Dans un article publié dans le Science Bulletin, une équipe de chercheurs chinois a réussi à recenser le nombre d’arbres présents en Chine. Ils estiment que le territoire regroupe 142 milliards d’arbres, soit environ 100 par habitant. L’auteur principal de l’étude ajoute cependant que le nombre réel pourrait être plus élevé. En effet, en 2019, le neuvième inventaire national des ressources forestières de la Chine avait comptabilisé en moyenne 1 052 arbres par hectare contre 689 pour cette étude.
Ces résultats ont été obtenus grâce à l’utilisation du Lidar (light detection and ranging), une technique de mesure fondée sur l’analyse d’un signal laser renvoyé vers son émetteur. Ces outils ont été embarqués à bord de drones dès 2015 et ont ainsi couvert une surface de 1 400 kilomètres carrés. Les scientifiques ont compté les arbres avec un logiciel appelé Lidar360, qui intègre l’intelligence artificielle. Ils ont ensuite extrapolé les conclusions à l’ensemble du territoire.
Planter la plus grande forêt artificielle au monde
Ces informations viennent enrichir les données du projet de « muraille verte » de la Chine. Ce projet, lancé à la fin des années 1970, a pour objectif de freiner l’avancée du désert de Gobi situé entre le nord de la Chine et le sud de la Mongolie. Les tempêtes de sable, de plus en plus fréquentes, parviennent même jusqu’à Pékin. Le plan prévoit que cette muraille s’étende sur plus de 4 480 kilomètres de long et sur 550 kilomètres de large d’ici 2050. En quarante ans, près de 66 milliards d’arbres ont déjà été plantés. En 2014, la surface de ce bois chinois était de 2,08 M km2, soit environ 22 % du territoire, ce qui en fait la plus grande forêt artificielle au monde. Désormais, les graines remplaceront les lasers sur les drones pour venir ensemencer la région. De même que les données récoltées permettront de choisir plus judicieusement où planter les futurs arbres.
Mais l’efficacité de ce projet est vivement contestée. Certains scientifiques estiment que les arbres pourraient assécher les nappes phréatiques du territoire, déjà à un faible niveau. D’autant que ces plantations doivent être arrosées, ce qui consomme davantage d’eau, au risque qu’un jour plus rien ne puisse pousser. Enfin, si des millions d’arbres ont auparavant été mis en terre, combien ont survécu ? Car ces bois monospécifiques (composés d’une seule essence) sont particulièrement sensibles à l’environnement aride, aux maladies et aux parasites.
Les difficultés de la transition électrique, les hésitations politiques, le manque de clarté des directives européennes et la nécessité de développer une filière industrielle européenne forte, incluant la production de batteries, constituent les défis à venir pour l’industrie européenne de la mobilité électrique. Qui plus est dans un contexte immédiat de grande incertitude liée aux annonces récentes du président Trump.
Si l’Europe a par le passé et jusqu’à très récemment refusé d’assumer un rôle de stratège pour guider le développement d’une filière industrielle compétitive sur l’ensemble de la chaîne de valeur des véhicules électriques, à l’instar de ce qui se passe en Asie et aux Etats-unis, la donne est peut-être en train de changer. Notamment sous l’impulsion allemande.
Bernard Julien est maître de conférences en économie à l’Université de Bordeaux. Directeur du Groupe d’étude et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’automobile (Gerpisa) jusqu’en 2015, il a ensuite fondé un cabinet d’étude, FERIA, dédié à la formation, à la recherche et aux études sur l’industrie automobile. Il a expliqué à Techniques de l’Ingénieur la difficulté pour l’Europe d’assumer une réelle politique industrielle en matière d’automobile, et en quoi cet état de fait pourrait évoluer avec la période actuelle.
Techniques de l’Ingénieur : Peut-on vraiment parler d’une politique industrielle européenne dans le secteur automobile ?
Bernard Julien : Pas vraiment. Historiquement, l’Europe n’a jamais mis en place une politique industrielle explicite pour l’automobile. Plus généralement, l’Europe n’a même jamais mis en place de politique industrielle digne de ce nom. Bruxelles s’est plutôt reposée sur une vision libérale, dans le sens où les institutions européennes ont laissé à la fois la concurrence faire son œuvre entre grandes firmes européennes, et les industriels eux-mêmes décider de leurs orientations technologiques.
Cela s’illustre d’ailleurs à travers la politique de neutralité technologique affichée depuis longtemps au niveau européen, qui traduit un refus d’arbitrer et de faire des choix technologiques assumés. Mais cette posture a montré ses limites. Pendant que la Chine, les États-Unis, ou la Corée mettaient en place des stratégies claires, l’Europe s’est privée d’un cap commun, et donc de plan structurant, de soutien coordonné à l’industrie… Cela s’illustre aujourd’hui par une très grande difficulté à faire émerger une filière compétitive, et par le recours à la pression réglementaire, notamment environnementale, comme principale orientation stratégique.
L’Europe a pourtant fixé des objectifs ambitieux sur la fin des moteurs thermiques. Pourquoi cela n’a-t-il pas suffi ?
L’Europe a imposé des objectifs sans construire la filière qui permet de les atteindre. C’est ce que j’appelle « mettre la charrue de l’électrification avant les bœufs de la filière ».
À partir de 2020, la réglementation européenne a exigé une forte baisse des émissions de CO₂, poussant de fait vers l’électrique, seule autre technologie alors mâture. Cela laisse d’ailleurs songeur sur la réelle neutralité technologique prônée par Bruxelles. Mais les constructeurs n’étaient alors ni prêts technologiquement, ni outillés industriellement pour prendre ce virage de manière si brutale.
Les constructeurs européens ont donc décidé d’attaquer le marché de l’électrique par le haut, en proposant des véhicules haut de gamme à plus de 40 000 euros, loin des moyens de la plupart des ménages. Avec un résultat logique : des ventes qui stagnent, un manque d’offres abordables, et une défiance des consommateurs. Et comme l’électrique d’occasion reste rare pour le moment, l’image d’un produit réservé aux riches persiste. Il aurait fallu planifier l’émergence d’une filière européenne cohérente : production de batteries, infrastructures, formation… Au lieu de ça, on a laissé les industriels seuls, avec une politique faite d’injonctions confuses.
Aujourd’hui, la Chine est en avance sur l’Europe en ce qui concerne les véhicules électriques. Le vieux continent est-il en mesure de combler le retard accumulé ?
Il faut bien comprendre la différence de contexte. La Chine est partie plus tôt que l’Europe sur les véhicules électriques, avec une stratégie étatique assumée, des subventions massives, une planification très organisée. L’Europe, elle, découvre l’exercice. Et surtout, elle refuse encore trop souvent de dire qu’elle mène une politique industrielle. C’est une forme de tabou idéologique hérité de décennies de dogmatisme sur la concurrence libre et non faussée.
Nous sommes aujourd’hui, dans le domaine de l’électrique, une industrie émergente, confrontée à des géants déjà bien établis. Et comme dans tout processus d’émergence, il faut de la protection temporaire pour grandir : des subventions ciblées, ainsi que des exigences environnementales et sociales qui font office de barrières intelligentes face aux concurrents étrangers, des politiques d’achat public… Tout cela est possible, mais demande une coordination que l’Europe a encore du mal à mettre en œuvre.
Peut-on espérer faire émerger une filière batterie compétitive et souveraine en Europe ?
C’est un défi immense. On a certes vu naître des projets comme Northvolt ou ACC, mais les résultats sont contrastés. Certains projets ont été soutenus sur des promesses mal ficelées, parfois sans réelle capacité industrielle derrière. C’est le cas pour Northvolt, avec les résultats qu’on connaît aujourd’hui. D’autres projets, plus solides, avancent, mais restent dépendants de choix technologiques risqués voire déjà dépassés. Le vrai problème, c’est que l’Europe manque d’expertise interne pour évaluer, orienter, et faire des choix industriels éclairés.
À Bruxelles, il n’y a pas d’administration technique à même de faire contrepoids aux lobbys ou aux cabinets privés, contrairement à la DGE en France, par exemple, qui garde un certain savoir-faire et une expertise reconnue. Cela rend la construction d’une filière souveraine difficile, car les choix sont souvent dictés par les industriels eux-mêmes, sans une vision d’intérêt général clairement affirmée.
Le contexte géopolitique actuel peut-il changer la donne pour l’Europe ?
Oui, il pourrait provoquer un tournant. La guerre en Ukraine, les tensions avec la Chine, le désengagement progressif des États-Unis sur certains sujets de défense… Tout cela pousse l’Europe à repenser sa souveraineté, pas seulement militaire, mais aussi industrielle.
L’Allemagne commence à prendre conscience des risques de sa dépendance à la Chine, notamment dans l’automobile, ce qui est relativement nouveau mais pourrait s’avérer potentiellement structurant pour la filière européenne.
Par ailleurs, le débat sur le réarmement remet en question les règles d’austérité budgétaire. Si l’on peut lever des freins pour financer la défense, pourquoi pas pour la transition écologique ou la construction d’une industrie électrique européenne ? Ainsi, l’idée même de politique industrielle souveraine gagne en légitimité. Reste à transformer cette prise de conscience en stratégie partagée, et surtout en action coordonnée. Il n’est pas trop tard, mais le temps presse.
Le rapport Draghi, publié en septembre 2024, n’a jamais été autant d’actualité. Ce dernier pointait un retard grandissant de l’Europe, en particulier par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, en termes de compétitivité industrielle, sur de nombreux secteurs d’activité. Partant de ce constat étaient préconisées plusieurs pistes. Avec en tout premier lieu la nécessité de stimuler l’innovation pour combler un retard technologique patent dans de nombreux secteurs, comme celui de l’intelligence artificielle, qui apparaît si crucial aujourd’hui. Le rapport Draghi chiffre l’investissement à réaliser en la matière à 800 milliards d’euros. Hasard des chiffres, cette somme correspond à ce que l’Union Européenne compte engager via le plan Rearm Europe, qui doit permettre au vieux continent de développer une industrie de défense performante pour assumer seule sa capacité à répondre à d’éventuelles agressions étrangères.
Le second constat du rapport Draghi est la nécessité d’établir un plan commun pour la décarbonation et la compétitivité de nos activités industrielles. La troisième recommandation concerne le renforcement de la sécurité économique et la réduction des dépendances, pour diminuer la fragilité des chaînes de valeurs industrielles et notamment l’approvisionnement en matières critiques. Un constat que la crise sanitaire a révélé au grand jour.
Si l’UE met en place des réglementations ayant pour objectif d’adjoindre les pays européens à décarboner leurs activités et à renforcer la compétitivité de leurs secteurs industriels de pointe, difficile d’y voir une réelle politique volontariste et encore moins une stratégie commune.
L’Allemagne obligée de miser sur l’Europe ?
Donald Trump est celui, volontairement ou pas, qui va – peut-être – forcer l’Europe à unir ses efforts pour continuer à exister, industriellement et économiquement parlant. Ce dernier a réussi à faire dire à l’Allemagne que la nécessité d’investir dans une industrie de défense performante devait l’emporter, au-delà de l’augmentation du taux d’endettement que ces investissements induiront. Ce qui constitue en soi un véritable tournant de la part de notre voisin. Et un signal pour le continent.
Au-delà de la défense, les efforts, dispersés mais réels, de l’Union Européenne pour développer des filières industrielles performantes autour de technologies comme la mobilité électrique, l’hydrogène, les lanceurs spatiaux, le micro nucléaire, entre autres, ont montré que le continent dispose d’atouts pour être compétitif au niveau international. Mais la guerre commerciale, qui est déjà une réalité entre la Chine et les Etats-Unis oblige le vieux continent à utiliser d’autres leviers : le patriotisme économique, la limitation de la concurrence entre acteurs européens sur des technologies similaires, l’orientation des investissements… Une certaine forme de protectionnisme donc, que la mise en place de standards écologiques différenciants, destinés à faire barrage aux produits étrangers, plus performants, moins chers mais produits de manière moins résiliente pour l’environnement, préfigure.
Il faut donc aller plus loin, et on entend de plus en plus dans les prises de paroles des responsables politiques français et européens la volonté de mettre en place des barrières réglementaires, de pratiquer une politique commerciale plus agressive, et de disposer d’une planification commune sur les filières industrielles stratégiques.
Si l’Europe réagit sous la contrainte et dans l’urgence, la problématique continentale n’en reste pas moins là : comment réussir à se mettre d’accord à 27 ? La crainte actuelle de chaque pays membre, de se voir comme une victime potentielle de la guerre économique et commerciale en cours est peut-être le plus grand moteur pour mutualiser les outils industriels et faire naître une réelle ambition stratégique européenne.
Carester est une entreprise à part. Si on peut la qualifier de jeune, puisqu’elle a été fondée en 2019 par Frédéric Carencotte, son équipe est néanmoins composée d’experts de renommée internationale, cumulant plus de 250 ans d’expérience industrielle.
Avec la construction de l’usine Caremag, Carester ambitionne de devenir un acteur clé dans la production d’oxydes de terres rares en Europe.
Les terres rares sont un enjeu stratégique
Bien qu’ils soient disponibles en abondance sur terre, les oxydes qualifiés de « terres rares » ont deux particularités. D’une part, ils sont présents dans des minerais éparpillés et sont difficiles à extraire. D’autre part, ils sont très inégalement répartis sur terre, puisque quatre pays se partagent près de 90 % des réserves connues actuellement, la Chine étant le premier d’entre eux, avec un tiers des réserves mondiales !
Or, comme les terres rares sont un ingrédient essentiel des nouvelles technologies et de la transition verte[1], ce monopole de la Chine sur les terres rares est un problème stratégique majeur aussi bien pour l’Europe que pour les États-Unis. La récente polémique lancée par Donald Trump au sujet de l’exploitation des terres rares ukrainiennes en est d’ailleurs le parfait exemple.
Le recyclage des terres rares, la solution au problème
La substitution des terres rares n’étant pas possible, à l’heure actuelle, la meilleure solution pour contourner ce monopole de la Chine sur les terres rares est de développer, sur le sol européen, une vraie filière de recyclage.
L’UE soutient bien évidemment cette voie, puisque 47 projets prioritaires pour l’extraction, le traitement et le recyclage des terres rares et métaux stratégiques sur le sol européen viennent d’être dévoilés par la Commission européenne.
Usine Caremag : « une production réservée en priorité aux usines françaises et européennes »
Implantée à Lacq, près de Pau, l’usine Caremag sortira de terre en 2026. Une fois son « rythme de croisière » atteint, elle recyclera chaque année environ 2 000 tonnes d’aimants et raffinera 5 000 tonnes de concentrés miniers.
L’usine sera capable de produire :
600 tonnes d’oxydes de dysprosium et de terbium, soit 15 % de la production mondiale actuelle ;
800 tonnes d’oxydes de néodyme et praséodyme.
Par ailleurs, selon la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, « cette production sera réservée en priorité aux usines françaises et européennes ».
Avec cette unité industrielle, Carester permettra donc à la France et à l’UE de réduire leur dépendance aux terres rares chinoises.
Mais Carester n’est pas seule, car la France peut aussi compter sur d’autres projets industriels pour structurer cette filière du recyclage des aimants permanents, notamment Daimantel, MagREEsource, ou encore le projet RAP.
Arrivé pour la seconde fois à la maison blanche, Donald Trump se comporte comme un joueur de poker à coup de bluffs, de gestuelles et de propos intimidants. Objectif : remporter le bras de fer qui l’oppose au reste du monde ou presque. Et cela ne se limitera pas uniquement aux taxes douanières.
Aux États-Unis, en matière de numérique et de protection des données à caractère personnel, tout ce qui a été validé avec l’Europe pourrait être remis en question et en particulier le Règlement général sur la protection des données à caractère personnel (RGPD), mais aussi tous les accords sur l’exploitation des données.
Résultat, le concept de « souveraineté numérique » revient en force dans les médias et dans les milieux politiques et économiques français et européens. La souveraineté numérique est un concept qui désigne la capacité d’un État, d’une organisation ou d’un individu à exercer un contrôle sur ses données numériques, ses infrastructures technologiques et ses communications électroniques.
Elle implique la maîtrise des technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que la protection des données personnelles et sensibles contre les intrusions et les abus.
Pour les entreprises, la souveraineté numérique est essentielle pour protéger leurs actifs immatériels, tels que les données clients, les secrets commerciaux et les innovations. La maîtrise de leurs infrastructures technologiques leur permet de se prémunir contre les cyberattaques, les fuites de données et les espionnages industriels. Elle offre également un avantage concurrentiel en permettant le développement de solutions technologiques innovantes et sécurisées.
Pour les citoyens, la souveraineté numérique garantit la protection de leurs données personnelles et de leur vie privée. Elle leur permet de contrôler l’utilisation de leurs données et de se protéger contre les abus et les violations de leurs droits fondamentaux.
Cependant, il existe un décalage entre la reconnaissance de l’importance des solutions technologiques françaises ou européennes et leur adoption. Selon un sondage Ipsos publié par l’Usine Digitale, 78 % des décideurs reconnaissent l’importance des solutions technologiques locales…
… Mais seuls 32 % en font une priorité dans leurs décisions d’investissement. Ce sondage, réalisé auprès de 4 000 actifs en France, Allemagne, Espagne et Italie, révèle que 46 % des répondants européens sont préoccupés par la dépendance aux plateformes comme Google, Microsoft ou Amazon. Mais là aussi, on constate des freins à l’adoption de solutions européennes. Les deux principaux sont le coût élevé et les doutes sur leur fiabilité. L’argument tarifaire ne tient pas vraiment, car si demain Microsoft décide d’augmenter de 25 % le tarif de son abonnement à « Microsoft 365 », que feront la majorité des entreprises qui utilisent quotidiennement les solutions de cet éditeur ? Rien, certainement car elles sont trop habituées — et dépendantes — de l’univers de Windows…
Pour renforcer leur souveraineté numérique face aux géants américains, les Européens disposent de plusieurs options. La première est de développer des alternatives européennes aux services des GAFAM. Une belle idée qui a coûté très cher pour l’instant !
Les projets de « cloud » français, comme Numergy et Cloudwatt, lancés en 2010, se sont révélés être des échecs financiers, coûtant 56 millions d’euros à l’État. Malgré des investissements massifs dans la French Tech, la dépendance aux GAFAM persiste, coûtant plus de cent milliards d’euros selon Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance (Banque publique d’investissement) depuis 2013.
La deuxième option est de renforcer la réglementation en matière de protection des données et de concurrence, comme le RGPD. Mais ce n’est semble-t-il pas l’option retenue par l’Europe. L’UE va assouplir sa réglementation dans les semaines à venir.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de « simplification normative » pilotée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, visant à renforcer la compétitivité des entreprises européennes face à leurs homologues américaines et chinoises. Résultat, le RGPD va connaître sa première grande révision en devenant moins contraignant.
En conclusion, la souveraineté numérique est un enjeu stratégique pour les États, les entreprises et les citoyens. Elle permet de garantir l’indépendance technologique, la sécurité nationale et la protection des droits fondamentaux. Face à la domination des GAFAM, les Européens doivent développer des alternatives, renforcer la réglementation et coopérer pour renforcer leur souveraineté numérique. Après les paroles, il faut surtout passer aux actes !
Pour rappel, la PPE s’inscrit tout d’abord dans un contexte international de réduction des émissions de gaz à effet de serre, via l’Accord de Paris, qui fixe à 2 °C l’augmentation des températures par rapport à l’ère préindustrielle, et le pacte vert européen, qui doit faire du vieux continent le premier à être neutre en carbone d’ici 25 ans.
Au niveau national, la loi de programmation sur l’énergie et le climat (LPEC) chapeaute la mise en œuvre effective des trois documents de référence qui constituent la stratégie française pour l’énergie et le climat (SFEC). La PPE est un de ces documents. Les deux autres sont la SNBC (stratégie nationale bas carbone), qui guide les objectifs de réduction de l’empreinte carbone pour tous les secteurs d’activité, et le PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique), qui détaille les actions à mener pour s’adapter à l’augmentation des températures, sur la base d’une trajectoire de réchauffement de référence.
La seconde édition de la PPE, qui court sur la période 2019-2028, est axée principalement sur la réduction des énergies fossiles et l’accélération du développement des énergies renouvelables. La préparation de la PPE 3, qui doit couvrir la période 2024-2033, a fait l’objet d’une concertation avec des experts, des énergéticiens, les filières mais aussi des modélisations techniques, devant l’aspect hautement stratégique et engageant ce cette programmation au long cours.
Plusieurs points clés de la PPE 3 ont fait l’objet de vives contestations. Le premier ministre, François Bayrou, a acté la tenue d’un débat parlementaire autour de la PPE 3 à la fin du mois d’avril, à l’issue duquel la PPE 3 sera adoptée, sans vote.
La source principale des oppositions sur la rédaction de la PPE 3 met face à face les tenants d’une production d’électricité nucléaire et ceux qui souhaitent développer au maximum les énergies renouvelables. Deux partis pris irréconciliables qui, au gré des incertitudes politiques récentes et des remaniements, ont fait traîner l’adoption de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie.
Certaines orientations de la PPE 3 sont aujourd’hui acquises : la décision de ne plus fermer de réacteurs nucléaires par anticipation par exemple, mais également le maintien des objectifs liés au déploiement des énergies renouvelables. L’objectif de disposer d’ici à 2030 de 60 % d’énergie bas carbone (contre 60 % d’énergies fossiles aujourd’hui) passe en effet par un retour en force de l’énergie nucléaire, mais également un coup d’accélérateur sur le biogaz, l’éolien terrestre et maritime, le solaire et l’hydrogène.
Autre objectif de premier ordre, la baisse de la consommation d’énergie finale, qui devra diminuer de 27 % d’ici à 2035. Pour parvenir à cet objectif, l’amélioration de l’efficacité énergétique, notamment par le renforcement des aides de l’état à la rénovation énergétique des bâtiments, le développement de transports plus écologiques et la priorisation de productions plus locales feront l’objet d’une attention particulière.
Pour accompagner – et mieux anticiper – la montée en puissance de l’électrification de nombreux usages, la modernisation du réseau électrique, notamment par l’intégration de l’électricité renouvelable et le développement de moyens de flexibilité figure également parmi les chantiers figurant sur la feuille de route de la PPE 3.
S’il se décrit lui-même comme un piètre surfeur, c’est en tout cas bel et bien en glissant sur les vagues de la côte californienne que John Felts a eu l’idée de s’attaquer au sujet de la pollution plastique des océans. Un point de départ qui l’a tout d’abord incité à chercher un moyen de rendre les planches de surf plus écologiques, avant qu’il ne décide, avec Marco Rolandi, cofondateur à ses côtés de Cruz Foam, de se tourner plutôt vers un domaine aux conséquences environnementales bien plus larges : celui des matériaux d’emballage à usage unique. Un secteur dans lequel la mousse biosourcée et biodégradable mise au point par l’équipe de la jeune pousse californienne trouve ainsi, aujourd’hui, de nombreuses applications, comme nous l’explique, depuis sa Californie natale, John Felts, cofondateur et CEO de Cruz Foam. Une start-up en pleine ascension aux USA, mais aussi désormais en Europe et qui figure déjà notamment parmi les 200 « Best Inventions » sélectionnées par Time Magazine en 2023.
Techniques de l’Ingénieur : Qu’est-ce qui vous a amené à cofonder Cruz Foam ? Quel a été votre parcours antérieur ?
John Felts : Je suis né et j’ai grandi en Californie. J’ai une formation universitaire en génie chimique, et j’ai commencé par travailler en tant que consultant environnement, pendant près de six ans. J’ai ensuite repris des études à l’Université de Washington, en vue d’obtenir un master en génie des matériaux. C’est à ce moment-là que j’ai fait la rencontre de celui avec qui j’ai ensuite cofondé Cruz Foam, Marco Rolandi. Il était alors enseignant-chercheur, et travaillait notamment avec son équipe sur les matériaux biosourcés, et plus particulièrement sur la chitine – j’y reviendrai – le deuxième biopolymère le plus abondant au monde, que l’on trouve en effet dans de nombreux aliments, à commencer par les crustacés.
L’idée à l’origine de la création de l’entreprise nous est venue en surfant… En pratiquant ce sport de glisse, nous avons en effet pris conscience du mauvais état de santé de l’océan, notamment de sa pollution par les plastiques et microplastiques, et donc, par la même occasion, du fait que nos planches de surf [faites notamment d’un cœur de mousse polyuréthane ou de polystyrène expansé, n.d.l.r.] incarnaient une partie du problème…
C’est ce constat qui nous a conduits à fonder Cruz Foam, en 2017, alors que j’étais encore chercheur stagiaire au sein de l’Université de Californie à Santa Cruz, où j’étais en effet parti un an plus tôt, et où Marco enseigne également.
Comment votre travail de R&D a-t-il alors débuté ?
Notre premier objectif a été de trouver un moyen de rendre ces planches plus écologiques. Nous nous sommes ainsi attelés à la mise au point d’un matériau qui leur serait spécifiquement destiné : une mousse biosourcée très performante, capable de rivaliser avec les mousses pétrosourcées utilisées pour la fabrication de ces planches de surf.
Nous avons toutefois fini par réaliser que, si elles l’incarnaient bel et bien d’une certaine façon, ces planches de surf ne représentaient clairement pas l’essentiel du problème que nous cherchions à résoudre. Nous avons compris, aux alentours de 2019, que cette application précise ne nous permettrait pas de diffuser notre mousse biosourcée à grande échelle. Nous avons donc opéré un pivot, en nous intéressant cette fois aux matériaux d’emballage à usage unique.
Le principal constat auquel nous sommes alors parvenus, était que, pour être mis en œuvre, les autres biomatériaux nécessitaient un procédé très spécifique, et trop coûteux, impossible à faire adopter à grande échelle par les acteurs du secteur de l’emballage.
Quelles furent alors les étapes suivantes de votre travail de R&D ?
Nous nous sommes lancés, pendant près de cinq ans, dans un travail visant à développer une technologie facile à mettre en œuvre sur des installations de production existantes. Ceci, en misant en outre sur l’utilisation de diverses matières premières issues de déchets agricoles et alimentaires, et notamment le chitosane, un dérivé de la chitine que j’évoquais.
Quand la grande distribution s’approvisionne en crevettes, par exemple, leurs fournisseurs se chargent en effet de les décortiquer. Or, jusqu’à présent, ces carapaces finissent tout simplement jetées, pour l’immense majorité d’entre elles. C’est un vrai gâchis ! À l’inverse, miser sur la valorisation de ces déchets nous semblait un bon moyen non seulement de ne pas prélever inutilement de ressources non renouvelables, mais aussi d’obtenir par la même occasion une matière première très bon marché, ce qui se révèle indispensable pour faire face à la concurrence du secteur pétrochimique.
Nous avons donc développé un procédé permettant d’utiliser – à hauteur de 70 % – ce chitosane et quatre autres types de déchets agricoles et alimentaires, pour produire notre mousse biosourcée. Et ce, au travers d’un procédé très commun, omniprésent dans le domaine de la production de mousses pétrosourcées : l’extrusion.
Comment, justement, le procédé que vous avez développé fonctionne-t-il précisément ?
Le procédé que nous avons mis au point passe tout d’abord par la transformation des déchets que j’évoquais – que nous récupérons généralement sous forme de poudre ou de liquide – en granulés. Cette étape de granulation est particulièrement importante : ces granulés doivent en effet être très homogènes, pour permettre un bon déroulement de l’étape suivante qu’est l’extrusion. Nous avons donc développé un procédé de compoundage qui relève du secret industriel… Je peux simplement dire qu’il permet d’obtenir une matière monophasique présentant une excellente copolymérisation, une excellente réticulation, et qui peut ainsi facilement être introduite, sous forme de granulés, dans l’équipement qui permet de mettre en œuvre la dernière étape du procédé : l’extrudeuse.
Comment se déroule alors cette ultime étape que vous évoquez, l’extrusion ?
Pour cette étape, tout est une question de timing… La production de mousse par extrusion nécessite en effet une parfaite synchronisation du processus. La mousse se forme à partir d’une matière fluide qui s’expanse sous l’action d’un gaz, en l’occurrence de la vapeur d’eau. Il nous a donc fallu trouver un moyen pour que la matière ne se solidifie ni trop vite – ce qui empêcherait en effet son gonflement – ni trop lentement, car la mousse finirait alors par se rétracter. Cela repose sur une parfaite combinaison de la matière première et des composants internes de l’extrudeuse. C’est là toute la magie de la fabrication de la mousse, qui est d’autant plus difficile à produire lorsqu’elle est biosourcée !
Quels produits, quelles solutions d’emballage proposez-vous à partir de cette mousse biosourcée ?
Nous commercialisons tout d’abord une solution basée sur la production de plaques de mousse « brutes », d’une épaisseur maximale d’un peu moins de quatre centimètres, et d’une largeur d’environ un mètre vingt pour deux mètres quarante de large. Nous les fournissons directement sur palettes à des partenaires, qui se chargent à leur tour de transformer ces plaques de mousse, en les découpant aux dimensions voulues. Ils approvisionnent finalement de grands industriels tels que Sony, ou Whirlpool, qui utilisent notre mousse ainsi façonnée pour emballer leurs produits.
Nous avons aussi développé une solution spécifiquement dédiée au transport de produits sensibles : Cruz Cool. Fabriquée à partir du même procédé, notre mousse est cette fois associée à une boîte en carton ondulé, et permet de protéger, à la fois du froid et du chaud, des aliments et des boissons, mais aussi des produits pharmaceutiques, tels que des vaccins.
Dans le même esprit, nous commercialisons également une solution spécifiquement dédiée au transport de bouteilles de vin : EcoVino.
Enfin, nous croyons aussi beaucoup en une application basée sur une approche que nous appelons « block & brace » [littéralement, bloc et renfort, n.d.l.r.]. Elle se destine à la protection de produits lourds et fragiles, dans des secteurs comme l’électronique, l’électroménager, les produits de luxe, comme l’illustre le travail que nous menons avec LVMH, dans le cadre du programme « La Maison des Startups », que nous avons rejoint en 2023.
Et au-delà même de l’emballage, nous entrevoyons aussi de nombreuses opportunités de développement dans des secteurs comme la construction, les transports ou encore l’automobile. Nous voyons en effet notre mousse plutôt comme une plateforme technologique, que comme un matériau d’emballage en tant que tel. Nous ne nous considérons d’ailleurs pas comme un spécialiste de l’emballage, mais bien comme un producteur de matériau.
Quelles sont, pour l’heure, vos capacités de production et les pistes que vous envisagez d’emprunter pour poursuivre votre développement ?
Nous avons déjà lancé la production en Amérique du Nord, et disposons notamment pour cela d’une usine sur la côte Est des États-Unis, capable de produire environ 4 200 m2 de mousse par mois. Nous comptons aussi poursuivre notre développement en nous associant à des partenaires, en commençant naturellement ici, en Amérique du Nord. Nous avons déjà trouvé un premier partenaire local qui va nous permettre d’étendre notre production à la côte ouest, et même sans doute jusqu’au Mexique, avec un lancement prévu pour le début de l’année prochaine.
Par ailleurs, nous ressentons également une demande considérable sur les marchés européens, qui nous semblent ainsi un terreau particulièrement fertile pour mener à bien notre projet le plus rapidement possible, en Italie et en France notamment. Nous cherchons donc activement à nous y implanter, pour commencer une commercialisation, idéalement, dans le courant de l’année prochaine.
Nous avons d’ailleurs d’ores et déjà signé un accord de partenariat avec une entreprise française spécialiste de la découpe et de la transformation de mousse : AMC Industrie.
Je pense aussi que notre capacité à aller directement vers les producteurs, et à les convaincre que notre procédé peut être mis en œuvre avec leurs outils industriels existants et la main-d’œuvre dont ils disposent déjà, va véritablement permettre de faire bouger les choses.
D’autant que, grâce à notre capacité à nous approvisionner en matières premières biosourcées et à produire en très grande quantité sur les lignes existantes, nous sommes en mesure de proposer notre produit à un coût très proche, voire égal à celui des mousses plastiques pétrosourcées actuellement disponibles sur le marché. C’est un véritable changement de paradigme, qui se conjugue, en outre, au fait que le matériau soit compostable.
Il est en effet entièrement biodégradable, et ce, en moins de huit semaines. Cela ne produit évidemment aucun microplastique et permet même, au contraire, de régénérer les sols. En se dégradant, notre mousse peut ainsi favoriser la germination et la croissance des plantes. Nous voyons donc dans notre mousse biosourcée une solution entièrement circulaire, tant par sa production et sa mise en œuvre industrielle, que par le retour à la terre qu’elle permet, sans dégrader l’environnement, et même, au contraire, en lui étant bénéfique… Tout comme à l’humain d’ailleurs, qui est en effet, lui aussi, l’une des premières victimes de cette terrible pollution par les microplastiques contre laquelle nous entendons lutter.
*Adaptation de l’article du Prof. Gareth Hinds publié dans Science in Parliament, Vol. 80, No. 3, Winter 2024, p17.
Le Prof. Gareth Hinds, National Physical Laboratory (Royaume-Uni), est Président de la WCO (World Corrosion Organisation – Organisation mondiale de la corrosion), et ancien président de l’Institut of Corrosion (Royaume-Uni)
En réalité, la corrosion impacte chacun d’entre nous, bien plus que nous ne le pensons. Plusieurs études détaillées ont montré que le coût moyen de la corrosion pour l’économie mondiale s’élève à environ 3,4 % du PIB**, et cela principalement en raison de l’augmentation des coûts de maintenance et d’inspection, du remplacement des composants défectueux et des temps d’arrêt opérationnels imprévus[1].
Pour la France, cela représente un coût total d’environ 100 milliards d’euros ; une perte financière dont la répercussion se traduit sous la forme d’une hausse des prix des biens et des services, sans oublier les désagréments supplémentaires liés aux retards de transport, aux interruptions d’approvisionnement, à la pollution environnementale et aux risques liés à la sûreté et à la sécurité.
Ne restons cependant pas sur ce constat. On estime que ces coûts pourraient être réduits jusqu’à 35 % si l’on mettait en œuvre les pratiques de contrôle de la corrosion connues et prévues[1]. Cela permettrait à la France d’économiser plus de 35 milliards d’euros chaque année. Il convient de noter que ces économies potentielles représentent plus que le déficit de l’assurance maladie prévu en France pour 2025[2].
Alors, pourquoi une telle réticence, tant dans le secteur public que privé, à profiter de ces énormes économies ?
Tout d’abord, le public n’est pas suffisamment sensibilisé à l’impact économique majeur de la corrosion et à l’importance de stratégies de gestion efficaces. Le plus souvent, les propriétaires d’actifs qui sont conscients du problème ont tendance à considérer la protection contre la corrosion comme un coût inévitable plutôt que comme un investissement.
Puis, il faut essayer de trouver un compromis entre court terme et long terme. Les grands projets d’infrastructures, généralement, mettent en jeu des équipes d’investissement et des équipes opérationnelles. Les premières sont incitées à construire l’actif dans les délais et au moindre coût, laissant les secondes se débattre avec les problèmes de maintenance qui en découlent une fois l’actif en service. Cela se traduit souvent par des coûts du cycle de vie de l’infrastructure, nettement plus élevés que ceux qu’ils auraient dû en être si une stratégie appropriée de gestion de la corrosion avait été intégrée dès la phase de conception.
Enfin, la plupart des professionnels de la corrosion ont tendance à se limiter au domaine technique qui les concerne, sans se sentir réellement concernés par les systèmes financiers et de gestion plus vastes. Cette mise à l’écart n’incite pas les directions à définir des stratégies de gestion de la corrosion, pas plus qu’à créer des opportunités ou prendre des décisions commerciales en la matière, dont elles tireraient profit.
La première étape pour résoudre ces difficultés est de sensibiliser le grand public, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles l’Institut de la corrosion britannique (Institute of corrosion, ICorr)[3] a organisé en 2024 une discussion avec le Comité britannique parlementaire et scientifique sur ce sujet. Il est juste de dire que tous ceux qui ont assisté à la réunion ont été frappés non seulement par l’ampleur de l’impact économique de la corrosion, mais aussi par le fait que tant de personnes sont dans l’ignorance complète du problème.
Site de la catastrophe de l’Union Carbide à Bhopal, en Inde, considérée par beaucoup comme la pire tragédie industrielle de l’histoire. La corrosion a été l’un des principaux facteurs à l’origine d’une explosion dans cette usine d’insecticides en octobre 1984, qui a entraîné la libération d’un important nuage de gaz toxique. Le bilan final a été estimé entre 15 000 et 20 000 morts.
En France, le Cefracor, Centre Français de l’AntiCorrosion regroupe les acteurs français de la corrosion, mais la sensibilisation à la corrosion est une problématique mondiale et, à ce titre, elle doit être abordée au niveau international. C’est pourquoi le Cefracor comme l’ICorr adhèrent à la WCO (World Corrosion Organization ou Organisation mondiale de la corrosion)[4]. Plus encore, leurs membres ont présidé la WCO (Damien Féron entre 2019 et 2022 et Gareth Hinds de 2022 à 2025).
La WCO est une organisation non gouvernementale des Nations-Unies. C’est un organisme caritatif à but non lucratif dont la mission est de promouvoir l’éducation et les meilleures pratiques en matière de contrôle de la corrosion au profit de la société, en garantissant la conservation des ressources et la protection de l’environnement. Cette mission est particulièrement pertinente à la lumière des défis mondiaux tels que le changement climatique, la raréfaction des ressources naturelles et la pollution de l’environnement.
Les membres de la WCO sont des organisations du monde entier qui s’intéressent à la corrosion, y compris des sociétés professionnelles telles que le Cefracor, des instituts de recherche travaillant sur des technologies connexes et des entreprises émanant d’un éventail de secteurs industriels.
La WCO vise trois objectifs principaux
Communiquer sur la façon dont les objectifs de développement durable des Nations-Unies (ODD)[5]peuvent être améliorés grâce aux meilleures pratiques en matière de protection contre la corrosion.
Sensibiliser le public à l’importance de la lutte contre la corrosion par le biais de la Journée mondiale annuelle de sensibilisation à la corrosion, qui se tient chaque année le 24 avril, et à travers d’autres activités.
Faciliter l’influence des décideurs politiques sur la prise en compte de l’utilisation durable des matériaux dans une économie circulaire.
Les 17 objectifs de développement durable des Nations-Unies représentent un élément essentiel du Programme de développement durable à l’horizon 2030[6], qui a été adopté par tous les États membres des Nations-Unies en 2015. La protection contre la corrosion jouera un rôle clé pour atteindre un certain nombre de ces objectifs, en particulier, ceux qui suivent :
ODD 6 : Eau propre & assainissement
ODD 7 : Énergie abordable & propre
ODD 9 : Industrie, innovation & infrastructure
ODD 11 : Villes et collectivités durables
ODD 12 : Consommation & production responsables
ODD 13 : Action pour le climat.
Par exemple, l’allongement de la durée de vie des installations et des infrastructures, grâce à la mise en œuvre de pratiques exemplaires en matière de gestion de la corrosion, peut réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre associées à la fabrication des matériaux et à la construction des composants, la demande de matières premières essentielles et le besoin d’intervention humaine tout au long de la vie des actifs ; elle permet aussi d’ assurer l’approvisionnement ininterrompu en eau potable et en énergie. Ainsi, durabilité et protection contre la corrosion sont intimement liées.
Effondrement du pont Carola sur l’Elbe à Dresde, en Allemagne, en septembre 2024. Il n’y a pas eu de victimes, mais des perturbations importantes se sont produites, notamment la coupure de l’approvisionnement en eau chaude pour toute la ville et l’arrêt de la navigation sur le fleuve. Une enquête officielle est en cours, mais les autorités locales ont déclaré que la corrosion des armatures en acier due à la pénétration de sel est probablement à l’origine de la rupture.
La WCO est étroitement liée aux Nations-Unies par l’intermédiaire de ses jeunes représentants aux Nations-Unies[7] basés à l’Université Lehigh de Pennsylvanie, États-Unis. Ces ambassadeurs dévoués contribuent à préconiser les meilleures pratiques en matière de contrôle de la corrosion et à promouvoir la sensibilisation à la corrosion au niveau mondial. La WCO travaille actuellement à la publication d’un livre blanc des Nations-Unies sur la corrosion pour soutenir ces objectifs, avec la participation des membres de l’ICorr.
La Journée Mondiale de Sensibilisation à la Corrosion, journée internationale affiliée à l’ONU et célébrée chaque année le 24 avril, constitue un autre élément clé de la mission de la WCO. Pour célébrer cette Journée, la WCO, en collaboration avec l’Association pour la Protection et la Performance des Matériaux (APPM, États-Unis)[8] et la Fédération Européenne de la Corrosion (EFC pour European Federation of Corrosion)[9], a coordonné une campagne de 24 heures sur les réseaux sociaux, le 24 avril 2024, qui a remporté un franc succès et sera renouvelée en 2025.
De la Nouvelle-Zélande à Hawaï, les sociétés membres à travers le monde entier ont publié sur les réseaux sociaux des messages relatifs à la corrosion à 8 heures, heure locale. Le thème général portait sur les structures iconiques et l’utilisation d’images associées était encouragée, bien que les personnes aient été libres de publier tout ce qui se rapportait à la corrosion. Les messages étaient liés à l’hashtag #CorrosionAroundTheClock et partagés pour renforcer la publicité de la Journée Mondiale de Sensibilisation à la Corrosion, générant ainsi plus de 8 millions d’impressions sur les réseaux sociaux.
L’objectif de ces activités est de faire passer le message de l’importance de la protection contre la corrosion au-delà de la communauté traditionnelle des spécialistes de la corrosion et davantage auprès du grand public. Des projets sont déjà en cours de discussion pour une campagne encore plus importante à l’occasion de la Journée Mondiale de Sensibilisation à la Corrosion 2025, en incluant cette fois les médias traditionnels, tels que la télévision et les journaux.
Participants de l’Institut britannique de la Corrosion lors la réunion de discussion du Comité parlementaire et scientifique « Réutiliser, renouveler ou remplacer ? », le 15 octobre 2024. De gauche à droite: Yunnan Gao (vice-président de l’ICorr), George Freeman MP (ancien ministre d’État au ministère de la Science, de l’Innovation et de la Technologie), Gareth Hinds (ancien président/orateur de l’ICorr), Christian Stone (orateur de l’ICorr), Stephen Tate (président/orateur de l’ICorr), Stephen Benn (3e Vicomte Stansgate), Izabela Gajewska (oratrice de l’ICorr), David Parker (orateur de l’ICorr), David Mobbs (spécialiste des revêtements), Douglas Mills (ancien secrétaire technique de l’ICorr).
Une prise de conscience générale de l’importance de la corrosion peut contribuer à faire évoluer les mentalités dans les projets d’infrastructures, en ne prenant pas en compte uniquement les dépenses d’investissement et d’exploitation, mais aussi celles liées aux coûts du cycle de vie complet des installations. Cette approche est cohérente et opportune à l’heure où le monde évolue vers une économie circulaire en réponse aux défis liés à l’approvisionnement en matières premières, aux émissions de gaz à effet de serre associées à leur traitement et à leur fabrication, et aux pressions liées à la gestion des déchets. Une intégration plus efficace de la protection contre la corrosion dès la conception permettrait de réaliser des économies substantielles sur toute la durée de vie de l’actif.
Autrement dit, il pourrait être envisagé d’intégrer plus efficacement les meilleures pratiques en matière de protection contre la corrosion dans les codes et normes industrielles des secteurs concernés. Entre autres options on peut citer, par exemple, la spécification de la mise en œuvre de stratégies de gestion de la corrosion tout au long du cycle de vie dans les codes du bâtiment et l’obligation de formation et d’accréditation formelles des applicateurs de revêtements et des ingénieurs en protection cathodique travaillant sur des projets d’infrastructure.
Les compétences
Les compétences constituent un autre enjeu crucial. Au Royaume-Uni, cette histoire a plus de 200 ans et remonte aux travaux pionniers de Humphry Davy et Michael Faraday. Plus récemment, l’expertise acquise en exploitant le pétrole et le gaz de la mer du Nord, celle obtenue par l’exploitation des centrales nucléaires, l’importance du tissu industriel et le développement des nouvelles technologies plus respectueuses de notre environnement, confèrent à l’Europe un rôle d’acteur mondial dans le domaine de l’ingénierie de la corrosion ; il y a urgence à attirer davantage de jeunes dans le secteur pour maintenir cette position.
C’est le rôle d’organismes nationaux comme l’ICorr ou le Cefracor, mais encore plus d’organismes européens comme l’EFC qui vient de se doter d’un système de certification des programmes de formation en corrosion. Il convient que ces derniers soient orientés vers la pratique. Par exemple, pour les applicateurs de revêtements, les inspecteurs de revêtements et les ingénieurs en protection cathodique, il existe encore une lacune dans l’offre de formation de troisième cycle au Royaume-Uni.
La corrosion a toujours souffert historiquement du fait qu’elle n’est pas une discipline autonome, mais se situe à la croisée de la chimie, de la physique, de la science des matériaux et du génie civil, structurel ou mécanique. Il est nécessaire de songer à opérer des changements dans les programmes universitaires pour assurer un nombre suffisant d’ingénieurs diplômés en corrosion.
De même qu’il est devenu important de sensibiliser le public scolaire. Les institutions liées à la corrosion n’ont pas vraiment tenté cette approche jusque-là ; la raison principale est sans doute due au fait qu’il s’agit souvent d’organisations bénévoles avec des ressources limitées. Il serait peut-être bénéfique de s’associer à des praticiens expérimentés dans ce domaine pour combler cette importante lacune.
Compte tenu des enjeux contemporains, la protection contre la corrosion devrait encore augmenter dans les décennies à venir pour son un rôle primordial dans la transition énergétique. La corrosion est un facteur clé limitant la durée de vie de nombreuses technologies propres, telles que les éoliennes, les panneaux solaires, les batteries, les électrolyseurs d’eau et les conduites de CO2, pour lesquels les mécanismes de dégradation ne sont pas aussi bien compris et gérés que ceux des technologies conventionnelles à base de combustibles fossiles. La compréhension et l’atténuation de ces modes de dégradation faciliteront les réductions de coûts nécessaires, tout en permettant d’accélérer le déploiement à grande échelle de ces technologies.
Nous espérons que la prochaine fois que vous passerez sous un pont, vous serez beaucoup plus enclin à jeter un œil à la structure pour vérifier les signes révélateurs de corrosion !
Le Comité parlementaire et scientifique est un groupe parlementaire multipartite financé par les membres – pour plus de détails, consulter la page dédiée.
Adresse enregistrée : 2nd Floor, 201 Great Portland St, London W1W 5AB, United Kingdom
Président et contact enregistré : George Freeman MP FRSA email [email protected]
Ceci n’est pas une publication officielle de la Chambre des Communes ou de la Chambre des Lords. Elle n’a pas été approuvée par l’une ou l’autre Chambre ou par ses comités. Les groupes parlementaires multipartites sont des groupes informels de membres des deux chambres ayant un intérêt commun pour des questions particulières. Les opinions exprimées dans ce rapport sont celles du groupe.
** Il est à noter que les coûts additionnels liés au nettoyage environnemental et à la compensation financière ne sont généralement pas inclus et doivent donc être considérés comme un coût minimal.
De la découverte en laboratoire à l’innovation industrielle… On scrute pour vous chaque semaine les tendances de l’industrie.
Le pétrole sous les 30 % : un tournant dans la demande énergétique
Le rapport de l’AIE révèle une transformation du paysage énergétique mondial en 2024, avec une demande croissante en électricité due à l’essor des climatisations, des data centers et des véhicules électriques. Les énergies renouvelables et le nucléaire ont assuré 80 % de l’augmentation de la production électrique. Le pétrole en déclin et l’impact des voitures électriques sur la demande énergétique
Trump met fin aux licences pétrolières au Venezuela
Nouvelle usine Eurenco à Bergerac : relance de l’industrie de défense française
Face à une demande mondiale croissante et à des enjeux de souveraineté nationale, la France a inauguré une nouvelle usine de production de poudre à Bergerac. Portée par Eurenco, cette initiative vise à relocaliser une industrie stratégique pour la défense, autrefois délocalisée. Avec un investissement massif et des technologies de pointe, cette usine est un pilier du renouveau industriel français, capable de produire 1 200 tonnes de poudre par an pour répondre aux besoins nationaux et internationaux. La France relocalise sa production de poudre d’artillerie
Vers un redressement du bâtiment : les espoirs de la FFB pour 2026
Le secteur du bâtiment entrevoit une lueur d’espoir en 2025 grâce à des mesures gouvernementales ambitieuses. La Fédération française du bâtiment (FFB) annonce une reprise progressive, malgré les défis persistants. L’extension du PTZ et d’autres initiatives pourraient transformer l’avenir du secteur. Des signaux positifs de redressement du secteur du bâtiment
Innovations technologiques en agriculture: la France à la pointe de l’agritech
L’agriculture française est en pleine mutation avec l’adoption de l’agritech. En intégrant des solutions innovantes comme l’agriculture de précision et les machines autonomes, la France s’engage dans une troisième révolution agricole pour répondre aux défis environnementaux et économiques. L’avenir de l’agriculture avec l’agritech française
L’énergie cachée des micro-éclairs et l’apparition de la vie
Depuis des décennies, les scientifiques s’interrogent sur les conditions qui ont permis l’apparition de la vie sur Terre. Une nouvelle étude propose une interprétation innovante en se basant sur les micro-éclairs générés par les gouttelettes d’eau, offrant ainsi une alternative aux théories traditionnelles. Depuis des décennies, les scientifiques s’interrogent sur les conditions qui ont permis l’apparition de la vie sur Terre. Une nouvelle étude propose une interprétation innovante en se basant sur les micro-éclairs générés par les gouttelettes d’eau, offrant ainsi une alternative aux théories traditionnelles. Des gouttelettes d’eau pourraient expliquer l’apparition de la vie ?
Trump vient de mettre fin à la manne de l’or noir vénézuélien pour certaines des entreprises transnationales de pétrole et de gaz. Caracas a annoncé, le 30 mars dernier, que les États-Unis ont décidé de révoquer les licences des compagnies pétrolières travaillant au Venezuela. Ces exemptions avaient été accordées par le précédent gouvernement américain pour leur permettre de continuer leurs activités dans le pays malgré les sanctions prises visant à affaiblir le président Nicolas Maduro dont l’élection, en juillet 2024, continue d’être contestée par les États-Unis. Ces dérogations avaient pour but d’approvisionner en pétrole brut vénézuélien des raffineries situées en Europe ou en Asie.
La compagnie Maurel & Prom ciblée
L’annonce émanant de Caracas ne précisait pas les entreprises concernées. Néanmoins, dès le lendemain, Maurel & Prom[1] a fait savoir, dans un communiqué, qu’il avait reçu une notification du Département du Trésor des États-Unis, datée du 28 mars 2025, confirmant la révocation de sa licence.
Le groupe a précisé avoir obtenu « une licence de transition » valable jusqu’au 27 mai 2025 l’autorisant « à effectuer les transactions nécessaires à la conclusion des opérations précédemment couvertes par la licence désormais révoquée ».
Maurel & Prom avait obtenu cette dérogation en mai 2024 pour ses 40 % de participation dans la société vénézuélienne Petroregional del Lago[2] qui exploite les réserves du lac de Maracaibo. La levée de l’interdiction avait permis à l’entreprise de contourner l’embargo imposé depuis 2019 sur le pétrole vénézuélien. Un embargo qui lui aura coûté environ 20 millions d’euros en raison de l’entretien des infrastructures qui a été maintenu dans l’attente d’un cadre légal plus propice.
Au Venezuela, Maurel & Prom affiche une production d’huile s’élevant à 6 098 barils par jour pour l’année 2024. Sans l’arrêt de cette autorisation, l’activité de la compagnie aurait dû s’étendre jusqu’au 31 mai 2026 avec une possibilité de renouvellement.
Suite à l’annonce de la révocation de la licence, l’action de la société Maurel & Prom a enregistré une baisse de 15 % en bourse dès le lendemain matin à l’ouverture des marchés.
Une vague déferlante
Le pétrolier américain Chevron qui bénéficiait d’un accord de transaction pétrolière depuis novembre 2022 a également vu sa licence révoquée par le président Donald Trump à la fin du mois de février dernier. D’autres entreprises pourraient pâtir de ces mesures comme l’italien Eni ou encore l’indien Reliance Industries.
Selon le Wall Street Journal, le 30 mars dernier, Washington a ordonné à Global Oil Terminals de cesser ses opérations au Venezuela.
L’interruption des activités aura des effets sur la production pétrolière d’un pays qui peine à se remettre des sanctions américaines. Ces dernières années, le Venezuela est parvenu à atteindre le chiffre d’un million de barils de pétrole brut produits par jour après avoir connu, en 2020, une production catastrophique de 400 000 barils par jour.
D’éventuelles perturbations d’approvisionnement sont à prévoir, le Venezuela disposant des plus grandes réserves pétrolières de la planète. La Chine, premier client du pétrole brut vénézuélien, a critiqué Washington pour son ingérence dans les affaires vénézuéliennes.
[1] Société française dédiée à l’exploration et la production d’hydrocarbures détenue pour près de 25 % par la compagnie nationale pétrolière indonésienne Pertamina
[2] Société mixte contrôlée par PDVSA (Petróleos de Venezuela, S.A)
Le 11 mars 2025, la Fédération française du bâtiment (FFB) a publié un communiqué de presse annonçant « une éclaircie » pour le secteur du bâtiment. Si la FFB est tellement optimiste, malgré la crise, c’est notamment grâce à l’introduction, au budget 2025, de quatre mesures qu’elle estime nécessaires pour remettre d’aplomb le secteur.
Quatre mesures gouvernementales particulièrement attendues
Pour sortir de la crise, le secteur a besoin d’un fort soutien gouvernemental et, ce soutien, la FFB l’a obtenu, notamment avec l’extension du PTZ neuf à toutes les zones, y compris les zones B2 et C, jusqu’ici exclues du dispositif, car « non tendues¹ ». Avec le nouveau PTZ version 2025, l’accession à la propriété est donc soutenue jusqu’à fin 2027.
Les trois autres actions attendues et qui devraient aider à sortir le secteur de la crise sont :
l’exonération des droits de donation/succession jusqu’à 300 000 € par bénéficiaire pour le financement d’une résidence principale neuve ou une rénovation énergétique (jusqu’en 2026) ;
MaPrimeRénov’, dont le budget est fixé à 2,3 milliards d’euros. Cette mesure demeure une aide précieuse pour les foyers souhaitant entreprendre des travaux de rénovation énergétique ;
baisse de la Réduction de Loyer de Solidarité (RLS), ce qui permet de réallouer 200 millions d’euros aux opérateurs HLM pour des investissements ;
2025, une année charnière pour le secteur du bâtiment
Sur ce début d’année 2025, la FFB constate une reprise des ventes de logements. Elle prévoit néanmoins que les véritables effets des mesures gouvernementales se feront sentir à l’automne 2025. Le recul d’activité en logement neuf devrait ainsi être limité à – 5,4 % en volume en 2025, ce qui est une nette amélioration par rapport au recul de – 19,1 % constaté en 2024 !
Mais soyons réalistes : les conséquences de cette année 2024 sur les entreprises du bâtiment risquent de se faire sentir pendant encore un moment, avec des effets décalés sur l’emploi. La FFB note que « seulement » 30 000 postes ont été perdus dans le secteur en 2024, mais que ce chiffre risque d’atteindre 50 000 en 2025.
Car pour beaucoup d’artisans et d’entrepreneurs dont la trésorerie est déjà malmenée, cette baisse d’effectifs est un passage obligé, tout simplement pour une question de survie. Rappelons qu’en 2024, le nombre de défaillances a augmenté de 22,5 % et que le nombre de défaillances devrait encore augmenter en 2025.
Vers un vrai redressement en 2026 ?
La FFB est néanmoins optimiste, sur le long terme. D’ailleurs, les mises en chantier, qui sont un indicateur économique important, devraient passer au-dessus de la barre des 300 000 unités en 2025, même si le vrai redressement de la production est attendu pour 2026.
Malheureusement, cet optimisme doit être pondéré par le contexte économique général, qui est particulièrement incertain et évolue extrêmement vite.
Car depuis la parution de ce communiqué, la hausse des droits de douane par l’administration Trump, dans un contexte de guerre commerciale, est venue compliquer la donne. Si pour le moment, il ne devrait pas y avoir de forte incidence sur le prix des matériaux, la déstabilisation du commerce mondial qui est en cours et la menace d’une crise boursière ne sont pas des signaux positifs.
¹ Dans une zone non tendue, le déséquilibre entre l’offre et la demande de logements est moins prononcé.
Si les scientifiques s’entendent sur la date de la formation de la Terre, il y a plus de 4 milliards d’années, leurs avis divergent sur les conditions qui ont vu naître la vie. À l’origine, notre planète devait contenir de nombreux composés chimiques, mais presque aucune molécule organique avec des liaisons carbone-azote, qui sont essentielles à la vie pour fabriquer des protéines, des enzymes, des acides nucléiques, de la chlorophylle… Leur apparition a longtemps été une énigme pour les scientifiques et a suscité de nombreuses hypothèses. En reprenant une ancienne théorie datant de plus de 70 ans, une étude parue dans Science Advances propose une nouvelle interprétation sur l’origine de la vie.
En 1952, les chimistes Stanley Miller et Harold Urey ont montré expérimentalement que des composés organiques pouvaient se former grâce à l’application de décharges électriques à un mélange d’eau et de gaz inorganiques. Ils ont alors émis l’hypothèse que la foudre, en frappant l’océan et en interagissant avec les gaz présents sur la planète comme le méthane, l’ammoniac et l’hydrogène, aurait pu créer des molécules organiques après la formation de la Terre. Mais cette théorie sur l’origine chimique de l’apparition de la vie a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment sur le fait que la fréquence des éclairs était trop faible et l’océan trop vaste et dispersé pour que cela puisse être une cause plausible.
En s’inspirant de cette théorie, des chercheurs de l’université de Stanford ont étudié non pas les éclairs dans le ciel, mais les petites charges électriques qui se produisent lorsque l’eau se retrouve pulvérisée. Au cours de ce phénomène, les plus grosses gouttelettes portent souvent des charges positives, tandis que les plus petites sont négatives. Et lorsque des gouttelettes de charges opposées se rapprochent, des micro-éclairs apparaissent. Selon les auteurs de cette nouvelle étude, l’énergie fournie peut alors être suffisante pour provoquer des réactions chimiques, sans qu’aucune électricité supplémentaire ne soit nécessaire.
Une énergie suffisante pour créer des molécules organiques
Pour parvenir à ce résultat, des caméras à haute vitesse ont été utilisées afin d’observer ces micro-éclairs, difficiles à détecter à l’œil nu, mais qui transportent néanmoins une énergie considérable. Les scientifiques ont démontré que l’énergie libérée lors de projections de jets d’eau à température ambiante avec un mélange de gaz supposés être présents sur la Terre (azote, méthane, dioxyde de carbone et ammoniac) pouvait provoquer la formation de molécules organiques possédant des liaisons carbone-azote. Les molécules en question sont notamment le cyanure d’hydrogène, la glycine, un acide aminé, ainsi que l’uracile, une base azotée présente dans l’ARN.
« Les décharges microélectriques entre des microgouttelettes d’eau de charge opposée produisent toutes les molécules organiques observées précédemment dans l’expérience Miller-Urey, et nous proposons qu’il s’agisse d’un nouveau mécanisme pour la synthèse prébiotique des molécules qui constituent les éléments constitutifs de la vie », explique Richard Zare, auteur principal de cette étude et chercheur à l’université de Stanford. Il ajoute que : « Sur la Terre primitive, il y avait des gerbes d’eau partout – dans les crevasses ou contre les rochers – et elles pouvaient s’accumuler et créer cette réaction chimique. Je pense que cela résout bon nombre des problèmes que l’hypothèse Miller-Urey soulève.
À travers leur publication, les chercheurs soutiennent que leur découverte permet de démontrer que ce ne sont pas nécessairement les coups de foudre, mais les minuscules étincelles produites par les vagues ou les chutes d’eau qui ont donné naissance à la vie sur notre planète. « Nous pensons généralement que l’eau est bénigne, mais lorsqu’elle est divisée sous forme de petites gouttelettes, l’eau est très réactive », conclut Richard Zare.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?
Diplômé d’une école de commerce en 2002, j’ai commencé ma carrière dans le monde de l’édition de logiciel pour les services financiers. Après avoir pratiqué la vente et l’avant-vente de solutions bancaires complexes, j’ai rejoint Coexya (anciennement Sword Group en France) en 2011 comme directeur d’une entité-conseil spécialisée sur les sujets de la dématérialisation, notamment en banque, de la traçabilité de la data et du document. En 2018 j’ai décidé de me dédier à l’accompagnement des projets sur la technologie blockchain. Depuis, à travers les sociétés Coexya – qui a rejoint le groupe Talan – et Blockchain EZ, j’ai eu le plaisir d’accompagner plus de 60 projets sur des métiers très différents. Actuellement, nous travaillons sur de beaux projets dans l’industrie textile, sur le marché de l’énergie, mais aussi beaucoup pour le secteur bancaire, ainsi que sur les thématiques de preuves numériques et de signature électronique.
Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à la question de la traçabilité et aux solutions technologiques comme la blockchain ?
Cela a commencé de manière opportuniste : quand, en 2017, je vois le cours du Bitcoin s’élever au ciel, je décide comme beaucoup de m’y intéresser pour y investir quelques économies. Mais étant aussi très curieux, je prends tout de même le temps avant d’étudier son fonctionnement technique. Et là, je découvre une technologie, la blockchain, au fonctionnement terriblement clair, efficace, élégant. J’apprécie particulièrement sa capacité à stocker de manière fiable dans la durée des données horodatées. Très rapidement l’idée de la mettre en œuvre pour répondre à certains besoins que nous avions chez des clients, notamment en matière de certification de documents, me vient à l’esprit. Quelques semaines après, début 2018, se présente l’occasion de l’utiliser, une première fois sur un sujet lié aux douanes, une autre dans le secteur du luxe. C’était le début d’une belle histoire.
Pouvez-vous nous donner un aperçu des principales évolutions réglementaires qui renforcent aujourd’hui l’exigence de traçabilité dans les entreprises ?
Ces réglementations sont très différentes selon les secteurs d’activité. Certaines réglementations, comme le RGPD ou encore eIDAS sur l’identité numérique ou la signature électronique, sont transverses à tous.
Dans le monde bancaire, il existe de nombreux textes encadrant la relation client, l’analyse du risque ou encore la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Tous exigent une traçabilité des actions menées en interne extrêmement forte, afin de permettre aux autorités compétentes de vérifier leur bonne adéquation aux exigences fixées.
Dans notre article consacré à la blockchain au service de la traçabilité, publié en janvier 2025 sur le site Techniques de l’Ingénieur, nous faisons plutôt un focus sur l’industrie qui, aujourd’hui, se voit énormément challengée par de nouvelles contraintes environnementales. En Europe notamment, la réglementation CSRD, celle sur la déforestation, les nouvelles exigences en matière de due diligence¹ des fournisseurs ou encore l’arrivée du Passeport Numérique des Produits dont la mise en œuvre est prévue pour 2027, provoquent des changements majeurs en matière de politique de traçabilité. Au-delà du déclaratif, les industriels doivent maintenant se mettre en position de pouvoir prouver leurs allégations relatives à l’origine des matières premières, à leur bilan carbone ou au respect du droit social.
Pourquoi la traçabilité des données est-elle devenue un enjeu majeur pour les entreprises aujourd’hui ?
Il serait regrettable de considérer que la traçabilité n’est qu’une contrainte à respecter, un mal nécessaire pour répondre à ces nouvelles exigences réglementaires.
Une bonne gestion de la traçabilité est avant tout un prérequis pour maîtriser ses méthodes de fabrication. Elle permet à la fois d’améliorer les aspects qualité de produit et d’optimiser la supply chain ou la gestion de ses fournisseurs. En cette époque de stress fort sur la marge des industriels européens, une meilleure traçabilité peut permettre d’identifier des économies de coûts.
Cette meilleure maîtrise en interne permet aussi de mieux communiquer à l’externe, en répondant plus vite aux équipes achats de ses clients (lorsque l’on est sous-traitant), en valorisant la qualité d’un produit devant les clients finaux et en se différenciant ainsi des concurrents, en facilitant le travail des organismes de labélisation, etc. En plus d’optimiser les coûts, la traçabilité est donc un facteur de croissance du chiffre d’affaires.
Quels sont les principaux avantages de la blockchain pour la traçabilité par rapport aux systèmes classiques ? Quels freins limitent encore son adoption et comment peuvent-ils être surmontés ?
À l’exception de quelques cas d’usages très particuliers, comme ceux où la tokenisation d’un produit a du sens, je ne pense pas qu’il faille considérer la blockchain comme une alternative aux systèmes plus classiques. C’est surtout un élément à apporter en complément. Les projets de traçabilité se transforment tous très vite en projets de collecte et de restitution de données. La qualité des procédures de traçabilité devient ainsi dépendante de la qualité des données utilisées, et de la confiance que l’on peut y apporter. C’est ici que la blockchain prend tout son intérêt de par sa nature même : il s’agit d’un registre électronique horodaté, infalsifiable, immuable. On sort ainsi d’un système souvent uniquement déclaratif à une approche probatoire où l’origine des données utilisées est vérifiable. En cuisine, il faut de nombreux ingrédients pour de bons desserts. C’est identique pour les projets de traçabilité qui ont besoin d’une bonne gestion des identifiants, du matériel physique, d’un système d’information efficace, de la gestion du changement, de la formation… Sur cette comparaison un peu osée, disons que la blockchain est un peu la cerise que l’on posera sur le gâteau final (ou la crème Chantilly, ou le nappage chocolat, à chacun ses goûts !). On peut faire sans elle, mais c’est quand même mieux avec. Elle va ajouter cette couche de confiance dans le résultat final qui peut faire toute la différence entre le succès et l’échec, entre un bon produit que malheureusement personne n’utiliserait et une solution qui serait par contre appréciée de tous.
Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui souhaitent se lancer dans un projet de traçabilité reposant sur la blockchain ?
Premier conseil : ne pas définir son projet par rapport à la technologie. La blockchain n’est qu’un élément possible du succès d’un projet de traçabilité, souvent utile mais rarement absolument nécessaire. Il faut donc d’abord définir le projet et ses finalités sans se soucier des contraintes techniques, nombreuses, d’un projet blockchain. Si l’usage d’un registre distribué semble pertinent, je recommande en second lieu de mener une étude de marché des projets similaires, passés ou en cours. Les projets de traçabilité avec blockchain se comptant déjà par dizaines dans presque toutes les industries, les retours d’expérience sur les succès et échecs passés sont très importants. Mon troisième conseil sera d’inviter les entreprises en étude de projet à toujours comparer les solutions qu’elles pourraient construire elles-mêmes avec des solutions clés en main proposées par des éditeurs SAAS du marché.
Ma dernière recommandation ira vers une certaine prudence par rapport à l’innovation technologique : toutes les semaines sortent de nouvelles blockchains qui brillent plus que les précédentes, mais dont la pérennité est tout sauf garantie. De même, les start-ups qui font les plus grosses levées de fond ne sont pas forcément les plus prêtes pour votre projet.
Quelles compétences/qualités sont, selon vous, indispensables en général et plus particulièrement sur vos domaines d’expertise ?
Pour mener ce type de projet, il faut un bon mixte. Des compétences fortes sur le métier adressé, une très grande connaissance de son écosystème, une maîtrise des contraintes réglementaires, une connaissance approfondie des normes de marché, de bonnes compétences dans l’aspect informatique du projet et beaucoup de rigueur, mais aussi de pédagogie, dans la direction du projet et l’accompagnement au changement avec tous les partenaires impliqués. Notez qu’il existe aujourd’hui des spécialistes de la traçabilité qui apportent, en plus de ces qualités, une expérience concrète sur les bonnes pratiques à respecter et les erreurs à éviter. Un sujet de traçabilité sur blockchain nécessitera par ailleurs, forcément à son démarrage, une expertise technologique et juridique encore un peu rare.
Que vous apporte la collaboration avec Techniques de l’Ingénieur, en tant qu’auteur et conseiller scientifique ?
Je suis tout d’abord honoré d’être invité à collaborer avec une maison d’édition si prestigieuse et reconnue dans son domaine. Et très fier de participer à la démocratisation de deux sujets encore trop méconnus mais qui pourtant vont inéluctablement s’installer dans nos quotidiens : la traçabilité des produits et la technologie blockchain. J’espère à travers cet article avoir donné quelques pistes de réflexion aux entreprises embarquées sur des projets de traçabilité. Je suis responsable d’une activité conseil et cette publication est aussi l’occasion d’en faire connaître les compétences. Peut-être que certains lecteurs souhaiteront ainsi nous contacter pour échanger sur leur projet.
Consultant en innovation auprès d’entreprises, Alain Broustail est aussi président de Blockchain EZ, Head of Coexya Blockchain & Transparency Activities. Pour Techniques de l’Ingénieur, il a rédigé un article sur la blockchain.
2,2 %. Ce chiffre correspond à la progression de la demande mondiale d’énergie en 2024, selon un rapport de l’AIE (Agence internationale de l’énergie). Il est certes inférieur à la croissance du PIB (3,2 %), mais a nettement augmenté comparé à la moyenne de la dernière décennie (+1,3 %). Les économies émergentes et en développement sont responsables de plus de 80 % de cette augmentation, avec la Chine qui enregistre la plus forte croissance en valeur absolue, même si celle-ci est plus lente que dans le passé, suivie de l’Inde. Quant aux économies avancées, leur consommation a aussi augmenté, après plusieurs années de déclin. Les États-Unis enregistrent ainsi la troisième plus forte croissance de la demande mondiale d’énergie en valeur absolue, tandis que l’UE voit sa consommation augmenter pour la première fois depuis 2017 (hors rebond post-Covid).
Parmi tous les types d’énergies, le rapport révèle que la demande mondiale a été tirée par l’électricité, sa consommation ayant bondi de près de 1 100 térawattheures, soit +4,3 %. Résultat, cette énergie représente les trois cinquièmes de la hausse totale de la consommation d’énergie de la planète l’année dernière. Cette forte progression est due à la demande croissante en climatisation, résultant de températures extrêmes en 2024, à la hausse de la consommation dans l’industrie ainsi que dans le secteur des data centers et de l’IA. L’électrification des transports est aussi un autre facteur explicatif, avec des ventes mondiales de voitures électriques en progression de plus de 25 % l’année dernière.
Bonne nouvelle, les énergies renouvelables ont couvert la majeure partie de la hausse de la demande mondiale d’électricité en 2024, avec une progression des capacités installées d’environ 700 GW (gigawatts), établissant un nouveau record annuel pour la 22e année consécutive. À noter que les capacités du nucléaire ont également progressé de 7 GW, soit 33 % de plus qu’en 2023. Au final, 80 % de l’augmentation de la production mondiale d’électricité en 2024 a été assurée par les sources renouvelables et le nucléaire, et ces deux sources d’électricité ont contribué pour la première fois à 40 % de la production totale d’énergie.
Le pétrole passe pour la première fois sous la barre des 30 %
En raison d’une consommation d’électricité plus élevée, le gaz naturel a connu la plus forte augmentation de la demande parmi les combustibles fossiles en 2024, soit +2,7 %. Parallèlement, la demande en pétrole a progressé plus lentement (+0,8 %) et sa part dans la demande énergétique totale est tombée pour la première fois sous la barre des 30 %, 50 ans après avoir culminé à 46 %. Les voitures électriques ont considérablement contribué à la baisse de la demande en pétrole pour le transport routier, compensant ainsi une part significative de la hausse de la consommation des secteurs de l’aviation et de la pétrochimie.
Le charbon a vu sa demande mondiale augmenter de 1 % en 2024, soit la moitié du taux de croissance observé l’année précédente. Selon le rapport, les vagues de chaleur intenses en Chine et en Inde ont provoqué des besoins accrus en climatisation et ont contribué à plus de 90 % de l’augmentation annuelle de la consommation mondiale de charbon. Cette situation souligne à quel point les conditions météorologiques extrêmes ont un impact majeur sur la demande énergétique.
Grâce au déploiement de technologies énergétiques propres, la hausse annuelle des émissions de CO₂ liées à l’énergie est plus faible que la progression de la demande : +0,8 %, pour atteindre 37,8 milliards de tonnes. Dans le détail, les émissions de CO₂ des économies avancées ont diminué de 1,1 % et s’élèvent à 10,9 milliards de tonnes en 2024, un niveau observé pour la dernière fois il y a 50 ans, alors même que le PIB cumulé de ces pays est désormais trois fois plus élevé. La majeure partie de la croissance des émissions en 2024 provient des économies émergentes et en développement autres que la Chine.
Selon le rapport de l’AIE, le développement des énergies solaire, éolienne et nucléaire, ainsi que le déploiement des voitures électriques et des pompes à chaleur depuis 2019, permet désormais d’éviter l’émission de 2,6 milliards de tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent de 7 % des émissions mondiales.
La France, reconnue comme l’une des principales puissances agricoles de l’Union européenne, contribue à hauteur d’environ 17 % à la production agricole totale de l’UE. Son agriculture en pleine transition adopte régulièrement de nouveaux process et de nouvelles solutions technologiques de pointe pour répondre aux défis actuels. L’agritech intègre des technologies comme les capteurs intelligents, les drones, l’intelligence artificielle pour l’analyse de données, l’agriculture verticale et les technologies de gestion des cultures dans le cadre de l’agriculture de précision. Elle a pour objectif d’améliorer la gestion des ressources, la durabilité des exploitations et de mieux anticiper les besoins des cultures. Ces innovations technologiques sont de plus en plus intégrées dans les pratiques des exploitants. Les acteurs de l’agritech, des start-ups comme des grandes entreprises, transforment le secteur pour mener la troisième révolution agricole.
L’agritech englobe un large éventail de solutions
La collecte de données agricoles, ou agridata, représente un pan non négligeable de l’agritech. Combinée à des outils d’intelligence artificielle pour l’analyse, elle aide les agriculteurs à la prise de décisions afin d’optimiser leurs pratiques agricoles.
L’écosystème numérique ouvert de gestion agricole créé par SMAG[1], un acteur français engagé de la transformation numérique du monde agricole, collecte, analyse et partage les données agricoles entre exploitants et organisations, afin d’anticiper et de valoriser chacune des activités. Baoba[2] propose, quant à lui, une application tout-en-un sur smartphone. L’agriculteur saisit et retrouve facilement n’importe quelle intervention directement sur le terrain. Ce système permet aux techniciens, aux conseillers et aux vétérinaires d’accompagner au quotidien les utilisateurs vers des pratiques plus durables et performantes.
La gestion intelligente de l’eau et des ressources est un autre volet crucial de l’agritech. Une solution comme Net-irrig[3] propose une irrigation de précision, sans capteur. À partir des données d’une parcelle et d’un cycle de production créé par l’exploitant, l’estimation des besoins en irrigation est réalisée automatiquement dans une plateforme en ligne.
La start-up Starfish Bioscience[4] appartient au secteur de la biotech, une autre branche de l’agritech qui repose sur l’innovation biologique. Sa solution se base sur une expertise en microbiologie du sol, utilisant des bactéries clés soigneusement sélectionnées pour maintenir et équilibrer les écosystèmes. Elle permet de restaurer les microbiomes des sols pour une agriculture durable.
L’utilisation de machines connectées et autonomes dans l’agriculture offre une solution efficace pour accomplir des tâches répétitives et pénibles. Les robots agricoles facilitent et améliorent la plantation, la récolte ou encore le désherbage comme le propose Vitirover[5]. Les robots tondeurs professionnels autonomes conçus par l’entreprise française sont équipés de quatre roues motrices et d’un essieu arrière pendulaire breveté pour évoluer sur les terrains complexes. Organisés en flotte, ils couvrent de larges étendues. La zone de travail est définie sur mesure par une application web de gestion de robots, Viticloud. Ils embarquent un panneau solaire afin de se recharger de manière autonome.
Enfin, les drones agricoles, quant à eux, servent par exemple, à cartographier les cultures ou à détecter les parcelles malades. Ils permettent ainsi une gestion précise des ressources, favorisant une agriculture plus efficace.
Le 20 mars dernier, à Bergerac, en présence du ministre des Armées et du ministre de l’Économie, la nouvelle usine de production de poudre pour obus d’artillerie d’Eurenco a été inaugurée.
Après l’annonce en 2023 de la relocalisation en France d’une poudrerie, la première pierre a été posée sur le chantier de construction un an après, en avril 2024. Neuf mois plus tard, ce sont quinze nouveaux bâtiments équipés de technologies de pointe qui ont refait surface sur le site de production anciennement démantelé. Le prix de cette prouesse s’élève à 60 millions d’euros, dont 50 financés par l’entreprise.
Souveraineté française en matière de défense
La France avait fini par mettre un terme à cette industrie sur son territoire en 2007 faute de commandes. Cette production avait donc été délocalisée dans la filiale d’Eurenco située dans l’usine de Karlskoga, en Suède. Entre la chute du mur de Berlin et le milieu des années 1990, le marché avait été divisé par 15. La France n’est pas un cas isolé ; toute l’Europe a été touchée par cette vague de fermetures de poudreries.
Cependant, ces dernières années, le secteur connaît un rebond d’activité marqué par une explosion des commandes notamment suite à la guerre en Ukraine. Eurenco est en pleine croissance avec un chiffre d’affaires de près de 500 millions d’euros et des commandes de 2,2 milliards d’euros en 2024 ce qui représente une hausse de 30 % par rapport à 2023. Avec un chiffre d’affaires d’un peu moins de 200 millions d’euros en 2019, Eurenco a plus que doublé ses recettes en seulement cinq ans.
Ce contexte international explique la volonté de la France de renouer avec cette activité stratégique afin de sortir de la situation de dépendance dans laquelle elle se trouve vis-à-vis de pays étrangers.
Objectif : 1 200 tonnes de poudre par an
La mise en route effective des lignes de production des poudres propulsives ou explosives est prévue pour cet été. Ces poudres étant nécessaires au fonctionnement de beaucoup de munitions, elles sont incontournables dans le système d’artillerie. Parmi ces munitions figurent les bombes, les têtes de missiles ou encore les obus.
La nouvelle unité de production de Bergerac pourra produire 1 200 tonnes de poudre gros calibre par an, soit 500 000 charges modulaires. Ces charges modulaires permettent la propulsion des obus. Par exemple, un canon Caesar nécessite jusqu’à six charges pour propulser un obus à 40 kilomètres.
Relance du tissu industriel français
Une souveraineté retrouvée qui va de pair avec un réveil du secteur industriel national. Alors que 200 salariés étaient employés sur le site de Bergerac en 2022, les effectifs ont doublé, atteignant 500 salariés. Fort de ce dynamisme, Eurenco veut pouvoir atteindre le million de charges modulaires fabriqué par an, ce qui impliquerait une augmentation des effectifs et donc des créations d’emplois industriels. 70 % de la production des charges modulaires est à destination de l’étranger.
L’usine Eurenco présente l’avantage de produire elle-même la nitrocellulose. Ce produit explosif est l’ingrédient de base des poudres à canon. Pour une autonomie complète, il reste à redynamiser aussi l’industrie chimique pour pouvoir fabriquer en France l’acide nitrique concentré nécessaire à l’obtention de la nitrocellulose.
¹ Détenu par l’état et né en 2004 de la fusion entre SNPE (Société nationale des poudres et explosifs) et NEXPLO (filiale des sociétés suédoise Saab. et finlandaise Patria Industries)
De la découverte en laboratoire à l’innovation industrielle… On scrute pour vous chaque semaine les tendances de l’industrie.
L’Europe riposte aux taxes américaines : un bras de fer économique
Les récentes annonces de Donald Trump sur les droits de douane bouleversent le commerce mondial. Avec des taxes allant jusqu’à 34% pour certains pays, les répercussions économiques s’annoncent majeures, notamment pour le secteur automobile. Les nouvelles taxes de Trump : un coup dur pour l’économie mondiale
CERAWeek 2025 : un tournant énergétique sous l’ère Chris Wright
L’édition 2025 de CERAWeek a été le théâtre d’annonces majeures pour le secteur énergétique américain. Chris Wright, secrétaire à l’Énergie, a dévoilé des projets ambitieux pour le GNL, soutenus par la Maison-Blanche. Alors que l’Europe et l’Asie augmentent leurs importations, quelles seront les répercussions de cette stratégie sur la scène internationale ? L’essor du GNL : une aubaine pour les États-Unis, un défi pour le climat
Renouveau du nucléaire : enjeux et perspectives pour l’industrie française
Face à un contexte géopolitique incertain, la France se tourne vers le nucléaire pour garantir sa souveraineté énergétique. Cet article explore les défis de la filière, les besoins en formation et les innovations technologiques indispensables pour réussir cette transition. Comment la France peut-elle réussir sa transition énergétique grâce au nucléaire ?
Sobriété numérique : le défi énergétique de l’IA générative
Alors que l’intelligence artificielle générative se développe à une vitesse fulgurante, elle pose des défis majeurs pour la transition énergétique. Un rapport récemment publié par The Shift Project met en lumière l’empreinte carbone croissante des centres de données et appelle à des mesures urgentes pour intégrer le numérique dans les politiques climatiques. Les solutions pour une sobriété numérique et un avenir décarboné
La vérification des systèmes : un atout stratégique au service de l’innovation
François Cerisier, expert reconnu en vérification, partage sa vision sur l’importance de cette discipline dans le développement de produits électroniques. À travers l’exemple d’Aedvices, il démontre comment la vérification peut être un levier de compétitivité, en alliant qualité, innovation et respect des délais, tout en intégrant des pratiques d’écoconception pour un avenir plus durable. La vérification, élément clé dans la conception microélectronique
Thales Alenia Space renforce sa position sur le marché des satellites avec JSAT-32
La signature d’un nouveau contrat avec SKY Perfect JSAT confirme la capacité de Thales Alenia Space à innover dans le domaine des satellites de télécommunications. Le JSAT-32, un satellite géostationnaire de 3,7 tonnes, sera conçu pour répondre aux besoins croissants en connectivité internet et télévision par satellite. Ce projet, soutenu par le CNES, s’inscrit dans une stratégie visant à offrir des solutions spatiales plus flexibles et économiques. Les détails du contrat entre Thales Alenia Space et SKY Perfect JSAT
La synthèse des premiers hydrogels date des années 1950, les chercheurs tentant de développer de nouveaux matériaux biocompatibles et non toxiques possédant des propriétés très similaires à celles des tissus naturels. Une approche pharmaceutique et biomédicale qui s’est cependant très rapidement diversifiée : les hydrogels sont en effet aujourd’hui utilisés et développés dans des domaines très variés (agriculture, spatial, protection anti-feu, robotique…). Constitués d’une matrice polymère capable d’incorporer une grande quantité d’eau, ce qui leur donne des propriétés mécaniques particulières, les hydrogels présentent l’avantage de pouvoir être imprimés en 3D. Cela élargit encore leur gamme d’utilisation et en fait un matériau facilement adaptable à un projet particulier.
Le défi de produire des hydrogels rigides et autocicatrisants
Dans le domaine médical, les hydrogels sont actuellement couramment utilisés dans certains pansements pour favoriser une guérison rapide et prévenir les infections. Ils entrent également dans la composition de médicaments, permettant une meilleure dispersion des molécules actives dans le corps. Dans un certain sens, la peau humaine peut d’ailleurs être comparée à un hydrogel. Très riche en eau, elle possède en effet des caractéristiques (forte rigidité, flexibilité, capacité d’autoréparation) que peuvent mimer les hydrogels de synthèse, indépendamment les unes des autres toutefois. Jusqu’à présent, aucun hydrogel n’arrivait en effet à reproduire la combinaison complète de ces propriétés. L’augmentation de la rigidité d’un hydrogel menait à une réduction de la capacité d’autoréparation. Développer un hydrogel possédant les mêmes caractéristiques que la peau représentait donc un défi, qu’a relevé une équipe de chercheurs des universités d’Aalto (Finlande) et de Bayreuth (Allemagne).
Dans une nouvelle étude publiée par la revue Nature materials, l’équipe annonce ainsi avoir réussi à produire pour la première fois un hydrogel présentant une structure unique permettant d’outrepasser les précédentes limitations en termes de propriétés.
Un nouveau type d’hydrogel qui mime parfaitement la peau humaine
Pour arriver à ce résultat, des nanofeuillets d’argile ont été incorporés à l’hydrogel, dans le but de produire une structure plus ordonnée. Les polymères se retrouvent ainsi densément enchevêtrés entre les nanofeuillets d’argile, ce qui permet d’améliorer les propriétés mécaniques de l’hydrogel tout en conservant sa capacité d’autoréparation. Pour obtenir ce nouveau type d’hydrogel, les chercheurs ont mélangé une poudre de monomères avec de l’eau contenant des nanofeuillets d’argile. La polymérisation a ensuite été obtenue en plaçant le mélange sous une lampe UV. L’enchevêtrement des polymères obtenus permet ainsi d’obtenir un gel très résistant qui, si on le coupe, arrive cependant à se ressouder grâce à la forte mobilité des brins de polymères au niveau moléculaire. À peine 4 heures après avoir été coupé au couteau, cet hydrogel est ainsi réparé à près de 90 %. La reconstruction est complète au bout de 24 heures.
Une stratégie de nanoconfinement qui ouvre la voie à de nouvelles utilisations des hydrogels
En ce sens, les propriétés de ce nouveau matériau sont ainsi très semblables à celles de la peau humaine. Il pourrait présenter des applications intéressantes en médecine, en bio-ingénierie ou dans le domaine de la robotique molle (soft robotics), actuellement en pleine expansion. Une enveloppe de ce type d’hydrogel assurerait en effet une autonomie accrue à ces robots, en les protégeant de manière plus efficace, mais également en leur permettant de s’autoréparer rapidement. Ces résultats permettent donc d’entrevoir un futur où les matériaux ne seraient plus seulement fonctionnels, mais aussi adaptables et résilients, à l’image des tissus naturels.
Des tests ont, de plus, montré que ce nouveau type d’hydrogel possède d’autres propriétés, plutôt inattendues : le matériau montre en effet une capacité renforcée d’adhésion à différents substrats (verre, aluminium, cuivre ou encore écorce d’arbre). Un résultat qui serait à mettre au crédit de la stratégie de nanoconfinement utilisée pour produire cet hydrogel.
Cette stratégie pourrait d’ailleurs être appliquée à d’autres types de gels, ou permettre l’incorporation d’autres fonctionnalités, ouvrant ainsi la voie à des utilisations encore plus diversifiées. Les nanofeuillets d’argile pourraient être remplacés par d’autres nanomatériaux, comme les MXenes (une classe de composés inorganiques qui sont constitués de très fines couches de carbures, nitrures ou carbonitrures). L’étude révèle que cet hydrogel « dopé » aux MXenes présente de très intéressantes capacités de camouflage thermique ! La température de surface mesurée par une caméra infrarouge diffère ainsi de plus de 16°C par rapport à la température interne de l’hydrogel lorsqu’il est porté à 60°C. Autant de propriétés qui devraient rapidement intéresser les industriels de divers secteurs.
François Cerisier, CEO d’Aedvices, nous a expliqué pourquoi la vérification des systèmes était une stratégie payante.
François Cerisier, CEO d’Aedvices. Crédit : Charlotte Pasinetti
Aedvices[1] est une société de consulting en vérification et design de produits microélectroniques, créée en 2012.
Aedvices intervient exclusivement sur la partie Frontend, avec la vérification des systèmes comme fil conducteur.
Son dirigeant, François Cerisier, est formateur et expert en vérification reconnu par ses pairs.
Il est également membre du comité technique de la conférence DVCon-Europe organisée par Accellera et qui regroupe chaque année, à Munich, la communauté technique européenne sur la vérification.
Techniques de l’Ingénieur : Sur votre site, vous présentez la vérification comme le fil conducteur de votre activité. Pourquoi ?
François Cerisier : Aedvices est l’acronyme de Application Engineering, Design and Verification in ICs And Embedded Systems et c’est aussi un jeu de mots qui rappelle notre activité de conseil et services. L’une de nos missions est d’aider les entreprises à concevoir, mais aussi à vérifier leurs circuits intégrés.
La vérification est l’un des points clés de la conception, puisque cette étape peut représenter jusqu’à 50 % des efforts de développement dans un projet et permet de réduire les bugs, donc de s’assurer que le produit fonctionne correctement. Pour cela, elle s’appuie sur des méthodologies avancées et des développements (orientée objet, SystemVerilog, UVM, voire C/C++) dont le but est d’automatiser les tests.
Ce métier apporte aussi un regard différent sur le développement de produits électroniques, puisqu’il donne une grande importance aux aspects qualité. En effet, on pense souvent que, pour être compétitif, il faut faire moins cher. En réalité, penser uniquement en termes de coûts n’est pas une bonne stratégie, car on peut toujours trouver moins cher ailleurs. Chez Aedvices, notre philosophie est plutôt « comment faire mieux avec le même budget ? »
La vérification diminue-t-elle le Time To Market ?
La vérification est là pour garantir que le produit, qui est en phase de conception, va fonctionner par rapport aux attentes du cahier des charges. Or, ces attentes varient énormément selon les secteurs. Dans l’aéronautique, par exemple, il est primordial de chercher à minimiser ces erreurs, car des vies sont en jeu et les process de vérification sont là pour réduire ces risques.
Par ailleurs, tous les secteurs n’ont pas les mêmes exigences et le Time To Market est également un aspect crucial quand on développe un produit.
Prenons l’exemple d’une entreprise qui veut sortir un nouveau jouet pour Noël. Bien qu’elle soit contrainte par le temps, le jouet devra respecter un certain nombre de normes en matière de consommation et de sécurité, tout en étant fonctionnel. Son développement ne pourra donc pas être bâclé non plus.
C’est là que la vérification intervient, car il faut garder à l’esprit que sortir un produit qui ne marche pas est bien pire que de sortir un produit en retard, compte tenu du coût de mise en production, qui est souvent énorme.
Néanmoins, concevoir un jouet ne demande pas la même rigueur qu’un équipement destiné à l’industrie nucléaire. Il ne faut donc pas tomber dans la recherche de perfection pour des produits qui ne sont pas critiques, puisqu’il faut tenir compte des impératifs de compétitivité.
Savoir faire les bons compromis entre qualité, rapidité de développement et prix est donc capital.
On entend beaucoup parler d’automatisation par l’IA. Utilisez-vous l’IA pour la vérification ?
Nous utilisons l’IA avec parcimonie, car, dans nos domaines, les IA sont beaucoup moins performantes que dans l’industrie logicielle. La raison est simple : les IA se nourrissent en grande majorité d’informations disponibles sur internet et il y a peu de données ouvertes disponibles concernant le hardware.
Par conséquent, bien que les IA arrivent parfois à donner des résultats satisfaisants, les biais sont souvent trop importants pour permettre de travailler en toute confiance.
Voici une anecdote. Lors d’une formation, j’ai demandé à une IA d’analyser un document afin d’en extraire des informations techniques. L’IA m’a donné une réponse à l’opposé du fonctionnement que j’attendais, car elle n’a pas interprété une phrase clé du texte. Et ça, c’est très dangereux si on n’a pas de recul !
Les IA génératives sont néanmoins utiles pour accélérer le développement, mais pas pour développer au sens strict, surtout dans des domaines critiques avec des enjeux de sûreté de fonctionnement et de sécurité des données.
Le facteur humain reste donc crucial pour apporter de la valeur ajoutée !
En vérification, c’est clairement le cas, car le regard critique humain est essentiel pour éviter les biais.
Malheureusement, comme la vérification reste un marché de niche, il y a peu d’ingénieurs qui sortent des écoles avec l’expertise nécessaire à ces métiers.
Pour pallier le problème, nous avons donc développé un volet formation et nous formons chaque année une centaine d’ingénieurs, qu’ils soient débutants ou en reconversion.
J’interviens également à l’école Phelma de Grenoble, sur la vérification en microélectronique, ainsi qu’à l’ESISAR, à Valence, sur la co-conception hardware-software au niveau système.
Or, je constate que la vérification est souvent une découverte pour les étudiants. Car cette discipline ne consiste pas seulement à démontrer qu’un circuit ou une puce fonctionne. L’idée est de pousser au-delà des limites du domaine de fonctionnement classique, jusqu’au moment où le produit ne marche plus.
Ceci demande une vraie réflexion, un regard critique dont l’IA est incapable. Il y a quelques années, les étudiants utilisaient Google pour les aider dans la résolution de problèmes. Maintenant ils ne jurent que par les IA. Mais, comme je dis souvent, si l’IA est capable de résoudre le problème, c’est qu’il n’y a pas de problème. La vérification demande autre chose : de la créativité humaine.
Il reste un point que nous n’avons pas abordé : « l’électronique verte ». Est-ce aussi une voie à explorer, pour les entreprises ?
Derrière la notion d’électronique verte, il y a deux aspects : l’écoconception des produits électroniques et la fabrication des puces. Si la fabrication de puces consomme de l’eau, du sable, de l’énergie et rejette des polluants, les PME n’ont malheureusement pas la main sur l’aspect purement fabrication et seule une volonté politique pourra contraindre les fabricants à changer leurs modes de fabrication.
Néanmoins, les entreprises peuvent jouer sur la manière dont les produits sont conçus, notamment produire des puces qui consomment moins d’énergie. Nous les aidons aussi à allonger la durée de vie des produits électroniques, en réduisant les pannes et en limitant le risque d’obsolescence qui est lié à la recherche de performance en termes de puissance de calcul.
Nous travaillons par ailleurs avec des industriels et des universités européennes au sein du consortium GreenChip-EDU, dans le but de créer des formations intégrant l’écoconception.
Il y a aussi la question de la 2e vie, voire de la 3e vie, car les composants programmables en fin de vie peuvent être utilisés dans d’autres types de systèmes avec des applications moins spécialisées, ce qui ouvre la voie à de nombreuses opportunités.
Après avoir instauré des augmentations des droits de douane sur l’acier et l’aluminium courant mars, à hauteur de 25 %, le président Trump avait donc donné rendez-vous au monde entier, le mercredi 2 avril, pour, selon ses termes, mettre fin au pillage des Etats-Unis.
La réponse européenne à ces premières augmentations s’est faite en deux temps. Tout d’abord via le rétablissement de mesures commerciales prises entre 2018 et 2021 – à l’occasion du premier mandat de Donald Trump – à savoir la suspension des droits de douane sur de nombreux produits américains : bourbon américain, motos Harley-Davidson… en vigueur depuis début avril 2025. La seconde salve vise, à partir du 15 avril, à mettre en place un ensemble de contre-mesures sur les exportations américaines. Cette réponse en deux temps permettra de taxer jusqu’à 26 milliards d’euros de produits américains, une réponse « miroir » aux décisions américaines, dont la conséquence économique pour l’Europe se chiffre également à 26 milliards d’euros (28 milliards de dollars) de taxes supplémentaires.
Hier, le mercredi 2 avril 2025, Donald Trump a donc pris la parole vers 16 heures, juste après la fermeture de Wall Street (22 heures en France), pour concrétiser les promesses rabachées ces dernières semaines et annoncer la mise en place, avec effet immédiat, de droits de douane réciproques, destinés à « rendre l’Amérique à nouveau riche ».
25 % de droits de douane sur les automobiles
La première annonce concerne, comme attendu, la mise en place, à partir du 2 avril à minuit, d’un droit de douane de 25 % sur toutes les automobiles fabriquées à l’étranger.
C’est ensuite au tour de l’Europe, dont le président américain prétend qu’elle « arnaque » les Etats-Unis, de se voir imposer des taxes douanières de 20 % sur les produits du vieux continent importés outre-Atlantique.
Plus globalement, tous les produits étrangers entrant aux Etats-Unis seront visés par au moins 10 % de droit de douane.
Derrière ces annonces, le but du président américain est de réindustrialiser les Etats-Unis, de rééquilibrer la balance commerciale du pays et d’éponger son déficit budgétaire, abyssal. Si de nombreux économistes ont fait état de leurs craintes quant au risque d’inflation que ces décisions pourraient entraîner aux Etats-Unis, il conviendra d’observer attentivement la réponse européenne à ces annonces dans le courant du mois d’avril. A l’heure actuelle, difficile de prédire quelle sera celle de pays comme la Chine ou l’Inde, mais une chose est sûre : les équilibres commerciaux internationaux vacillent. Quelques minutes après les annonces de Donald Trump, le dollar chutait de 1 % par rapport à l’euro.
Le secteur de l’automobile, le plus directement impacté par les annonces du président américain, va immédiatement être impacté par les annonces de Donald Trump, avec des effets notables pour des pays comme le Japon, le Mexique, le Canada ou l’Allemagne.
Côté français, il est à craindre que des secteurs comme l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique ou l’aéronautique se retrouvent en difficulté.
Au-delà, avec plus de 3300 milliards de dollars d’importations en 2024, les Etats-Unis constituent un centre névralgique du commerce mondial. L’onde de choc à venir sur les chaînes d’approvisionnement internationales est donc certaine, son amplitude encore inconnue, et le risque de ralentissement économique international probable.
La Commission européenne vient de dévoiler son plan d’action pour maintenir la compétitivité de l’industrie sidérurgique et métallurgique en Europe et assurer sa décarbonation. La filière l’attendait avec impatience, car elle fait face à une grave crise, liée notamment à la concurrence chinoise à bas coût. L’introduction de droits de douane aux États-Unis de 25 % sur l’acier et l’aluminium fragilise aussi ce secteur, puisque cette mesure rend plus difficile l’accès au marché américain et risque également d’augmenter la pression des exportations, auparavant destinées aux États-Unis, vers l’UE.
Le plan d’action s’articule autour de six piliers principaux et le premier concerne la garantie d’un approvisionnement en énergie abordable et sûr pour cette industrie. La Commission souhaite par exemple favoriser le recours aux accords d’achat d’électricité (AAE) et encourage les États membres à tirer parti de la flexibilité de la taxe sur l’énergie et de la réduction des tarifs de réseau pour atténuer la volatilité des prix de l’électricité. Un accès plus rapide au réseau pour les industries à forte intensité énergétique devrait aussi être instauré ainsi qu’un soutien à l’utilisation accrue d’hydrogène vert pour ce secteur.
Un autre point concerne la prévention des fuites de carbone grâce au MACF (Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières). Celui-ci doit garantir les conditions d’une concurrence équitable en veillant à ce que les industries de pays tiers ne verdissent pas leurs métaux pour qu’ils paraissent à faible intensité en carbone tout en continuant à dépendre de sources d’énergie à fortes émissions de CO2. D’ici la fin de l’année, la Commission procédera entre autres à un réexamen de ce mécanisme, avec une première proposition législative visant à étendre son champ d’application à certains produits en aval à base d’acier et d’aluminium.
Face à la surproduction mondiale, le plan prévoit de développer et de protéger les capacités industrielles européennes grâce à des mesures de défense commerciale contre la concurrence déloyale. Depuis 2019, l’UE a instauré des droits de douane de 25 % sur l’acier importé dont les volumes sont hors quota, mais cette mesure de sauvegarde doit prendre fin en juin 2026. La Commission s’est engagée à proposer avant la fin de l’année une nouvelle mesure à long terme visant à maintenir une protection très efficace du secteur sidérurgique de l’UE après cette échéance.
Des subventions pour aider les sites industriels à se décarboner
La promotion de la circularité et le recyclage sont un autre aspect du plan de soutien. La Commission prévoit de fixer des objectifs de volumes d’acier et d’aluminium recyclés dans des secteurs clés et d’évaluer si davantage de produits, tels que les matériaux de construction et l’électronique, devraient être soumis à des exigences en matière de recyclage ou de contenus recyclés.
Étant donné que de nombreux investissements pour décarboner l’industrie métallurgique ne sont actuellement pas rentables, la Commission va favoriser la création de marchés pilotes pour stimuler la demande en métaux à faible teneur en carbone produits en Europe. Des aides pour la décarbonation de sites industriels devraient aussi être versées, en plus de celles déjà validées ces derniers mois.
Enfin, le plan prévoit un volet pour protéger l’emploi industriel. Plus de 2,5 millions de personnes travaillent actuellement de manière directe ou indirecte dans l’industrie sidérurgique et métallurgique en Europe. La Commission proposera notamment au printemps une modification du règlement relatif au Fonds européen d’ajustement à la mondialisation pour soutenir les entreprises en restructuration afin de protéger les salariés contre le risque de chômage.
L’association européenne de l’acier Eurofer a salué ce plan, qui reprend la quasi-totalité des points du plan d’urgence qu’elle avait proposé. Mais elle réclame que des mesures concrètes soient mises en œuvre rapidement pour inverser le déclin du secteur, rétablir des conditions de concurrence équitables avec la concurrence mondiale et encourager l’investissement et l’adoption de l’acier vert.
IA et transport routier de marchandises aussi énergivores
Le secteur du numérique, souvent perçu comme un levier de décarbonation, est en réalité un secteur à double tranchant. Il représente d’ores et déjà près de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre – une empreinte équivalente à celle du transport routier de marchandises – et sa consommation électrique continue de croître à un rythme très important. Les projections évoquent un triplement potentiel d’ici 2030, en grande partie sous l’effet de l’IA générative.
Ce développement fulgurant s’accompagne d’un déploiement massif d’infrastructures : 3 GW annoncés en France, 35 GW prévus à l’échelle européenne, et près de 100 GW à l’échelle mondiale. Pourtant, les centres de données, maillons névralgiques de cette dynamique, échappent encore à un suivi rigoureux et transparent. Leur impact carbone réel, incluant leur fabrication, leur alimentation et leur renouvellement, reste largement sous-estimé.
Le rapport du Shift Project alerte en ce sens : sans inflexion forte de trajectoire, l’empreinte carbone des centres de données pourrait atteindre 0,86 GtCO2e d’ici 2030, soit près de 2 % du budget carbone mondial. Dans le même temps, aux États-Unis, les difficultés d’alimentation électrique conduisent certains acteurs à relancer des centrales à charbon et à gaz pour répondre à la demande.
Pour adresser cette problématique, le rapport plaide pour des mesures structurantes, à la hauteur du bouleversement en cours.
Il appelle dans un premier temps à la création d’inventaires publics des centres de données, pour assurer une transparence sur leur localisation, leur consommation énergétique et leur impact environnemental. Il recommande ensuite d’intégrer pleinement le numérique dans les politiques climatiques nationales et européennes, à l’image d’autres secteurs fortement émetteurs.
Une autre proposition consisterait à placer la sobriété numérique au cœur des stratégies, en agissant sur les volumes de données, la durée de vie des équipements, et la pertinence des usages. Il ne s’agit pas uniquement d’optimiser, mais bien de mettre en place une stratégie sur les usages du numérique, dans un monde contraint par les limites physiques et climatiques.
Enfin, le rapport invite à ne plus subir la trajectoire numérique mais à la piloter, pour faire de l’intelligence artificielle un outil au service du climat, et non un accélérateur de ses dérèglements.
La rédaction a demandé à un agent d’IA générative de dégager les informations principales du rapport.
Le texte résultant a été dument relu, analysé, et modifié de façon à proposer au lecteur un contenu à la hauteur de la qualité attendue par le Magazine d’Actualité.
Le gouvernement marocain a annoncé qu’il vient de sélectionner plusieurs investisseurs nationaux et étrangers pour réaliser six projets d’envergure dans le domaine de l’hydrogène vert. Le montant des investissements est important et se chiffre à plus de 30 milliards d’euros. Pas moins d’un million d’hectares ont été identifiés dans le pays pour développer cette filière, dont 300 000 hectares doivent être mis à disposition rapidement pour concrétiser la première phase de ces projets. Avec cette annonce, le Maroc confirme son ambition de devenir un acteur majeur de l’hydrogène vert.
Un premier consortium d’investisseurs regroupe les sociétés Ortus (États-Unis), Acciona (Espagne) et Nordex (Allemagne) et un deuxième est composé des sociétés chinoises UEG et China Three Gorges. Ces entreprises se sont positionnées pour produire de l’ammoniac, un dérivé azoté de l’hydrogène, un gaz plus facile à transporter que l’hydrogène. Rappelons que ce dernier sera produit dans un premier temps par électrolyse de l’eau, grâce à l’électricité produite par des panneaux solaires et des éoliennes.
Un autre consortium d’investisseurs regroupe les sociétés Taqa (Émirats arabes unis) et Cepsa (Espagne) et sera chargé de produire de l’ammoniac ainsi que des carburants industriels. L’entreprise marocaine Nareva s’est aussi engagée à fabriquer ces produits et devra également produire en plus de l’acier vert. Enfin, cette même matière devra aussi être produite par la société saoudienne ACWA Power.
La concrétisation de ces différents projets vient s’ajouter à deux autres contrats signés lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron à Rabat en octobre dernier. Dans le cadre d’un projet nommé « Chbika », TotalEnergies, allié au groupe Eren et à deux fonds d’investissement danois, va lancer des études d’avant-projet visant à construire des centrales solaires et éoliennes terrestres d’une capacité d’un GW (gigawatt). Elles alimenteront la production d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau de mer dessalée et sa transformation en 200 000 tonnes par an d’ammoniac vert à destination du marché européen.
Produire 52 % de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici à 2030
Un second contrat porte sur la réalisation, entre le groupe marocain OCP (Office chérifien des phosphates) et la société Engie, de plusieurs investissements dans le domaine des énergies durables, dont l’un concerne la production d’ammoniac vert, avec une exploration des dérivés de l’hydrogène vert, tels que l’e-méthanol et les e-SAF (électro-carburant d’aviation durable).
Tous ces projets s’inscrivent dans la stratégie du Royaume d’accélérer à grands pas sa transition vers des sources d’énergies durables. Depuis 2019, une Commission Nationale Hydrogène Vert a été mise en place, réunissant des acteurs publics et privés, et a pour mission d’assurer le suivi de la réalisation d’études dans le domaine de l’hydrogène, ainsi que d’examiner la mise en œuvre d’une feuille de route de production de l’hydrogène et de ses dérivés à base d’énergies renouvelables. Le pays espère produire 52 % de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici à 2030, contre environ 35 % actuellement.
Selon un rapport du Forum économique mondial, le Maroc fait partie des six pays de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à disposer d’un fort potentiel pour la production d’hydrogène bas-carbone, aux côtés de l’Égypte, du Qatar, d’Oman, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Selon les projections de cette fondation, ils pourraient s’approprier 21 % des exportations mondiales d’hydrogène propre d’ici à 2050.
Le Royaume dispose de nombreux atouts pour produire à grande échelle ce vecteur énergétique, à commencer par la disponibilité de ses ressources naturelles et son potentiel solaire et éolien exceptionnel. À cela s’ajoute sa situation géographique stratégique lui permettant de répondre aux besoins croissants en hydrogène vert du continent européen. Le fait que le Maroc bénéficie aussi d’une certaine stabilité politique est un élément rassurant pour les investisseurs.
CERAWeek est une importante conférence internationale sur l’énergie qui se déroule chaque année à Houston, au Texas, l’État américain qui produit le plus de pétrole et environ 30 % du gaz naturel du pays.
Le fait que le discours d’ouverture de l’édition 2025 ait été prononcé par le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, était un acte symbolique fort, permettant d’enterrer encore un peu plus la politique énergétique de Joe Biden.
Il faut aussi rappeler que Chris Wright est l’ex-PDG de Liberty Energy, l’une des plus grandes entreprises travaillant dans le domaine de la fracturation hydraulique en Amérique du Nord !
Prolongation de permis d’exportation de GNL
Chris Wright a débuté son discours par ces mots : « Il y a un an, mon prédécesseur déclarait sur cette scène que les exportations de GNL seraient bientôt dans le rétroviseur. Réfléchissez-y un instant. Le gaz naturel fournit aujourd’hui 25 % de l’énergie primaire mondiale et a été la source d’énergie qui a connu la croissance la plus rapide au cours des 15 dernières années. »
Cette croissance mondiale du GNL, dopée par la forte demande asiatique, est donc une aubaine pour les groupes pétroliers américains, et il serait dommage de les priver d’un marché aussi stratégique.
Et cet engagement de la Maison-Blanche va au-delà des mots, puisque le ministre de l’Énergie a également annoncé l’autorisation d’étendre le terminal de GNL de Plaquemine, en Louisiane. Par ailleurs, l’autorisation d’exportation pour le projet Venture Global CP2 a été signée, le 20 mars 2025, en grande pompe, à la Maison-Blanche.
Or, il s’agit de la cinquième autorisation de ce type depuis janvier ! Le soutien de Donald Trump au secteur gazier semble donc sans faille, en dépit de la lutte contre le réchauffement climatique, un concept qui n’existe pas, selon lui, car « créé par et pour les Chinois dans le but de rendre l’industrie américaine non compétitive. »
L’achat de GNL américain, un argument de l’UE dans la négociation sur les droits de douane
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’Europe est devenue l’un des principaux acheteurs du GNL américain. Néanmoins, la guerre commerciale lancée par Trump et qui implique le Canada, le Mexique, la Chine et l’UE risque de compliquer l’équation, car elle pourrait pousser les pays importateurs à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Mais pour l’UE, l’achat de GNL américain est aussi un argument de poids pour peser dans les négociations au sujet des droits de douane. La Commission européenne planche ainsi sur un paquet de mesures dont le but est d’amadouer les États-Unis. D’ailleurs, Ursula von der Leyen a même évoqué l’augmentation du volume de GNL américain importé, avant même d’engager toute négociation.
Quoi qu’il en soit, certains estiment que la politique étrangère agressive de Trump aura une influence sur les flux énergétiques transatlantiques. Pour Jonathan Elkind, chercheur à l’université Columbia, « le rôle des États-Unis en tant que fournisseur stratégique d’énergie pour l’Europe pourrait être remis en question ».
La France ambitionne de faire reposer en grande partie son avenir énergétique sur le nucléaire, une source d’énergie qui lui permet de produire en grande quantité et, en continu, une électricité décarbonée.
Mais, comme le confirme un récent rapport de la Cour des comptes, cette filière aujourd’hui présentée comme un véritable atout pour l’indépendance énergétique de la France ne se porte pas au mieux.
Les propos qui ont servi à la rédaction de cet article ont été recueillis par Annabelle Chamiot, du Cabinet GTEC, lors des tables rondes Fronius.
Le nucléaire, une filière stratégique pour notresouveraineté
Lors de ces tables rondes, Jean-Marc Scolari, directeur général de Fronius France et membre du conseil d’administration de l’Institut de Soudure a rappelé un fait important: en 2024, le nucléaire nous a permis d’avoir une production d’électricité excédentaire. La France confirme donc sa position de pays exportateur d’électricité, ce qui est un atout indéniable en termes de souveraineté, surtout dans le contexte géopolitique actuel. Il a d’ailleurs rappelé l’exemple de l’Allemagne, dont le modèle énergétique, fortement dépendant du gaz russe, a des conséquences sur l’industrie.
Jean-Marc Scolari considère en outre qu’il est urgent de penser à l’avenir, en prévoyant dès maintenant la construction des futurs EPR, mais aussi de SMR, car ils ont l’avantage d’être plus rapides à déployer. Il estime en effet qu’il est capital de « ne pas remettre en cause la stratégie nucléaire, la relance (…) de la filière », car, pour reprendre les mots du présidentMacron, « la filière a connu trop de hauts et de bas et a besoin de constance ».
Enfin, il ajoute que le nucléaire doit être associé au déploiement d’énergies renouvelables, mais que seule une stabilité dans les choix politiques permettra de construire notre souveraineté énergétique.
Il est urgent d’investir pour renforcer les compétences en soudage de l’industrie nucléaire
Le métier de soudeur pour l’industrie nucléaire est très particulier, car le niveau d’exigence requis est extrêmement élevé.
Or, qui dit qualifications extrêmes dit moyens de formation adaptés! Jean-MarcScolari rappelle ainsi qu’il y a très peu d’établissements de formation, comme l’Institut de Soudure, qui sont aujourd’hui capables de préparer les soudeurs à intervenir dans le nucléaire. Il compare d’ailleurs la préparation au soudage en environnement nucléaire (température, encombrement, etc.) à la préparation des sportifs de haut niveau.
Il alerte ainsi sur l’urgence de déployer les moyens permettant d’attirer, mais aussi de former les jeunes à ces métiers. Pour lui, c’est un vrai changement de paradigme qu’il faut opérer, car la filière n’est pas du tout prête.
Selon lui, deux lignes budgétaires sont à prévoir:
investir de manière générale, dans des cabines de soudage ultra modernes, dotées de machines techniquement intéressantes et sécurisées, donc attractives;
investir spécifiquement sur le soudage pour le nucléaire. Cela passe par la création de structures dédiées, mais aussi par la formation des futurs formateurs.
Néanmoins, tout ceci mettra des années à se mettre en place. Il faut donc s’y atteler au plus vite! Mais alors que les principaux acteurs de la filière nucléaire se sont déjà mis en ordre de marche, Jean-MarcScolari regrette qu’EDF planche encore sur les budgets des EPR à construire, puisqu’il est prévu que l’énergéticien remette sa copie à l’État d’ici fin2025.
Cobotique, automatisation et IA : des technologies incontournables pour accélérer la production decentrales
En parallèle de la formation d’une nouvelle génération de soudeurs, Jean-MarcScolari évoque les solutions technologiques qui permettront, au moins partiellement, de pallier la pénurie de soudeurs.
Car, même si la filière nucléaire arrive à multiplier le nombre de compétences humaines en soudage, elle a de toute façon un fort besoin d’automatisation si elle veut être productive. Il donne d’ailleurs l’exemple à ne pas suivre: celui de l’EPR de Flamanville, dont la construction a pris 17ans, soit 12ans de plus que prévu!
Il faudra donc optimiser l’approche technico-économique de l’EPR de demain et cela passera inévitablement par des solutions comme la cobotique, la robotique, l’automatisation et pourquoi pas l’IA.
Et de deux ! Après la signature d’un premier contrat de fabrication de satellite en mai 2024, Thales Alenia Space a annoncé le 10 mars 2025 la réception d’une deuxième commande de SKY Perfect JSAT. Elle portera sur la mise en œuvre d’un satellite de télécommunications géostationnaire, c’est-à-dire placé sur une orbite où son déplacement et celui de la Terre seront parfaitement synchrones – à environ 36 000 km d’altitude.
L’engin de 3,7 tonnes prénommé JSAT-32 opérera dans les bandes de fréquence Ka – entre 26,5 et 40 GHz, pour l’internet par satellite notamment – et Ku – de 12 à 18 GHz, plutôt prévue pour la télévision par satellite. Thales Alenia Space sera en charge de la conception, de la fabrication et de la mise en place des tests du satellite avant sa livraison sur le pas de tir. La société fournira également le segment sol, autrement dit l’ensemble des équipements terrestres nécessaires à la mission spatiale (réseau de stations au sol, centre de contrôle…). Le lancement de JSAT-32 est prévu pour 2027, avec une durée de vie nominale d’au moins 15 ans.
Des satellites de télécommunications plus flexibles que la concurrence
Ce nouveau contrat tombe bien pour Thales Alenia Space et l’ensemble du spatial français. En effet, le marché des satellites de télécommunications est incertain depuis ces dernières années. La faute notamment à l’émergence des constellations et à la contraction des revenus des services audiovisuels. Alors que le contexte historique est dominé par les satellites hyperfréquences conçus pour répondre aux exigences d’un unique opérateur, la tendance est désormais aux engins spatiaux plus versatiles, moins coûteux et produits rapidement. Pour tenir la dragée haute à la concurrence du secteur, Thales Alenia Space planche depuis 2018 avec le soutien du CNES (Centre national d’études spatiales) sur la confection de satellites à la fois flexibles et compétitifs. C’est d’ailleurs un engin de ce type, entièrement numérique et reconfigurable une fois en orbite, que la société avait vendu à SKY Perfect JSAT en 2024 : JSAT-31. Le pari de l’entreprise française semble bel et bien porter ses fruits…
SKY Perfect JSAT Corporation est l’un des principaux opérateurs de satellites d’Asie, sa flotte comptant actuellement pas moins de 17 engins spatiaux. L’opérateur privilégiait d’abord avec JSAT-31 (dont le lancement est aussi prévu pour 2027) les services de connectivité à large bande au Japon, en Asie du Sud-Est, en Australie, en Nouvelle-Zélande ainsi que dans les îles du Pacifique. JSAT-32, quant à lui, aura pour mission de fournir de nouveaux faisceaux au Japon et dans les mers alentour, en particulier pour les applications de mobilité. Dans une perspective plus générale, les nouveaux satellites SKY Perfect JSAT viennent compléter le réseau de l’opérateur en place.
Les propos qui ont servi à la rédaction de cet article ont été recueillis par Annabelle Chamiot, du Cabinet GTEC, lors de tables rondes Fronius. Les intervenants dont il est question ici sont :
Jean-Marc Scolari, Directeur Général de Fronius France ;
Stephen Blanchard, Responsable cobotique de Fronius France ;
Jean-Marc Sicchiero, Responsable produits et formation chez Fronius France.
La cobotique, un argument pour attirer les jeunes technophiles
L’intégration de la cobotique en milieu industriel, pour les opérations de soudage, implique une montée en compétences du soudeur.
Celui-ci doit au préalable transmettre son savoir-faire au cobot et ses connaissances en soudage et reproduire ses gestes techniques pour les intégrer au robot. Il doit ensuite le programmer pour qu’il soit capable de souder la pièce de manière autonome, avec des mouvements identiques.
L’alliance entre soudage et cobotique est ainsi un vaste sujet, que nous avions déjà abordé avec Fronius en 2023, à l’issue de l’édition 2023 de Global Industrie et qui demeure plus que jamais d’actualité.
Selon Stephen Blanchard, il y a un fort attrait de la nouvelle génération pour la cobotique puisque, née avec des écrans, des smartphones et des tablettes, cette génération adore la technologie et utilise des applications au quotidien.
Or c’est typiquement la façon de programmer un robot collaboratif, car la cobotique implique de travailler avec une tablette, sur une interface graphique tactile, avec des technologies avancées. C’est donc un outil qui va permettre à ces jeunes d’évoluer dans leur métier, et d’acquérir de nouvelles compétences.
Et cet attrait se vérifie dans l’industrie. Stephen Blanchard affirme ainsi que, chez la plupart des clients Fronius, « les jeunes n’ont aucune appréhension d’utiliser le cobot dans l’industrie. Ils l’accueillent avec grand plaisir. »
L’amélioration des conditions de travail : aspiration des fumées de soudage et réduction des TMS
L’amélioration des conditions de travail des soudeurs est aussi un argument de première importance pour attirer les jeunes. D’après Stephen Blanchard, la cobotique permet d’ailleurs de réduire les TMS et les risques de blessures ; certains clients Fronius choisissent même d’intégrer la cobotique pour cette raison, avant même la recherche de productivité.
Mais au-delà de la réduction des TMS, la vraie problématique de santé concerne la gestion des fumées de soudage, qui sont particulièrement toxiques. D’après Jean-Marc Sicchiero, responsable de la welding business academy France, les choses évoluent heureusement dans le bon sens en ce qui concerne le traitement des fumées, puisque les règles en vigueur en France, plus strictes, ont été reprises au niveau de l’UE.
Désormais tous les fabricants de matériel de soudage doivent donc s’aligner sur les recommandations fixées par la CARSAT et l’INRS en ce qui concerne la prise en compte des Valeurs Limites d’Émission (VLE), des vitesses minimales d’aspiration, de volume d’air aspiré, etc.
Du point de vue matériel, ceci implique de disposer de moyens de captage et il en existe différents types :
torches de soudage équipées d’un système d’aspiration capable de recracher l’air pollué à l’extérieur de la zone de soudage ;
tables de travail avec captage à la source ;
hottes aspirantes, pour aspirer les fumées au-dessus du poste de travail.
Et concernant les équipements de protection individuels (EPI), Jean-Marc Sicchiero rappelle que les cagoules ventilées modernes sont équipées de systèmes pour séparer l’air ambiant de l’air pollué par les fumées de soudage.
La montée en puissance des influenceurs : une opportunité à saisir !
Afin de devenir réellement attractive et séduire les jeunes, l’industrie doit aussi utiliser tous les outils à sa disposition. La collaboration avec des influenceurs fait partie de ces leviers puissants, mais encore trop peu utilisés.
Or, parmi les témoignages recueillis à Global Industrie, il y a aussi celui de Jean-Marc Scolari au sujet du levier d’influence ; l’exemple qu’il a confié à Annabelle Chamiot était plutôt évocateur.
Fronius collabore depuis plusieurs années avec Shoodrik, un influenceur et sculpteur qui utilise le recyclage et le soudage à des fins artistiques. Ils ont démarré cette activité avec une volonté de sortir des sentiers battus et de changement, aussi bien de canaux de communication que de sujets et d’outils.
Ce choix découlait d’une analyse : la nécessité d’être présent sur les réseaux de communication des cibles les plus jeunes, pour les attirer.
Jean-Marc Scolari précise néanmoins que, dans un domaine industriel comme le soudage, un tel changement n’est pas facile à opérer et que la communication digitale n’est pas quelque chose d’inné pour un fabricant de générateurs de soudage.
De la découverte en laboratoire à l’innovation industrielle… On scrute pour vous chaque semaine les tendances de l’industrie.
Réconcilier les Français avec l’industrie : le pari des Journées Usines Ouvertes
Avec les Journées Usines Ouvertes, la Société des Ingénieurs Arts & Métiers souhaite susciter des vocations chez les jeunes et améliorer l’image de l’industrie en France. Stéphane Gorce nous dévoile les ambitions de cet événement inédit. Journées Usines Ouvertes : les coulisses de l’industrie française
Prévenir les incendies de batteries lithium : les nouvelles solutions
Alors que les incendies de batteries lithium continuent de causer des dégâts considérables, des solutions innovantes émergent pour anticiper ces incidents. Le système Li-ion Tamer, grâce à ses capteurs avancés, offre une alerte précoce et permet d’éviter l’effet domino dans les installations industrielles. Les incendies de batteries lithium anticipés et les installations protégées
Les Carbon Majors : un petit groupe à l’impact colossal sur le climat
Le dernier rapport d’InfluenceMap met en lumière l’impact disproportionné des multinationales des énergies fossiles sur le climat. Avec une augmentation des émissions de 0,7 % en 2023, ces entreprises continuent de peser lourdement sur l’environnement malgré les engagements mondiaux. Les géants de l’énergie et leur rôle dans la crise climatique
L’eau de mer : une ressource pour l’hydrogène et le bâtiment durable
L’électrolyse de l’eau de mer ne se contente pas de produire de l’hydrogène et de stocker du CO2. Elle offre également des sous-produits minéraux qui pourraient remplacer le sable et le gravier dans le béton. Les scientifiques de l’université Northwestern travaillent à maximiser le potentiel de cette technologie pour un avenir plus durable. L’électrolyse de l’eau de mer pour une construction durable
Exosquelettes et bras robotiques : les solutions d’Orthopus pour l’autonomie
Orthopus, la start-up fondée par le chercheur en robotique David Gouaillier, développe des dispositifs révolutionnaires pour les personnes en fauteuil roulant. En se concentrant sur l’assistance des mouvements des bras, Orthopus propose des solutions robotiques qui promettent de changer le quotidien de nombreux utilisateurs. L’assistance en fauteuil roulant redéfinie
David Gouaillier est un chercheur spécialisé en robotique et plus particulièrement sur le mouvement. En 2018, il fonde la start-up Orthopus, qui compte aujourd’hui 19 salariés. Elle développe des aides pour les personnes en fauteuil roulant électrique, qui ont des difficultés à bouger leurs muscles et en particulier ceux des membres supérieurs. « Nous nous sommes concentrés sur l’assistance du mouvement des bras, car il existe peu de dispositifs pour les personnes ayant ce besoin et les technologies robotiques utilisées dans l’industrie peuvent leur apporter de vraies solutions », explique David Gouaillier.
Orthopus développe trois articles. Le premier, l’Orthopus Supporter, est un exosquelette qui se place à côté de la personne sur son fauteuil. Un seul moteur, branché sur la batterie du fauteuil, compense le poids du bras de l’utilisateur. Cette microgravité permet à la personne en situation de handicap de bouger son bras de haut en bas sans avoir à le porter. Pour l’instant, le produit peut être remboursé à 75 % en France via la PCH de la MPDH. La start-up poursuit ses essais cliniques pour qu’il soit entièrement défrayé.
Le deuxième produit, l’Orthopus Partner, exploite trois moteurs pour accompagner les mouvements latéraux, verticaux et d’avant en arrière du bras. « Nous proposons en plus une fonction boost pour que l’utilisateur puisse finir plus facilement son mouvement, ainsi qu’un joystick en option en plus de la télécommande », ajoute le cofondateur. Cet exosquelette sera en vente d’ici la fin de l’année, après avoir subi plusieurs tests nécessaires à sa catégorisation en tant que dispositif médical.
Le troisième, l’Orthopus Explorer, n’est pas un exosquelette puisqu’il n’est pas en contact avec le corps. Il s’agit d’un bras robotique posé sur le fauteuil roulant. Il possède six moteurs et une pince au bout, comme ceux que l’on retrouve dans l’industrie. « Il est destiné aux personnes avec une faible mobilité, mais qui pourront contrôler ce bras avec un joystick ou le menton par exemple », précise David Gouaillier. Ce prototype sera en vente en 2028.
De nouvelles interfaces
En parallèle de ses trois produits qui couvrent l’ensemble des besoins d’assistance de la mobilité du bras des personnes en fauteuil, Orthopus travaille désormais sur les interfaces humain-machine dans le cadre du projet de recherche Extender avec plusieurs laboratoires de robotique français. « Nous étudions des moyens d’offrir des interfaces différentes et adaptées à chacun. Nous imaginons des commandes via la voix, grâce à des lunettes avec des capteurs pour transformer la tête en joystick, avec le regard ou encore les mouvements résiduels. L’objectif est de simplifier le contrôle du robot » développe le cofondateur.
La start-up cherche également à améliorer la pince de son troisième robot. Refaire un outil aussi perfectionné que la main humaine, qui peut saisir toute sorte d’objets, reste très difficile. « Attraper une brosse à dents, c’est très compliqué. Nous allons réfléchir par exemple à la mettre dans un tube imprimé en 3D pour faciliter la prise du robot », ajoute David Gouaillier. Dans tous ses développements, les équipes s’appuient sur des tests en conditions réelles avec des utilisateurs afin de déterminer leurs envies et leurs besoins, et adapter les outils.