces plans de sobriété pour permettre d’engager une dynamique collective et permettre un effet d’entraînement et d’adhésion sur les différentes mesures : de la communication, de l’incitation, de la coordination d’acteurs têtes de pont, de la réglementation et de l’accompagnement », prévient Samuel Martin.

Vidéosurveillance « augmentée » : une pratique répandue mais illégale

De plus en plus de caméras de vidéosurveillance sont installées en France. Depuis sa légalisation en 1995, la vidéosurveillance dans l’espace public ne concerne plus uniquement les métropoles. Des petites communes décident également de s’en équiper.

Mais pour la Quadrature du Net, c’en est trop. Créée en 2008, cette association qui promeut et défend les libertés fondamentales dans l’environnement vient de déposer trois plaintes collectives devant la CNIL contre le ministère de l’Intérieur. Cette action vise à dénoncer l’utilisation de la reconnaissance faciale, le fichage et la vidéosurveillance.

Dans la plainte concernant la vidéosurveillance, l’association pointe « l’influence du ministère de l’Intérieur sur l’installation des caméras de surveillance (autorisations, subventions) » et leur illégalité.

L’analyse automatisée de la vidéosurveillance

« Il y a une forme de centralisation par l’État des solutions que peuvent déployer les communes. À travers le Fonds interministériel de prévention de la délinquance, qui est abondé par le budget du ministère de l’Intérieur, l’État impose de fait la mise en place de vidéosurveillance en subventionnant ces caméras. Dans certains cas, nous avons constaté que le coût de la vidéosurveillance avait été pris à 80 % en charge par l’État. Résultat, les détracteurs à ces caméras ne peuvent sortir l’argument du coût… Seul le coût de l’entretien et du personnel nécessaire est réglé par les villes », précise Bastien Le Querrec, du Groupe contentieux de La Quadrature du Net.

Si la vidéosurveillance « classique » est dans le collimateur de cette association, une autre version est également dénoncée : la vidéosurveillance « augmentée » ou « intelligente ».

Appelée aussi vidéosurveillance « algorithmique » ou « automatisée » (VSA), elle est également pointée du doigt par la Commission nationale de l’informatique et des libertés.  Dans un communiqué publié cet été, la CNIL s’inquiète de la multiplication de ces caméras.

« Le déploiement dans l’espace public de « caméras augmentées » présente des risques nouveaux pour la vie privée. En effet, une généralisation non maîtrisée de ces dispositifs, par nature intrusifs, conduirait à un risque de surveillance et d’analyse généralisées dans l’espace public susceptible de modifier, en réaction, les comportements des personnes circulant dans la rue ou se rendant dans des magasins », prévient cet organisme.

Mais comment fonctionnent les VSA ? « La vidéo augmentée désigne ici des dispositifs vidéo auxquels sont associés des traitements algorithmiques mis en œuvre par des logiciels, permettant une analyse automatique, en temps réel et en continu, des images captées par la caméra », explique la CNIL.

Des installations illégales

Cette intelligence embarquée repose sur un algorithme qui automatise l’analyse des images captées par caméras, jusqu’à présent réalisée par des opérateurs vidéo au sein de centres de supervision urbains (CSU). Pour les grosses métropoles, la raison officielle est que le grand nombre de caméras déployées nécessite d’automatiser la surveillance.

L’analyse vidéo, que ce soit en temps réel ou après coup, permet de repérer ce que la police ou les opérateurs vidéo ont envie de repérer. « Cela va de la détection de comportement suspect au maraudage (le fait d’être statique dans l’espace public), en passant par le dépassement d’une ligne, le suivi de personne, la détection d’objet abandonné, d’une bagarre, d’un vol, etc. » indique la Quadrature du Net.

Mais combien de VSA sont déployées en France ? Impossible de le savoir précisément « car il n’y a pas de déclarations. Ces installations sont illégales, car selon la CNIL, il n’y a pas de base légale », explique Bastien Le Querrec.

Selon cette association, pour l’instant, personne n’a démontré un intérêt autre que microlocal, par exemple la surveillance de dépôts illégaux d’ordures. « Mais cette installation ne résout pas le problème, elle ne fait que déplacer le problème vers un autre endroit. Le solutionnisme technologique ne permet pas de résoudre des petits problèmes du quotidien, car la VSA va bien au-delà », insiste Bastien Le Querrec.

La relance du nucléaire aura deux débats nationaux dès octobre

Le choix du futur mix énergétique de la France fera l’objet d’un débat national, a assuré la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher mardi 20 septembre 2022. Cette « concertation nationale » aura lieu d’octobre à janvier, « dans chaque territoire, en associant citoyens, associations, élus, entreprises pour qu’ils s’approprient leur avenir énergétique », a-t-elle ajouté, à propos de ce débat organisé par le gouvernement. Elle interrogera la place de l’ensemble des sources de production dans la stratégie énergétique future du pays.

En attendant plus de précisions sur ce débat, un autre débat public sera organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) en parallèle. Cette autorité administrative indépendante s’intéressera au nouveau programme nucléaire. Ce débat public intitulé « Nouveaux réacteurs nucléaires et projet Penly » se déroulera sur quatre mois, du jeudi 27 octobre 2022 au lundi 27 février 2023. Il concernera la construction des six premiers réacteurs nucléaires EPR annoncés par Emmanuel Macron en février dernier à Belfort. Et il se penchera sur le choix du site de la centrale de Penly, situé au bord de la Manche, pour accueillir les deux premiers réacteurs. La CNDP avait demandé que le débat national organisé par le gouvernement sur les choix énergétiques puisse, idéalement, avoir lieu avant le débat sur les EPR. Ce ne sera pas le cas.

Débattre sur la relance du nucléaire en France

La concertation organisée par la CNDP posera plus largement la question de la relance du nucléaire en France. « La possibilité de débattre publiquement et collectivement de la relance du nucléaire en France, à un moment où la décision n’est pas encore prise, est inédite », se félicite Michel Badré, président du débat public « Nouveaux réacteurs nucléaires et projet Penly », via communiqué.

Les réunions seront structurées autour de dix questions centrales. En particulier, il sera question de la pertinence de lancer un nouveau programme nucléaire et de tirer les enseignements de la construction de l’EPR de Flamanville. Le débat portera aussi sur les conditions et conséquences du projet Penly et, plus largement, de l’ensemble du programme sur l’environnement et l’emploi. Et ce, en prenant en compte les incertitudes climatiques, et géopolitiques et les évolutions de la société.

Le rôle de la CNDP est notamment de veiller au respect de la participation du public au processus d’élaboration de ce type de programme ayant un impact sur l’environnement, et présentant de forts enjeux socio-économiques. « Le débat comprendra une grande variété d’outils pour permettre à chacune et à chacun de se faire son idée et de contribuer au débat : tables rondes, webinaires, stands, forum en ligne, ateliers dans les collèges et les lycées, travail avec des personnes en situation de précarité », partage la CNDP.  L’organisme a notamment créé des comptes dédiés sur les réseaux sociaux pour suivre l’actualité du débat sur Facebook, Twitter et LinkedIn.

Ces deux débats conditionneront les choix énergétiques suite aux annonces d’Emmanuel Macron sur le nucléaire et les énergies renouvelables. Avant le 1er juillet 2023, une nouvelle loi de programmation sur l’énergie et le climat (LPEC) devra fixer les grands objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Les parlementaires devront donc débattre et décider des futures orientations énergétiques de la France au printemps 2023. « L’un des objectifs de ce débat public [celui organisé par la CNDP, ndlr], fort de tous les arguments qui seront entendus, est d’éclairer cette décision qui engagera la France pour les décennies à venir », prévient Michel Badré.

Les thèses du mois : Ingénieur(e), un métier d’avenir

Pour notre dossier de septembre, « Ingénieur(e), un métier d’avenir », voici les thèses sélectionnées par le REDOC SPI. Retrouvez le résumé de ces thèses ainsi que les thèses des mois précédents sur le site de notre partenaire.

 

Essai sur la protection du travailleur numérique par les droits fondamentaux
Fanny Gabroy
Thèse de doctorat en Sciences juridiques, Soutenue le 08-04-2022
Institut caennais de recherche juridique

 

Contribution à la prise en compte des dimensions humaines lors des projets de transformation industrielle – Cas de la cobotique
Mouad Bounouar
Thèse de doctorat en Génie industriel, Soutenue le 29-11-2021
Laboratoire de Conception, Fabrication et Commande

 

Le développement de l’employabilité sur le territoire : visions prospectives sur les métiers en tension : cas des services à la personne.
Clara Aoun
Thèse de doctorat en Sciences de gestion, Soutenue le 12-01-2021
Normandie innovation marché entreprise consommation

 

Méthodologie d’Intégration de la technologie de Fabrication Additive en conception à travers un outil de créativité
Armand Lang
Thèse en Génie industriel, Soutenue le 14-12-2021
Laboratoire Conception de Produits et Innovation

 

Le sens du travail contemporain, entre œuvre et désœuvrement – Une approche à partir des dirigeants de start-up du numérique et des incubateurs
François Henr
Thèse de doctorat en Sciences de Gestion, 10-02-2020
Laboratoire d’Economie et de Management Nantes-Atlantique

 

La transformation numérique des entreprises industrielles. Quelles modalités d’accompagnement et quels effets sur les métiers et les identités ?
Pierre Quesson
Projet de thèse en Sciences de gestion, depuis le 01-10-2019
Centre de Gestion scientifique

 

Les développeurs : ingénieurs informatiques ou ouvriers qualifiés ? Sociologie d’un groupe professionnel
Mathilde Krill
Projet de thèse en Sociologie, depuis le 01-10-2019
Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences SOciales

 

Les technologies numériques émergentes, vecteur d’engagement et d’évolution de la professionnalité des ingénieurs ? Le cas de l’intelligence artificielle.
Laetitia Piet (Sarda hauret)
Projet de thèse en Sciences de gestion, depuis le 05-02-2021
Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail

 

Intelligence Artificielle et Droit du Travail : la protection des salariés face à la nécessité de performance des entreprises
Oumarou Sylla
Projet de thèse en Droit privé, depuis le 01-10-2019
Laboratoire d’Etudes et de recherches en droit social

 

Intelligence Artificielle et robotique dans les situations de travail : quelles conséquences sur l’activité humaine et l’organisation du travail ?
Tamari Gamkrelidze
Projet de thèse en Sciences humaines et humanités nouvelles spécialité Ergonomie, depuis le 07-01-2019
Centre de recherche sur le travail et le développement

Vers une éthique du métier d’ingénieur

Un extrait de « Éthique de l’ingénierie – Un champ émergent pour le développement professionnel » par Christelle DIDIER

Les thématiques abordées dans le champ de l’éthique de l’ingénierie sont variées. Depuis les années 2000, on distingue classiquement trois entrées dans le sujet. Un premier niveau, qualifié de « micro », comporte des travaux portant sur des décisions individuelles d’ingénieurs (et autres acteurs de l’ingénierie), sur des dilemmes moraux et la façon de les résoudre, sur la question de la décision et plus récemment sur les trajectoires professionnelles et les choix de carrière. Un second niveau dit « mezzo » se préoccupe de l’échelle organisationnelle des décisions, ainsi que de l’interface entre les individus et les organisations dans lesquelles ceux-ci exercent leur activité professionnelle. Enfin, un dernier niveau dit « macro » aborde la question de l’éthique de l’ingénierie du point de vue de la société.

Un grand impact implique de grandes responsabilités

Les ingénieurs ont collectivement une grande responsabilité car, au travers de l’ingénierie et sa capacité de transformation du monde, ce n’est pas seulement un individu qui peut être blessé ou tué, mais des dizaines, des centaines, voire des milliers de personnes. Ainsi, le principe de proportionnalité, selon lequel la responsabilité d’un individu ou d’un groupe est d’autant plus grande que ses impacts le sont, peut sans doute s’appliquer à des individus qui participent à l’activité puissante qu’est l’ingénierie. Mais il convient de garder à l’esprit certaines difficultés de l’exercice qui consiste à décliner à l’échelle d’un individu des responsabilités pensées en référence à l’activité qu’il exerce. S’il est important d’éviter le développement du sentiment d’impunité qui naît de la dilution des responsabilités dans les grandes organisations (où travaillent la majorité des ingénieurs), il convient tout autant d’éviter de faire peser sur un individu les conséquences de défaillances organisationnelles. L’espace semble étroit entre l’excès de responsabilisation des ingénieurs et le renoncement à identifier des responsabilités individuelles face à la complexité des organisations où ceux-ci exercent.

Si savoir ne suffit pas, les ingénieurs ont néanmoins une obligation morale. Ils doivent être parmi les mieux informés de leurs concitoyens des débats qui entourent les controverses publiques auxquelles ils prennent part, percevoir l’ampleur des conséquences des actes et choix en jeu, et exercer leur curiosité pour connaître la destination finale des objets, produits et services qu’ils contribuent à faire exister dans le monde. De plus, il importe qu’ils soient conscients que, par leur formation initiale et leur expérience professionnelle, ils ont acquis des compétences que d’autres n’ont pas et qu’ils occupent dans les organisations qui les emploient une position particulière. Leur responsabilité est donc engagée par la confiance que leur font les clients, les décideurs et leurs supérieurs hiérarchiques. À l’avenir, on peut souhaiter que les ingénieurs saisissent l’importance de s’interroger sur les aspects éthiques de la décision et de la situation et soient davantage conscients de l’utilité de créer des espaces de discussion éthique améliorant la capacité collective de faire face à de tels enjeux.

Exclusif ! L’article complet dans les ressources documentaires en accès libre jusqu’au 13 octobre 2022 !

Éthique de l’ingénierie – Un champ émergent pour le développement professionnel par Christelle DIDIER

Techniques de l’Ingénieur participe au Salon Industrie Grand Ouest 2022

Créé il y a 30 ans de l’initiative de donneurs d’ordre et de sous-traitants de l’une des régions les plus dynamiques à l’heure actuelle, le salon Industrie Grand Ouest a pour but d’être un levier économique majeur et de réunir les acteurs industriels du territoire des Pays de la Loire en un même lieu.

Durant 3 jours, vous aurez la possibilité de rencontrer 350 exposants, sur 12 500 m², représentant la sous-traitance et les équipements industriels – TPE, PME, ETI et Multinationales – présents dans les secteurs de pointe et les nouvelles filières prometteuses et émergentes. 

Au programme 

  • Un service de rendez-vous d’affaires personnalisé pour les exposants et visiteurs afin de favoriser le business et le réseau.
  • Temps forts, cafés-pitch, conférences, tables rondes et animations sont organisés autour des problématiques de demain comme l’industrie durable, l’industrie 4.0 ou encore l’emploi et la formation professionnelle.
  • Trophées Industrie Grand Ouest mettant à l’honneur les projets ambitieux des PME et ETI industrielles, sur quatre axes de développement : l’ancrage territorial, la transition écologique, la transition numérique et la responsabilité sociétale.

Venez à la rencontre de fournisseurs, centres de recherche pour échanger, réseauter, faire du business et trouver de nouveaux partenaires industriels pour vos projets tout en découvrant des savoir-faire, des procédés innovants et les avancées technologiques qui feront l’industrie du futur. 

Pour plus d’informations, consultez le site : https://www.industrie-nantes.com/ 

 

Qu’est-ce qui motive nos futurs ingénieurs ?

En avril 2022, le discours de quelques jeunes diplômés d’AgroParitech, relayé sur les réseaux sociaux, a permis de donner une dimension supplémentaire à une tendance forte. Celle des ingénieurs à vouloir être acteurs des grandes transitions en cours.

Le discours des jeunes d’AgroParitech, rejetant leur diplôme et disant leur refus de travailler pour des entreprises dites destructrices, est radical : « Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fiers et méritants d’obtenir ce diplôme à l’issue d’une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours. »

Dans les faits, les enquêtes montrent que l’immense majorité des ingénieurs sont en adéquation avec les valeurs des entreprises dans lesquelles ils exercent. En 2019 en tout cas, 86 à 90 % des ingénieurs l’étaient. Depuis, la crise sanitaire, avec le spectaculaire blocage du commerce mondial, a mis en avant certaines limites du système actuel. Les ingénieurs en poste et tous les aspirants à le devenir sont désormais invités à repenser leur métier afin d’incarner totalement leurs valeurs personnelles.

Les (jeunes) parcours professionnels des « bifurqueurs » d’AgroParitech illustrent d’ailleurs cet état de fait.

Cela dit, il convient de replacer l’ingénieur dans son contexte premier, celui d’un travailleur. Les tensions sur le marché de l’emploi, notamment pour certaines catégories d’ingénieurs, soulignent une réalité : la France ne forme pas assez d’ingénieurs. 44 000 en 2021, alors qu’il en aurait fallu 60 000. 

Avec un taux de chômage en 2021 de 3,2%, le constat est clair : le diplôme d’ingénieur reste un chemin sûr vers l’emploi, sur un marché relativement tendu.

Si les aspirations profondes des ingénieurs évoluent, leur volonté de développer des compétences plus larges également : ils sont 91% à attendre de leur futur employeur des formations et l’acquisition de nouvelles compétences (chiffre de 2021). Il s’agit d’une composante forte des aspirations des futurs ingénieurs.

Un autre élément important, qui a émergé à l’occasion de la crise sanitaire, est le télétravail. C’est aujourd’hui un élément important dans le « package » proposé aux ingénieurs à l’embauche. Selon le poste, la mise en place du télétravail peut être difficile, et certains travailleurs ne sont pas forcément demandeurs, mais il s’agit aujourd’hui d’un élément de négociation non négligeable. Et qui permet à certaines entreprises de se différencier et d’attirer les ingénieurs.

Selon une étude menée par le groupe Ausy et Infopro en 2021, la crise sanitaire, encore elle, a fait émerger des secteurs d’activité nouveaux, qui séduisent les ingénieurs. Si le secteur informatique reste porteur, c’est l’émergence et la croissance record de la vente en ligne, avec ses technologies associées, qui séduit aujourd’hui énormément d’ingénieurs. 

Juste derrière le commerce, c’est le secteur aéronautique et automobile qui attire le plus les ingénieurs. Le secteur automobile, en pleine mutation, mobilise beaucoup d’opportunités pour les ingénieurs, nombreux, en quête de défis technologiques. Ceci est également vrai pour le secteur aéronautique.

Le secteur qui arrive en troisième position est celui des énergies, juste devant les technologies de l’information

Ces aspirations sectorielles, ainsi que les attentes en termes de valeurs, de salaire et de qualité de vie au travail, sont autant d’ingrédients que les entreprises vont devoir réunir pour attirer les futurs ingénieurs, qui sont aujourd’hui en France une denrée rare.

Une flotte de robots autonomes pour la fabrication additive

Et si l’on confiait la construction et la réparation des bâtiments à des drones ? Voilà le pari lancé par les chercheurs des Swiss Federal Laboratories of Materials Science and Technology. Alors que l’industrie de l’imprimante 3D est en plein essor, les scientifiques ont eu l’idée de mixer cette technologie aux méthodes éprouvées des bâtisseuses naturelles que sont les abeilles et les guêpes. Le résultat prend la forme d’une flotte coordonnée de robots volants prêts à s’adapter aux exigences de chaque feuille de route proposée par les industriels.

L’impression 3D performée par des insectes-robots volants

Collectivement, les hyménoptères comme les abeilles sont capables de concevoir d’imposantes structures intriquées. Mais comment employer leur savoir-faire dans des réalisations à taille humaine ? Des scientifiques ont opté pour une multitude de drones travaillant en coopération afin d’imprimer en trois dimensions les formes les plus variées. Quoi de plus logique quand l’on sait que bon nombre de structures d’acier comme le béton pour la construction ou le préfabriqué sont aujourd’hui issues de robots imprimeurs statiques voire en mouvement ! L’escadron robotique présenté le 21 septembre 2022 dans Nature se compose d’un côté des BuilDrones, qui se chargent de déposer les matériaux en plein vol, et de l’autre des ScanDrones, qui sont là pour contrôler le travail fourni par les BuilDrones et de transmettre leurs observations à un opérateur humain. En effet, bien qu’autonomes une fois en vol, les drones restent soumis à la volonté d’un humain pouvant modifier à loisir la géométrie visée ainsi que le comportement montré par son essaim de robots volants.

Comme preuve de concept, l’équipe issue des Swiss Federal Laboratories of Materials Science and Technology a décidé de réaliser diverses structures dans l’enceinte de ses laboratoires. Après avoir mis au point quatre mélanges composites ciment-polymère prévus pour un dépôt en continu, les scientifiques ont procédé à l’érection d’un premier cylindre de 2,08 mètres de haut composé de 72 couches de mousse isolante en polyuréthane. Un second cylindre est vite venu rejoindre le premier, mais cette fois en matériau pseudo-plastique cimentaire réparti sur 28 couches, pour une hauteur totale de 18 centimètres. Le tout ayant été réalisé avec une précision de 0,5 mm ! Un test virtuel a même montré la capacité des drones à assembler une forme géométrique semblable à un dôme. La prochaine étape du projet se fera directement en lien avec des compagnies du bâtiment, intéressées par la réduction des risques et des coûts promis par cette nouvelle méthode comparée aux techniques manuelles traditionnelles. Pour peut-être, dans un futur pas si lointain, voir des nuées robotiques façonner les tours les plus hautes ou consolider les structures usées par le passage des années.

Passkeys : la fin des mots de passe ?

Parano ou non ? Si vous êtes dans la première catégorie, vous êtes sensible à la protection de vos données personnelles et vous respectez plus ou moins les règles de base de la sécurité informatique. À savoir, un mot de passe unique par compte et des mots de passe difficiles à retenir, par exemple Aj+577kRt !Z.

Si vous l’êtes un peu moins, vous estimez le risque limité. Par conséquent, vous réutilisez souvent les mêmes mots de passe pour accéder à votre site de e-commerce préféré, votre compte bancaire en ligne et votre compte de streaming vidéo.

Quelle que soit la catégorie dans laquelle on se trouve, tout le monde reconnait que les mots de passe sont une plaie. Même s’il existe des méthodes et des solutions efficaces (et pas compliquées comme les logiciels appelés « gestionnaires de mots de passe »), les mots de passe compliquent la vie de l’internaute.

Mais surtout, les mots de passe n’offrent pas un niveau élevé de sécurité (sauf si vous utilisez les fameux « gestionnaires ») et que vous êtes également vigilant. Car les arnaqueurs sont de plus en plus doués pour récupérer nos identifiants et mots de passe grâce à des emails de phishing de plus en plus parfaits.

Une clé sécurisée dans son smartphone

Mais tout cela appartiendra bientôt au passé si l’on en croit les poids lourds de la tech américaine. Passkey est une initiative conjointe d’Apple, Google et Microsoft – en collaboration avec l’Alliance FIDO – visant à améliorer l’authentification. Ces « clés d’accès » devraient être plus sûres que les mots de passe, car les malfaiteurs doivent avoir accès à l’appareil et à l’empreinte digitale, à l’identification faciale ou au code PIN pour le déverrouiller.

Ou alors, ils doivent se trouver à proximité de l’appareil d’une personne pour utiliser le Bluetooth. Si quelqu’un perd un appareil, le voleur ne pourra pas accéder aux informations sans l’authentification biométrique.

Chaque clé d’accès est également unique et créée à l’aide d’un algorithme de cryptage puissant. L’utilisateur grand public ou professionnel (Microsoft ayant annoncé la compatibilité avec Windows 365, Azure Virtual Desktop et Virtual Desktop Infrastructure) n’a pas à s’inquiéter des mots de passe faibles qui peuvent être devinés.

Comment fonctionne Passkey ? Contrairement à l’authentification à deux facteurs standard (code reçu par SMS, empreinte digitale…), Passkey utilise la connexion Bluetooth au lieu du Wi-Fi. Cette connexion sans fil a été privilégiée, car elle nécessite une proximité physique, ce qui permet de vérifier que c’est bien l’utilisateur qui tente de se connecter.

Une fois que vous vous serez inscrit et lié à vos différents comptes, vous recevrez une notification push sur votre smartphone via Bluetooth. En déverrouillant votre téléphone, par code PIN ou authentification biométrique (dont Windows Hello), votre appareil sous MacOS ou Windows 10 et 11 créera et enverra une clé publique unique au service web associé à votre compte. S’il y a une correspondance, vous serez connecté à votre compte.

Passkeys et mots de passe
Source : FIDO Alliance

Passkey étant une technologie universelle, elle devrait donc fonctionner, quelle que soit la plate-forme OS, le navigateur ou l’appareil, ce qui la rend accessible à un plus grand nombre d’utilisateurs. Les Passkeys peuvent également être sauvegardées par une grande plate-forme, comme Apple ou Google, ce qui facilitera le transfert de vos informations d’identification sur un nouvel appareil et simplifiera la synchronisation des Passkeys sur votre téléphone, votre tablette et votre ordinateur portable.

Il est important de noter que vos données biométriques ne quittent jamais votre smartphone, vous n’avez donc pas à vous inquiéter que des services tiers puissent avoir accès à vos données personnelles.

La synchronisation des clés d’accès facilite l’usage des Passkeys, mais surtout leur récupération en cas de perte d’un seul appareil. Sur les appareils d’Apple, elles peuvent être récupérées par le trousseau iCloud. En option, un utilisateur peut configurer un contact de récupération de compte pour s’assurer qu’il a toujours accès à son compte, même s’il oublie son mot de passe Apple ID ou le code d’accès de son appareil.

Sur le papier, les Passkeys semblent très prometteuses. Mais pour l’instant, peu de sites et d’applications les ont intégrées.

Ingénieurs : quels sont les secteurs les plus créateurs d’emplois ?

Le secteur informatique, s’il est aujourd’hui en forte tension, restera dans les années qui viennent un secteur porteur, attractif, et capable d’attirer bon nombre de talents. Selon la récente étude de la Dares, le métier d’ingénieur informatique est d’ailleurs celui qui devrait connaître la plus forte expansion en France d’ici à 2030, avec plus de 115 000 postes créés. Et une augmentation des effectifs de 26%.

Les métiers de l’informatique touchent aujourd’hui également aux activités numériques, à l’intelligence artificielle, au cloud computing… Des sujets que les entreprises investissent en masse, et qui devraient également apporter leur lot en termes de création d’emplois. Emplois qui devraient être pour une grande part être dévolus à des jeunes voire des juniors. En effet, ces derniers devraient, selon un rapport de France Stratégie, les jeunes diplômés combleront, d’ici à 2030, près de trois quarts des besoins en recrutement. Une réalité qui va obliger le secteur à s’adapter, surtout en termes de formation.

Le secteur, également très porteur, de la robotique sera de ceux qui recrutent dans les prochaines années. De même pour l’ingénierie biomédicale. Ces deux secteurs, où la France est compétitive, sont très porteurs pour l’avenir. La robotique, qui va permettre de révolutionner le fonctionnement des usines, et l’ingénierie biomédicale, qui développe de plus en plus d’appareils connectés pour la médecine à distance, vont ainsi nécessiter le recrutement de nombreux ingénieurs.

Les années qui viennent vont aussi voir un secteur avec un besoin en ingénierie important : celui des énergies renouvelables. Avec une transition énergétique plus urgente que jamais et la nécessité de développer des modèles productifs décarbonés, que ce soit pour l’énergie ou pour l’industrie, les ingénieurs en production d’énergie sont très recherchés. Ils vont même peut-être venir à manquer, tout comme les ingénieurs R et D sur ce secteur.

Toujours dans le domaine énergétique, les industries minières et pétrolières vont également avoir des besoins accrus en termes d’ingénieurs. Même si la tendance veut que ces énergies soient de moins en moins consommées, la transition énergétique va prendre du temps. Ainsi, les énergies fossiles continuent à avoir besoin de nouveaux ingénieurs, c’est particulièrement le cas en ce qui concerne l’industrie du gaz.

L’extraction de matériaux rares, de plus en plus importants pour certaines industries, va également entraîner le recrutement de nombreux ingénieurs en R et D et en production, notamment pour mettre en place une exploitation minière plus respectueuse de l’environnement.

Enfin, le secteur de la sécurité informatique, la cybersécurité, va lui aussi être appelé à croître régulièrement durant les prochaines années, alors que les attaques informatiques n’ont jamais été aussi nombreuses contre les entreprises. Ces dernières font émerger deux dangers qui obligent les entreprises à s’armer en conséquence : le vol de données contre rançon, et la mise en péril de l’architecture informatique des entreprises. Les ingénieurs en sécurité informatique sont d’ores et déjà très demandés, et les besoins risquent rapidement de dépasser les ressources.

A côté des secteurs dynamiques, il faut garder à l’esprit les difficultés actuelles de l’industrie en France. Certains secteurs peinent à recruter, pas uniquement à des postes d’ingénieurs bien sûr, mais on estime qu’il y a actuellement quelque 70 000 postes à pourvoir au sein des entreprises industrielles françaises. De nombreux postes d’ingénieurs mais aussi de consultants restent vacants, car les recruteurs ne parviennent plus à dénicher de talents. 

Énergies renouvelables et nucléaire : Macron veut accélérer

Après plusieurs années d’attente, Emmanuel Macron a inauguré le premier parc éolien en mer français le 22 septembre 2022. Situé au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), à une distance comprise entre 12 et 20 km des côtes, ce parc de 80 éoliennes se dote d’une capacité de 480 mégawatts. Il produira « l’équivalent de la consommation domestique annuelle d’électricité de 700 000 personnes », assure EDF Renouvelables, dès fin 2022. En février dernier à Belfort, Emmanuel Macron a fixé comme objectif l’installation d’une cinquantaine de parcs éoliens offshore en France d’ici 2050 pour une capacité de 40 gigawatts.

Pour assurer la transition énergétique et moins dépendre des énergies fossiles, Emmanuel Macron a souligné l’importance de « produire plus d’électricité ». Il évoque « 40 % de plus d’ici 2050 ». Pour ce faire, il veut accélérer le déploiement des énergies renouvelables et le lancement de nouveaux réacteurs nucléaires. Ainsi, la France devra aller « au moins deux fois plus vite » sur les projets d’énergies renouvelables, notamment concernant l’éolien et le solaire.

Réduire les délais des projets

Dix ans s’écoulent en moyenne entre le début d’un projet éolien offshore et sa mise en service en France. Ces délais sont de cinq ans en Allemagne, six au Royaume-Uni. Pour un projet d’éolien terrestre, il faut aussi compter en moyenne sept ans de procédures en France, cinq ans pour un parc solaire. C’est deux fois plus qu’en Espagne ou en Allemagne.

Pour réduire les durées des projets, Emmanuel Macron évoque une réduction de « trois à six mois » des « délais d’enquêtes publiques et autorisations gouvernementales ». Il compte aussi réduire à deux ans et demi au plus les délais de contentieux, contre jusqu’à quatre ans aujourd’hui. Ces mesures seront inscrites dans le projet de loi sur l’accélération des énergies renouvelables, via des décrets et amendements gouvernementaux.

Accélérer aussi le nucléaire

À Belfort en février, Emmanuel Macron a aussi annoncé la construction d’au moins six réacteurs EPR2 à l’horizon 2040 et d’études pour huit supplémentaires. La fin du premier chantier est prévue pour 2028, pour une première mise en exploitation en 2035.

Il n’est désormais plus question de fermer douze réacteurs nucléaires, après les deux de Fessenheim déjà arrêtés, comme l’envisageait la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2028, adoptée en avril 2020. Emmanuel Macron a en effet annoncé à Belfort la prolongation de « tous les réacteurs qui peuvent l’être », tout en soulignant qu’aucune centrale ne sera fermée, sauf si raison de sécurité.

Jeudi 22 septembre à Saint-Nazaire, Emmanuel Macron a confirmé que pour le nucléaire, « l’approche sera la même » que pour les énergies renouvelables. Il faut qu’on « aille beaucoup plus vite » en « simplifiant les choses », a-t-il insisté. En ce sens, le gouvernement compte présenter début 2023 un projet de loi pour accélérer les chantiers de nouveaux réacteurs nucléaires. Ce texte visera à « gagner du temps de procédure sur le lancement des chantiers », a annoncé mardi la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runnacher. Emmanuel Macron a précisé ce jeudi qu’il s’agira d’ « adapter les procédures existantes en matière d’urbanisme pour favoriser le développement des premiers sites identifiés ». Il convient de lancer « dès maintenant le programme pour ne pas perdre de temps », a-t-il jugé.

La stratégie climatique de la France plombée par ses puits de carbone

En 2021, la France a atteint les objectifs de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) de la France en émissions de CO2 brutes, mais pas en émissions de CO2 nettes, selon l’Observatoire Climat-Énergie mené par le Réseau Action Climat avec plusieurs partenaires dont l’Ademe. Quelle est la différence entre ces deux indicateurs ? Les émissions brutes correspondent à la somme de toutes les émissions des différents secteurs sans l’absorption par les forêts et sols. Les émissions nettes correspondent aux émissions retenues pour la France une fois la part correspondant à l’absorption de CO2 par les forêts et les sols retirée.

Ainsi, en 2021, la France a émis 418,2 millions de tonnes d’équivalent CO2 (MtCO2e) brutes et 404,4 MtCO2e nettes. L’objectif en émissions brutes est atteint avec une marge de 3,9 MtCO2e, soit 1 % en dessous de la part indicative annuelle du budget carbone en cours. Mais en émissions nettes, la France dépasse de 20,4 MtCO2e son budget carbone (384 MtCO2e). En 2050, la France devra atteindre la neutralité carbone, c’est-à-dire atteindre zéro émission nette de CO2. Les puits de carbone devront alors compenser les émissions de CO2 brutes résiduelles.

Quelle répartition, secteur par secteur ?

Selon l’Observatoire Climat-Énergie, le secteur des transports reste le secteur le plus émetteur. Il représente 30,1 % des émissions nationales, suivi par les secteurs de l’agriculture (19,4 %) et de l’industrie (18,6 %). Arrivent enfin les secteurs des bâtiments (17,9 %), de l’énergie (10,5 %) et des déchets (3,5 %).

La SNBC prévoit des trajectoires de réduction des émissions secteur par secteur. Le Réseau Action Climat a donc évalué le respect de chacun de ces objectifs. Seuls les objectifs liés aux émissions des transports et des bâtiments ont été atteints en 2021. Les émissions restent trop importantes pour l’agriculture (+0,8 MtCO2e) et pour l’industrie (+2,8 MtCO2e). Mais le collectif d’ONG identifie surtout un problème pour le secteur des forêts et des sols. Il n’a absorbé que 13,8 MtCO2e en 2021 sur les 38,2 MtCO2e fixées dans la SNBC.

Des puits de carbone surévalués

Autrement dit, l’objectif d’absorption des sols et forêts a été « surévalué », a expliqué Zélie Victor, responsable de la transition énergétique au Réseau action climat lors d’un point presse organisé en ligne. « Les données de ce secteur ont une incertitude plus grande due à la difficulté d’évaluation du puits forestier et le manque de réactivité de celle-ci », précise le rapport.

Par ailleurs, l’artificialisation des sols, la sécheresse et les incendies risquent de mettre à mal ces puits. « Ça nous rappelle surtout qu’il va falloir avant tout miser sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et pas seulement sur leur absorption et mieux prendre en compte aussi le développement et la préservation des forêts et des sols », souligne Zélie Victor. Le ministère de la Transition écologique reconnaît auprès de l’Agence France Presse (AFP) une situation « plus inquiétante en raison de la sécheresse, des différentes maladies qui ont touché nos forêts ».

Et pour la consommation d’énergie ?

Le Réseau Action Climat soulève « une sortie des énergies fossiles difficile et un retard marqué sur les énergies renouvelables et la baisse de consommation énergétique ». En effet, les objectifs de baisse de consommation d’énergie ne sont pas atteints, avec 0,8 % de dépassement.

Les énergies fossiles représentent encore la majeure partie de notre consommation énergétique. La France a consommé 1,2 % d’énergies fossiles en 2021 de plus que la trajectoire fixée par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Les énergies renouvelables ne représentent que 19,3 % dans la consommation finale brute d’énergie au lieu de l’objectif de 23,7 %.

« Les études d’ingénieur sont celles qui ouvrent le plus de portes »

Jean Dambreville, délégué général des Ingénieurs Et Scientifiques de France, a fait le point avec Techniques de l’Ingénieur sur la situation des ingénieurs sur le marché de l’emploi, et sur l’évolution des missions attribuées aux ingénieurs aujourd’hui, entre compétences techniques, capacités d’apprentissage et d’adaptation.

Techniques de l’Ingénieur : Comment sont recrutés les ingénieurs aujourd’hui ?

Jean Dambreville : L’offre d’emploi la plus classique qui répertorie une liste de compétences techniques à cocher en parallèle des supposés avantages sociaux de l’entreprise n’est certainement pas celle qui a le plus la côte auprès des ingénieurs et des scientifiques en général. L’état d’esprit est plutôt de trouver un poste original qui « donne envie » avec un salaire permettant de ne pas avoir de problèmes de fin de mois. Mais, les ingénieurs sont finalement assez peu recrutés avec des offres d’emplois. Pour ma part, en 30 ans de carrière et 5 entreprises différentes, je n’ai jamais été recruté à la suite d’une réponse à offre d’emploi. Et c’est aussi le cas de la plupart des ingénieurs avec qui j’échange.

Les canaux de recrutement sont davantage :

  • Les approches directes que ce soient les candidatures spontanées du côté candidat ou la prospection dans les CVthèques (publiques ou anciens élèves du côté des entreprises).
  • Les chasseurs de têtes pour les profils un peu plus expérimentés.
  • Les contacts professionnels qui mettent en relation les profils de leur entourage susceptibles d’être intéressés par une offre dont ils ont entendu parler.
  • La cooptation qui reste privilégiée dans certaines entreprises qui s’assurent du même coup que les nouveaux arrivants seront bien accueillis par ceux qui les ont cooptés.

Et bien sûr, LinkedIn qui est un réseau social incontournable.

Quelles sont les compétences d’ingénieurs les plus recherchées ?

Jean Dambreville, délégué général d’IESF.

Un ingénieur, c’est en premier lieu quelqu’un qui doit aimer la technique. Il doit être curieux, chercher à aller au fond des choses. Mais ce n’est pas tout : Il doit avoir de bonnes capacités de communication et de négociation pour proposer des projets à des décideurs, expliquer des contraintes techniques aux donneurs d’ordre, convaincre son équipe que la meilleure réalisation technique n’est pas forcément le résultat attendu par le client, négocier des prix et le plus souvent des plannings avec les fournisseurs…

Une fois encore, ces capacités sont assez loin de la liste de compétences techniques qu’exigent les équipes de recrutement lorsqu’elles recrutent. Dans la réalité, les ingénieurs ont développé lors de leur formation des compétences techniques dont ils pourraient avoir besoin lors de leurs missions. C’est tout ce qui fait leur valeur. Cela dit, il est quasiment impossible pour un ingénieur de maîtriser à la prise de poste tous les aspects techniques de son nouveau poste. Les responsables d’entreprises de toutes tailles nous répètent systématiquement qu’il leur est nécessaire de former pendant un certain temps leurs recrues à leurs besoins avant qu’elles ne soient pleinement opérationnelles.

Quels sont les postes les plus proposés par les recruteurs ?

IESF dispose d’un Observatoire des Ingénieurs qui suit l’évolution de nos métiers depuis 1958. Il y a bien entendu tous les ans de légères évolutions, mais notre édition 2022 révèle une croissance des difficultés de recrutement dans le secteur des systèmes d’information, notamment des experts du numérique (profil suivi depuis 2019 dans notre étude), des chefs de projets et des ingénieurs d’études.

Il est à noter que la première difficulté de recrutement citée à plus de 70% par les personnes interrogées concerne l’absence de compétences disponibles sur le marché. C’est 2 fois plus que les difficultés exprimées autour de la question salariale. Il faut, cependant, interpréter cela avec précaution. Bien sûr, il y a de nouveaux métiers exigeant des compétences qui ne sont pas toujours au programme des écoles d’ingénieurs. Les innovations scientifiques font qu’il y a toujours un décalage entre l’apparition d’une technologie et la mise au programme des formations. Mais cela a toujours été le cas, et malgré l’accélération du rythme des découvertes, la situation n’a pas évolué dans les proportions que l’on évoque aujourd’hui.

La vraie différence vient de l’engagement réciproque entre employeurs et employés. Les employés se sentent de moins en moins investis dans les résultats de leur employeur. Ils ont été amenés, dans le meilleur des cas, à une vision très contractuelle de leur relation avec leur employeur du type : « je donne de mon temps contre un salaire ». En conséquence, ils n’hésitent plus du tout à quitter l’employeur lorsque cet échange ne leur convient plus. Les employeurs se sont adaptés et accordent de moins en moins de temps à leurs salariés pour la prise de poste. Ils s’attendent à ce qu’ils soient opérationnels immédiatement à l’embauche. Le travail de l’ingénieur ne consiste pas à dérouler un savoir-faire acquis ailleurs. Il consiste à créer un résultat dans un contexte spécifique et souvent complexe. Le temps d’analyse du contexte, des contraintes et des ressources disponibles fait complètement partie des tâches de prise de poste. Si l’employeur s’attend à trouver un ingénieur avec toutes les compétences pour être opérationnel dans son contexte, il est normal qu’il ait l’impression que ce profil ne soit pas disponible sur le marché.

IESF a lancé un Programme de Promotion des Métiers de l’Ingénieur et du scientifique, PMIS. Quelles sont les actions menées à travers ce projet ?

La Promotion des Métiers de l’Ingénieur et du Scientifique est une action d’IESF qui consiste à aller à la rencontre des jeunes de collège et de lycée, de leurs parents, des équipes enseignantes et dédiées à l’orientation pour leur parler des métiers et des filières de formations menant à des carrières scientifiques. 

Cette présentation des métiers est très importante car même ceux qui ont des ingénieurs dans leur entourage n’ont souvent aucune idée de ce en quoi cela consiste, et la situation est encore pire pour les autres. Le contexte « ingénieur » emporte avec lui tout un imaginaire collectif qui éloigne parfois les jeunes de cette vocation. Il nous faut lutter contre le « ce n’est pas pour moi », notamment chez les jeunes filles que nous ciblons plus particulièrement. 

Il y a également le sujet des frais de scolarité : beaucoup d’étudiants pensent que leurs parents n’ont pas les moyens de leur payer une Grande Ecole. En effet, beaucoup ignorent que les écoles d’ingénieurs sont pour la plupart des écoles publiques avec des frais de scolarité modiques comparés à ceux des écoles de commerce.

Nous rencontrons les élèves directement dans leurs classes, sur des forums mais aussi lors d’événements virtuels depuis quelques années. Ces actions sont menées sur tout le territoire national, incluant quelques actions outremer, grâce à notre réseau de délégations régionales.

L’objectif est bien d’alimenter l’envie de science dès le plus jeune âge car ce n’est pas au moment des spécialisations d’options, en classe de première, que cela se joue. A ce moment-là, même si le jeune n’a pas une vision très précise des métiers qu’il va exercer, il a déjà des préférences pour la science, la littérature, l’histoire où la psychologie.

Quel est le rapport aujourd’hui des jeunes avec le métier d’ingénieur ?

Comme je l’ai dit auparavant, les études d’ingénieurs véhiculent beaucoup de fantasmes collectifs chez les jeunes et chez leurs parents. Finalement, en plus de ceux qui y vont par goût de la science et de l’innovation, il y a aussi ceux qui y vont parce que les Grandes Ecoles sont le Graal des études en France, qu’ils sont bons élèves et meilleurs en mathématiques qu’en histoire ou en français. 

Les études d’ingénieur sont celles qui ouvrent le plus de portes : directeur d’usine, commercial, spationaute, artiste, agriculteur, chercheur, entrepreneur, professeur, avocat … ne sont que quelques cas que j’ai personnellement rencontrés. Les exemples récents des quelques individus qui se sont révoltés contre le système au moment de la remise des diplômes ne doivent pas être mis en avant face à l’immense majorité de ceux qui sont fiers d’être allés jusqu’au but qu’ils s’étaient fixés. Dans tous les cas, ils pourront utiliser leurs compétences toutes fraîches pour améliorer le monde comme ils le souhaitent. Les uns en faisant évoluer les entreprises et les industries existantes pour qu’elles diminuent leur impact environnemental, les autres en inventant de nouveaux processus et outils pour les organisations qu’ils auront imaginées.

Propos recueillis par Pierre Thouverez

Des phares intelligents pour améliorer la conduite de nuit

La nuit tue plus que le jour. Le risque d’avoir un accident mortel à la tombée du jour est d’ailleurs sept fois supérieur au risque diurne et un quart des accidents mortels de nuit se produisent entre 2 et 6 heures du matin selon la Sécurité routière.

Les constructeurs et équipementiers ont amélioré les performances des phares. Le système des phares de certains modèles de chez Mercedes utilise des caméras et des radars pour détecter les autres voitures et les piétons sur la route. L’ordinateur de bord analyse les données recueillies pour décider du réglage des phares et ne pas éblouir les conducteurs ou les cyclistes.

Mais le but ultime est de limiter les accidents en fournissant des informations précises sur la route. De la même manière qu’un affichage tête haute (ou Head up display) projette des informations utiles sur le pare-brise devant le conducteur, lui permettant de garder les yeux sur la route, la nouvelle technologie de phares Ford peut « projeter » toutes sortes d’informations sur la chaussée : données météorologiques, limitations de vitesse, indications de navigation…

Outre le fait qu’elle apporte un confort supplémentaire, cette technologie vise à rendre la conduite plus sûre. Ces nouveaux phares pourraient en effet contribuer à protéger les piétons des véhicules venant en sens inverse en projetant un passage pour piétons là où il n’y en a pas, ou en guidant le conducteur lorsqu’il double un cycliste.

Phares intelligents et conduite de nuit
Ces phares pourraient projeter différentes informations sur notre itinéraire, comme nous prévenir d’un prochain rond-point. Copyright : Ford

 

Ford n’est pas le premier constructeur automobile à expérimenter les phares à projection de forme. En 2018, Mercedes avait présenté ses phares LED Digital Light intégrés à sa berline de luxe, la Maybach Classe S. S’inspirant de technologie des vidéoprojecteurs que l’on trouve dans les salons des amateurs de home cinéma, ils sont capables de projeter des symboles d’avertissement sur la surface de la route.

Ford va plus en loin en indiquant que sa technologie pourrait également être utilisée pour avertir les conducteurs de la présence de neige, de brouillard ou de verglas. Le constructeur a également suggéré qu’il pourrait connecter les phares au système de navigation pour indiquer les virages à venir, comme une version plus avancée de la navigation à réalité augmentée disponible dans certains modèles Mercedes-Benz.

Enfin, bonne nouvelle pour tous ceux qui redoutent les créneaux, les phares de Ford pourraient projeter la longueur du véhicule afin de déterminer si l’espace est suffisant pour stationner.

Lancement d’une nouvelle ressource documentaire « Hydrogène » : de la production aux usages

Dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique, l’hydrogène constitue une solution pour décarboner les processus industriels et les secteurs économiques dans lesquels la réduction des émissions de GES est à la fois urgente et difficile à réaliser. A l’heure actuelle, l’hydrogène ne représente qu’une modeste part du bouquet énergétique, dans l’UE comme sur le plan mondial, et il est encore largement produit à partir de combustibles fossiles, notamment du gaz naturel ou du charbon. Pour que l’hydrogène contribue à la neutralité climatique, il faut que sa part dans le bouquet énergétique s’accroisse et que sa production soit totalement décarbonée.

Une dynamique sans précédent de développement de l’hydrogène bas-carbone est ainsi engagée autour de cette nouvelle filière pour réduire les coûts de production, construire des infrastructures et développer les usages. Une course à la maîtrise des technologies est lancée au niveau européen et international soutenue par d’importants plans d’investissement.

Destinée aux ingénieurs gaz, ingénieurs procédés, ou chefs de projet R&D, cette nouvelle ressource documentaire a pour objectif de fournir les connaissances indispensables sur les différents procédés de production de l’hydrogène, les techniques de stockage et de transport, les contraintes et spécificités de matériaux de la filière et les usages possibles de l’hydrogène.

Coordonnée par Jean-François JOLY, Karine SURLAT, Philippe ARPENTINIER, Jean-Claude CHARPENTIER, l’offre Hydrogène est composée d’articles de référence rédigés par des spécialistes du domaine issus de l’industrie ou du milieu académique de la recherche et de l’enseignement.

 

Compléments :

Découvrez la nouvelle ressource documentaire Hydrogène

Un article de référence à découvrir, en accès libre jusqu’au 18 novembre 2022 : Applications mobiles et stationnaires de l’hydrogène dans la transition énergétique

L’infographie « les couleurs de l’hydrogène »

Revoir le webinar sur la chaîne de valeur industrielle de l’hydrogène

Exclusif ! Techniques de l’Ingénieur vous donne accès à un article complet sur l’hydrogène dans les ressources documentaires en accès libre jusqu’au 18 novembre 2022 !

Hydrogène par Karine SURLA

Quels emplois pour les ingénieurs en 2030 ?

La Dares (direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques) a publié un rapport sur “les métiers en 2030”. A la lecture de ce rapport, force est de constater que la décennie débutée il y a deux ans va voir croître le nombre d’emplois destinés aux ingénieurs. En tout cas dans les secteurs porteurs, comme l’informatique. Dans certains secteurs, comme l’automobile, l’équation est beaucoup plus complexe. En effet, ce secteur en particulier va devoir opérer une mutation drastique vers la production de véhicules non thermiques, et ceci relativement rapidement. Cette mutation, si elle va permettre de créer de nombreux emplois liés au développement de nouveaux types de véhicules, va également entraîner la disparition de tout un spectre d’emplois, sur toute la chaîne de fabrication de l’industrie automobile. Le risque est de voir sur le marché de l’emploi un ratio offre/demande totalement déséquilibré, pour certains postes, pendant que s’opère cette mutation industrielle.

Bien sûr, l’exemple de l’automobile est transposable à bien d’autres secteurs de l’industrie, et le rapport de la Dares a entre autres pour objectif de fournir aux décideurs les informations pertinentes pour anticiper au mieux ces déséquilibres potentiels entre offre et demande, sur le marché de l’emploi.

Comme le souligne le rapport, les projections à 10 ans comportent une dose d’incertitude. Malgré tout, la Dares a extrait des métiers, qui devraient être en forte expansion entre 2019 et 2030.

Parmi les 15 métiers les plus en progression identifiés, ce sont les ingénieurs informaticiens qui devraient voir leur nombre augmenter le plus (+26%). Viennent ensuite en 8ème position les métiers d’ingénieurs et cadres techniques de l’industrie (+24%). On peut également citer les métiers de cadres de bâtiment et des travaux publics (+30%). 

La progression des métiers de l’industrie s’explique, selon le rapport, par « le recentrage sur le cœur de métier de l’industrie qui a conduit à l’externalisation de fonctions support, y compris stratégiques (conseil), de contrôle (qualité, environnement) et de distribution. Symétriquement, certaines fonctions industrielles, comme la maintenance des équipements ou le contrôle de la qualité, sont devenues essentielles dans de nombreux secteurs d’activité. De ce fait, les ingénieurs et cadres de l’industrie comme les techniciens et agents de maintenance sont aujourd’hui souvent recrutés par les secteurs du conseil (stratégie, analyses techniques) et du commerce (maintenance et contrôle qualité), même s’ils exercent également dans des activités industrielles ».

L’ingénieur va donc être appelé à exercer des missions professionnelles sur des champs d’activités de plus en plus élargis. La hausse des effectifs, et donc le besoin en recrutements, en particulier pour les catégories « ingénieurs et cadres techniques de l’industrie » et « ingénieurs de l’informatique », serait, selon les projections de la Dares, comblé pour près de trois quarts par les jeunes débutants arrivant sur le marché du travail. Une situation plutôt favorable par rapport à d’autres secteurs d’activités, pour lesquels les projections sont d’une offre trois fois supérieure à la demande.

Techniques de l’Ingénieur accompagne les industriels et la R&D dans leur démarche de sobriété énergétique

Face à l’augmentation des prix de l’énergie, aux risques d’approvisionnent en gaz et de coupures d’électricité, il est demandé aux entreprises d’établir un plan sobriété énergétique, avec en ligne de mire une réduction de 10 % la consommation nationale d’ici 2024. Tous les industriels se mobilisent pour garantir la production, éviter le chômage partiel et établir ce plan. Les bureaux d’étude et la R&D sont sollicités pour créer des solutions adaptées pour décarboner les activités et optimiser l’efficacité énergétique.

Objectif : Décarboner les activités industrielles 

La décarbonation est un enjeu majeur, devenue partie intégrante de la stratégie des sites industriels. Cette réflexion nourrit l’objectif d’améliorer les performances énergétiques, la rentabilité des activités et des outils industriels et de continuer à être compétitif. Des mesures concrètes et réalisables existent comme la conversion aux énergies renouvelables, l’intégration de nouvelles technologies dans la stratégie produits… par exemple, en utilisant de l’hydrogène comme vecteur de la transition énergétique ou en intégrant une centrale photovoltaïque. L’article de référence Centrales photovoltaïques – conception des installations est un guide dans la réalisation d’une étude de faisabilité pour ce type d’installation. En parallèle, avoir recours au captage du CO2 – Technologie pour la transition énergétique afin de réduire son empreinte carbone amènerait à décarboner certaines activités.

Dans le but de diminuer la dépendance aux énergies fossiles, il est possible, lors de la conception de produits, d’y inclure de nouvelles technologies. Les articles de références Applications mobiles et stationnaires de l’hydrogène dans la transition énergétique , Électricité photovoltaïque et transition énergétique – Systèmes PV et applications et Piles à combustible PEMFC et SOFC – Description et gestion du système sont des options à considérer.

Objectif : Optimiser l’efficacité énergétique

L’énergie constitue un pôle de dépense non négligeable qui doit être maîtrisé. Chaque élément d’une usine consomme plus ou moins d’énergie. Afin d’améliorer la performance énergétique, il est nécessaire de s’intéresser à l’article sur l’efficacité énergétique dans l’industrie, les bénéfices pour l’entreprise

Il est d’usage, pour connaître la situation énergétique, de réaliser un audit énergétique qui peut porter sur une entreprise ou sur une de ses activités. Les articles de références Diagnostic énergétique dans l’industrie – Aide au choix de la prestation : critères et textes de référence et Énergie grise, apporteront aux ingénieurs des notions primordiales dans la réalisation de cet objectif.

Une fois ce bilan établi, plusieurs options existent pour améliorer la performance énergétique, réduire les coûts en énergie d’une exploitation et être compétitif :

Le contexte énergétique met au défi les bureaux d’études dans la conception des produits, des équipements, des procédés pour en faire des éléments frugaux. En effet, les données économiques et/ou environnementales doivent faire partie prenante des produits et l’article de référence CAO en génie électrique permet de comprendre l’intégration de ces éléments. La production ou l’utilisation des énergies renouvelables amène les ingénieurs à s’interroger sur leur stockage. Ainsi, l’article de référence Systèmes de stockage d’énergie associés aux énergies renouvelables aborde ce sujet. Il est également important par la même occasion d’améliorer l’efficacité énergétique des systèmes énergétiques futurs et existants. L’article de référence Exergoéconomie décrit une technique puissante pour analyser et optimiser les systèmes énergétiques. 

Découvrez également notre tour d’horizon des innovations de l’énergie :

 

Be Energy : donner une seconde vie aux batteries grâce à des impulsions électriques

Créée en 2014, Be Energy est une start-up basée à Avignon, spécialisée dans la régénération des batteries au plomb, des moteurs et des huiles. Les technologies qu’elle développe s’inscrivent dans une démarche d’économie circulaire et se révèlent également économiques, comparées aux solutions consistant au remplacement à neuf ou au recyclage. Depuis deux ans, l’entreprise s’est lancée dans un programme d’innovation dont l’objectif est de mettre au point des procédés de régénération des batteries installées dans les véhicules hybrides et électriques. Lauréate du concours i-Nov 2021 dans la catégorie « économie circulaire », la société bénéficie du soutien financier de l’Ademe pour mener à bien son projet. Entretien avec Ahmad Al Mohamad, le responsable du département R&D de Be Energy.

Techniques de l’Ingénieur : Comment fonctionne votre procédé pour régénérer les batteries au plomb ?

Ahmad Al Mohamad, responsable du département R&D de Be Energy
Ahmad Al Mohamad, responsable du département R&D de Be Energy. Crédit : Be Energy

Ahmad Al Mohamad : Notre technologie consiste à envoyer des pulses électriques de forte intensité dans ces batteries, jusqu’à 500 ampères, pendant une courte durée (quelques millisecondes), et à basse fréquence (quelques hertz). Ces impulsions ont pour effet de casser les cristaux de sulfate de plomb présents à l’intérieur de ces batteries. Nous avons développé un programme automatique de traitement adapté à trois types de batteries : celles utilisées pour le démarrage des véhicules, celles qui servent à la traction des chariots élévateurs et enfin les batteries de stockage d’électricité. Le traitement de régénération est plus ou moins long selon le type de batterie, il peut durer de 12 heures, pour les batteries de démarrage et jusqu’à trois jours pour les batteries de traction.

Quels résultats obtenez-vous suite à cette régénération ?

L’état de santé d’une batterie se traduit par le SOH (State of Heath). Par exemple, si on reçoit la batterie d’un chariot élévateur qui, après 5 ou 6 ans, a un SOH de 30 ou 40 %, nous parvenons à lui redonner une seconde vie et elle pourra être utilisée pendant encore 5 ans ou plus, comme une batterie neuve. Pour chaque type de batterie, il y a une norme pour qualifier la capacité de la batterie, et après régénération, elle doit avoir atteint au minimum 80 % de sa capacité nominale initiale, ce qui représente 100 % de la capacité utile. Grâce à notre technologie, nous parvenons à aller au-delà de 90 % et il est parfois possible de réaliser le traitement de régénération une seconde fois.

Parlez-nous du travail de recherche mené pour appliquer le même procédé à d’autres types batteries que celles au plomb.

Il y a deux ans, nous avons débuté un projet de recherche dans le but de régénérer les batteries NiMH (nickel-metal hydride) installées dans les voitures hybrides auto-rechargeables et les batteries Lithium-ion que l’on trouve dans les voitures électriques, mais aussi les vélos et trottinettes électriques. Je ne peux pas donner tous les détails de ces travaux, car ils sont confidentiels et nous sommes en cours de rédaction de brevets.

Pour les batteries NiMH en fin de vie, nous avons développé un outil de diagnostic dit « intelligent » qui fonctionne à l’aide d’un algorithme de collecte et d’analyse de données, et qui repose ensuite sur l’utilisation d’impulsions électriques adaptées à ce type de batterie, pour les régénérer. Ce travail de recherche est finalisé. En début d’année prochaine, nous allons déménager dans une nouvelle usine de 1 500 m² à Avignon, et nous aurons suffisamment d’espace pour mettre en œuvre cette nouvelle technologie et la commercialiser. La chaîne de production sera adaptée à tous les modèles de packs de batteries pour véhicules hybrides. Notre objectif est de régénérer 10 packs de batterie par jour. Le traitement est beaucoup plus rapide, car les batteries de chariots élévateurs ont une capacité moyenne de 700 à 800 ampères-heures (Ah), alors que cette capacité est de seulement 6 500 milliampères-heures (mAh) pour les batteries de véhicules hybrides soit 6,5 Ah.

Be Energy : donner une seconde vie aux batteries grâce à des impulsions électriques
Une intervention sur une batterie NiMH d’une voiture Toyota dans le laboratoire de l’entreprise Be Energy. Crédit : Be Energy

Et pour les batteries Lithium-ion ?

Nos travaux sont en cours de recherche. Des essais ont été réalisés dans notre laboratoire et donnent de bons résultats. Comme pour les batteries NiMH, nous ne touchons pas la chimie, les batteries ne sont pas ouvertes et le traitement se déroule uniquement de manière électrique, avec des adaptations. Intervenir sur des batteries Lithium-ion peut être dangereux et notre laboratoire est équipé de chambres à explosion. Ce procédé nécessitera la sécurisation de l’environnement de régénération afin de diminuer toute forme de risque.

Quels sont les avantages de votre technologie sur le plan environnemental ?

Grâce à notre technologie, nous parvenons à donner une seconde vie aux batteries sans recycler la majorité des cellules. Par exemple, sur une batterie de traction de 80 volts, qui contient 40 cellules, il peut arriver qu’il y en ait une qui se trouve trop dégradée et que nous ne parvenons pas à régénérer. Nous la remplaçons alors par une autre cellule régénérée ou par une cellule neuve. Cela signifie qu’on utilise la même batterie, le même matériel, quasiment les mêmes cellules et le même coffre ainsi que le même bouchon dans le cas des batteries au plomb… Comparé au recyclage, notre procédé permet une réduction massive des gaz à effet de serre, avec 50 fois moins d’émissions de CO2 produits. Par exemple, pour une batterie d’un chariot frontal de 48 volts et 500 Ah et pesant 980 kg, sa régénération permet de sauver 3,5 tonnes d’équivalent CO2 par rapport à son recyclage ! Dans ce domaine, nous sommes en cours de labellisation bas carbone et avons déjà vendu nos premières tonnes de CO2 sur le marché du carbone volontaire. Notre technologie permet également de réduire la dépendance à certains matériaux qui sont considérés comme critiques par la Commission européenne, comme le lithium et le cobalt.

Infographie : les couleurs de l’hydrogène

L’hydrogène est un gaz non toxique et très énergétique. Il est capable de produire de la chaleur par combustion directe avec, comme résidu, de l’eau, mais il peut aussi produire de l’électricité et de la chaleur dans les piles à combustible avec, là encore, comme résidu, de l’eau. Du fait de cette combustion non polluante, il est considéré comme un des potentiels vecteurs énergétiques du futur pourvu que sa production soit décarbonée.

Existant très peu à l’état naturel, l’hydrogène est à ce jour majoritairement produit à partir d’hydrocarbures via des procédés de productions matures comme le vaporeformage du gaz naturel avec l’inconvénient de coproduire du dioxyde de carbone. Les contraintes environnementales conduisent à un basculement vers l’électrolyse à condition que l’électricité utilisée soit décarbonée, ou vers d’autres procédés de production d’hydrogène renouvelable et vert. Les couleurs de l’hydrogène permettent de classer les méthodes de production d’hydrogène en fonction de la quantité de dioxyde de carbone émise.

Découvrez la nouvelle ressource documentaire Hydrogène de Techniques de l’Ingénieur

Les couleurs de l'hydrogène, infographie
Les couleurs de l’hydrogène, infographie

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