Le monde doit redoubler d’effort pour le climat

Chaque année, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) fait le point sur ce qui se passe dans le monde en publiant le World Energy Outlook (WEO). Son analyse est précieuse en ce temps de crise vécue dans beaucoup de pays, et fait encore plus référence que d’habitude dans ce contexte. La situation est grave et le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, estime qu’il y a un risque de fractures géopolitiques et de recroquevillement des pays sur eux-mêmes pour affronter les chocs. Mais selon lui, ce sont plutôt l’unité et la solidarité qui devraient conduire les réponses à la crise. Plus que jamais, il est temps de reconstruire la confiance. La confiance entre pays et la confiance en une transition énergétique juste et inclusive.

Pour l’AIE, l’importance de la crise est clairement due à l’invasion russe en Ukraine. Les sanctions européennes sur les importations du pétrole et du charbon russes, ainsi que la réduction des fournitures en gaz de la Russie aux pays européens, ont mis le monde entier sous pression. Sur les marchés, le pétrole a atteint plus de 100 $ le baril mi-2022 avant de redescendre, et le gaz a régulièrement atteint l’équivalent d’un baril de pétrole à 250 $. Les entreprises vendant des énergies fossiles ont profité de cette manne, chiffrée à 2 000 milliards $ de revenus supplémentaires par rapport à 2021 ! Faut-il redistribuer ? L’AIE ne se prononce pas, mais les prix élevés créent de l’inflation et une insécurité pour les populations les plus démunies, en particulier dans les pays en développement. Dans les pays aux économies plus fortes, les gouvernements ont dépensé plus de 500 milliards $ pour aider leurs citoyens à encaisser le choc.

Forte accélération des renouvelables

La fragilité et la non-soutenabilité du système énergétique actuel interrogent pour l’avenir. La crise va-t-elle freiner ou accélérer la transition énergétique ? Si l’utilisation du charbon est temporairement augmentée, les investissements se tournent irrémédiablement vers les solutions décarbonées. Dans son scénario STEPS (Stated Policies Scenario), l’AIE évalue les effets des politiques publiques actuellement annoncées. Entre l’accélération de l’Europe sur son Green Deal, le plan Inflation Reduction Act de Joe Biden aux États-Unis, les projets de la Chine, le programme Green Transformation du Japon, et d’autres comme ceux de la Corée et de l’Inde, on assiste à un tournant. Dans le secteur électrique, les investissements prévus vont créer une accélération de la production des énergies renouvelables : +1 000 TWh environ pour l’éolien et autant pour le solaire photovoltaïque d’ici 2025. Chiffres qui atteindraient respectivement +3 000 TWh et +2 700 TWh d’ici 2030, tandis que le nucléaire verrait une hausse de « seulement » 500 TWh et le gaz d’environ 250 TWh. Le charbon, lui, perdrait plus de 1 000 TWh.

En conséquence, les émissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité mondiale plafonneraient autour de 14 Gt CO2 avant 2030, pour décroître ensuite. D’ailleurs, c’est la première fois que l’AIE prévoit un pic de consommation des énergies fossiles avec un scénario de type STEPS : dans les prochaines années pour le charbon, avant la fin de la décennie pour le gaz et au milieu des années 2030 pour le pétrole.

Les efforts doivent doubler

Néanmoins, cette tendance encourageante ne met pas la planète sur une trajectoire limitant le réchauffement climatique à +1,5°C. Les investissements prévus pour les énergies propres dans le STEPS vont certes monter à un peu plus de 2 000 milliards $ d’ici 2030 selon l’AIE (contre 1 300 actuellement), mais c’est le double qu’il faudrait pour être en phase avec l’objectif de l’Accord de Paris ! Les fonds publics n’y suffisant pas, l’AIE pointe le besoin d’inciter les acteurs privés à augmenter très vite leurs investissements. Quand, aujourd’hui, 1 $ est investi dans les énergies fossiles, c’est seulement 1,5 $ qui est consacré aux technologies décarbonées. Pour se conformer à un scénario conduisant à la neutralité carbone, le même dollar dans les fossiles devrait être compensé d’ici 2030 par 5 $ dans la fourniture d’énergie propre et par 4 $ dans la réduction de la demande (efficacité et sobriété).

Les investissements doivent également être ciblés. L’AIE relève que les efforts doivent bien sûr porter sur les énergies renouvelables, mais que d’autres technologies comme les électrolyseurs et les batteries doivent voir leur capacité de production augmenter. C’est tout un cadre réglementaire qui doit faciliter le développement de ces solutions, en raccourcissant les délais de construction dans les pays développés et en réduisant le coût du capital pour les pays émergents et en développement. Les infrastructures existantes, notamment celles du gaz, doivent être maintenues en fonctionnement le temps de la transition et, si nécessaire adaptées pour contenir les effets des crises climatiques (cf. graphique) ou géopolitiques. De nouvelles flexibilités de production et de consommation doivent aussi être mises en place pour s’adapter au nouveau contexte. Enfin, il s’agit également de sécuriser l’accès à certaines matières premières (cuivre, silicium, argent, terres rares, lithium) dont la demande pourrait quadrupler d’ici 2050, tout en en augmentant les capacités de recyclage pour soulager les tensions sur les marchés.

installations de production d’électricité, risques climatiques
Part des installations de production d’électricité exposées à des risques climatiques. Source: IEA.CC by 4.0.
Dans les scénarios du GIEC où la température moyenne mondiale s’élèverait de 2°C (SSP1: 2.6) ou de 3°C (SSP2: 4.5), une part importante des centrales électriques à charbon, à gaz et nucléaire pourrait subir des stress de chaleur mettant en danger leurs capacités de production.

Consommation électrique : le plan de sobriété fournit ses premiers effets

La consommation électrique française est à la baisse. Sans prise en compte des effets météorologiques et calendaires, la consommation brute du 9 octobre au 6 novembre a baissé de 12,9 % par rapport à la même période sur 2014-2019, hors crise sanitaire. Sur ces quatre semaines, la puissance appelée varie cette année entre 36,3 gigawatts (GW) et 47,8 GW contre 40 à 63,4 GW pré-covid.

« Cette forte baisse de la consommation brute est entre autres la conséquence de la vague de chaleur inédite observée au mois d’octobre et des effets observés en particulier sur le secteur industriel », assure RTE. Les températures plus douces réduisent notamment les besoins électriques pour chauffer les bâtiments tertiaires et résidentiels.

La baisse de la consommation électrique s’accentue

Ramenée aux températures normales de saison, RTE met en avant une baisse structurelle de 6,8 % sur la période par rapport aux années précédentes. Elle atteint même 7,6 % sur la semaine du 31 octobre au 6 novembre. Sur cette semaine, la puissance appelée varie de 42,8 GW à 51,9 GW, contre 45,3 à 58,7 GW sur la même semaine pré-covid.

RTE, évolution de la consommation électrique brute et corrigée
Évolution de la consommation électrique brute et corrigée entre le 9 octobre et le 6 novembre 2022 comparée à même la période pré-covid. // PHOTO : RTE

« La baisse de la consommation d’électricité est essentiellement portée par l’industrie dans un contexte de hausse des prix de l’électricité, analyse RTE. La grande industrie affiche une baisse de consommation similaire à celle de la semaine précédente : l’effet baissier au niveau national s’accentue du fait de la contribution d’autres secteurs (résidentiel, tertiaire et industrie diffuse). »

RTE Évolution de la consommation électrique, grande industrie, transport ferroviaire
Évolution de la consommation électrique de la grande industrie et du transport ferroviaire en France de 2014 à 2022. // PHOTO : RTE

Suivre les effets du plan de sobriété

RTE suivra durant tout l’hiver les effets du plan de sobriété énergétique sur les consommations électriques. Présenté le 6 octobre, le plan de sobriété énergétique du gouvernement veut réduire la consommation d’énergie de la France. Il vise une réduction de 10 % de nos consommations d’énergie d’ici 2024, et de 40 % d’ici 2050. La mesure phare de ce plan consiste à limiter le chauffage à 19°C dans les appartements et bureaux.

Le Gouvernement compte sur une mobilisation générale. Des services publics aux entreprises, en passant par le sport, le logement, les transports ou les équipements de loisirs, le plan doit dans l’immédiat permettre d’affronter un hiver énergétique sous vigilance renforcée. Et ce, alors que le groupe français EDF produit moins d’électricité qu’auparavant en raison de réacteurs nucléaires à l’arrêt.

Replace : les plastiques complexes remis au coeur de l’économie circulaire

Laurent Villemin, co-fondateur, président de Replace
Laurent Villemin, co-fondateur et président de Replace. © REPLACE

Les initiatives autour du recyclage des plastiques ne manquent pas. En dépit de son essor, la filière laisse toutefois encore sur le carreau un certain nombre « d’oubliés », tels que les décrit Laurent Villemin. Après avoir travaillé près de trente ans dans l’industrie de la transformation des plastiques et caoutchoucs, l’homme s’est ainsi lancé le défi de parvenir à valoriser ces matériaux exclus des procédés conventionnels de recyclage : plastiques multi-composants post-industriels ou post-consommation et autres emballage aluminisés jusqu’alors incinérés ou enfouis.

Aux côtés de Christian Horn, créateur en 1995 des premières palettes en plastique recyclé du marché, Laurent Villemin a fondé Replace en novembre 2019. « Nous avons cherché à inventer un concept qui permettrait de traiter ces flux “oubliés” ; et ce non pas en les retriant, mais au contraire en les mélangeant », retrace Laurent Villemin, aujourd’hui président de Replace. « L’idée était de profiter des additifs déjà présents dans les différents plastiques, afin de ne pas avoir à en ajouter, et d’avoir malgré cela un process performant », ajoute le co-fondateur de l’entreprise basée en Moselle, dans la région Grand Est.

Les deux spécialistes ont ainsi développé un procédé inédit – et breveté – permettant une transformation directe des plastiques en mélange, en un produit fini lui-même recyclable. Le tout en une seule et unique étape. « Techniquement, il s’agit d’une forme d’injection, avec plusieurs modifications permettant d’avoir des performances accrues », décrit Laurent Villemin. De ce procédé breveté est ainsi née une véritable solution industrielle conçue en partenariat avec AISA, leader mondial des machines de production de tubes plastiques et laminés.

Une première ligne mise en service en 2021

Bénéficiant notamment d’un dispositif d’incubation mis en place par la Région Grand Est et d’aides de l’ADEME, la start-up industrielle est ainsi parvenue à lancer en cours d’année dernière sa première ligne de production. « Le projet a abouti en un temps extrêmement court. Nous avons été portés par notre élan ! », s’enthousiasme Laurent Villemin. Depuis le 2 janvier dernier, c’est même en « 3×8 » que tourne le site industriel basé dans la Marne. Une usine que Replace a voulu implanter au plus près du gisement de déchets à valoriser. « Ce démonstrateur capte des déchets qui sont produits dans un rayon de moins de cent kilomètres », souligne Laurent Villemin. Un gisement constitué notamment par des coiffes de champagne, qui, après transformation via le procédé Replace, donnent naissance à des tuteurs utilisés dans les vignobles de la région. « C’est vraiment cette logique locale qui nous motive. Nous avons conceptualisé cela avec ce que nous appelons le “Local³” [local au cube, n.d.r.] », dévoile le président de Replace. Un concept labellisé depuis avril 2021 par la Fondation Solar Impulse et basé sur le triptyque « locally sourced, locally transformed, locally used[1] ».

Outre ces tuteurs baptisés Tutofi, déjà écoulés à plus d’un million d’unités en partenariat avec l’entreprise KeepFil et fabriqués à partir de plus de 500 tonnes de déchets plastiques, Replace se penche également sur la production de palettes, ou encore de solutions d’agencements pour les commerces. « L’objectif est de montrer que les produits que nous pouvons réaliser ont une qualité suffisante pour répondre aux besoins de marchés exigeants, pour des usages premiums », justifie Laurent Villemin, avant de préciser que le procédé développé par Replace se destine avant tout aux produits longs et épais. « Nous n’allons pas concurrencer l’injection sur des articles tels que les coques de téléphone ou des bouchons, chacun son métier », glisse le président de Replace, qui prône ainsi la complémentarité des solutions de recyclage, plutôt que la concurrence frontale. « Il faut un arsenal de solutions pour ouvrir le champ des possibles », considère Laurent Villemin.

Côté empreinte carbone, l’analyse de cycle de vie réalisée par Replace montre un net avantage des tuteurs en plastique recyclé produits par l’entreprise par rapport à leur équivalent en plastique vierge, et même en bois. « Le fait de les produire localement permet en effet de drastiquement limiter les transports », souligne Laurent Villemin.

 Replace, site industriel
Mis en service en 2021, le site industriel marnais de Replace fonctionne depuis janvier dernier en 3×8. © REPLACE

Vers un déploiement à grande échelle

Après avoir démontré l’efficacité de son procédé dans son démonstrateur marnais, Replace a lancé il y a peu une seconde ligne de production dans cette même usine, avec l’ambition d’en augmenter les capacités, mais également d’élargir la gamme de produits fabriqués à partir de déchets plastiques jusqu’alors impossibles à recycler. « Il s’agit d’une ligne de deuxième génération, qui bénéficie des centaines de points d’amélioration identifiés sur notre première ligne », précise le président de Replace.

Et pour 2023, c’est même un deuxième site bien distinct de l’usine marnaise que la start-up envisage de construire. Le début d’un déploiement à grande échelle a été permis notamment par une levée de fonds d’un montant de 4 millions d’euros, annoncée en septembre dernier. L’entreprise, qui compte actuellement une dizaine de postes en équivalent temps plein, espère par ailleurs atteindre le seuil d’une quinzaine de salariés d’ici à la fin de l’année. « Nous sommes dans une logique de montée en puissance progressive, de crescendo », note Laurent Villemin. « Notre objectif est véritablement de mailler le territoire avec des sites comportant entre deux et six lignes tout au plus », complète le dirigeant. Des lignes qui peuvent, en outre, être gérées par des employés sans expérience préalable en plasturgie. « Avec Christian Horn, nous avons voulu aller vers une logique gagnant-gagnant pour tout le monde, avec un accent particulier mis sur l’emploi. Nous avons eu à cœur de développer un modèle de ligne pouvant être opérée par des salariés issus par exemple d’entreprises adaptées, comme cela a été le cas lors de notre démarrage. Nous avons prouvé que cela fonctionne », conclut Laurent Villemin, qui voit finalement en Replace une sorte « d’alambic du plastique » : une solution permettant de valoriser au plus près les fruits d’une production locale.


[1] Approvisionné localement, transformé localement, utilisé localement.

Tunisie : une solution de suivi des nappes phréatiques pour lutter contre le stress hydrique

Ahmed Aouiti, ingénieur en géosciences et cofondateur de DrillSERV
Ahmed Aouiti, ingénieur en géosciences et cofondateur de DrillSERV

Créée en 2018, la start-up tunisienne DrillSERV était initialement un projet d’exploration des ressources en eau en Tunisie. Les cofondateurs Ahmed Aouiti et Hamza Essayeh se sont alors aperçus qu’il y avait un grand problème d’accessibilité des données concernant les nappes aquifères, et qu’ils n’avaient aucune information en temps réel.

En 2021, ils ont alors lancé le prototype de leur application Ilma. A l’aide de capteurs déposés directement dans les puits, leur solution permet de suivre les nappes phréatiques et de prévenir les risques de surexploitation des nappes. Ahmed Aouiti, ingénieur en géosciences, revient sur le fonctionnement de sa solution.

Techniques de l’Ingénieur : Comment fonctionne votre solution de suivi des nappes phréatiques ?

Ahmed Aouiti : Notre projet Ilma, qui signifie « eau » en maltais, est composé de deux entités. D’abord, une partie hardware avec des capteurs que l’on place directement dans le puits du client et une DS box pour transférer les données vers l’application. Ensuite, une partie software qui est donc l’application mobile Ilma et qui permet de visualiser les données en temps réel et notifier au client s’il y a un risque de surexploitation de la nappe. Ainsi, si l’application remarque un risque d’épuisement, elle alerte le client et, si elle a accès à la pompe, elle peut la désactiver automatiquement. Notre solution permet également de prévoir les ressources d’eau disponibles sur court et long terme.

A quels besoins répond votre solution ?

Aujourd’hui en Tunisie, la disponibilité totale en eau est d’environ 400 mètres cubes par habitant et par an, ce qui est inférieur à la limite de 1000 mètres cubes par habitant. Le pays est en pénurie d’eau et il est nécessaire d’avoir une gestion plus efficace de nos nappes phréatiques.

Grâce à notre solution, nos clients peuvent décider de stopper l’utilisation d’un puits avant que la nappe ne s’épuise, en utilisant par exemple des puits de réserve ou en creusant un autre forage. Cela restreint le risque d’arrêts non programmés de l’activité dans les usines par exemple, ce qui peut causer des pertes d’argent de plusieurs milliers d’euros selon les industries.

Du côté des agriculteurs, notamment dans les régions côtières comme en Sicile, notre application Ilma permet aussi d’éviter le risque d’intrusion marine. C’est le surpompage qui créé cette contamination de l’eau douce par l’eau de mer et qui a un effet néfaste sur les cultures. Avec notre solution, les agriculteurs sont alertés si leur puits est surexploité et ils peuvent s’arrêter avant. En France par exemple, où les nappes sont relativement proches du sol, les nappes phréatiques se rechargent notamment grâce à l’eau de pluie. Si on pompe trop, la nappe n’a plus le temps de se recharger, et même l’eau de pluie ne suffira plus. La nappe s’épuise et il faut creuser un nouveau forage, ce qui coûte cher.

Descente des capteurs dans le puits à l'aide d'une caméra vidéo
Descente des capteurs dans le puits à l’aide d’une caméra vidéo / DrillSERV

A qui s’adresse votre solution ?

Nos clients sont des agriculteurs, des industries en eau, produits agroalimentaires, produits laitiers etc. Depuis l’année dernière, nous avons vendu notre solution à 127 clients en Tunisie. Nous essayons également de nous lancer sur le marché africain avec une filiale à Niamey au Niger, avant de nous introduire sur le marché méditerranéen. En effet, avec le changement climatique, des pays comme l’Espagne ou l’Italie vont souffrir très prochainement de pénurie d’eau.

Votre solution est-elle efficace pour lutter contre le stress hydrique ?

Elle permet d’éviter le gaspillage, la surexploitation et de mieux gérer les ressources. En revanche, elle ne peut pas être une solution au stress hydrique car le réel problème, c’est le changement climatique. Nous parlons là d’une question majeure et toute l’humanité doit intervenir, sans ça, il y aura de plus en plus de pénuries d’eau.

Quels sont vos projets avec DrillSERV ?

Notre solution fonctionne sur le big data, donc pour que nos prévisions soient de plus en plus précises, nous souhaitons collecter davantage de données. Ensuite, nous voulons développer notre start-up grâce à la commercialisation de notre solution sur le marché tunisien, mais aussi via une levée de fonds qui nous permettra d’améliorer notre solution, d’investir en R&D, de recruter du personnel fixe… Et enfin, nous pourrons exporter notre solution vers les marchés internationaux.

Est-il facile d’innover en Tunisie ?

Depuis la révolution de 2011, et plus précisément depuis la loi de 2018 relative aux startups, l’Etat propose des aides financières et des avantages fiscaux aux entrepreneurs pour réaliser leurs projets dans l’innovation. Cela étant, il reste compliqué d’avoir accès aux financements et il y a peu d’opportunités. De notre côté, nous avons reçu une aide de l’Etat en 2019, mais pour le reste nous fonctionnons sur nos économies. C’est pour cela que nous organisons notre propre levée de fonds.

Propos recueillis par Alexandra Vépierre

Plastiques : le recyclage chimique enfin reconnu par la Commission européenne

La production de plastique n’a cessé de croître ces dernières décennies, passant de 1,5 million de tonnes en 1950 à 391 millions de tonnes en 2021. La pollution plastique, quant à elle, suit le même mouvement. Pour y remédier, l’Union Européenne souhaite que 55 % des déchets d’emballages plastiques soient recyclés d’ici 2030 dans le cadre de son Pacte vert. Le gouvernement français, lui, vise 100 % de plastiques recyclés d’ici 2025. Mais les marges de progrès restent importantes puisque le taux de recyclage en France n’atteint que 25% en 2020 (contre 35% en Europe).

Le recyclage mécanique permet déjà de traiter une partie de ces déchets, notamment le PET. Toutefois, ce procédé ne tolère que des produits constitués d’un seul thermoplastique. Que faire alors des plastiques thermodurcissables, à plusieurs couches de polymères, ou ayant des propriétés particulières conférées par des additifs techniques ? Pour relever ces défis, des industriels de la chimie proposent de nouveaux procédés de recyclage.

Le recyclage chimique, c’est quoi ?

Le recyclage chimique consiste à modifier les structures des polymères présents dans les déchets afin de les transformer en une nouvelle matière première. Différentes méthodes sont possibles comme la dépolymérisation, la dissolution, ou la plus connue : la pyrolyse. A l’issue de cette transformation, les nouveaux plastiques sont identiques aux vierges, issus de ressources fossiles et sont aptes au contact alimentaire. Au contraire du recyclage mécanique, qui ne le permet que pour un seul polymère, le PET.

Si plusieurs des technologies sont encore à l’échelle pilote, de nombreuses unités sont en cours de construction en France. Dow Polyuréthane recycle le polyuréthane des matelas dans le Loiret, Ineos Styrolution a annoncé la construction d’une unité commerciale de recyclage du polystyrène dans le Pas-de-Calais, TotalEnergies va produire de l’huile de pyrolyse en Seine-et-Marne. Plus récemment, c’est le chimiste américain Eastman qui a défrayé la chronique en annonçant un investissement de 1 milliard d’euros pour implanter son usine de recyclage de polyesters.

Une réglementation qui évolue

Alors que les investissements abondent sur le territoire français, la législation commence tout juste à s’adapter. Après des années d’incertitudes sur le cadre légal du recyclage chimique, la Commission européenne a tranché le 15 septembre 2022 en reconnaissant le recyclage chimique dans le règlement sur les matériaux plastiques recyclés destinés au contact alimentaire. « C’est une évolution importante. Désormais, le recyclage chimique est reconnu de manière formelle par l’Union Européenne », se réjouit Jean-Yves Daclin, directeur général France de l’association des producteurs de plastiques Plastics Europe.

Auparavant, les industriels pouvaient produire des résines à partir du recyclage chimique, sans toutefois avoir la possibilité de promouvoir la partie recyclée de leurs produits. « Cela va permettre aux industriels de contribuer aux objectifs de l’Union Européenne en matière de contenu recyclé », précise Jean-Yves Daclin. Cependant, cette révision n‘homologue aucune des technologies de recyclage en particulier. Chacune devra être validée, après avoir démontré que les résines recyclées ne présentent pas de risques pour la santé au contact des aliments.

Si la législation évolue, les industriels souhaitent aller encore plus loin et faire reconnaître le mass balance par crédit, un moyen de calculer la part de recyclé dans un produit fini. C’est la même méthode que celle employée pour l’énergie verte.

Par exemple, au sein d’un processus qui aurait en entrée 50 % de déchets plastiques, et qui produirait deux produits finaux, le pétrochimiste pourrait choisir d’attribuer tout le caractère recyclé à un produit, qui serait alors 100 % recyclé et l’autre 0 % recyclé. D’après Jean-Yves Daclin, « cela va tirer l’économie circulaire vers le haut en proposant des produits recyclés chimiquement, que les clients seront prêts à payer plus cher ». Des négociations sont en cours au niveau européen et un acte d’exécution dans le cadre de la directive sur les emballages uniques devrait aborder le sujet en 2023.

Des questions encore en suspens

Avec un cadre législatif plus inclusif pour les spécialistes du recyclage chimique, certaines questions demeurent. En effet, ces technologies sont particulièrement énergivores et produisent aussi des déchets ultimes, en faible quantité, mais qui devront être incinérés. Les défenseurs de l’environnement craignent que cette solution n’ait un trop mauvais bilan carbone. Mais les industriels se veulent rassurants. Certains d’entre eux, comme BASF et Sabic, ont réalisé des analyses de cycle de vie qui montrent que leur recyclage chimique est moins impactant que la production de résines vierges.

Même si le recyclage chimique est une solution complémentaire au mécanique, certains acteurs redoutent que son essor ne vienne durcir la compétition sur le marché des déchets, déjà exacerbée par la crise sanitaire. Pour Polyvia, « le risque le plus important étant que les déchets plastiques les plus faciles à traiter mécaniquement ne prennent le chemin des sites de recyclage chimique ».

Enfin, l’Echa (Agence européenne des produits chimiques) rapporte des inquiétudes « sur la capacité des différents procédés de recyclage chimique à éliminer les substances préoccupantes ». Certains additifs nocifs pourraient ainsi se retrouver dans les produits finaux. L’agence recommande donc de « mener des enquêtes dans les usines de recyclage chimique », afin d’étudier ces questions.

Au Gabon, Akewa incube les startups dans le secteur de l’environnement

Fabrice Ntchango, fondateur d'Akewa
Fabrice Ntchango, fondateur d’Akewa

Depuis son enfance, Fabrice Ntchango, ingénieur en gestion et conduite de projet, est passionné par la nature. Petit-fils d’une permacultrice, il a travaillé durant ses études dans une compagnie de bois, ce qu’il l’a amené à s’interroger sur l’environnement et le développement durable. A la fin de son Master passé à Dakar, il rentre au Gabon et crée avec un ami son ONG Gabon écologie dans le but de sensibiliser les jeunes à la protection de l’environnement. Mais lorsqu’il leur parlait d’écologie, les jeunes gabonais mettaient plutôt en avant le chômage et la précarité qu’ils subissaient.

Face à cette réalité, Fabrice Ntchango a souhaité lier développement durable et entreprenariat afin d’aider les jeunes en situation de décrochage. En 2013, il fonde son incubateur Akewa.

Techniques de l’Ingénieur : Qu’est-ce que Akewa ?

Fabrice Ntchango : Akewa est un incubateur qui soutient les startups dans 5 domaines-clés, désignés comme à fort potentiel de croissance économique : les énergies renouvelables, l’agriculture, le développement durable, l’industrie culturelle et créative, et enfin, un cluster transversal lié au numérique et digital. Nous accompagnons les projets quels que soient leurs stades : idéation, pré-incubation, incubation ou accélération de croissance. En parallèle, nous proposons des services, des formations et nous créons aussi des événements dans le domaine de l’entreprenariat. A partir de 2023, nous allons lancer notre challenge national Green Business Challenge pour soutenir les meilleurs projets dans le domaine de l’environnement et favoriser les innovations technologiques dans ce secteur.

Quelle est la place d’Akewa dans l’innovation africaine ?

Nous avons réussi à nous positionner comme un écosystème clé au niveau du Gabon et aussi du continent car nous sommes membres de 3 réseaux très importants : Afrilabs basé au Nigéria, Afric’innov basé à Dakar, et enfin le Global Startup Award. Mon ambition pour Akewa est de devenir un nœud d’innovation entrepreneuriale et sociale sur le continent. Nous avons des bureaux dans 6 autres pays africains : Togo, Sénégal, Côte d’ivoire, République centrafricaine, Cameroun et République Démocratique du Congo. Cela nous permet de développer des projets continentaux et mener des actions simultanées dans différents pays africains.

Quelles startups avez-vous accompagné ?

Pour ne citer que quelques exemples, dès nos débuts, nous avons accompagné la jeune Tamarah Moutotekema Boussamba dans le secteur agricole. Elle a fondé son entreprise Agridis et cofondé la start-up WAGUI afin de développer une application qui met en relation les agriculteurs et les acheteurs. L’application permet de commander et payer en ligne, ce qui est une véritable innovation au Gabon. Depuis, elle a reçu de nombreux prix internationaux et est devenue une référence dans l’innovation africaine.

Dans le domaine de l’énergie, nous avons accompagné la start-up Solar Box qui a développé un kit solaire composé d’un onduleur, d’une batterie et d’un cube solaire. Ce kit permet de fournir de l’énergie propre aux ménages gabonais qui n’ont pas tous accès à l’électricité. Aujourd’hui, l’entreprise d’Aubin N’goua travaille sur de gros marchés avec l’Etat, notamment sur l’électrification d’un village complet.

Enfin, nous soutenons actuellement une start-up qui monte une application pour prévenir les risques de catastrophes climatiques et cartographier les zones où il ne faut pas construire. Depuis quelques mois, il y a eu plusieurs morts au Gabon à cause de la montée des eaux et des conditions météorologiques. Cette application pourra donc être très utile mais le projet est encore en cours.

De manière générale, je suis content de voir que de plus en plus de jeunes s’intéressent à la thématique de l’environnement alors que j’étais un peu seul à m’en préoccuper il y a une dizaine d’années. Une nouvelle génération prend le relai et c’est une très bonne nouvelle.

Comment fonctionne l’innovation au Gabon ?

Depuis peu, le Gabon a compris qu’il ne pouvait pas compter uniquement sur le pétrole pour se développer et tente de diversifier son économie. Si nous commençons à parler d’innovation, il n’y a pas encore de programme politique pour la porter, et ce sont les structures comme Akewa qui doivent promouvoir et accompagner l’entreprenariat. Mais la situation est compliquée, beaucoup d’incubateurs ferment faute de moyens financiers.

Je pense que le gouvernement n’a pas encore saisi les enjeux de l’innovation. Ils ont mis en place la Société d’incubation numérique du Gabon (SING), afin d’aider les entreprises dans leur transformation numérique, mais ce n’est pas suffisant. L’innovation est un secteur complexe où il s’agit aussi de mettre en relation les personnes, d’aller chercher les jeunes décrocheurs et leur montrer ce qu’ils peuvent apporter. Ensuite, il faut les accompagner, leur apprendre à gérer une entreprise au quotidien avec des réalités au niveau fiscal, montrer comment créer des politiques de développement des ventes, utiliser le digital, développer son réseau. Et là encore, ce sont les incubateurs qui jouent ce rôle. Il me semble donc nécessaire de renforcer les politiques à ce sujet.

Comment les startups trouvent-elles des financements ?

C’est une question très complexe pour les jeunes entrepreneurs. Aujourd’hui, il y a environ 6000 jeunes porteurs de projets au Gabon mais ils sont bloqués faute de financements. Souvent, ils ont des projets ambitieux, mais n’ont pas la possibilité d’être aidés par les banques car ils n’ont pas de garanties, de titres fonciers etc. De son côté, l’Etat n’aide pas suffisamment. Il faut alors chercher de nouveaux mécanismes financiers. Avec Akewa, nous les mettons en relation avec des business angels, nous leur présentons les solutions de crowdfunding, de financements solidaires, d’autofinancement. Nous les incitons aussi à se fédérer lorsque plusieurs personnes ont des idées similaires car ils seront plus facilement aidés s’ils sont 5 ou 6 derrière un projet. C’est une véritable aubaine lorsque des organisations acceptent de financer les projets.

Face aux défis climatiques, pensez-vous que l’innovation africaine a un rôle à jouer à l’échelle mondiale ?

En réalité, je pense que l’innovation ne se fera que par la jeunesse africaine. L’Afrique est le continent le plus jeune, et au même moment, une grande partie de ses habitants sont au chômage. Or tous les ans, de nouveaux jeunes arrivent sur le marché du travail. Face à cette situation, leur seule solution sera de se créer eux-mêmes leur emploi, et trouver de nouvelles manières d’innover, de s’illustrer. Depuis notre création en 2013, notre base de données est remplie de projets magnifiques qui demandent juste des financements pour se réaliser. Je vous conseille aussi de regarder toutes les solutions technologiques développées au Nigéria, au Ghana, au Maroc, en Tunisie, au Sénégal. Je suis persuadé que nos jeunes ont une carte à jouer, il faut juste leur en donner les moyens.

Propos recueillis par Alexandra Vépierre

Le marché de la cobotique profite de la crise énergétique

Dans le monde, près de 300 entreprises ne connaissent pas la crise. Spécialisées dans la production de robots industriels, elles se trouvent dans un marché très dynamique. C’est la principale conclusion du « World Robotics Report 2022 » publié récemment par la Fédération Internationale de la Robotique (IFR).

Selon son étude, un demi-million de robots dits de service ont été installés dans les usines en 2021, un record que les experts n’avaient pas prévu. Ils tablaient sur une augmentation de 50 000 machines de plus qu’en 2020, soit 430 000, il s’en est finalement vendu 517 000, soit un taux de croissance de 31 % entre 2020 et 2021 !

Et en France, le marché de la robotique n’est pas en reste puisque l’Hexagone se classe troisième du classement en Europe en 2021 en ce qui concerne les installations annuelles et le stock opérationnel, après l’Italie et l’Allemagne.

En effet, en 2021, les installations de robots ont augmenté de 11 % pour atteindre 5 945 unités. Le stock opérationnel de robots en France a été calculé à 49 312 unités, soit une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente.

Le bon classement de la France s’explique notamment par le fait que l’hexagone est moins touché par la crise énergétique que l’Allemagne en particulier.

Cobotique, évolution du marché
La cobotique a fortement progressé (+50%) en 2021, soit 39000 cobots déployés en 2021 contre 26000 en 2020.

Les ventes de robots médicaux ont augmenté de 23 % pour atteindre 14 823 unités. La majorité d’entre eux sont des robots chirurgicaux, suivis par les robots de rééducation et de thérapie non invasive, tandis que la part des robots de diagnostic est encore comparativement faible.

Mais c’est surtout la demande de robots de nettoyage professionnel qui a fortement augmenté (+31 %) avec plus de 12 600 unités vendues. La principale application de ce groupe est le nettoyage des sols. Les robots de désinfection qui pulvérisent des fluides désinfectants ou utilisent des rayons ultraviolets pour détruire les virus ont également connu une forte croissance de la demande depuis le début de la pandémie de Covid-19.

La robotique joue un rôle important dans la numérisation de l’agriculture avec plus de 8 000 unités (+6 %) vendues en 2021. Les robots sont bien implantés dans la traite des vaches, assistés par des robots nettoyeurs d’étables et des robots d’alimentation. Les robots pour la culture des plantes n’en sont encore qu’à leurs débuts.

Marché des robots de service professionnels
Environ 121 000 robots de service professionnels ont été vendus en 2021. La majorité est destinée au transport de biens ou de marchandises.

« L’accélération de l’automatisation robotique est bien réelle. À la suite de la pandémie et la rupture des chaînes d’approvisionnement qui s’en est suivi, de plus en plus d’entreprises ont considéré rapatrier leurs outils de production en Europe », constate Cyril Griotier, directeur commercial France chez OnRobot, une entreprise danoise spécialisée dans la cobotique.

« De nombreuses industries recherchent l’efficience et la productivité. En automatisant leurs lignes de production, les PME/PMI vont générer beaucoup moins de rebuts et améliorer leur rentabilité. La cobotique permet de garder cet esprit très flexible de l’outil de production. C’est un peu le graal de l’industrie : réagir rapidement à un événement ou à une crise. C’est le cas actuellement avec la hausse très forte des coûts de l’énergie », explique Cyril Griotier.

Pour ce spécialiste, « la cobotique permet aussi de répondre à la pénurie de main-d’œuvre pour des tâches qui sont dures (dans la manutention en particulier) et peu valorisantes, mais aussi dans des métiers où les industriels manquent de personnels qualifiés comme des tourneurs-fraiseurs. Enfin, un projet cobot ne nécessite pas de très fortes compétences d’un point de vue opérationnel à la différence d’un projet de robotique industrielle qui nécessite de solides compétences ».

Les industriels comprennent mieux l’écosystème et savent ce qu’est un robot et un cobot. Il s’agit maintenant d’automatiser « plus de tâches en programmant le robot de façon à ce qu’il ne soit qu’un périphérique d’une application ou d’une fonctionnalité : chargement de machines, packaging (concept de Pick and place désignant l’opération qui consiste à retirer de la marchandise d’un emplacement pour la placer à un autre endroit) », souligne Cyril Griotier.

C’est dans ce but que OnRobot s’apprête à commercialiser D:PLOY, la première plate-forme logicielle automatisée et centrée sur les applications. Cette plate-forme permettra le déploiement automatisé de ces applications collaboratives, afin de créer, d’exécuter, de surveiller et de redéployer les différents cobots depuis un seul et même environnement en ligne. Les délais de configuration peuvent alors être réduits jusqu’à 90 %.

Comment construire une filière scientifique solide en Afrique ?

Annick-Suzor-Weiner, présidente de l’Association pour la promotion scientifique de l’Afrique (APSA)
Annick Suzor-Weiner, présidente de l’Association pour la promotion scientifique de l’Afrique (APSA)

Encore en marge à l’échelle internationale, la recherche et l’innovation africaines se développent peu à peu, malgré des situations hétéroclites selon les Etats. Leur développement pourrait ainsi contribuer au paysage scientifique mondial.

Annick Suzor-Weiner, professeure émérite à l’université Paris-Saclay, s’est beaucoup intéressée aux collaborations avec les pays en développement durant sa carrière d’agrégée de mathématiques et docteure d’Etat en physique. Elle est aujourd’hui chargée de mission auprès de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et présidente de l’Association pour la promotion scientifique de l’Afrique (APSA).

Cette association, composée d’une trentaine de bénévoles, œuvre pour la promotion d’une filière scientifique africaine, notamment en Afrique subsaharienne. Pour Techniques de l’Ingénieur, Annick Suzor-Weiner revient sur l’état des sciences en Afrique, sur les freins au développement de la recherche et de l’innovation sur le continent, et sur les solutions pour faire émerger cette filière.

Techniques de l’Ingénieur : Quelle est la situation des sciences aujourd’hui en Afrique et quelles sont les disparités entre les pays ?

Annick Suzor-Weiner : Je dirais qu’il y a deux gros pôles scientifiques en Afrique : le Maghreb et l’Afrique du Sud. Bien qu’il y ait des différences entre les pays, la recherche y est globalement soutenue, et ces Etats sont devenus des pôles d’attraction pour le reste du continent. Il y a ensuite quelques pays qui commencent à émerger sur le plan scientifique, comme le Rwanda, le Ghana ou le Cameroun. Enfin, d’autres pays sont dans des situations très complexes comme le Tchad, le Mali ou la République centrafricaine.

Avec l’APSA, nous nous intéressons surtout à l’Afrique subsaharienne. De manière générale, la situation évolue peu, c’est-à-dire qu’il y a un manque de professeurs qualifiés et un grand problème de fuite des cerveaux. Un certain nombre de jeunes universitaires brillants sont attirés à l’étranger et y restent, compte tenu des difficultés locales. Cette fuite se comprend parfaitement sur le plan individuel mais n’aide pas à construire une filière scientifique solide sur le continent africain. D’autant que certains pays comme le Canada ont d’excellentes conditions d’accueil pour les post-doctorants et attirent même les chercheurs français.

Pourquoi est-il important de promouvoir les sciences en Afrique ?

C’est le meilleur moyen de développer les connaissances et compétences des jeunes universitaires dans leurs pays. Sans des conditions avantageuses et solides, il n’y aura aucun moyen d’arrêter le brain drain des scientifiques africains, et cela aura un impact sur le développement de leur pays. Cela étant, nous ne valorisons pas uniquement les recherches sur des problématiques locales, qui ne concernent que les Africains. Il est évident que pour l’équilibre mondial, les scientifiques africains doivent participer à la recherche internationale. C’est d’ailleurs le cas aujourd’hui, mais rarement depuis leur pays d’origine.

Ainsi, les pays africains détiennent des pièces du puzzle de la recherche mondiale, en particulier dans certains domaines comme le climat et la biodiversité. En recueillant eux-mêmes les données sur le continent, ils pourraient avoir des résultats plus fiables que si on envoyait des experts étrangers qui pourraient appliquer des méthodes standards inadaptées aux pays. En revanche, il faudrait s’assurer que les scientifiques africains restent bien les propriétaires de ces données à disposition de la communauté internationale.

L’Union Africaine préconise aux Etats africains d’allouer 1% de leur PIB aux sciences. Qu’en est-il ?

Concernant l’Afrique subsaharienne, les financements locaux sont très faibles. Cela a un impact sur les structures, à savoir les laboratoires et le matériel, mais également sur les salaires. Or si les enseignants-chercheurs sont mal payés, ils vont devoir trouver un autre emploi à côté, et ne pourront plus se dédier à la recherche. Il y a des progrès dans certains pays comme au Sénégal ou au Cameroun où les salaires des chercheurs ont été augmentés, mais ce n’est pas le cas partout et c’est la recherche qui en pâtit.

Il existe en parallèle un certain nombre de financements extérieurs, mais ils requièrent de lourdes procédures. Par exemple, les documents demandés pour bénéficier de financements européens sont difficiles à obtenir pour nos collègues africains. De même, les justificatifs requis doivent correspondre au centime près afin de prévenir la corruption mais ça en devient contre-productif car peu de personnes peuvent réellement en bénéficier.

Je pense que pour être réellement profitables aux pays, les financeurs devraient plutôt créer des collaborations à long terme avec des universités plutôt que de financer des recherches individuelles. Enfin, de manière générale, les projets ont plus de chances de survivre si le pays s’implique également. C’est pour cela qu’avec l’APSA nous favorisons les démarches de co-financements.

Quel rôle jouez-vous avec l’APSA ?

Notre association s’intéresse à un secteur un peu délaissé par les financeurs, à savoir celui des sciences dures. De manière générale, les organisations financent davantage les recherches et les innovations dans les domaines de la santé, de la biologie et de l’agronomie car ils ont un impact quasi immédiat sur les populations. Selon nous, les mathématiques et la physique sont des domaines primordiaux pour faire avancer les sciences en Afrique. Dans chaque discipline, avoir un bagage en mathématique est capital, et il est nécessaire de savoir manier les concepts pour pouvoir faire des statistiques dans le secteur de la santé ou pour devenir ingénieur par exemple. Or plusieurs pays d’Afrique subsaharienne souffrent actuellement d’une pénurie d’enseignants dans les sciences dures, ce qui a de lourdes conséquences car il n’y a plus personne pour former les professeurs du secondaire et donc les lycéens par la suite.

Concrètement, nous soutenons certains masters en co-formation avec des universités françaises et également des thèses en complétant des financements lorsqu’ils sont insuffisants. Nous lançons aussi des concours d’innovation et nous organisons les APSA awards afin de financer des séjours de recherche à des jeunes chercheurs qui travaillent en Afrique. Nous avons pour objectif d’inciter les chercheurs africains à se créer un réseau afin de pouvoir continuer à travailler sur le continent.

Que préconisez-vous pour qu’une filière scientifique africaine se développe ?

Tout d’abord, la création d’entreprises. Il y a un grand problème d’employabilité en Afrique subsaharienne, où plus on est diplômé, moins on trouve de travail. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des ingénieurs chauffeurs de taxi, faute d’avoir trouvé un emploi dans leur domaine. Créer des entreprises et favoriser l’auto-entreprenariat est le meilleur moyen de créer des emplois pour du personnel qualifié. Au Maroc par exemple, l’Agence universitaire de la Francophonie a mené un grand programme sur le statut d’autoentrepreneur afin d’inciter les jeunes diplômés à créer leur start-up.

Cela étant, pour lancer une start-up sur des sujets techniques, il faut avoir de l’expérience et l’habitude de manier du matériel. On en revient au problème de l’éducation : en-dehors de la pénurie d’enseignants, nombre d’étudiants arrivent à la fin de leurs études sans avoir pu manipuler un microscope ou un oscilloscope. Avec l’APSA, nous encourageons le développement d’appareils à coûts soutenables plutôt que de viser des équipements hors de prix. Il s’agit par exemple de choisir des diodes plutôt qu’un laser, ou d’utiliser les composants de vieux smartphones par exemple. Tout ce qui va permettre d’acquérir un savoir-faire pratique durant les études.

Enfin, personnellement, je prône la libre circulation des cerveaux pour que les scientifiques puissent aller à l’étranger facilement. Ils pourraient par exemple assister à des colloques ou bénéficier de postes d’invités à l’étranger. Or aujourd’hui, les demandes de visa sont tellement complexes pour les Africains qu’une fois partis, ils vont moins être tentés de rentrer, de peur de ne pas pouvoir repartir facilement. De manière générale, je suis assez optimiste car l’Afrique a une jeunesse formidable, pleine de dynamisme, d’imagination, de compétences numériques et qui ne demande qu’à élargir ses compétences. Les jeunes femmes commencent aussi à émerger. Je pense qu’il faudrait s’intéresser à ce que nous pourrions leur offrir sur place, plutôt que systématiquement vouloir les faire venir.

Propos recueillis par Alexandra Vépierre

Morphosense : surveiller la santé structurelle des ouvrages en temps réel

Créée en 2016, la start-up Morphosense développe une technologie inventée au départ par le CEA Leti pour suivre la déformation d’une colonne vertébrale. Face aux difficultés rencontrées pour trouver un marché porteur dans le secteur médical, l’entreprise a adapté le procédé pour surveiller le comportement de plusieurs types d’infrastructures : ponts, barrages, tunnels, stations pétrolières, éoliennes… Aujourd’hui, elle commercialise un système de monitoring pour mesurer en temps réel les déformations des ouvrages à l’aide d’un réseau de capteurs. Elle propose aussi de réaliser des jumeaux numériques des ouvrages afin d’identifier précisément l’origine d’une défaillance pouvant apparaître. Rencontre avec Alexandre Paléologue et Cyril Condemine, les deux fondateurs et associés de Morphosense.

Morphosens, Cyril Condemine, Alexandre Paléologue
Cyril Condemine (à gauche) et Alexandre Paléologue (à droite), les deux fondateurs et associés de Morphosense. Crédit Morphosense

Techniques de l’Ingénieur : Pourquoi est-il important de surveiller le comportement des infrastructures ?

Alexandre Paléologue : En vieillissant, des désordres commencent à apparaître sur les infrastructures anciennes comme les ponts, les barrages, les tunnels, les écluses, les stations pétrolières… Si l’on n’intervient pas suffisamment tôt, le coût de la maintenance devient prohibitif. Il y existe un facteur 10 entre le coût d’une intervention rapide et une autre trop tardive. Et dans le pire des cas, la facture peut aller jusqu’à la reconstruction totale de l’ouvrage. Auparavant, les technologies étaient peu précises, peu robustes et n’étaient pas capables d’assurer un suivi en temps réel. Aujourd’hui, avec les progrès technologiques, le rêve de réaliser de la maintenance prédictive devient une réalité accessible à tous les ouvrages, alors qu’il était encore impossible il y a une quinzaine d’années. Quant aux nouvelles infrastructures, avant qu’elles ne soient mises en service, il y a un réel intérêt d’apporter la preuve numérique, grâce à des mesures, qu’elles répondent bien au cahier des charges. Et surtout, plus on instrumente tôt dans la vie d’une structure, et plus il va être possible de la maintenir en état, de prolonger sa durée de vie, et au final elle coûtera moins cher à exploiter.

Quelle technologie avez-vous développée pour observer la fatigue des ouvrages ?

Cyril Condemine : Nous avons développé un système basé sur un réseau de capteurs, dont chacun fait la taille d’une demi-feuille A4 et mesure dix paramètres à l’aide de trois accéléromètres, trois gyromètres, trois magnétomètres et une sonde de température. Ces capteurs sont reliés entre eux grâce à un câble unique, dont la longueur maximale peut aller jusqu’à 1,5 km. Grâce à ce réseau, nous mesurons la vie structurelle d’un ouvrage, c’est-à-dire la façon dont il respire, se déforme, se tord, la fréquence à laquelle il vibre…

Morphosense, capteurs sur infrastructures
Le réseau de capteurs à positionner sur les infrastructures à surveiller. Crédit Morphosense

Notre procédé de monitoring se différencie par sa robustesse. Il fonctionne dans tous les environnements extérieurs et industriels, jusqu’à 100 m sous l’eau, et il est même possible de rouler dessus. Ensuite, il est simple à utiliser, car nous avons développé un capteur qui s’adapte à toutes les structures, quelles que soient leurs formes, leurs tailles, et le type de matériau sur lequel il faut le positionner. Chaque capteur est de plus très performant, avec par exemple la présence d’accéléromètres de très haute précision, avec une sensibilité de l’ordre de quelques µg/√Hz. Il se comporte comme un capteur sismique et est capable de mesurer des tremblements de terre, même ceux qu’on ne ressent pas. Enfin, nous avons développé l’interopérabilité de notre procédé. Il peut se connecter à d’autres capteurs déjà présents sur les infrastructures, comme une station de météorologie ou un fissuromètre, afin de récupérer ce flux de données.

Comment exploitez-vous toutes ces données ?

AP : À partir de ce monitoring, nous sommes capables de montrer, de manière chiffrée, la façon dont se comportent les structures et vont répondre aux sollicitations auxquelles elles sont soumises. Mais pour vraiment savoir pourquoi elles se comportent de telle manière, nous avons dû importer toutes les données dans un modèle 3D. Nous avons développé des jumeaux numériques afin de représenter le comportement physique des infrastructures. Nous leur faisons subir les mêmes contraintes que celles que l’ouvrage rencontre dans la réalité. Sur un pont, cela peut être le trafic routier, et sur une écluse, l’impact de l’eau. En plus de visualiser la fatigue progressive d’un ouvrage, nous sommes capables d’identifier, grâce à la représentation de l’ensemble des forces mises en jeu, l’endroit exact à l’origine d’une défaillance. Nous pouvons ainsi indiquer à nos clients quelle est la pièce structurelle, comme par exemple une poutre, qui est responsable de la déformation observée sur son ouvrage et qu’il convient de réparer. C’est à partir de ces jumeaux numériques qu’il est possible de mettre en place une maintenance prédictive.

Morphosense, jumeaux numériques, éoliennes offshore
Les jumeaux numériques de deux éoliennes offshore. Crédit Morphosense

CC : Autre point important : ces simulations 3D sont réalisées en temps réel, alors que normalement le traitement de toutes les données exige plusieurs semaines de calcul. Face à un coup de vent par exemple ou à un événement sismique, nous pouvons revenir en arrière et montrer la manière dont la structure s’est comportée au regard de ces contraintes.

À quel stade se trouve votre projet ?

AP : Sur la partie monitoring, une première offre commerciale a été lancée dès 2018 et nous en avons vendu une quinzaine dans le monde. Les jumeaux numériques ont été commercialisés en début d’année dernière ; quatre sont déjà opérationnels et deux autres en cours d’installation. Nous nous positionnons sur le marché du génie civil, du nucléaire, et de l’hydrologique.

Notre ambition aujourd’hui est de participer à la transition numérique et énergétique. Nous souhaitons être leaders dans le domaine de l’éolien offshore et surtout flottant pour permettre aux exploitants de rentabiliser leurs équipements. S’ils ne parviennent pas à maîtriser le coût de la maintenance, alors le coût de l’énergie produit risque d’exploser, et au final ce sont les consommateurs qui devront payer la facture. Sur un parc d’éoliennes flottantes, dont l’exploitation dure environ 20 ans, nous sommes capables de réduire le coût de la maintenance de 15 %. Cela peut paraître peu, mais sur un parc possédant une cinquantaine d’éoliennes, cela représente plusieurs dizaines de millions d’euros, voire un peu plus. Par ailleurs, à l’issue de cette exploitation, l’exploitant va vouloir vendre son parc. Grâce à notre technologie, il possédera le carnet de santé de chaque éolienne, avec la preuve de leur état structurel et il sera même possible de garantir une durée de vie restante.

CC : Il existe entre quatre et cinq entreprises dans le monde qui font la même chose que nous. Notre système est très performant, connu dans son écosystème, mais nos clients potentiels sont de très grands groupes industriels comme TotalEnergies, Shell, Siemens, EDF, Engie… Une start-up peut faire de la R&D, mais pour être crédible sur ces marchés, il faut qu’elle ait une autre envergure. Nous sommes aujourd’hui à la recherche d’un partenaire industriel, déjà présent sur ces marchés, afin de profiter de sa puissance commerciale, sa renommée, sa visibilité, pour commercialiser notre technologie.

Chimirec et Trackdéchets : un partenariat fructueux

Né fin 2018, Trackdéchets a débuté par une série de rencontres avec des entreprises du secteur des déchets, directement concernées par ce projet visant à dématérialiser un document jusqu’alors uniquement utilisé sous forme papier : le BSD, pour « Bordereau de suivi des déchets ». Parmi ces entreprises, Chimirec, qui a rapidement vu en ce projet un intérêt majeur : mettre en œuvre à grande échelle une démarche vertueuse autour du déchet dangereux. L’entreprise a ainsi fait part de son mode de fonctionnement, de son organisation, de ses contraintes et a formulé ses demandes au fil du développement de la plateforme, jusqu’à son lancement il y a peu. L’utilisation de Trackdéchets est en effet devenue obligatoire le 1er juillet dernier. Un changement qui a notamment nécessité d’importantes adaptations des outils informatiques utilisés par Chimirec, comme nous l’explique le directeur des systèmes d’information du groupe, Bruno Quily.

Techniques de l’Ingénieur : Pouvez-vous nous présenter Chimirec en quelques mots ?

Bruno Quily, Directeur des systèmes d’information du Groupe Chimirec
Bruno Quily, Directeur des systèmes d’information du Groupe Chimirec. ©Chimirec

Bruno Quily : Chimirec est un groupe de collecte et de traitement de déchets industriels dangereux et non dangereux ; il réalise également une activité de collecte d’huile assez importante. L’entreprise a été créée en 1957. Chimirec a donc aujourd’hui près de 65 ans.

Le groupe est implanté au niveau français avec une quarantaine de sites, mais est également présent à l’international, pour un total de 1 400 salariés. L’actuel président du groupe est Jean Fixot, le fils du fondateur Pierre Fixot, qui a repris les rênes en 1987. Nous sommes un acteur important du marché, tout en étant malgré tout plus petits que certains de nos concurrents tels que Suez ou Veolia.

Quelle part de vos activités la gestion et la traçabilité des déchets dangereux représentent-elles ?

Si j’intègre les déchets industriels dangereux et les huiles, cela représente la majeure partie de notre activité. Rien qu’en termes de déchets industriels dangereux, nous éditons par exemple 500 000 BSD[1] par an en collecte et 50 000 en élimination, pour tous les déchets que nous regroupons et que nous envoyons vers des centres de traitement. En ce qui concerne les huiles, nous éditions à peu près 80 000 bons à l’année. Cette activité autour du déchet dangereux est significative en termes de chiffre d’affaires et de volume, mais elle l’est d’autant plus du point de vue des systèmes d’information.

Quelles sont les origines de Trackdéchets ? Depuis quand êtes-vous impliqués dans ce projet ?

C’est un projet que nous suivons quasiment depuis sa genèse, qui a débuté fin 2018. L’idée a vu le jour au ministère de la Transition écologique et solidaire, où il existe une sorte d’incubateur de start-up d’État, qui s’appelle la Fabrique du numérique. Cette entité regroupe des personnes issues des différentes directions du ministère, qui sont chargées de lancer des projets autour de multiples thématiques. En l’occurrence, pour la thématique Trackdéchets, c’est un inspecteur de la Dreal[2] de Niort qui s’est emparé du sujet avec la volonté de dématérialiser le BSD, que l’on connaissait jusqu’alors uniquement en tant que Cerfa. La dernière version de ce formulaire datait de 2005… Cet inspecteur a commencé par des rencontres avec les entreprises concernées par l’utilisation du document en question. Il est naturellement arrivé sur l’une de nos filiales, située à Poitiers. Il a sollicité la directrice locale, qui m’a contacté pour organiser une rencontre. Elle a eu lieu fin 2018, à une époque où le sujet était encore balbutiant, tant du point de vue des producteurs que des collecteurs de déchets comme nous, ou encore des transporteurs. Cette rencontre a été très enrichissante, cela nous a permis de bien cerner la démarche et de comprendre comment les choses allaient se passer. Le projet a continué à être déroulé au fil des mois, et nous nous sommes de nouveau rencontrés à plusieurs reprises jusqu’en 2020. Nous avons alors eu des entretiens au sein de « La Fabrique du Numérique », l’incubateur de services numériques du pôle ministériel de la transition énergétique. Dès le début, nous avons jugé le projet intéressant, car il s’inscrit dans une démarche vertueuse chère à Chimirec, celle d’une meilleure traçabilité des déchets, avec, par la même occasion, la volonté de mettre hors circuit des gens que je qualifierais de non professionnels… De par mon activité, tout ce qui concerne la digitalisation m’intéresse évidemment au plus haut point. Nous avons donc accompagné le projet et rencontré nos homologues chez d’autres collecteurs, qui ont eux aussi été forces de propositions.

Les différentes étapes de publications des décrets ont ensuite pris du retard, ce qui n’a pas été sans poser quelques difficultés… Nous avons toutefois réussi à obtenir une période de tolérance avant la mise en place définitive de Trackdéchets, afin de continuer à adapter nos systèmes d’information et régler certains problèmes techniques. Il s’agissait d’un projet assez lourd et assez vaste.

Trackdéchets est désormais obligatoire, et ce depuis le 1er juillet. Normalement, le décret prévoyait un démarrage au 1er janvier 2022, mais une période de tolérance a donc été accordée face aux problèmes techniques rencontrés au départ sur la plateforme elle-même, ou de notre côté sur l’interfaçage de nos outils. Il ne s’agissait pas d’un simple projet informatique, loin de là.

Très concrètement, quel travail avez-vous eu à réaliser pour adapter vos systèmes d’information à cette nouvelle plateforme créée par l’État ?

Dès le départ, nous avons regardé ce qui était proposé par l’équipe Trackdéchets. En l’occurrence, deux approches sont possibles. On peut, premièrement, travailler directement sur le portail de l’État. Mais cela n’était pas envisageable pour nous. Cela impliquait en effet de travailler « main gauche sur le portail » et « main droite dans notre propre outil », avec à la clé une charge de travail doublée pour nos utilisateurs, ce qui était totalement inenvisageable au vu des 500 000 BSD que nous éditions annuellement… L’équipe Trackdéchets a mis à disposition des API[3], utilisées d’ailleurs pour le développement du portail. Nous nous sommes donc penchés sur l’utilisation de ces API qui nous étaient proposées et sur leur intégration dans nos outils afin de pouvoir faire signer numériquement le BSD par un producteur de déchets. Tout ce que nous avions l’habitude d’imprimer sur le Cerfa papier devait ainsi être intégré dans le portail numérique, afin, ensuite, de mettre ces informations à disposition des différents acteurs de la chaîne devant apposer leur signature. Nous avons donc avancé par petits pas. Dès le début, l’écueil auquel nous avons fait face a été celui de l’identification stricte du producteur de déchets. Nous n’avions plus le droit à l’erreur : une erreur de SIRET sur le papier pouvait être corrigée au moment opportun, alors qu’avec une solution numérique, si l’identification du producteur est erronée dès le départ, celui-ci ne peut tout simplement pas signer le document. Nous avons donc fortement accentué le travail assez colossal de qualification de notre base de données, une démarche complexe engagée depuis de nombreuses années. Sur la partie collecte de déchets dangereux et d’huiles, nous facturons en effet 46 000 clients à l’année… Cela a également amené des changements au niveau de la cinématique métier ; les informations présentes sur le BSD désormais dématérialisé ont été enrichies.

Partenariat Chimirec et Trackdechets
Chimirec a réalisé un important travail de communication auprès de ses clients afin de les sensibiliser à l’importance de leur inscription sur la plateforme Trackdéchets. © Chimirec

Qu’a impliqué ce passage au numérique pour les producteurs de déchets ?

Nombre de producteurs bénéficiaient déjà de l’un de nos services consistant à remplir ces documents en conformité avec la réglementation. Pour eux, le passage au portail ne change donc rien. La seule complexité a consisté pour eux à s’inscrire sur le portail afin de pouvoir procéder à la signature. Malgré beaucoup de communication de notre part auprès des clients de notre portefeuille, mais également de la part de l’équipe Trackdéchets au niveau national, toute cette phase d’adhésion a été un problème et a pris énormément de temps.

Pour plusieurs de nos gros clients, de grands groupes et éco-organismes qui génèrent beaucoup de volumes à collecter, le sujet a été abordé différemment. Ils ont en effet pris l’initiative de remplir désormais eux-mêmes les BSD. Cela a posé quelques problèmes, des échanges supplémentaires et un travail d’accompagnement avec notre back-office. Nous ne travaillons toutefois à une vitesse de croisière que depuis trois mois environ et les choses se fluidifient avec le temps.

La perception par les producteurs de ce passage au numérique dépend donc de leur taille, mais aussi de leur appétence pour les outils informatiques. Tout cela est assez variable.

Les objectifs en matière de sécurisation et d’amélioration de la traçabilité des déchets ont-ils selon vous été atteints ?

Hormis la charge de travail que cela a représenté, notre ressenti est extrêmement positif ! Nous sommes désormais dans un cercle vertueux. Les lacunes que pouvait impliquer le papier sont désormais de l’histoire ancienne. Nous travaillons également au fil de l’eau, ce qui n’était pas le cas avant, où nous réalisions la transmission de nos registres une fois chaque année.

Ce qu’il ne faut en revanche pas perdre de vue est que Trackdéchets constitue certes le bras armé des échanges entre les producteurs, collecteurs, transporteurs et centres de traitement, mais que sa finalité reste tout de même le RNDTS : le registre national des déchets, des terres excavées et sédiments, un moyen pour l’État d’avoir un œil sur la traçabilité. Trackdéchets reste vraiment le dispositif d’échange, alors que la finalité est ce RNDTS, qui devrait voir le jour au 1er janvier 2023. La volonté est réellement de capter toute l’information concernant les échanges de déchets. C’est grâce à ce registre que l’État va notamment pouvoir identifier de potentiels dysfonctionnements de professionnels regroupant par exemple des déchets qu’ils n’ont pas le droit de réceptionner sur leur plateforme, ou envoyant des déchets vers des centres inappropriés. Des pratiques qui étaient autrefois très difficilement détectables. On est vraiment désormais dans un cercle vertueux.

Quels axes d’amélioration avez-vous éventuellement identifiés pour parfaire ce portail Trackdéchets qui vient de voir le jour ?

Le projet Trackdéchets est loin d’être terminé… Il concerne en effet, outre les déchets dangereux, l’amiante, mais également les fluides frigorigènes ou encore les DASRI[4], non collectés par Chimirec. Or, le portail n’est pas encore abouti sur l’ensemble de ces fonctionnalités. Certains aspects obligatoires d’un point de vue réglementaire continuent également à dysfonctionner. De nombreuses situations nouvelles ont aussi émergé de ce passage du papier au numérique, qui rigidifie, structure les échanges.

Il reste également des problèmes au niveau des API qui n’encaissent pas encore forcément les volumes que nous sommes susceptibles de leur envoyer. Il y a un travail à faire sur la résilience du dispositif : si Trackdéchets ou nos propres outils ne fonctionnent plus, le chauffeur n’a par exemple plus accès aux documents à faire signer sur son smartphone…

Un certain nombre de points tels que ceux-ci nécessitent donc d’être corrigés et nous échangeons régulièrement à ce sujet avec l’équipe en charge de Trackdéchets, en direct ou via nos syndicats professionnels, qui se font le relais de nos demandes. Le sujet est très loin d’être terminé, tant pour eux que pour nous ! Il reste beaucoup à faire sur la feuille de route. Je reste toutefois extrêmement positif sur la finalité de l’outil qui doit être mis en place à terme. Je le répète, c’est une belle avancée.


[1] Bordereau de suivi des déchets, document dont l’objectif est d’assurer la traçabilité et la bonne gestion des déchets.

[2] Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement

[3] Application programming interface ou « interface de programmation d’application » : interface logicielle qui permet de « connecter » un logiciel ou un service à un autre logiciel ou service afin d’échanger des données et des fonctionnalités. (Source : CNIL)

[4] Déchets d’activités de soins à risques infectieux

Green Al : créer du biogaz à partir de déchets dans les régions isolées

Kheira Nawel Benaissa, fondatrice de Green Al
Kheira Nawel Benaissa, fondatrice de Green Al / crédit : Biogas GreenAl Energy

Face aux inégalités dans l’accès à l’énergie en Algérie, la start-up Green Al propose une réponse en vendant des biodigesteurs mobiles afin de créer du biogaz à partir de déchets organiques. Cette solution initialement pensée pour les zones désertiques de l’Algérie intéresse également le reste de l’Afrique et l’Europe, où des tests sont menés en Espagne.

C’est durant son doctorat en gestion des déchets et pollution des écosystèmes que la fondatrice Kheira Nawel Benaissa s’est spécialisée dans la production de biogaz. Elle a créé son premier biodigesteur de 15 mètres cubes dans le sud de l’Algérie et a publié ses résultats dans un livre. Depuis, elle est devenue enseignante-chercheuse à l’université de Tamanrasset (Algérie) et a fondé sa start-up Green Al en 2021. Proposant une solution innovante et écologique, la start-up a séduit et a remporté des prix dans plusieurs challenges, dont le Algeria-Climate-Change-Challenge A3C ou EMERGING Mediterranean.

Techniques de l’Ingénieur : Pourquoi avoir créé votre start-up Green Al ?

Kheira Nawel Benaissa : J’ai vécu 10 ans dans le sud de l’Algérie, et quand je sortais dans le désert, je voyais des communautés dans les villages qui n’avaient pas accès au gaz et à l’électricité. Ils devaient alors parcourir des centaines de kilomètres, sur des pistes car il n’y a pas de routes, afin d’acheter des bouteilles de butane. Sinon, ils utilisaient le charbon et le bois, or ces méthodes sont nocives à l’environnement et font qu’aujourd’hui, nous n’avons presque plus de palmiers autour de ces villages. Si l’Algérie est considérée comme un pays de pétrole et de gaz, il y a un réel problème d’approvisionnement à l’énergie.

Je dis toujours que le rôle d’un chercheur est de trouver des solutions à la société et de les appliquer sur le terrain. C’est pour cela que j’ai travaillé sur le biogaz durant mon doctorat, avec l’idée de créer mon entreprise par la suite. J’ai pu ensuite faire incuber mon projet, ce qui m’a permis d’acquérir suffisamment de compétences en business, puis j’ai reçu le label du projet innovant de la part du ministère des Startups algérien en septembre 2021. A partir de là, j’ai créé officiellement Green Al.

Que propose votre entreprise ?

Notre solution est un kit qui contient un biodigesteur fabriqué en toile PVC, ce qui a l’avantage d’être transportable et mobile. On y trouve également un réchaud pour brûler le gaz du méthane, un adaptateur pour convertir le biogaz en électricité en le raccordant à un groupe électrogène, et enfin, notre inoculum, qui est un peu notre recette secrète pour booster la production du biogaz. C’est d’ailleurs sur cet inoculum que j’ai travaillé durant mon doctorat. Nous proposons plusieurs volumes de biodigesteur selon les besoins du client et de la quantité de déchets qui sera introduite. La durée de vie de notre produit est de 8 à 10 ans.

Kit Green Al : biodigesteur en toile PVC, réchaud, adaptateur pour convertir le biogaz en électricité, inoculum
Le kit Green Al est composé d’un biodigesteur en toile PVC, d’un réchaud, d’un adaptateur pour convertir le biogaz en électricité et de l’inoculum. Crédit : Biogas GreenAl Energy

Comment fonctionne votre solution ?

Le biodigesteur est installé en extérieur, sur une surface plane, et raccordé au réchaud dans la cuisine. On y jette des déchets donc les restes de repas, les épluchures, les eaux usées, les déchets des animaux, ainsi que notre inoculum. Une fois le biodigesteur fermé, notre technologie fonctionne sur la digestion anaérobie, c’est-à-dire que ce sont les bactéries qui vont agir, et produire du biométhane prêt à être brulé durant 12 jours. Selon le volume du biodigesteur, on peut produire du biogaz entre 2h et 6h d’utilisation continue. Au bout de 3 mois, on vide le contenu du biodigesteur afin de le remplir à nouveau. Le digestat qui reste est un très bon biofertilisant et peut donc être réutilisé.

Qu’y a-t-il dans votre inoculum ?

Lors de mon doctorat, j’ai étudié les bactéries qui se trouvent dans le crottin de dromadaire. Des études avaient été menées par des Indiens sur les chameaux, mais je n’ai trouvé aucune littérature sur les dromadaires d’Algérie. Bien m’en a pris car j’ai découvert que ces bactéries agissaient comme une solution tampon pour maintenir le pH neutre. Or dans la digestion anaérobie, si le pH devient acide, tout est à jeter. Ces bactéries permettent alors de maintenir le pH neutre sans utiliser de produits chimiques et le gaz produit est composé à 75% de méthane donc il n’y a pas d’impuretés. Nous sommes d’ailleurs en train de déposer le brevet de notre inoculum.

A qui est destiné votre kit ?

Notre solution s’adresse aux particuliers dans les zones isolées, aux hôpitaux, écoles, cantines, restaurants, fermes etc. donc tous les endroits où il y a une source de déchets. Pour l’heure, nous avons envoyé bénévolement nos kits à des associations en Algérie afin qu’elles le testent, et nous l’avons vendu à des installations agricoles. Un kit est également en test en Espagne, et nous allons en envoyer à l’association Noé qui travaille entre autres au Niger afin qu’il soit testé. Si les tests sont validés, nous pourrons passer commande.

Quel est le prix de votre kit ?

Notre kit Green Al 2, avec un volume de 1200L, coûte 666$ et le Green Al 6 pro, avec un volume de 2500L, coûte 998$. Nous avons une stratégie de « pay as you go » donc le paiement se fait par tranche. Pour les associations ou les particuliers pour qui le coût serait trop élevé, nous proposons aussi de leur faire payer une petite partie et en échange, ils nous donnent le digestat produit que nous utilisons pour fabriquer notre biofertilisant.

Quels sont vos projets ?

Nous travaillons sur plusieurs sujets pour améliorer notre solution. Tout d’abord, je suis actuellement en Roumanie pour mener des recherches afin d’améliorer la qualité de notre inoculum. Le but est de réduire la durée de production de biogaz de 12 jours à 6-7 jours. J’en profite également pour y créer une filiale Green Al Roumanie, ce qui nous permettra d’être présent dans l’Union européenne. Cela facilitera la distribution de nos produits ainsi que l’achat de nos matières premières, car les réglementations concernant l’import-export sont très complexes en Algérie et les démarches administratives sont très longues.

Enfin, notre biodigesteur peut actuellement produire du biogaz si la température extérieure est de 30-35 degrés. Cela ne posait pas de problème dans le sud de l’Algérie, mais les conditions climatiques sont très différentes en Europe. Pour le moment, nous devons chauffer notre biodigesteur à l’aide de résistances, en utilisant de l’électricité pour le maintenir à 30 degrés. Nous sommes donc en train de réfléchir à une méthode pour chauffer notre biodigesteur sans utiliser d’énergie extérieure.

Est-il facile d’innover en Algérie ?

Il y a une bonne volonté du gouvernement avec la création du ministère de l’Economie de la connaissance et des Startups il y a deux ans, ainsi que la mise en place de financements dédiés à l’innovation. Fin août dernier par exemple, ils ont annoncé un fond de 58 milliards de dinars algériens [environ 415 millions d’euros, NDLR], destiné aux startups de chacune des provinces algériennes. En revanche, beaucoup de démarches administratives nous freinent, et il reste compliqué d’accéder à ces fonds.

D’autre part, les réglementations concernant l’acquisition du matériel pour la recherche sont les mêmes dans tout le pays, or l’université de Tamanrasset se situe dans une région enclavée à 2200 km de la capitale. Cet isolement, couplé aux longues procédures administratives, font que j’ai dû attendre 4 ans pour recevoir le matériel destiné à ma recherche. Enfin, le fait d’être une femme complique aussi la situation car les femmes mariées sont souvent sous la coupole de leur mari. Personnellement, j’ai dû divorcer car mon mari ne voulait pas que je poursuive mes recherches en laboratoire. Il y a donc eu beaucoup d’obstacles mais je suis persuadée d’avoir fait les bons choix. Je crois en ma société et j’ai vu l’impact positif de ma solution sur les citoyens.

Propos recueillis par Alexandra Vépierre

Le blob pour sensibiliser aux changements climatiques

Depuis avril dernier, des volontaires réalisent des expériences scientifiques sur le blob. 14 000 participants de tous horizons, allant du grand public aux écoles, en passant par les laboratoires, Ehpad et établissements pénitentiaires, expérimentent les effets du changement climatique, notamment la variation de chaleur, sur deux espèces de blob. 95 % des participants vivent en France, le reste est en Belgique, Suisse, Canada, Japon, Australie… Pour mieux comprendre l’intérêt de ce programme de science participative, nous avons échangé avec Audrey Dussutour – aka Docteur Drey sur les réseaux sociaux –, directrice de recherche au CNRS de Toulouse. Après « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander » aux Éditions J’ai Lu, la grande spécialiste française du blob publie son journal intime « Moi le blob » aux Éditions HumenSciences.

Techniques de l’ingénieur : Pourquoi avoir lancé ce programme de science participative sur le blob et le réchauffement climatique ?

Audrey Dussutour, directrice de recherche au CNRS de Toulouse
Audrey Dussutour – ou Docteur Drey sur les réseaux sociaux – est directrice de recherche au CNRS de Toulouse. Crédit : David Villa Scienceimage CBI/CRCA/CNES/CNRS Phototèque

Audrey Dussutour : Ce programme a plusieurs objectifs. Le premier est de développer l’esprit critique des gens, car la plupart ne savent pas comment se fait la science. Et la crise du covid nous l’a bien démontré : on entendait tout et n’importe quoi. Nous avons ainsi expliqué la démarche scientifique avec les étapes à respecter lorsqu’on fait de la vraie science. Ensuite, le deuxième est de sensibiliser au réchauffement climatique : les gens simulent des vagues de chaleur à la maison et voient que le blob ne va pas très bien. Et le dernier objectif est de faire progresser les connaissances, car nous allons faire une publication à partir des données exploitables – nous savons que la variabilité sera énorme – des expérimentations.

Pourquoi le blob ?

Blob, science participative, CNRS, Audrey Dussutour
14 000 volontaires testent les effets du réchauffement climatique sur le blob. Crédit: Audrey Dussutour/CNRS

C’est simple, je travaille sur le blob ! (rires). Il est facile à élever et on peut l’envoyer par la poste. Il a également des capacités extraordinaires et passionne énormément le grand public. Les gens vont pouvoir le garder, en le rendormant, et ainsi faire d’autres expériences pour leur curiosité. De plus, comme ce n’est pas un animal, il n’y a pas de problème éthique. C’est un organisme primitif unicellulaire présent en France. C’est d’ailleurs pour cela que certains pays – et même des départements français comme la Réunion – n’ont pas pu participer à l’expérience, car l’espèce envoyée n’y est pas présente et nous ne souhaitions pas faire d’introduction d’espèce.

Existe-t-il d’autres espèces de blob dans ces pays ?

Oui ! Et c’est trop dommage, car une personne devait nous fournir des espèces, mais nous ne les avons finalement pas eues. Une espèce que je ne connaissais pas d’ailleurs. Mais produire de nombreux blobs, ce n’est pas si facile que ça. Cela nous a demandé 8 mois en heures pleines !

Vous voulez faire progresser la connaissance avec ce programme, mais y a-t-il déjà des informations que vous connaissez sur l’effet du réchauffement climatique sur le blob ?

Oui, et nous avons présenté aux volontaires les résultats de la bibliographie que nous avons réalisée sur les effets de la chaleur sur Physarium polycephalum. On sait par exemple qu’il avance moins vite, qu’au-delà de 42°C il meurt… Mais les scientifiques qui ont réalisé l’étude ne l’ont pas fait sur le long terme. Sur nos expériences, nous faisons osciller la température entre 19 et 32°C. Notre objectif n’est pas de tuer le blob ! Ce qui nous intéresse, c’est de voir comment le blob réagit à cette variation de température ainsi que sa capacité à revenir à son état normal à chaque fin de protocole, c’est-à-dire à température ambiante.

Est-ce une donnée que vous connaissez déjà ?

Non, pas vraiment. Dans le programme, nous avons 15 protocoles à réaliser sur 8 souches différentes. Au laboratoire, nous n’avions fait qu’un protocole et sur quelques souches seulement. On ne sait pas s’il est capable de revenir à son état normal. Ce que l’on sait par contre, c’est que le changement de température est assez flagrant sur le blob. Les participants se rendent immédiatement compte des effets de la montée de température sur les êtres vivants, et pourtant, on ne monte que de quelques degrés…

Et dans la nature ? Pour un climat réchauffé, est-ce que cela signifie que ce type d’organisme ne pourrait pas survivre ?

En réalité, le blob est là depuis près d’un milliard d’années et il possède des moyens de résistance. Il peut se mettre en dormance et attendre que les conditions s’améliorent. Cependant, ce qui est plus délicat pour le blob – et c’est ce qu’on essaie de montrer dans l’expérience – ce sont les changements. Ce n’est pas vraiment le fait qu’il fasse 25 ou 30°C, mais c’est l’écart de température. Par exemple : le matin, s’il fait 15°C, le blob va se réveiller. Mais s’il fait 35°C l’après-midi, il n’aura pas le temps de grandir et va mourir. Passer de 25 à 28°C ça ne change pas grand-chose pour lui. De 20 à 35°C oui… L’idée est d’expliquer cela. Car souvent, lorsqu’on parle de réchauffement climatique, les gens se focalisent sur l’idée que la température sur la surface de la Terre va augmenter d’1,5° dans le meilleur cas, mais ce n’est pas passer de 32 à 33,5 en réalité, c’est une moyenne. Le pire, c’est les changements.

Est-ce pareil pour le froid ?

Oui, le blob ne résiste pas en dessous de 4°, donc il peut mourir de froid. Pour bien comprendre, le blob vit dans les forêts tempérées. C’est un organisme que l’on va observer au printemps si les températures sont douces, vers 20°C. Il se nourrit de champignons et de bactéries dans la nature. Il a une vie relativement courte : il lui faut entre 1 et 4 semaines pour arriver à maturité, soit environ 20 cm². Si pendant ces semaines de croissance il y a un coup de chaleur et que le blob n’a pas eu le temps de se rendormir – car il lui faut 36h –, il va mourir avant de se mettre en dormance. Une fois endormi, il peut subir des températures allant de -80°C à +60°C.

Les conclusions tirées pour le blob peuvent être valables pour d’autres organismes ?

Oui, ce qui est vrai pour le blob l’est pour d’autres organismes en réalité. Le problème de tous changements environnementaux, c’est que les espèces doivent s’adapter. Mais si une espèce n’arrive pas à s’adapter, elle va manquer peut-être à une autre espèce qui, elle, arrive à s’adapter et qui s’en nourrissait. Si le blob disparaît, ça veut dire que les bactéries et les champignons ne seront pas mangés par le blob, ils vont s’accumuler. Il ne faut jamais voir les espèces de manière individuelle, car les espèces sont toutes liées les unes aux autres en réseau.


Infos complémentaires

Un plan d’action proposé pour développer la géothermie de surface en France

Le sous-sol de la terre renferme un gisement quasi inépuisable d’énergie. Il existe différents types de géothermie, qui se différencient entre eux par la profondeur d’exploitation de la chaleur interne de la terre, de sa température, ainsi que de la valorisation de cette ressource. Le Haut-commissariat au plan (HCP) vient de rédiger une note dans laquelle il recommande le lancement d’un plan d’action pour développer la géothermie de surface. Ce programme pourrait contribuer de manière substantielle à l’atteinte des objectifs de souveraineté stratégique et énergétique de la France, de neutralité carbone et de sortie des énergies fossiles.

Pour rappel, la géothermie de surface consiste à récupérer la chaleur du sous-sol à une profondeur généralement située entre 0 et 200 mètres. À l’aide de sondes géothermiques, cette chaleur est transférée grâce à un fluide caloporteur, composé d’eau et d’antigel, vers un échangeur thermique de type pompe à chaleur. En fonction de la saison, cette technique peut être utilisée pour le chauffage ou le rafraîchissement des maisons individuelles, des habitats collectifs, ainsi que des bâtiments du tertiaire.

« Comparée à la géothermie profonde, la géothermie de surface permet d’avoir accès, à des coûts bas, à une production calorique ou frigorifique, par les technologies maîtrisées et améliorables du forage et de la pompe à chaleur, souligne le HCP. C’est un mode de production économe, sans altération sensible dans le temps, et qui utilise simplement les capacités sans limites de notre planète, directement sur place, par le circuit de production/consommation le plus court possible. »

À ce jour, cette technologie est peu valorisée en France. Elle fournit uniquement 3 % de la chaleur renouvelable, soit un peu plus de 1 % de la chaleur produite en France ; la production de froid est quant à elle négligeable. Or, le potentiel de la géothermie de surface est très important au regard de la demande énergétique des bâtiments. En additionnant les différents gisements, le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) estime à 100 TWh annuels le potentiel d’économie de gaz accessible d’ici 15 à 20 ans grâce à ce procédé.

Convertir 4 millions de maisons individuelles chauffées au gaz ou au fioul

Face à cette situation, le Haut-commissariat au plan propose une feuille de route pour faire décoller le secteur de la géothermie de surface en France. Elle se décline en quatre volets afin de rendre effectif ce déploiement partout où cela est possible.

Un premier effort doit porter sur le développement de la formation des professionnels du secteur dans le but d’accroître le volume de l’offre. Les besoins en main-d’œuvre sont considérables par rapport à l’offre disponible à ce jour. Le BRGM estime à 2 400 le nombre de postes de foreurs nécessaires – contre environ 70 aujourd’hui, 200 en comptant les capacités de forage dans le domaine hydraulique – pour réaliser en deux décennies la conversion de la moitié des 8 millions de maisons individuelles chauffées au gaz ou au fioul. L’ampleur de cette montée en compétences requiert un plan de formation adapté et ambitieux auprès des organismes spécialisés et des entreprises potentiellement concernées.

En plus de ces ressources humaines, un deuxième axe doit être mené en parallèle pour développer les capacités de forage et l’offre de systèmes de chauffage. Les outils de production font défaut actuellement pour déployer davantage de pompes à chaleur. « Il est impératif de consulter les industriels concernés pour établir un plan de montée en charge et ses conditions, par exemple dans le cadre du plan France 2030 ou d’une action européenne concertée », déclare le HCP. Plus loin, il ajoute : « une programmation pluriannuelle des besoins pourrait être établie, sur laquelle les pouvoirs publics pourraient donner des garanties de stabilité (calendrier de déploiement, volumes, perspectives de soutien et d’accompagnement, visibilité sur la réglementation), et les industriels préciser comment ils pourraient répondre à ces commandes. »

Un troisième axe de développement se situe au niveau des incitations à l’investissement. Selon le HCP, il est nécessaire de les revoir afin de les faire correspondre aux capacités de financement des ménages. « Ce soutien à l’investissement doit être arrêté en concertation entre l’État, les collectivités territoriales et les organismes de financement. Il peut emprunter différentes formes, telles que l’augmentation des aides aux pompes à chaleur géothermiques afin de diminuer le reste à charge, ou des facilités de financement et de prêt », précise l’institution.

Enfin, un dernier volet porte sur la nécessité d’établir de manière plus précise la cartographie du territoire pour favoriser le développement de la géothermie de surface, en repérant notamment les zones les plus favorables à des forages performants. « Pour fiabiliser les forages et optimiser les installations, une cartographie plus fine du territoire français est souhaitable, indique le HCP. En particulier, les régions Bretagne, Bourgogne-Franche-Comté, Corse, Hauts-de-France et PACA nécessitent des travaux plus poussés selon le BRGM. Il s’agit d’approfondir l’analyse de données existantes par des campagnes de reconnaissance sismique ou par forage. L’optimisation permise par les analyses du BRGM peut faire gagner de l’ordre de 15 % sur le coût d’une installation, pour des campagnes ayant un coût total de quelques dizaines de millions d’euros. »

Laisser les feuilles mortes en place pour favoriser la biodiversité et le stockage du CO2

À l’automne, de nombreux possesseurs de jardins ratissent les feuilles mortes, ramassent brindilles et branches mortes et en remplissent leur remorque. En plus d’être une corvée, cette pratique n’est pas la plus vertueuse, vis-à-vis de la biodiversité comme du climat.

Il est urgent de lâcher prise

Dans un communiqué de presse, Per Gundersen, professeur d’écologie forestière à l’université de Copenhague, explique pourquoi il est sain de laisser les feuilles mortes en place.

D’une part, il s’agit de stocker du CO2 dans le sol, de façon lente :

« Lorsque les déchets de jardin sont brûlés ou compostés par les systèmes municipaux de traitement des déchets, le CO2 retourne très rapidement dans l’atmosphère. En gardant les déchets dans le jardin, le processus de décomposition est nettement plus lent. En pratique, cela signifie que l’on constitue un stock de CO2 de plus en plus important dans le jardin sous la forme de brindilles, de branches mortes et de feuilles qu’on laisse se décomposer. »

D’autre part, les feuilles, brindilles et branches sont une matière première précieuse pour nourrir les jardins et favoriser le développement de la biodiversité.

« Les feuilles aident à nourrir le jardin, car elles alimentent tout un écosystème de décomposeurs. Qu’il s’agisse de champignons, de bactéries, de minuscules créatures invisibles du sol, de vers de terre ou de punaises, ils aident à décomposer et à métaboliser les matières organiques afin que les nutriments soient libérés dans le sol. Ces décomposeurs constituent ensuite une source de nourriture importante pour des animaux plus grands comme les hérissons et les oiseaux ».

Un jardin propre et bien soigné n’est donc pas le signe d’un jardin sain. Il est ainsi important d’oser lâcher prise et de laisser la nature faire son travail, surtout à l’automne, car une grande partie des feuilles sera déjà décomposée au printemps suivant !

Pelouse, feuilles mortes et branchages ne doivent ainsi pas être perçus comme déchets, mais comme ressources !

Comment mettre en place une gestion zéro déchet ?

Si le constat est valable pour le Danemark, il l’est aussi pour la France. Pour ne pas appauvrir inutilement le sol, trois gestes simples peuvent être mis en place :

  • Pratiquer le mulching, c’est-à-dire la tonte sans sac.
  • Utiliser les restes de tonte et les feuilles en paillage.
  • Faire son propre compost.

Si, comme le Professeur Gundersen, vous en en avez assez d’empiler vos déchets végétaux dans votre remorque, de faire la queue à la déchetterie et de consommer du carburant inutilement, pourquoi ne pas mettre en place une gestion « zéro déchet » ?

Si vous avez besoin de conseils pour atteindre cet objectif, sachez qu’en 2017, l’ADEME a publié un guide pour aider les particuliers à valoriser leurs déchets végétaux.

Beams : Un nouvel outil pour détecter en temps réel les tissus tumoraux à extraire

Face à un cancer, l’un des traitements employés consiste à procéder à l’ablation de la tumeur. Au cours de l’opération, les chirurgiens tentent de repérer visuellement les tissus tumoraux à extraire et peuvent aussi se servir d’images préopératoires réalisées à l’aide d’un scanner X, d’un imageur IRM (Imagerie par résonance magnétique) ou TEP (Tomographie par émission de positrons). Pendant l’acte chirurgical, certaines techniques peuvent également être utilisées pour bien repérer toute la partie tumorale, notamment celle de la fluorescence, mais elle n’est pas efficace sur tous les types de cancers. Quant aux images obtenues par CT (Computed Tomography) et IRM peropératoires, ils présentent l’inconvénient de rallonger considérablement le temps opératoire. À ce jour, il n’existe aucun outil universel pour identifier précisément et en temps réel les résidus tumoraux. L’enjeu thérapeutique est capital, car laisser des résidus tumoraux est un facteur d’augmentation du risque de récidives locales. Depuis le milieu des années 2000, l’IJCLab (Laboratoire de Physique des 2 Infinis Irène Joliot-Curie) a débuté un programme de recherche pour concevoir un outil capable de détecter en temps réel les tumeurs au cours des actes chirurgicaux. L’année dernière, une start-up est née dans le but de commercialiser ce nouvel instrument. Entretien avec Estelle Villedieu de Torcy, la directrice générale de Beams.

Techniques de l’Ingénieur : Comment fonctionne votre outil pour repérer les tumeurs ?

Estelle Villedieu de Torcy, directrice générale, Beams
Estelle Villedieu de Torcy, directrice générale de Beams. Crédit : Beams

Estelle Villedieu de Torcy : Nous développons une sonde capable de détecter en temps réel les résidus tumoraux à retirer lors des opérations d’ablation. Pour qu’elle fonctionne, il est dans un premier temps nécessaire d’injecter, par voie intraveineuse, un radiotraceur émetteur de particules bêta qui vont s’accumuler dans les tissus tumoraux. Cette technique n’est pas nouvelle et est déjà pratiquée en médecine nucléaire, pour l’imagerie TEP. Elle consiste à utiliser un noyau radioactif entouré d’une matrice et qui a la particularité d’être spécifique à chaque tumeur. Par exemple, le fluor 18 est le noyau le plus couramment utilisé et peut être associé avec du glucose, car les cellules tumorales sont particulièrement consommatrices de sucre. Les particules bêta vont alors venir se fixer plus spécifiquement sur les cellules tumorales. Pour les tumeurs cérébrales, il n’est pas conseillé d’utiliser ce type de radiotraceur, car les neurones consomment beaucoup de sucre. On utilise plutôt du fluor 18 associé à de la dopamine ou de la choline.

Comment parvenez-vous à détecter ces particules bêta à l’aide de votre sonde ?

Beams, sonde
Le design prévisionnel de la future sonde. Crédit : Beams

Nous avons développé une tête de détection fabriquée à partir d’un assemblage de fibres plastiques, de fibres scintillantes et de fibres claires, et qui sont fusionnées entre elles. Lorsqu’une particule bêta vient au contact d’une fibre scintillante, elle va le transformer en photons de scintillation, c’est-à-dire en lumière, et ils vont être guidés et acheminés par la fibre claire jusqu’à un photodétecteur. Celui-ci va alors transformer ce signal lumineux en un signal électrique. Nous venons ensuite analyser ce spectre pour mesurer la concentration des particules bêta. Si la concentration est importante, cela signifie qu’il s’agit d’un tissu tumoral.

Quels sont les avantages de votre procédé ?

Notre technologie est très sensible. Nous sommes capables de localiser de très petits amas tumoraux, avec une précision de l’ordre du millimètre, qui correspond à la précision du geste du chirurgien. En revanche, les particules bêta ont un faible parcours dans les tissus et la sonde doit être au contact des tissus pour les détecter. L’objectif n’est donc pas de rechercher des tissus tumoraux en profondeur. Le chirurgien procédera d’abord au retrait complet de la partie visible de la tumeur, comme il pratique cet acte aujourd’hui. Ensuite, il pourra vérifier grâce à la sonde qu’il ne reste pas de tissus tumoraux à extraire.

Notre outil présente aussi l’avantage d’être efficient sur toutes les tumeurs, à condition qu’un radiotraceur spécifique existe pour repérer la partie tumorale.

Notre technologie se distingue également par le fait que la sonde est intégrée dans un instrument qu’utilisent déjà les chirurgiens, à savoir un aspirateur chirurgical utilisé pour enlever le sang et les cellules de la zone opérée. Plutôt qu’ajouter un nouvel outil, nous venons améliorer un outil déjà existant avec une double fonctionnalité. Nous voulions préserver son geste et conserver sa pratique actuelle tout en l’améliorant.

Enfin, notre outil va permettre de former un parcours de soin cohérent des patients. Les radiotraceurs bêta sont déjà utilisés pour le diagnostic préopératoire réalisé à l’aide de l’imagerie TEP ainsi qu’après l’opération pour vérifier la qualité du travail. Étant donné que nous utilisons les mêmes radiotraceurs, il sera plus facile d’interpréter les résultats ainsi qu’anticiper la façon dont ces radiotraceurs vont venir s’accumuler dans les tissus.

Beams, prototype
L’outil, sous la forme d’un prototype de laboratoire, a fait l’objet d’une preuve de concept au cours d’une opération chirurgicale réalisée sur un macaque. Crédit : Beams

À quel stade se trouve votre projet ?

Nous avons réalisé une preuve de concept de notre technologie sur un primate avec un prototype du laboratoire. Aujourd’hui, nous l’adaptons pour en faire une version industrielle. Nous sommes encore dans une phase de R&D et un important travail est à mener au niveau du processus d’assemblage de la sonde et de son ergonomie. Nous travaillons avec des chirurgiens afin de concevoir l’outil le plus adapté sur le plan du design et de la compacité, et qui conserve des performances suffisantes en termes de sensibilité. Il est nécessaire d’utiliser des méthodes d’assemblage qui soient à la fois compatibles avec une industrialisation, et qui respectent les normes de qualité, et toute la partie réglementaire du secteur médical. Nous souhaitons refaire une preuve de concept de la version industrielle de notre sonde sur de gros animaux, puis démarrer la fabrication de la première présérie, effectuer les tests réglementaires, puis des essais sur l’homme. Nous envisageons une commercialisation de notre outil à l’horizon 2026-2027.

Pourquoi le Conseil d’État réhabilite le contrôle technique pour les deux-roues ?

Par décision du Conseil d’État, le décret initial du Gouvernement d’août 2021, qui a instauré le contrôle technique des « deux-roues », entre de nouveau en vigueur. « Le Conseil d’État sonne la fin des atermoiements et des hésitations : sa décision claire appelle une mise en œuvre rapide. Le gouvernement n’est plus en mesure de jouer la montre », prévient Gaël David, président de Ras Le Scoot, l’une des trois associations à l’origine du dépôt du recours sur le fond auprès du Conseil d’État.

Dans un communiqué, le Gouvernement juge toutefois que « cette décision ne conduit pas à une entrée en vigueur immédiate du contrôle technique, compte tenu de la nécessité de publier préalablement des textes d’application du décret du 9 août 2021 ». Le mardi 1er novembre 2022, le ministre chargé des Transports Clément Beaune a précisé sur France 2 que le gouvernement devrait « très probablement » instaurer un contrôle technique. Il devrait être « le moins pénalisant possible » pour les motards, a-t-il précisé. Le ministre lancera d’ici la fin de la semaine une consultation avec les parties concernées.

Le calendrier au cœur de la question

La question du calendrier est primordiale. La directive 2014/45/UE oblige les États membres à mettre en place un contrôle technique périodique des véhicules à moteur de deux roues de cylindrée supérieure à 125 cm³ à partir du 1er janvier 2022. Un État peut déroger à cette obligation s’il met en place des mesures alternatives de sécurité routière efficaces.

Dans un premier temps, le 9 août 2021, le Gouvernement choisit de mettre en place un tel contrôle technique. Il échelonne toutefois l’obligation de contrôle technique entre 2023 et 2026 selon la date d’immatriculation. Le 27 juillet 2022, le Conseil d’État annule ce calendrier. En effet, il le juge contraire au droit européen, étant donné que la directive prévoit l’application du contrôle technique dès 2022.

Le choix de mesures alternatives au contrôle technique

Ne pouvant plus respecter un tel calendrier, le Gouvernement décide donc de déroger à l’obligation de contrôle technique. À deux jours de la décision du Conseil d’État, la Première ministre abroge le décret d’août 2021 par un nouveau décret du 25 juillet 2022. Il vise désormais l’amélioration de la sécurité routière. C’est alors que les associations Respire, Ras-le-Scoot et Paris sans voiture saisissent le Conseil d’État pour faire annuler cette décision.

Et le Conseil d’État leur donne raison. Il retient deux motifs d’illégalité pour annuler le décret du 25 juillet 2022. Premièrement, « la suppression du contrôle technique aurait dû être soumise à consultation du public, compte tenu de son incidence directe et significative sur l’environnement », juge le Conseil d’État, sur la base de la Charte de l’environnement. Le Conseil d’État souligne notamment les effets en termes de « pollution atmosphérique et sonore, particulièrement dans les zones urbaines ».

En second lieu, le Conseil d’État juge les mesures alternatives « insuffisantes, au regard des exigences de la directive, pour améliorer la sécurité routière des motards ». En effet, elles sont seulement à l’état de projet ou ne permettent pas d’améliorer de façon suffisamment efficace et significative la sécurité des motards sur la route.

Contrairement à sa décision de juillet, le Conseil d’État ouvre la porte à un « échelonnement dans le temps » de la mise en œuvre des contrôles techniques ou encore à une « différenciation selon l’ancienneté du véhicule ».

L’avion décarboné made in France bientôt prêt pour le décollage

L’avion du futur sera décarboné : c’est la promesse faite par le secteur aérien afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Rappelons que l’empreinte carbone du secteur aérien représente 4% des émissions globales liées aux activités humaines. Moins que le secteur textile. Rappelons également que le secteur aérien n’émet pas que du CO2, mais également d’autres gaz à effet de serre, comme les oxydes d’azote.

Si les émissions du secteur aérien sont moins importantes que ce que l’opinion publique pourrait laisser croire, un autre chiffre interpelle : la moitié des gaz à effet de serre générés par le secteur sont le fait de 1 % des voyageurs ! C’est sur ce point que l’aviation civile dispose d’une marge de manœuvre importante pour réduire son impact environnemental.

Le fameux 1% de voyageurs responsables de la moitié des émissions de GES utilisent très régulièrement de petits avions, qui volent en étant partiellement remplis, ce qui augmente mécaniquement les émissions de cette catégorie d’usagers.

Pour répondre à cette problématique, les constructeurs aériens travaillent au développement de petits avions, pour opérer des trajets de courte distance de manière décarbonée. De nombreuses start-up innovent sur ce sujet, et les jeunes pousses françaises ne sont pas en reste.

Aura Aero, la pépite électrique

La start-up toulousaine Aura Aero développe un avion électrique de petite taille, qui devrait être mis en service en 2027. Cet avion, qui génère très peu de GES et dont le niveau sonore est également très bas, a déjà reçu des centaines de commandes. En avril dernier, la mort de deux pilotes volant à bord de l’Integral R, l’avion de voltige conçu par Aura Aero, a mis en péril le développement de la start-up, qui a finalement réussi à surmonter ce drame. Aujourd’hui, si Aura Aero poursuit le développement d’un avion de voltige bi-place entièrement électrique destiné à la formation, c’est surtout son second modèle, ERA, un avion régional de 19 places, 100% électrique et capable de couvrir des distances de 400 km, qui intéresse les transporteurs aériens et engrenage les commandes (environ 330 à l’heure actuelle).

Blue Spirit Aero parie sur l’hydrogène

Autre start-up toulousaine développant des avions légers pour le transport régional, Blue Spirit Aero a quant à elle misé sur des piles à combustible utilisant de l’hydrogène pour faire voler ses avions sur une distance maximale de 700 km.

Si l’avion imaginé par la start-up tricolore, baptisé Dragon Fly, n’existe pas encore, son principe de fonctionnement est quant à lui clairement défini. En effet, il pourra emporter 4 passagers et intègrera plusieurs groupes motopropulseurs électriques à hydrogène. Ce qui permettra de proposer des vols zéro émission, et un signal sonore extrêmement réduit. L’avantage de disposer de plusieurs groupes de propulsion permet à l’aéronef de voler même si un de ces groupes tombe en panne. Aussi, l’échange et la recharge de ces groupes est rapide et facile, ce qui permettra au Dragon Fly de redécoller seulement 20 minutes après l’atterrissage. Enfin, l’appareil développé par Blue Spirit Aero peut décoller sur une piste de seulement 300 mètres, ce qui lui permettra de décoller et d’atterrir sur de nombreux aérodromes.

Volt Aero mise sur l’hybride

Dernier exemple du bouillonnement tricolore autour des appareils de petite taille destinés à des utilisations régionales, le modèle Cassio 1 développé par la start-up Volt Aero propose un moteur hybride, qui devrait être homologué en 2023.

Ce sont en tout trois modèles d’appareils qui seront proposés par la jeune pousse installée à Royan, qui emmèneront entre 4 et 12 passagers, sur une distance maximale de 1200 kilomètres, à près de 360 km/h. Ces modèles n’ont besoin que de 600 mètres pour décoller, ce qui reste très peu et ouvre à l’appareil de nombreuses opportunités quant à son champ d’action. Les premières livraisons sont prévues pour 2024.

Contrer la mortalité de la forêt française en plantant des arbres ?

Plus de 70 000 hectares de forêts ont été affectés par la sécheresse et les incendies en 2022, partage l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Pour compenser notamment les incendies de forêt, Emmanuel Macron a promis, vendredi 28 octobre, « la plantation d’un milliard d’arbres » sur le territoire français « d’ici dix ans ». C’est l’équivalent de « 10 % de notre forêt ». « À court terme, nous allons d’abord réparer et replanter », assure le président de la République. Ce projet « passera par un dispositif de soutien à la reconstitution des forêts incendiées », promet-il.

La forêt française subit en effet de plus en plus les impacts du changement climatique. Selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), la mortalité a augmenté de 54 % sur la dernière décennie. Elle s’élève désormais en moyenne à 11,4 millions de mètres cubes par an. « Elle est liée à la récurrence d’épisodes de sécheresse et de conditions climatiques à la fois difficiles pour les arbres, et propices aux insectes xylophages, notamment les scolytes », partage l’institut.

La croissance de la forêt française ralentit

Pour comprendre les ordres de grandeur en jeu, il faut s’intéresser aux chiffres. La surface de la forêt atteint 17,1 millions d’hectares en 2021. Elle recouvre 31 % du territoire, avec 2,9 millions d’hectares de plus qu’en 1985, en hausse de 21 %. « Le volume total de bois en forêt s’accroît également de 50 % en 30 ans, atteignant 2,8 milliards de mètres cubes », partage l’IGN. La mortalité atteint désormais 0,4 % du volume total de bois vivant.

Si la surface de la forêt française est toujours en expansion, la croissance des arbres ralentit alors que prélèvements et mortalité augmentent. « Aujourd’hui, le bilan entre la croissance des arbres (5,5 m³/ha/an), la mortalité naturelle des arbres (0,7 m³/ha/an) et les prélèvements de bois par l’Homme (3,2 m³/ha/an) se traduit par une augmentation du volume de la forêt de 1,6 m³/ha/an, soit 25,4 millions de m³/an au niveau national, calcule l’IGN. Sur la période 2005-2013, ce bilan était de 2,5 m³/ha/an, soit 41,7 millions de m³/an pour la France métropolitaine. »

Planter 1 milliard d’arbres ?

Patrice Martin, secrétaire national du SNUPFEN Solidaires, premier syndicat à l’Office national des forêts (ONF), gestionnaire des forêts publiques françaises, juge « inatteignable » l’objectif de plantation d’un milliard d’arbres. « C’est infaisable humainement et techniquement : parce qu’il faut des bras pour planter, préparer le terrain, entretenir et parce qu’il faut d’abord trouver les graines, élever les jeunes plants et les replanter », explique-t-il à l’AFP.

« Planter des arbres ne fait pas une politique forestière », dénonce pour sa part l’ONG Canopée. Dans une tribune relayée par Canopée, 41 parlementaires rappellent que l’ONF « a perdu 32 % de ses effectifs en 20 ans » alors qu’il a pour mission de surveiller les départs de feux dans les forêts publiques et l’état sanitaire de nos forêts. Un amendement au projet de loi de finances pour 2023 permettrait de rouvrir 2 000 postes à l’ONF en 2023. Adopté en commission, il sera discuté en séance plénière à l’Assemblée nationale début novembre.

Sur les 4,6 millions d’hectares gérés à l’ONF, le dérèglement climatique en impacte directement environ 300.000 hectares. L’organisme a lancé des projets d’adaptation au changement climatique dans le cadre du label bas-carbone. Nicolas Philippe, chef du département production et services à l’ONF, nous expliquait récemment ces projets.

Para-PM : un filtre à particules XXL pour dépolluer l’air des villes

Fruit d’une décennie de recherche et de deux années de développement, le Para-PM fonctionne grâce à un filtre électrostatique à trois niveaux, qui se révèle capable de capter jusqu’à 95 % des particules fines d’une taille comprise entre 10 nanomètres et 10 micromètres. Peu gourmand en énergie, le système se destine notamment à des lieux enterrés ou semi-enterrés, tels que les tunnels urbains ou les couloirs de métro, mais se révèle également pertinent pour dépolluer l’air extérieur de nos villes. En témoigne l’un des tout premiers projets de déploiement grandeur nature officialisé par Aerophile : l’installation de modules Para-PM aux abords du village des athlètes des JO 2024 de Paris. C’est ce que nous dévoile le co-fondateur d’Aerophile Jérôme Giacomoni, qui revient également en détail sur la genèse de l’invention et sur son principe de fonctionnement.

Techniques de l’Ingénieur : Comment le Para-PM a-t-il vu le jour ?

Jérôme Giacomoni, co-fondateur d'Aerophile, à l'origine du Para-PM
Jérôme Giacomoni, co-fondateur d’Aerophile, à l’origine du Para-PM © Aerophile

Jérôme Giacomoni : Nous sommes constructeurs de grands ballons captifs depuis trente ans. L’un des plus connus est le ballon Generali, à Paris. Dans le cadre de l’exploitation de ces ballons, nous avons constaté que, très vite, ceux-ci deviennent très noirs, très sales. Nous avons fini par en comprendre les raisons. Cela est dû aux phénomènes d’électricité atmosphérique. L’air est un isolant. Or, la Terre est conductrice, tout comme l’ionosphère[1] ; entre les deux, on a donc 400 000 volts. Le ballon se comporte en fait comme une électrode : relié au sol, il monte jusqu’à 150 mètres et crée donc une différence de potentiel d’environ 15 000 volts.

L’autre partie de l’explication est liée aux rayons cosmiques : ces rayons entraînent des phénomènes d’ionisation. Ces ions vont se coller sur certaines particules présentes dans l’atmosphère, qui vont alors se charger positivement et venir se coller sur le ballon chargé négativement.

En observant et en quantifiant ce phénomène, nous avons alors eu l’idée de créer un filtre électrostatique d’un nouveau type, que nous avons donc fini par développer, et qui s’appelle le Para-PM.

Quelles ont été les grandes étapes de recherche et développement qui vous ont permis d’aboutir à la conception de ce dispositif ?

Il y a tout d’abord eu dix années de R&D sur la connaissance des phénomènes électrostatiques que j’évoquais ainsi que sur la compréhension de l’évolution de la qualité de l’air. Pour concevoir l’appareil à proprement parler, nous avons mis deux ans environ. À l’issue de ces deux années de travail intense sur le projet, nous avons réussi à faire fonctionner le dispositif au-delà même de ce que nous espérions. Nous nous sommes donc lancés dans une phase d’industrialisation. Les premiers exemplaires du système vont sortir sur le marché d’ici très peu de temps.

Quel est le principe de base du fonctionnement du Para-PM ?

Sur notre ballon, nous avions testé un système de photocatalyse qui fonctionnait très bien pour parvenir à le rendre auto-nettoyant. Mais cela n’était pas transposable sur le filtre qui équipe le Para-PM, car le phénomène est trop lent. Nous nous sommes donc concentrés sur la conception du filtre en lui-même : il s’agit d’un filtre électrostatique à trois étages, qui est breveté. Il commence par ioniser les particules polluantes, qui sont ensuite collectées avec un champ électrique très intense. Nous avons, en plus, ajouté un troisième étage, une innovation sur laquelle porte notre brevet. Il permet d’accroître drastiquement l’efficacité du système. Les filtres électrostatiques existent depuis des décennies, mais le dispositif que nous avons inventé se révèle ainsi particulièrement adapté pour traiter les pollutions de l’air ambiant. Le Para-PM est en effet capable de capturer 95 % des particules fines d’une taille comprise entre 10 nanomètres et 10 micromètres. Nous avons testé différents types de particules fines, de différentes natures, et il semble a priori que le Para-PM soit capable de toutes les capturer. Nous n’avons bien entendu pas encore tout testé, mais jusqu’à présent les résultats sont conformes à ce que nous attendions.

Une fois les particules captées sur le filtre, celui-ci doit être nettoyé périodiquement. Nous l’avons pour l’instant testé sur quelques mois et les quantités accumulées se révèlent relativement faibles. La périodicité du nettoyage devrait donc se situer entre quelques semaines et quelques mois. Mais cela va énormément dépendre de la nature du site sur lequel on implante l’appareil.

Je vois par ailleurs notre système un peu comme une deux-chevaux… C’est-à-dire quelque chose de simple pour un coût faible, avec toutefois des performances importantes et utilisant très peu d’énergie extérieure, tout en étant facile d’entretien. Par rapport à nos concurrents que sont les filtres mécaniques, nous rassemblons toutes ces qualités. Le fonctionnement est d’autant plus simple qu’une prise électrique suffit à faire fonctionner le dispositif, qui ne consomme que 300 watts. Il existe d’autres solutions, très lourdes, qui se situent à peu près au même coût que le Para-PM, qui vient pourtant tout juste de voir le jour. Notre solution est quant à elle très simple à mettre en place, c’est cela qui fait sa force, sa véritable différence, liée à notre brevet.

Au-delà de l’efficacité de capture de 95 % que vous évoquiez, quels volumes d’air le Para-PM se révèle-t-il capable de traiter ?

Le Para-PM est avant tout un module, capable de traiter 1 m³ d’air par seconde. Si l’on combine 10 de ces modules, on atteint ainsi une capacité de traitement de 36 000 m³ par heure.

Le premier prototype du Para-PM est en cours de test dans différents sites semi-ouverts ou fermés : métro, bibliothèque, cour d’école, usine, entrepôt, parking… © Aerophile

Dans quelles zones le déploiement de modules Para-PM est-il le plus pertinent ?

Cela fonctionne très, très bien dans des zones semi-fermées, enterrées, comme des tunnels, le métro… En plus des milieux urbains ouverts. Nous avons fait des calculs théoriques et nous avons abouti à la conclusion que le système pourrait permettre de dépolluer l’air de villes entières, dans le cas notamment de lieux très encaissés. Cela revient en quelque sorte au problème de la baignoire qui se remplit et se vide : tout dépend en fait de la différence entre le volume d’air entrant, et celui du flux d’air traité. Nous réalisons des simulations numériques, pas encore pour des villes toutes entières, mais pour des sites urbains. Et jusqu’à présent, la théorie est confirmée par la pratique.

Quelles sont vos ambitions en matière d’industrialisation ?

Nous avons plusieurs projets en cours. Le premier d’entre eux, tout à fait officiel, est le projet de la SOLIDEO[2], qui sera mis en place dans le cadre des JO de Paris 2024. Nous allons équiper le village des athlètes avec notre dispositif. Nous allons aussi réaliser d’autres annonces prochainement…

Aerophile, Para-PM, SOLIDEO, village JO Paris 2024
Aerophile vient de remporter un appel d’offres de la SOLIDEO, qui recherchait des solutions efficaces pour dépolluer l’air du village des Athlètes dans le cadre des JO de Paris 2024. © Aerophile

Quels coûts le déploiement du système que vous avez développé pourrait-il représenter ?

Pour l’instant, nous sommes à peu près à 15 000 € d’investissement pour un appareil capable de nettoyer un mètre cube d’air par seconde. Ce chiffre devrait fortement diminuer au fil de l’augmentation des volumes de ventes. Il ne s’agit pour l’instant que de produire les premières séries.

Outre l’industrialisation, poursuivez-vous des travaux de R&D ?

Oui, tout à fait. Nous avons une équipe chargée de l’industrialisation, et, en parallèle, une autre équipe qui poursuit des travaux de recherche fondamentale. Une dizaine de personnes se consacre aujourd’hui au développement du Para-PM, et l’entreprise Aerophile dans son ensemble compte quant à elle 150 équivalents temps plein.


[1] L’ionosphère est une zone de la moyenne atmosphère et de la haute atmosphère terrestres, qui va de 50 ou 60 km jusqu’à 500 à 600 km d’altitude environ et qui est constituée par une superposition de diverses couches formées d’ions et d’électrons libres à la suite de l’action de rayonnements électromagnétiques émis par le Soleil dans des domaines de longueurs d’onde particulièrement énergétiques. Source Météo-France

[2] La Société de livraison des ouvrages olympiques est une structure mise en place par l’Etat, pour construire et livrer les ouvrages et infrastructures pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. (Source : SOLIDEO)

Le jeu-concours 100% hydrogène de Techniques de l’Ingénieur : les résultats !

Cette année encore, Techniques de l’Ingénieur a organisé son grand jeu-concours annuel, avec des lots privilégiant l’éco-responsabilité :

  • 1er lot : un vélo électrique VTC RIVERSIDE Décathlon d’une valeur de 999€ et un abonnement à la ressource documentaire Hydrogène Techniques de l’Ingénieur (d’une valeur de 807€ TTC)
  • 2ème lot : une station d’énergie portative et son panneau solaire d’une valeur de 449€ et un abonnement à la ressource documentaire Hydrogène Techniques de l’Ingénieur (d’une valeur de 807€ TTC)
  • Du 3 au 5ème lot : une Boîte Randonnée Recto Verso d’une valeur de 40€ et un module CerT.I. de votre choix d’une valeur de 324€ TTC
  • Du 6ème au 10ème Lot : un sac mystère (Sac rempli d’objets techniques de l’ingénieur d’une valeur unitaire minimum de 25€, dont une batterie solaire.) et un module CerT.I. de votre choix d’une valeur de 324€ TTC

Les gagnants du jeu-concours 100% hydrogène

Le tirage au sort a été réalisé. Bravo aux gagnants : 

  • Passionnée de nouvelles technologies, Ophélie Abchiche suit le Magazine d’Actualité de Techniques de l’Ingénieur. Gérante d’une petite société d’évènementiel automobile, elle s’informe régulièrement des actualités et techniques liées à son activité. 
  • Emilie Grellier
  • Amélie Pauvert a découvert Techniques de l’Ingénieur lors de recherches pour des formations sur l’éco-conception et la RSE à destination des employés d’une entreprise de fabrication et distribution de mobilier tertiaire. Dans ce secteur, avec la technologie BIM et l’exigence de normes comme HQE et Well en immobilier, son entreprise doit proposer du mobilier durable lors d’appels d’offres, et avoir une vraie démarche RSE. A ce titre, les formations proposées semblaient pertinentes pour nos profils de managers, techniciens produits et commerciaux.
  • Stéphanie Barthe
  • Solysia Joseph
  • Michèle Roux
  • Valérie Gaudin
  • Eliane Perret
  • Quant à Sébastien Cassen, il utilise le site Techniques de l’Ingénieur pour acquérir les bases des domaines techniques qui ne lui sont pas familiers.

Les réponses au grand jeu-concours 2023

Le grand jeu-concours 100% hydrogène a été l’occasion de tester vos connaissances sur ce vecteur énergétique. Voici les réponses aux 11 questions posées :

  1.     Qu’est-ce que les 7 couleurs de l’hydrogène ?
    Un classement des méthodes de stockage d’hydrogène selon la taille des conteneurs / Un classement des méthodes de production d’hydrogène selon l’énergie primaire utilisée et le niveau de dioxyde de carbone émis /Un classement des modes de distribution d’hydrogène selon la quantité produite
    En savoir plus
  1.     Dans quelle thématique se situe l’offre hydrogène sur le site TI ?
    Energie / Mécanique / Ingénierie des transports
    En savoir plus
  1.     Sur Terre, sous quelle forme l’élément hydrogène est-il très abondant ?
    Combiné avec l’oxygène dans l’eau / Combiné avec du carbone dans les hydrocarbures / Sous forme de dihydrogène H2
    En savoir plus 
  1.     Quels sont les usages prévus pour l’hydrogène vert ?
    Un intermédiaire chimique pour le raffinage /
    Un vecteur énergétique / Un mode de stockage des énergies renouvelables
    En savoir plus
  1.     Quel est le procédé de production le plus utilisé actuellement ?
    L’électrolyse de l’eau / La gazéification de biomasse /
    Le vaporeformage d’hydrocarbures
    En savoir plus
  1.     Citez un procédé de purification d’hydrogène ?
    Tri manuel des atomes par la rédaction de Techniques de l’Ingénieur / Raffinage à haute température /
    Procédé PSA (Pressure Swing Adsorption)
    En savoir plus
  1.     Que rejettent les piles à combustible à hydrogène ?
    De l’eau / Un mélange d’eau et de dioxyde de carbone / Un mélange d’eau et de gaz rares
    En savoir plus
  1.     Quel est le titre du podcast dont le sujet est l’hydrogène ? L’hydrogène, promesse d’énergie / L’hydrogène bas carbone a le vent en poupe ! / L’hydrogène et son proton : un histoire d’avenir
    En savoir plus
  1.     Lequel de ces experts TI ne fait pas partie du comité de lecture de l’offre hydrogène ?
    Karine Surla / Jean-François Joly / Jean-Claude Charpentier / Philippe Arpentinier / Alain Aspect
    En savoir plus
  1. Quel est le titre du dernier webinar, réalisé en octobre 2022, qui a mis en lumière l’hydrogène ?
    La chaîne de valeur industrielle de l’hydrogène / Hydrogène – les enjeux autour de la conception des réservoirs pour le stockage / Stockage de l’énergie
    En savoir plus

Les informations de ce concours se trouvent dans le règlement.

Bravo à tou·te·s d’avoir participé !

L’Europe veut protéger ses communications sensibles grâce au quantique

Le nerf de la guerre est l’information. Et en la matière, les amitiés officiellement annoncées par des États restent juste des déclarations diplomatiques. Il y a quelques années, WikiLeaks avait révélé que trois anciens présidents de la République française avaient été espionnés par les Américains. Une station d’écoute avait été installée au dernier étage de l’ambassade américaine à Paris.

Si différentes techniques sont employées par les agences de renseignement pour récupérer des informations sensibles, de nombreux États anticipent aussi de nouvelles parades. C’est le cas de l’Europe avec son initiative EuroQCI lancée en juin 2019. Objectif : construire une infrastructure de communication quantique sécurisée qui couvrira l’ensemble de l’UE, y compris ses territoires d’outre-mer d’ici 2027.

L’EuroQCI protégera les données sensibles et les infrastructures critiques en intégrant des systèmes quantiques dans les infrastructures de communication existantes, fournissant ainsi une couche de sécurité supplémentaire basée sur la physique quantique. Elle renforcera la protection des institutions gouvernementales européennes, de leurs centres de données, des hôpitaux, des réseaux d’énergie, etc.

L'Europe s'appuie sur ses satellites pour assurer ses communications sécurisées, EuroQCI, ESA-SES
Les satellites seront la pierre angulaire de l’infrastructure de communications sécurisées EuroQCI. Crédit: ESA/SES

Communications laser

L’EuroQCI comprendra un segment terrestre reposant sur des réseaux de communication en fibre optique reliant des sites stratégiques au niveau national et transfrontalier, et un segment spatial basé sur des satellites. Il reliera les réseaux nationaux de communication quantique à travers l’UE et assurera une couverture mondiale.

La communication par satellite commence à devenir concrète avec l’annonce par l’agence spatiale européenne (ESA), la Commission européenne et la SES (Société Européenne des Satellites, connue pour ses satellites dédiés à la TV, Astra) du développement d’un système de distribution de clés cryptographiques par satellite.

Le satellite Eagle-1 sera le premier système spatial de distribution de clés quantiques en Europe. Il devra démontrer la faisabilité du système de distribution quantique développé dans le cadre du programme Scylight (Secure and Laser communication technology) de l’ESA.

Les liaisons optiques présentent notamment l’avantage d’éviter les interférences et la détection. Par rapport aux fréquences radio déjà encombrées, la communication laser est extrêmement difficile à intercepter en raison d’un faisceau beaucoup plus étroit. Elles sont également capables de transporter des quantités de données bien plus importantes que les autres solutions.

Pesant environ 300 kg, l’appareil sera construit par la société italienne Sitael, et Tesat fournira les terminaux de communication optique. L’engin spatial fonctionnera sur une orbite héliosynchrone de 500 km, effectuant plusieurs vols par jour au-dessus de stations terrestres européennes, ce qui sera suffisant pour tester le système.

D’autres projets de satellites quantiques

Pour mettre en œuvre un système d’échange de clés cryptographiques très sécurisé, le consortium chargé d’Eagle-1 développera une charge utile QKD (Quantum Key Distribution), une station optique terrestre, des réseaux d’exploitation quantiques évolutifs et un système de gestion des clés pour interagir avec les infrastructures nationales QCI (Quantum Communications Infrastructure). Le lancement du système est prévu en 2024 pour une mission de trois ans, les tests devant être effectués d’ici 2025.

Le coût du programme, y compris le satellite et les systèmes au sol, est d’environ 130 millions d’euros. Huit pays membres de l’ESA – Allemagne, Autriche, Belgique, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, République tchèque et Suisse – contribueront au projet, avec le soutien de la Commission européenne.

L’Europe n’est pas la seule à tester ce type d’infrastructure. En 2016, la Chine avait lancé un satellite appelé Micius, présenté par les médias d’État chinois comme le premier satellite quantique au monde.

D’autres projets sont également annoncés. La start-up singapourienne SpeQtral prévoit de déployer son premier satellite quantique en orbite basse en 2024. En septembre dernier, elle a signé un accord pour utiliser les services au sol de Thales Alenia Space. Parallèlement, Virgin Orbit devrait lancer l’année prochaine les premiers satellites LEO pour la société britannique Arqit, spécialisée dans le cryptage des technologies quantiques.

France Nation Verte : la planification écologique d’Élisabeth Borne

« Aujourd’hui avec France Nation Verte, nous voulons agir, mobiliser, accélérer, annonce la Première ministre Élisabeth Borne lors du lancement du Conseil national de la refondation (CNR) Climat et biodiversité le 21 octobre à la REcyclerie à Paris. Sous l’égide du ministre de la Transition écologique Christophe Béchu et de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, le CNR Climat et biodiversité lancera des ateliers thématiques dès le mois de novembre. Pour chaque secteur et chaque chantier, l’objectif sera de réunir des acteurs généralistes et sectoriels afin d’établir une stratégie complète et des actions à conduire avec des objectifs et des points d’étape. « En fin d’année, nous aurons une première version consolidée de notre planification écologique », promet Élisabeth Borne.

« France Nation Verte s’inscrira dans le cadre des objectifs européens du Green Deal, une baisse de 55 % de nos émissions d’ici 2030 et la neutralité carbone d’ici 2050. » La Première ministre souligne la complexité et l’ampleur du défi. « Nous devons faire en 8 ans plus que ce que nous avons fait en 32 ans », assure-t-elle. Ainsi, « la planification écologique, c’est […] nous fixer des objectifs ambitieux au niveau européen et national et les décliner secteur par secteur, territoire par territoire », prévient Élisabeth Borne. « Ensuite, dans chaque filière et dans chaque territoire, nous devons nous accorder ensemble sur une stratégie, des engagements et un calendrier. »

France Nation Verte : la planification écologique selon Borne

France Nation Verte, c’est d’abord cinq enjeux environnementaux – climat, biodiversité, adaptation, ressources et santé. C’est ensuite six thématiques – mieux se déplacer, se nourrir, produire, se loger, consommer et mieux préserver nos écosystèmes – déployées en 22 chantiers opérationnels. « France Nation Verte, ce sont des actions pour limiter le dérèglement climatique, pour nous adapter à ses impacts inéluctables, pour restaurer la biodiversité, pour préserver nos ressources naturelles et pour garantir à tous les Français un environnement sain », résume Élisabeth Borne.

France Nation Verte, climat, biodiversité, santé
France Nation Verte, c’est 5 enjeux environnementaux et 6 thématiques déployées en 22 chantiers opérationnels. Crédit: Ministère de la transition écologique

La Première ministre promet d’« allier radicalité et progrès » pour « une croissance nouvelle et réorientée ». Contre une écologie qui choisit des « totems », elle dit choisir « des changements structurels ». « Nous devons agir en même temps et sur tous les fronts », prévient-elle. Au menu par exemple : la relance du nucléaire et l’accélération des énergies renouvelables, la rénovation énergétique de 700 000 logements, le développement de l’avion bas-carbone et de l’hydrogène… C’est aussi la réindustrialisation de la France, la préservation de l’eau, des sols et des océans, et le développement de la réparation, du réemploi et du recyclage.

France Nation Verte compte également sept chantiers transversaux. En ligne de mire, le financement, la différenciation territoriale et la gestion des emplois, des formations et des compétences dans chaque filière. La planification écologique devra aussi compter sur les données environnementales, l’exemplarité des services publics, des mesures d’accompagnement revisitées pour une transition juste, et davantage de sobriété des usages et des ressources.

Renforcer les mesures existantes

Pour cette planification écologique, le gouvernement s’appuie sur plusieurs mesures déjà déployées. Citons par exemple l’aide à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’, la récente hausse de l’aide à l’achat d’une voiture électrique de 6 000 à 7 000 euros et l’annonce d’une offre de leasing de voitures électriques à 100 euros par mois, dont les premières livraisons sont prévues en 2024.

Élisabeth Borne compte aussi sur les contrats stratégiques de filières (CSF) pour décarboner les secteurs, ou encore le nouveau Fonds vert, doté de 2 milliards d’euros pour 2023, destiné à financer les projets écologiques des collectivités territoriales. Le chantier de sobriété s’appuiera aussi sur le plan national de sobriété énergétique qui vise une réduction de 10 % de la consommation énergétique d’ici 2024 par rapport à 2019. Une deuxième réduction de 40 % d’ici à 2050 vise à atteindre la neutralité carbone.

Un capteur de CO2 pour la santé et le bien-être

Le taux de CO2 est un indicateur de bonne santé. En analysant ce gaz dans l’air expiré d’un individu, le capteur de CO2 de la société française Olythe est capable d’offrir des indications sur sa santé en diagnostiquant les pathologies. Si le taux est trop bas, c’est peut-être signe d’insuffisance rénale ou de diabète. Il peut également faire le suivi de cycle menstruel afin de connaître sa période de fécondation, les hormones produites modifiant le taux de CO2 expiré. Il peut même permettre le suivi de régime alimentaire…

Guillaume Nesa, fondateur d’Olythe
Guillaume Nesa, fondateur d’Olythe. Copyright : Olythe

Ces analyses sont permises grâce à la spectroscopie infrarouge que l’entreprise a miniaturisée dans un capteur de 7 cm. « La spectroscopie infrarouge est l’une des technologies les plus utilisées pour faire de la mesure de composés organiques volatils et nous avons réussi à la miniaturiser, affirme Guillaume Nesa, fondateur d’Olythe. Pour cette technologie qui coûte plusieurs milliers d’euros, nous l’avons réduit à quelques centaines d’euros. »

Un capteur en marque blanche

Le capteur se compose d’une chambre de mesure, d’un émetteur de rayon infrarouge et d’un récepteur pour analyser la concentration du composé cible. « Plus le signal optique est atténué, plus la concentration du composé est importante » détaille Guillaume Nesa. C’est sur cette même technologie que se base son premier capteur, l’éthylotest connecté. La miniaturisation de la spectroscopie infrarouge est le fruit d’un travail de 6 années de recherche et développement. « Nous avons notamment travaillé sur deux leviers technologiques, à savoir l’optimisation de la partie optique du système et sur sa consommation électrique », précise Guillaume Nesa.

Olythe, capteur de CO2, spectroscopie infrarouge
Le capteur de CO2 intègre une technologie de spectroscopie infrarouge miniaturisée. Copyright : Olythe

En plus d’être en effet petit, « notre capteur consomme peu d’énergie » affirme le fondateur. Deux points essentiels pour son intégration dans des dispositifs portatifs afin de faire, par exemple, de la médecine préventive ou de proposer de nouvelles fonctionnalités aux objets connectés. « Nous avons conçu le capteur de manière à ce qu’il puisse être économique et abordable, ajoute-t-il. Nous avons opté pour des composants conçus sur mesure. » L’intégration du capteur se réalisera soit par l’industriel, soit par Olythe qui participera au développement du produit. En d’autres termes, il s’agit d’un capteur en marque blanche.

L’alcool, le CO2… et après ?

Entre le capteur d’alcoolémie et de CO2, c’est une question d’adaptation de longueur d’onde et d’algorithmes. Mais Olythe ne compte pas s’arrêter ni aux capteurs spécifiques, ni au monogaz. « Il y a tellement de choses à mesurer et de manière différente qu’on lance différents capteurs, ajoute Guillaume Nesa. Nous pourrons également avoir un capteur mesurant plusieurs gaz différents en même temps. Par exemple, si on prend en compte le fait de mesurer des composés interférents du composé ciblé pendant la mesure, on peut être plus sensible et précis dans l’analyse de ce composé. »

Le Grand Prix National de l’Ingénierie 2022 récompense le projet « Un quartier bas-carbone, village des Athlètes en 2024 » d’Ingérop

Le Grand Prix National de l’Ingénierie récompense chaque année une équipe qui a concouru à la conception d’un produit ou projet remarquable dans le domaine de l’industrie ou de la construction. Cette année, le thème du concours coorganisé par Syntec-Ingénierie[1] avait pour thème « Efficacité énergétique : Cap sur la neutralité carbone ! ».

Un changement de paradigme total dans l’acte de concevoir les villages olympiques

Tous les deux ans, une ville du monde se voit attribuer l’honneur d’organiser les Jeux olympiques (mais aussi Paralympiques). Si ces événements sont inoubliables, ils sont pourtant très courts. Par le passé, trop de sites olympiques ont ainsi été abandonnés, ce qui représente un immense gaspillage, tant économique qu’environnemental. Le village olympique de Rio 2016, qui devait par la suite accueillir des appartements de luxe, est ainsi en majorité vide d’occupants et parfois qualifié de « ville fantôme ».

Le projet Paris 2024 devrait fort heureusement être aux antipodes du contre-exemple Rio 2016.

Dans un communiqué de presse, Simon Dumoulin, directeur du pôle Urbain et Environnement chez Ingérop, explique que l’organisation des JO 2024 représente un changement de paradigme :

« Avant, on faisait un village olympique qui, à terme, devenait un quartier. Aujourd’hui, le village est conçu comme un quartier qui se trouve accueillir un événement planétaire. On a retourné la problématique. »

Une friche industrielle transformée en vitrine de l’excellence environnementale

Le projet retenu pour Paris 2024 est unique en son genre. Situé sur une ancienne friche industrielle, le village des Athlètes, dont la construction est en cours, est pensé comme un démonstrateur de la ville durable à la française.

Le Maître d’Ouvrage, la Société de Livraison des Ouvrages olympiques (SOLIDEO), a ainsi confié à Ingérop la mise en œuvre de cet immense chantier de 52 hectares. Immédiatement après l’accueil des JO, le futur quartier devrait ainsi accueillir 6 000 habitants et autant d’employés, dès 2025.

Une fois le chantier achevé, ce quartier bas-carbone, comprendra :

  • 165 900 m² de logements et commerces ;
  • 104 500 m² de bureaux ;
  • Des équipements et espaces publics : écoles primaires, lycée, gymnase… ;
  • 7 hectares d’espaces verts.

Dans une vidéo publiée par Syntec-Ingénierie, Stéphanie Vallerent, cheffe de projet innovation chez Ingérop, affirme que ce projet est « Innovant sur les ambitions environnementales qui sont poussées au maximum de tout ce qu’on peut faire, et sur tous les critères, là ou habituellement on va juste pousser un ou deux critères. »

En quoi ce projet est-il plus « écologique » que d’autres ?

Premièrement, le projet est implanté sur une ancienne friche industrielle, qu’il a fallu dépolluer. Il faut ainsi rappeler que l’absence de toute artificialisation nette des sols en 2050 est un objectif inscrit dans la loi Climat et Résilience promulguée le 22 août 2021. La réhabilitation des friches est donc indispensable et leur dépollution répond à des enjeux majeurs.

Deuxièmement, le projet fait la part belle au réemploi :

  • 20 000m³ de déblais ont été utilisés en remblais.
  • 50 % des matériaux pour les revêtements sont issus du réemploi ou du recyclage.
  • Presque 100 % des bétons issus de la déconstruction des bâtiments en place auparavant ont été réemployés dans la structure des chaussées.

Par ailleurs, de nombreux autres critères ambitieux ont été pris en compte :

  • 75% de la terre végétale utilisée produite à partir du site ;
  • gestion des eaux pluviales à ciel ouvert pour permettre un retour de l’eau à la nature ;
  • maximisation des phénomènes de rafraîchissement urbain et d’évapotranspiration pour limiter les îlots de chaleur.

Enfin, afin de permettre la réversibilité des bâtiments, Ingérop a aussi proposé des solutions particulièrement innovantes, comme la mise en place de salles de bains provisoires qui puissent être récupérées à la fin des jeux pour être réutilisées lors d’autres opérations.

Les Jeux olympiques peuvent-ils devenir (enfin) plus durables ?

Ce projet a aussi le mérite de montrer qu’il est possible d’imaginer l’organisation d’événements ponctuels avec une vision sur le long terme, une vision « plus durable ».

On a tous en tête le fiasco environnemental que peuvent représenter certains grands événements sportifs passés ou à venir. C’était particulièrement vrai pour certaines éditions des JO (érosion des sols et neige artificielle en abondance pour les JO de Pékin et de Sotchi). Ça l’est aussi pour d’autres : la future coupe du monde de football 2022 au Qatar et ses stades climatisés devraient ainsi nous coûter entre 3,6 et 20 millions de tonnes de CO2

Les JO de Tokyo 2020 sembleraient néanmoins avoir amorcé un tournant dans l’organisation de JO plus durables. Paris a en effet l’ambition de faire de Paris 2024 un « modèle » : les prochains jeux d’été deviendraient alors les premiers jeux alignés avec les objectifs de l’Accord de Paris, une ambition qui s’était d’ailleurs concrétisée dès 2016 par un partenariat stratégique entre le WWF France et le comité de candidature Paris 2024.


[1] En partenariat avec le ministère de la Transition écologique, le ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse et Concepteurs d’Avenirs

Donnez votre avis sur la sobriété et la mobilité durable !

Face à l’urgence climatique et pour une meilleure accessibilité des déplacements, dans un contexte de crise énergétique, le CESE a décidé d’organiser deux consultations citoyennes, l’une sur la sobriété, l’autre sur la mobilité durable dans les zones peu denses. Elles viendront nourrir deux projets d’avis à paraître en 2023.

Des avis sur la sobriété et la mobilité « durable »

Jusqu’au 11 novembre, la première consultation accessible sur le site sobriete.lecese.fr vise à recueillir les contributions des citoyens sur leur perception de la sobriété, et d’en « définir les leviers de développement et les pistes d’actions nouvelles ». Quelle définition des politiques de sobriété donne le CESE dans le cadre de cette consultation ? Il considère l’« ensemble de mesures, d’organisations collectives et de pratiques du quotidien qui évitent et réduisent la demande en énergie, matériaux, sol et eau tout en assurant le bien-être pour tous dans les limites planétaires. »

Jusqu’au 27 novembre, la deuxième consultation est accessible sur le site participez.lecese.fr. La plate-forme vise à recueillir via un questionnaire les problématiques de mobilité vécues par les citoyens dans les zones « peu denses ». Elle assure aussi le partage de propositions d’améliorations et de solutions pour des déplacements plus accessibles pour tous. Le CESE s’intéresse ici en priorité aux zones rurales et situées en périphéries éloignées des agglomérations où l’utilisation de la voiture individuelle reste indispensable pour se déplacer. Le site recueille à ce jour 50 propositions pour 121 participations.

Lors d’ateliers participatifs dans les territoires, la consultation sur la mobilité cherchera à identifier des « solutions nouvelles » afin de lutter contre l’isolement des personnes qui ne peuvent pas facilement utiliser de voiture. Une situation exacerbée par l’augmentation du prix des carburants. Dans les Outre-mer, « des ambassadeurs seront présents dans 15 bureaux de poste durant 3 semaines » pour recueillir les contributions citoyennes sur la plate-forme, prévient le CESE.

Des consultations finales avec des citoyens

La première consultation s’achèvera sur un « atelier de convergence » les 25 et 26 novembre avec des citoyens pour « approfondir les conditions de mise en œuvre des politiques de sobriété ». La deuxième consultation s’achèvera en février 2023 sur « une journée délibérative au CESE ». Les participants pourront donner leur avis sur les préconisations retenues.

Sur la base de ces consultations, un avis définitif portant sur les politiques à mettre en place pour favoriser l’évolution des modes de vie vers la sobriété paraîtra le 11 janvier 2023. En janvier 2023, le CESE publiera aussi la synthèse des contributions de la consultation sur la mobilité. Suivra un avis remis au Gouvernement et au Parlement en mai 2023.

Un « Nutriscore » pour connaître le niveau de sécurité des appareils connectés

Pour certains, les appareils connectés apportent confort et commodité à notre vie quotidienne. Pour d’autres, ils peuvent surtout créer de nouvelles complications et de nouveaux risques pour la sécurité domestique. Plus les consommateurs ont recours à l’Internet des Objets (IoT, Internet of Things) et plus les possibilités de piratages augmentent.

C’est cette crainte qui ressort d’une récente étude commanditée par BlackBerry, pionnier des téléphones intelligents au début des années 2000 et qui est aujourd’hui un éditeur de solutions de sécurités.

Menée aux États-Unis, son enquête constate que près de 3 personnes sur 4 pensent que les voitures connectées et les chargeurs de véhicules électriques devraient être notés pour leur capacité à résister aux menaces de cybersécurité.

Des réseaux zombies d’objets connectés…

L’enquête a été commandée en réponse à une nouvelle initiative de la Maison-Blanche qui prévoit de lancer, en 2023, un programme d’étiquetage pour les appareils de l’IoT, similaire aux classements EnergyStar qui indiquent la consommation électrique d’un téléviseur ou d’un appareil électroménager.

Le gouvernement américain souhaite que le National Institute of Standards and Technology et la Federal Trade Commission proposent un ensemble de normes de sécurité de base afin que les Américains puissent savoir d’un coup d’œil si leur nouveau haut-parleur ou leur nouvelle machine à laver risque de rejoindre un botnet¹ ou d’être frappé par un ransomware².

Selon une récente étude menée par Nozomi Networks, une entreprise américaine spécialisée dans la protection des réseaux industriels, « l’activité des botnets IoT s’est intensifiée au premier semestre 2022 ».

À l’instar de ce qui se passe avec l’informatique, où des pirates prennent le contrôle d’ordinateurs (des botnets ou « réseaux zombie »), la finalité des capteurs industriels est également détournée par des cybercriminels pour lancer des attaques DDoS (Distributed Denial of Service, déni de service distribué). Le but est de paralyser l’activité d’un serveur ou d’une ressource web en le ou en la submergeant de requêtes.

Code-barres

Bien que les détails du programme n’aient pas encore été confirmés, l’administration américaine a déclaré qu’elle « gardera les choses simples ». Les étiquettes, qui seront « reconnues mondialement » et débuteront sur des appareils tels que les routeurs et les caméras domestiques, prendront la forme d’un « code-barres ». Il suffira de le scanner avec son smartphone pour découvrir son niveau de sécurité.

Le code-barres scanné permettra de consulter des informations fondées sur des normes, telles que les politiques de mise à jour des logiciels, le chiffrement des données et la correction des failles de sécurité.

Certains détracteurs de ce plan rappellent que les États-Unis ne fabriquent pas la plupart des produits connectés que les consommateurs achètent. Par ailleurs, ils rappellent que ce type d’étiquetage est en cours de développement au Royaume-Uni, dans l’Union européenne et à Singapour.

Les États-Unis n’auraient qu’à l’adapter plutôt que d’en créer un autre. En septembre dernier, l’Union européenne a mis la pression sur les fabricants de ce type d’appareils. Ils seront désormais tenus d’évaluer tous les risques et de notifier les problèmes à l’UE dans les 24 heures.


  1. Un réseaux de « bots » qui prennent, de façon malveillante, le contrôle sur un ensemble d’appareils connectés à Internet.
  2. Le « rançongiciel » bloque l’accès au système ou à des données.

 

L’ADEME publie un avis concernant l’électrification du parc automobile français

Le déploiement massif du véhicule électrique pour particuliers est considéré par les politiques publiques européennes comme une étape incontournable si nous voulons atteindre la neutralité carbone en 2050. La loi d’Orientation des Mobilités prévoit par ailleurs une interdiction de la vente de véhicules thermiques « utilisant des énergies fossiles carbonées » pour 2035.

La mobilité électrique : quel impact carbone ?

Selon l’ADEME, « sur l’ensemble de sa durée de vie, une voiture électrique roulant en France a un impact carbone 2 à 3 fois inférieur à celui d’un modèle similaire thermique, à condition que sa batterie soit de capacité raisonnable. »

« Capacité raisonnable » : la nuance est importante. En effet, bien qu’un véhicule électrique n’émette pas de carbone à l’usage, la fabrication des batteries en émet beaucoup, si bien que le véhicule électrique commence sa vie avec une dette carbone supérieure à celle d’un véhicule thermique. L’impact carbone de la batterie, non négligeable, est directement lié à sa capacité.

Ainsi, si l’autonomie des véhicules électriques est souvent pointée du doigt, augmenter la « taille »¹ de la batterie n’est pas une bonne solution, car cela entraîne inévitablement une augmentation du poids du véhicule, de son impact carbone et aussi de son prix.

Dans son avis d’octobre, l’ADEME a comparé l’évolution des émissions de carbone cumulées, par rapport au kilométrage de différents types de véhicules.

S’il faut un peu moins de 20 000 km à une citadine disposant d’une batterie de 22 kWh (par exemple : Twingo E-Tech Electric) pour devenir « rentable » du point de vue des émissions de CO2, par rapport à une berline compacte diesel, cette distance augmente proportionnellement à la capacité de la batterie.

Jusqu’à 100 000 km, un véhicule électrique de type SUV compact équipé d’une batterie de 100 kWh présente ainsi un cumul d’émission de carbone supérieur à celui d’une berline compacte diesel ! Cela représente tout de même 8 années d’utilisation pour un automobiliste moyen.

Enfin, pour un VE compact disposant d’une batterie de 60 kWh, cette distance avoisine les 62 000 km.

Par conséquent du point de vue des émissions de CO2, il est donc préférable de privilégier les véhicules légers, dont la batterie reste de taille raisonnable.

Recyclage et sécurisation des approvisionnements

L’ADEME met aussi le doigt sur des enjeux clés de la prochaine décennie : le recyclage des batteries et la sécurisation des approvisionnements en cobalt, lithium, nickel ou graphite.

En effet, les scénarios ADEME TRANSITION(S) 2050 prévoient ainsi une augmentation de « +300 % à +800 % de besoins en lithium par rapport à 2020 pour la mobilité légère ».

Dans ce contexte, on comprend mieux l’importance stratégique de projets d’exploitation de lithium, notamment celui d’Echassières dans l’Allier. Le groupe Imerys devrait ainsi commencer sa production en 2028, ce qui permettra d’équiper 700 000 véhicules par an en batteries Li-ion.

Il est capital de revoir nos usages de la mobilité

Le passage à l’électrique n’est pas un simple « changement de carburant ». Cela suppose aussi de repenser nos usages de la mobilité.

Par exemple, si recharger une batterie en 2 minutes comme on ferait un plein de carburant est techniquement possible, ce n’est pas souhaitable ni réaliste, car cela nécessiterait de mobiliser 1,8 MW de puissance électrique, soit la puissance appelée par 1 500 foyers !

L’ADEME souligne par ailleurs qu’il est important de choisir le bon moment pour sa recharge, afin de soulager le réseau électrique, surtout en zone urbaine et périurbaine. Aussi, le « déploiement de bornes associées à une production photovoltaïque (ombrière par exemple) est une solution à privilégier pour réduire l’impact réseau, le coût de recharge à terme, limiter l’artificialisation des sols liée au développement des énergies renouvelables et donner du sens à leur développement. »

Enfin, en ce qui concerne les longues distances, l’offre actuelle ne permet pas de répondre de manière satisfaisante à ce besoin. Si l’hybride rechargeable peut éventuellement être une solution pertinente, sous certaines conditions, l’ADEME recommande d’autres solutions pour les trajets longue distance, comme le recours accru au train et le développement de services adaptés sur les lieux touristiques.

L’avis de l’ADEME comporte beaucoup d’autres informations et recommandations, notamment au sujet des bornes de recharge ou de l’aspect économique. Nous vous invitons à lire le rapport complet pour en savoir plus.


¹ Ou plutôt, accroître sa capacité de stockage

La place du nucléaire toujours au cœur de l’avenir du mix énergétique

Ce jeudi 27 octobre s’ouvre le débat public « Nouveaux réacteurs nucléaires et projet Penly ». Jusqu’au 27 février 2023, les Français pourront se prononcer sur la relance du nucléaire avec la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR2 prévus d’ici 2035 dont les deux premiers devraient se situer à Penly. Organisé et piloté par la seule Commission nationale du débat public (CNDP), ce débat public doit poser la question de la relance du nucléaire en France. Mais une autre concertation, lancée le 20 octobre et organisée par le gouvernement, est passée un peu inaperçue. Portant sur l’avenir du mix énergétique français, elle se tient en parallèle de ce débat public. Cette concertation est encadrée par 4 garants de la CNDP, notamment pour contrôler le respect de la transparence de la démarche.

Quel scénario de mix énergétique choisir ?

Trois thèmes sont portés à la concertation du gouvernement : Comment adapter notre consommation pour atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 ? Comment satisfaire nos besoins en électricité, et plus largement en énergie, tout en assurant la sortie de notre dépendance aux énergies fossiles ? Comment planifier, mettre en œuvre et financer notre transition énergétique ? Jusqu’au 31 décembre 2022, tout le monde peut partager son avis sur la plate-forme participative concertation-energie.gouv.fr. La plate-forme propose aussi de s’informer sur le contexte énergétique français et les différents scénarios élaborés par RTE et l’Ademe.

Le gouvernement rappelle dans un communiqué sa stratégie alliant « mesures de sobriété et d’efficacité énergétiques » et l’objectif de « décarboner totalement notre mix énergétique grâce aux énergies renouvelables et au nucléaire ». Cela suppose « de véritables choix de société sur notre façon de consommer et de produire, de se déplacer, de se loger ». D’ici fin décembre, un « Tour de France » devrait réunir dans chaque région le grand public, l’ensemble des parties prenantes locales, des étudiants, ainsi que des membres du Gouvernement. Mi-janvier 2023, un « Forum des jeunesses » sera organisé avec 200 jeunes, de 18 à 35 ans, tirés au sort pour donner leur avis sur l’avenir énergétique du pays.

Les anti-nucléaires montent encore au créneau

Alors que le débat public organisé par la CNDP doit interroger la pertinence du nouveau programme de construction de réacteurs, la concertation du gouvernement demande de choisir « trois priorités » s’agissant de la production d’électricité d’origine nucléaire en France. « Aucun [choix] ne propose explicitement de ne pas construire de nouveaux réacteurs ou de prévoir l’arrêt des réacteurs existants », dénonce le Réseau « Sortir du nucléaire », collectif d’associations anti-nucléaires. Le collectif dénonce en ce sens une « information biaisée », des « choix verrouillés », « un pur exercice de communication » et « un nouveau passage en force avant le débat public ».

105 députés issus de cinq groupes politiques ont de leur côté saisi mardi 25 octobre la CNDP pour réclamer la tenue d’un débat sur « la place du nucléaire dans le mix énergétique de demain ». Pour Marie Pochon, députée EELV de la Drôme, à l’origine de la saisine, avec Julien Bayou, la concertation gouvernementale sur l’énergie lancée le 20 octobre « n’offre pas les garanties de neutralité et d’indépendance suffisantes ».

Nourrir le débat parlementaire

Dans un entretien à l’AFP, Chantal Jouanno, présidente de la CNDP assure au contraire que « la décision n’est pas prise » et insiste sur l’importance du débat public et la concertation en cours. Elle explique : « Certains nous disent ‘le gouvernement a tout décidé puisqu’il l’a déjà annoncé’. En fait, rien n’est décidé. Et on sait que le Parlement aujourd’hui a de plus en plus d’indépendance par rapport au pouvoir exécutif, compte tenu de sa composition. Le jeu est ouvert, et les conclusions peuvent être un appui pour les parlementaires. »

Les conclusions de cette concertation viendront en effet nourrir le débat parlementaire autour de la première loi de programmation sur l’énergie et le climat qui sera adoptée en 2023. Plus largement, elles participeront à définir les nouvelles stratégies climatiques et énergétiques nationales. « La mobilisation va aussi dépendre […] de la manière dont les politiques vont retransmettre l’existence de ces débats », conclut Chantal Jouanno.

Des tentacules robotiques pour se saisir du moindre objet

Agripper un objet puis le tenir assez longtemps pour l’obtenir n’est pas chose aisée. En témoigneront volontiers les amateurs de machines à griffes lors des fêtes foraines ! Et pourtant, attraper une peluche n’est rien comparé à la saisie d’un morceau de corail menacé ou d’un précieux artefact issu d’une épave engloutie… Une équipe de recherche de la Harvard John A. Paulson School of Engineering and Applied Sciences (SEAS) menée par Kaitlyn Becker, professeure assistante d’ingénierie mécanique au MIT (Massachusetts Institute of Technology), a récemment mis au point un robot mou semblable à une méduse. Ses multiples filaments, relativement faibles individuellement, deviennent capables de soulever à peu près n’importe quoi par la force du nombre tout en s’affranchissant des prérequis habituels d’une telle opération.

Tentacules robotique : quand la force vient du nombre

Obtenir une prise viable sur un objet quelconque demande une reconnaissance avancée de ce dernier. En effet, sa morphologie guide la planification du mouvement menant à sa saisie, que ce soit en mécanique biologique ou d’ingénierie. Une opération complexe et chronophage pour le manipulateur, qui doit compter sur des boucles de rétroaction permanentes pour ajuster sa griffe. Dans leur article paru le 10 octobre 2022 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, les chercheurs du SEAS ont présenté une nouvelle voie basée sur la robotique molle. S’inspirant de la nature, leur appareil se compose d’une multitude de filaments minces et évidés en élastomère. Un côté de chacun des tubes possède une épaisseur de matériau caoutchouteux plus importante. Pourquoi cela ? Parce qu’ainsi, une fois les filaments pressurisés, ces derniers se courbent automatiquement à la manière de queues de cochon ! Et pour relâcher la pression, rien de plus simple : il suffit de dépressuriser les tubes.

Individuellement, chaque filament est capable d’accommodation afin de se conformer localement à l’objet ciblé. Reste que sa force est limitée… Ce qui n’est pas un problème ! Elle permet au contraire de s’attaquer à des objets fragiles sans craindre de casse. Mais une fois mis en réseau, l’affaire n’est plus la même. La combinaison des interactions filament-filament et filament-objet résulte alors en une capacité de prise plus grande que la somme de ses parties. L’enchevêtrement étroit des filaments de la « méduse robot » avec l’objet visé, comme avec une proie marine, permet finalement une prise en main en douceur et adaptable à l’envi. Pour s’en assurer, l’équipe du SEAS a réalisé des simulations, mais également des tests expérimentaux sur des objets de formes, de tailles et de masses diverses et variées (plantes en pot, jouets…). Le futur de l’appareil pourrait se trouver du côté de la production et de la distribution agricole de fruits et légumes, ou même de celui de la médecine et de la prise en charge de tissus délicats.

Techniques de l’Ingénieur est partenaire du salon Smart City + Smart Grid

Dans une optique de transition énergétique et d’économie d’énergie, les smart cities semblent être la solution pour tendre vers des villes durables. Les innovations en termes d’IoT, d’IA, d’infrastructures ou encore de réseaux intelligents sont devenues essentielles pour le développement de villes intelligentes et de la mobilité durable. C’est pour cela que le salon Smart City + Smart Grid, qui se déroulera les 8 et 9 Novembre 2022, est à ne pas manquer ! 

 

Depuis sa création, le salon Smart city + Smart Grid a pour objectif d’être un catalyseur et un facilitateur de rencontres pour les porteurs de projets « smart city ». C’est à cette occasion que les entreprises, les décideurs peuvent mieux appréhender et identifier les nouvelles technologies et solutions « smart cities » disponibles sur le marché pour des bâtiments, des villes et des territoires durables, intelligents et connectés… 

 

Durant 2 jours, découvrez les différents projets et solutions pour l’économie d’énergie, la gestion des déchets, mais également pour la mobilité, la sécurité, et la santé qui peuvent transformer les bâtiments, les villes et les territoires en espaces durables, intelligents et connectés. 

En parallèle deux cycles de 5 conférences-débats orientés city, en accès libre, permettront de faire le point sur les technologies et les moyens disponibles pour :

– mettre en œuvre la transition énergétique avec le cycle A : énergie et environnement,
– imaginer la mobilité décarbonée et intelligente du futur urbain avec le cycle B : mobilité et gestion numérique..  

En totale synergie avec ce salon, il se tiendra également la 12ème édition du salon IBS dédié à la performance des bâtiments. 

En tout, ce sont plus de 7000 visiteurs à haut pouvoir de décisions qui sont attendus ! Pour plus d’informations consultez le site https://www.smartgrid-smartcity.com/